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    PROGRAMME INTERNATIONAL SUR 
    LA SÉCURITÉ CHIMIQUE





    ÉLÉMENTS DE TOXICOLOGIE ANALYTIQUE






    Publié par l'Organisation mondiale de la Santé en collaboration avec
    le Programme des Nations Unies pour l'Environnement et l'Organisation
    internationale du Travail

    L'Organisation mondiale de la Santé (OMS), créée en 1948, est une
    institution spécialisée du système des Nations Unies qui agit en tant
    qu'autorité directrice et coordonnatrice pour toutes les questions
    internationales de santé et de santé publique. Elle est tenue par sa
    Constitution de fournir des informations et des avis objectifs et
    fiables dans le domaine de la santé humaine, fonction dont elle
    s'acquitte en partie grâce à son vaste programme de publications.

    Dans ses publications, l'Organisation s'emploie à soutenir les
    stratégies sanitaires nationales et aborde les problèmes de santé
    publique les plus urgents dans le monde. Afin de répondre aux besoins
    de ses États Membres, quel que soit leur niveau de développement,
    l'OMS publie des manuels pratiques, des guides et du matériel de
    formation pour différentes catégories d'agents de santé, des lignes
    directrices et des normes applicables au niveau international, des
    bilans et analyses des politiques et programmes sanitaires et de la
    recherche en santé, ainsi que des rapports de consensus sur des thèmes
    d'actualité dans lesquels sont formulés des avis techniques et des
    recommandations à l'intention des décideurs. Ces ouvrages sont
    étroitement liés aux activités prioritaires de l'Organisation, à
    savoir la prévention et l'endiguement des maladies, la mise en place
    de systèmes de santé équitables fondés sur les soins de santé
    primaires et la promotion de la santé individuelle et collective.
    L'accession de tous à un meilleur état de santé implique l'échange et
    la diffusion d'informations tirées du fonds d'expérience et de
    connaissance de tous les États Membres ainsi que la collaboration des
    responsables mondiaux de la santé publique et des sciences
    biomédicales.

    Pour qu'informations et avis autorisés en matière de santé soient
    connus le plus largement possible, l'OMS veille à ce que ses
    publications aient une diffusion internationale et alle encourage leur
    traduction et leur adoption. En aidant à promouvoir et protéger la
    santé ainsi qu'à prévenir et à combattre les maladies dans le monde,
    les publications de l'OMS contribuent à la réalisation du but premier
    de l'Organisation - amener tous les peuples au niveau de santé le plus
    élévé possible.

    PROGRAMME INTERNATIONAL SUR LA SÉCURITÉ CHIMIQUE

    Eléments de toxicologie analytique

    R.J. Flanagan
    Guy's and St Thomas' Hospital NHS Trust
    Londres, Angleterre

    R.A. Braithwaite
    Regional Laboratory for Toxicology
    City Hospital NHS Trust
    Birmingham, Angleterre

    S.S. Brown
    anciennement au
    Regional Laboratory for Toxicology
    City Hospital NHS Trust
    Birmingham, Angleterre

    B. Widdop
    Guy's and St Thomas' Hospital NHS Trust
    Londres, Angleterre

    F.A. de Wolff
    Département de Toxicologie humaine
    Centre médical universitaire
    Université d'Amsterdam
    Amsterdam, Pays-Bas

    Organisation mondiale de la Santé Genève, 1997

    Catalogage à la source: Bibliothèque de l'OMS

    Eléments de toxicologie analytique / R. J. Flanagan... [et al.]

    1. Produits chimiques - analyse
    2. Produits chimiques - toxicité
    3. Intoxication
    4. Toxiques - analyse
    5. Toxicologie - manuels de laboratoire 
    I. Flanagan, R.J. 
    II. Programme international sur la sécurité chimique

    ISBN 92 4 254458 2 (Classification NLM: QV 602)

    L'Organisation mondiale de la Santé est toujours heureuse de recevoir
    des demandes d'autorisation de reproduire ou de traduire ses
    publications, en partie ou intégralement. Les demandes à cet effet et
    les demandes de renseignements doivent être adressées au Bureau des
    Publications, Organisation mondiale de la Santé, Genève, Suisse, qui
    se fera un plaisir de fournir les renseignements les plus récents sur
    les changements apportés au texte, les nouvelles éditions prévues et
    les réimpressions et traductions déjà disponibles.

    (c) Organisation mondiale de la Santé, 1997

    Les publications de l'Organisation mondiale de la Santé bénéficient de
    la protection prévue par les dispositions du Protocole N° 2 de la
    Convention universelle pour la Protection du Droit d'Auteur. Tous
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    firmes et produits commerciaux sont agréés ou recommandés par
    l'Organisation mondiale de la Santé de préférence à d'autres. Sauf
    erreur ou omission, une majuscule initiale indique qu'il s'agit d'un
    nom déposé.

    Les auteurs sort seuls responsables des opinions exprimées dans la
    présente publication.

    Table des matières

    Préface

    Remerciements

    Introduction

    1.   Matériel et réactifs
         1.1    Matériel
         1.2    Substances de référence et réactifs

    2.   Aspects cliniques de la toxicologie analytique
         2.1    Diagnostic de l'intoxication aiguë
         2.2    Traitement de l'intoxication aiguë
         2.3    Rôle du laboratoire de toxicologie clinique

    3.   Examens généraux de laboratoire pratiqués en toxicologie clinique
         3.1    Examens biochimiques
         3.2    Epreuves hématologiques

    4.   Aspects pratiques de la toxicologie analytique
         4.1    Gestion et fonctionnement du laboratoire
         4.2    Réactions colorées
         4.3    Prétraitement des échantillons
         4.4    Chromatographie sur couche mince
         4.5    Spectrophotométrie dans l'ultraviolet et le visible

    5.   Analyse qualitative des substances toxiques
         5.1    Prélèvement, conservation et utilisation des échantillons
         5.2    Analyse de l'urine, du contenu gastrique et des produits
                suspects

    6.   Monographies- Données analytiques et toxicologiques
         6.1    Acide formique et formates
         6.2    Acide salicylique et dérivés
         6.3    Amfétamine
         6.4    Aminophénazone
         6.5    Amitriptyline
         6.6    Aniline
         6.7    Anticoagulants coumariniques
         6.8    Antimoine
         6.9    Arsenic
         6.10   Aténolol
         6.11   Atropine
         6.12   Barbituriques
         6.13   Baryum
         6.14   Benzodiazépines
         6.15   Bismuth
         6.16   Borates
         6.17   Bromates
         6.18   Bromure de méthyle
         6.19   Bromures

         6.20   Cadmium
         6.21   Caféine
         6.22   Camphre
         6.23   Carbamazépine
         6.24   Chloralose
         6.25   Chlorates
         6.26   Chloroforme
         6.27   Chloroquine
         6.28   Cholinestérase (activité)
         6.29   Clométhiazole
         6.30   Cocaïne
         6.31   Codéine
         6.32   Cuivre
         6.33   Cyanures
         6.34   Dapsone
         6.35   Dextropropoxyphène
         6.36   Dichloralphénazone
         6.37   Dichlorométhane
         6.38   Digoxine et digitoxine
         6.39   Diphénhydramine
         6.40   Diquat
         6.41   Distillats de pétrole
         6.42   Ephédrine
         6.43   Etain
         6.44   Ethanol
         6.45   Ethchlorvynol
         6.46   Ethylène glycol
         6.47   Fer
         6.48   Fluoracétates
         6.49   Fluorures
         6.50   Formaldéhyde
         6.51   Glutéthimide
         6.52   Halopéridol
         6.53   Herbicides-chlorophénoxyacides
         6.54   Herbicides-hydroxybenzonitriles
         6.55   Hydrate de chloral
         6.56   Hypochlorites
         6.57   Imipramine
         6.58   Iodates
         6.59   Iode et iodures
         6.60   Isoniazide
         6.61   Laxatifs
         6.62   Lidocaïne
         6.63   Lithium
         6.64   Méprobamate
         6.65   Mercure
         6.66   Méthadone
         6.67   Méthanol
         6.68   Méthaqualone
         6.69   Monoxyde de carbone
         6.70   Morphine
         6.71   Nicotine
         6.72   Nitrates

         6.73   Nitrites
         6.74   Nitrobenzène
         6.75   Nortriptyline
         6.76   Orphénadrine
         6.77   Oxalates
         6.78   Paracétamol
         6.79   Paraquat
         6.80   Pentachlorophénol
         6.81   Peroxydes
         6.82   Pesticides-carbamates
         6.83   Pesticides-dinitrophénols
         6.84   Pesticides organochlorés
         6.85   Pesticides organophosphorés
         6.86   Péthidine
         6.87   Phénacétine
         6.88   Phénols
         6.89   Phénothiazines
         6.90   Phénytoïne
         6.91   Phosphore et phosphures
         6.92   Plomb
         6.93   Procaïnamide
         6.94   Propan-2-ol
         6.95   Propranolol
         6.96   Propylène glycol
         6.97   Quinine et quinidine
         6.98   Strychnine
         6.99   Sulfites
         6.100  Sulfure de carbone
         6.101  Sulfures
         6.102  Tétrachloréthylène
         6.103  Tétrachlorure de carbone
         6.104  Thallium
         6.105  Théophylline
         6.106  Thiocyanates
         6.107  Tolbutamide
         6.108  Toluène
         6.109  1,1,1-Trichloréthane
         6.110  Trichloréthylène
         6.111  Trinitrate de glycéryle
         6.112  Vérapamil
         6.113  Zinc

    Bibliographie

    Glossaire

    Annexe 1. Liste des substances de référence et des réactifs

    Annexe 2. Facteurs de conversion entre concentrations massiques et
              molaires

    Index
    

    Préface

    La toxicologie, qui est l'étude des substances toxiques et des
    intoxications, a été longtemps considérée que comme une simple branche
    de la médecine légale et de la criminologie. De nos jours, il est
    clair que l'étude de la toxicologie appliquée sous ses différentes
    formes - toxicologie clinique, professionnelle, légale,
    nutritionnelle, vétérinaire et environnementale, écotoxicologie et
    domaines connexes - est importante, sinon capitale, pour le
    développement de la vie sur la Terre. Pourtant, la toxicologie est
    rarement enseignée en tant que telle, et encore s'agit-il la plupart
    du temps de cours de troisième cycle. En conséquence, la plupart des
    toxicologues ont abordé cette spécialité dans le cadre d'une autre
    discipline. La toxicologie clinique, qui traite de la prévention, du
    diagnostic et de la prise en charge des intoxications, ne fait pas
    exception, puisqu'elle est souvent considérée comme une branche de la
    médecine d'urgence et des soins intensifs d'une part, de la
    pharmacologie clinique de l'autre.

    La prise en charge des victimes d'intoxications est assurée dans des
    conditions très variables, parfois par des unités de traitement
    spécialisées, mais aussi, et c'est le cas le plus fréquent, par les
    services de médecine générale d'urgence. L'importance des services de
    toxicologie analytique, qui concourent au diagnostic, au pronostic et
    à la prise en charge des intoxications, est également très variable et
    dépend des moyens locaux. Dans les pays développés, ils peuvent être
    assurés par un laboratoire spécialisé rattaché à un département de
    toxicologie clinique, par un laboratoire de biochimie hospitalière, un
    service de pharmacie analytique, un département universitaire de
    médecine légale ou un laboratoire national de police scientifique.

    Dans de nombreux pays en développement, ces services ne sont pas
    disponibles sur une base régulière; au mieux, ils sont assurés par un
    laboratoire national ou régional établi à d'autres fins et
    fonctionnant à temps partiel. Pourtant, beaucoup de techniques
    analytiques simples ne nécessitent pas un matériel complexe ou des
    réactifs coûteux, ni même une alimentation continue en électricité, et
    alles sont à la portée des laboratoires de base auxquels ont accès la
    plupart des hôpitaux et des centres de santé, même dans les pays en
    développement. Convenablement formé, le personnel des laboratoires
    hospitaliers pourrait donc assurer un service de toxicologie
    analytique aux médecins appelés à traiter des intoxications.

    Le présent manuel, qui décrit des techniques analytiques simples de ce
    type, a été rédigé sur la recommandation d'un groupe d'experts réunis
    sous l'égide du Programme international sur la sécurité chimique
    (PISC)a en février 1987.

    Le projet de texte a été examiné par un certain nombre de
    spécialistes, dont on trouvera les noms à la section
    « Remerciements ». Les méthodes décrites ont été testées en
    laboratoire, autant que possible par des techniciens de pays en
    développement. Le Dr J. Haines a coordonné les travaux pour le PISC Le
    groupe de rédaction a pu se réunir et mener son travail à bien grâce à
    la contribution financière que le Ministère de la Santé du Royaume-Uni
    a versée au PISC.

    Le but de ce manuel est d'aider les hôpitaux de laboratoire des pays
    en développement à assurer un service de toxicologie analytique de
    base avec un minimum de matériel spécialisé. Il n'est pas destiné à
    remplacer les ouvrages de référence classiques, mais à donner des
    renseignements pratiques pour l'analyse d'un certain nombre de
    substances souvent responsables d'intoxications aiguës. L'attention
    est appelée tout au long du manuel sur les pièges et les problèmes les
    plus fréquents. Les précautions de base destinées à protéger la santé
    et à assurer la sécurité du personnel de laboratoire sont également
    indiquées.

