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    PROGRAMME INTERNATIONAL SUR LA SÉCURITÉ CHIMIQUE



    PRISE EN CHARGE
    DES INTOXICATIONS


    Manuel de l'agent de santé

    J. A. Henry
    H. M. Wiseman



    Medical Toxicology Unit
    Guy's and St Thomas'
    Hospital Trust
    Londres, Angleterre




    Organisation mondiale de la Santé
    Genève
    1998

    Catalogage à la source: Bibliothèque de l'OMS
    Henry, J. A.
    Prise en charge des intoxications: manuel de l'agent de santé/J. A.
    Henry, H. M. Wiseman.

    1. Toxicologie --- 2. Toxiques --- 3. Intoxication --- prévention &
    contrôle 4. Intoxication --- thérapeutique 5. Manuel I. Wiseman, H. M.
    II. Title

    ISBN 92 4 254481 7 (Classification NLM: QV600)


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    se fera un plaisir de fournir les renseignements les plus récents sur
    les changements apportés au texte, les nouvelles éditions prévues et
    les réimpressions et traductions déjà disponibles.

    (c) Organisation mondiale de la Santé , 1998
    Illustrations (c) Picthall & Gunzi 1998

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    déposé.

    Table des matières

    Préface
    Remerciements 
    Introduction 
         Comment utiliser ce manuel 
         Centres antipoisons et programmes de lutte contre les
         intoxications 

    Partie 1. Poisons et intoxications: généralités 

         1.   Poisons et intoxications 
              Objectifs 
              Qu'est-ce qu'un poison? 
              Exposition à un poison 
              Mode de pénétration d'un poison dans l'organisme 
              Ce qui se passe lorsqu'un poison pénètre dans l'organisme 
              Effets des poisons 
              Survenue des effets généraux 

         2.   Circonstances dans lesquelles surviennent les intoxications
              Objectifs 
              Intoxications accidentelles 
              Intoxication volontaire 
              Empoisonnement délibéré de tiers 
              Intoxications alimentaires 
              Intoxications médicamenteuses 
              Toxicomanies et abus 
              Utilité et danger des substances chimiques 

         3.   Prévention des intoxications 
              Objectifs 
              Comment aider les gens à assurer la sécurité à domicile, sur
              les lieux de travail et dans la communauté?
              Que peut-on faire pour prévenir les intoxications?
              La sécurité à domicile 
              Prévention des intoxications par les pesticides
              Ce que peuvent faire les employeurs pour éviter les
              intoxications professionnelles
              Précautions à prendre contre les morsures de serpents 
              Précautions à prendre contre les piqûres et les morsures
              d'insectes (araignées et scorpions) 
              Précautions à prendre pour éviter de consommer des poissons
              venimeux, des plantes ou des champignons vénéneux 
              Précautions à prendre pour éviter de consommer des aliments
              contaminés par des microbes 

         4.   Conduite à tenir en cas d'urgence 
              Objectifs 
              Surveillance des risques 
              Conduite à tenir en cas d'urgence 

         5.   Premiers secours 
              Objectifs 
              Donner immédiatement les premiers soins 
              Premiers secours en cas d'intoxication 
              Traitement des piqûres et morsures d'animaux venimeux par
              des remèdes traditionnels 
         6.   Recherche d'une aide médicale 
              Objectifs 
              A moins de deux heures d'un hôpital 
              Loin d'un hôpital 
              En l'absence d'une aide médicale rapide 
              Transport de la victime à l'hôpital 
              Ce qu'il faut faire après avoir lu ce chapitre 

         7.   Examen de la victime 
              Objectifs 
              Signes et symptômes 
              Ce que l'examen ne peut révéler 
              La victime ne présente aucun signe ni symptôme 
              Comment procéder à l'examen d'une victime et reconnaître les
              signes et symptômes qu'elle présente 
              Tableaux de signes et de symptômes 

         8.   Retracer la suite des événements 
              Objectifs 
              Interroger les gens 
              Rechercher le poison ou des indices permettant de retracer
              la suite des événements 
              Ce qu'il y a lieu de faire ensuite 

         9.   Prise en charge des intoxications en dehors de l'hôpital 
              Objectifs 
              Ce qu'il faut faire en cas d'ingestion d'un poison 
              Comment empêcher le poison de parvenir jusqu'à la
              circulation sanguine 
              Provoquer les vomissements 
              Administration de charbon activé 
              Administration d'un laxatif 
              Prise en charge d'un sujet très malade 

         10.  Médicaments et matériel
              La trousse de premier secours
              Médicaments 
              Matériel de premiers secours 

    Partie 2. Poisons: caractéristiques

         Introduction
              Renseignements figurant dans chaque section 

         Pesticides 
              Arsenic et produits contenant de l'arsenic 
              Chlorate de sodium 
              Désherbants au chlorophénoxyacétate 
              Dinitro- o-crésol (DNOC), dinitrophénol, dinoseb et
              pentachlorophénol 
              Insecticides à base de pyréthrines et de pyréthrinoïdes 
              Insecticides organophosphorés et carbamates 
              Métaldéhyde 
              Paraquat 
              Pesticides organochlorés 
              Phénol et substances apparentées 
              Phosphure d'aluminium et phosphure de zinc 
              Raticides 
              Répulsifs contre les insectes 
              Strychnine 
              Thallium 
              Warfarine et autres pesticides ayant un effet anticoagulant 

         Substances chimiques à usage domestique et professionnel 
              Benzène, tétrachloro-éthylène, toluène, trichloro-éthane,
              trichloréthylène et xylène 
              Borax, acide borique et perborate de sodium 
              Colle 
              Cosmétiques et produits de toilette 
              Cyanures 
              Désinfectants et antiseptiques 
              Désodorisants d'ambiance, blocs désodorisants et boules
              antimites 
              Distillats de pétrole 
              Essences volatiles 
              Ethanol et isopropanol 
              Ethylèneglycol et méthanol 
              Oxyde de carbone 
              Phosgène 
              Piles miniaturisées 
              Plomb 
              Pulvérisateurs d'aérosols 
              Savon et détergents 
              Substances caustiques et corrosives 
              Tabac 
              Tétrachlorure de carbone 
              Produits habituellement peu dangereux 

         Médicaments 
              Acide acétylsalicylique, salicylate de choline, salicylate
              de méthyle, acide salicylique 
              Amphétamines, atropiniques, antihistaminiques, cocaïne,
              éphédrine et pseudoéphédrine 
              Aminophylline et théophylline 
              Barbituriques, médicaments de type chlorpromazine,
              médicaments de type diazépam et méprobamate 
              Carbamazépine, phénytoïne et acide valproïque 

              Carbonate de lithium 
              Colchicine 
              Contraceptifs oraux 
              Dapsone 
              Digitaline, digitoxine et digoxine 
              Hydroxyde de magnésium, sulfate de magnésium,
              phénolphthaléine et séné 
              Ibuprofène 
              Insuline et médicaments de type chlorpropamide 
              Isocarboxazide, phénelzine et tranylcypromine 
              Isoniazide 
              Médicaments de type amitriptyline, chloroquine, quinidine et
              quinine 
              Médicaments contenant du fer 
              Opiacés 
              Paracétamol 
              Pénicilline et tétracycline (antibiotiques) 
              Proguanil 
              Rifampicine 
              Salbutamol 
              Trinitrine, hydralazine et médicaments de type propranolol

         Plantes, animaux et toxines naturelles 
              Plantes contenant de l'atropine 
              Cannabis 
              Plantes irritantes 
              Lauriers roses 
              Haricots ornementaux 
              Champignons 
              Serpents 
              Araignées 
              Poissons venimeux 
              Toxi-infections alimentaires par les poissons et fruits de
              mer 

         Glossaire 

         Index 
    

    Préface

    Ce manuel répond à deux objectifs principaux: informer les gens vivant
    dans des régions rurales, loin de toute aide médicale, de la conduite
    à tenir en cas d'intoxication et proposer des moyens de prévention au
    sein de la communauté.

    Il a été rédigé à l'intention des personnes qui, n'ayant que peu ou
    pas de formation médicale, peuvent être amenées à être les premières
    en contact avec un sujet intoxiqué, à savoir les agents de santé
    communautaires, les secouristes ou les cadres travaillant dans des
    communautés rurales. Certains renseignements ont été ajoutés à
    l'intention des médecins qui, ayant une expérience de la clinique et
    des méthodes diagnostiques, travaillent dans les postes et les centres
    de santé ruraux et peuvent à ce titre disposer de certains instruments
    médicaux et médicaments.

    Ce manuel se veut un ouvrage de référence pratique en cas d'urgence.
    Il peut également servir aux personnes chargées de former les agents
    de santé communautaires et autres intervenants à des gestes pratiques
    tels que le bouche-à-bouche et le massage cardiaque, gestes qui ne
    s'acquièrent qu'avec la pratique sous la supervision d'une personne
    qualifiée. Il devrait également être utile aux étudiants en médecine,
    aux infirmières et au personnel paramédical.

    Cet ouvrage sera d'autant plus utile qu'il sera traduit dans
    différentes langues et adapté aux diverses situations locales en
    fonction des responsabilités confiées aux agents de santé
    communautaires (autorisés ou non, par exemple, à pratiquer des
    injections); des fonctions des centres de santé locaux et des médecins
    des hôpitaux ruraux; des médicaments disponibles et des problèmes
    particuliers qui se posent dans chaque région.

    On ne s'est pas attardé ici sur les intoxications chroniques, souvent
    causées par l'emploi de produits chimiques dans le cadre
    professionnel. Les lecteurs qui veulent en savoir plus sur ces
    intoxications devront se reporter à un ouvrage traitant de la santé en
    milieu professionnel (médecine du travail).

    Public auquel ce manuel s'adresse

     Agents de santé communautaires. L'agent de santé communautaire sait
    en général lire, écrire et résoudre des problèmes arithmétiques
    simples; sa formation de base lui permet de:

    --   donner les premiers secours,
    --   prendre la température,
    --   prendre le pouls,
    --   dispenser des médicaments.

    Les agents de santé communautaires peuvent également être formés à la
    pratique des injections intramusculaires et sous-cutanées.

     Secouristes. Les secouristes sont entraînés à porter secours aux
    gens en difficulté et à apporter une aide immédiate aux victimes
    d'accidents en attendant qu'un agent de soins de santé qualifié puisse
    prendre le relais. Les personnes susceptibles d'être présentes les
    premières sur les lieux d'un accident, telles que les employés d'une
    entreprise, les pompiers, ou les agents de police, ont souvent un
    diplôme de secouriste.

     Cadres sans qualification médicale. De nombreux cadres ayant fait
    des études supérieures tels que les enseignants, les agronomes, les
    pharmaciens, les scientifiques et les techniciens, connaissent les
    usages et les effets des substances chimiques. Dans les communautés où
    il n'y a pas de médecin, ils sont parfois les seuls à avoir des
    connaissances sur les substances chimiques et les poisons. Ils peuvent
    donc être amenés à être les premiers sur les lieux d'un accident ou à
    être appelés auprès de personnes dont on pense qu'elles ont été
    intoxiquées. Ils doivent connaître la conduite à tenir en cas
    d'intoxication par les pesticides, les médicaments, les produits
    ménagers et autres substances. Ils doivent également être en mesure de
    conseiller les gens sur la manière d'éviter toute intoxication.

    Dans certains pays, les cadres sans formation médicale peuvent suivre
    des cours organisés par les centres antipoisons afin d'apprendre les
    gestes à effectuer en cas d'urgence.

     Infirmières, étudiants en médecine et personnel paramédical. Cet
    ouvrage peut leur servir de manuel pratique ou de manuel de formation.

     Médecins. Certains renseignements ont été mentionnés expressément à
    l'intention des médecins qui travaillent dans les dispensaires et les
    centres de santé ruraux et disposent à ce titre de certains
    instruments médicaux et de médicaments. Ces renseignements figurent
    dans des encadrés qui les isolent du corps du texte. Le détail des
    traitements médicaux qui ne peuvent être administrés qu'en milieu
    hospitalier n'y est pas précisé.

    Remerciements

    Ce manuel a été préparé sur recommandation d'un groupe d'experts réuni
    par le Programme international sur la Sécurité chimique (PISC)1 en
    février 1987. Un avant-projet a été préparé par le Dr J. A. Henry et
    MmeH. M. Wiseman et revu par un certain nombre d'experts qui ont
    apporté leurs observations, en particulier le Dr E. Fogel de Korc
    (Montevideo, Uruguay), le Dr G. R. Gardiner, Le Dr J. Jackson et M. W.
    Tardoir (Bruxelles, Belgique), ainsi que par des collègues du Registre
    international des Substances chimiques potentiellement toxiques
    (RISCPT) du PNUE et du service de la Sécurité et de la Santé au
    travail du BIT. Le groupe de rédaction réuni par le PISC pour examiner
    le texte, était constitué des personnes suivantes: le Dr J.-C. Berger
    (Luxembourg), le Dr N. Besbelli (Ankara, Turquie), le Professeur M.
    Ellenhorn (Los Angeles, Etats-Unis d'Amérique), le Professeur B. Fahim
    (Le Caire, Egypte), le Dr Sming Kaojarern (Bangkok, Thaïlande), le
    Professeur A. Furtado Rahde (Porto Alegre, Brésil), le Dr N. N.
    Sabapathy (Fernhurst, Angleterre), le Professeur A. N. P. van Heijst
    (Utrecht, Pays-Bas), et le Dr A. David (BIT). Le texte de ce manuel a
    été testé lors d'un atelier du PISC qui s'est tenu a Harare, au
    Zimbabwe du 28 janvier au 1 er février 1991, puis dans deux ateliers
    de formation organisés par la suite au Zimbabwe. Certaines parties de
    ce texte ont également été examinées lors d'un atelier du PISC qui
    s'est tenu à Dakar, Sénégal, du 24 au 27 janvier 1995. En ce qui
    concerne le PISC, c'est le Dr J. Pronczuk de Garbino qui a apporté les
    modifications d'ordre rédactionnel et le Dr J. A. Haines qui a
    coordonné le travail.

    Le manuel de premiers secours des Joint Voluntary Aid Societies du
    Royaume-Uni et les publications de la Global Crop Protection
    Federation ont été particulièrement utiles pour la préparation de
    l'avant-projet. Le soutien financier apporté au PISC par le Department
    of Health du Royaume-Uni, a permis de réaliser l'avant-projet et
    d'organiser les réunions du groupe de rédaction. Les illustrations ont
    été préparé es par Picthall & Gunzi, Londres.

