PROGRAMME INTERNATIONAL SUR LA SÉCURITÉ CHIMIQUE
PRISE EN CHARGE
DES INTOXICATIONS
Manuel de l'agent de santé
J. A. Henry
H. M. Wiseman
Medical Toxicology Unit
Guy's and St Thomas'
Hospital Trust
Londres, Angleterre
Organisation mondiale de la Santé
Genève
1998
Catalogage à la source: Bibliothèque de l'OMS
Henry, J. A.
Prise en charge des intoxications: manuel de l'agent de santé/J. A.
Henry, H. M. Wiseman.
1. Toxicologie --- 2. Toxiques --- 3. Intoxication --- prévention &
contrôle 4. Intoxication --- thérapeutique 5. Manuel I. Wiseman, H. M.
II. Title
ISBN 92 4 254481 7 (Classification NLM: QV600)
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des demandes d'autorisation de reproduire ou de traduire ses
publications, en partie ou intégralement. Les demandes à cet effet et
les demandes de renseignements doivent être adressées au Bureau des
Publications, Organisation mondiale de la Santé, Genève, Suisse, qui
se fera un plaisir de fournir les renseignements les plus récents sur
les changements apportés au texte, les nouvelles éditions prévues et
les réimpressions et traductions déjà disponibles.
(c) Organisation mondiale de la Santé , 1998
Illustrations (c) Picthall & Gunzi 1998
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erreur ou omission, une majuscule indique qu'il s'agit d'un nom
déposé.
Table des matières
Préface
Remerciements
Introduction
Comment utiliser ce manuel
Centres antipoisons et programmes de lutte contre les
intoxications
Partie 1. Poisons et intoxications: généralités
1. Poisons et intoxications
Objectifs
Qu'est-ce qu'un poison?
Exposition à un poison
Mode de pénétration d'un poison dans l'organisme
Ce qui se passe lorsqu'un poison pénètre dans l'organisme
Effets des poisons
Survenue des effets généraux
2. Circonstances dans lesquelles surviennent les intoxications
Objectifs
Intoxications accidentelles
Intoxication volontaire
Empoisonnement délibéré de tiers
Intoxications alimentaires
Intoxications médicamenteuses
Toxicomanies et abus
Utilité et danger des substances chimiques
3. Prévention des intoxications
Objectifs
Comment aider les gens à assurer la sécurité à domicile, sur
les lieux de travail et dans la communauté?
Que peut-on faire pour prévenir les intoxications?
La sécurité à domicile
Prévention des intoxications par les pesticides
Ce que peuvent faire les employeurs pour éviter les
intoxications professionnelles
Précautions à prendre contre les morsures de serpents
Précautions à prendre contre les piqûres et les morsures
d'insectes (araignées et scorpions)
Précautions à prendre pour éviter de consommer des poissons
venimeux, des plantes ou des champignons vénéneux
Précautions à prendre pour éviter de consommer des aliments
contaminés par des microbes
4. Conduite à tenir en cas d'urgence
Objectifs
Surveillance des risques
Conduite à tenir en cas d'urgence
5. Premiers secours
Objectifs
Donner immédiatement les premiers soins
Premiers secours en cas d'intoxication
Traitement des piqûres et morsures d'animaux venimeux par
des remèdes traditionnels
6. Recherche d'une aide médicale
Objectifs
A moins de deux heures d'un hôpital
Loin d'un hôpital
En l'absence d'une aide médicale rapide
Transport de la victime à l'hôpital
Ce qu'il faut faire après avoir lu ce chapitre
7. Examen de la victime
Objectifs
Signes et symptômes
Ce que l'examen ne peut révéler
La victime ne présente aucun signe ni symptôme
Comment procéder à l'examen d'une victime et reconnaître les
signes et symptômes qu'elle présente
Tableaux de signes et de symptômes
8. Retracer la suite des événements
Objectifs
Interroger les gens
Rechercher le poison ou des indices permettant de retracer
la suite des événements
Ce qu'il y a lieu de faire ensuite
9. Prise en charge des intoxications en dehors de l'hôpital
Objectifs
Ce qu'il faut faire en cas d'ingestion d'un poison
Comment empêcher le poison de parvenir jusqu'à la
circulation sanguine
Provoquer les vomissements
Administration de charbon activé
Administration d'un laxatif
Prise en charge d'un sujet très malade
10. Médicaments et matériel
La trousse de premier secours
Médicaments
Matériel de premiers secours
Partie 2. Poisons: caractéristiques
Introduction
Renseignements figurant dans chaque section
Pesticides
Arsenic et produits contenant de l'arsenic
Chlorate de sodium
Désherbants au chlorophénoxyacétate
Dinitro- o-crésol (DNOC), dinitrophénol, dinoseb et
pentachlorophénol
Insecticides à base de pyréthrines et de pyréthrinoïdes
Insecticides organophosphorés et carbamates
Métaldéhyde
Paraquat
Pesticides organochlorés
Phénol et substances apparentées
Phosphure d'aluminium et phosphure de zinc
Raticides
Répulsifs contre les insectes
Strychnine
Thallium
Warfarine et autres pesticides ayant un effet anticoagulant
Substances chimiques à usage domestique et professionnel
Benzène, tétrachloro-éthylène, toluène, trichloro-éthane,
trichloréthylène et xylène
Borax, acide borique et perborate de sodium
Colle
Cosmétiques et produits de toilette
Cyanures
Désinfectants et antiseptiques
Désodorisants d'ambiance, blocs désodorisants et boules
antimites
Distillats de pétrole
Essences volatiles
Ethanol et isopropanol
Ethylèneglycol et méthanol
Oxyde de carbone
Phosgène
Piles miniaturisées
Plomb
Pulvérisateurs d'aérosols
Savon et détergents
Substances caustiques et corrosives
Tabac
Tétrachlorure de carbone
Produits habituellement peu dangereux
Médicaments
Acide acétylsalicylique, salicylate de choline, salicylate
de méthyle, acide salicylique
Amphétamines, atropiniques, antihistaminiques, cocaïne,
éphédrine et pseudoéphédrine
Aminophylline et théophylline
Barbituriques, médicaments de type chlorpromazine,
médicaments de type diazépam et méprobamate
Carbamazépine, phénytoïne et acide valproïque
Carbonate de lithium
Colchicine
Contraceptifs oraux
Dapsone
Digitaline, digitoxine et digoxine
Hydroxyde de magnésium, sulfate de magnésium,
phénolphthaléine et séné
Ibuprofène
Insuline et médicaments de type chlorpropamide
Isocarboxazide, phénelzine et tranylcypromine
Isoniazide
Médicaments de type amitriptyline, chloroquine, quinidine et
quinine
Médicaments contenant du fer
Opiacés
Paracétamol
Pénicilline et tétracycline (antibiotiques)
Proguanil
Rifampicine
Salbutamol
Trinitrine, hydralazine et médicaments de type propranolol
Plantes, animaux et toxines naturelles
Plantes contenant de l'atropine
Cannabis
Plantes irritantes
Lauriers roses
Haricots ornementaux
Champignons
Serpents
Araignées
Poissons venimeux
Toxi-infections alimentaires par les poissons et fruits de
mer
Glossaire
Index
Préface
Ce manuel répond à deux objectifs principaux: informer les gens vivant
dans des régions rurales, loin de toute aide médicale, de la conduite
à tenir en cas d'intoxication et proposer des moyens de prévention au
sein de la communauté.
Il a été rédigé à l'intention des personnes qui, n'ayant que peu ou
pas de formation médicale, peuvent être amenées à être les premières
en contact avec un sujet intoxiqué, à savoir les agents de santé
communautaires, les secouristes ou les cadres travaillant dans des
communautés rurales. Certains renseignements ont été ajoutés à
l'intention des médecins qui, ayant une expérience de la clinique et
des méthodes diagnostiques, travaillent dans les postes et les centres
de santé ruraux et peuvent à ce titre disposer de certains instruments
médicaux et médicaments.
Ce manuel se veut un ouvrage de référence pratique en cas d'urgence.
Il peut également servir aux personnes chargées de former les agents
de santé communautaires et autres intervenants à des gestes pratiques
tels que le bouche-à-bouche et le massage cardiaque, gestes qui ne
s'acquièrent qu'avec la pratique sous la supervision d'une personne
qualifiée. Il devrait également être utile aux étudiants en médecine,
aux infirmières et au personnel paramédical.
Cet ouvrage sera d'autant plus utile qu'il sera traduit dans
différentes langues et adapté aux diverses situations locales en
fonction des responsabilités confiées aux agents de santé
communautaires (autorisés ou non, par exemple, à pratiquer des
injections); des fonctions des centres de santé locaux et des médecins
des hôpitaux ruraux; des médicaments disponibles et des problèmes
particuliers qui se posent dans chaque région.
On ne s'est pas attardé ici sur les intoxications chroniques, souvent
causées par l'emploi de produits chimiques dans le cadre
professionnel. Les lecteurs qui veulent en savoir plus sur ces
intoxications devront se reporter à un ouvrage traitant de la santé en
milieu professionnel (médecine du travail).
Public auquel ce manuel s'adresse
Agents de santé communautaires. L'agent de santé communautaire sait
en général lire, écrire et résoudre des problèmes arithmétiques
simples; sa formation de base lui permet de:
-- donner les premiers secours,
-- prendre la température,
-- prendre le pouls,
-- dispenser des médicaments.
Les agents de santé communautaires peuvent également être formés à la
pratique des injections intramusculaires et sous-cutanées.
Secouristes. Les secouristes sont entraînés à porter secours aux
gens en difficulté et à apporter une aide immédiate aux victimes
d'accidents en attendant qu'un agent de soins de santé qualifié puisse
prendre le relais. Les personnes susceptibles d'être présentes les
premières sur les lieux d'un accident, telles que les employés d'une
entreprise, les pompiers, ou les agents de police, ont souvent un
diplôme de secouriste.
Cadres sans qualification médicale. De nombreux cadres ayant fait
des études supérieures tels que les enseignants, les agronomes, les
pharmaciens, les scientifiques et les techniciens, connaissent les
usages et les effets des substances chimiques. Dans les communautés où
il n'y a pas de médecin, ils sont parfois les seuls à avoir des
connaissances sur les substances chimiques et les poisons. Ils peuvent
donc être amenés à être les premiers sur les lieux d'un accident ou à
être appelés auprès de personnes dont on pense qu'elles ont été
intoxiquées. Ils doivent connaître la conduite à tenir en cas
d'intoxication par les pesticides, les médicaments, les produits
ménagers et autres substances. Ils doivent également être en mesure de
conseiller les gens sur la manière d'éviter toute intoxication.
Dans certains pays, les cadres sans formation médicale peuvent suivre
des cours organisés par les centres antipoisons afin d'apprendre les
gestes à effectuer en cas d'urgence.
Infirmières, étudiants en médecine et personnel paramédical. Cet
ouvrage peut leur servir de manuel pratique ou de manuel de formation.
Médecins. Certains renseignements ont été mentionnés expressément à
l'intention des médecins qui travaillent dans les dispensaires et les
centres de santé ruraux et disposent à ce titre de certains
instruments médicaux et de médicaments. Ces renseignements figurent
dans des encadrés qui les isolent du corps du texte. Le détail des
traitements médicaux qui ne peuvent être administrés qu'en milieu
hospitalier n'y est pas précisé.
Remerciements
Ce manuel a été préparé sur recommandation d'un groupe d'experts réuni
par le Programme international sur la Sécurité chimique (PISC)1 en
février 1987. Un avant-projet a été préparé par le Dr J. A. Henry et
MmeH. M. Wiseman et revu par un certain nombre d'experts qui ont
apporté leurs observations, en particulier le Dr E. Fogel de Korc
(Montevideo, Uruguay), le Dr G. R. Gardiner, Le Dr J. Jackson et M. W.
Tardoir (Bruxelles, Belgique), ainsi que par des collègues du Registre
international des Substances chimiques potentiellement toxiques
(RISCPT) du PNUE et du service de la Sécurité et de la Santé au
travail du BIT. Le groupe de rédaction réuni par le PISC pour examiner
le texte, était constitué des personnes suivantes: le Dr J.-C. Berger
(Luxembourg), le Dr N. Besbelli (Ankara, Turquie), le Professeur M.
Ellenhorn (Los Angeles, Etats-Unis d'Amérique), le Professeur B. Fahim
(Le Caire, Egypte), le Dr Sming Kaojarern (Bangkok, Thaïlande), le
Professeur A. Furtado Rahde (Porto Alegre, Brésil), le Dr N. N.
Sabapathy (Fernhurst, Angleterre), le Professeur A. N. P. van Heijst
(Utrecht, Pays-Bas), et le Dr A. David (BIT). Le texte de ce manuel a
été testé lors d'un atelier du PISC qui s'est tenu a Harare, au
Zimbabwe du 28 janvier au 1 er février 1991, puis dans deux ateliers
de formation organisés par la suite au Zimbabwe. Certaines parties de
ce texte ont également été examinées lors d'un atelier du PISC qui
s'est tenu à Dakar, Sénégal, du 24 au 27 janvier 1995. En ce qui
concerne le PISC, c'est le Dr J. Pronczuk de Garbino qui a apporté les
modifications d'ordre rédactionnel et le Dr J. A. Haines qui a
coordonné le travail.
Le manuel de premiers secours des Joint Voluntary Aid Societies du
Royaume-Uni et les publications de la Global Crop Protection
Federation ont été particulièrement utiles pour la préparation de
l'avant-projet. Le soutien financier apporté au PISC par le Department
of Health du Royaume-Uni, a permis de réaliser l'avant-projet et
d'organiser les réunions du groupe de rédaction. Les illustrations ont
été préparé es par Picthall & Gunzi, Londres.