    Les problèmes qui se posent lorsqu'on utilise des méthodes
    relativement simples en toxicologie analytique sont généralement dus à
    des interférences (faux positifs) ou à une sensibilité médiocre (faux
    négatifs). Néanmoins, il est souvent possible d'obtenir des
    informations utiles pour le clinicien, et donc pour le patient,
    lorsque les épreuves sont effectuées avec soin sur un échantillon
    approprié. Bien que tout ait été fait pour assurer la fiabilité et
    l'exactitude des épreuves décrites, le PNUE, l'OIT ou l'OMS ne peuvent
    accepter aucune responsabilité en ce qui concerne l'usage qui en sera
    fait ou les résultats obtenus,

    Comme dans tous les domaines de la chimie analytique, des problèmes
    d'interprétation peuvent se poser si un résultat est utilisé dans un
    but pour lequel il n'est pas prévu. Cela est particulièrement vrai si
    les résultats d'analyses toxicologiques effectuées dans des conditions


                   

    a Le PISC est un programme conjoint du Programme des Nations Unies
    pour l'Environnement (PNUE), de l'Organisation internationale du
    Travail (OIT) et de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS). L'OMS
    est l'agence chargée de l'exécution du programme, dont l'objectif est
    de fournir des données scientifiques évaluées internationalement aux
    pays qui souhaitent établir leurs propres mesures de sécurité chimique
    et renforcer leurs capacités nationales en ce qui concerne la
    prévention et le traitement des effets néfastes de ces produits ainsi
    que la prise en charge des situations d'urgence.

    d'urgence, surtout lorsqu'ils sont peu explicites (par exemple,
    « recherche de drogues négative » ou « recherche d'opiacés
    positive »), sont utilisés comme preuve dans une action en justice des
    mois ou même des années plus tard. Dans ce contexte, on ne saurait
    trop souligner l'intérêt de consultations entre le médecin traitant et
    l'analyste sur la meilleure façon d'utiliser les moyens analytiques
    disponibles. Afin de faciliter le dialogue, le manuel donne quelques
    indications sur l'interprétation clinique des résultats.

    Le PISC et le groupe de rédaction accueilleront avec plaisir toutes
    les observations sur le contenu et la structure de l'ouvrage; prière
    d'adresser ces observations au Directeur du Programme international
    sur la Sécurité chimique, Organisation mondiale de la Santé, 1211
    Genève 27, Suisse. Un travail considérable reste encore à accomplir
    dans deux domaines: l'organisation de la formation en toxicologie
    analytique et l'approvisionnement en produits essentiels - substances
    de référence, réactifs spécialisés et produits de laboratoire. Les
    observations sur l'une ou l'autre de ces questions seront également
    les bienvenues.

    Remerciements

    De nombreuses personnes ont contribué à la préparation de ce manuel
    par leur soutien, leurs idées, leurs observations sur les différentes
    versions préliminaires, ou en apportant des précisions sur certaines
    méthodes. Le Professeur Bahira Fahim, Le Caire, Egypte, le Dr I.
    Sunshine, Palo Alto, CA, Etats-Unis d'Amérique, et le Dr G. Volans,
    Londres, Angleterre, ont été les premiers à encourager le projet. Le
    Dr T.J. Meredith, Londres, Angleterre, le Dr J. Pronczuk de Garbino,
    Montevideo, Uruguay, et le Professeur A. N. P. van Heijst, Utrecht,
    Pays-Bas, ont vérifié en détail les données cliniques. Le Dr A.
    Akintonwa, Lagos, Nigéria, le Dr A. Badawy, Le Caire, Egypte, le Dr N.
    Besbelli, Ankara, Turquie, le Dr C. Heuck, OMS, Genève, Suisse, le
    Professeur M. Gelmacher-von Mallinckrodt, Erlangen, Allemagne, M. R.
    Fysh, Londres, Angleterre, le Professeur R. Merad, Alger, Algérie, M.
    J. Ramsey, M. J. Slaughter et le Dr J. Taylor, Londres, Angleterre,
    ont présenté des observations sur différents aspects du projet final.
    Mlle H. Triador, Montevideo, Uruguay, Mme K. Pumala, Bangkok,
    Thaïlande, et M. J. Howard, Londres, Angleterre, ont eu la lourde
    tâche d'évaluer une grande partie des méthodes décrites. Enfin, nos
    remerciements vont au Dr B. Abernethy et à M. D. Spender, Basingstoke,
    Angleterre, pour leur aide lors de la rédaction du texte, ainsi qu'à
    M. J. Lessiter, Birmingham, Angleterre, pour les illustrations
    représentant les épreuves à la touche et les plaques de
    chromatographie en couches minces.

    Introduction

    Après une brève introduction concernant le matériel, les substances de
    référence et les réactifs nécessaires à un laboratoire de toxicologie
    analytique (chapitre 1), le manuel aborde un certain nombre de
    questions générales, à savoir la toxicologie clinique (chapitre 2), la
    chimie clinique et l'hématologie dans le contexte de la toxicologie
    clinique (chapitre 3), les aspects pratiques de la toxicologie
    analytique (chapitre 4), la collecte et la conservation des
    échantillons, et la recherche qualitative des produits toxiques
    (chapitre 5). Vient ensuite une série de monographies (chapitre 6),
    dans laquelle des épreuves qualitatives et quelques méthodes
    quantitatives sont décrites pour 113 substances ou groupes de
    substances toxiques spécifiques. Chaque monographie contient aussi des
    renseignements concernant l'interprétation clinique.

    Les sections pratiques du manuel ont été conçues comme un guide à
    l'intention de l'analyste, de sorte que tous les détails expérimentaux
    d'une épreuve sont souvent indiqués pour une substance particulière,
    notamment dans les monographies (chapitre 6), même lorsque ces détails
    sont répétés ailleurs dans un autre contexte.

    Dans les chapitres 5 et 6 on s'est borné à décrire des épreuves dont
    on peut attendre un résultat fiable dans les limites indiquées, et qui
    ne nécessitent qu'un appareillage relativement simple. Le cas échéant,
    les épreuves applicables aux poudres, comprimés ou autres produits ou
    objets trouvés sur le patient ou à proximité (désignés collectivement
    par l'expression produits suspects) et aux liquides biologiques sont
    également indiquées. D'autres publications de l'Organisation mondiale
    de la Santé décrivent également des méthodes simples applicables à
    certains produits pharmaceutiques.a Toutefois, ces méthodes sont
    destinées à vérifier l'identité, et dans certains cas la stabilité, de
    substances relativement pures, de sorte qu'elles accordent peu de
    place à la purification préalable, à la sensibilité et aux sources
    d'interférences.

    Les références primaires des méthodes décrites ici n'ont pas été
    indiquées, d'une part pour simplifier la présentation d'autre part
    parce que beaucoup d'épreuves ont été modifiées au cours des ans, de
    sorte que la référence à la publication initiale pourrait être source
    de confusion. Toutefois, une grande partie des informations données
    dans le manuel peut être retrouvée dans les références indiquées dans
    la bibliographie. On s'est efforcé d'évaluer la sensibilité
    (les limites de détection) de toutes les épreuves qualitatives
    décrites dans les monographies (chapitre 6), même si ces évaluations,
    comme la description des couleurs, comportent toujours une certaine 


                   

    a Tests simplifiés pour les substances pharmaceutiques, Genève, OMS,
    1987; Tests simplifiés pour les préparations pharmaceutiques, Genève,
    OMS, 1992.

    mesure de subjectivité. En outre, on peut généralement modifier la
    sensibilité de certains tests, comme ceux qui comportent une
    extraction par solvant, en utilisant une prise d'essai plus (ou moins)
    importante. Il est donc très important d'utiliser lors de chaque
    analyse des échantillons négatifs (témoins) et positifs (références)
    de concentration connue (voir section 4.1.5).

    Le glossaire donne la définition de nombreux termes utilisés 
    dans le manuel, et on trouvera à l'annexe 1 la liste des
    substances de référence et des réactifs nécessaires.

    Les concentrations de substances toxiques ont été exprimées
    systématiquement en unités de masse SI (système international) (mg/l,
    µg/l, etc.). Il existe également une tendance à utiliser à cette fin
    les unités molaires SI (mmol/l, µmol/l, etc.), mais cette pratique
    peut être source de confusion et ne présente pas d'avantages évidents
    en toxicologie analytique, dans la mesure où la formule chimique
    exacte de la substance est spécifiée. Les facteurs de conversion entre
    les unités de masse SI et les unités molaires pour quelques substances
    courantes sont indiqués à l'annexe 2. Dans certains cas, les unités de
    masse Si ont également été utilisées pour exprimer les concentrations
    de réactifs, mais il faut se souvenir qu'il est souvent conseillé de
    préparer des quantités inférieures à un litre (100 ml, par exemple),
    surtout pour les épreuves rarement pratiquées.

    Dans un souci de commodité, les noms vulgaires ou les noms chimiques
    courants ont été utilisés tout au long du texte; au besoin, les
    équivalents adoptés par l'UICPA sont indiqués dans l'index. Pour les
    médicaments, la dénomination commune internationale est utilisée dans
    le texte, et les synonymes courants figurent dans l'index.

    1  Matériel et réactifs

    1.1  Matériel

    Les analyses toxicologiques peuvent être effectuées dans un
    laboratoire de biochimie clinique desservant un hôpital ou un service
    d'urgence local (du type décrit dans le document OMS  Laboratory 
     services at the primary health care level).a En plus du matériel de
    base, le laboratoire a besoin d'un appareillage spécialisé, par
    exemple pour la chromatographie sur couche mince, la
    spectrophotométrie UV et visible et les techniques de microdiffusion
    (tableau 1). Le branchement sur un réseau électrique assurant une
    alimentation permanente n'est pas indispensable.

    Des techniques plus complexes, comme la chromatographie en phase
    gazeuse ou la chromatographie liquide à haute performance, la
    spectrophotométrie d'absorption atomique ou les tests immunologiques
    n'ont pas été retenues même lorsqu'il n'existe pas de méthode simple
    pour certains produits. Bien que ces techniques soient plus
    spécifiques et plus sensibles que beaucoup de méthodes simples, il
    faut tenir compte non seulement du niveau de compétence des
    techniciens, mais de bien d'autres facteurs avant de les introduire
    dans un laboratoire. Par exemple, les normes de qualité (pureté ou
    propreté) des réactifs, de la verrerie et des produits consommables
    comme les solvants et les gaz doivent être beaucoup plus rigoureuses
    que pour les tests décrits dans ce manuel si l'on veut obtenir des
    résultats fiables.

    D'autres points qui ne sont pas toujours évidents lorsqu'on envisage
    l'achat d'un instrument doivent aussi être pris en compte, comme la
    nécessité d'un approvisionnement régulier en produits essentiels
    (septums pour chromatographes, seringues à injection, colonnes à
    chromatographie, filtres à solvants, encre pour enregistreurs ou
    stylets à pointe feutre) et de pièces de rechange ou de réserve
    (lampes de détecteurs, boucles d'injection, matériaux de remplissage
    des colonnes). Les instruments doivent être correctement entretenus,
    ce qui suppose généralement la visite régulière d'un représentant ou
    d'un agent du fabricant. En fait, ces visites devront probablement
    être plus fréquentes dans les pays en développement, car les
    conditions d'utilisation (température, humidité, poussière) risquent
    d'être plus sévères qu'ailleurs.



                   

    a Document non publié WHO/LAB/87.2. Disponible sur demande auprès du
    service Technologie de Laboratoire de Santé, Organisation mondiale de
    la Santé, 1211 Genève 27, Suisse.

    Tableau 1. Matériel de base pour les analyses toxicologiques

                                                                      

    Balances de laboratoire fiables, régulièrement entretenues et
       étalonnées (section 4.1.3)
    Centrifugeur de paillasse (électrique ou à main) pour la séparation
       des échantillons de sang et les extractions par solvants 
       (section 4.3.2)
    Agitateur rotatif mécanique ou à main (section 4.3.2)
    Bain-marie et bloc de chauffage électrique
    Réchaud à alcool ou brûleur à butane
    Réfrigérateur (électrique ou à évaporation) pour la conservation 
       des étalons et des échantillons
    pH-mètre
    Série de pipettes automatiques et semi-automatiques (section 4.1.3)
    Microscope polarisant à faible grossissement
    Verrerie de laboratoire (notamment volumétrique) en quantité
       suffisante et moyens de nettoyage adéquats (section 4,1.5)
    Source d'approvisionnement en eau chimiquement pure (section 4.1.4)
    Air ou azote comprimé
    Plaques pour chromatographie sur couche mince ou matériel pour les
       préparer (section 4.4.1)
    Matériel pour développer et révéler les chromatogrammes sur couche
       mince, y compris une lampe à ultraviolets (254 nm et 366 nm) et
       une hotte (section 4.4.4)
    Spectrophotomètre ultraviolet/visible à simple ou double faisceau 
       avec ses cuvettes (section 4.5.2)
    Cuve à microdiffusion de Conway (section 4.3.3)
    Plaque à godets en porcelaine (section 4.2)
    Appareil de Gutzeit modifié (section 6.6)
                                                                      


    Certains tests sont maintenant disponibles sous forme de trousses. Par
    exemple, il existe pour la recherche des médicaments, des trousses de
    chromatographie sur couche mince normalisées dans lesquelles les
    plaques sont exposées au révélateur par trempage ou par un autre moyen
    et non par pulvérisation, de sorte qu'il n'est pas nécessaire de
    disposer d'une hotte (voir section 4.4.4). En outre, un recueil de
    photographies en couleur annotées facilite l'interprétation des
    résultats. Toutefois, comme avec les méthodes de chromatographie sur
    couche mince classique, l'interprétation peut être difficile, surtout
    lorsque plusieurs produits sont présents simultanément. En outre, la
    disponibilité du système et des fournitures nécessaires ne peut être
    garantie.

    De même, les trousses de tests immunologiques sont relativement
    simples à utiliser, bien que des problèmes puissent se poser dans la
    pratique, surtout en ce qui concerne l'interprétation des résultats.
    Mais ces trousses sont destinées principalement au suivi des malades
    sous traitement et au contrôle de la toxicomanie, de sorte qu'elles
    ont peu d'applications directes en toxicologie clinique.