                   

    1  Le PISC est un projet de coopération entre l'Organisation
         mondiale de la Santé (OMS), le Bureau international du Travail
         (BIT) et le Programme des Nations Unies pour l'Environnement
         (PNUE). L'OMS est l'agent d'exécution du programme, qui vise à
         fournir aux pays une base de données scientifiques évalué es au
         plan international afin qu'ils mettent en place leurs propres
         mesures de sécurité chimique et qu'ils renforcent les moyens
         d'action nationaux pour la prévention et le traitement des effets
         nocifs des substances chimiques et la gestion des situations
         d'urgence.

    Introduction

    Comment utiliser ce manuel

    Ce manuel est constitué de deux parties. Dans la Partie 1 on trouvera
    des renseignements d'ordre général sur les poisons et les
    intoxications, sur la façon dont les intoxications se produisent et
    sur ce qu'il y a lieu de faire pour les prévenir. Elle comporte
    également des indications sur la manière de traiter les urgences. Dans
    la Partie 2 on trouvera des renseignements précis sur les effets de
    l'intoxication par divers pesticides, médicaments, produits ménagers,
    plantes vénéneuses et animaux venimeux et des indications sur la
    conduite à tenir lorsqu'on pense être en présence d'un cas
    d'intoxication. On y trouvera également un glossaire et un index.

    Pour être prêt en cas d'urgence

    1.   Disposer d'une trousse de premiers secours, comme celle
         recommandée au chapitre 10, à domicile, dans la communauté ou sur
         le lieu de travail.

    2.   Etudier ce manuel avant d'en avoir besoin, en particulier les
         chapitres 4 à 9 de la Partie 1, qui indiquent la conduite à tenir
         en cas d'intoxication.

    3.   S'exercer à pratiquer certains gestes de premiers secours, de
         façon à savoir ce qu'il y a lieu de faire en cas d'urgence.

    Recherche d'une substance chimique, d'une plante ou d'un animal

    En cas d'intoxication, se reporter à la Partie 2. Rechercher dans
    l'index figurant à la fin du manuel le médicament, le produit
    chimique, la plante ou l'animal qui semble être à l'origine de
    l'intoxication.

    Renseignements destinés aux médecins

    Dans le chapitre 5, «Premiers secours» et le chapitre 9 «Prise en
    charge des intoxications en dehors de l'hôpital», ainsi que dans la
    Partie 2, le texte est parsemé d'encadrés. Les renseignements qui y
    figurent sont destinés aux médecins.

    Si vous ne comprenez pas la signification de certains mots utilisés
    dans cet ouvrage

    Rechercher le mot dans le glossaire (le vocabulaire médical figurant
    dans les encadrés destinés aux médecins n'y est pas expliqué).

    Centres antipoisons et programmes de lutte contre les intoxications Il
    existe dans beaucoup de pays des centres antipoisons qui donnent des
    conseils sur le traitement et la prévention des intoxications. Ils
    disposent de renseignements sur les médicaments, les pesticides, les
    plantes vénéneuses, les animaux venimeux, les produits ménagers et les
    substances chimiques employées dans le cadre professionnel. Le médecin
    du centre antipoison peut vous indiquer la conduite à tenir lorsque
    quelqu'un a ingéré ou respiré une substance toxique, ou en a reçu des
    projections sur la peau ou dans les yeux.

    La plupart des centres antipoisons peuvent être contactés 24 heures
    sur 24 par téléphone ou, dans certains pays, par radio. Ils disposent
    parfois d'antidotes particuliers (par exemple, sérums antivenimeux
    contre les serpents ou les araignées). Certains d'entre eux disposent
    de lits d'hôpital où ils peuvent traiter les sujets intoxiqués.

    Dans beaucoup de pays, d'autres institutions collaborent avec les
    centres antipoisons dans le cadre de programmes nationaux de lutte
    contre les intoxications, afin d'améliorer la prise en charge et la
    prévention de ces dernières. On peut citer:

    --   les hôpitaux et autres établissements dans lesquels les sujets
         intoxiqués sont traités;
    --   les organismes qui recueillent des informations sur les
         intoxications;
    --   les entreprises qui fabriquent ou utilisent des substances
         pouvant provoquer des intoxications;
    --   les instances gouvernementales qui contrôlent l'utilisation des
         substances chimiques dans le pays;
    --   les universités et les établissements d'enseignement supérieur
         qui dispensent des cours sur les intoxications aux médecins et
         autres personnes intéressées.

    On trouvera au dos de ce manuel un espace dans lequel inscrire les
    noms et adresses des organismes susceptibles d'apporter leur aide en
    cas d'intoxication, ou de donner des conseils en matière de prévention
    des intoxications.

    PARTIE 1  Poisons et intoxications: généralités

    CHAPITRE 1  Poisons et intoxications

    Objectifs

    A la fin de ce chapitre, on doit être à même de :

    1.   Savoir ce qu'est un poison.

    2.   Savoir ce que l'on entend par intoxication locale et intoxication
         générale. Comprendre de quelle façon un poison peut pénétrer dans
         l'organisme et être capable de reconnaître les situations dans
         lesquelles une intoxication est susceptible de se produire.

    3.   Savoir ce que l'on entend par intoxication aiguë et intoxication
         chronique et être capable d'expliquer aux gens qu'une exposition
         continue à de faibles quantités de substance toxique pendant
         plusieurs jours, semaines ou mois, peut être dangereuse, même
         s'ils n'en ressentent pas immédiatement les effets nocifs.

    4.   Pouvoir expliquer aux gens que prendre trop d'un médicament peut
         être dangereux.

    5.   Pouvoir expliquer aux gens pourquoi il est important de faire
         attention lorsqu'on manipule des produits dangereux et pourquoi
         il est important de rincer le plus vite possible toute substance
         toxique ayant été en contact avec la peau.

    6.   Pouvoir expliquer pourquoi les distillats de pétrole, tel le
         pétrole lampant, sont nocifs si on les avale.

    7.   Comprendre comment l'on peut aider des personnes ayant avalé un
         poison en les faisant vomir ou en leur donnant du charbon activé.

    8.   Savoir que les sujets très âgés, très jeunes ou en mauvaise santé
         sont plus exposés aux dangers des poisons.

    9.   Savoir pourquoi une personne ayant été exposée à un poison peut
         sembler ne pas être incommodée et pourquoi il est souvent bon de
         la garder en observation pendant 12 à 24 heures après
         l'exposition, même si elle semble en bonne santé.

    Qu'est-ce qu'un poison?

    Un poison est une substance qui provoque des effets nocifs lorsqu'elle
    pénètre dans l'organisme. Ces effets peuvent être bénins (par exemple,
    maux de tête ou nausées), graves (par exemple, convulsions ou très
    forte fièvre), ou mortels.

    Pratiquement n'importe quelle substance chimique peut être toxique si
    elle pénètre en quantité suffisante dans l'organisme. Certaines sont
    dangereuses en très petite quantité (par exemple, l'ingestion d'une
    cuillerée de produit toxique ou la faible quantité de venin injectée
    par un serpent); d'autres ne sont dangereuses qu'en grande quantité
    (par exemple, plusieurs tasses d'un produit).

    La quantité de substance qui pénètre dans l'organisme à un moment
    donné est appelée dose. Une dose de substance qui provoque une
    intoxication est une dose toxique. La plus petite quantité de
    substance ayant un effet toxique est appelée dose seuil. Si la
    quantité de substance ayant pénétré dans l'organisme est inférieure à
    la dose seuil, elle ne provoquera pas d'intoxication et peut même
    avoir des effets bénéfiques. Par exemple, les médicaments ont des
    effets bénéfiques si on les prend à la bonne dose, mais certains
    d'entre eux peuvent être toxiques si l'on en prend trop.

    Exposition à un poison

    Lorsque des personnes sont en contact avec un poison, on dit qu'elles
    y sont exposées. L'effet de l'exposition dépend d'une part de la durée
    du contact et de la quantité de substance ayant pénétré dans
    l'organisme et de l'autre, de la quantité de substance que l'organisme
    peut éliminer au cours de cette période.

    L'exposition peut n'avoir lieu qu'une fois ou se produire à de
    nombreuses reprises.

     L'exposition aiguë est un contact unique de quelques secondes,
    minutes ou heures, ou une succession d'expositions au cours d'une
    journée tout au plus.

     L'exposition chronique est un contact de plusieurs jours, mois ou
    années. Elle peut être continue ou interrompue par des périodes
    pendant lesquelles il n'y a aucun contact. Par exemple, il y a
    exposition discontinue dans le cadre professionnel.

    L'exposition chronique à de petites quantités de substance toxique
    peut ne provoquer aucun signe ni symptôme au début. Il faut parfois
    des jours ou des mois avant qu'il y ait suffisamment de substance
    toxique dans l'organisme pour entraîner une intoxication. Par exemple,
    une personne peut employer un pesticide tous les jours. Chaque jour,
    elle ne sera exposée qu'à une faible quantité de pesticide, mais peu à
    peu le pesticide s'accumulera dans l'organisme jusqu'à atteindre la
    dose toxique. C'est à ce moment-là que la personne commencera à se
    sentir mal.

    Mode de pénétration d'un poison dans l'organisme

    Le mode de pénétration d'un poison dans l'organisme est appelé 
     type d'exposition ou voie d'absorption. La quantité de poison qui
    pénètre dans la circulation sanguine au cours d'une durée donnée
    dépend de cette voie.

    Par la bouche en cas d'ingestion

    La plupart des intoxications se produisent ainsi. Il arrive souvent
    que de jeunes enfants avalent des poisons accidentellement; les
    adultes qui veulent s'empoisonner les ingèrent eux délibérément. Si,
    après avoir manipulé des substances toxiques, les gens mangent,
    boivent ou fument sans s'être lavés les mains, ils peuvent en ingérer
    accidentellement. C'est une cause fréquente d'intoxication par les
    pesticides.

    Lorsqu'elles sont ingérées, les substances toxiques vont dans
    l'estomac (Fig. 1). Certaines d'entre elles traversent la paroi
    intestinale et vont dans la circulation sanguine. Plus la durée
    pendant laquelle une substance toxique reste dans l'intestin est
    longue, plus la quantité qui pénétrera dans la circulation sanguine
    sera importante et plus l'intoxication sera grave.

    FIGURE 1

    Si une personne vomit peu après avoir ingéré un poison, ce dernier
    sera peutêtre expulsé avant d'atteindre une dose toxique dans le sang.
    Donc, si la personne ne vomit pas immédiatement, il est parfois utile
    de la faire vomir. Il existe deux autres façons d'empêcher les poisons
    de passer dans la circulation sanguine: 1) administrer du charbon
    activé car il se fixe à certains poisons et les empêche de traverser
    la paroi intestinale; ou 2) administrer des laxatifs pour accélérer le
    transit intestinal et éliminer la substance toxique plus rapidement.
    Le chapitre 9 indique les situations dans lesquelles il est utile de
    faire vomir un malade, de lui donner du charbon activé ou un laxatif
    et celles où au contraire cela peut être dangereux.

    Les poisons qui ne traversent pas la paroi intestinale ne parviennent
    pas dans la circulation sanguine et ne peuvent donc pas entraîner
    d'intoxication générale. Ils parcourent l'intestin et quittent
    l'organisme dans les selles. Par exemple, le mercure métallique ne
    peut traverser la paroi intestinale. En cas d'ingestion, le mercure
    d'un thermomètre sera éliminé dans les selles, sans entraîner
    d'intoxication.

    Par les poumons en cas d'inhalation par la bouche et le nez

    Les gaz, vapeurs, poussières, fumées ou aérosols toxiques peuvent être
    inhalés par la bouche et le nez et pénétrer dans les voies aériennes
    jusqu'aux poumons (Fig. 2). Seules les particules trop petites pour
    être vues peuvent pénétrer dans les poumons. Les particules plus
    grosses sont piégées dans la bouche, la gorge et le nez et peuvent
    être ingérées. On peut inhaler une substance toxique en travaillant
    dans un bâtiment mal aéré ou en pulvérisant des pesticides sans
    protection suffisante. Les appareils de chauffage au mazout ou au gaz,
    les cuisinières et les feux dégagent des vapeurs toxiques qui peuvent
    atteindre des concentrations dangereuses si la fumée n'est pas évacuée
    à l'extérieur ou si la pièce n'est pas bien aérée.

    FIGURE 2

    Les substances toxiques qui pénètrent dans les poumons passent très
    rapidement dans la circulation sanguine du fait que les voies
    aériennes ont des parois fines et sont très bien irriguées.

    Par la peau du fait d'un contact avec des liquides, gouttelettes de
    pulvérisation ou brouillards

    Les personnes qui travaillent avec des produits comme les pesticides
    peuvent s'intoxiquer à l'occasion de pulvérisations ou d'éclaboussures
    reçues à même la peau, ou en portant des vêtements qui en sont
    imbibés.

    La peau constitue une barrière qui protège l'organisme des agressions
    extérieures. Cependant, certains poisons peuvent penétrer à travers la
    peau (Fig. 3). Ils traversent plus facilement une peau chaude,
    mouillée ou moite qu'une peau froide et sèche, et plus rapidement une
    peau endommagée par des égratignures ou des brûlures qu'une peau
    intacte. Par conséquent, une substance qui endommage la peau
    traversera plus facilement qu'une autre qui ne l'endommage pas. Il est
    parfois possible d'éliminer en la rinçant la substance toxique avant
    qu'une dose dangereuse ne pénètre dans l'organisme.

    FIGURE 3

    Par injection à travers la peau

    Des substances toxiques peuvent être injectées à travers la peau au
    moyen d'une seringue, d'un injecteur sans aiguille, lors d'un
    tatouage, ou à l'occasion d'une morsure ou d'une piqûre d'animal
    venimeux (insecte, poisson ou serpent). Le produit injecté peut
    pénétrer directement dans les vaisseaux sanguins ou sous la peau, dans
    les muscles ou les tissus adipeux. Un poison injecté dans les
    vaisseaux sanguins agit très rapidement. S'il est injecté sous la peau
    ou dans un  muscle, il faut qu'il traverse plusieurs couches de tissus
    avant d'atteindre les vaisseaux sanguins, et il agit donc plus
    lentement.

    Ce qui se passe lorsqu'un poison pénètre dans l'organisme

    Comment le poison diffuse dans l'organisme

    Unefois qu'une substance toxique aatteint la circulation sanguine,
    elle est véhiculée dans tout l'organisme, le coeur pompant le sang qui
    alimente ce dernier (Fig. 4).

