REACTION DYSTONIQUE AIGUE
DEFINITION
La réaction dystonique est caractérisée par un spasme musculaire bref
ou prolongé, souvent accompagné de mouvements anormaux lents. Bien que
n'importe quel groupe musculaire puisse être affecté, la dystonie
siège le plus souvent au niveau des muscles de la face (yeux,
mâchoires, langue).
ETIOLOGIES TOXIQUES
De nombreux médicaments sont susceptibles d'induire des réactions
dystoniques aiguës. Parmi ceux-ci on trouve:
Benzamides: métoclopramide
sulpiride
Butyrophénones: halopéridol
Chloroquine et hydroxychloroquine
Cocaïne
Lévodopa
Lithium
Phénothiazines, principalement les dérivés de la pipérazine:
trifluopérazine, perphénazine
fluphénazine
prochlorpérazine
thiéthylpérazine
Le syndrome sérotoninergique et le syndrome malin des neuroleptiques
sont des syndromes toxiques particuliers induisant une hypertonie; ils
nécessitent un traitement spécifique.
ETIOLOGIES NON TOXIQUES
Maladies dégénératives: dégénérescence spinocérébelleuse
Dystonies focalisées: blépharospasme
crampe de l'écrivain
Infections: encéphalite
tétanos
Causes métaboliques: thyrotoxicose
maladie de Wilson
Malformation: artério-veineuse
accident vasculaire cérébral
tumeur
SIGNES CLINIQUES
Une réaction dystonique peut survenir jusqu'à 20 heures après
l'administration de l'agent causal.
Plusieurs types de dystonies, affectant des groupes musculaires
particuliers sont décrits:
Dystonie laryngée - spasme des muscles pharyngés et laryngés
provoquant un stridor.
Crise oculogyre - spasme des muscles extra-oculaires entrainant
une déviation du regard vers le haut ou latéralement.
Opisthotonos - spasme de tous les muscles para-vertébraux,
entrainant une hyperextension du tronc et du cou.
Rétrocolis - spasme des muscles cervicaux para-vertébraux,
provoquant une hyperextension du cou.
Torticolis - spasme des muscles cervicaux latéraux, provoquant
une torsion latérale du cou.
DIAGNOSTIC DIFFERENTIEL
Etats catatoniques
Dyskinésies
Convulsions (phase tonique)
EXAMENS
Aucun examen particulier n'est habituellement nécessaire en cas de
réaction dystonique d'origine toxique. Dans certains cas on peut
pratiquer:
Un dosage des CPK
EEG ou scanner cérébral (pour éliminer une épilepsie ou des
lésions organiques centrales)
Screening toxicologique
Myoglobinurie, hémoglobinurie
TRAITEMENT
La réaction dystonique pouvant s'aggraver, tous les patients doivent
donc être traités. Le traitement initial est habituellement administré
par voie parentérale, suivi d'un relais par voie orale pendant 2 ou 3
jours pour prévenir une récidive. Les formes légères peuvent être
traitées par voie orale seulement.
On peut administrer:
Benztropine 1 à 2 mg en injection intramusculaire ou intraveineuse
(0,02 mg/kg chez l'enfant). A répéter si besoin au bout de 10 minutes
si la réponse est incomplète et si des effets indésirables
anticholinergiques ne sont pas apparus. Puis 1 mg toutes les 12 heures
pendant 2 jours (0,02 mg/kg chez l'enfant) par voie orale. La
benztropine ne doit pas être administrée chez l'enfant de moins de
3 ans.
Diphenhydramine 1 mg/kg par voie intraveineuse ou intramusculaire
sans dépasser 30 mg. A répéter 30 minutes plus tard si la réponse est
incomplète et si des effets indésirables anticholinergiques ne sont
pas apparus. Puis 25 mg par voie orale, toutes les 6 heures pendant
2 jours (0,5 mg/kg chez l'enfant).
Diazépam 0,1 mg/kg en injection intraveineuse lente. A répéter
30 minutes plus tard si la réponse est incomplète et en l'absence de
sédation excessive.
Procyclidine 5 à 10 mg (0,5 à 2 mg chez l'enfant en dessous de
2 ans, 2 à 5 mg chez l'enfant au dessus de 2 ans), par voie
intramusculaire ou intraveineuse. A répéter 20 minutes plus tard si
la réponse est incomplète. Puis 2,5 mg par voie orale toutes les
8 heures pendant 2 jours.
EVOLUTION ET SURVEILLANCE
Les patients doivent être surveillés jusqu'à disparition complète de
la symptomatologie. A leur sortie, ils devront être informés de la
possibilité de récidive de la réaction dystonique dans les 48 heures,
auquel cas ils devront être hospitalisés à nouveau.
L'évolution peut être plus longue dans le cas de réactions dystoniques
liées à l'injection de formes à libération prolongée.
COMPLICATIONS A LONG TERME
Inhabituelles.
AUTEURS, COMITE DE LECTURE
Auteur : Robert Dowsett
Consultant Toxicologist
Departments of Clinical Pharmacology and Emergency
Medicine
Westmead Hospital
Westmead, NSW 2145
Australia
Comité de lecture: Londres, 19.03.98: P. Dargan, T. Della Puppa,
L. Murray, A Nantel, M. Nicholls
Traducteur: MO Rambourg Schepens, 08.02.99