    1.2  Substances de référence et réactifs

    L'annexe 1 donne la liste des substances de référence et des réactifs
    nécessaires à un laboratoire de toxicologie analytique de base. Pour
    obtenir des résultats fiables, il est essentiel de disposer de
    substances relativement pures pouvant servir d'étalons. Toutefois, il
    n'est généralement pas nécessaire d'utiliser des substances de
    référence hautement purifiées et très coûteuses comme celles servant
    au contrôle de la qualité des produits pharmaceutiques. Certains
    médicaments comme le barbital, la caféine et l'acide salicylique,
    ainsi que beaucoup de produits chimiques et de solvants inorganiques
    ou organiques peuvent être obtenus sous forme de réactifs de pureté
    satisfaisante auprès des fournisseurs habituels de produits de
    laboratoire. Un certain nombre de substances contrôlées et de leurs
    métabolites peuvent être obtenus en petites quantités auprès du
    Laboratoire des stupéfiants, Centre international des Nations Unies, B
    500, A-1400 Vienne, Autriche.

    Il peut être difficile de se procurer de petites quantités
    (100 mg 1 g) de certains médicaments ou pesticides et de leurs
    métabolites à l'état pur. Néanmoins, il faudra s'efforcer d'établir
    une collection de référence (voir annexe 1) sans attendre de découvrir
    la présence d'un produit toxique chez un patient. Une telle collection
    de référence est un outil précieux et alle doit être conservée dans
    des conditions qui préservent la stabilité des produits tout en tenant
    compte des impératifs de sécurité. Si la substance pure ne peut être
    obtenue, la meilleure solution consiste à se la procurer sous la forme
    d'une préparation pharmaceutique ou d'une autre formulation. En effet,
    une extraction par solvant permet souvent de purifier suffisamment le
    produit pour procéder à une analyse qualitative (voir section 4.1.2).

    Bien que l'appareillage nécessaire pour effectuer les épreuves
    décrites dans ce manuel soit relativement simple, il faut disposer
    d'un certain nombre de réactifs de laboratoire inhabituels pour les
    effectuer tous. Chaque fois que possible, la durée de conservation
    (stabilité) des différents produits et réactifs a été indiquée dans le
    texte, ainsi que les précautions spéciales à prendre lors de leur
    manipulation.

    2  Aspects cliniques de la toxicologie analytique

    Un toxicologue analytique expérimenté peut jouer un rôle utile dans la
    prise en charge des patients intoxiqués par des médicaments ou
    d'autres produits chimiques. Toutefois, pour que l'analyse soit
    exécutée dans les meilleures conditions, il faut que les aspects
    cliniques du diagnostic et du traitement soient bien compris.
    L'analyste doit donc avoir une connaissance de base de la médecine
    d'urgence et des soins intensifs et pouvoir communiquer efficacement
    avec le clinicien. En outre, il est souhaitable qu'il possède de
    bonnes notions de pharmacologie et de toxicologie et une certaine
    connaissance des procédés d'élimination active et de l'utilisation des
    antidotes. Le présent chapitre apporte des éléments d'information de
    base dans ce domaine.

    2.1  Diagnostic de l'intoxication aiguë

    2.1.1  Etablissement du diagnostic

    Lorsqu'il suspecte une intoxication aiguë, le clinicien doit poser un
    certain nombre de questions pour établir un diagnostic. Si le patient
    est inconscient (comateux), les circonstances dans lesquelles il a été
    découvert et la présence éventuelle de boîtes de comprimés ou d'autres
    récipients (produits suspects) sur les lieux peuvent être importantes.
    Si le patient est conscient, il faudra l'interroger sur la présence de
    produits toxiques à son domicile ou sur le lieu de travail. Les
    antécédents médicaux du patient (médicaments prescrits, existence de
    troubles psychiatriques éventuels, etc.) sa profession et ses centres
    d'intérêt peuvent aussi être importants car ils peuvent expliquer
    qu'il ait eu accès à certains produits toxiques particuliers.

    L'examen physique du patient peut révéler la nature de la substance ou
    de la classe de substance en cause. Les symptômes cliniques associés à
    certains produits toxiques courants sont indiqués au tableau 2. Par
    exemple, un myosis extrême associé à une sialorrhée, à une
    incontinence et à une dépression respiratoire doivent faire penser à
    une intoxication par un inhibiteur de la cholinestérase, comme un
    pesticide organophosphoré. Toutefois, cette approche présente un
    intérêt limité si plusieurs toxiques ayant une action différente ont
    été absorbés. En outre, beaucoup de médicaments ont des effets
    similaires sur l'organisme, alors que certains symptômes cliniques
    peuvent être le résultat d'effets secondaires, comme l'anoxie. Par
    exemple, si un patient présente une dépression respiratoire et un
    myosis extrême, on peut soupçonner une intoxication par un opiacé
    comme le dextropropoxyphène ou la morphine. Mais si les pupilles sont
    dilatées, d'antres hypnotiques, comme le glutéthimide, peuvent être
    présents, ou bien l'hypoxie secondaire à la dépression respiratoire
    peut avoir provoqué des lésions cérébrales.

    Tableau 2. Symptômes cliniques d'intoxication aiguë par certaines 
    substances

                                                                       

    Symptôme clinique          Substances toxiques
                                                                       

    Système nerveux central

    Ataxie                     Bromures, carbamazépine, éthanol,
                               hypnotiques/sédatifs, phénytoïne,
                               thallium

    Coma                       Alcools, hypnotiques/sédatifs, opioïdes,
                               tranquillisants, nombreuses autres
                               substances

    Convulsions                Amitriptyline et autres
                               antidépresseurs tricycliques,
                               orphénadrine, strychnine, théophylline

    Appareil respiratoire

    Dépression respiratoire    Alcools, hypnotiques/sédatifs, opioïdes,
                               tranquillisants, nombreuses autres
                               substances

    Oedème pulmonaire          Acide acétylsalicylique, herbicides
                               (chlorophénoxyacides), gaz irritants
                               (non cardiogènes), opioïdes, solvants
                               organiques, paraquat

    Hyperpnée                  Acide acétylsalicylique, éthylène
                               glycol, herbicides
                               (hydroxybenzonitriles), isoniazide,
                               méthanol, pentachlorophénol

    Coeur et circulation

    Tachycardie                Anticholinergiques, sympathomimétiques

    Bradycardie                Cholinergiques, ß-bloquants, digoxine,
                               opioïdes

    Hypertension               Anticholinergiques, sympathométiques

    Hypotension                Ethanol, hypnotiques/sédatifs,
                               opioïdes, tranquillisants, nombreuses
                               autres substances

    Tableau 2. (suite)

                                                                       

    Symptôme clinique          Substances toxiques
                                                                       

    Arythmies                  ß-bloquants, chloroquine, cyanures,
                               digoxine, phénothiazines, quinidine,
                               théophylline, antidépresseurs
                               tricycliques

    Oeil

    Myosis                     Pesticides (carbamates,
                               organophosphorès), opioïdes,
                               phéncyclidine, phénothiazines

    Mydriase                   Amfétamine, atropine, cocaïne,
                               antidépresseurs tricycliques

    Nystagmus                  Carbamazépine, éthanol, phénytoïne

    Température corporelle

    Hyperthermie               Acide acétylsalicylique, pesticides
                               (dinitrophénols), herbicides
                               (hydroxybenzonitriles), pentachlorophénol,
                               procaïnamide, quinidine

    Hypothermie                Monoxyde de carbone, éthanol,
                               hypnotiques/sédatifs, opioïdes,
                               phénothiazines, antidépresseurs
                               tricycliques

    Peau, cheveux et ongles

    Acné                       Bromures, pesticides organochlorés

    Alopécie                   Thallium

    Appareil digestif

    Sialorrhée                 Inhibiteurs de la cholinestérase,
                               strychnine

    Bouche sèche               Atropine, opioïdes, phénothiazines,
                               antidépresseurs tricycliques

    Tableau 2. (suite)

                                                                       

    Symptôme clinique          Substances toxiques
                                                                       

    Constipation               Plomb, opioïdes, thallium

    Diarrhée                   Arsenic, inhibiteurs de la
                               cholinestérase, laxatifs

    Hémorragie                 Acide acétylsalicylique, caustiques
    gastro-intestinale         (acides/bases forts), anticoagulants
                               coumariniques, indométacine

    Lésions hépatiques         Toxines amanitiques, tétachlorure de
                               carbone, paracétamol, phosphore blanc

    Appareil urogénital

    Rétention d'urine          Atropine, opioïdes, antidépresseurs
                               tricycliques

    Incontinence               Pesticides (carbamates,
                               organophosphorés)

    Lésions rénales            Toxines amanitiques, cadmium,
                               tétrachlorure de carbone, éthylène
                               glycol, mercure, paracétamol
                                                                       


    L'intoxication ne doit pas être le seul diagnostic envisagé. Par
    exemple, un coma peut être dû aussi bien à un accident
    cérébrovasculaire ou à un diabète non contrôlé qu'à une intoxication.
    Dans ces circonstances, il est évidemment important de pouvoir
    disposer très rapidement des résultats des examens biochimiques et
    hématologiques (voir chapitre 3). Inversement, les symptômes de
    l'intoxication par certaines substances peuvent être attribués à
    d'autres causes, surtout si le patient est vu tardivement. A titre
    d'exemple, on peut citer l'arrêt cardiorespiratoire (cyanure),
    l'hépatite (tétrachlorure de carbone, paracétamol), le diabète
    (hypoglycémiants, y compris l'éthanol chez les jeunes enfants), les
    paresthésies (thallium), les pneumopathies progressives (paraquat) et
    l'insuffisance rénale (éthylène glycol).

    2.1.2  Classification du coma

    La perte de conscience (coma) est fréquente en cas d'intoxication
    aiguë, surtout par un dépresseur du système nerveux central (SNC).
    L'échelle d'Edinburgh (voir tableau 3) est souvent utilisée pour
    indiquer le degré ou la profondeur du coma des victimes
    d'intoxication. L'avantage de ce système est qu'il permet de décrire
    facilement la gravité d'un épisode au personnel du laboratoire ou du
    centre antipoison.


    Tableau 3. Classification de la profondeur du coma selon l'échelle
    d'Edinburgh

                                                                       

    Degré   Symptômes cliniques
                                                                       

    1       Le patient est somnolent mais réagit aux commandes verbales

    2       Le patient est inconscient mais réagit aux stimuli légers
              (par exemple, à une secousse ou à un cri)

    3       Le patient est inconscient et ne réagit qu'à des stimuli
              douloureux (par exemple, frottement sur le sternum)

    4       Le patient est inconscient et ne réagit à aucun stimulus
                                                                        

    2.2  Traitement de l'intoxication aiguë

    2.2.1  Mesures générales

    Lorsqu'on soupçonne une intoxication aiguë, un traitement
    symptomatique et de soutien est souvent entrepris avant que le
    diagnostic ne soit confirmé. Si le toxique a été inhalé, le patient
    doit d'abord être retiré de l'environnement contaminé. En cas de
    contamination de la peau, les vêtements souillés doivent être enlevés
    et la peau lavée avec un liquide approprié, en général de l'eau. Chez
    l'adulte, en cas d'ingestion, on pratique souvent une aspiration et un
    lavage gastrique pour éviter autant que possible que l'absorption ne
    se poursuive. Dans les mêmes conditions, du sirop d'ipéca peut être
    administré aux enfants pour provoquer le vomissement. On peut réduire
    l'absorption des résidus subsistant après un lavage d'estomac en
    administrant une forte dose de charbon actif. L'utilité du gavage et
    des vomissements provoqués pour éviter l'absorption fait actuellement
    l'objet d'études, de même que l'efficacité d'une dose unique de
    charbon actif. Quoiqu'il en soit, l'administration répétée de charbon
    actif semble être efficace pour accélérer l'élimination de certains
    toxiques. Elle doit cependant être évitée si l'on envisage
    d'administrer par voie orale un agent protecteur, comme la méthionine
    en cas d'intoxication par le paracétamol.

    Par la suite, la plupart des patients ne nécessitent qu'un traitement
    de soutien. Dans les cas graves, ce traitement peut comporter
    l'administration intraveineuse d'anticonvulsivants comme le diazépam
    ( voir benzodiazépines) ou le clométhiazole, ou encore
    d'antiarythmiques comme la lidocaïne. Toutes ces substances peuvent
    être détectées par la suite si une analyse toxicologique est
    effectuée. La lidocaïne est également utilisée comme anesthésique
    topique et on la retrouve souvent dans l'urine à la suite d'une
    administration accidentelle lors de la pose d'un cathéter dans les
    voies urinaires. Des médicaments ou d'autres substances peuvent aussi
    être administrés lors de certains examens comme les ponctions
    lombaires.

    Des traitements spécifiques, faisant appel par exemple à des méthodes
    d'élimination active ou à des antidotes, sont parfois indiqués. Avant
    d'entreprendre certaines formes de traitement qui ne sont pas sans
    risque pour le patient, il peut être nécessaire de disposer des
    résultats d'une analyse toxicologique qualitative ou quantitative. En
    général, un traitement spécifique n'est institué que lorsque la nature
    et/ou la quantité de la ou des substances toxiques en cause sont
    connues.

    2.2.2  Antidotes/agents protecteurs

    Il n'existe d'antidote ou d'agents protecteurs que pour un nombre
    limité de substances toxiques (voir tableau 4). L'utilisation de
    certains antidotes, par exemple ceux qui sont employés pour le
    traitement des intoxications par les cyanures, fait l'objet de
    controverses, alors que d'autres sont euxmêmes potentiellement
    toxiques et doivent être employés avec prudence. L'absence d'effet
    d'un antidote particulier n'indique pas nécessairement l'absence d'un
    certain type de toxine. Par exemple, la naloxone est un antagoniste
    des opioïdes qui provoque une réversion rapide et complète du coma dû
    à ces substances, comme la morphine et la codéine, sans risque pour le
    patient, si ce n'est qu'elle peut déclencher une réaction de sevrage
    aiguë chez les sujets pharmacodépendants. Toutefois, l'absence de
    réponse ne signifie pas toujours que les opioïdes sont hors de cause,
    car le coma peut avoir été provoqué par une autre substance, la dose
    de naloxone peut avoir été trop faible, ou l'hypoxie peut avoir
    entraîné une lésion cérébrale suivie d'un arrêt cardiorespiratoire ou
    respiratoire.