    FIGURE 4

    Comment le poison est dégradé dans l'organisme

    Certaines substances toxiques sont modifiées dans l'organisme et
    transformées en d'autres produits appelés métabolites, qui peuvent
    être plus ou moins dangereux que la substance d'origine. Les
    métabolites sont plus facilement éliminés que la substance d'origine.
    La plupart du temps, cette dégradation s'opère au niveau du foie.

    Comment le poison est éliminé par l'organisme

    Les substances inchangées ou leurs métabolites sont en général
    éliminés par l'organisme dans les urines, les selles, la sueur, ou
    dans l'air expiré par la personne. Les substances toxiques passent du
    sang dans les urines au niveau des reins et du sang dans l'air expiré
    au niveau des poumons. Les substances toxiques retrouvées dans les
    selles peuvent avoir parcouru l'intestin sans passer dans la
    circulation sanguine, ou être parvenues dans la circulation sanguine
    et avoir été rejetées dans l'intestin.

    Certains poisons, comme le DDT, pénètrent dans les tissus et les
    organes où ils peuvent demeurer longtemps.

    Effets des poisons

    Les effets d'une substance chimique sur l'organisme sont soit locaux,
    soit généraux.

    L'effet local est limité à la partie de l'organisme en contact avec la
    substance: la peau, les yeux, les voies aériennes, le tube digestif.
    Parmi les effets locaux, on peut citer les éruptions et les brûlures
    cutanées, le larmoiement et l'irritation de la gorge engendrant une
    toux. De nombreux poisons ont des effets locaux, mais il en existe
    également beaucoup qui n'en ont pas.

    Les effets généraux se produisent lorsqu'un poison est absorbé dans
    l'organisme.

    Certaines substances provoquent à la fois des effets locaux et des
    effets généraux. Si quelqu'un présente des effets locaux à la suite
    d'une exposition à une substance chimique, il est important de
    vérifier qu'il n'y a pas également des signes et symptômes
    d'intoxication générale.

    Effets locaux

    Peau

    Les substances chimiques qui endommagent la peau provoquent des
    rougeurs ou des éruptions, des douleurs, des tuméfactions, des cloques
    ou des brûlures graves. Les brûlures sont analogues à celles
    provoquées par le feu.

    Une substance chimique  irritante provoque des démangeaisons, une
    sensation de brûlure ou une douleur lorsqu'elle vient au contact de la
    peau, mais ne provoque aucune brûlure si elle est immédiatement
    rincée. Toutefois, en cas de contact prolongé avec la peau (plusieurs
    heures), par exemple en raison du port de vêtements contaminés, elle
    peut entraîner des brûlures.

    Certaines substances irritantes n'ont aucun effet lors des quelques
    premiers contacts avec la peau, mais finissent par provoquer des
    rougeurs ou une éruption à la suite de contacts répétés, par exemple
    lorsqu'on emploie souvent un produit d'entretien.

    Parfois, les gens deviennent sensibles à un produit chimique après
    l'avoir utilisé à de nombreuses reprises. Si au début, ils ne
    ressentent aucun effet, au bout de quelques semaines ou de quelques
    mois, ils peuvent présenter une éruption chaque fois qu'ils s'en
    servent.

    Un produit  corrosif ou caustique provoque très rapidement des
    brûlures douloureuses et détruit le tissu cutané. Des cloques peuvent
    apparaître et la peau prend alors une couleur gris-blanc ou marron.

    Yeux

    Les substances irritantes ou corrosives peuvent provoquer des douleurs
    sévères si elles pénètrent dans les yeux. Elles peuvent brûler très
    rapidement la surface de l'oeil et engendrer des cicatrices, voire la
    cécité. Les yeux sont alors rouges et larmoyants. La personne refuse
    parfois d'ouvrir les yeux et la lumière vive lui fait mal.

    Tube digestif

    Les substances irritantes ou corrosives peuvent endommager la cavité
    buccale et la gorge, ou le tube digestif. La personne présente en
    pareil cas des maux d'estomac, des vomissements et de la diarrhée, qui
    peuvent être sanglants. En cas de brûlure, la gorge enfle très
    rapidement, empêchant la personne de respirer.

    Voies aériennes et poumons

    Certains gaz et certaines vapeurs irritent le nez, la gorge et les
    voies aériennes supérieures, entraînant des accès de toux et de
    suffocation. Certains gaz et certaines vapeurs endommagent les
    poumons, qui se remplissent alors d'eau. Cela se produit immédiatement
    après l'inhalation de la substance ou dans les 48 heures qui suivent.
    Une personne ayant du liquide dans les poumons ne peut respirer
    correctement et risque de se noyer. Il faut donc l'emmener à l'hôpital
    le plus rapidement possible. La présence d'eau dans les poumons
    définit l'oedème pulmonaire.

    Certains des gaz qui provoquent des oedèmes pulmonaires irritent
    également le nez, la gorge et les voies aériennes supérieures,
    entraînant des accès de toux et de suffocation. Quelqu'un qui commence
    à tousser et à suffoquer cherchera rapidement à se mettre au grand air
    s'il le peut et, dans ce cas, ne sera pas suffisamment exposé pour
    être intoxiqué.

    Certains gaz toxiques comme l'oxyde de carbone n'ont aucune action
    locale sur le nez ou la gorge. Les gaz toxiques qui ne provoquent ni

    toux ni suffocation sont très dangereux, car on peut les respirer sans
    le savoir.

    Les distillats de pétrole, comme le pétrole lampant, peuvent provoquer
    un oedème pulmonaire après ingestion. Lorsqu'on avale une substance
    liquide, de petites quantités de liquide peuvent pénétrer dans les
    poumons, même si les voies aériennes se ferment et empêchent
    théoriquement un tel passage. Dans la plupart des cas, ces quantités
    infimes ne sont pas dangereuses mais, s'il s'agit de distillats de
    pétrole, elles peuvent entraîner un oedème pulmonaire.

    Beaucoup plus grave, lorsqu'une personne est inconsciente, ses voies
    aériennes ne se ferment pas et rien n'empêche alors les aliments, la
    boisson ou les vomissures de pénétrer dans les poumons et d'obstruer
    les voies aériennes ou de provoquer un oedème pulmonaire. C'est
    pourquoi il est très dangereux d'essayer de donner à une personne
    inconsciente des aliments, une boisson ou un médicament.

    Points d'injection

    Les poisons irritants qui sont injectés dans la peau, par exemple à
    l'occasion d'une piqûre d'insecte ou d'une morsure de serpent, peuvent
    provoquer une douleur et une tuméfaction au point d'injection.
    Lorsqu'à l'occasion d'injections de produits vétérinaires à des
    animaux ou à des oiseaux, on se pique soi-même, cela peut engendrer
    des effets locaux.

    Effets généraux

    Les poisons peuvent agir de nombreuses façons:

    *    En endommageant des organes tels que le cerveau, le coeur, le
         foie, les poumons, les reins ou la peau et les nerfs. La plupart
         des substances toxiques ont un effet plus marqué sur un ou deux
         organes que sur le reste de l'organisme. Les organes les plus
         touchés sont appelés organes cibles.

    *    En bloquant les messages nerveux.

    *    En empêchant l'organisme de fonctionner correctement, par exemple
         en bloquant l'approvisionnement en énergie et en oxygène.

    Effets sur les enfants à naître

    Certaines substances toxiques peuvent être dangereuses pour l'enfant à
    naître. C'est surtout vrai au cours du premier trimestre de la
    grossesse, lorsque le système nerveux et tous les organes principaux
    sont en formation. Les os, les yeux, les oreilles, la bouche et le
    cerveau du foetus sont en général les plus touchés. Si les dégâts sont
    très importants, l'enfant arrête de se développer et meurt. Certaines
    substances peuvent être toxiques pour le foetus et non pour la mère,
    ce qui est dangereux, car rien alors ne permet à cette dernière de
    savoir que son enfant est menacé.

    Une mère qui boit de l'alcool ou qui fume pendant sa grossesse fait
    courir un risque à son enfant. Les médicaments peuvent également être
    dangereux. Une femme enceinte ne doit jamais prendre de médicaments
    sans prescription médicale.

    Survenue des effets généraux

    Les effets généraux n'apparaissent que lorsque la quantité de
    substance toxique présente dans l'organisme est supérieure à celle
    dont l'organisme est capable de se débarrasser, et donc s'accumule et
    atteint la dose seuil.

    En général, lorsque le contact avec un poison est de très courte durée
    (exposition aiguë), les effets s'en font sentir juste après
    l'exposition et ne durent pas très longtemps. Mais, dans certains cas,
    l'effet du poison ne s'observe qu'au bout de plusieurs heures, voire
    de plusieurs jours après l'exposition aiguë. Par ailleurs, lorsque
    quelqu'un a été longuement exposé à un poison (exposition chronique),
    les effets de ce dernier peuvent durer longtemps.

    Il arrive parfois qu'une personne ayant été exposée à une substance
    toxique semble ne présenter aucun effet indésirable. Il peut y avoir à
    cela plusieurs raisons: la personne n'a peut-être pas été exposée
    suffisamment longtemps pour absorber une dose toxique; ou bien, elle a
    absorbé une dose toxique mais semble bien parce qu'il est trop tôt
    pour que se manifestent les effets de l'intoxication.

    Il est parfois difficile de savoir si une personne qui a été exposée à
    un poison va présenter des effets indésirables. Avant de la renvoyer
    chez elle, vérifier toujours:

    --   de quand date l'exposition à la substance toxique;

    --   combien de temps il faut en général à cette substance pour
         manifester ses effets (vérifier dans la Partie 2 de ce manuel, ou
         contacter un centre antipoison).

    Lorsque l'on soupçonne une intoxication, il est souvent bon de garder
    la personne en observation pendant 12 à 24 heures, dans l'attente d'un
    éventuel effet indésirable. Dans certains cas, il peut être nécessaire
    de prolonger cette période d'observation.

    Tout le monde ne réagit pas de la même façon en cas d'exposition à une
    substance chimique. Certaines personnes sont plus sensibles que
    d'autres. Par exemple, les jeunes enfants et les personnes âgées sont
    davantage susceptibles d'être gravement intoxiquées que les jeunes
    adultes. La probabilité d'être gravement intoxiqué est plus grande
    pour des gens dont la santé est fragile (mauvaise alimentation,
    alcoolisme) ou qui sont malades, que pour des personnes en bonne
    santé.

    CHAPITRE 2  Circonstances dans lesquelles surviennent les 
    intoxications

    Objectifs

    A la fin de ce chapitre, on doit être à même de:

    1.   Savoir reconnaître un risque d'intoxication par des produits
         chimiques, des médicaments, de l'oxyde de carbone, des
         pesticides, ou des aliments contaminés, à domicile ou dans le
         cadre professionnel.

    2.   Expliquer aux autres comment se produisent les intoxications de
         manière à ce qu'ils prennent conscience de ce genre de risque.

    3.   Mettre en garde les gens contre les dangers liés au fait de
         changer un produit chimique d'emballage.

    4.   Expliquer aux gens pourquoi il est important d'utiliser un
         produit de la façon préconisée par le fabricant.

    5.   Expliquer aux gens pourquoi il est dangereux de détourner l'usage
         des médicaments.

    L'intoxication peut être accidentelle ou volontaire (utilisation de
    poisons contre soi-même ou contre d'autres personnes).

    Il existe d'autres circonstances dans lesquelles une intoxication peut
    survenir:

    --   ingestion d'aliments toxiques;
    --   prise ou administration d'un médicament mal adapté ou d'une dose
         mal calculée;
    --   prise de médicaments, de plantes ou de produits chimiques parce
         que ce sont des modificateurs de l'humeur ou du comportement.

    Intoxications accidentelles

    Il peut y avoir intoxication accidentelle lorsque:

    --   de jeunes enfants ou des personnes âgées manipulent des
         substances toxiques sans le savoir;
    --   des gens confondent une substance toxique avec un aliment ou une
         boisson, parce qu'elle n'est pas dans son emballage d'origine;
    --   des gens utilisent des produits chimiques ou des médicaments à
         mauvais escient;
    --   des gens utilisent des pesticides à bon ou à mauvais escient;
    --   des gens travaillent avec des produits chimiques;
    --   des gens sont exposés à l'oxyde de carbone, en général à
         domicile.

    Intoxications de la petite enfance 

    De nombreuses intoxications domestiques se produisent chez les jeunes
    enfants entre 1 et 4 ans. A cet âge, ils veulent tout explorer. Ils se
    déplacent tout seuls à quatre pattes ou marchent, et dès l'âge de 2
    ans sont capables de grimper sur une chaise pour atteindre une étagère
    haute. Ils ouvrent tiroirs et armoires et sont capables de dévisser
    les bouchons de bouteilles. 

    Les jeunes enfants aiment porter les choses à leur bouche, mais ils ne
    sont pas assez grands pour comprendre la notion de danger. Leur sens
    du goût ne semble pas être le même que celui d'un adulte et souvent
    ils aiment des choses ayant un goût étrange ou amer pour un adulte.
    Ils peuvent avaler des médicaments qui ressemblent à des bonbons ou de
    l'huile pour moteur qui ressemble à du sirop. S'ils ont soif, ils sont
    capables de boire un produit d'entretien qui ressemble à une boisson
    sucrée ou à un jus de fruit. 

    Les produits chimiques le plus souvent ingérés par les enfants sont
    les suivants:

    --   les produits d'entretien comme l'eau de javel, les détergents et
         les désinfectants;
    --   la paraffine et le pétrole lampant employés comme combustibles
         domestiques;
    --   les cosmétiques;
    --   les médicaments;
    --   la peinture et les produits pour bricolage;
    --   les pesticides à usage domestique.

    Ces produits sont souvent utilisés dans le cadre domestique; ils sont
    souvent rangés bien en vue, à la portée d'un jeune enfant, par exemple
    sur une étagère ou une table, ou à même le sol.

    De nombreux accidents surviennent lorsque les parents sont trop
    occupés pour surveiller leurs enfants en permanence. La famille peut
    être importante, comporter plusieurs enfants en bas âge et la mère
    être souvent occupée à des tâches domestiques. Il ne faut que quelques
    secondes à un enfant pour attraper un récipient ouvert laissé à sa
    portée et en avaler le contenu.

    Le danger est encore plus grand si l'enfant est laissé seul ou sous la
    garde de frères et soeurs à peine plus âgés pendant plusieurs heures.

    Intoxications chez les personnes âgées

    Les personnes âgées peuvent s'intoxiquer accidentellement. Si elles ne
    voient pas très bien, elles peuvent se tromper de bouteille et avaler,
    par exemple, un produit d'entretien au lieu d'une boisson ou d'un
    médicament. Les personnes âgées ont tendance à perdre la mémoire et à
    mélanger les choses. Elles oublient parfois de prendre leurs

    médicaments ou en prennent trop et s'intoxiquent parce qu'elles ne se
    souviennent plus de la dose à prendre, ou à quand remonte la dernière
    prise.