1 Le PISC est un projet de coopération entre l'Organisation
mondiale de la Santé (OMS), le Bureau international du Travail
(BIT) et le Programme des Nations Unies pour l'Environnement
(PNUE). L'OMS est l'agent d'exécution du programme, qui vise à
fournir aux pays une base de données scientifiques évalué es au
plan international afin qu'ils mettent en place leurs propres
mesures de sécurité chimique et qu'ils renforcent les moyens
d'action nationaux pour la prévention et le traitement des effets
nocifs des substances chimiques et la gestion des situations
d'urgence.
Introduction
Comment utiliser ce manuel
Ce manuel est constitué de deux parties. Dans la Partie 1 on trouvera
des renseignements d'ordre général sur les poisons et les
intoxications, sur la façon dont les intoxications se produisent et
sur ce qu'il y a lieu de faire pour les prévenir. Elle comporte
également des indications sur la manière de traiter les urgences. Dans
la Partie 2 on trouvera des renseignements précis sur les effets de
l'intoxication par divers pesticides, médicaments, produits ménagers,
plantes vénéneuses et animaux venimeux et des indications sur la
conduite à tenir lorsqu'on pense être en présence d'un cas
d'intoxication. On y trouvera également un glossaire et un index.
Pour être prêt en cas d'urgence
1. Disposer d'une trousse de premiers secours, comme celle
recommandée au chapitre 10, à domicile, dans la communauté ou sur
le lieu de travail.
2. Etudier ce manuel avant d'en avoir besoin, en particulier les
chapitres 4 à 9 de la Partie 1, qui indiquent la conduite à tenir
en cas d'intoxication.
3. S'exercer à pratiquer certains gestes de premiers secours, de
façon à savoir ce qu'il y a lieu de faire en cas d'urgence.
Recherche d'une substance chimique, d'une plante ou d'un animal
En cas d'intoxication, se reporter à la Partie 2. Rechercher dans
l'index figurant à la fin du manuel le médicament, le produit
chimique, la plante ou l'animal qui semble être à l'origine de
l'intoxication.
Renseignements destinés aux médecins
Dans le chapitre 5, «Premiers secours» et le chapitre 9 «Prise en
charge des intoxications en dehors de l'hôpital», ainsi que dans la
Partie 2, le texte est parsemé d'encadrés. Les renseignements qui y
figurent sont destinés aux médecins.
Si vous ne comprenez pas la signification de certains mots utilisés
dans cet ouvrage
Rechercher le mot dans le glossaire (le vocabulaire médical figurant
dans les encadrés destinés aux médecins n'y est pas expliqué).
Centres antipoisons et programmes de lutte contre les intoxications Il
existe dans beaucoup de pays des centres antipoisons qui donnent des
conseils sur le traitement et la prévention des intoxications. Ils
disposent de renseignements sur les médicaments, les pesticides, les
plantes vénéneuses, les animaux venimeux, les produits ménagers et les
substances chimiques employées dans le cadre professionnel. Le médecin
du centre antipoison peut vous indiquer la conduite à tenir lorsque
quelqu'un a ingéré ou respiré une substance toxique, ou en a reçu des
projections sur la peau ou dans les yeux.
La plupart des centres antipoisons peuvent être contactés 24 heures
sur 24 par téléphone ou, dans certains pays, par radio. Ils disposent
parfois d'antidotes particuliers (par exemple, sérums antivenimeux
contre les serpents ou les araignées). Certains d'entre eux disposent
de lits d'hôpital où ils peuvent traiter les sujets intoxiqués.
Dans beaucoup de pays, d'autres institutions collaborent avec les
centres antipoisons dans le cadre de programmes nationaux de lutte
contre les intoxications, afin d'améliorer la prise en charge et la
prévention de ces dernières. On peut citer:
-- les hôpitaux et autres établissements dans lesquels les sujets
intoxiqués sont traités;
-- les organismes qui recueillent des informations sur les
intoxications;
-- les entreprises qui fabriquent ou utilisent des substances
pouvant provoquer des intoxications;
-- les instances gouvernementales qui contrôlent l'utilisation des
substances chimiques dans le pays;
-- les universités et les établissements d'enseignement supérieur
qui dispensent des cours sur les intoxications aux médecins et
autres personnes intéressées.
On trouvera au dos de ce manuel un espace dans lequel inscrire les
noms et adresses des organismes susceptibles d'apporter leur aide en
cas d'intoxication, ou de donner des conseils en matière de prévention
des intoxications.
PARTIE 1 Poisons et intoxications: généralités
CHAPITRE 1 Poisons et intoxications
Objectifs
A la fin de ce chapitre, on doit être à même de :
1. Savoir ce qu'est un poison.
2. Savoir ce que l'on entend par intoxication locale et intoxication
générale. Comprendre de quelle façon un poison peut pénétrer dans
l'organisme et être capable de reconnaître les situations dans
lesquelles une intoxication est susceptible de se produire.
3. Savoir ce que l'on entend par intoxication aiguë et intoxication
chronique et être capable d'expliquer aux gens qu'une exposition
continue à de faibles quantités de substance toxique pendant
plusieurs jours, semaines ou mois, peut être dangereuse, même
s'ils n'en ressentent pas immédiatement les effets nocifs.
4. Pouvoir expliquer aux gens que prendre trop d'un médicament peut
être dangereux.
5. Pouvoir expliquer aux gens pourquoi il est important de faire
attention lorsqu'on manipule des produits dangereux et pourquoi
il est important de rincer le plus vite possible toute substance
toxique ayant été en contact avec la peau.
6. Pouvoir expliquer pourquoi les distillats de pétrole, tel le
pétrole lampant, sont nocifs si on les avale.
7. Comprendre comment l'on peut aider des personnes ayant avalé un
poison en les faisant vomir ou en leur donnant du charbon activé.
8. Savoir que les sujets très âgés, très jeunes ou en mauvaise santé
sont plus exposés aux dangers des poisons.
9. Savoir pourquoi une personne ayant été exposée à un poison peut
sembler ne pas être incommodée et pourquoi il est souvent bon de
la garder en observation pendant 12 à 24 heures après
l'exposition, même si elle semble en bonne santé.
Qu'est-ce qu'un poison?
Un poison est une substance qui provoque des effets nocifs lorsqu'elle
pénètre dans l'organisme. Ces effets peuvent être bénins (par exemple,
maux de tête ou nausées), graves (par exemple, convulsions ou très
forte fièvre), ou mortels.
Pratiquement n'importe quelle substance chimique peut être toxique si
elle pénètre en quantité suffisante dans l'organisme. Certaines sont
dangereuses en très petite quantité (par exemple, l'ingestion d'une
cuillerée de produit toxique ou la faible quantité de venin injectée
par un serpent); d'autres ne sont dangereuses qu'en grande quantité
(par exemple, plusieurs tasses d'un produit).
La quantité de substance qui pénètre dans l'organisme à un moment
donné est appelée dose. Une dose de substance qui provoque une
intoxication est une dose toxique. La plus petite quantité de
substance ayant un effet toxique est appelée dose seuil. Si la
quantité de substance ayant pénétré dans l'organisme est inférieure à
la dose seuil, elle ne provoquera pas d'intoxication et peut même
avoir des effets bénéfiques. Par exemple, les médicaments ont des
effets bénéfiques si on les prend à la bonne dose, mais certains
d'entre eux peuvent être toxiques si l'on en prend trop.
Exposition à un poison
Lorsque des personnes sont en contact avec un poison, on dit qu'elles
y sont exposées. L'effet de l'exposition dépend d'une part de la durée
du contact et de la quantité de substance ayant pénétré dans
l'organisme et de l'autre, de la quantité de substance que l'organisme
peut éliminer au cours de cette période.
L'exposition peut n'avoir lieu qu'une fois ou se produire à de
nombreuses reprises.
L'exposition aiguë est un contact unique de quelques secondes,
minutes ou heures, ou une succession d'expositions au cours d'une
journée tout au plus.
L'exposition chronique est un contact de plusieurs jours, mois ou
années. Elle peut être continue ou interrompue par des périodes
pendant lesquelles il n'y a aucun contact. Par exemple, il y a
exposition discontinue dans le cadre professionnel.
L'exposition chronique à de petites quantités de substance toxique
peut ne provoquer aucun signe ni symptôme au début. Il faut parfois
des jours ou des mois avant qu'il y ait suffisamment de substance
toxique dans l'organisme pour entraîner une intoxication. Par exemple,
une personne peut employer un pesticide tous les jours. Chaque jour,
elle ne sera exposée qu'à une faible quantité de pesticide, mais peu à
peu le pesticide s'accumulera dans l'organisme jusqu'à atteindre la
dose toxique. C'est à ce moment-là que la personne commencera à se
sentir mal.
Mode de pénétration d'un poison dans l'organisme
Le mode de pénétration d'un poison dans l'organisme est appelé
type d'exposition ou voie d'absorption. La quantité de poison qui
pénètre dans la circulation sanguine au cours d'une durée donnée
dépend de cette voie.
Par la bouche en cas d'ingestion
La plupart des intoxications se produisent ainsi. Il arrive souvent
que de jeunes enfants avalent des poisons accidentellement; les
adultes qui veulent s'empoisonner les ingèrent eux délibérément. Si,
après avoir manipulé des substances toxiques, les gens mangent,
boivent ou fument sans s'être lavés les mains, ils peuvent en ingérer
accidentellement. C'est une cause fréquente d'intoxication par les
pesticides.
Lorsqu'elles sont ingérées, les substances toxiques vont dans
l'estomac (Fig. 1). Certaines d'entre elles traversent la paroi
intestinale et vont dans la circulation sanguine. Plus la durée
pendant laquelle une substance toxique reste dans l'intestin est
longue, plus la quantité qui pénétrera dans la circulation sanguine
sera importante et plus l'intoxication sera grave.
Si une personne vomit peu après avoir ingéré un poison, ce dernier
sera peutêtre expulsé avant d'atteindre une dose toxique dans le sang.
Donc, si la personne ne vomit pas immédiatement, il est parfois utile
de la faire vomir. Il existe deux autres façons d'empêcher les poisons
de passer dans la circulation sanguine: 1) administrer du charbon
activé car il se fixe à certains poisons et les empêche de traverser
la paroi intestinale; ou 2) administrer des laxatifs pour accélérer le
transit intestinal et éliminer la substance toxique plus rapidement.
Le chapitre 9 indique les situations dans lesquelles il est utile de
faire vomir un malade, de lui donner du charbon activé ou un laxatif
et celles où au contraire cela peut être dangereux.
Les poisons qui ne traversent pas la paroi intestinale ne parviennent
pas dans la circulation sanguine et ne peuvent donc pas entraîner
d'intoxication générale. Ils parcourent l'intestin et quittent
l'organisme dans les selles. Par exemple, le mercure métallique ne
peut traverser la paroi intestinale. En cas d'ingestion, le mercure
d'un thermomètre sera éliminé dans les selles, sans entraîner
d'intoxication.
Par les poumons en cas d'inhalation par la bouche et le nez
Les gaz, vapeurs, poussières, fumées ou aérosols toxiques peuvent être
inhalés par la bouche et le nez et pénétrer dans les voies aériennes
jusqu'aux poumons (Fig. 2). Seules les particules trop petites pour
être vues peuvent pénétrer dans les poumons. Les particules plus
grosses sont piégées dans la bouche, la gorge et le nez et peuvent
être ingérées. On peut inhaler une substance toxique en travaillant
dans un bâtiment mal aéré ou en pulvérisant des pesticides sans
protection suffisante. Les appareils de chauffage au mazout ou au gaz,
les cuisinières et les feux dégagent des vapeurs toxiques qui peuvent
atteindre des concentrations dangereuses si la fumée n'est pas évacuée
à l'extérieur ou si la pièce n'est pas bien aérée.
Les substances toxiques qui pénètrent dans les poumons passent très
rapidement dans la circulation sanguine du fait que les voies
aériennes ont des parois fines et sont très bien irriguées.
Par la peau du fait d'un contact avec des liquides, gouttelettes de
pulvérisation ou brouillards
Les personnes qui travaillent avec des produits comme les pesticides
peuvent s'intoxiquer à l'occasion de pulvérisations ou d'éclaboussures
reçues à même la peau, ou en portant des vêtements qui en sont
imbibés.
La peau constitue une barrière qui protège l'organisme des agressions
extérieures. Cependant, certains poisons peuvent penétrer à travers la
peau (Fig. 3). Ils traversent plus facilement une peau chaude,
mouillée ou moite qu'une peau froide et sèche, et plus rapidement une
peau endommagée par des égratignures ou des brûlures qu'une peau
intacte. Par conséquent, une substance qui endommage la peau
traversera plus facilement qu'une autre qui ne l'endommage pas. Il est
parfois possible d'éliminer en la rinçant la substance toxique avant
qu'une dose dangereuse ne pénètre dans l'organisme.
Par injection à travers la peau
Des substances toxiques peuvent être injectées à travers la peau au
moyen d'une seringue, d'un injecteur sans aiguille, lors d'un
tatouage, ou à l'occasion d'une morsure ou d'une piqûre d'animal
venimeux (insecte, poisson ou serpent). Le produit injecté peut
pénétrer directement dans les vaisseaux sanguins ou sous la peau, dans
les muscles ou les tissus adipeux. Un poison injecté dans les
vaisseaux sanguins agit très rapidement. S'il est injecté sous la peau
ou dans un muscle, il faut qu'il traverse plusieurs couches de tissus
avant d'atteindre les vaisseaux sanguins, et il agit donc plus
lentement.
Ce qui se passe lorsqu'un poison pénètre dans l'organisme
Comment le poison diffuse dans l'organisme
Unefois qu'une substance toxique aatteint la circulation sanguine,
elle est véhiculée dans tout l'organisme, le coeur pompant le sang qui
alimente ce dernier (Fig. 4).