    2.2.3  Méthodes d'élimination active

    Il existe quatre grandes méthodes pour accélérer l'élimination des
    substances toxiques présentes dans la circulation générale:
    administration répétée de charbon actif par voie orale; diurèse forcée
    avec modification du pH urinaire; dialyse péritonéale et hémodialyse;
    hémoperfusion.

    Tableau 4. Quelques antidotes et agents protecteurs utilisés
    dans le traitement des intoxications aiguësa

                                                                     

    Antidote/agent                  Indications
                                                                     

    Acétylcystéine                  Paracétamol
    Atropine                        Pesticides (carbamates et
                                    organophosphorés)
    Déféroxamine                    Aluminium, fer
    DMSAb                           Antimoine, arsenic, bismuth, 
                                    cadmium, mercure, plomb
    DMPSc                           Cuivre, mercure (métallique et
                                    inorganique), plomb
    Ethanol                         Ethylène glycol, méthanol
    Fragments d'anticorps
    se liant aux antigènes (Fab)    Digoxine
    Flumazénil                      Benzodiazépines
    Méthionine                      Paracétamol
    Méthylène, bleu de              Agents oxydants (chlorates, 
                                    nitrites, etc.)
    Naloxone                        Opioïdes (codéine, péthidine,
                                    morphine, etc)

    Obidoxime, chlorure d'          Pesticides organophosphorés
    (ou iodure de pralidoxime)      (contre-indiqué pour les carbamates)
    Oxygène                         Monoxyde de carbone, cyanures
    Physostigmine                   Atropine
    Phytoménadione (vitamine K1)    Anticoagulants coumariniques et 
                                    de la famille de l'indanedione
    Potassium                       Théophylline, baryum
    Protamine, sulfate de           Héparine
    Prusse, bleu ded                Thallium
    Pyridoxine (vitamine B6)        Isoniazide
    Sodium et calcium, édétate de   Plomb, zinc
                                                                     

    a On trouvera des informations sur les antidotes spécifiques dans 
      la série Evaluation des antidotes, du PISC/CEC; voir bibliographie.
    b Acide dimercaptosuccinique
    c Dimercaptopropanesulfonate
    d Ferrihexacyanoferrate de potassium


    Il est possible d'accélérer l'élimination de substances telles que les
    barbituriques, la carbamazépine, la quinine et la théophyline (et peut
    être aussi l'acide salicylique et ses dérivés) en administrant du
    charbon actif par voie orale à intervalles de 4 à 6 heures jusqu'à
    disparition des signes cliniques. Pour réduire le temps de transit, et
    par conséquent le risque de réabsorption de la substance toxique, un
    laxatif est souvent administré en même temps que le charbon. Cette
    méthode a l'avantage d'être non invasive, mais elle est moins efficace
    en cas d'iléus paralytique résultant, par exemple, de l'ingestion de
    phénobarbital. Il faut aussi se méfier du risque d'aspiration
    pulmonaire en cas d'abolition du réflexe pharyngé ou de réduction du
    niveau de conscience.

    La diurèse forcée a pour but de favoriser l'excrétion urinaire en
    augmentant le volume des urines par unité de temps. Elle est réalisée
    par administration intraveineuse d'un fluide compatible. Actuellement,
    on complète presque toujours la diurèse forcée par une modification du
    pH urinaire. L'élimination rénale des acides faibles tels que les
    herbicides de la famille des chlorophénoxyacides et les salicylates
    peut être améliorée par l'administration intraveineuse de bicarbonate
    de sodium. Celui-ci peut aussi assurer une protection contre la
    toxicité générale d'une substance en favorisant son passage dans les
    compartiments aqueux, comme le sang. En fait, l'alcalinisation peut
    être aussi efficace à elle seule que la diurèse alcaline forcée
    traditionnelle et alle a l'avantage de réduire le risque de
    complications telles que l'oedème cérébral ou pulmonaire et les
    déséquilibres électrolytiques résultant d'une surcharge liquidienne.
    Toutefois, le pH de la substance toxique doit être tel que
    l'élimination rénale puisse être améliorée en modifiant le pH urinaire
    dans les limites physiologiques. Il est également important de
    surveiller de près le pH de l'urine pour s'assurer que le changement
    souhaité a été obtenu. Il a été avancé que l'acidification de l'urine
    pourrait favoriser l'élimination de bases faibles comme l'amfétamine,
    la procyclidine et la quinine, mais cette théorie a été généralement
    abandonnée.

    La dialyse et l'hémoperfusion retirent directement la substance
    toxique de la circulation. Dans l'hémodialyse, le sang passe sur une
    membrane en contact avec un compartiment aqueux dans un rein
    artificiel, alors que dans la dialyse péritonéale, un liquide
    approprié est perfusé dans la cavité péritonéale puis retiré 2 à 4
    heures plus tard. Dans l'hémoperfusion, le sang est pompé à travers
    une cartouche contenant des substances adsorbantes (charbon actif
    enrobés ou résine amberlite XAD-4). On réserve de préférence
    l'hémodialyse aux substances hydrosolubles, comme l'éthanol, et
    l'hémoperfusion aux substances lipophiles, telles que les
    barbituriques à courte durée d'action, qui ont une forte affinité pour
    le charbon enrobé ou l'amberlite. La décision d'employer la dialyse ou
    l'hémoperfusion doit se fonder sur l'état clinique du patient, les
    propriétés de la substance ingérée et sa concentration dans le plasma.
    L'hémodialyse et l'hémoperfusion ne sont efficaces que lorsque le

    volume de distribution de la substance toxique est faible,
    c'est-à-dire que le volume relatif de distribution est inférieur à
    5 l/kg.

    2.3  Rôle du laboratoire de toxicologie clinique

    La plupart des victimes d'intoxication peuvent être traitées avec
    succès sans faire appel au laboratoire, sinon pour les analyses
    biochimiques et hématologiques de routine. C'est notamment le cas
    lorsqu'il n'y a aucun doute sur la substance en cause et lorsque les
    résultats d'un dosage quantitatif ne sont pas susceptibles de modifier
    le traitement. Par contre, l'analyse toxicologique peut être utile si
    le diagnostic est incertain, ou si l'on envisage d'administrer un
    antidote ou un agent protecteur ou d'appliquer une méthode
    d'élimination active. Dans le travail de l'analyste concernant un cas
    d'intoxication, ou distingue généralement une phase pré-analytique,
    une phase analytique et une phase post-analytique (tableau 5).


    Tableau 5. Principales étapes d'un examen toxicologique analytique

                                                                       

    Etape                    Description
                                                                       

    Phase pré-analytique
    1.                       Obtenir des détails sur le patient,  
                             notamment sur les circonstances de
                             l'intoxication et les résultats des 
                             examens biochimiques et hématologiques 
                             (voir chapitre 3).

    2.                       Prendre connaissance des antécédents
                             médicaux du patient, s'ils sont 
                             disponibles; obtenir les échantillons
                             appropriés et décider des priorités 
                             de l'analyse.

    Phase analytique
    3.                       Effectuer les analyses convenues

    Phase post-analytique
    4.                       Interpréter les résultats en 
                             consultation avec le clinicien.

    5                        Effectuer des analyses complémentaires, 
                             le cas échéant, sur les prélèvements 
                             initiaux ou sur d'autres prélèvements.
                                                                       

    Les aspects pratiques de la collecte, du transport et de la
    conservation des prélèvements en vue d'une analyse particulière sont
    indiqués au chapitre 5 et dans les monographies (chapitre 6). La
    recherche des substances que le patient est susceptible d'avoir
    absorbées et pour lesquelles il existe un traitement spécifique aura
    normalement la priorité sur la recherche des causes du coma. Cette
    question est examinée en détail au chapitre 5 oh l'on trouvera
    également une méthode de recherche systématique des substances
    toxiques. Les tests applicables à une substance ou à un groupe de
    substances déterminées figurent au chapitre 6.

    Enfin, on s'efforcera toujours de mettre en parallèle les résultats de
    laboratoire et les observations cliniques. Pour cela, il est
    indispensable d'avoir une certaine connaissance des effets
    toxicologiques de la substance incriminée (voir tableau 2). On
    trouvera des informations complémentaires sur certaines substances
    toxiques dans les monographies correspondantes (chapitre 6) et dans
    les manuels de toxicologie clinique cités dans la bibliographie. Le
    tableau 6 présente un certain nombre de cas où le traitement peut être
    influencé par le résultat des analyses toxicologiques.


        Tableau 6. Interprétation des analyses toxicologiques effectuées en urgence

                                                                                 
    Toxique                       Concentration                 Traitement
                                  entraînant une
                                  intoxication gravea
                                                                                 

    1. Traitement protecteur
    Paracétamol                   200 mg/l 4 heures      )
                                  après l'ingestion      )      Acétylcystéine
                                                         )      ou méthionine
                                  30 mg/l 15 heures      )
                                  après l'ingestion      )

    Méthanol                      0,5 g/l                )
    Ethylène glycol               0,5 g/l                )      Ethanol
    Thallium                      0,2 mg/l (urine)              Bleu de
                                                                Prusseb

    2. Traitement chélateur
    Fer                           5 mg/l (sérum)         )
    Aluminium                     50-250 µg/l (sérum)    )      Déféroxamine
    Plomb                         1 mg/l (sang total,           DMSAc/DMPSd/
                                  adulte)                       édétate
                                                                de sodium et
                                                                de calcium
    Cadmium                       20 µg/l (sang total)          DMSA
    Mercure                       100 µg/l (sang total)         DMSA/DMPS
    Arsenic                       200 µg/l (sang total)         DMSA

    Tableau 6. (suite)

                                                                                 
    Toxique                       Concentration                 Traitement
                                  entraînant une
                                  intoxication gravea
                                                                                 

    3. Elimination active
    Acide acétylsalicylique       900 mg/l 6 heures      )
    (sous forme de salicylate)    après l'ingestion      )
                                  450 mg/l 24 heures     )
                                  après l'ingestion      )      Diurèse alcaline
    Phénobarbital                 200 mg/l               )
    Barbital                      300 mg/l               )
    Herbicides                                           )
    (chlorophénoxyacides)         500 mg/l               )

    Ethanol                       5 g/l                  )
    Méthanol                      0,5 g/l                )
    Ethylène glycol               0,5 g/l                )      Dialyse
    Phénobarbital                 200 mg/l               )      péritonéale
    Barbital                      300 mg/l               )      ou hémodialyse
    Acide acétylsalicylique       900 mg/l après         )
    (sous forme de salicylate)    6 heures               )
                                  450 mg/l après         )
                                  24 heures              )
    Lithium                       14 mg/l                )

    Phénobarbital                 100 mg/l               )
    Barbital                      200 mg/l               )      Hémoperfusion
    Autres barbituriques          50 mg/l                )      sur charbon
    Théophylline                  100 mg/l               )      actif
                                                                                 

    a Dans le plasma, sauf indication contraire
    b Ferrihexacyanoferrate de potassium
    c Acide dimercaptosuccinique
    d Dimercaptopropanesulfonate
    
    3  Examens généraux de laboratoire pratiqués en toxicologie clinique

    Beaucoup d'examens cliniques de laboratoire peuvent être utiles pour
    établir le diagnostic et le pronostic d'une intoxication aiguë. Ceux
    qui font l'objet du présent chapitre (voir la liste au tableau 7) sont
    probablement les plus utiles, même si la totalité d'entre eux ne
    peuvent être réalisés en urgence que dans les laboratoires les plus
    importants. Des épreuves plus spécialisées peuvent être indiquées
    selon l'état clinique du patient, ses antécédents médicaux et les
    circonstances de l'intoxication. Il ne sera pas question ici des
    examens effectués pour contrôler les résultats d'un traitement de
    soutien; on trouvera des détails sur ces examens dans les manuels
    classiques de chimie clinique (voir bibliographie).

    3.1  Examens biochimiques

    3.1.1  Glycémie

    Une hypoglycémie importante est souvent le résultat d'un surdosage
    d'insuline, de sulfonylurées, comme la tolbutamide, ou d'autres
    antidiabétiques. L'hypoglycémie peut aussi être une complication des
    intoxications graves provoquées par diverses substances, comme les
    sels de fer et certains champignons; elle peut également survenir à la
    suite de l'ingestion d'acide acétylsalicylique, d'éthanol (notamment
    chez les enfants ou des adultes à jeun) ou de paracétamol si celle-ci
    entraîne une insuffisance hépatique. L'hypoglycine est un
    hypoglycémiant puissant que l'on trouve dans le fruit de l'akee
     (Blighia sapida) avant maturité. L'hyperglycémie est une
    complication moins fréquente que l'hypoglycémie, mais on l'a signalée
    à la suite de surdosages d'acide acétylsalicylique, de salbutamol et
    de théophylline.

    3.1.2  Electrolytes, gaz et pH du sang

    Le coma consécutif à une intoxication par des hypnotiques, sédatifs,
    neuroleptiques ou opioïdes se caractérise souvent par une hypoxie et
    une acidose respiratoire. Toutefois, en l'absence d'un traitement
    approprié, cet état est suivi d'un déséquilibre acido-basique mixte
    avec acidose métabolique. Par contre, l'intoxication par les
    salicylés, comme l'acide acétylsalicylique, se traduit initialement
    par une hyperventilation et une alcalose respiratoire qui peut être
    suivie d'acidose métabolique mixte et d'hypokaliémie dans les cas
    graves. L'hypokaliémie et l'acidose métabolique caractérisent
    également les surdosages de théophylline et de salbutamol. On observe
    une hypokaliémie dans l'intoxication aiguë par le baryum.