    Produits retirés de leur emballage d'origine

    Des accidents peuvent se produire lorsque l'on change un produit
    chimique d'emballage. Le nouveau n'est pas toujours correctement
    étiqueté, ce qui fait que personne d'autre ne sait ce qu'il y a
    dedans. Même la personne qui l'y a mis peut oublier de quoi il s'agit.
    Il est particulièrement dangereux de verser un produit chimique ou un
    médicament dans une tasse ou dans une bouteille de boisson, ou dans
    tout autre récipient qui favoriserait la confusion avec des aliments
    ou une boisson. Un jeune enfant n'est pas capable de faire la
    différence entre un produit nocif et un aliment ou une boisson, et il
    arrive même aux adultes de boire à la bouteille sans en vérifier le
    contenu.

    C'est pourquoi il est dangereux pour les commerçants de revendre au
    détail des produits chimiques qu'ils reçoivent en gros.

    Intoxications dues à des erreurs d'utilisation

    Des accidents peuvent survenir lorsque l'on utilise à mauvais escient
    des produits chimiques, sans tenir compte des mises en garde relatives
    à leur sécurité d'emploi. Par exemple, il y a en général sur les
    bouteilles d'eau de javel une mise en garde indiquant qu'il ne faut
    pas la mélanger à d'autres produits d'entretien. Si l'on ignore cette
    mise en garde, on peut être intoxiqué par les gaz toxiques que dégage
    un tel mélange. Lorsque des insecticides destinés à des cultures ou à
    des bâtiments sont employés pour tuer des insectes présents dans les
    cheveux ou sur le corps, il s'agit là encore d'un mauvais usage.

    Il arrive parfois que les gens s'intoxiquent eux-mêmes en faisant un
    mauvais usage des médicaments. Ils en prennent plus que le docteur
    n'en a prescrit parce qu'ils pensent à tort qu'une dose plus
    importante leur fera du bien plus rapidement, ou ils prennent le
    médicament de quelqu'un d'autre, ce qui peut s'avérer nocif si la dose
    n'est pas la bonne ou si le médicament ne convient pas à l'affection
    qu'ils présentent. Les femmes qui prennent des médicaments pour
    essayer d'interrompre une grossesse en font un mauvais usage et
    risquent de s'intoxiquer.

    Intoxications par des pesticides

    Les pesticides sont des produits chimiques destinés à tuer les
    insectes, les mauvaises herbes ou autres nuisibles. La plupart d'entre
    eux sont également toxiques ou nocifs pour l'homme en cas de contact
    cutané, d'inhalation (gaz, fumées, poussières ou fines gouttelettes
    pulvérisées) ou d'ingestion.

    Voici quelques-uns des modes d'intoxication possibles:

    --   un mauvais usage des pesticides; par exemple, on peut intoxiquer
         des enfants en vaporisant des pesticides sur leurs draps et
         couvertures;
    --   l'absence de matériel de protection; par exemple, le fait de
         recevoir des éclaboussures de pesticide sur ses vêtements ou à
         même la peau, ou d'en inhaler;
    --   le fait de manger, de boire ou de fumer après avoir manipulé des
         pesticides et en en ayant sur les mains --- il faut d'abord se
         laver les mains;
    --   le fait d'utiliser des récipients de pesticides vides pour
         conserver de la nourriture ou des boissons --- il est impossible
         d'éliminer totalement le pesticide d'une boîte vide et il va
         contaminer la nourriture ou la boisson;
    --   le fait d'employer des récipients ayant contenu des aliments ou
         des bouteilles de boisson pour conserver des pesticides ---
         quelqu'un peut se tromper et croire qu'il s'agit d'un aliment ou
         d'une boisson.

    Intoxications en milieu professionnel

    Beaucoup de substances chimiques fabriquées, employées ou conservées
    sur les lieux de travail sont dangereuses. Les personnes qui les
    utilisent doivent savoir comment les manipuler en toute sécurité afin
    d'éviter toute intoxication.

    Il arrive que des employés ne sachent pas qu'ils manipulent une
    substance toxique, ou qu'ils le sachent, mais qu'on ne leur ait pas
    indiqué ni montré comment l'utiliser sans risque. Ils peuvent ne pas
    avoir lu les instructions ni les indications relatives à la sécurité
    d'emploi du produit. Parfois, ils en connaissent les dangers, mais
    sont trop paresseux ou trop négligents pour prendre les précautions
    voulues.

    Les accidents, les feux ou les explosions en milieu professionnel
    peuvent entraîner un déversement ou des fuites de produits chimiques
    sur les routes ou dans les rivières, ou bien le dégagement de vapeurs
    et de gaz dans l'atmosphère. Il est arrivé que des substances
    chimiques se répandent sur de vastes régions et intoxiquent un grand
    nombre de personnes.

    Les déchets chimiques et les récipients vides ayant contenu des
    produits chimiques peuvent constituer un danger important s'ils ne
    sont pas traités ni éliminés correctement.

    Intoxication à l'oxyde de carbone

    Lorsque du mazout, du gaz, du bois, du charbon ou d'autres
    combustibles brûlent, ils dégagent un gaz appelé oxyde de carbone, qui
    peut être à l'origine d'intoxications graves et entraîne souvent le
    décès. Utilisés dans des pièces où il n'y a ni fenêtre ouverte, ni
    cheminée pour permettre à l'oxyde de carbone de s'échapper et à l'air

    frais d'entrer, les feux, poêles, appareils de chauffage ou fours,
    sont dangereux. Les moteurs à essence dégagent également de l'oxyde de
    carbone, et l'on peut s'intoxiquer en laissant tourner un moteur dans
    un garage dont les portes sont fermées.

    Intoxication volontaire

    Lorsque des personnes attentent à leurs jours en prenant un poison, on
    parle d'intoxication volontaire. Dans certains pays, la tendance est
    de prendre pour cela des médicaments mais, dans les communautés
    rurales, ce sont plutôt les pesticides qui sont utilisés.

    Les personnes atteintes de dépression, une maladie grave, ou
    d'alcoolisme chronique, tentent parfois de se suicider en prenant des
    doses massives de médicaments, de pesticides ou autres produits
    toxiques. Lorsqu'elles en réchappent, il arrive qu'elles récidivent si
    leur dépression n'est pas traitée.

    Bon nombre des jeunes qui font des tentatives de suicide sont
    malheureux parce que confrontés à des problèmes qu'ils n'arrivent pas
    à résoudre, qu'il s'agisse d'une déception amoureuse ou de disputes
    avec un(e) petit(e) ami(e).

    Empoisonnement délibéré de tiers

    Il arrive parfois que des gens tentent d'empoisonner des tiers. Il
    peut s'agir d'une plaisanterie, de vouloir faire peur ou de vouloir
    réellement tuer quelqu'un. S'il semble que ce soit le cas, avertir la
    police.

    Intoxications alimentaires

    Les aliments ou les boissons peuvent être contaminés par des
    substances toxiques libéré es par des micro-organismes tels que des
    bactéries, virus ou moisissures, ou par des produits chimiques.
    Certaines espèces de plantes, de champignons, d'animaux (y compris
    marins) contiennent naturellement des substances toxiques. Les poisons
    fabriqués par des plantes, des animaux ou des micro-organismes son
    appelés toxines.

    Toxines fabriquées par des micro-organismes

    Les aliments peuvent être contaminés par des bactéries avant ou après
    la cuisson, en cours de préparation ou de stockage, ou par contact
    avec des surfaces, des récipients, des ustensiles de cuisine ou des
    mains n'ayant pas été soigneusement lavés. Ils peuvent également être
    contaminés par des animaux ou des insectes, en particulier par des
    mouches. La plupart des bactéries et toxines bactériennes sont
    détruites à la cuisson mais pas toutes. Si la nourriture est conservée
    au chaud, à température ambiante, les bactéries présentes vont
    proliférer et risquent de rendre les gens malades.

    Les moisissures se développent sur les aliments humides ou endommagés
    par les insectes, et certaines d'entre elles produisent des substances
    toxiques. Les moisissures que l'on trouve sur les fruits secs ou les
    céréales ayant été ramassés et stockés avant d'être secs peuvent
    entraîner des intoxications graves. Certains procédés de séchage et de
    conservation des aliments n'empêchent pas les moisissures de se
    développer.

    Il arrive qu'on attrape des maladies en mangeant des aliments infestés
    par des vers ou autres nuisibles, mais il ne s'agit pas alors
    d'intoxication et la question ne sera donc pas abordée dans cet
    ouvrage.

    Substances chimiques toxiques

    Les substances chimiques toxiques peuvent contaminer les aliments et
    les boissons de nombreuses manières; par exemple,

    --   lorsque des personnes travaillant avec des produits chimiques
         mangent sur leur lieu de travail, ou ne se lavent pas les mains
         avant de déjeuner;
    --   lorsque l'on renverse une substance chimique sur de la nourriture
         pendant son transport ou à l'endroit où elle est conservée;
    --   lorsque l'on conserve ou que l'on cuit des aliments ou des
         boissons dans des récipients contaminés par des substances
         chimiques;
    --   lorsque l'on fait de la farine à partir de grains traités par des
         pesticides et destinés à être employés comme semences ou comme
         appâts, mais pas comme aliments;
    --   lorsque l'on fabrique son propre alcool et que l'on obtient des
         alcools toxiques comme le méthanol;
    --   lorsque les réserves d'eau sont polluées par le déversage
         accidentel de produits chimiques ou de déchets chimiques
         provenant d'usines ou de décharges situées non loin des cours
         d'eau.

    Plantes, champignons, poissons, et coquillages toxiques

    Certaines plantes et champignons vénéneux et certains animaux et
    coquillages marins contiennent des toxines. Il est parfois très
    difficile de distinguer des plantes ou des poissons comestibles
    d'autres qui ne le sont pas.

    Intoxications médicamenteuses

    Il arrive que des personnes soient intoxiquées par des médicaments que
    leur a donnés le médecin ou un autre agent de santé. Il se peut qu'on
    leur ait donné le mauvais médicament, ou un bon médicament mais à la
    mauvaise dose. Il peut y avoir à cela de nombreuses raisons: le
    médecin ignore que le patient est allergique à un médicament ou a mal
    calculé la dose.

    Toxicomanies et abus

    Les gens prennent parfois des médicaments pour obtenir une
    modification de l'humeur ou du comportement, se sentir plus détendus
    ou plus énergiques. C'est ce qu'on appelle le détournement d'usage des
    médicaments, car il ne s'agit pas d'un usage médical. D'autres
    personnes font un usage immodéré de drogues comme l'héroïne, la
    cocaïne ou les barbituriques. Le fait de boire des quantités
    excessives d'alcool (alcoolisme) constitue également un abus
    important.

    D'autres substances peuvent entraîner des effets à peu près analogues.
    Certaines personnes inhalent des substances chimiques: colle,
    peinture, dissolvant pour vernis à ongles, gaz de briquet, essence ou
    produits de nettoyage à sec. C'est ce qu'on appelle parfois le
    «sniffing» ou abus de solvants. Pour cela, on inhale les vapeurs d'un
    tissu trempé dans le liquide, ou l'on met une substance chimique ou de
    la colle dans un sac en plastique et on les inhale ensuite
    profondément.

    Dans de nombreuses sociétés, on utilise des plantes ou des champignons
    pour leurs propriétés hallucinogènes, stimulantes ou relaxantes.
    Certaines plantes peuvent être mangées crues, d'autres sont cuites,
    préparées sous forme de boissons, ou fumées. Le tabac et le cannabis
    en sont deux exemples fréquemment utilisés.

    Beaucoup de ces médicaments, produits chimiques et plantes qui font
    l'objet d'un usage immodéré sont toxiques si l'on en prend trop à la
    fois, ou durant des mois ou des années. Par exemple, l'alcool provoque
    des lésions hépatiques, le fait de fumer un cancer du poumon, et le
    cannabis des troubles de la mémoire.

    Utilité et danger des substances chimiques

    Partout dans le monde, on emploie toutes sortes de substances
    chimiques dans l'agriculture, l'industrie, les produits
    pharmaceutiques ou le cadre domestique. Il y a beaucoup de bonnes
    raisons de les utiliser. Les pesticides et les engrais ont permis aux
    agriculteurs d'augmenter leurs rendements. Les médicaments permettent
    de guérir ou de prévenir la maladie, et d'augmenter l'espérance de vie
    de la population en rendant cette vie plus agréable. Les produits
    d'entretien ont facilité les tâches ménagères.

    Les substances chimiques utiles peuvent également être dangereuses. Il
    arrive qu'on en emploie des quantités qui seraient dangereuses si
    elles pénétraient dans l'organisme. Certaines d'entre elles peuvent
    également être nocives si elles sont libéré es dans l'air que l'on
    respire, sur le sol sur lequel les gens travaillent ou font pousser
    des plantes ou élèvent des animaux, dans les rivières et les fleuves
    qui servent à l'approvisionnement en eau de boisson, de lavage ou
    d'irrigation. Ce risque diminue si ces substances sont utilisées en
    toute sécurité et si l'on s'efforce de prévenir les accidents, mais il
    ne sera jamais totalement absent.

    Il appartient aux communautés de décider si les avantages que l'on
    tire de l'utilisation de ces produits l'emportent suffisamment sur les
    risques encourus pour s'en accommoder. Pour cela, de nombreux points
    sont à considérer:

    *    La substance chimique est-elle très utile ?

    *    Quel type d'effet nocif peut-elle causer ?

    *    Aura-t-elle un effet sur l'environnement ?

    *    Peut-elle être manipulée en toute sécurité?

    *    Combien de personnes l'utiliseront et combien d'autres pourront y
         être exposées parce qu'elles travaillent ou habitent à proximité
         de l'endroit où elle est employée ou fabriquée ?

    *    Ne peut-on employer à sa place une substance moins dangereuse ?

    *    Quelle économie réalise-t-on en l'utilisant et que coûterait le
         fait de ne plus l'utiliser ?

    CHAPITRE 3  Prévention des intoxications

    Objectifs

    A la fin de ce chapitre, on doit être à même de:

    1.   Discuter avec les gens de la façon de prévenir les intoxications

    2.   Aider les gens à faire en sorte que la sécurité soit assurée à
         domicile, sur les lieux de travail et dans la communauté.

    Mieux vaut prévenir les intoxications que les guérir, c'est plus sûr
    et moins onéreux. La plupart des intoxications sont évitables.