Comment le poison est dégradé dans l'organisme
Certaines substances toxiques sont modifiées dans l'organisme et
transformées en d'autres produits appelés métabolites, qui peuvent
être plus ou moins dangereux que la substance d'origine. Les
métabolites sont plus facilement éliminés que la substance d'origine.
La plupart du temps, cette dégradation s'opère au niveau du foie.
Comment le poison est éliminé par l'organisme
Les substances inchangées ou leurs métabolites sont en général
éliminés par l'organisme dans les urines, les selles, la sueur, ou
dans l'air expiré par la personne. Les substances toxiques passent du
sang dans les urines au niveau des reins et du sang dans l'air expiré
au niveau des poumons. Les substances toxiques retrouvées dans les
selles peuvent avoir parcouru l'intestin sans passer dans la
circulation sanguine, ou être parvenues dans la circulation sanguine
et avoir été rejetées dans l'intestin.
Certains poisons, comme le DDT, pénètrent dans les tissus et les
organes où ils peuvent demeurer longtemps.
Effets des poisons
Les effets d'une substance chimique sur l'organisme sont soit locaux,
soit généraux.
L'effet local est limité à la partie de l'organisme en contact avec la
substance: la peau, les yeux, les voies aériennes, le tube digestif.
Parmi les effets locaux, on peut citer les éruptions et les brûlures
cutanées, le larmoiement et l'irritation de la gorge engendrant une
toux. De nombreux poisons ont des effets locaux, mais il en existe
également beaucoup qui n'en ont pas.
Les effets généraux se produisent lorsqu'un poison est absorbé dans
l'organisme.
Certaines substances provoquent à la fois des effets locaux et des
effets généraux. Si quelqu'un présente des effets locaux à la suite
d'une exposition à une substance chimique, il est important de
vérifier qu'il n'y a pas également des signes et symptômes
d'intoxication générale.
Effets locaux
Peau
Les substances chimiques qui endommagent la peau provoquent des
rougeurs ou des éruptions, des douleurs, des tuméfactions, des cloques
ou des brûlures graves. Les brûlures sont analogues à celles
provoquées par le feu.
Une substance chimique irritante provoque des démangeaisons, une
sensation de brûlure ou une douleur lorsqu'elle vient au contact de la
peau, mais ne provoque aucune brûlure si elle est immédiatement
rincée. Toutefois, en cas de contact prolongé avec la peau (plusieurs
heures), par exemple en raison du port de vêtements contaminés, elle
peut entraîner des brûlures.
Certaines substances irritantes n'ont aucun effet lors des quelques
premiers contacts avec la peau, mais finissent par provoquer des
rougeurs ou une éruption à la suite de contacts répétés, par exemple
lorsqu'on emploie souvent un produit d'entretien.
Parfois, les gens deviennent sensibles à un produit chimique après
l'avoir utilisé à de nombreuses reprises. Si au début, ils ne
ressentent aucun effet, au bout de quelques semaines ou de quelques
mois, ils peuvent présenter une éruption chaque fois qu'ils s'en
servent.
Un produit corrosif ou caustique provoque très rapidement des
brûlures douloureuses et détruit le tissu cutané. Des cloques peuvent
apparaître et la peau prend alors une couleur gris-blanc ou marron.
Yeux
Les substances irritantes ou corrosives peuvent provoquer des douleurs
sévères si elles pénètrent dans les yeux. Elles peuvent brûler très
rapidement la surface de l'oeil et engendrer des cicatrices, voire la
cécité. Les yeux sont alors rouges et larmoyants. La personne refuse
parfois d'ouvrir les yeux et la lumière vive lui fait mal.
Tube digestif
Les substances irritantes ou corrosives peuvent endommager la cavité
buccale et la gorge, ou le tube digestif. La personne présente en
pareil cas des maux d'estomac, des vomissements et de la diarrhée, qui
peuvent être sanglants. En cas de brûlure, la gorge enfle très
rapidement, empêchant la personne de respirer.
Voies aériennes et poumons
Certains gaz et certaines vapeurs irritent le nez, la gorge et les
voies aériennes supérieures, entraînant des accès de toux et de
suffocation. Certains gaz et certaines vapeurs endommagent les
poumons, qui se remplissent alors d'eau. Cela se produit immédiatement
après l'inhalation de la substance ou dans les 48 heures qui suivent.
Une personne ayant du liquide dans les poumons ne peut respirer
correctement et risque de se noyer. Il faut donc l'emmener à l'hôpital
le plus rapidement possible. La présence d'eau dans les poumons
définit l'oedème pulmonaire.
Certains des gaz qui provoquent des oedèmes pulmonaires irritent
également le nez, la gorge et les voies aériennes supérieures,
entraînant des accès de toux et de suffocation. Quelqu'un qui commence
à tousser et à suffoquer cherchera rapidement à se mettre au grand air
s'il le peut et, dans ce cas, ne sera pas suffisamment exposé pour
être intoxiqué.
Certains gaz toxiques comme l'oxyde de carbone n'ont aucune action
locale sur le nez ou la gorge. Les gaz toxiques qui ne provoquent ni
toux ni suffocation sont très dangereux, car on peut les respirer sans
le savoir.
Les distillats de pétrole, comme le pétrole lampant, peuvent provoquer
un oedème pulmonaire après ingestion. Lorsqu'on avale une substance
liquide, de petites quantités de liquide peuvent pénétrer dans les
poumons, même si les voies aériennes se ferment et empêchent
théoriquement un tel passage. Dans la plupart des cas, ces quantités
infimes ne sont pas dangereuses mais, s'il s'agit de distillats de
pétrole, elles peuvent entraîner un oedème pulmonaire.
Beaucoup plus grave, lorsqu'une personne est inconsciente, ses voies
aériennes ne se ferment pas et rien n'empêche alors les aliments, la
boisson ou les vomissures de pénétrer dans les poumons et d'obstruer
les voies aériennes ou de provoquer un oedème pulmonaire. C'est
pourquoi il est très dangereux d'essayer de donner à une personne
inconsciente des aliments, une boisson ou un médicament.
Points d'injection
Les poisons irritants qui sont injectés dans la peau, par exemple à
l'occasion d'une piqûre d'insecte ou d'une morsure de serpent, peuvent
provoquer une douleur et une tuméfaction au point d'injection.
Lorsqu'à l'occasion d'injections de produits vétérinaires à des
animaux ou à des oiseaux, on se pique soi-même, cela peut engendrer
des effets locaux.
Effets généraux
Les poisons peuvent agir de nombreuses façons:
* En endommageant des organes tels que le cerveau, le coeur, le
foie, les poumons, les reins ou la peau et les nerfs. La plupart
des substances toxiques ont un effet plus marqué sur un ou deux
organes que sur le reste de l'organisme. Les organes les plus
touchés sont appelés organes cibles.
* En bloquant les messages nerveux.
* En empêchant l'organisme de fonctionner correctement, par exemple
en bloquant l'approvisionnement en énergie et en oxygène.
Effets sur les enfants à naître
Certaines substances toxiques peuvent être dangereuses pour l'enfant à
naître. C'est surtout vrai au cours du premier trimestre de la
grossesse, lorsque le système nerveux et tous les organes principaux
sont en formation. Les os, les yeux, les oreilles, la bouche et le
cerveau du foetus sont en général les plus touchés. Si les dégâts sont
très importants, l'enfant arrête de se développer et meurt. Certaines
substances peuvent être toxiques pour le foetus et non pour la mère,
ce qui est dangereux, car rien alors ne permet à cette dernière de
savoir que son enfant est menacé.
Une mère qui boit de l'alcool ou qui fume pendant sa grossesse fait
courir un risque à son enfant. Les médicaments peuvent également être
dangereux. Une femme enceinte ne doit jamais prendre de médicaments
sans prescription médicale.
Survenue des effets généraux
Les effets généraux n'apparaissent que lorsque la quantité de
substance toxique présente dans l'organisme est supérieure à celle
dont l'organisme est capable de se débarrasser, et donc s'accumule et
atteint la dose seuil.
En général, lorsque le contact avec un poison est de très courte durée
(exposition aiguë), les effets s'en font sentir juste après
l'exposition et ne durent pas très longtemps. Mais, dans certains cas,
l'effet du poison ne s'observe qu'au bout de plusieurs heures, voire
de plusieurs jours après l'exposition aiguë. Par ailleurs, lorsque
quelqu'un a été longuement exposé à un poison (exposition chronique),
les effets de ce dernier peuvent durer longtemps.
Il arrive parfois qu'une personne ayant été exposée à une substance
toxique semble ne présenter aucun effet indésirable. Il peut y avoir à
cela plusieurs raisons: la personne n'a peut-être pas été exposée
suffisamment longtemps pour absorber une dose toxique; ou bien, elle a
absorbé une dose toxique mais semble bien parce qu'il est trop tôt
pour que se manifestent les effets de l'intoxication.
Il est parfois difficile de savoir si une personne qui a été exposée à
un poison va présenter des effets indésirables. Avant de la renvoyer
chez elle, vérifier toujours:
-- de quand date l'exposition à la substance toxique;
-- combien de temps il faut en général à cette substance pour
manifester ses effets (vérifier dans la Partie 2 de ce manuel, ou
contacter un centre antipoison).
Lorsque l'on soupçonne une intoxication, il est souvent bon de garder
la personne en observation pendant 12 à 24 heures, dans l'attente d'un
éventuel effet indésirable. Dans certains cas, il peut être nécessaire
de prolonger cette période d'observation.
Tout le monde ne réagit pas de la même façon en cas d'exposition à une
substance chimique. Certaines personnes sont plus sensibles que
d'autres. Par exemple, les jeunes enfants et les personnes âgées sont
davantage susceptibles d'être gravement intoxiquées que les jeunes
adultes. La probabilité d'être gravement intoxiqué est plus grande
pour des gens dont la santé est fragile (mauvaise alimentation,
alcoolisme) ou qui sont malades, que pour des personnes en bonne
santé.
CHAPITRE 2 Circonstances dans lesquelles surviennent les
intoxications
Objectifs
A la fin de ce chapitre, on doit être à même de:
1. Savoir reconnaître un risque d'intoxication par des produits
chimiques, des médicaments, de l'oxyde de carbone, des
pesticides, ou des aliments contaminés, à domicile ou dans le
cadre professionnel.
2. Expliquer aux autres comment se produisent les intoxications de
manière à ce qu'ils prennent conscience de ce genre de risque.
3. Mettre en garde les gens contre les dangers liés au fait de
changer un produit chimique d'emballage.
4. Expliquer aux gens pourquoi il est important d'utiliser un
produit de la façon préconisée par le fabricant.
5. Expliquer aux gens pourquoi il est dangereux de détourner l'usage
des médicaments.
L'intoxication peut être accidentelle ou volontaire (utilisation de
poisons contre soi-même ou contre d'autres personnes).
Il existe d'autres circonstances dans lesquelles une intoxication peut
survenir:
-- ingestion d'aliments toxiques;
-- prise ou administration d'un médicament mal adapté ou d'une dose
mal calculée;
-- prise de médicaments, de plantes ou de produits chimiques parce
que ce sont des modificateurs de l'humeur ou du comportement.
Intoxications accidentelles
Il peut y avoir intoxication accidentelle lorsque:
-- de jeunes enfants ou des personnes âgées manipulent des
substances toxiques sans le savoir;
-- des gens confondent une substance toxique avec un aliment ou une
boisson, parce qu'elle n'est pas dans son emballage d'origine;
-- des gens utilisent des produits chimiques ou des médicaments à
mauvais escient;
-- des gens utilisent des pesticides à bon ou à mauvais escient;
-- des gens travaillent avec des produits chimiques;
-- des gens sont exposés à l'oxyde de carbone, en général à
domicile.
Intoxications de la petite enfance
De nombreuses intoxications domestiques se produisent chez les jeunes
enfants entre 1 et 4 ans. A cet âge, ils veulent tout explorer. Ils se
déplacent tout seuls à quatre pattes ou marchent, et dès l'âge de 2
ans sont capables de grimper sur une chaise pour atteindre une étagère
haute. Ils ouvrent tiroirs et armoires et sont capables de dévisser
les bouchons de bouteilles.
Les jeunes enfants aiment porter les choses à leur bouche, mais ils ne
sont pas assez grands pour comprendre la notion de danger. Leur sens
du goût ne semble pas être le même que celui d'un adulte et souvent
ils aiment des choses ayant un goût étrange ou amer pour un adulte.
Ils peuvent avaler des médicaments qui ressemblent à des bonbons ou de
l'huile pour moteur qui ressemble à du sirop. S'ils ont soif, ils sont
capables de boire un produit d'entretien qui ressemble à une boisson
sucrée ou à un jus de fruit.
Les produits chimiques le plus souvent ingérés par les enfants sont
les suivants:
-- les produits d'entretien comme l'eau de javel, les détergents et
les désinfectants;
-- la paraffine et le pétrole lampant employés comme combustibles
domestiques;
-- les cosmétiques;
-- les médicaments;
-- la peinture et les produits pour bricolage;
-- les pesticides à usage domestique.
Ces produits sont souvent utilisés dans le cadre domestique; ils sont
souvent rangés bien en vue, à la portée d'un jeune enfant, par exemple
sur une étagère ou une table, ou à même le sol.
De nombreux accidents surviennent lorsque les parents sont trop
occupés pour surveiller leurs enfants en permanence. La famille peut
être importante, comporter plusieurs enfants en bas âge et la mère
être souvent occupée à des tâches domestiques. Il ne faut que quelques
secondes à un enfant pour attraper un récipient ouvert laissé à sa
portée et en avaler le contenu.
Le danger est encore plus grand si l'enfant est laissé seul ou sous la
garde de frères et soeurs à peine plus âgés pendant plusieurs heures.