    Les substances toxiques, ou leurs métabolites, qui inhibent des étapes
    importantes du métabolisme intermédiaire provoquent souvent une
    acidose métabolique due à l'accumulation d'acides organiques,
    notamment d'acide lactique. Dans les cas graves, l'acidose métabolique
    peut s'installer rapidement et un traitement correcteur doit être
    entrepris de toute urgence. La mesure du trou anionique du sérum ou du
    plasma peut être utile pour distinguer une acidose métabolique toxique

    d'une acidose associée à une perte fécale ou rénale de bicarbonate
    d'origine non toxique. Le trou anionique est généralement établi en
    calculant la différence entre la concentration de sodium et la somme
    des concentrations des ions chlorure et bicarbonate. Il est
    normalement voisin de 10 mmol/l et correspond aussi à la somme des
    concentrations plasmatiques de potassium, de calcium et de magnésium.
    Cette valeur est peu modifiée en cas d'acidose métabolique non
    toxique. Par contre, lorsque l'acidose résulte d'une intoxication
    sévère par le monoxyde de carbone, les cyanures, l'éthylène glycol, le
    méthanol, les fluoracétates, le paraldéhyde ou l'acide
    acétylsalicylique, elle peut dépasser 15 mmol/l. Les intoxications
    graves par le fer, l'éthanol, le paracétamol, l'isoniazide, la
    phenformine et la théophylline peuvent aussi provoquer une acidose
    métabolique toxique.

    De nombreux types d'intoxications entraînent d'autres troubles
    acidobasiques on électrolytiques pour diverses raisons. La
    surveillance et l'interprétation de ces troubles sont parfois simples,
    mais le plus souvent il s'agit de phénomènes complexes.
    L'interprétation correcte d'une série de mesures nécessite une
    connaissance détaillée du traitement administré. Les surdosages
    iatrogènes, accidentels ou délibérés, de sels de potassium ou de
    sodium entraînent une hyperkaliémie ou une hypernatrémie. Les
    conséquences des déséquilibres électrolytiques dépendent de nombreux
    facteurs, notamment de l'état d'hydratation, de l'intégrité de la
    fonction rénale et des modifications concomitantes du métabolisme du
    sodium, du calcium, du magnésium, des chlorures et des phosphates.
    L'hyponatrémie peut avoir des causes très diverses, par exemple une
    intoxication hydrique, une perte excessive de sodium ou un dépassement
    de la capacité d'élimination du rein. L'hypocalcémie peut être le
    résultat de la séquestration du calcium par l'acide oxalique en cas
    d'intoxication par l'éthylène glycol.

    3.1.3  Osmolalité plasmatique

    L'osmolalité normale du plasma (280-295 mOsm/kg) est assurée
    principalement par le sodium, l'urée et le glucose. On peut observer
    des valeurs exceptionnellement élevées (>310 mOsm/kg) dans des états
    pathologiques tels qu'une protéinémie grave ou une déshydratation
    sévère avec réduction de la teneur en eau effective du plasma. Mais
    une forte augmentation de l'osmolalité plasmatique peut être la
    conséquence de l'absorption de qualités relativement importantes de
    toxiques ayant des propriétés osmotiques (notamment le méthanol,
    l'éthanol et le propan-2-ol). L'éthylène glycol, l'acétone et d'autres
    substances organiques de faible masse moléculaire relative ont aussi
    un effet osmotique proportionnel à leur concentration molaire (voir
    tableau 8).

    Tableau 7. Quelques examens de laboratoire utiles en toxicologie
    clinique

                                                                      

    Milieu        Epreuve qualitative       Epreuve quantitative
                                                                      

    Urine         Couleur (hématurie,       Densité relative
                  myoglobinurie)            pH
                  Odeur
                  Turbidité
                  Cristallurie
    Sang          Couleur (oxygénation)     pCO2, pO2, pH
                                            Glucose
                                            Temps de prothrombine
                                            Carboxyhémoglobine
                                            Méthémoglobine
                                            Hématocrite
                                            Numération leucocytaire
                                            Numération plaquettaire

    Plasma        Lipidémie                 Bilirubine
                                            Electrolytes (Na+, K+,Ca2+,
                                            Cl-, HCO-3
                                            Lactates
                                            Osmolalité
                                            Enzymes plasmatiquesa
                                            Cholinestérase
                                                                      

    a Lactate déshydrogénase, aspartate aminotransférase, alanine
      aminotransférase, créatine kinase.



    Tableau 8. Effet de certains toxiques courants sur l'osmolalité
    plasmatique

                                                                       
    Substance           Augmentation        Concentration (g/l)
                        de l'osmolalité     correspondant à une
                        plasmatique         augmentation de 1 mOsm/kg
                        (mOsm/kg)           de l'osmolalité plasmatique
                        pour 0,01 g/l
                                                                       

    Acétone                 0,18                   0,055
    Ethanol                 0,22                   0,046
    Ethylène glycol         0,20                   0,060
    Méthanol                0,34                   0,029
    Propan-2-ol             0,17                   0,059
                                                                       

    Bien que la mesure de l'osmolalité plasmatique puisse apporter des
    informations utiles, l'interprétation en est parfois difficile. Par
    exemple, un surdosage de salicylés peut entraîner une déshydratation
    secondaire, de l'éthanol peut avoir été absorbé en même temps qu'une
    substance osmotiquement active plus toxique, ou bien le patient peut
    avoir suivi un traitement par voie orale ou parentérale comportant
    l'administration de grandes quantités de polyols (mannitol, sorbitol)
    ou de préparations contenant du glycérol ou du propylène glycol.

    3.1.4  Enzymes plasmatiques

    L'état de choc, le coma et les convulsions s'accompagnent souvent
    d'une augmentation non spécifique de l'activité des enzymes
    plasmatiques ou sériques (lactate déshydrogénase, aspartate
    aminotransférase, alanine aminotransférase) dont le dosage est
    couramment effectué pour vérifier s'il y a eu lésion des principaux
    organes. En général, l'activité de ces enzymes augmente pendant
    quelques jours puis revient lentement aux valeurs normales. Ces
    changements sont de peu de valeur diagnostique ou pronostique.

    L'activité plasmatique des enzymes hépatiques peut augmenter
    rapidement à la suite de l'absorption de doses toxiques de substances
    susceptibles de provoquer une nécrose du foie, en particulier le
    paracétamol, le tétrachlorure de carbone et les sels de cuivre. Le
    retour aux valeurs normales peut prendre plusieurs semaines.
    L'activité plasmatique des aminotransférases peut être supérieure à la
    normale chez les patients qui prennent régulièrement des médicaments
    tels que l'acide valproïque et des réactions hépatotoxiques graves
    sont alors possibles. L'abus chronique d'éthanol s'accompagne
    généralement d'une augmentation de l'activité plasmatique de la
    gamma-glutamyltransférase.

    Dans les intoxications très graves, surtout s'il y a eu coma prolongé,
    convulsions ou état de choc, on peut s'attendre à des lésions
    musculaires cliniques ou subcliniques associées à une rhabdomyolyse et
    à une coagulation intravasculaire disséminée. Ces lésions peuvent
    aussi être le résultat d'un abus chronique de substances psychotropes
    par voie parentérale. La rhabdomyolyse de Frank se caractérise par une
    activité élevée de l'aldolase sérique ou de la créatine kinase,
    accompagnée de myoglobinurie. Elle peut être mise en évidence à l'aide
    de réactifs ou de bandelettes à l' o-toluidine, à condition qu'il n'y
    ait pas d'hématurie. En cas d'intoxication grave, par exemple par la
    strychnine, une myoglobinurie accompagnée de concentrations élevées de
    potassium, d'acide urique et de phosphates dans le sérum ou dans le
    plasma peut être le premier signe d'une insuffisance rénale aiguë.

    3.1.5  Activité de la cholinestérase

    La toxicité systémique de certains pesticides (carbamates et
    organophosphorés) est due en grande partie à l'inhibition de
    l'acétylcholinestérase dans les synapses nerveuses. La cholinestérase,
    produite initialement dans le foie, est également présente dans le
    plasma, mais l'inhibition de la cholinestérase plasmatique ne semble

    pas avoir d'importance physiologique. Il faut souligner que la
    cholinestérase et l'acétylcholinestérase sont des enzymes différentes:
    la cholinestérase plasmatique peut être presque complètement inhibée
    alors que l'activité de l'acétylcholinestérase érythrocytaire est
    encore de 50%. Cette inhibition relative dépend de la substance en
    cause, de la voie d'absorption et de la nature de l'exposition, selon
    que celle-ci est aiguë ou chronique, ou qu'il s'agit d'une exposition
    aiguë faisant suite à une exposition chronique. En outre, l'inhibition
    régressera plus ou moins vite selon qu'elle a été provoquée par un
    carbamate ou un organophosphoré.

    En pratique, la cholinestérase plasmatique est un indicateur utile de
    l'exposition aux organophosphorés ou aux carbamates et une activité
    plasmatique normale exclut une intoxication aiguë par ces substances.
    La difficulté est de savoir si une activité faible est effectivement
    due à une intoxication ou à une autre cause physiologique,
    pharmacologique ou génétique. La détection d'une substance toxique ou
    d'un de ses métabolites dans un liquide corporel peut parfois
    faciliter le diagnostic, mais les méthodes simples dont on dispose à
    cet effet sont relativement peu sensibles (voir sections 6.82 et
    6.85). Une autre possibilité consiste à ajouter de la pralidoxime,
    utilisée comme antidote des organophosphorés (voir tableau 4), à un
    échantillon de plasma ou de sérum  in vitro (section 6.28). La
    pralidoxime s'oppose à l'effet des organophosphorés sur la
    cholinestérase. Par conséquent, si l'activité de la cholinestérase se
    maintient dans la portion de l'échantillon additionnée de pralidoxime,
    mais qu'elle est inhibée dans la portion non traitée, il y a de fortes
    chances qu'un organophosphoré soit présent.

    L'activité érythrocytaire de l'acétylcholinestérase peut être mesurée,
    mais cette enzyme est liée à la membrane et l'activité apparente
    dépend de la méthode utilisée pour sa solubilisation et sa séparation
    de la cholinestérase plasmatique résiduelle. Actuellement, il n'existe
    pas de méthode normalisée à cet effet. L'activité de
    l'acétylcholinestérase érythrocytaire dépend aussi de la vitesse
    d'érythropoïèse. Les érythrocytes nouvellement formés ont une activité
    élevée qui diminue avec le temps. Par conséquent, l'activité de
    l'acétylcholinestérase érythrocytaire est fonction du nombre et de
    l'âge des cellules constituant la population érythrocytaire.
    Toutefois, lorsque l'activité de la cholinestérase plasmatique et
    celle de l'acétylcholinestérase érythrocytaire sont toutes deux
    élevées, une intoxication par un pesticide organophosphoré ou de la
    famille des carbamates est hautement probable.

    3.2  Epreuves hématologiques

    3.2.1  Coagulation sanguine

    Un temps de prothrombine prolongé constitue un bon indicateur précoce
    de lésions hépatiques dues à une intoxication métabolique par des
    substances telles que le paracétamol. Le temps de prothrombine et
    d'autres tests de coagulation sont souvent anormaux en cas
    d'intoxication aiguë par des rodenticides comme les anticoagulants

    coumariniques ou à la suite d'un surdosage d'héparine ou d'autres
    anticoagulants. Des coagulopathies peuvent également se produire à la
    suite d'une antibiothérapie. La coagulation intravasculaire disséminée
    accompagnant la rhabdomyolyse en cas d'intoxication grave (coma
    prolongé, convulsions, choc) a déjà été mentionnée (section 3.1.4).

    3.2.2  Carboxyhémoglobine et méthémoglobine

    Le dosage de la carboxyhémoglobine dans le sang permet d'évaluer la
    gravité des intoxications aiguës au monoxyde de carbone et chroniques
    au dichlorométhane. Toutefois, la carboxyhémoglobine se dissocie
    rapidement dès que le patient est retiré de l'atmosphère contaminée,
    surtout si on lui administre de l'oxygène; l'échantillon doit donc
    être prélevé dès que possible. Même dans ce cas, la corrélation entre
    la concentration sanguine de carboxyhémoglobine et les symptômes
    cliniques de toxicité est assez faible.

    La formation de méthémoglobine (hémoglobine oxydée) peut faire suite à
    un surdosage de dapsone ou d'agents oxydants tels que les chlorates ou
    les nitrites, mais elle peut aussi être la conséquence de l'exposition
    à des composés nitrés aromatiques (comme le nitrobenzène, l'aniline et
    certains de ses dérivés). L'induction d'une méthémoglobinémie par
    injection intraveineuse de nitrite de sodium est une méthode classique
    de traitement des intoxications aiguës par les cyanures. La
    méthémoglobinémie peut se manifester par une coloration foncée
    (chocolat) du sang. La concentration de méthémoglobine dans le sang
    peut être mesurée, mais elle est instable et les résultats obtenus sur
    des échantillons anciens ne sont pas fiables.

    3.2.3  Hématocrite

    Un surdosage isolé ou faisant suite à une intoxication chronique par
    les sels de fer, l'acide acétylsalicylique, l'indométacine ou d'autres
    anti-inflammatoires non stéroïdiens peut être responsable
    d'hémorragies gastro-intestinales conduisant à l'anémie. Celles-ci
    peuvent également résulter d'une exposition chronique à des toxiques
    qui interfèrent avec la synthèse de l'hème, comme le plomb, ou qui
    induisent une hémolyse soit directement (arsine,  voir arsenic), soit
    indirectement en provoquant une carence en glucose-6-phosphate
    déshydrogénase (chloroquine, primaquine, chloramphénicol, nitridazole,
    nitrofurantoïne).

    3.2.4  Numération leucocytaire

    L'augmentation du nombre des leucocytes (globules blancs) est
    fréquente en cas d'intoxication aiguë, par exemple en réponse à une
    acidose métabolique aiguë résultant soit de l'ingestion d'éthylène
    glycol ou de méthanol, soit d'une pneumonie hypostatique après un coma
    prolongé.

    4  Aspects pratiques de la toxicologie analytique

    Ce manuel a été rédigé en partant de l'hypothèse que le lecteur a une
    certaine connaissance de la chimie clinique et du travail de
    laboratoire, sans oublier les aspects relatifs à la santé et à la
    sécurité. Toutefois, certains points particulièrement importants pour
    la fiabilité des résultats sont développés dans le présent chapitre.