    Chacun --- enfants, parents, agriculteurs, instituteurs, ouvriers et
    agents de santé --- peut faire quelque chose pour assurer la sécurité
    chez lui, sur son lieu de travail et dans la communauté.

    Comment aider les gens à assurer la sécurité à domicile, sur les lieux 
    de travail et dans la communauté?

    Il faut procéder en trois étapes:

    1.   Tout d'abord, se renseigner sur les intoxications survenues dans
         la communauté ces quelques dernières années. Chercher à savoir
         comment  elles se sont produites, où elles ont eu lieu et quels
         étaient les poisons en cause. Réfléchir sur les raisons pour
         lesquelles ces intoxications se sont produites.

    2.   Réfléchir sur la façon dont ces intoxications auraient pu être
         évitées. Ce chapitre indique les nombreux moyens à mettre en
         oeuvre pour éviter les intoxications. Il convient d'informer le
         centre antipoison le plus proche de sa région des intoxications
         survenues dans la communauté. Il peut être à même de suggérer des
         moyens pour les éviter.

    3.   Discuter avec les gens de la façon dont on peut prévenir les
         intoxications. Partager ses connaissances avec les autres et les
         aider à comprendre pourquoi les intoxications se produisent et ce
         qui peut être fait pour empêcher qu'elles ne se reproduisent.

    *    Discuter avec les familles et les groupes de santé maternelle et
         infantile de la prévention des intoxications à domicile. Leur
         indiquer comment apprendre, même très tôt, à leurs enfants à ne
         pas toucher, manger ni jouer avec des médicaments ou des produits
         ménagers.

    *    Aborder avec les instituteurs la question de la façon dont il
         faut enseigner aux enfants les dangers d'une intoxication à
         domicile et les dangers liés aux plantes vénéneuses et animaux
         venimeux (serpents). Par exemple, l'instituteur peut demander aux
         enfants de se renseigner sur les accidents survenus dans la
         communauté et de proposer des solutions pour les éviter.

    *    Informer les responsables communautaires ou les associations des
         accidents survenus. Discuter avec eux et avec les membres de la
         communauté de ce que vous pensez qui peut être fait pour assurer
         une meilleure sécurité dans la communauté.

    *    Prévoir de temps à autre des visites amicales à domicile ou sur
         les lieux de travail, non pour prendre les gens en défaut, mais
         pour les aider à prendre conscience des dangers et de ce qu'il y
         a lieu de faire pour les éviter.

    Ce chapitre indique ce qu'il y a lieu de «faire» et de «ne pas faire»
    lorsque l'on essaie de montrer aux gens comment prévenir les
    intoxications.

    A la première lecture de ce chapitre, on peut penser qu'il est
    impossible aux gens de sa communauté d'agir ainsi. Comment leur
    demander de porter des bottes pour se protéger des morsures de
    serpents lorsqu'ils ne peuvent même pas s'offrir des chaussures?
    Comment leur dire de ranger les médicaments dans  une armoire fermée à
    clef lorsqu'il n'y a pas d'armoire dans les habitations ?

    La communauté doit connaître les meilleurs moyens de prévention des
    intoxications et avoir pour but de les employer. Mais lorsque l'on
    parle aux gens de prévention des intoxications, chercher à adapter le
    conseil à la situation locale. Il peut exister d'autres solutions tout
    aussi bonnes. Par exemple, les gens diront peut-être qu'il existe
    d'autres endroits dans leur maison qui sont aussi sûrs qu'une armoire
    fermée à clef. Ou bien le menuisier local pourrait fabriquer des
    boîtes ou des armoires fermant à clef si la communauté le désire.

    Chercher à atteindre son but en plusieurs étapes. Par exemple, si les
    gens ne peuvent s'offrir des bottes, les encourager au début à porter
    des chaussures ou des sandales fabriquées sur place.

    Que peut-on faire pour prévenir les intoxications ?

    Il est important que tous les produits chimiques soient manipulés en
    toute sécurité et pas seulement ceux que l'on sait dangereux. De
    nombreux produits qui paraissent inoffensifs peuvent rendre malades ou
    provoquer des brûlures. Il est très important de protéger les enfants
    parce qu'ils ne peuvent se protéger eux-mêmes et qu'ils ne comprennent
    pas que certaines choses peuvent être toxiques.

    Beaucoup d'intoxications pourraient être évitées si l'on conservait,
    utilisait et éliminait les produits chimiques en toute sécurité.

    Conservation des produits chimiques

    *    Conserver les médicaments, les produits d'entretien et pesticides
         hors de vue et de portée des enfants (Fig. 5).

    FIGURE 5

    *    Ne pas conserver les produits chimiques dont on n'a plus besoin.

    *    Ne pas mettre des produits chimiques dans des récipients ayant
         contenu des aliments ou des boissons; quelqu'un pourrait en boire
         ou en manger par erreur.

    Utilisation des produits chimiques

    *    Utiliser les médicaments, produits d'entretien, pesticides et
         autres produits chimiques à bon escient et à la bonne quantité
         (ni plus ni moins). Lire l'étiquette et suivre scrupuleusement
         les indications données (Fig. 6). Si l'on ne sait pas lire, se la
         faire lire. Il peut être dangereux d'utiliser un produit dont
         l'emballage n'est pas étiqueté. Demander au fournisseur un autre
         emballage ayant une étiquette.

    Elimination des restes de produits chimiques et des récipients vides

    *    Vérifier s'il vaut mieux enterrer ou brûler les produits dont on
         veut se débarrasser. Les enterrer ou les brûler dans un endroit
         soigneusement choisi pour présenter le moins de risque possible
         pour les gens vivant à proximité ou pour l'environnement.

    *    Demander aux responsables de l'hygiène de l'environnement ou de
         la communauté quelles sont les dispositions locales pour se
         débarrasser des restes de produits chimiques. Pour se débarrasser
         de grandes quantités de substances chimiques, demander l'avis
         d'un professionnel.

    FIGURE 6

    *    Ne pas utiliser de bouteilles, boîtes ou autres récipients vides
         ayant contenu des produits chimiques pour conserver ou cuire des
         aliments ou des boissons. Ne pas les donner aux enfants pour
         jouer.

    *    Ne pas laisser des restes de produits chimiques ou des récipients
         vides dans des endroits où les enfants ont accès.

    *    Ne pas jeter des restes de produits chimiques ou des récipients
         vides à proximité d'une rivière, d'une mare ou d'une source. Ils
         risqueraient de se diluer dans l'eau et d'intoxiquer les
         poissons, les gens ou les animaux qui boivent cette eau ou se
         lavent avec. Le risque est le même si les restes de produits
         chimiques sont vidés dans des canalisations qui débouchent dans
         des cours d'eau.

    On trouvera dans la suite de ce chapitre des directives plus
    détaillées sur la façon de prévenir les différents types
    d'intoxications décrits au chapitre 2.

    FIGURE 7

    La sécurité à domicile

    Produits chimiques

    *    Conserver tous les produits d'entretien hors de vue et de portée
         des enfants. Conserver les médicaments, insecticides, désherbants
         et raticides dans une armoire ou une valise fermée à clef, ou
         dans un placard très haut.

    *    Laisser les produits ménagers, pesticides et médicaments dans
         leur emballage d'origine.

    *    Reboucher soigneusement les bouteilles (Fig. 8). Refermer les
         boîtes. Un enfant qui trouve un récipient ouvert peut en avaler
         le contenu avant que quiconque ait pu l'en empêcher. Un enfant
         mettra davantage de temps à ouvrir un récipient fermé, qui peut
         s'avérer être difficile à ouvrir s'il est très jeune; un adulte
         peut alors le voir et intervenir à temps.

    FIGURE 8

    *    Ne pas ranger les produits d'entretien à même le sol, sous
         l'évier de la cuisine, ni dans des placards bas faciles à ouvrir
         pour un enfant (Fig. 9).

    FIGURE 9

    *    Ne pas ranger les médicaments, pesticides ou produits ménagers au
         même endroit que les aliments et la boisson. Un enfant peut
         penser qu'il s'agit de choses comestibles, et même un adulte peut
         en avaler sans vérifier ce que c'est. Par ailleurs, le produit
         peut se renverser sur les aliments et provoquer des
         intoxications.

    *    Ne pas mettre les médicaments, pesticides et produits d'entretien
         dans des bouteilles, des tasses ou des récipients normalement
         employés pour les aliments ou la boisson.

    *    Ne pas conserver les produits ou les récipients vides dont on n'a
         plus besoin. On trouvera à la page 31 des directives relatives à
         la manière de s'en débarrasser.

    Médicaments et produits ménagers

    Médicaments

    *    S'assurer que l'on prend ou que l'on donne la bonne dose de
         médicament. Le vérifier en lisant l'étiquette ou en posant la
         question à un agent de santé. Faire très attention à ne pas en
         prendre ou en donner trop. Une dose trop forte de médicament peut
         rendre très malade. C'est une erreur de penser que si l'on prend
         tout le médicament d'un coup, on se sentira mieux plus
         rapidement.

    *    Ranger le médicament en lieu sûr dès qu'il a été administré.

    *    Ne pas prendre un médicament ni le donner à quelqu'un d'autre
         sans avoir pris conseil auprès d'un médecin ou d'un agent de
         santé.

    *    Ne pas donner aux enfants des médicaments qui ne leur ont pas été
         prescrits.

    *    Ne pas faire croire aux enfants que les médicaments sont des
         bonbons. Ils sont incapables de faire la différence et peuvent
         s'empoisonner s'ils pensent que les médicaments sont des bonbons.

    Produits ménagers, tels que les produits d'entretien ou les pesticides

    *    Lire ce qui figure sur l'étiquette. S'assurer que l'on sait
         comment employer le produit et en quelle quantité, et rechercher
         les consignes de sécurité.

    *    Ne pas se dessaisir du produit pendant qu'on l'utilise. Si on
         doit le poser, le laisser à portée de vue. Un enfant est capable
         d'attraper rapidement une bouteille ouverte et d'en avaler le
         contenu, ou de se le renverser dessus ou dans les yeux.

    *    Essuyer toute éclaboussure ayant pu se produire et s'assurer que
         l'extérieur de la bouteille ou du récipient est propre et sec.

    *    Ranger les produits dès qu'on a fini de les utiliser. C'est
         lorsqu'ils ne sont pas à leur place habituelle que les enfants
         peuvent s'en emparer.

    *    Ne vaporiser aucun pesticide domestique sur des aliments ou des
         jouets d'enfants.

    *    Ne pas mélanger différents produits de nettoyage ou autres.

    *    Si le produit doit être mélangé à de l'eau avant usage, ne pas le
         verser dans un récipient employé pour les aliments ou la boisson.

    Elimination des produits domestiques

    *    Fermer les poubelles à l'aide d'un couvercle, de façon que les
         enfants ne puissent fouiller dedans.

    *    Utiliser les systèmes de ramassage des ordures qui existent
         localement. Ne pas laisser des ordures traîner dans la maison et
         ne pas les jeter n'importe où.

    *    Ne pas percer, chauffer ni brûler des récipients sous pression.
         Si la communauté brûle les ordures ménagères, ne pas brûler les
         récipients sous pression, mais les enterrer.

    La sécurité à domicile: autres précautions à prendre

    *    Nettoyer régulièrement les sols et les murs, et boucher les trous
         et les fissures de façon qu'aucun insecte ne puisse s'y glisser
         et qu'aucun serpent ne puisse entrer dans la maison.

    *    Assurer l'entretien des appareils de chauffage, fourneaux et
         foursœ agaz ou à mazout, de façon qu'ils n'émettent pas des
         quantités dangereuses d'oxyde de carbone.

    *    Faire ramoner les cheminées ou les tuyaux de poêle et aérer les
         pièces de façon que l'oxyde de carbone dégagé par le feu et les
         fourneaux ne stagne pas dans la maison.

    *    Ne pas utiliser d'appareils de chauffage, de fourneaux ni de
         fours dans des pièces où il n'y a ni cheminée, ni tuyau
         d'évacuation, ni fenêtre ouverte permettant à l'air frais
         d'entrer et aux fumées contenant de l'oxyde de carbone de
         s'échapper.

    Prévention des intoxications par les pesticides

    Les pesticides sont très largement employés et, dans certains pays,
    beaucoup de gens tombent malades ou meurent à la suite
    d'intoxications, la plupart du temps évitables si l'on respectait les
    mesures de sécurité et les précautions d'emploi.

    Les gens qui travaillent dans des endroits où l'on utilise ou conserve
    des pesticides --- plantations, exploitations agricoles, usines ou
    magasins --- doivent savoir les manipuler et les utiliser en toute
    sécurité. Chaque membre de la communauté doit connaître les risques
    liés à l'utilisation des pesticides et savoir ce qu'il faut faire pour
    s'en prémunir.

    La plupart de ces directives peuvent être appliquées partout où l'on
    conserve ou utilise des produits chimiques de quelque sorte que ce
    soit. Pour en savoir plus sur la sécurité dans le cadre professionnel,
    s'adresser à un spécialiste de la médecine du travail.

    Stockage des pesticides

    *    Conserver les pesticides dans leur récipient d'origine. Il est
         dangereux de les en changer, car ils risquent alors d'être pris
         pour un aliment ou une boisson.

    *    Les ranger dans un local sûr et fermé à clef. Demander aux
         conseillers en agriculture quel est le meilleur endroit pour ce
         local et comment le construire. Ce dernier devra porter des
         pancartes d'avertissement, avoir des portes verrouillées et des
         fenêtres condamnées de façon que des personnes non autorisées ne
         puissent y pénétrer, en particulier des enfants.

    *    Etablir une liste de tous les produits conservés dans le local et
         la mettre à jour régulièrement. Ne pas conserver cette liste dans
         le local, mais en lieu sûr, où elle sera accessible en cas
         d'incendie. Dans le local, conserver les fiches de sécurité des
         produits et les numéros de téléphone à appeler en cas d'urgence.

    *    Ranger les pesticides, en particulier les appâts rodenticides et
         les graines traitées par des pesticides, à l'écart des aliments
         de façon à éviter toute confusion.

    *    Ne pas garder de pesticides à usage agricole dans les lieux
         d'habitation. Les mettre à l'écart. Les seuls pesticides qu'il
         faut conserver à domicile sont ceux utilisés contre les nuisibles
         domestiques.

    *    Ne pas conserver de pesticides dans des bouteilles ou autres
         récipients normalement destinés aux aliments ou à la boisson.

    Utilisation des pesticides

    Toute personne qui fait de l'épandage de pesticides devrait d'abord
    être formée à la méthode d'application, à la façon d'opérer, au
    nettoyage et à l'entretien du matériel, et aux mesures de sécurité à
    prendre.