Intoxications chez les personnes âgées
Les personnes âgées peuvent s'intoxiquer accidentellement. Si elles ne
voient pas très bien, elles peuvent se tromper de bouteille et avaler,
par exemple, un produit d'entretien au lieu d'une boisson ou d'un
médicament. Les personnes âgées ont tendance à perdre la mémoire et à
mélanger les choses. Elles oublient parfois de prendre leurs
médicaments ou en prennent trop et s'intoxiquent parce qu'elles ne se
souviennent plus de la dose à prendre, ou à quand remonte la dernière
prise.
Produits retirés de leur emballage d'origine
Des accidents peuvent se produire lorsque l'on change un produit
chimique d'emballage. Le nouveau n'est pas toujours correctement
étiqueté, ce qui fait que personne d'autre ne sait ce qu'il y a
dedans. Même la personne qui l'y a mis peut oublier de quoi il s'agit.
Il est particulièrement dangereux de verser un produit chimique ou un
médicament dans une tasse ou dans une bouteille de boisson, ou dans
tout autre récipient qui favoriserait la confusion avec des aliments
ou une boisson. Un jeune enfant n'est pas capable de faire la
différence entre un produit nocif et un aliment ou une boisson, et il
arrive même aux adultes de boire à la bouteille sans en vérifier le
contenu.
C'est pourquoi il est dangereux pour les commerçants de revendre au
détail des produits chimiques qu'ils reçoivent en gros.
Intoxications dues à des erreurs d'utilisation
Des accidents peuvent survenir lorsque l'on utilise à mauvais escient
des produits chimiques, sans tenir compte des mises en garde relatives
à leur sécurité d'emploi. Par exemple, il y a en général sur les
bouteilles d'eau de javel une mise en garde indiquant qu'il ne faut
pas la mélanger à d'autres produits d'entretien. Si l'on ignore cette
mise en garde, on peut être intoxiqué par les gaz toxiques que dégage
un tel mélange. Lorsque des insecticides destinés à des cultures ou à
des bâtiments sont employés pour tuer des insectes présents dans les
cheveux ou sur le corps, il s'agit là encore d'un mauvais usage.
Il arrive parfois que les gens s'intoxiquent eux-mêmes en faisant un
mauvais usage des médicaments. Ils en prennent plus que le docteur
n'en a prescrit parce qu'ils pensent à tort qu'une dose plus
importante leur fera du bien plus rapidement, ou ils prennent le
médicament de quelqu'un d'autre, ce qui peut s'avérer nocif si la dose
n'est pas la bonne ou si le médicament ne convient pas à l'affection
qu'ils présentent. Les femmes qui prennent des médicaments pour
essayer d'interrompre une grossesse en font un mauvais usage et
risquent de s'intoxiquer.
Intoxications par des pesticides
Les pesticides sont des produits chimiques destinés à tuer les
insectes, les mauvaises herbes ou autres nuisibles. La plupart d'entre
eux sont également toxiques ou nocifs pour l'homme en cas de contact
cutané, d'inhalation (gaz, fumées, poussières ou fines gouttelettes
pulvérisées) ou d'ingestion.
Voici quelques-uns des modes d'intoxication possibles:
-- un mauvais usage des pesticides; par exemple, on peut intoxiquer
des enfants en vaporisant des pesticides sur leurs draps et
couvertures;
-- l'absence de matériel de protection; par exemple, le fait de
recevoir des éclaboussures de pesticide sur ses vêtements ou à
même la peau, ou d'en inhaler;
-- le fait de manger, de boire ou de fumer après avoir manipulé des
pesticides et en en ayant sur les mains --- il faut d'abord se
laver les mains;
-- le fait d'utiliser des récipients de pesticides vides pour
conserver de la nourriture ou des boissons --- il est impossible
d'éliminer totalement le pesticide d'une boîte vide et il va
contaminer la nourriture ou la boisson;
-- le fait d'employer des récipients ayant contenu des aliments ou
des bouteilles de boisson pour conserver des pesticides ---
quelqu'un peut se tromper et croire qu'il s'agit d'un aliment ou
d'une boisson.
Intoxications en milieu professionnel
Beaucoup de substances chimiques fabriquées, employées ou conservées
sur les lieux de travail sont dangereuses. Les personnes qui les
utilisent doivent savoir comment les manipuler en toute sécurité afin
d'éviter toute intoxication.
Il arrive que des employés ne sachent pas qu'ils manipulent une
substance toxique, ou qu'ils le sachent, mais qu'on ne leur ait pas
indiqué ni montré comment l'utiliser sans risque. Ils peuvent ne pas
avoir lu les instructions ni les indications relatives à la sécurité
d'emploi du produit. Parfois, ils en connaissent les dangers, mais
sont trop paresseux ou trop négligents pour prendre les précautions
voulues.
Les accidents, les feux ou les explosions en milieu professionnel
peuvent entraîner un déversement ou des fuites de produits chimiques
sur les routes ou dans les rivières, ou bien le dégagement de vapeurs
et de gaz dans l'atmosphère. Il est arrivé que des substances
chimiques se répandent sur de vastes régions et intoxiquent un grand
nombre de personnes.
Les déchets chimiques et les récipients vides ayant contenu des
produits chimiques peuvent constituer un danger important s'ils ne
sont pas traités ni éliminés correctement.
Intoxication à l'oxyde de carbone
Lorsque du mazout, du gaz, du bois, du charbon ou d'autres
combustibles brûlent, ils dégagent un gaz appelé oxyde de carbone, qui
peut être à l'origine d'intoxications graves et entraîne souvent le
décès. Utilisés dans des pièces où il n'y a ni fenêtre ouverte, ni
cheminée pour permettre à l'oxyde de carbone de s'échapper et à l'air
frais d'entrer, les feux, poêles, appareils de chauffage ou fours,
sont dangereux. Les moteurs à essence dégagent également de l'oxyde de
carbone, et l'on peut s'intoxiquer en laissant tourner un moteur dans
un garage dont les portes sont fermées.
Intoxication volontaire
Lorsque des personnes attentent à leurs jours en prenant un poison, on
parle d'intoxication volontaire. Dans certains pays, la tendance est
de prendre pour cela des médicaments mais, dans les communautés
rurales, ce sont plutôt les pesticides qui sont utilisés.
Les personnes atteintes de dépression, une maladie grave, ou
d'alcoolisme chronique, tentent parfois de se suicider en prenant des
doses massives de médicaments, de pesticides ou autres produits
toxiques. Lorsqu'elles en réchappent, il arrive qu'elles récidivent si
leur dépression n'est pas traitée.
Bon nombre des jeunes qui font des tentatives de suicide sont
malheureux parce que confrontés à des problèmes qu'ils n'arrivent pas
à résoudre, qu'il s'agisse d'une déception amoureuse ou de disputes
avec un(e) petit(e) ami(e).
Empoisonnement délibéré de tiers
Il arrive parfois que des gens tentent d'empoisonner des tiers. Il
peut s'agir d'une plaisanterie, de vouloir faire peur ou de vouloir
réellement tuer quelqu'un. S'il semble que ce soit le cas, avertir la
police.
Intoxications alimentaires
Les aliments ou les boissons peuvent être contaminés par des
substances toxiques libéré es par des micro-organismes tels que des
bactéries, virus ou moisissures, ou par des produits chimiques.
Certaines espèces de plantes, de champignons, d'animaux (y compris
marins) contiennent naturellement des substances toxiques. Les poisons
fabriqués par des plantes, des animaux ou des micro-organismes son
appelés toxines.
Toxines fabriquées par des micro-organismes
Les aliments peuvent être contaminés par des bactéries avant ou après
la cuisson, en cours de préparation ou de stockage, ou par contact
avec des surfaces, des récipients, des ustensiles de cuisine ou des
mains n'ayant pas été soigneusement lavés. Ils peuvent également être
contaminés par des animaux ou des insectes, en particulier par des
mouches. La plupart des bactéries et toxines bactériennes sont
détruites à la cuisson mais pas toutes. Si la nourriture est conservée
au chaud, à température ambiante, les bactéries présentes vont
proliférer et risquent de rendre les gens malades.
Les moisissures se développent sur les aliments humides ou endommagés
par les insectes, et certaines d'entre elles produisent des substances
toxiques. Les moisissures que l'on trouve sur les fruits secs ou les
céréales ayant été ramassés et stockés avant d'être secs peuvent
entraîner des intoxications graves. Certains procédés de séchage et de
conservation des aliments n'empêchent pas les moisissures de se
développer.
Il arrive qu'on attrape des maladies en mangeant des aliments infestés
par des vers ou autres nuisibles, mais il ne s'agit pas alors
d'intoxication et la question ne sera donc pas abordée dans cet
ouvrage.
Substances chimiques toxiques
Les substances chimiques toxiques peuvent contaminer les aliments et
les boissons de nombreuses manières; par exemple,
-- lorsque des personnes travaillant avec des produits chimiques
mangent sur leur lieu de travail, ou ne se lavent pas les mains
avant de déjeuner;
-- lorsque l'on renverse une substance chimique sur de la nourriture
pendant son transport ou à l'endroit où elle est conservée;
-- lorsque l'on conserve ou que l'on cuit des aliments ou des
boissons dans des récipients contaminés par des substances
chimiques;
-- lorsque l'on fait de la farine à partir de grains traités par des
pesticides et destinés à être employés comme semences ou comme
appâts, mais pas comme aliments;
-- lorsque l'on fabrique son propre alcool et que l'on obtient des
alcools toxiques comme le méthanol;
-- lorsque les réserves d'eau sont polluées par le déversage
accidentel de produits chimiques ou de déchets chimiques
provenant d'usines ou de décharges situées non loin des cours
d'eau.
Plantes, champignons, poissons, et coquillages toxiques
Certaines plantes et champignons vénéneux et certains animaux et
coquillages marins contiennent des toxines. Il est parfois très
difficile de distinguer des plantes ou des poissons comestibles
d'autres qui ne le sont pas.
Intoxications médicamenteuses
Il arrive que des personnes soient intoxiquées par des médicaments que
leur a donnés le médecin ou un autre agent de santé. Il se peut qu'on
leur ait donné le mauvais médicament, ou un bon médicament mais à la
mauvaise dose. Il peut y avoir à cela de nombreuses raisons: le
médecin ignore que le patient est allergique à un médicament ou a mal
calculé la dose.
Toxicomanies et abus
Les gens prennent parfois des médicaments pour obtenir une
modification de l'humeur ou du comportement, se sentir plus détendus
ou plus énergiques. C'est ce qu'on appelle le détournement d'usage des
médicaments, car il ne s'agit pas d'un usage médical. D'autres
personnes font un usage immodéré de drogues comme l'héroïne, la
cocaïne ou les barbituriques. Le fait de boire des quantités
excessives d'alcool (alcoolisme) constitue également un abus
important.
D'autres substances peuvent entraîner des effets à peu près analogues.
Certaines personnes inhalent des substances chimiques: colle,
peinture, dissolvant pour vernis à ongles, gaz de briquet, essence ou
produits de nettoyage à sec. C'est ce qu'on appelle parfois le
«sniffing» ou abus de solvants. Pour cela, on inhale les vapeurs d'un
tissu trempé dans le liquide, ou l'on met une substance chimique ou de
la colle dans un sac en plastique et on les inhale ensuite
profondément.
Dans de nombreuses sociétés, on utilise des plantes ou des champignons
pour leurs propriétés hallucinogènes, stimulantes ou relaxantes.
Certaines plantes peuvent être mangées crues, d'autres sont cuites,
préparées sous forme de boissons, ou fumées. Le tabac et le cannabis
en sont deux exemples fréquemment utilisés.
Beaucoup de ces médicaments, produits chimiques et plantes qui font
l'objet d'un usage immodéré sont toxiques si l'on en prend trop à la
fois, ou durant des mois ou des années. Par exemple, l'alcool provoque
des lésions hépatiques, le fait de fumer un cancer du poumon, et le
cannabis des troubles de la mémoire.
Utilité et danger des substances chimiques
Partout dans le monde, on emploie toutes sortes de substances
chimiques dans l'agriculture, l'industrie, les produits
pharmaceutiques ou le cadre domestique. Il y a beaucoup de bonnes
raisons de les utiliser. Les pesticides et les engrais ont permis aux
agriculteurs d'augmenter leurs rendements. Les médicaments permettent
de guérir ou de prévenir la maladie, et d'augmenter l'espérance de vie
de la population en rendant cette vie plus agréable. Les produits
d'entretien ont facilité les tâches ménagères.
Les substances chimiques utiles peuvent également être dangereuses. Il
arrive qu'on en emploie des quantités qui seraient dangereuses si
elles pénétraient dans l'organisme. Certaines d'entre elles peuvent
également être nocives si elles sont libéré es dans l'air que l'on
respire, sur le sol sur lequel les gens travaillent ou font pousser
des plantes ou élèvent des animaux, dans les rivières et les fleuves
qui servent à l'approvisionnement en eau de boisson, de lavage ou
d'irrigation. Ce risque diminue si ces substances sont utilisées en
toute sécurité et si l'on s'efforce de prévenir les accidents, mais il
ne sera jamais totalement absent.
Il appartient aux communautés de décider si les avantages que l'on
tire de l'utilisation de ces produits l'emportent suffisamment sur les
risques encourus pour s'en accommoder. Pour cela, de nombreux points
sont à considérer:
* La substance chimique est-elle très utile ?
* Quel type d'effet nocif peut-elle causer ?
* Aura-t-elle un effet sur l'environnement ?
* Peut-elle être manipulée en toute sécurité?
* Combien de personnes l'utiliseront et combien d'autres pourront y
être exposées parce qu'elles travaillent ou habitent à proximité
de l'endroit où elle est employée ou fabriquée ?
* Ne peut-on employer à sa place une substance moins dangereuse ?
* Quelle économie réalise-t-on en l'utilisant et que coûterait le
fait de ne plus l'utiliser ?