    Bien des questions abordées ici et aux chapitres 5 et 6 (utilisation
    des prélèvements cliniques, des échantillons et des substances de
    référence, prétraitement des échantillons, chromatographie sur couche
    mince, spectrophotométrie UV et visible) font l'objet de monographies
    dans la série Analytical Chemistry by Open Learning (ACOL). Ces
    monographies complètent les informations données ici et seront utiles
    à ceux qui manquent d'expérience en chimie analytique. Les références
    des publications de la série ACOL sont données dans la bibliographie.

    4.1  Gestion et fonctionnement du laboratoire

    4.1.1  Hygiène et sécurité au laboratoire

    Nombre d'épreuves décrites dans le manuel font appel à des produits
    chimiques extrêmement toxiques. La toxicité de certains d'entre eux
    est parfois sous-estimée (c'est ainsi que l'ingestion de 20 à 30 ml de
    méthanol, un solvant d'utilisation courante, peut provoquer de graves
    symptômes chez un adulte). Certains dangers particuliers ont été
    soulignés, mais dans bien des cas, on a considéré qu'ils étaient
    évidents. Par exemple, les bases et les acides forts ne doivent jamais
    être entreposés ensemble, ils doivent toujours être ajoutés à l'eau et
    non l'inverse, les solvants organiques ne doivent pas être chauffés
    sur une flamme nue, mais dans un bain-marie et l'évaporation de
    solvants organiques ou la pulvérisation de révélateurs sur les plaques
    de chromatographie en couche mince doivent toujours se faire sous une
    hotte aspirante.

    Le personnel doit être au courant des règlements locaux d'hygiène et
    de sécurité, notamment en ce qui concerne le traitement des
    échantillons biologiques potentiellement infectieux. Les politiques en
    matière d'hygiène et de sécurité doivent faire l'objet d'un document
    écrit connu et compris de tout le personnel. Il doit également exister
    des instructions écrites sur les modalités pratiques de manipulation
    et de destruction des échantillons biologiques, solvants organiques et
    autres substances dangereuses ou potentiellement dangereuses. Un
    membre du personnel d'encadrement doit être désigné comme responsable
    de l'hygiène et de la sécurité et chargé de l'application de cette
    politique. L'idéal serait que des gants jetables en plastique et des
    lunettes de sécurité soient portés en permanence dans le laboratoire.
    Les fournisseurs de produits chimiques et de réactifs peuvent souvent
    fournir des renseignements sur les dangers associés à l'utilisation de
    leurs produits.

    4.1.2  Réactifs et substances de référence

    Les fournisseurs sérieux garantissent normalement la pureté de leurs
    produits (réactif de qualité analytique, réactif général, réactif de
    laboratoire, etc.). Les limites maximales de certaines impuretés
    fréquentes ou importantes sont souvent indiquées sur l'étiquette,
    ainsi que les conditions d'entreposage recommandées. Certains produits
    absorbent facilement l'humidité atmosphérique, soit en restant solides
    (corps hygroscopiques, comme le sel de sodium de la phénythoïne) soit
    en se liquéfiant (produits déliquescents, comme l'acide
    trichloracétique - voir section 6.55), et doivent donc être conservés
    dans un dessiccateur. D'autres substances (par exemple l'hydroxyde de
    sodium) absorbent facilement le dioxyde de carbone de l'air soit à
    l'état solide, soit en solution, tandis que les solutions tampons
    contenant des phosphates sont connues pour favoriser la croissance de
    bactéries (qui se manifeste souvent par la formation d'un trouble).

    Lorsque des produits chimiques ou des étalons primaires, tels que des
    médicaments, sont obtenus auprès d'un intermédiaire, il est important
    d'avoir une idée de leur pureté. Des informations utiles peuvent
    souvent être obtenues par une simple chromatographie sur couche mince
    ou par l'examen du spectre ultraviolet. Il est également possible de
    mesurer l'absorbance du produit en solution et de comparer le résultat
    avec l'absorbance spécifique indiquée dans la littérature (absorbance
    d'une solution à 1% (p/v) dans une cuve de 1 cm d'épaisseur, voir
    section 4.5.1). Par exemple, l'absorbance spécifique de la colchicine
    dans l'éthanol est de 730 à 243 nm et 350 à 425 nm. Une solution à
    10 mg/l dans l'éthanol doit donc donner des absorbances de 0,73 et
    0,35 à ces deux longueurs d'onde dans une cuve de 1 cm. Toutefois,
    cette méthode ne permet pas d'exclure la présence d'impuretés ayant
    des masses moléculaires et des absorbances spécifiques voisines.

    4.1.3  Balances et pipettes

    Il convient de veiller à la propreté des balances utilisées pour peser
    les réactifs ou les étalons, ainsi que des pipettes automatiques et
    semi-automatiques, et de vérifier régulièrement leur exactitude. Les
    pipettes semi-automatiques sont normalement étalonnées pour des
    liquides aqueux (densité relative voisine de 1) et ne doivent pas être
    utilisées pour des solvants organiques ou d'autres solutions dont la
    densité relative ou la viscosité diffèrent nettement de celles de
    l'eau. Pour les liquides très visqueux, comme le sang total, il faut
    utiliser des pipettes à déplacement positif. Il est facile de vérifier
    la précision d'un instrument en pesant ou en mesurant une certaine
    quantité d'eau purifiée (distillée ou désionisée); le tableau 9 donne
    le volume de 1,0000 g d'eau distillée à différentes températures.
    Lorsque l'humidité relative est faible, des phénomènes
    électrostatiques peuvent fausser la mesure du poids, notamment
    lorsqu'on utilise des nacelles en plastique.

    Tableau 9. Volume de 1,0000 g d'eau distillée à différentes
    températures

                                                                

    Température         Volume    Température         Volume
    (°C)                (ml)      (°C)                (ml)
                                                                

    15                  1,0020    24                  1,0037
    16                  1,0021    25                  1,0039
    17                  1,0023    26                  1,0042
    18                  1,0025    27                  1,0045
    19                  1,0026    28                  1,0047
    20                  1,0028    29                  1,0050
    21                  1,0030    30                  1,0053
    22                  1,0032    31                  1,0056
    23                  1,0034    32                  1,0059
                                                                


    Lors de la préparation des réactifs ou des étalons primaires, il
    convient d'apporter une attention spéciale à la masse moléculaire
    relative (poids moléculaire) des sels et à leur degré d'hydratation
    (eau de cristallisation). On peut citer à titre d'exemple la
    préparation d'une solution contenant 50 mg/l d'ion cyanure. Le cyanure
    de potassium a une masse moléculaire relative 65,1, tandis que celle
    de l'ion cyanure est de 26,0. Une concentration de 50 mg/l d'ion
    cyanure est donc équivalente à 50 × 65,1/26,0 mg/l, soit 125,2 mg/l de
    cyanure de potassium. La pesée des étalons primaires doit être
    effectuée avec beaucoup de soin et il convient de noter également le
    poids de la tare (nacelle de pesée).

    4.1.4  Eau chimiquement pure

    L'eau du robinet contient généralement des substances en solution qui
    interdisent son utilisation au laboratoire, il est donc essentiel que
    l'eau utilisée pour la préparation des réactifs ou des solutions
    étalons soit purifiée par distillation ou désionisation par un procédé
    commercial d'échange d'ions. La méthode la plus simple est la
    distillation dans un appareil entièrement en verre. Lors de la
    distillation, le chauffage ne doit pas être trop vigoureux, pour
    éviter que des impuretés ne soient entraînées dans le distillat.

    Du permanganate de potassium et de l'hydroxyde de sodium (environ
    100 mg/l de chaque) peuvent être ajoutés à l'eau avant la distillation
    pour oxyder ou ioniser les composés organiques volatils ou les bases
    azotées et minimiser ainsi la contamination de l'eau purifiée. Si l'on
    a besoin d'une eau de très grande pureté, on peut la soumettre à une
    double distillation, (eau bidistillée). Le pH de l'eau distillée est
    généralement voisin de 4 en raison de la présence de dioxyde de
    carbone dissous.

    4.1.5  Assurance de la qualité

    Des échantillons positifs et négatifs connus doivent normalement être
    analysés en même temps que l'échantillon à examiner. Un témoin négatif
    (blanc) permet d'éviter les résultats faussement positifs (dus par
    exemple à la contamination des réactifs ou de la verrerie).
    L'inclusion d'un échantillon positif connu sert à vérifier que les
    réactifs ont été préparés correctement et qu'ils sont restés stables.
    Lorsqu'un résultat faussement positif est soupçonné, on peut répéter
    l'analyse en utilisant de la verrerie soigneusement nettoyée avec un
    solvant organique comme le méthanol et/ou avec de l'eau purifiée. En
    général, toute la verrerie, notamment les tubes à essai, doit être
    rincée à l'eau du robinet immédiatement après usage. Ce rinçage doit
    être suivi d'un nettoyage minutieux à l'aide d'une solution chaude de
    détergent pour laboratoire, suivi d'un rinçage à l'eau du robinet,
    puis à l'eau purifiée, et enfin d'un séchage à l'air. La verrerie très
    souillée peut être plongée initialement dans de l'acide sulfurique
    concentré (densité relative 1,83) contenant 100 g/l de dichromate de
    potassium (mélange sulfochromique). Toutefois, ce mélange est
    extrêmement dangereux et il suffit généralement d'utiliser un bon
    détergent de laboratoire.

    Les épreuves quantitatives demandent encore plus de précautions pour
    assurer leur exactitude et leur précision (reproductibilité). Lors de
    la préparation d'un nouveau lot de solution étalon, il est prudent de
    comparer les résultats de l'analyse d'un échantillon de concentration
    connue à ceux obtenus avec un lot antérieur ou à des résultats de
    source extérieure pour s'assurer de l'absence d'erreur. Comme pour les
    autres activités de laboratoire d'analyse clinique, il est important
    d'instituer un système interne de contrôle de la qualité pour toutes
    les méthodes quantitatives et de participer, chaque fois que cela est
    possible, à un programme externe d'assurance de la qualité.

    4.1.6  Enregistrement et présentation des résultats

    Tous les résultats doivent être enregistrés sur des fiches de
    laboratoire avec la date, le nom de l'analyste, le nom du patient et
    tout autre renseignement pertinent, notamment le nombre et la nature
    des échantillons reçus et les analyses effectuées. (Un modèle de fiche
    de laboratoire est présenté figure 3). Il est souhaitable
    d'attribuer à chaque échantillon un numéro d'identification unique
    lors de sa réception au laboratoire et d'utiliser ce numéro pour
    toutes les épreuves effectuées sur cet échantillon. Les spectres
    ultraviolets, les courbes d'étalonnage et les autres documents
    produits lors d'une analyse doivent toujours être conservés pendant un
    certain temps une fois que les résultats out été communiqués.
    L'enregistrement des résultats des réactions colorées et des épreuves
    de chromatographie sur couche mince est plus difficile et sera abordé
    dans les sections suivantes. Les résultats douteux ou inhabituels
    doivent toujours être portés à l'attention d'une personne responsable.
    Lorsqu'il est indiqué qu'une substance n'a pas été détectée dans le
    plasma, le sérum ou l'urine, la limite de sensibilité (limite de
    détection) de l'épreuve doit être connue, du moins du personnel du

    laboratoire, et le domaine d'application des épreuves génériques (par
    exemple pour la recherche des benzodiazépines ou des opiacés) doit
    être défini.

    En toxicologie analytique, les unités de masse SI doivent être
    employées pour indiquer les résultats des analyses quantitatives. Les
    unités à préférer sont le femtogramme (fg = 10-15 g), le picogramme
    (pg = 10-12 g), le nanogramme (ng = 10-9 g), le microgramme (µg =
    10-6 g), le milligramme (mg = 10-3 g), le gramme (g) et le kilogramme
    (kg = 103 g) pour la masse, et le litre (l) pour le volume. On
    rencontre souvent dans la littérature d'autres unités de
    concentration: mg%, mg/dl, µg/ml et ppm (parties par million). Il est
    utile de se souvenir que:

    1 mg/l = 1 ppm = 1µg/ml = 0,1 mg% = 0,1 mg/dl.

    Certains laboratoires de chimie clinique présentent les résultats de
    toxicologie analytique en unités molaires SI (µmol/l, mmol/l, etc.).
    On trouvera une liste des facteurs de conversion à l'annexe 2. Il y a
    là un risque considérable de confusion et toutes les précautions
    doivent être prises pour s'assurer que le clinicien est parfaitement
    au courant des unités dans lesquelles les résultats quantitatifs sont
    indiqués.

    4.2  Réactions colorées

    Beaucoup de médicaments et d'autres produits toxiques, s'ils sont
    présents en concentration suffisante et en l'absence d'interférences
    donnent des réactions colorées caractéristiques avec des réactifs
    appropriés. Certaines de ces épreuves peuvent être considérées en
    pratique comme spécifiques, mais des substances contenant des groupes
    fonctionnels similaires réagiront également, de sorte que l'on peut
    s'attendre à des interférences avec d'autres produits toxiques, des
    métabolites ou des contaminants. En outre, la description des couleurs
    est très subjective, même pour les personnes qui possèdent une vision
    normale des couleurs, ce qui complique la situation. Enfin, les
    couleurs présentent généralement une intensité ou une nuance variable
    selon la concentration et alles peuvent être instables.

    Beaucoup de réactions colorées peuvent être effectuées de façon
    satisfaisante dans des tubes à essai en verre blanc. Cependant, une
    plaque à godets (plaque de porcelaine blanche dont la surface comporte
    un certain nombre de dépressions ou de cuvettes peu profondes) offre
    un fond uniforme sur lequel il est plus facile d'évaluer les couleurs
    tout en réduisant le volume de réactif et d'échantillon nécessaires.
    Les réactions colorées occupent une place de premier plan dans les
    monographies (chapitre 6) où sont soulignés les problèmes courants et
    les principales sources d'interférence. Lorsqu'on effectue une
    réaction colorée, il importe d'examiner simultanément:

    a)   un blanc, c'est-à-dire un échantillon préparé avec les mêmes
         réactifs, mais ne contenant pas la substance recherchée; si
         l'épreuve doit être effectuée sur l'urine, on prendra comme blanc
         de l'urine ne contenant pas la substance en question; dans les
         autres cas, on peut utiliser de l'eau;

    b)   un échantillon positif de concentration appropriée. Si l'épreuve
         doit être effectuée sur l'urine, l'idéal est d'utiliser l'urine
         d'un patient ou d'un volontaire dont on sait qu'il a absorbé le
         produit en question. Toutefois, cela n'est pas toujours possible
         et l'on utilisera alors de l'urine à laquelle a été ajoutée une
         quantité connue de la substance à analyser.