    Tout pesticide, ou autre produit chimique, doit porter une étiquette
    indiquant la nature du produit, le nom du fabricant et les
    instructions d'utilisation et précautions à prendre. Des
    renseignements concernant les risques encourus, les mesures de
    sécurité à prendre, les premiers secours à donner, ainsi que des
    conseils aux agents de santé doivent également figurer sur cette
    étiquette. Si le récipient est petit, ces renseignements peuvent
    figurer dans une notice attachée dessus. Il peut également y avoir une
    notice d'information sur le produit et une fiche de sécurité chimique.

    *    Lire attentivement l'étiquette et toute autre fiche de
         renseignements sur le produit dont on dispose avant de
         l'utiliser. Si l'on ne la comprend pas, demander des explications
         à quelqu'un qui est au courant, l'employeur ou la personne qui a
         fourni le produit. Ne jamais utiliser un produit sans avoir lu et
         compris tout ce qui figure sur l'étiquette. S'il n'y a pas
         d'étiquette, demander au fournisseur un récipient qui en porte
         une. S'assurer:

         --   de l'identité du contenu,
         --   de la quantité de pesticide à utiliser et de la manière de
              le diluer,
         --   de la façon d'utiliser ce produit en toute sécurité, du
              matériel et des vêtements à employer,
         --   des dangers associés à son usage et des premiers secours à
              apporter en cas d'accident,
         --   du moment auquel il doit être utilisé et de l'intervalle à
              respecter entre les applications.

    Si ces renseignements ne figurent pas sur l'étiquette, demander au
    fournisseur, à un autre utilisateur, à un responsable communautaire ou
    à un agent de vulgarisation agricole de vous donner les indications
    nécessaires.

    *    Prévenir les voisins avant de pulvériser un pesticide.

    *    S'assurer que l'appareil de pulvérisation est en bon état et
         vérifié régulièrement.

    *    Porter des vêtements de travail légers recouvrant le plus
         possible le corps lorsqu'on mélange ou applique un pesticide, que
         l'on nettoie le matériel et les récipients vides et que l'on se
         débarrasse des restes de pesticide. Porter des bottes ou des
         chaussures pour se protéger les pieds. Des gants et des lunettes
         assurent une meilleure protection contre les éclaboussures.
         Prévoir des vêtements de rechange.

    *    Porter des vêtements protecteurs et utiliser le matériel de
         protection si l'étiquette précise de le faire. Si une telle
         mention figure sur l'étiquette c'est parce que le produit peut
         être nocif, voire mortel en l'absence de protection. S'assurer
         que tous les vêtements et matériels de protection sont vérifiés,
         entretenus et stockés correctement.

    *    Ne mélanger que la quantité de produit chimique nécessaire pour
         la journée. Cela évitera d'avoir à se débarrasser des restes de
         pesticides ou de les laisser jusqu'au lendemain.

    *    Avoir à disposition de l'eau et du savon en abondance.

    *    Laver les gants avant de les retirer.

    *    Se laver les mains soigneusement à l'eau et au savon après avoir
         manipulé des pesticides et avant de manger, de boire, de chiquer,
         de fumer, de se frotter les yeux ou de porter les mains à sa
         bouche.

    *    S'assurer de ne jamais être seul lorsqu'on mélange ou qu'on
         utilise des pesticides très toxiques.

    *    Arrêter immédiatement de travailler en cas d'éruption ou de
         malaise, de troubles visuels, de sueurs anormales ou d'une
         sensation de soif inhabituelle, de céphalées ou de symptômes de
         refroidissement ou de grippe. Avertir l'employeur et aller
         immédiatement consulter un médecin. Lui montrer l'étiquette, la
         notice d'information ou la fiche signalétique du produit.

    *    Se renseigner pour savoir à quelle période on peut moissonner,
         puis consommer une récolte ayant été soumise à des pulvérisations
         de pesticides.

    *    Enterrer ou brûler les aliments contaminés par des pesticides.

    *    Ne pas employer un matériel ni des vêtements protecteurs sales ou
         endommagés, ni des gants et des bottes percés. Cela peut s'avérer
         plus dangereux que de ne rien porter du tout.

    *    Ne pas prendre la poudre des paquets à la main, ni plonger les
         bras ou les mains dans les liquides pour mélanger les produits.
         Utiliser les mesures et récipients prévus à cet effet pour
         réaliser les solutions (Fig. 10). Les réserver exclusivement à
         cet emploi.

    FIGURE 10

    *    Ne pas mesurer les doses ni mélanger des pesticides à l'intérieur
         des habitations ni à proximité immédiate, ni à proximité
         d'animaux.

    *    Ne pas souffler dans les buses de pulvérisation pour les
         déboucher. Les nettoyer à l'eau ou avec un brin d'herbe.

    *    Ne pas procéder à l'épandage par vent fort de peur que le
         pesticide ne soit rabattu vers soi, vers des animaux ou des
         habitations

    *    Ne pas laisser des pesticides sans surveillance en dehors du
         local de stockage.

    *    Ne laisser personne approcher des champs au moment de l'épandage.

    *    Ne laisser aucun enfant boire ni jouer près d'un matériel de
         pulvérisation, d'un endroit où l'on mélange des pesticides ou
         d'un champ traité.

    *    Interdire aux enfants l'usage des pesticides.

    Elimination des récipients vides et des restes de pesticides

    *    Demander aux conseillers agricoles quelle est la meilleure façon
         de se débarrasser des stocks de pesticides inutilisables et des
         récipients vides. On peut en général les enterrer, mais cela ne
         s'applique pas à tous les produits chimiques et c'est parfois
         interdit dans certaines régions. Il est extrêmement important de
         choisir la méthode à employer et l'endroit où l'on va brûler ou
         enterrer ces déchets de façon à ne faire courir aucun risque aux
         populations ou à l'environnement. Ne pas se débarrasser de
         pesticides ni de déchets contaminés par des pesticides dans des
         décharges communautaires utilisées pour les déchets ménagers. Il
         n'entre pas dans le cadre de cet ouvrage de formuler des
         recommandations plus précises sur la manière de se débarrasser
         des déchets chimiques.

    *    Dans la mesure du possible, pulvériser tout le pesticide contenu
         dans l'appareil pour éviter d'avoir à se débarrasser des restes
         inutilisés. Si c'est impossible, vider le réservoir de tout le
         pesticide restant et s'en débarrasser en le versant dans un trou
         creusé à l'écart des habitations, des puits, des cours d'eau et
         des cultures. Demander à un professionnel à quel endroit ce trou
         doit être creusé et vérifier la quantité de déchets qu'il peut
         contenir et à quelle fréquence on peut l'utiliser. L'entourer
         d'une barrière pour tenir les enfants à l'écart et apposer une
         pancarte indiquant que des poisons sont enterrés là.

    *    Nettoyer tout le matériel après l'avoir utilisé et le ranger à sa
         place. Verser l'eau de lavage dans le trou précédemment creusé
         dans le sol pour éliminer les restes de pesticide dilué.

    *    Laver les récipients vides à l'eau à trois reprises. En général,
         on vide les récipients au moment où l'on va mélanger les
         pesticides. Si on les rince immédiatement, on peut se débarrasser
         de l'eau de rinçage en la versant dans le réservoir du
         pulvérisateur. Les eaux de lavage qui ne peuvent être réutilisées
         doivent être recueillies et éliminées en les versant dans le trou
         mentionné précédemment. Après les avoir nettoyés, conserver les
         récipients vides dans le local réservé aux pesticides jusqu'à ce
         qu'on puisse s'en débarrasser en toute sécurité.

    *    Se laver et se changer entièrement après le travail.

    *    Laver soigneusement chaque jour tous les vêtements de travail.
         Les laver séparément. Ne jamais porter de vêtements de travail à
         la maison et ne jamais les laisser traîner chez soi s'ils sont
         sales.

    *    Ne jamais ramener chez soi des restes de produits chimiques. Les
         remettre dans le local où ils sont conservés.

    *    Ne pas utiliser les récipients vides pour ranger ou cuire des
         aliments ou des boissons destinés à l'homme ou aux animaux, car
         il est impossible d'éliminer entièrement le pesticide qu'ils
         contiennent. On lavera les récipients en plastique comme indiqué
         précédemment, on les percera pour les rendre inutilisables (Fig.
         11). Faire de même avec les bidons en acier et les bombes
         métalliques (mais ne pas percer les bombes sous pression).

    FIGURE 11

    Ce que peuvent faire les employeurs pour éviter les intoxications 
    professionnelles

    Mesures d'ordre général

    Il appartient aux employeurs de protéger leurs employés des dangers
    présentés par l'utilisation des substances chimiques. Pour cela il
    leur faut:

    *    Se conformer aux réglementations locales et nationales en matière
         de santé et de sécurité.

    *    Choisir les substances les moins dangereuses. Si plusieurs
         produits ont le même effet, choisir le moins toxique.

    *    Choisir un matériel et des modes d'utilisation éprouvés.

    *    S'assurer que les employés ne sont pas exposés aux produits
         chimiques plus souvent qu'il n'est nécessaire. Par exemple,
         utiliser le cas échéant, des ventilateurs mécaniques dans les
         bâtiments où on les emploie et où on les conserve.

    *    Fournir aux employés du matériel et des vêtements de protection
         s'il y a lieu. Assurer le bon entretien du matériel et des
         vêtements.

    *    Utiliser les pancartes et signaux d'avertissement.

    Un employeur doit en outre:

    *    Avertir ses employés qu'ils manipulent des substances
         dangereuses;

    *    Les informer des risques et s'assurer qu'ils ont bien compris;

    *    Former et inciter les employés à utiliser le matériel et les
         vêtements de protection et à manipuler les produits chimiques en
         toute sécurité;

    *    Vérifier de temps à autre si les équipements protecteurs sont
         utilisés et si les consignes de sécurité sont appliquées pendant
         le travail. Mettre en garde ceux qui ne s'y conforment pas en
         leur indiquant les dangers qu'ils courent.

    Santé des employés et exposition aux produits chimiques

    Professionnellement, le personnel ne doit pas être exposé à des
    quantités de produits chimiques susceptibles de le rendre malade ou de
    porter atteinte à sa santé. On mesurera et on notera la concentration
    de produit chimique dans l'air sur le lieu de travail. S'il y a lieu,
    le personnel se verra proposer des examens médicaux réguliers, de
    manière à voir s'il présente des atteintes dues à une exposition
    professionnelle et s'il faut prendre des mesures pour prévenir une
    telle exposition.

    Premiers secours et urgences

    *    Les premiers secours doivent pouvoir être données sur le lieu de
         travail quel qu'il soit.

    *    Une formation de secouriste doit toujours faire partie de la
         formation professionnelle.

    On évaluera sur chaque lieu de travail les risques liés à
    l'utilisation de substances toxiques, et on donnera au personnel la
    formation, le matériel de premiers secours et les produits nécessaires
    en cas d'urgence; on prévoira des moyens de communication et de
    transport en cas d'accident.

    Formation

    Les employeurs doivent former leur personnel à la conduite à tenir en
    cas d'accident et à la manière d'apporter les premiers secours. Ils
    vérifieront de temps à autre que les employés se souviennent encore de
    ce qu'il faut faire.

    Sur chaque lieu de travail, il doit toujours y avoir un ou plusieurs
    secouristes qualifiés capables d'apporter les premiers secours en cas
    d'urgence (intoxication, blessure ou maladie soudaine). Dans beaucoup
    de pays, la législation du travail stipule qu'il doit y avoir dans
    l'entreprise des personnes formées aux premiers secours à partir d'un
    certain nombre d'employés, mais il faut aussi des secouristes
    qualifiés dans les entreprises plus petites auxquelles ces
    réglementations ne s'appliquent pas. Même une personne travaillant
    seule doit avoir des notions de secourisme et savoir si le travail
    qu'elle effectue est dangereux. Le nombre de personnes qui doivent
    être formées aux premiers secours dépend de l'importance du risque. Il
    peut s'agir d'ouvriers, de contremaîtres ou, s'il s'agit d'une
    personne seule à domicile, d'autres adultes de la famille.

    Matériel

    Il doit toujours y avoir un matériel de premiers secours dans les
    lieux où l'on manipule des produits dangereux. Par exemple, lorsqu'il
    y a des liquides corrosifs, il faut disposer d'un distributeur de
    solution de rinçage oculaire ou d'un flacon en plastique qui en soit
    rempli. S'il y a un risque d'éclaboussure et de contact du liquide
    corrosif avec la peau, cela justifie l'installation d'une douche
    d'urgence. On prévoira des masques respiratoires dans les endroits où
    l'on utilise des gaz irritants ou toxiques, comme le chlore ou
    l'anhydride carbonique, de façon à ce que les employés puissent
    évacuer les locaux ou porter secours aux autres en cas de fuite de
    gaz. Dans certains cas, il peut falloir un matériel spécial pour
    porter secours aux gens à la suite d'un accident.

    Produits

    On ajoutera des antidotes à la trousse de premiers secours dans les
    endroits où l'on utilise des produits chimiques dangereux agissant
    très rapidement. Par exemple, des capsules de nitrite d'amyle là où
    l'on utilise du cyanure.

    Recherche d'une aide et transport des victimes à l'hôpital

    En cas d'accident du travail, le plus facile consiste à appeler un
    collègue ou, si l'on travaille à domicile, un membre de la famille ou
    un voisin.

    Les employeurs doivent savoir quelle est la conduite à tenir et qui
    contacter en cas d'accident avec des produits dangereux.

    Le cas échéant, des instructions claires indiquant ce qu'il y a lieu
    de faire et les services à contacter en cas d'urgence ou d'accident
    avec des produits chimiques dangereux seront affichées au mur,
    accompagnées des numéros de téléphone des services d'urgence, des
    services de santé, du centre antipoisons les plus proches, ou
    d'instructions relatives à la manière de les contacter. Ces affiches
    comporteront des figures et des instructions indiquant la marche à
    suivre pour apporter les premiers secours et rechercher une aide
    médicale une fois les premiers soins prodigués. Il appartient aux
    employeurs de vérifier de temps à autre que ces procédures sont encore
    valables et de se renseigner pour savoir, par exemple, si les
    personnes à contacter sont toujours les mêmes.

    Coopération entre employeurs et employés

    Les employeurs, les employés et leurs représentants collaboreront
    étroitement à l'application de ces consignes de sécurité. Les employés
    doivent se soucier de leur propre santé et de leur propre sécurité en
    suivant la formation et les instructions données par leurs employeurs,
    en utilisant correctement le matériel et les vêtements protecteurs, et
    en signalant immédiatement à leur supérieur toute situation pouvant
    présenter un danger.