CHAPITRE 3 Prévention des intoxications
Objectifs
A la fin de ce chapitre, on doit être à même de:
1. Discuter avec les gens de la façon de prévenir les intoxications
2. Aider les gens à faire en sorte que la sécurité soit assurée à
domicile, sur les lieux de travail et dans la communauté.
Mieux vaut prévenir les intoxications que les guérir, c'est plus sûr
et moins onéreux. La plupart des intoxications sont évitables.
Chacun --- enfants, parents, agriculteurs, instituteurs, ouvriers et
agents de santé --- peut faire quelque chose pour assurer la sécurité
chez lui, sur son lieu de travail et dans la communauté.
Comment aider les gens à assurer la sécurité à domicile, sur les lieux
de travail et dans la communauté?
Il faut procéder en trois étapes:
1. Tout d'abord, se renseigner sur les intoxications survenues dans
la communauté ces quelques dernières années. Chercher à savoir
comment elles se sont produites, où elles ont eu lieu et quels
étaient les poisons en cause. Réfléchir sur les raisons pour
lesquelles ces intoxications se sont produites.
2. Réfléchir sur la façon dont ces intoxications auraient pu être
évitées. Ce chapitre indique les nombreux moyens à mettre en
oeuvre pour éviter les intoxications. Il convient d'informer le
centre antipoison le plus proche de sa région des intoxications
survenues dans la communauté. Il peut être à même de suggérer des
moyens pour les éviter.
3. Discuter avec les gens de la façon dont on peut prévenir les
intoxications. Partager ses connaissances avec les autres et les
aider à comprendre pourquoi les intoxications se produisent et ce
qui peut être fait pour empêcher qu'elles ne se reproduisent.
* Discuter avec les familles et les groupes de santé maternelle et
infantile de la prévention des intoxications à domicile. Leur
indiquer comment apprendre, même très tôt, à leurs enfants à ne
pas toucher, manger ni jouer avec des médicaments ou des produits
ménagers.
* Aborder avec les instituteurs la question de la façon dont il
faut enseigner aux enfants les dangers d'une intoxication à
domicile et les dangers liés aux plantes vénéneuses et animaux
venimeux (serpents). Par exemple, l'instituteur peut demander aux
enfants de se renseigner sur les accidents survenus dans la
communauté et de proposer des solutions pour les éviter.
* Informer les responsables communautaires ou les associations des
accidents survenus. Discuter avec eux et avec les membres de la
communauté de ce que vous pensez qui peut être fait pour assurer
une meilleure sécurité dans la communauté.
* Prévoir de temps à autre des visites amicales à domicile ou sur
les lieux de travail, non pour prendre les gens en défaut, mais
pour les aider à prendre conscience des dangers et de ce qu'il y
a lieu de faire pour les éviter.
Ce chapitre indique ce qu'il y a lieu de «faire» et de «ne pas faire»
lorsque l'on essaie de montrer aux gens comment prévenir les
intoxications.
A la première lecture de ce chapitre, on peut penser qu'il est
impossible aux gens de sa communauté d'agir ainsi. Comment leur
demander de porter des bottes pour se protéger des morsures de
serpents lorsqu'ils ne peuvent même pas s'offrir des chaussures?
Comment leur dire de ranger les médicaments dans une armoire fermée à
clef lorsqu'il n'y a pas d'armoire dans les habitations ?
La communauté doit connaître les meilleurs moyens de prévention des
intoxications et avoir pour but de les employer. Mais lorsque l'on
parle aux gens de prévention des intoxications, chercher à adapter le
conseil à la situation locale. Il peut exister d'autres solutions tout
aussi bonnes. Par exemple, les gens diront peut-être qu'il existe
d'autres endroits dans leur maison qui sont aussi sûrs qu'une armoire
fermée à clef. Ou bien le menuisier local pourrait fabriquer des
boîtes ou des armoires fermant à clef si la communauté le désire.
Chercher à atteindre son but en plusieurs étapes. Par exemple, si les
gens ne peuvent s'offrir des bottes, les encourager au début à porter
des chaussures ou des sandales fabriquées sur place.
Que peut-on faire pour prévenir les intoxications ?
Il est important que tous les produits chimiques soient manipulés en
toute sécurité et pas seulement ceux que l'on sait dangereux. De
nombreux produits qui paraissent inoffensifs peuvent rendre malades ou
provoquer des brûlures. Il est très important de protéger les enfants
parce qu'ils ne peuvent se protéger eux-mêmes et qu'ils ne comprennent
pas que certaines choses peuvent être toxiques.
Beaucoup d'intoxications pourraient être évitées si l'on conservait,
utilisait et éliminait les produits chimiques en toute sécurité.
Conservation des produits chimiques
* Conserver les médicaments, les produits d'entretien et pesticides
hors de vue et de portée des enfants (Fig. 5).
* Ne pas conserver les produits chimiques dont on n'a plus besoin.
* Ne pas mettre des produits chimiques dans des récipients ayant
contenu des aliments ou des boissons; quelqu'un pourrait en boire
ou en manger par erreur.
Utilisation des produits chimiques
* Utiliser les médicaments, produits d'entretien, pesticides et
autres produits chimiques à bon escient et à la bonne quantité
(ni plus ni moins). Lire l'étiquette et suivre scrupuleusement
les indications données (Fig. 6). Si l'on ne sait pas lire, se la
faire lire. Il peut être dangereux d'utiliser un produit dont
l'emballage n'est pas étiqueté. Demander au fournisseur un autre
emballage ayant une étiquette.
Elimination des restes de produits chimiques et des récipients vides
* Vérifier s'il vaut mieux enterrer ou brûler les produits dont on
veut se débarrasser. Les enterrer ou les brûler dans un endroit
soigneusement choisi pour présenter le moins de risque possible
pour les gens vivant à proximité ou pour l'environnement.
* Demander aux responsables de l'hygiène de l'environnement ou de
la communauté quelles sont les dispositions locales pour se
débarrasser des restes de produits chimiques. Pour se débarrasser
de grandes quantités de substances chimiques, demander l'avis
d'un professionnel.
* Ne pas utiliser de bouteilles, boîtes ou autres récipients vides
ayant contenu des produits chimiques pour conserver ou cuire des
aliments ou des boissons. Ne pas les donner aux enfants pour
jouer.
* Ne pas laisser des restes de produits chimiques ou des récipients
vides dans des endroits où les enfants ont accès.
* Ne pas jeter des restes de produits chimiques ou des récipients
vides à proximité d'une rivière, d'une mare ou d'une source. Ils
risqueraient de se diluer dans l'eau et d'intoxiquer les
poissons, les gens ou les animaux qui boivent cette eau ou se
lavent avec. Le risque est le même si les restes de produits
chimiques sont vidés dans des canalisations qui débouchent dans
des cours d'eau.
On trouvera dans la suite de ce chapitre des directives plus
détaillées sur la façon de prévenir les différents types
d'intoxications décrits au chapitre 2.
La sécurité à domicile
Produits chimiques
* Conserver tous les produits d'entretien hors de vue et de portée
des enfants. Conserver les médicaments, insecticides, désherbants
et raticides dans une armoire ou une valise fermée à clef, ou
dans un placard très haut.
* Laisser les produits ménagers, pesticides et médicaments dans
leur emballage d'origine.
* Reboucher soigneusement les bouteilles (Fig. 8). Refermer les
boîtes. Un enfant qui trouve un récipient ouvert peut en avaler
le contenu avant que quiconque ait pu l'en empêcher. Un enfant
mettra davantage de temps à ouvrir un récipient fermé, qui peut
s'avérer être difficile à ouvrir s'il est très jeune; un adulte
peut alors le voir et intervenir à temps.
* Ne pas ranger les produits d'entretien à même le sol, sous
l'évier de la cuisine, ni dans des placards bas faciles à ouvrir
pour un enfant (Fig. 9).
* Ne pas ranger les médicaments, pesticides ou produits ménagers au
même endroit que les aliments et la boisson. Un enfant peut
penser qu'il s'agit de choses comestibles, et même un adulte peut
en avaler sans vérifier ce que c'est. Par ailleurs, le produit
peut se renverser sur les aliments et provoquer des
intoxications.
* Ne pas mettre les médicaments, pesticides et produits d'entretien
dans des bouteilles, des tasses ou des récipients normalement
employés pour les aliments ou la boisson.
* Ne pas conserver les produits ou les récipients vides dont on n'a
plus besoin. On trouvera à la page 31 des directives relatives à
la manière de s'en débarrasser.
Médicaments et produits ménagers
Médicaments
* S'assurer que l'on prend ou que l'on donne la bonne dose de
médicament. Le vérifier en lisant l'étiquette ou en posant la
question à un agent de santé. Faire très attention à ne pas en
prendre ou en donner trop. Une dose trop forte de médicament peut
rendre très malade. C'est une erreur de penser que si l'on prend
tout le médicament d'un coup, on se sentira mieux plus
rapidement.
* Ranger le médicament en lieu sûr dès qu'il a été administré.
* Ne pas prendre un médicament ni le donner à quelqu'un d'autre
sans avoir pris conseil auprès d'un médecin ou d'un agent de
santé.
* Ne pas donner aux enfants des médicaments qui ne leur ont pas été
prescrits.
* Ne pas faire croire aux enfants que les médicaments sont des
bonbons. Ils sont incapables de faire la différence et peuvent
s'empoisonner s'ils pensent que les médicaments sont des bonbons.
Produits ménagers, tels que les produits d'entretien ou les pesticides
* Lire ce qui figure sur l'étiquette. S'assurer que l'on sait
comment employer le produit et en quelle quantité, et rechercher
les consignes de sécurité.
* Ne pas se dessaisir du produit pendant qu'on l'utilise. Si on
doit le poser, le laisser à portée de vue. Un enfant est capable
d'attraper rapidement une bouteille ouverte et d'en avaler le
contenu, ou de se le renverser dessus ou dans les yeux.
* Essuyer toute éclaboussure ayant pu se produire et s'assurer que
l'extérieur de la bouteille ou du récipient est propre et sec.
* Ranger les produits dès qu'on a fini de les utiliser. C'est
lorsqu'ils ne sont pas à leur place habituelle que les enfants
peuvent s'en emparer.
* Ne vaporiser aucun pesticide domestique sur des aliments ou des
jouets d'enfants.
* Ne pas mélanger différents produits de nettoyage ou autres.
* Si le produit doit être mélangé à de l'eau avant usage, ne pas le
verser dans un récipient employé pour les aliments ou la boisson.
Elimination des produits domestiques
* Fermer les poubelles à l'aide d'un couvercle, de façon que les
enfants ne puissent fouiller dedans.
* Utiliser les systèmes de ramassage des ordures qui existent
localement. Ne pas laisser des ordures traîner dans la maison et
ne pas les jeter n'importe où.
* Ne pas percer, chauffer ni brûler des récipients sous pression.
Si la communauté brûle les ordures ménagères, ne pas brûler les
récipients sous pression, mais les enterrer.
La sécurité à domicile: autres précautions à prendre
* Nettoyer régulièrement les sols et les murs, et boucher les trous
et les fissures de façon qu'aucun insecte ne puisse s'y glisser
et qu'aucun serpent ne puisse entrer dans la maison.
* Assurer l'entretien des appareils de chauffage, fourneaux et
foursœ agaz ou à mazout, de façon qu'ils n'émettent pas des
quantités dangereuses d'oxyde de carbone.
* Faire ramoner les cheminées ou les tuyaux de poêle et aérer les
pièces de façon que l'oxyde de carbone dégagé par le feu et les
fourneaux ne stagne pas dans la maison.
* Ne pas utiliser d'appareils de chauffage, de fourneaux ni de
fours dans des pièces où il n'y a ni cheminée, ni tuyau
d'évacuation, ni fenêtre ouverte permettant à l'air frais
d'entrer et aux fumées contenant de l'oxyde de carbone de
s'échapper.
Prévention des intoxications par les pesticides
Les pesticides sont très largement employés et, dans certains pays,
beaucoup de gens tombent malades ou meurent à la suite
d'intoxications, la plupart du temps évitables si l'on respectait les
mesures de sécurité et les précautions d'emploi.
Les gens qui travaillent dans des endroits où l'on utilise ou conserve
des pesticides --- plantations, exploitations agricoles, usines ou
magasins --- doivent savoir les manipuler et les utiliser en toute
sécurité. Chaque membre de la communauté doit connaître les risques
liés à l'utilisation des pesticides et savoir ce qu'il faut faire pour
s'en prémunir.
La plupart de ces directives peuvent être appliquées partout où l'on
conserve ou utilise des produits chimiques de quelque sorte que ce
soit. Pour en savoir plus sur la sécurité dans le cadre professionnel,
s'adresser à un spécialiste de la médecine du travail.
Stockage des pesticides
* Conserver les pesticides dans leur récipient d'origine. Il est
dangereux de les en changer, car ils risquent alors d'être pris
pour un aliment ou une boisson.
* Les ranger dans un local sûr et fermé à clef. Demander aux
conseillers en agriculture quel est le meilleur endroit pour ce
local et comment le construire. Ce dernier devra porter des
pancartes d'avertissement, avoir des portes verrouillées et des
fenêtres condamnées de façon que des personnes non autorisées ne
puissent y pénétrer, en particulier des enfants.
* Etablir une liste de tous les produits conservés dans le local et
la mettre à jour régulièrement. Ne pas conserver cette liste dans
le local, mais en lieu sûr, où elle sera accessible en cas
d'incendie. Dans le local, conserver les fiches de sécurité des
produits et les numéros de téléphone à appeler en cas d'urgence.
* Ranger les pesticides, en particulier les appâts rodenticides et
les graines traitées par des pesticides, à l'écart des aliments
de façon à éviter toute confusion.