    4.3  Prétraitement des échantillons

    4.3.1  Introduction

    Beaucoup de tests décrits dans ce manuel peuvent être effectués
    directement sur des liquides biologiques ou d'autres solutions
    aqueuses, mais un traitement préalable est souvent nécessaire. Dans le
    cas du plasma et du sérum, une forme élémentaire de prétraitement
    consiste à précipiter les protéines par une solution aqueuse d'acide
    trichloracétique, puis à centrifuger, de façon à obtenir un surnageant
    limpide pour l'analyse. On peut aussi hydrolyser certaines substances
    excrétées dans l'urine, y compris éventuellement leurs métabolites
    conjugués (sulfates et glucuronides) par chauffage avec un acide ou
    par traitement enzymatique. Cette opération a pour but soit de
    préparer un composé réactif pour l'épreuve envisagée (cas des
    benzodiazépines et du paracétamol), soit d'améliorer la sensibilité
    (laxatifs et morphine).

    4.3.2  Extraction par solvant

    L'extraction des substances lipophiles à l'aide d'un solvant organique
    non miscible à l'eau, généralement à un pH déterminé, est une méthode
    couramment utilisée en toxicologie analytique (extraction liquide-
    liquide). L'extraction par solvant élimine l'eau et les substances
    gênantes dissoutes. En outre, la réduction du volume de l'extrait par
    évaporation avant l'analyse constitue un moyen simple de concentrer
    les produits à doser, et donc d'améliorer la sensibilité.

    Normalement, les phases aqueuse et organique doivent être mélangées à
    l'aide d'un dispositif mécanique. Pour des volumes relativement
    faibles, la méthode la plus rapide et la plus efficace consiste à
    utiliser un agitateur rotatif à grande vitesse. C'est ce que signifie
    l'expression "agiter rapidement" dans les monographies du chapitre 6.
    Pour les extraits relativement volumineux de plasma/sérum, d'urine ou
    de contenu gastrique, il est utile de disposer d'un agitateur rotatif
    pouvant recevoir des tubes de 30 ml et fonctionnant à vitesse plus
    lente, ce qui a aussi l'avantage de réduire le risque de formation
    d'une émulsion. Un centrifugeuse de paillasse, pouvant recevoir des
    tubes à essai de 30 ml et fonctionnant à 2000-3000 t/min permet
    généralement de séparer la phase organique. Il est souhaitable que la

    centrifugeuse possède un compartiment moteur étanche (antidéflagrant)
    et que les tubes soient hermétiquement fermés pour réduire au minimum
    le risque d'explosion par inflammation des vapeurs de solvant ainsi
    que les risques inhérents à la centrifugation d'échantillons
    infectieux. Enfin, la filtration de l'extrait organique sur un papier
    filtre siliconé permet d'éliminer les dernières traces de phase
    aqueuse.

    L'utilisation de tubes à extraction prétamponnés du commerce (dits
    tubes à extraction en phase solide) est maintenant très répandue pour
    les extractions liquide-liquide, notamment lors de la préparation des
    extraits d'urine pour la recherche de médicaments (voir section
    5.2.3). Ces tubes ont l'avantage de permettre l'extraction en une
    seule étape d'un large éventail de substances basiques, y compris la
    morphine et les acides faibles comme les barbituriques. Toutefois, ils
    sont relativement coûteux et ne peuvent être réutilisés.

    4.3.3  Microdiffusion

    La microdiffusion est une autre méthode de purification des
    échantillons fondée sur la libération d'un composé volatil (le cyanure
    d'hydrogène dans le cas des cyanures) par la solution à examiner, qui
    est placée dans l'un des compartiments d'un dispositif spécial tel que
    celui qui est illustré à la figure 1 (appareil de Conway). La
    substance volatile est ensuite piégée par un réactif approprié
    (solution d'hydroxyde de sodium dans le cas du cyanure d'hydrogène)
    placé dans un autre compartiment.

    FIGURE 1

    L'opération prend normalement 2 à 5 heures à la température ambiante
    pour que la diffusion soit complète. La concentration de l'analyte est
    ensuite mesurée dans une portion de la solution de piégeage, soit par
    spectrophotométrie, soit par comparaison visuelle avec des étalons
    examinés simultanément dans des cuves identiques. L'appareil de Conway
    est normalement en verre, mais pour les fluorures, il doit être en
    polycarbonate, car le fluorure d'hydrogène attaque le verre. Le
    couvercle est souvent enduit de vaseline ou de graisse de silicone
    pour assurer l'étanchéité. Pour effectuer un dosage quantitatif, il
    faut disposer d'au moins huit cuves: une pour le blanc, trois pour les
    échantillons étalons, deux pour les échantillons à examiner et deux
    pour les témoins positifs. L'appareil doit être soigneusement nettoyé
    après usage, éventuellement à l'aide de mélange sulfochromique (voir
    section 4.1.5), puis rincé à l'eau distillée avant d'être séché.

    4.4  Chromatographie sur couche mince

    Dans la chromatographie sur couche mince, une phase liquide (en
    général un solvant organique) se déplace par capillarité dans une
    mince couche uniforme de phase stationnaire (généralement du gel de
    silice, SiO2) étalée sur un support rigide ou semi-rigide qui est, en
    général, une plaque de verre ou d'aluminium ou une feuille de matière
    plastique. Les substances à analyser sont séparées par partition entre
    les phases mobile et stationnaire. La chromatographie sur couche
    mince, relativement peu coûteuse et d'exécution facile, peut
    constituer un puissant moyen d'analyse qualitative lorsqu'elle est
    combinée à certaines formes de prétraitement des échantillons, comme
    l'extraction par solvant. Toutefois, certaines séparations peuvent
    être difficiles à réaliser de façon reproductible. L'interprétation
    des résultats peut aussi être très délicate, surtout lorsque plusieurs
    médicaments ou métabolites sont présents.

    La chromatographie sur couche mince après extraction par solvant de
    l'urine, du contenu gastrique ou des produits suspects forme la base
    de la méthode de recherche des médicaments décrite à la section 5.2.3.
    Elle est également recommandée pour la détection et l'identification
    d'un certain nombre de substances décrites dans les monographies
    (chapitre 6). Elle se prête aussi à des dosages semi-quantitatifs,
    comme il est indiqué dans la monographie relative aux anticoagulants
    coumariniques (section 6.7).

    Les paragraphes qui suivent contiennent des conseils pratiques pour
    l'utilisation de la chromatographie sur couche mince en toxicologie
    analytique. On trouvera des informations plus générales sur la théorie
    et la pratique de la CCM dans les ouvrages de référence cités dans la
    bibliographie.

    4.4.1  Préparation des plaques

    La phase stationnaire est généralement constituée d'une couche
    uniforme (0,25 mm d'épaisseur) de gel de silice (taille moyenne des
    particules 20 µm). Les plaques mesurent généralement 20 × 20 cm, mais
    il en existe de plus petites. Certaines plaques du commerce

    contiennent un indicateur fluorescent qui peut être utile pour
    localiser les tâches avant la pulvérisation des révélateurs. Il est
    possible d'améliorer la séparation de quelques substances basiques
    avec certains solvants en plongeant au préalable la plaque dans de
    l'hydroxyde de potassium méthanolique, puis en la séchant, mais, en
    général, on obtient le même effet en ajoutant de l'hydroxyde
    d'ammonium concentré (densité relative 0,88) à la phase mobile
    (section 5.2.3). Il existe des plaques à hautes performances dont la
    phase stationnaire est constituée de particules de taille plus petite
    (5-10 µm) et qui sont plus efficaces que les plaques classiques. On
    trouve également des plaques à phases inversées, dans lesquelles un
    groupement hydrophobe (généralement en C2, C8 ou C18) est lié à la
    matrice de silice. Toutefois, les plaques à hautes performances et à
    phases inversées sont plus coûteuses et ont une capacité plus faible
    que les plaques classiques. Elles ne sont donc pas recommandées pour
    les méthodes décrites dans ce manuel.

    Les plaques à chromatographie peuvent être préparées au laboratoire à
    l'aide de gel de silice contenant un lien approprié et de plaques de
    verre mesurant 20 × 20 × 0,5 cm. Il est important de s'assurer que les
    plaques sont propres et exemptes de graisse. Le gel de silice est
    d'abord mélangé avec deux fois son poids d'eau pour former une
    suspension. Cette suspension est ensuite appliquée rapidement sur la
    plaque de verre à l'aide d'une étaleuse commerciale, de façon à former
    une couche de 0,25 mm d'épaisseur. Le cas échéant, de petites
    quantités d'additifs, par exemple des indicateurs fluorescents,
    peuvent être ajoutées au mélange. Les plaques sont séchées à l'air et
    doivent être conservées à l'abri de l'humidité. La qualité des plaques
    préparées au laboratoire doit être soigneusement contrôlée; pour
    obtenir une bonne séparation, il peut être utile de les activer
    (c'est-à-dire de les chauffer à 100°C pendant 30 mn avant
    utilisation). La méthode consistant à plonger les plaques de verre
    dans la suspension, puis à les sécher donne des résultats très
    variables et n'est pas recommandée. En général, la couche de silice
    des plaques préparées au laboratoire est nettement plus fragile que
    celles des plaques du commerce et les résultats sont beaucoup moins
    reproductibles. L'expérience montre qu'il est souvent préférable
    d'utiliser toujours la même marque de plaques. Toutefois, même dans ce
    cas, on peut constater des différences considérables d'un lot à
    l'autre en ce qui concerne le facteur de rétention et la sensibilité à
    certains révélateurs.

    4.4.2  Application de l'échantillon

    Certaines plaques du commerce sont fournies avec une couche
    d'adsorbant spécial pour simplifier l'application de l'échantillon.
    Toutefois, en règle générale, l'échantillon est appliqué directement
    sur la couche de gel de silice. L'origine doit être repérée en traçant
    légèrement au crayon une ligne à 1 cm au minimum du bas de la plaque,
    en veillant à ne pas endommager la surface du gel de silice. Une ligne
    est ensuite tracée à 10 cm de l'origine pour indiquer la position
    optimale du front du solvant; cette distance peut être modifiée au
    besoin. Lorsqu'on utilise une plaque de 20 × 20 cm, il est conseillé

    de délimiter des couloirs verticaux de 2 cm de large, par exemple avec
    un crayon, afin de réduire l'effet perturbateur des bords de la
    plaque, comme il est indiqué à la section 4.4.3. Les échantillons et
    les étalons seront appliqués avec soin sur la ligne de départ dans le
    couloir approprié, à l'aide d'une micro-pipette ou d'une seringue, de
    façon à former une tache de 5 mm de diamètre au maximum. Si les taches
    sont plus grandes, la résolution sera moins bonne lors du
    développement du chromatogramme. Le volume appliqué doit être aussi
    faible que possible, en général 5 à 10 µl de solution contenant
    environ 10 µg d'analyte. Les échantillons à examiner seront appliqués
    les premiers, suivis des étalons ou des mélanges d'étalons, de façon à
    réduire le risque de contamination croisée. On obtient facilement des
    micro-pipettes jetables à pointe très fine en étirant à la flamme d'un
    microbrûleur des tubes capillaires servant à la détermination du point
    de fusion. L'idéal est d'utiliser le même solvant pour l'application
    de l'échantillon et le développement du chromatogramme, mais cela
    n'est pas toujours possible; en général, le méthanol donne de bons
    résultats. La plaque peut être chauffée, par exemple avec un sèche-
    cheveux, pour accélérer l'évaporation du solvant d'application, mais
    il faut la laisser refroidir avant de procéder au développement, et le
    chauffage risque d'entraîner la perte de substances volatiles comme
    les amphétamines.

    4.4.3  Développement du chromatogramme

    Il existe de nombreux fournisseurs de cuves à développement pour la
    chromatographie sur couche mince. Normalement, le bord supérieur de
    ces cuves est rodé de façon à assurer l'étanchéité du couvercle.
    L'étanchéité peut être encore améliorée en appliquant une petite
    quantité de lubrifiant siliconé. Le fond de certaines cuves présente
    une forme spéciale calculée pour réduire la quantité de solvant
    nécessaire. La plupart des méthodes décrites dans le présent manuel
    recommandent l'utilisation de plaques et de cuves de dimensions
    standard, mais si l'on choisit des plaques plus petites il est
    avantageux d'utiliser aussi des cuves de dimensions réduites. La cuve
    doit être tapissée de papier filtre ou de papier buvard sur trois
    côtés, et le solvant doit être ajouté au moins 30 minutes avant le
    développement du chromatogramme. On obtient ainsi une atmosphère
    saturée en vapeur de solvant, ce qui améliore la reproductibilité. La
    phase mobile est parfois constituée d'un seul solvant, mais la plupart
    du temps il s'agit d'un mélange; la phase mobile la plus utilisée en
    toxicologie analytique est probablement le mélange acétate
    d'éthyle/méthanol/hydroxyde d'ammonium concentré (EMA; voir section
    5.2.3). Il est important de préparer les phases mobiles chaque jour,
    car leur composition peut changer par suite de l'évaporation de
    certains constituants ou de réactions chimiques. Des pertes
    d'ammoniaque en particulier, peuvent être observées non seulement dans
    la phase mobile, mais aussi dans les flacons de réactifs laissés
    ouverts, ce qui est souvent à l'origine de difficultés.