    On informera les employés des dangers présentés par les produits
    chimiques qu'ils utilisent et on leur apprendra à travailler de
    manière à s'en préserver.

    Précautions à prendre contre les morsures de serpents

    Lorsque l'on rencontre un serpent, ce dernier cherchera en général à
    fuir s'il en a l'occasion. Les serpents ne mordent que lorsqu'ils sont
    surpris par un mouvement brusque et ne peuvent s'enfuir.

    *    Porter des chaussures à l'extérieur. De grandes bottes de cuir
         offrent la meilleure protection dans les herbes hautes ou les
         sous-bois. Porter des pantalons par-dessus les bottes (Fig. 12).

    FIGURE 12

    *    Apprendre à reconnaître les serpents venimeux de la région et
         leur habitat. La plupart vivent sur le sol, mais certains
         évoluent dans les arbres ou les buissons. Se renseigner pour
         savoir s'il y a des serpents qui crachent leur venin et comment
         ils attaquent.

    *    Etre extrêmement prudent la nuit, car c'est le moment où de
         nombreux serpents sont actifs. Recommander aux enfants de porter
         des chaussures et de prendre une torche lorsqu'ils se déplacent
         la nuit. Leur apprendre à ne pas déranger les serpents.

    *    Ne pas s'approcher d'un serpent. S'éloigner si c'est possible.
         Autrement, ne pas faire de mouvements brusques.

    *    Ne pas toucher un serpent même s'il a l'air mort. Certains
         serpents font le mort pour ne pas être attaqués.

    *    Ne pas retourner les pierres ni les branches mortes, et ne pas
         mettre les mains ni les pieds dans des anfractuosités du sol.
         Avant d'enjamber un tronc, s'assurer qu'il n'y a pas de serpent
         de l'autre côté.

    *    Ne pas dormir à même le sol de peur de rouler sur un serpent en
         dormant, ou d'en attirer un venu se réchauffer à votre contact.

    Précautions à prendre contre les piqûres et les morsures d'insectes
    (araignées et scorpions)

    *    Apprendre à reconnaître les insectes, chenilles, araignées et
         scorpions venimeux de la région et leur habitat.

    *    Pour se protéger des piqûres d'abeille lorsque l'on travaille au
         milieu des fleurs ou des fruits, porter des pantalons longs, des
         chemises à manches longues et des gants, et se couvrir le plus
         possible la tête et le visage (Fig. 13). Afin de ne pas attirer
         les abeilles éviter de porter des vêtements très colorés avec des
         motifs à fleurs, des bijoux, boutons ou boucles brillants,
         d'utiliser du parfum, du savon ou du shampoing parfumés.

    FIGURE 13

    *    Ne pas marcher pieds nus ni en sandales à l'extérieur.

    *    Ne pas toucher les insectes, chenilles, araignées, scorpions ou
         scolopendres.

    *    Ne pas mettre les mains dans les feuilles mortes, les troncs
         d'arbre pourris ni les anfractuosités dans lesquelles chenilles,
         araignées, scorpions ou scolopendres peuvent être présents.

    Précautions à prendre pour éviter de consommer des poissons venimeux, 
    des plantes ou des champignons vénéneux

    *    Rechercher quels sont les plantes et champignons vénéneux de la
         région, et à quoi ils ressemblent. S'assurer de bien les
         reconnaître --- certaines plantes, certains champignons et
         poissons comestibles sont très difficiles à distinguer des
         espèces dangereuses.

    *    Apprendre à préparer correctement les aliments. Certaines plantes
         (comme le manioc) sont toxiques si elles ne sont pas préparées et
         cuites correctement, et il y a des plantes et des poissons dont
         certaines parties sont toxiques et ne doivent pas être
         consommées.

    *    Si l'on prépare un poisson tropical, enlever la tête, la peau et
         l'intestin rapidement, car ils peuvent contenir des quantités
         importantes de substances toxiques.

    *    Ne pas acheter de champignons aux gens qui les vendent au bord
         des routes.

    *    Ne pas manger un poisson qui n'est pas frais. Certains poissons
         sont bons lorsqu'ils sont frais, mais deviennent toxiques s'ils
         attendent.

    Précautions à prendre pour éviter de consommer des aliments contaminés 
    par des microbes

    *    Une cuisine doit toujours être propre. Nettoyer régulièrement les
         tables et autres plans de travail où sont préparés les aliments,
         ainsi que les ustensiles de cuisine.

    *    Protéger les aliments en les recouvrant ou en les mettant dans
         des boîtes ou des garde-manger (Fig. 14).

    FIGURE 14

    *    Se laver soigneusement les mains à l'eau et au savon (propres)
         avant de toucher ou de préparer des aliments. Toute coupure ou
         égratignure aux doigts doit être recouverte d'un pansement
         propre.

    *    Faire bouillir les assiettes et les couverts utilisés par des
         malades avant que quelqu'un d'autre ne s'en resserve.

    *    Ne pas conserver des aliments longtemps à la chaleur. Ne pas
         garder de restes s'il est impossible de les réfrigérer.

    *    Ne pas laisser les mouches ou autres insectes, les vers, rats ou
         autres animaux avoir accès aux aliments. Ils portent des microbes
         et transmettent des maladies.

    *    Ne pas laisser les aliments à la poussière; ne laisser personne
         les toucher.

    *    Ne pas laisser traîner les restes de nourriture ni les plats
         sales, car ils attirent les mouches et les microbes y
         prolifèrent.

    *    Ne pas laisser traîner sur le sol des ustensiles propres.

    *    Ne pas consommer de viande crue ou mal cuite. Elle doit être bien
         cuite.

    *    Ne pas consommer d'aliments trop vieux ou qui sentent mauvais.

    *    Jeter les boîtes de conserve qui ont gonfléou qui giclent et font
         du bruit quand on les ouvre. Etre particulièrement prudent avec
         les conserves de poisson.

    CHAPITRE 4  Conduite à tenir en cas d'urgence

    Objectifs

    A la fin de ce chapitre, on doit être à même de:

    1.   Décider rapidement et dans le calme de ce qu'il y a lieu de faire
         en cas d'urgence.

    2.   Vérifier qu'il n'y a pas de danger sur les lieux d'un accident,
         d'un incendie ou d'une explosion et mettre en garde les personnes
         présentes.

    3.   Savoir rapidement à quel moment il faut trouver de l'aide pour
         secourir une personne intoxiquée par un gaz, ou piégée dans un
         bâtiment en feu.

    Lorsqu'une personne est intoxiquée, elle peut se sentir soudainement
    très mal et avoir immédiatement besoin de soins. Lorsqu'on aide une
    personne intoxiquée ou blessée lors d'un accident, un incendie ou une
    explosion chimique, ou par de l'oxyde de carbone, il faut être
    conscient des risques que l'on court, de façon à pouvoir se protéger
    et mettre en garde les autres.

    Surveillance des risques

    Il peut y avoir risque d'intoxication:

    --   dans une pièce ou un bâtiment mal aéréoù il y a un appareil de
         chauffage ou une cuisinière à bois, au mazout ou au gaz;
    --   dans un garage lorsqu'un moteur de voiture tourne;
    --   dans un réservoir de produit chimique vide;
    --   dans un entrepôt ou un silo à grains;
    --   à proximité d'un feu ou d'une explosion de produits chimiques, ou
         lorsqu'un gaz, un solide ou un liquide se répand ou fuit, en
         particulier dans un puits, une tranchée ou une cave;
    --   à l'intérieur d'un immeuble en feu. Le feu dégage de la fumée et
         de l'air chaud qui endommagent les poumons si on les inhale et
         des gaz toxiques, en particulier lorsque des produits chimiques
         ou du plastique brûlent. Les gaz toxiques s'accumulent rapidement
         dans un espace clos;
    --   en cas de contact avec la peau ou les vêtements de personnes
         contaminées par des produits très toxiques, tels que le cyanure
         ou les pesticides organophosphorés.

    Il peut également y avoir risque de blessure sur les lieux d'un
    accident chimique. Par exemple, le danger peut être lié à la
    circulation si l'accident s'est produit sur la voie publique, ou venir
    de l'effondrement des bâtiments en cas d'incendie ou d'explosion.

    Conduite à tenir en cas d'urgence

    En cas d'urgence:

    *    Rester calme
    *    S'assurer que l'on va bien soi-même.
    *    Donner l'alarme et appeler à l'aide.
    *    Eloigner les victimes du danger.
    *    Donner les premiers secours.

    Rester calme

    Essayer de rester calme avant de s'approcher d'une victime ou d'un
    accident. La plupart des gens sont effrayés s'ils sont blessés ou
    soudainement malades. Rester calme permet de les rassurer. Agir
    rapidement et calmement.

    S'assurer que l'on va bien soi-même

    Avant de faire quoi que ce soit, s'assurer que l'on va bien. En cas de
    danger, se protéger pour ne pas être la prochaine victime, car il n'y
    aura alors peut-être personne sur l'aide de qui compter.

    Vérifier rapidement qu'il n'y a aucun risque de:

    --   gaz, fumée ou vapeurs toxiques,
    --   liquides toxiques,
    --   incendie et bâtiments qui s'écroulent,
    --   circulation.

    Vérifier le sens du vent et rester à l'écart des endroits où des
    fumées ou des vapeurs pourraient être emportées.

    Donner l'alarme et appeler à l'aide

    Si l'on est le premier sur les lieux d'un accident, crier pour
    prévenir les personnes alentour du danger et leur dire d'appeler de
    l'aide.

    S'il y a plusieurs victimes, toujours crier à l'aide avant de faire
    quoi que ce soit d'autre.

    Si une infirmière, un médecin, un agent de santé ou un secouriste
    habite ou travaille à proximité, envoyer quelqu'un le (la) chercher.

    Eloigner la victime du danger, si c'est possible

    Si la personne est inconsciente dans une pièce ou un bâtiment qui
    risque d'être rempli de gaz toxique:

    *    Ouvrir la porte et les fenêtres de l'extérieur (en cassant les
         vitres s'il le faut) pour aérer. Attendre quelques minutes que la
         pièce soit bien aérée avant d'y pénétrer.

    *    Ne pas toucher aux interrupteurs électriques et ne laisser
         personne entrer dans la pièce avec une cigarette allumée ou une
         flamme nue. Cela pourrait provoquer une explosion.

    Si quelqu'un est piégédans un bâtiment en feu:

    *    Ne pas y aller sans équipement respiratoire (dont il faut
         connaître le maniement). Si l'on pénètre dans un bâtiment en feu
         sans aucune protection contre les gaz et les fumées toxiques, on
         risque de s'évanouir et de ne plus pouvoir ressortir. Un linge
         mouillé sur la bouche et le nez ne constitue pas une protection
         efficace.

    Si quelqu'un gît inconscient au fond d'un réservoir vide:

    *    Envoyer de l'air dans le réservoir à l'aide d'un compresseur. Ne
         pas pénétrer dans le réservoir tant que l'air qu'il contient n'a
         pas été entièrement renouvelé.

    *    Si l'on ne peut renouveler l'air du réservoir à l'aide d'un
         compresseur, ne pas pénétrer dedans, sauf si l'on porte un masque
         respiratoire que l'on sait utiliser. Un sauveteur qui pénètre
         dans le réservoir sans masque risque de perdre connaissance et de
         ne plus pouvoir en ressortir.

    Se protéger de l'intoxication qui pourrait survenir du fait d'un
    contact avec la victime. Mettre des gants avant de toucher une
    personne intoxiquée par du cyanure, des gaz lacrymogènes ou des
    pesticides organophosphorés. Le poison présent sur sa peau ou ses
    vêtements peut vous intoxiquer.

    Donner les premiers secours

    Prodiguer les premiers soins avant de bouger la victime, sauf s'il est
    dangereux de rester sur place (voir chapitre 5).

    S'il est impossible d'emmener immédiatement la victime chez un médecin
    ou à l'hôpital, il faudra peut-être faire plus pour l'aider (voir
    chapitre 9).

    CHAPITRE 5  Premiers secours

    Objectifs

    A la fin de ce chapitre, on doit être à même de:

    1.   Voir si une personne:
         --- est inconsciente,
         --- ne respire plus,
         --- n'a plus de battements cardiaques.

    2.   Décider dans chaque cas de ce qu'il faut faire et donner les
         premiers secours.

    3.   Donner les premiers secours lorsque quelqu'un:

         --- présente des convulsions,
         --- a reçu un produit chimique dans les yeux,
         --- a reçu un produit chimique sur la peau,
         --- a été mordu ou piqué par un animal venimeux.

    Les premiers secours sont les soins qu'une personne peut immédiatement
    prodiguer en cas d'urgence médicale.

    Ce chapitre peut aider à acquérir des notions de secourisme, mais il
    faut un enseignement pratique des gestes à effectuer. Il est important
    de voir la démonstration d'un bouche-à-bouche et d'un massage
    cardiaque, puis de s'exercer sur un mannequin spécial d'entraînement
    (modèle en grandeur réelle). Ne jamais s'exercer au massage cardiaque
    sur quelqu'un d'autre, seulement sur un mannequin.

    Il est dangereux de faire un massage cardiaque sans avoir été formé à
    cela.

    La victime d'une intoxication peut:

    --   être inconsciente,
    --   ne plus respirer,
    --   ne plus avoir de battements cardiaques,
    --   présenter des convulsions.

    Elle a besoin de soins immédiats pour rétablir la respiration et
    relancer le coeur.

    Lorsque des substances chimiques ont été au contact de la peau ou des
    yeux, elles peuvent provoquer des brûlures. En pareil cas, les
    premiers soins consistent à rincer la substance chimique pour
    l'éliminer. Cette dernière peut également pénétrer dans l'organisme et
    entraîner une intoxication.

    Les personnes qui ont été mordues ou piquées par un animal venimeux
    ont besoin de soins; il faut:

    --   retirer les dards, épines ou tentacules,
    --   nettoyer la plaie et arrêter l'infection,
    --   ralentir la diffusion du poison dans l'organisme.

    Donner immédiatement les premiers soins

    Des soins immédiats peuvent empêcher une intoxication grave et sauver
    la vie de la victime. En cas d'arrêt cardio-respiratoire, la victime
    mourra dans les quelques minutes qui suivent si on ne lui porte pas
    secours.

    Premiers secours en cas d'intoxication

    Voici une liste des premiers gestes à accomplir. Chaque étape est
    expliquée en détail plus loin. Les effectuer dans l'ordre donné. Agir
    aussi vite que possible, mais dans le calme.