* Ne pas garder de pesticides à usage agricole dans les lieux
d'habitation. Les mettre à l'écart. Les seuls pesticides qu'il
faut conserver à domicile sont ceux utilisés contre les nuisibles
domestiques.
* Ne pas conserver de pesticides dans des bouteilles ou autres
récipients normalement destinés aux aliments ou à la boisson.
Utilisation des pesticides
Toute personne qui fait de l'épandage de pesticides devrait d'abord
être formée à la méthode d'application, à la façon d'opérer, au
nettoyage et à l'entretien du matériel, et aux mesures de sécurité à
prendre.
Tout pesticide, ou autre produit chimique, doit porter une étiquette
indiquant la nature du produit, le nom du fabricant et les
instructions d'utilisation et précautions à prendre. Des
renseignements concernant les risques encourus, les mesures de
sécurité à prendre, les premiers secours à donner, ainsi que des
conseils aux agents de santé doivent également figurer sur cette
étiquette. Si le récipient est petit, ces renseignements peuvent
figurer dans une notice attachée dessus. Il peut également y avoir une
notice d'information sur le produit et une fiche de sécurité chimique.
* Lire attentivement l'étiquette et toute autre fiche de
renseignements sur le produit dont on dispose avant de
l'utiliser. Si l'on ne la comprend pas, demander des explications
à quelqu'un qui est au courant, l'employeur ou la personne qui a
fourni le produit. Ne jamais utiliser un produit sans avoir lu et
compris tout ce qui figure sur l'étiquette. S'il n'y a pas
d'étiquette, demander au fournisseur un récipient qui en porte
une. S'assurer:
-- de l'identité du contenu,
-- de la quantité de pesticide à utiliser et de la manière de
le diluer,
-- de la façon d'utiliser ce produit en toute sécurité, du
matériel et des vêtements à employer,
-- des dangers associés à son usage et des premiers secours à
apporter en cas d'accident,
-- du moment auquel il doit être utilisé et de l'intervalle à
respecter entre les applications.
Si ces renseignements ne figurent pas sur l'étiquette, demander au
fournisseur, à un autre utilisateur, à un responsable communautaire ou
à un agent de vulgarisation agricole de vous donner les indications
nécessaires.
* Prévenir les voisins avant de pulvériser un pesticide.
* S'assurer que l'appareil de pulvérisation est en bon état et
vérifié régulièrement.
* Porter des vêtements de travail légers recouvrant le plus
possible le corps lorsqu'on mélange ou applique un pesticide, que
l'on nettoie le matériel et les récipients vides et que l'on se
débarrasse des restes de pesticide. Porter des bottes ou des
chaussures pour se protéger les pieds. Des gants et des lunettes
assurent une meilleure protection contre les éclaboussures.
Prévoir des vêtements de rechange.
* Porter des vêtements protecteurs et utiliser le matériel de
protection si l'étiquette précise de le faire. Si une telle
mention figure sur l'étiquette c'est parce que le produit peut
être nocif, voire mortel en l'absence de protection. S'assurer
que tous les vêtements et matériels de protection sont vérifiés,
entretenus et stockés correctement.
* Ne mélanger que la quantité de produit chimique nécessaire pour
la journée. Cela évitera d'avoir à se débarrasser des restes de
pesticides ou de les laisser jusqu'au lendemain.
* Avoir à disposition de l'eau et du savon en abondance.
* Laver les gants avant de les retirer.
* Se laver les mains soigneusement à l'eau et au savon après avoir
manipulé des pesticides et avant de manger, de boire, de chiquer,
de fumer, de se frotter les yeux ou de porter les mains à sa
bouche.
* S'assurer de ne jamais être seul lorsqu'on mélange ou qu'on
utilise des pesticides très toxiques.
* Arrêter immédiatement de travailler en cas d'éruption ou de
malaise, de troubles visuels, de sueurs anormales ou d'une
sensation de soif inhabituelle, de céphalées ou de symptômes de
refroidissement ou de grippe. Avertir l'employeur et aller
immédiatement consulter un médecin. Lui montrer l'étiquette, la
notice d'information ou la fiche signalétique du produit.
* Se renseigner pour savoir à quelle période on peut moissonner,
puis consommer une récolte ayant été soumise à des pulvérisations
de pesticides.
* Enterrer ou brûler les aliments contaminés par des pesticides.
* Ne pas employer un matériel ni des vêtements protecteurs sales ou
endommagés, ni des gants et des bottes percés. Cela peut s'avérer
plus dangereux que de ne rien porter du tout.
* Ne pas prendre la poudre des paquets à la main, ni plonger les
bras ou les mains dans les liquides pour mélanger les produits.
Utiliser les mesures et récipients prévus à cet effet pour
réaliser les solutions (Fig. 10). Les réserver exclusivement à
cet emploi.
* Ne pas mesurer les doses ni mélanger des pesticides à l'intérieur
des habitations ni à proximité immédiate, ni à proximité
d'animaux.
* Ne pas souffler dans les buses de pulvérisation pour les
déboucher. Les nettoyer à l'eau ou avec un brin d'herbe.
* Ne pas procéder à l'épandage par vent fort de peur que le
pesticide ne soit rabattu vers soi, vers des animaux ou des
habitations
* Ne pas laisser des pesticides sans surveillance en dehors du
local de stockage.
* Ne laisser personne approcher des champs au moment de l'épandage.
* Ne laisser aucun enfant boire ni jouer près d'un matériel de
pulvérisation, d'un endroit où l'on mélange des pesticides ou
d'un champ traité.
* Interdire aux enfants l'usage des pesticides.
Elimination des récipients vides et des restes de pesticides
* Demander aux conseillers agricoles quelle est la meilleure façon
de se débarrasser des stocks de pesticides inutilisables et des
récipients vides. On peut en général les enterrer, mais cela ne
s'applique pas à tous les produits chimiques et c'est parfois
interdit dans certaines régions. Il est extrêmement important de
choisir la méthode à employer et l'endroit où l'on va brûler ou
enterrer ces déchets de façon à ne faire courir aucun risque aux
populations ou à l'environnement. Ne pas se débarrasser de
pesticides ni de déchets contaminés par des pesticides dans des
décharges communautaires utilisées pour les déchets ménagers. Il
n'entre pas dans le cadre de cet ouvrage de formuler des
recommandations plus précises sur la manière de se débarrasser
des déchets chimiques.
* Dans la mesure du possible, pulvériser tout le pesticide contenu
dans l'appareil pour éviter d'avoir à se débarrasser des restes
inutilisés. Si c'est impossible, vider le réservoir de tout le
pesticide restant et s'en débarrasser en le versant dans un trou
creusé à l'écart des habitations, des puits, des cours d'eau et
des cultures. Demander à un professionnel à quel endroit ce trou
doit être creusé et vérifier la quantité de déchets qu'il peut
contenir et à quelle fréquence on peut l'utiliser. L'entourer
d'une barrière pour tenir les enfants à l'écart et apposer une
pancarte indiquant que des poisons sont enterrés là.
* Nettoyer tout le matériel après l'avoir utilisé et le ranger à sa
place. Verser l'eau de lavage dans le trou précédemment creusé
dans le sol pour éliminer les restes de pesticide dilué.
* Laver les récipients vides à l'eau à trois reprises. En général,
on vide les récipients au moment où l'on va mélanger les
pesticides. Si on les rince immédiatement, on peut se débarrasser
de l'eau de rinçage en la versant dans le réservoir du
pulvérisateur. Les eaux de lavage qui ne peuvent être réutilisées
doivent être recueillies et éliminées en les versant dans le trou
mentionné précédemment. Après les avoir nettoyés, conserver les
récipients vides dans le local réservé aux pesticides jusqu'à ce
qu'on puisse s'en débarrasser en toute sécurité.
* Se laver et se changer entièrement après le travail.
* Laver soigneusement chaque jour tous les vêtements de travail.
Les laver séparément. Ne jamais porter de vêtements de travail à
la maison et ne jamais les laisser traîner chez soi s'ils sont
sales.
* Ne jamais ramener chez soi des restes de produits chimiques. Les
remettre dans le local où ils sont conservés.
* Ne pas utiliser les récipients vides pour ranger ou cuire des
aliments ou des boissons destinés à l'homme ou aux animaux, car
il est impossible d'éliminer entièrement le pesticide qu'ils
contiennent. On lavera les récipients en plastique comme indiqué
précédemment, on les percera pour les rendre inutilisables (Fig.
11). Faire de même avec les bidons en acier et les bombes
métalliques (mais ne pas percer les bombes sous pression).
Ce que peuvent faire les employeurs pour éviter les intoxications
professionnelles
Mesures d'ordre général
Il appartient aux employeurs de protéger leurs employés des dangers
présentés par l'utilisation des substances chimiques. Pour cela il
leur faut:
* Se conformer aux réglementations locales et nationales en matière
de santé et de sécurité.
* Choisir les substances les moins dangereuses. Si plusieurs
produits ont le même effet, choisir le moins toxique.
* Choisir un matériel et des modes d'utilisation éprouvés.
* S'assurer que les employés ne sont pas exposés aux produits
chimiques plus souvent qu'il n'est nécessaire. Par exemple,
utiliser le cas échéant, des ventilateurs mécaniques dans les
bâtiments où on les emploie et où on les conserve.
* Fournir aux employés du matériel et des vêtements de protection
s'il y a lieu. Assurer le bon entretien du matériel et des
vêtements.
* Utiliser les pancartes et signaux d'avertissement.
Un employeur doit en outre:
* Avertir ses employés qu'ils manipulent des substances
dangereuses;
* Les informer des risques et s'assurer qu'ils ont bien compris;
* Former et inciter les employés à utiliser le matériel et les
vêtements de protection et à manipuler les produits chimiques en
toute sécurité;
* Vérifier de temps à autre si les équipements protecteurs sont
utilisés et si les consignes de sécurité sont appliquées pendant
le travail. Mettre en garde ceux qui ne s'y conforment pas en
leur indiquant les dangers qu'ils courent.
Santé des employés et exposition aux produits chimiques
Professionnellement, le personnel ne doit pas être exposé à des
quantités de produits chimiques susceptibles de le rendre malade ou de
porter atteinte à sa santé. On mesurera et on notera la concentration
de produit chimique dans l'air sur le lieu de travail. S'il y a lieu,
le personnel se verra proposer des examens médicaux réguliers, de
manière à voir s'il présente des atteintes dues à une exposition
professionnelle et s'il faut prendre des mesures pour prévenir une
telle exposition.
Premiers secours et urgences
* Les premiers secours doivent pouvoir être données sur le lieu de
travail quel qu'il soit.
* Une formation de secouriste doit toujours faire partie de la
formation professionnelle.
On évaluera sur chaque lieu de travail les risques liés à
l'utilisation de substances toxiques, et on donnera au personnel la
formation, le matériel de premiers secours et les produits nécessaires
en cas d'urgence; on prévoira des moyens de communication et de
transport en cas d'accident.
Formation
Les employeurs doivent former leur personnel à la conduite à tenir en
cas d'accident et à la manière d'apporter les premiers secours. Ils
vérifieront de temps à autre que les employés se souviennent encore de
ce qu'il faut faire.
Sur chaque lieu de travail, il doit toujours y avoir un ou plusieurs
secouristes qualifiés capables d'apporter les premiers secours en cas
d'urgence (intoxication, blessure ou maladie soudaine). Dans beaucoup
de pays, la législation du travail stipule qu'il doit y avoir dans
l'entreprise des personnes formées aux premiers secours à partir d'un
certain nombre d'employés, mais il faut aussi des secouristes
qualifiés dans les entreprises plus petites auxquelles ces
réglementations ne s'appliquent pas. Même une personne travaillant
seule doit avoir des notions de secourisme et savoir si le travail
qu'elle effectue est dangereux. Le nombre de personnes qui doivent
être formées aux premiers secours dépend de l'importance du risque. Il
peut s'agir d'ouvriers, de contremaîtres ou, s'il s'agit d'une
personne seule à domicile, d'autres adultes de la famille.
Matériel
Il doit toujours y avoir un matériel de premiers secours dans les
lieux où l'on manipule des produits dangereux. Par exemple, lorsqu'il
y a des liquides corrosifs, il faut disposer d'un distributeur de
solution de rinçage oculaire ou d'un flacon en plastique qui en soit
rempli. S'il y a un risque d'éclaboussure et de contact du liquide
corrosif avec la peau, cela justifie l'installation d'une douche
d'urgence. On prévoira des masques respiratoires dans les endroits où
l'on utilise des gaz irritants ou toxiques, comme le chlore ou
l'anhydride carbonique, de façon à ce que les employés puissent
évacuer les locaux ou porter secours aux autres en cas de fuite de
gaz. Dans certains cas, il peut falloir un matériel spécial pour
porter secours aux gens à la suite d'un accident.
Produits
On ajoutera des antidotes à la trousse de premiers secours dans les
endroits où l'on utilise des produits chimiques dangereux agissant
très rapidement. Par exemple, des capsules de nitrite d'amyle là où
l'on utilise du cyanure.
Recherche d'une aide et transport des victimes à l'hôpital
En cas d'accident du travail, le plus facile consiste à appeler un
collègue ou, si l'on travaille à domicile, un membre de la famille ou
un voisin.
Les employeurs doivent savoir quelle est la conduite à tenir et qui
contacter en cas d'accident avec des produits dangereux.
Le cas échéant, des instructions claires indiquant ce qu'il y a lieu
de faire et les services à contacter en cas d'urgence ou d'accident
avec des produits chimiques dangereux seront affichées au mur,
accompagnées des numéros de téléphone des services d'urgence, des
services de santé, du centre antipoisons les plus proches, ou
d'instructions relatives à la manière de les contacter. Ces affiches
comporteront des figures et des instructions indiquant la marche à
suivre pour apporter les premiers secours et rechercher une aide
médicale une fois les premiers soins prodigués. Il appartient aux
employeurs de vérifier de temps à autre que ces procédures sont encore
valables et de se renseigner pour savoir, par exemple, si les
personnes à contacter sont toujours les mêmes.