    Pour développer le chromatogramme, placer la plaque dans la cuve
    uniformément saturée, s'assurer que le bord inférieur de la couche de
    silice plonge dans le solvant, mais que celui-ci n'atteint pas les
    points d'application des échantillons et placer rapidement le
    couvercle sur la cuve. Le développement du chromatogramme doit être
    surveillé pour vérifier que le front du solvant avance de façon
    uniforme. En général, le front s'incurve à proximité des bords de la
    plaque; la courbure est plus prononcée si l'atmosphère de la cuve
    n'est pas suffisamment saturée en vapeurs de solvant. Cet effet peut
    être réduit en divisant la plaque en couloirs de 2 cm de large, comme
    il est indiqué en 4.4.2. La plaque est laissée dans la cuve jusqu'à ce
    que le solvant ait parcouru la distance prévue, généralement 10 cm à
    partir de l'origine. Elle est ensuite retirée de la cuve et placée
    dans une hotte aspirante jusqu'à ce qu'elle soit sèche. Le séchage
    peut être accéléré en dirigeant un courant d'air chaud sur la plaque
    (par exemple à l'aide d'un sèche-cheveux) pendant plusieurs minutes,
    jusqu'à ce que toutes les traces de solvant soient éliminées. Cela est
    particulièrement important avec les phases mobiles à base d'ammoniaque
    car la présence d'ammoniaque résiduel modifie les réactions observées
    avec certains révélateurs.

    4.4.4  Révélation du chromatogramme

    Lorsque la plaque est sèche, le chromatogramme est examiné en lumière
    ultraviolette (à 254 nm et 366 nm) et la position d'éventuelles taches
    fluorescentes est notée. Cette étape est essentielle si un indicateur
    fluorescent a été ajouté à la silice, car toute substance présente
    apparaîtra sous la forme d'une tache sombre sur un fond fluorescent.
    Toutefois, en toxicologie analytique, l'utilisation de réactifs
    chimiques chromogènes donne généralement des informations plus utiles
    comme on le verra à la section 5.2.3 et dans les monographies
    (chapitre 6). Les plaques peuvent être plongées dans un réactif, mais
    si des précautions spéciales ne sont pas prises, on risque ainsi de
    détruire la couche de silice et le chromatogramme. On préfère donc
    généralement pulvériser légèrement la plaque avec le réactif sous
    forme d'aérosol à l'aide d'un vaporisateur du commerce relié à une
    source d'air ou d'azote comprimé. En réglant la pression, on peut
    faire varier la densité de l'aérosol, et par conséquent la quantité de
    réactif appliqué sur le chromatogramme en un temps donné.

    Normalement, la plaque doit être inversée lors de la pulvérisation
    pour éviter qu'un excès de réactif ne soit attiré par capillarité et
    qu'il détruise la partie inférieure du chromatogramme. Des plaques de
    verre peuvent être utilisées pour masquer une partie de la plaque si
    des réactifs différents doivent être pulvérisés sur certaines zones.
    Si l'on utilise des plaques à support plastique ou aluminium, il est
    également possible de découper les couloirs et de les vaporiser
    séparément. L'apparence de certains substances peut évoluer avec le
    temps; il est donc important de noter les résultats aussi rapidement
    et soigneusement que possible, ainsi que les changements éventuels au
    cours du temps. Pour faciliter les références, il est utile de
    disposer d'un système de notation standardisé (voir section 5.2.3). De

    nombreux révélateurs étant extrêmement toxiques, la pulvérisation des
    plaques doit obligatoirement se faire sous une hotte.

    4.4.5  Facteurs de rétention

    En chromatographie sur couche mince, les résultats sont généralement
    exprimés sous la forme d'un facteur de rétention. Le facteur de
    rétention (Rf) est défini comme suit:

         Distance parcourue par l'analyte depuis l'origine
    Rf=                                                               
         Distance parcourue par le front du solvant depuis l'origine

    Il est souvent plus commode d'utiliser hRf = 100 × Rf, surtout si on
    laisse toujours le solvant migrer sur une distance de 10 cm, car alors
    hRf est égal à la distance en millimètres parcourue par l'analyte
    depuis l'origine.

    La reproductibilité de hRf dépend de nombreux facteurs, dont les
    principaux sont: 1) la plaque à chromatographie elle-même; 2) la
    quantité d'analyte appliquée sur celle-ci; 3) la distance de
    développement; 4) le degré de saturation de la cuve; 5) la température
    ambiante. Toutefois, l'influence de ces facteurs peut être réduite au
    minimum si l'on chromatographie un étalon (substance de référence) en
    même temps que chaque échantillon. Pour des substances inconnues, il
    est relativement simple d'obtenir un hRf corrigé grâce à une courbe
    d'étalonnage établie à l'aide des valeurs observées pour l'échantillon
    et la substance de référence. Le problème peut cependant être plus
    compliqué lorsque les substances présentes dans un extrait biologique
    se comportent différemment des produits purs correspondants. Cela peut
    être dû aux interférences résultant de la présence d'autres substances
    dans l'échantillon (effets de matrice) (voir section 5.2.3).

    4.5  Spectrophotométrie dans l'ultraviolet et le visible

    Un certain nombre de méthodes quantitatives décrites dans les
    monographies (chapitre 6) font appel à la spectrophotométrie dans
    l'ultraviolet (UV: 200-400 nm) ou le visible (400-800 nm). Avec cette
    technique, le principal problème est celui des interférences, et
    l'échantillon doit généralement subir une purification, par exemple
    par extraction avec un solvant ou par microdiffusion (voir section
    4.3). Le spectrophotomètre peut être à simple faisceau ou à double
    faisceau. Dans un instrument à simple faisceau, le rayonnement
    provenant de la source lumineuse passe dans un monochromateur puis
    traverse la cuve contenant l'échantillon avant d'atteindre le
    détecteur. Dans un instrument à double faisceau, le rayonnement
    lumineux sortant du monochromateur passe par un dispositif qui le
    divise en deux faisceaux, dont l'un traverse la cuve contenant
    l'échantillon et l'autre une deuxième cuve contenant la substance de
    la référence, avant d'atteindre le détecteur. Il existe aussi des
    instruments à double faisceau avec balayage automatique des longueurs
    d'ondes et bien d'autres caractéristiques.

    4.5.1  Loi de Beer-Lambert

    En spectrophotométrie, la relation entre l'intensité lumineuse à
    l'entrée et à la sortie de la cuve est régie par la loi de
    Beer-Lambert qui s'énonce ainsi: la fraction de l'énergie lumineuse
    absorbée par une solution constituée d'un soluté absorbant dissous
    dans un solvant transparent est proportionnelle au nombre de molécules
    de soluté traversées par le rayon lumineux, ce qui se traduit par la
    formule:

    log10 I0/ I =  kcb

    où:
     I0 est l'intensité lumineuse incidente,
     I est l'intensité lumineuse transmise,
     c est la concentration du soluté (g/l),
     b est la longueur du trajet optique (cm),
     k est l'absorptivité du système.

    La constante  k est une propriété fondamentale du soluté, mais elle
    dépend aussi de la température, de la longueur d'onde et du solvant.
    Le terme log10 I0/ I est appelé absorbance  (A); à condition que
    la solution soit suffisamment diluée, l'absorbance est directement
    proportionnelle à la fois à la concentration du soluté et à la
    longueur du trajet optique. Elle était autrefois appelé densité
    optique (DO) ou coefficient d'extinction  (E), mais ces termes sont
    maintenant abandonnés. L'absorbance spécifique (A1%, 1 cm) est
    l'absorbance d'une solution à 1% (p/v) (10 g/litre) du soluté dans une
    cuve de 1 cm de trajet optique; elle est généralement notée sous la
    forme abrégée A1
                   1.

    4.5.2  Dosages spectrophotométriques

    Quel que soit le type de spectrophotomètre utilisé, il importe de
    s'assurer que le monochromateur est correctement aligné. Pour cela, on
    peut noter la longueur d'onde correspondant à l'absorbance maximale
    (lambdamax) d'une solution ou d'une substance de référence connue.
    Par exemple, un filtre de verre à l'oxyde d'holmium présente des pics
    importants à certaines longueurs d'ondes (241,5 nm, 279,4 nm, 287,5
    nm, 333,7 nm, 360,9 nm, 418,4 nm, 453,2 nm, 536,2 nm et 637,5 nm).
    Pour vérifier l'exactitude photométrique, une méthode simple consiste
    à mesurer l'absorbance d'une solution acide de dichromate de potassium
    (voir tableau 10).

    Les cuves utilisées dans le spectrophotomètre doivent répondre à des
    spécifications précises et être parfaitement propres. Les cuves en
    verre et en certains types de matière plastique peuvent être utilisées
    dans le domaine visible (>400 nm); par contre, dans l'ultraviolet
    (<400 nm), il est indispensable d'utiliser des cuves en silice fondue
    ou en quartz. Normalement, on emploie des cuves de 1 cm de trajet
    optique, mais des cuves de 2 cm ou de 4 cm peuvent parfois améliorer
    la sensibilité.

    L'avantage des spectrophotomètres à double faisceau est qu'il est
    possible de compenser l'absorbance des réactifs, solvants, etc., en
    introduisant un blanc (solution ne contenant pas la substance à doser)
    dans la cuve de référence. Normalement, ce blanc est préparé avec du
    plasma ou du sérum, mais on peut parfois utiliser de l'eau purifiée.
    Pour les travaux exigeant une grande sensibilité, il importe
    d'utiliser des cellules appariées, c'est-à-dire des cellules ayant la
    même absorbance, pour l'échantillon et la solution de référence. Il
    est possible d'acheter des cellules appariées, qui doivent toujours
    être conservées ensemble.

    Comme il a été dit précédemment, un gros problème en
    spectrophotométrie est celui des interférences causées par d'autres
    substances présentes dans l'échantillon à analyser. On peut cependant
    avoir une idée de la pureté d'un échantillon après extraction en
    examinant son spectre d'absorption UV. Cette opération est facilitée
    si l'on dispose d'un instrument à balayage, mais on peut aussi
    l'effectuer manuellement sur un instrument plus simple. Le spectre UV
    d'un extrait de contenu gastrique ou de produit suspect peut aussi
    fournir des informations qualitatives utiles et être utilisé en
    complément du processus de recherche systématique décrit à la section
    5.2, mais pour cela, un spectrophotomètre à balayage est pratiquement
    indispensable.1


    Tableau 10. Etalonnage photométrique à l'aide d'une solution de
    dichromate de potassium (60,00 mg/l) dans l'acide sulfurique dilué
    (0,005 mol/l)a

                                                                  
                                                          1
    Longueur d'onde (nm)          Absorbance spécifique (A1)
                                                                  

    235                           124,5
    257                           144,0
    313                            48,6
    350                           106,6
                                                                  

    a Valeurs extraites de la  British Pharmacopoeia, Londres, Her
    Majesty's Stationery Office, 1980.


                   

    1 On trouvera le spectre d'absorption UV de nombreuses substances
    intéressantes dans  Clarke's isolation and identification of drugs
    (Moffat, 1986) (voir bibliographie, chapitre 1), mais il faut alors
    s'assurer que le pH et le solvant utilisés sont les mêmes que ceux qui
    ont servi à établir le spectre de référence.

    5  Analyse qualitative des substances toxiques

    L'analyse qualitative des substances toxiques peut présenter de
    nombreuses difficultés, surtout lorsqu'on dispose de moyens de
    laboratoire limités. Les produits à analyser peuvent être des gaz,
    comme le monoxyde de carbone, des médicaments, des solvants, des
    pesticides, des sels métalliques, des liquides corrosifs (acides,
    alcalis) ou des toxines naturelles. Dans certains cas, il s'agit de
    produits chimiques purs, et dans d'autres, de mélanges naturels
    complexes. Il n'est donc pas surprenant qu'il n'existe pas une
    batterie d'épreuves couvrant tous les cas possibles.

    Lorsque les circonstances ou l'observation clinique amènent à
    soupçonner certaines substances, il est possible d'effectuer quelques
    épreuves simples en appliquant les méthodes indiquées dans les
    monographies (chapitre 6). Toutefois, en l'absence d'indices cliniques
    ou autres faisant penser à un ou plusieurs toxiques particuliers, il
    faut procéder à une recherche systématique selon un protocole défini.
    De toute façon, il est toujours conseillé de procéder de cette façon,
    car les observations effectuées à l'occasion d'une intoxication sont
    souvent trompeuses. De même, l'analyse ne doit pas s'arrêter au
    premier résultat positif, car d'autres substances insoupçonnées
    peuvent être présentes.

    La série d'analyses décrites à la section 5.2 permettra de détecter et
    d'identifier un certain nombre de toxiques dans les échantillons dont
    on dispose généralement (urine, contenu gastrique et produits
    suspects, tels que des comprimés ou des solutions trouvés près du
    patient) à l'aide d'un minimum de matériel et de réactifs. Beaucoup de
    ces produits provoquent des symptômes non spécifiques (somnolence,
    coma, convulsions, etc.), de sorte que leur présence ne peut être
    révélée par le seul examen clinique. On trouve aussi parmi eux des
    toxiques pour lesquels il existe un traitement spécifique, comme
    l'acide acétylsalicylique et le paracétamol. La série d'analyses prend
    environ deux heures et peut être modifiée pour tenir compte de
    certains toxiques souvent rencontrés localement et pour lesquels il
    existe des épreuves appropriées.

    5.1  Prélèvement, conservation et utilisation des échantillons

    5.1.1  Collaboration entre le médecin et l'analyste

    Pour que l'analyse toxicologique donne des résultats utiles, il est
    indispensable qu'une bonne communication s'établisse entre le médecin
    et l'analyste (voir chapitre 2). L'idéal serait que leur collaboration
    débute avant le prélèvement des échantillons, afin que toute demande
    spéciale relative aux échantillons nécessaires puisse être notée à
    temps. A tout le moins, un formulaire de demande d'analyse
    toxicologique (Fig. 2) devrait être rempli et accompagner l'envoi des
    échantillons au laboratoire.