Coopération entre employeurs et employés
Les employeurs, les employés et leurs représentants collaboreront
étroitement à l'application de ces consignes de sécurité. Les employés
doivent se soucier de leur propre santé et de leur propre sécurité en
suivant la formation et les instructions données par leurs employeurs,
en utilisant correctement le matériel et les vêtements protecteurs, et
en signalant immédiatement à leur supérieur toute situation pouvant
présenter un danger.
On informera les employés des dangers présentés par les produits
chimiques qu'ils utilisent et on leur apprendra à travailler de
manière à s'en préserver.
Précautions à prendre contre les morsures de serpents
Lorsque l'on rencontre un serpent, ce dernier cherchera en général à
fuir s'il en a l'occasion. Les serpents ne mordent que lorsqu'ils sont
surpris par un mouvement brusque et ne peuvent s'enfuir.
* Porter des chaussures à l'extérieur. De grandes bottes de cuir
offrent la meilleure protection dans les herbes hautes ou les
sous-bois. Porter des pantalons par-dessus les bottes (Fig. 12).
* Apprendre à reconnaître les serpents venimeux de la région et
leur habitat. La plupart vivent sur le sol, mais certains
évoluent dans les arbres ou les buissons. Se renseigner pour
savoir s'il y a des serpents qui crachent leur venin et comment
ils attaquent.
* Etre extrêmement prudent la nuit, car c'est le moment où de
nombreux serpents sont actifs. Recommander aux enfants de porter
des chaussures et de prendre une torche lorsqu'ils se déplacent
la nuit. Leur apprendre à ne pas déranger les serpents.
* Ne pas s'approcher d'un serpent. S'éloigner si c'est possible.
Autrement, ne pas faire de mouvements brusques.
* Ne pas toucher un serpent même s'il a l'air mort. Certains
serpents font le mort pour ne pas être attaqués.
* Ne pas retourner les pierres ni les branches mortes, et ne pas
mettre les mains ni les pieds dans des anfractuosités du sol.
Avant d'enjamber un tronc, s'assurer qu'il n'y a pas de serpent
de l'autre côté.
* Ne pas dormir à même le sol de peur de rouler sur un serpent en
dormant, ou d'en attirer un venu se réchauffer à votre contact.
Précautions à prendre contre les piqûres et les morsures d'insectes
(araignées et scorpions)
* Apprendre à reconnaître les insectes, chenilles, araignées et
scorpions venimeux de la région et leur habitat.
* Pour se protéger des piqûres d'abeille lorsque l'on travaille au
milieu des fleurs ou des fruits, porter des pantalons longs, des
chemises à manches longues et des gants, et se couvrir le plus
possible la tête et le visage (Fig. 13). Afin de ne pas attirer
les abeilles éviter de porter des vêtements très colorés avec des
motifs à fleurs, des bijoux, boutons ou boucles brillants,
d'utiliser du parfum, du savon ou du shampoing parfumés.
* Ne pas marcher pieds nus ni en sandales à l'extérieur.
* Ne pas toucher les insectes, chenilles, araignées, scorpions ou
scolopendres.
* Ne pas mettre les mains dans les feuilles mortes, les troncs
d'arbre pourris ni les anfractuosités dans lesquelles chenilles,
araignées, scorpions ou scolopendres peuvent être présents.
Précautions à prendre pour éviter de consommer des poissons venimeux,
des plantes ou des champignons vénéneux
* Rechercher quels sont les plantes et champignons vénéneux de la
région, et à quoi ils ressemblent. S'assurer de bien les
reconnaître --- certaines plantes, certains champignons et
poissons comestibles sont très difficiles à distinguer des
espèces dangereuses.
* Apprendre à préparer correctement les aliments. Certaines plantes
(comme le manioc) sont toxiques si elles ne sont pas préparées et
cuites correctement, et il y a des plantes et des poissons dont
certaines parties sont toxiques et ne doivent pas être
consommées.
* Si l'on prépare un poisson tropical, enlever la tête, la peau et
l'intestin rapidement, car ils peuvent contenir des quantités
importantes de substances toxiques.
* Ne pas acheter de champignons aux gens qui les vendent au bord
des routes.
* Ne pas manger un poisson qui n'est pas frais. Certains poissons
sont bons lorsqu'ils sont frais, mais deviennent toxiques s'ils
attendent.
Précautions à prendre pour éviter de consommer des aliments contaminés
par des microbes
* Une cuisine doit toujours être propre. Nettoyer régulièrement les
tables et autres plans de travail où sont préparés les aliments,
ainsi que les ustensiles de cuisine.
* Protéger les aliments en les recouvrant ou en les mettant dans
des boîtes ou des garde-manger (Fig. 14).
* Se laver soigneusement les mains à l'eau et au savon (propres)
avant de toucher ou de préparer des aliments. Toute coupure ou
égratignure aux doigts doit être recouverte d'un pansement
propre.
* Faire bouillir les assiettes et les couverts utilisés par des
malades avant que quelqu'un d'autre ne s'en resserve.
* Ne pas conserver des aliments longtemps à la chaleur. Ne pas
garder de restes s'il est impossible de les réfrigérer.
* Ne pas laisser les mouches ou autres insectes, les vers, rats ou
autres animaux avoir accès aux aliments. Ils portent des microbes
et transmettent des maladies.
* Ne pas laisser les aliments à la poussière; ne laisser personne
les toucher.
* Ne pas laisser traîner les restes de nourriture ni les plats
sales, car ils attirent les mouches et les microbes y
prolifèrent.
* Ne pas laisser traîner sur le sol des ustensiles propres.
* Ne pas consommer de viande crue ou mal cuite. Elle doit être bien
cuite.
* Ne pas consommer d'aliments trop vieux ou qui sentent mauvais.
* Jeter les boîtes de conserve qui ont gonfléou qui giclent et font
du bruit quand on les ouvre. Etre particulièrement prudent avec
les conserves de poisson.
CHAPITRE 4 Conduite à tenir en cas d'urgence
Objectifs
A la fin de ce chapitre, on doit être à même de:
1. Décider rapidement et dans le calme de ce qu'il y a lieu de faire
en cas d'urgence.
2. Vérifier qu'il n'y a pas de danger sur les lieux d'un accident,
d'un incendie ou d'une explosion et mettre en garde les personnes
présentes.
3. Savoir rapidement à quel moment il faut trouver de l'aide pour
secourir une personne intoxiquée par un gaz, ou piégée dans un
bâtiment en feu.
Lorsqu'une personne est intoxiquée, elle peut se sentir soudainement
très mal et avoir immédiatement besoin de soins. Lorsqu'on aide une
personne intoxiquée ou blessée lors d'un accident, un incendie ou une
explosion chimique, ou par de l'oxyde de carbone, il faut être
conscient des risques que l'on court, de façon à pouvoir se protéger
et mettre en garde les autres.
Surveillance des risques
Il peut y avoir risque d'intoxication:
-- dans une pièce ou un bâtiment mal aéréoù il y a un appareil de
chauffage ou une cuisinière à bois, au mazout ou au gaz;
-- dans un garage lorsqu'un moteur de voiture tourne;
-- dans un réservoir de produit chimique vide;
-- dans un entrepôt ou un silo à grains;
-- à proximité d'un feu ou d'une explosion de produits chimiques, ou
lorsqu'un gaz, un solide ou un liquide se répand ou fuit, en
particulier dans un puits, une tranchée ou une cave;
-- à l'intérieur d'un immeuble en feu. Le feu dégage de la fumée et
de l'air chaud qui endommagent les poumons si on les inhale et
des gaz toxiques, en particulier lorsque des produits chimiques
ou du plastique brûlent. Les gaz toxiques s'accumulent rapidement
dans un espace clos;
-- en cas de contact avec la peau ou les vêtements de personnes
contaminées par des produits très toxiques, tels que le cyanure
ou les pesticides organophosphorés.
Il peut également y avoir risque de blessure sur les lieux d'un
accident chimique. Par exemple, le danger peut être lié à la
circulation si l'accident s'est produit sur la voie publique, ou venir
de l'effondrement des bâtiments en cas d'incendie ou d'explosion.
Conduite à tenir en cas d'urgence
En cas d'urgence:
* Rester calme
* S'assurer que l'on va bien soi-même.
* Donner l'alarme et appeler à l'aide.
* Eloigner les victimes du danger.
* Donner les premiers secours.
Rester calme
Essayer de rester calme avant de s'approcher d'une victime ou d'un
accident. La plupart des gens sont effrayés s'ils sont blessés ou
soudainement malades. Rester calme permet de les rassurer. Agir
rapidement et calmement.
S'assurer que l'on va bien soi-même
Avant de faire quoi que ce soit, s'assurer que l'on va bien. En cas de
danger, se protéger pour ne pas être la prochaine victime, car il n'y
aura alors peut-être personne sur l'aide de qui compter.
Vérifier rapidement qu'il n'y a aucun risque de:
-- gaz, fumée ou vapeurs toxiques,
-- liquides toxiques,
-- incendie et bâtiments qui s'écroulent,
-- circulation.
Vérifier le sens du vent et rester à l'écart des endroits où des
fumées ou des vapeurs pourraient être emportées.
Donner l'alarme et appeler à l'aide
Si l'on est le premier sur les lieux d'un accident, crier pour
prévenir les personnes alentour du danger et leur dire d'appeler de
l'aide.
S'il y a plusieurs victimes, toujours crier à l'aide avant de faire
quoi que ce soit d'autre.
Si une infirmière, un médecin, un agent de santé ou un secouriste
habite ou travaille à proximité, envoyer quelqu'un le (la) chercher.
Eloigner la victime du danger, si c'est possible
Si la personne est inconsciente dans une pièce ou un bâtiment qui
risque d'être rempli de gaz toxique:
* Ouvrir la porte et les fenêtres de l'extérieur (en cassant les
vitres s'il le faut) pour aérer. Attendre quelques minutes que la
pièce soit bien aérée avant d'y pénétrer.
* Ne pas toucher aux interrupteurs électriques et ne laisser
personne entrer dans la pièce avec une cigarette allumée ou une
flamme nue. Cela pourrait provoquer une explosion.
Si quelqu'un est piégédans un bâtiment en feu:
* Ne pas y aller sans équipement respiratoire (dont il faut
connaître le maniement). Si l'on pénètre dans un bâtiment en feu
sans aucune protection contre les gaz et les fumées toxiques, on
risque de s'évanouir et de ne plus pouvoir ressortir. Un linge
mouillé sur la bouche et le nez ne constitue pas une protection
efficace.
Si quelqu'un gît inconscient au fond d'un réservoir vide:
* Envoyer de l'air dans le réservoir à l'aide d'un compresseur. Ne
pas pénétrer dans le réservoir tant que l'air qu'il contient n'a
pas été entièrement renouvelé.
* Si l'on ne peut renouveler l'air du réservoir à l'aide d'un
compresseur, ne pas pénétrer dedans, sauf si l'on porte un masque
respiratoire que l'on sait utiliser. Un sauveteur qui pénètre
dans le réservoir sans masque risque de perdre connaissance et de
ne plus pouvoir en ressortir.
Se protéger de l'intoxication qui pourrait survenir du fait d'un
contact avec la victime. Mettre des gants avant de toucher une
personne intoxiquée par du cyanure, des gaz lacrymogènes ou des
pesticides organophosphorés. Le poison présent sur sa peau ou ses
vêtements peut vous intoxiquer.
Donner les premiers secours
Prodiguer les premiers soins avant de bouger la victime, sauf s'il est
dangereux de rester sur place (voir chapitre 5).
S'il est impossible d'emmener immédiatement la victime chez un médecin
ou à l'hôpital, il faudra peut-être faire plus pour l'aider (voir
chapitre 9).
CHAPITRE 5 Premiers secours
Objectifs
A la fin de ce chapitre, on doit être à même de:
1. Voir si une personne:
--- est inconsciente,
--- ne respire plus,
--- n'a plus de battements cardiaques.
2. Décider dans chaque cas de ce qu'il faut faire et donner les
premiers secours.
3. Donner les premiers secours lorsque quelqu'un:
--- présente des convulsions,
--- a reçu un produit chimique dans les yeux,
--- a reçu un produit chimique sur la peau,
--- a été mordu ou piqué par un animal venimeux.
Les premiers secours sont les soins qu'une personne peut immédiatement
prodiguer en cas d'urgence médicale.
Ce chapitre peut aider à acquérir des notions de secourisme, mais il
faut un enseignement pratique des gestes à effectuer. Il est important
de voir la démonstration d'un bouche-à-bouche et d'un massage
cardiaque, puis de s'exercer sur un mannequin spécial d'entraînement
(modèle en grandeur réelle). Ne jamais s'exercer au massage cardiaque
sur quelqu'un d'autre, seulement sur un mannequin.
Il est dangereux de faire un massage cardiaque sans avoir été formé à
cela.
La victime d'une intoxication peut:
-- être inconsciente,
-- ne plus respirer,
-- ne plus avoir de battements cardiaques,
-- présenter des convulsions.
Elle a besoin de soins immédiats pour rétablir la respiration et
relancer le coeur.
Lorsque des substances chimiques ont été au contact de la peau ou des
yeux, elles peuvent provoquer des brûlures. En pareil cas, les
premiers soins consistent à rincer la substance chimique pour
l'éliminer. Cette dernière peut également pénétrer dans l'organisme et
entraîner une intoxication.
Les personnes qui ont été mordues ou piquées par un animal venimeux
ont besoin de soins; il faut:
-- retirer les dards, épines ou tentacules,
-- nettoyer la plaie et arrêter l'infection,
-- ralentir la diffusion du poison dans l'organisme.
Donner immédiatement les premiers soins
Des soins immédiats peuvent empêcher une intoxication grave et sauver
la vie de la victime. En cas d'arrêt cardio-respiratoire, la victime
mourra dans les quelques minutes qui suivent si on ne lui porte pas
secours.
Premiers secours en cas d'intoxication
Voici une liste des premiers gestes à accomplir. Chaque étape est
expliquée en détail plus loin. Les effectuer dans l'ordre donné. Agir
aussi vite que possible, mais dans le calme.
1. Vérifier si la personne est consciente.
2. Dégager les voies aériennes et s'assurer que l'air peut parvenir
jusqu'aux poumons.
3. Vérifier si elle respire.
4. Nettoyer la cavité buccale et dégager la gorge.
5. Faire un bouche-à-bouche.
6. Vérifier si le coeur bat.
7. S'il bat mais que la victime ne respire toujours pas, poursuivre
le bouche-à-bouche.
8. Si le coeur ne bat pas, pratiquer un massage cardiaque.
9. Si la victime respire mais reste inconsciente, la tourner dans la
position latérale de sécurité.
10. Le cas échéant, traiter les convulsions.
11. Si les yeux sont touchés, les rincer abondamment.
12. Retirer les vêtements contaminés et rincer les parties du corps
contaminées (peau, cheveux).
13. En cas de piqûre ou de morsure venimeuses, donner les premiers
secours.
Vérifier si la personne est consciente
Essayer de réveiller la victime. Lui crier: «Vous allez bien?» en lui
secouant légèrement les épaules, mais en faisant attention à ne pas
aggraver ses blessures (Fig. 15). Lui pincer la peau du cou et
observer son visage. Une personne qui n'est qu'endormie se réveillera,
mais une personne inconsciente non.
Dégager les voies aériennes
Les voies aériennes sont les conduits à travers lesquels passe l'air
pour parvenir jusqu'aux poumons. S'ils sont obstrués, la victime ne
peut respirer et l'air ne peut entrer ni sortir des poumons. Une
victime qui ne respire pas meurt dans les quatre minutes.
Chez un sujet inconscient, la langue peut obstruer la gorge et les
voies aériennes. S'assurer que celles-ci sont dégagées et que l'air
peut descendre dans la gorge (Fig. 16):
* Mettre la victime sur le dos.
* Basculer la tête en arrière et relever le menton entre le pouce
et l'index, tout en appuyant en arrière sur le front de l'autre
main (Fig. 17). Cela permet de dégager les voies aériennes et
empêche la langue d'obstruer la gorge.
Vérifier si la victime respire
Après avoir dégagé les voies aériennes, vérifier rapidement si la
victime respire (Fig. 18):
* Regarder si son ventre ou sa poitrine se soulèvent régulièrement.
* Palper sa poitrine pour voir si elle se soulève.
* Approcher la joue de son visage pour essayer de sentir son
souffle.
* Ecouter s'il y a des bruits respiratoires. Pour cela, mettre son
oreille tout près de la bouche de la victime.
Procéder à ces quatre vérifications. Se souvenir que la poitrine peut
se soulever et s'abaisser, même si la gorge est complètement obstruée
et que l'air ne pénètre pas dans les poumons.
L'arrêt respiratoire peut avoir diverses causes:
* Il y a quelque chose de coincé dans la gorge de la victime.
* La victime a la gorge obstruée par sa langue, du sang, des
crachats, des vomissures, des aliments ou des fausses dents (si
l'on a incliné la tête en arrière, ce n'est pas la langue qui
obstruera la gorge).
* La gorge est obstruée parce que la victime a avalé un poison qui
la lui a brûlée et fait enfler.
* La victime a été empoisonnée.
* Elle a reçu un coup violent sur la tête ou dans la poitrine.
* Elle a eu une crise cardiaque.
* Elle s'est presque noyée.
Nettoyer la cavité buccale et dégager la gorge
Si la victime ne respire pas après que vous lui ayez renversé la tête
en arrière, il se peut que quelque chose lui obstrue la gorge.
Lui tourner la tête sur le côté et passer un doigt au fond de sa
bouche et de sa gorge afin de retirer toute substance pouvant les
obstruer, par exemple, des vomissures (Fig. 19). Retirer les prothèses
dentaires (fausses dents).
Si la victime commence à respirer, la mettre dans la position latérale
de sécurité. Vérifier fréquemment le pouls et la respiration.
Si, pour une raison ou pour une autre, la victime ne respire toujours
pas, il faut immédiatement agir pour rétablir la respiration.
Faire un bouche-à-bouche
On peut rétablir la respiration en insufflant de l'air de ses propres
poumons dans les poumons de la victime par la bouche (bouche-à-bouche)
ou par le nez (bouche-à-nez).
* Ne pas faire le bouche-à-bouche si la victime respire encore.
S'il y a du poison sur les lèvres de la victime ou si des produits
corrosifs lui ont brûlé les lèvres et le menton, faire un
bouche-à-nez. Insuffler de l'air par le nez (voir Fig. 20). On peut
recouvrir la bouche de la victime d'un tissu pour se protéger les
lèvres ou les mains.
Bouche-à-bouche et bouche-à-nez chez un adulte:
1. La victime étant étendue à plat sur le dos, lui nettoyer la
bouche. S'agenouiller à côté de sa tête.
2. Lui renverser la tête en arrière.
3. D'une main, lui pincer le nez. De l'autre, lui ouvrir la bouche
(Fig. 21). Ne pas appuyer sur le cou. Pour le bouche-à-nez,
fermer la bouche de la victime avec le pouce.
4. Inspirer profondément. Recouvrir de ses propres lèvres la bouche
de la victime et expirer doucement et régulièrement de façon que
tout l'air expiré aille dans sa bouche. Expirer avec force pour
remplir sa cage thoracique (voir Fig. 22). Vérifier que sa
poitrine se soulève. Pour le bouche-à-nez, appliquer les lèvres
sur le nez de la victime (voir ci-dessus).
5. S'écarter pour que la victime puisse expirer et pour prendre une
nouvelle inspiration. Tourner la tête, attendre que la poitrine
s'abaisse, sentir l'air expiré en approchant la joue et écouter
le bruit de l'expiration (voir Fig. 23). Pour le bouche-à-nez, il
faut ouvrir la bouche de la victime pour laisser l'air
s'échapper.
6. Prendre une nouvelle inspiration. Après avoir laissé la poitrine
s'abaisser, insuffler à nouveau de l'air dans la bouche (ou le
nez) de la victime et la regarder à nouveau expirer. Vérifier
ensuite que son coeur bat.
Si la cage thoracique ne se soulève pas chaque fois que l'on insuffle
de l'air et qu'on ne sent ni n'entend la victime expirer, soit les
voies aériennes sont obstruées, soit l'air insufflé ne parvient pas
dans les poumons. Vérifier que la tête de la victime est bien basculée
en arrière et dégager à nouveau les voies aériennes. S'assurer qu'une
partie de l'air qu'on insuffle dans la bouche (ou le nez) de la
victime ne s'échappe pas.
Bouche-à-bouche chez un enfant ou un bébé
Dégager les voies aériennes de la même façon que chez l'adulte, mais
sans renverser la tête trop en arrière pour ne pas provoquer une
coudure des voies aériennes.
Si quelque chose obstrue la gorge, le retirer soigneusement, mais ne
pas passer le doigt dans la bouche d'un bébé si l'on ne voit rien.
Autrement, si la gorge est enflée à cause d'une infection, cela risque
d'aggraver le problème.
Ne pas pincer le nez. Recouvrir de ses lèvres le nez et la bouche de
la victime (Fig. 24). Expirer doucement, juste assez pour soulever la
cage thoracique de l'enfant. Pour un petit bébé, n'insuffler que de
toutes petites bouffées. Ne pas insuffler l'air brutalement car cela
risque de provoquer des lésions. Insuffler de l'air toutes les 3
secondes.
Vérifier si le coeur bat
Rechercher le pouls au niveau du cou, dans le creux situé entre le
larynx et le muscle (pouls carotidien). Mettre deux doigts sur la
pomme d'Adam et les faire glisser dans le sillon situé sous la
mâchoire (voir Fig. 25). Les y laisser pendant au moins cinq secondes
pour voir si l'on perçoit un pouls.
Dans le cas contraire, cela signifie que le coeur s'est arrêté. C'est
ce qu'on appelle un arrêt cardiaque. La victime est inconsciente et a
probablement les pupilles dilatées. Si elle est de race blanche, elle
a probablement le teint bleu-gris. S'il s'agit d'une personne à la
peau noire ou brune, rechercher une coloration bleue des ongles, des
lèvres et de la partie interne des paupières inférieures. Si le coeur
s'arrête, la respiration va également s'arrêter et la victime aura
besoin d'un massage cardiaque et d'un bouche-à-bouche.
Si le coeur bat, mais que la victime ne respire toujours pas,
poursuivre le bouche-à-bouche.
Prendre une profonde inspiration et insuffler de l'air toutes les 5
secondes jusqu'à ce que la personne commence à respirer sans aide.
Cela peut parfois prendre plus d'une heure.
Si la victime a inhalé un gaz irritant, sa bouche et sa gorge peuvent
être remplies de mousse. On ne peut éliminer celle-ci avec les doigts,
il est donc inutile de perdre du temps à essayer de le faire. Comme
cette mousse est constituée de bulles d'air, tout ce qu'on peut faire
pour que l'air circule est de la pousser dans les poumons. Il faut
donc insuffler de l'air comme d'habitude.
Lorsque la victime commence à respirer, la tourner dans la position
latérale de sécurité. Il peut arriver qu'elle vomisse et, dans cette
position, les vomissures ne risquent pas de lui obstruer la gorge.
Laisser les vomissures sortir et les retirer de la bouche avec le
doigt.
Surveiller attentivement la victime au cas où elle arrêterait à
nouveau de respirer. En pareil cas, la remettre sur le dos et
reprendre le bouche-à-bouche.
Si le coeur ne bat pas, pratiquer un massage cardiaque
Si l'on ne sent pas le pouls carotidien, il faut essayer de relancer
le coeur en pratiquant un massage cardiaque (voir plus loin).
Le massage cardiaque (ou compression thoracique) consiste à appuyer
sur le coeur pour en faire sortir le sang et aider ce dernier à
circuler dans l'organisme. Cela peut permettre au coeur de repartir.
Il n'est efficace que si la victime est allongée sur une surface dure.
S'il n'y a pas de battement de coeur, le sujet aura arrêté de
respirer. Toujours commencer par le bouche-à-bouche et pratiquer le
massage cardiaque ensuite.
Ne pas pratiquer de massage cardiaque si le coeur bat, même
faiblement. Dès que l'on sent le pouls carotidien, arrêter
immédiatement, mais en poursuivant le bouche-à-bouche si la victime ne
respire toujours pas.
Massage cardiaque chez un adulte
1. Vérifier qu'il n'y a aucun battement de coeur.
2. Allonger la victime sur le dos sur une surface dure.
S'agenouiller à son côté au niveau de la poitrine.
3. Rechercher la bonne position des mains. Palper le bord inférieur
des côtes. Le suivre vers le haut jusqu'au sternum où les côtes
se rejoignent. Poser le majeur à la base du sternum et l'index
juste à côté (Fig. 26), puis poser la base de la paume de l'autre
main sur le sternum à côté des deux doigts, au milieu de la cage
thoracique (Fig. 27).
4. Recouvrir cette main avec la paume de la première et croiser les
doigts fermement sans qu'ils reposent sur la poitrine (Fig. 28).
Se soulever pour avoir les épaules au-dessus de la poitrine de la
victime et garder les bras bien tendus.
5. Appuyer sur la moitié inférieure du sternum en l'enfonçant de 4-5
cm, en gardant les bras tendus. Relâcher ensuite la pression.
Tout en comptant «un et deux et trois et...», imprimer 15
pressions au rythme des chiffres égrenés (80 pressions par
minute). Le faire régulièrement et doucement, sans à - coup.
6. Ne pas oublier qu'il faut à la fois un bouche-à-bouche et un
massage cardiaque. Au bout de 15 pressions, faire basculer la
tête de la victime en arrière, appliquer sa propre bouche sur
celle de la victime et lui insuffler deux bouffées d'air.
7. Effectuer à nouveau 15 pressions suivies de deux respirations
complètes. Vérifier les battements de coeur au bout d'une minute,
puis de 3 minutes ou de 12 cycles. Dès qu'on perçoit à nouveau
les battements, arrêter le massage. La victime reprend alors des
couleurs plus normales et ses pupilles redeviennent normales.
8. Poursuivre le bouche-à-bouche à raison de 12 respirations par
minute jusqu'à ce que la victime respire sans aide. Il peut
falloir un certain temps pour cela, même une fois le coeur
relancé. Lorsque la victime respire à nouveau seule, la mettre
dans la position latérale de sécurité.
Si l'on est deux, demander à l'autre personne de faire le
bouche-à-bouche pendant que l'on pratique le massage cardiaque (Fig.
29). Il faut que l'autre personne s'agenouille face à vous près de la
tête de la victime. Elle doit insuffler deux fois de l'air et vérifier
s'il y a un battement cardiaque. S'il n'y en a pas, appliquer cinq
pressions sur la poitrine. Poursuivre, l'autre personne insufflant une
fois de l'air dans les poumons et vous cinq pressions sur la poitrine.
Vérifier s'il y a des battements cardiaques au bout d'une minute, puis
toutes les trois minutes ou tous les 12 cycles.
Massage cardiaque chez l'enfant et le nourrisson
Le meilleur endroit pour sentir le pouls chez un jeune enfant ou un
nourrisson est à la partie interne du bras. Le pouce étant à
l'extérieur du bras, appuyer l'index et le majeur dans le sillon situé