    1.   Vérifier si la personne est consciente.
    2.   Dégager les voies aériennes et s'assurer que l'air peut parvenir
         jusqu'aux poumons.
    3.   Vérifier si elle respire.
    4.   Nettoyer la cavité buccale et dégager la gorge.
    5.   Faire un bouche-à-bouche.
    6.   Vérifier si le coeur bat.
    7.   S'il bat mais que la victime ne respire toujours pas, poursuivre
         le bouche-à-bouche.
    8.   Si le coeur ne bat pas, pratiquer un massage cardiaque.
    9.   Si la victime respire mais reste inconsciente, la tourner dans la
         position latérale de sécurité.
    10.  Le cas échéant, traiter les convulsions.
    11.  Si les yeux sont touchés, les rincer abondamment.
    12.  Retirer les vêtements contaminés et rincer les parties du corps
         contaminées (peau, cheveux).
    13.  En cas de piqûre ou de morsure venimeuses, donner les premiers
         secours.

    Vérifier si la personne est consciente

    Essayer de réveiller la victime. Lui crier: «Vous allez bien?» en lui
    secouant légèrement les épaules, mais en faisant attention à ne pas
    aggraver ses blessures (Fig. 15). Lui pincer la peau du cou et
    observer son visage. Une personne qui n'est qu'endormie se réveillera,
    mais une personne inconsciente non.

    FIGURE 15

    Dégager les voies aériennes

    Les voies aériennes sont les conduits à travers lesquels passe l'air
    pour parvenir jusqu'aux poumons. S'ils sont obstrués, la victime ne
    peut respirer et l'air ne peut entrer ni sortir des poumons. Une
    victime qui ne respire pas meurt dans les quatre minutes.

    Chez un sujet inconscient, la langue peut obstruer la gorge et les
    voies aériennes. S'assurer que celles-ci sont dégagées et que l'air
    peut descendre dans la gorge (Fig. 16):

    FIGURE 16

    *    Mettre la victime sur le dos.

    *    Basculer la tête en arrière et relever le menton entre le pouce
         et l'index, tout en appuyant en arrière sur le front de l'autre
         main (Fig. 17). Cela permet de dégager les voies aériennes et
         empêche la langue d'obstruer la gorge.

    FIGURE 17

    Vérifier si la victime respire

    Après avoir dégagé les voies aériennes, vérifier rapidement si la
    victime respire (Fig. 18):

    FIGURE 18

    *    Regarder si son ventre ou sa poitrine se soulèvent régulièrement.
    *    Palper sa poitrine pour voir si elle se soulève.
    *    Approcher la joue de son visage pour essayer de sentir son
         souffle.
    *    Ecouter s'il y a des bruits respiratoires. Pour cela, mettre son
         oreille tout près de la bouche de la victime.

    Procéder à ces quatre vérifications. Se souvenir que la poitrine peut
    se soulever et s'abaisser, même si la gorge est complètement obstruée
    et que l'air ne pénètre pas dans les poumons.

    L'arrêt respiratoire peut avoir diverses causes:

    *    Il y a quelque chose de coincé dans la gorge de la victime.
    *    La victime a la gorge obstruée par sa langue, du sang, des
         crachats, des vomissures, des aliments ou des fausses dents (si
         l'on a incliné la tête en arrière, ce n'est pas la langue qui
         obstruera la gorge).
    *    La gorge est obstruée parce que la victime a avalé un poison qui
         la lui a brûlée et fait enfler.
    *    La victime a été empoisonnée.
    *    Elle a reçu un coup violent sur la tête ou dans la poitrine.
    *    Elle a eu une crise cardiaque.
    *    Elle s'est presque noyée.

    Nettoyer la cavité buccale et dégager la gorge

    Si la victime ne respire pas après que vous lui ayez renversé la tête
    en arrière, il se peut que quelque chose lui obstrue la gorge.

    Lui tourner la tête sur le côté et passer un doigt au fond de sa
    bouche et de sa gorge afin de retirer toute substance pouvant les
    obstruer, par exemple, des vomissures (Fig. 19). Retirer les prothèses
    dentaires (fausses dents).

    FIGURE 19

    Si la victime commence à respirer, la mettre dans la position latérale
    de sécurité. Vérifier fréquemment le pouls et la respiration.

    Si, pour une raison ou pour une autre, la victime ne respire toujours
    pas, il faut immédiatement agir pour rétablir la respiration.

    Faire un bouche-à-bouche

    On peut rétablir la respiration en insufflant de l'air de ses propres
    poumons dans les poumons de la victime par la bouche (bouche-à-bouche)
    ou par le nez (bouche-à-nez).

    *    Ne pas faire le bouche-à-bouche si la victime respire encore.

    S'il y a du poison sur les lèvres de la victime ou si des produits
    corrosifs lui ont brûlé les lèvres et le menton, faire un
    bouche-à-nez. Insuffler de l'air par le nez (voir Fig. 20). On peut
    recouvrir la bouche de la victime d'un tissu pour se protéger les
    lèvres ou les mains.

    FIGURE 20

    Bouche-à-bouche et bouche-à-nez chez un adulte:

    1.   La victime étant étendue à plat sur le dos, lui nettoyer la
         bouche. S'agenouiller à côté de sa tête.

    2.   Lui renverser la tête en arrière.

    3.   D'une main, lui pincer le nez. De l'autre, lui ouvrir la bouche
         (Fig. 21). Ne pas appuyer sur le cou. Pour le bouche-à-nez,
         fermer la bouche de la victime avec le pouce.

    FIGURE 21

    4.   Inspirer profondément. Recouvrir de ses propres lèvres la bouche
         de la victime et expirer doucement et régulièrement de façon que
         tout l'air expiré aille dans sa bouche. Expirer avec force pour
         remplir sa cage thoracique (voir Fig. 22). Vérifier que sa
         poitrine se soulève. Pour le bouche-à-nez, appliquer les lèvres
         sur le nez de la victime (voir ci-dessus).

    FIGURE 22

    5.   S'écarter pour que la victime puisse expirer et pour prendre une
         nouvelle inspiration. Tourner la tête, attendre que la poitrine
         s'abaisse, sentir l'air expiré en approchant la joue et écouter
         le bruit de l'expiration (voir Fig. 23). Pour le bouche-à-nez, il
         faut ouvrir la bouche de la victime pour laisser l'air
         s'échapper.

    FIGURE 23

    6.   Prendre une nouvelle inspiration. Après avoir laissé la poitrine
         s'abaisser, insuffler à nouveau de l'air dans la bouche (ou le
         nez) de la victime et la regarder à nouveau expirer. Vérifier
         ensuite que son coeur bat.

    Si la cage thoracique ne se soulève pas chaque fois que l'on insuffle
    de l'air et qu'on ne sent ni n'entend la victime expirer, soit les
    voies aériennes sont obstruées, soit l'air insufflé ne parvient pas
    dans les poumons. Vérifier que la tête de la victime est bien basculée
    en arrière et dégager à nouveau les voies aériennes. S'assurer qu'une
    partie de l'air qu'on insuffle dans la bouche (ou le nez) de la
    victime ne s'échappe pas.

    Bouche-à-bouche chez un enfant ou un bébé

    Dégager les voies aériennes de la même façon que chez l'adulte, mais
    sans renverser la tête trop en arrière pour ne pas provoquer une
    coudure des voies aériennes.

    Si quelque chose obstrue la gorge, le retirer soigneusement, mais ne
    pas passer le doigt dans la bouche d'un bébé si l'on ne voit rien.
    Autrement, si la gorge est enflée à cause d'une infection, cela risque
    d'aggraver le problème.

    Ne pas pincer le nez. Recouvrir de ses lèvres le nez et la bouche de
    la victime (Fig. 24). Expirer doucement, juste assez pour soulever la
    cage thoracique de l'enfant. Pour un petit bébé, n'insuffler que de
    toutes petites bouffées. Ne pas insuffler l'air brutalement car cela
    risque de provoquer des lésions. Insuffler de l'air toutes les 3
    secondes.

    FIGURE 24

    Vérifier si le coeur bat

    Rechercher le pouls au niveau du cou, dans le creux situé entre le
    larynx et le muscle (pouls carotidien). Mettre deux doigts sur la
    pomme d'Adam et les faire glisser dans le sillon situé sous la
    mâchoire (voir Fig. 25). Les y laisser pendant au moins cinq secondes
    pour voir si l'on perçoit un pouls.

    FIGURE 25

    Dans le cas contraire, cela signifie que le coeur s'est arrêté. C'est
    ce qu'on appelle un arrêt cardiaque. La victime est inconsciente et a
    probablement les pupilles dilatées. Si elle est de race blanche, elle
    a probablement le teint bleu-gris. S'il s'agit d'une personne à la
    peau noire ou brune, rechercher une coloration bleue des ongles, des
    lèvres et de la partie interne des paupières inférieures. Si le coeur
    s'arrête, la respiration va également s'arrêter et la victime aura
    besoin d'un massage cardiaque et d'un bouche-à-bouche.

    Si le coeur bat, mais que la victime ne respire toujours pas,
    poursuivre le bouche-à-bouche.

    Prendre une profonde inspiration et insuffler de l'air toutes les 5
    secondes jusqu'à ce que la personne commence à respirer sans aide.
    Cela peut parfois prendre plus d'une heure.

    Si la victime a inhalé un gaz irritant, sa bouche et sa gorge peuvent
    être remplies de mousse. On ne peut éliminer celle-ci avec les doigts,
    il est donc inutile de perdre du temps à essayer de le faire. Comme
    cette mousse est constituée de bulles d'air, tout ce qu'on peut faire
    pour que l'air circule est de la pousser dans les poumons. Il faut
    donc insuffler de l'air comme d'habitude.

    Lorsque la victime commence à respirer, la tourner dans la position
    latérale de sécurité. Il peut arriver qu'elle vomisse et, dans cette
    position, les vomissures ne risquent pas de lui obstruer la gorge.
    Laisser les vomissures sortir et les retirer de la bouche avec le
    doigt.

    Surveiller attentivement la victime au cas où elle arrêterait à
    nouveau de respirer. En pareil cas, la remettre sur le dos et
    reprendre le bouche-à-bouche.

    Si le coeur ne bat pas, pratiquer un massage cardiaque

    Si l'on ne sent pas le pouls carotidien, il faut essayer de relancer
    le coeur en pratiquant un massage cardiaque (voir plus loin).

    Le massage cardiaque (ou compression thoracique) consiste à appuyer
    sur le coeur pour en faire sortir le sang et aider ce dernier à
    circuler dans l'organisme. Cela peut permettre au coeur de repartir.
    Il n'est efficace que si la victime est allongée sur une surface dure.

    S'il n'y a pas de battement de coeur, le sujet aura arrêté de
    respirer. Toujours commencer par le bouche-à-bouche et pratiquer le
    massage cardiaque ensuite.

    Ne pas pratiquer de massage cardiaque si le coeur bat, même
    faiblement. Dès que l'on sent le pouls carotidien, arrêter
    immédiatement, mais en poursuivant le bouche-à-bouche si la victime ne
    respire toujours pas.

    Massage cardiaque chez un adulte

    1.   Vérifier qu'il n'y a aucun battement de coeur.

    2.   Allonger la victime sur le dos sur une surface dure.
         S'agenouiller à son côté au niveau de la poitrine.

    3.   Rechercher la bonne position des mains. Palper le bord inférieur
         des côtes. Le suivre vers le haut jusqu'au sternum où les côtes
         se rejoignent. Poser le majeur à la base du sternum et l'index
         juste à côté (Fig. 26), puis poser la base de la paume de l'autre
         main sur le sternum à côté des deux doigts, au milieu de la cage
         thoracique (Fig. 27).

    FIGURE 26

    FIGURE 27

    4.   Recouvrir cette main avec la paume de la première et croiser les
         doigts fermement sans qu'ils reposent sur la poitrine (Fig. 28).
         Se soulever pour avoir les épaules au-dessus de la poitrine de la
         victime et garder les bras bien tendus.

    FIGURE 28

    5.   Appuyer sur la moitié inférieure du sternum en l'enfonçant de 4-5
         cm, en gardant les bras tendus. Relâcher ensuite la pression.
         Tout en comptant «un et deux et trois et...», imprimer 15
         pressions au rythme des chiffres égrenés (80 pressions par
         minute). Le faire régulièrement et doucement, sans à - coup.

    6.   Ne pas oublier qu'il faut à la fois un bouche-à-bouche et un
         massage cardiaque. Au bout de 15 pressions, faire basculer la
         tête de la victime en arrière, appliquer sa propre bouche sur
         celle de la victime et lui insuffler deux bouffées d'air.

    7.   Effectuer à nouveau 15 pressions suivies de deux respirations
         complètes. Vérifier les battements de coeur au bout d'une minute,
         puis de 3 minutes ou de 12 cycles. Dès qu'on perçoit à nouveau
         les battements, arrêter le massage. La victime reprend alors des
         couleurs plus normales et ses pupilles redeviennent normales.

    8.   Poursuivre le bouche-à-bouche à raison de 12 respirations par
         minute jusqu'à ce que la victime respire sans aide. Il peut
         falloir un certain temps pour cela, même une fois le coeur
         relancé. Lorsque la victime respire à nouveau seule, la mettre
         dans la position latérale de sécurité.

    Si l'on est deux, demander à l'autre personne de faire le
    bouche-à-bouche pendant que l'on pratique le massage cardiaque (Fig.
    29). Il faut que l'autre personne s'agenouille face à vous près de la
    tête de la victime. Elle doit insuffler deux fois de l'air et vérifier
    s'il y a un battement cardiaque. S'il n'y en a pas, appliquer cinq
    pressions sur la poitrine. Poursuivre, l'autre personne insufflant une
    fois de l'air dans les poumons et vous cinq pressions sur la poitrine.
    Vérifier s'il y a des battements cardiaques au bout d'une minute, puis
    toutes les trois minutes ou tous les 12 cycles.

    FIGURE 29

    Massage cardiaque chez l'enfant et le nourrisson 

    Le meilleur endroit pour sentir le pouls chez un jeune enfant ou un
    nourrisson est à la partie interne du bras. Le pouce étant à
    l'extérieur du bras, appuyer l'index et le majeur dans le sillon situé
    sous le muscle.

    Chez l'enfant et le nourrisson, les compresions doivent être
    légèrement plus rapides, mais moins fortes, que chez l'adulte.

    Chez l'enfant, n'utiliser qu'une main et appuyer légèrement sur la
    poitrine (Fig. 30). Imprimer une pression de 2,5-3,5 cm.

    FIGURE 30

    Chez le jeune enfant et le bébé, n'appuyer sur la poitrine qu'avec
    deux doigts.  Imprimer une pression de 1,5-2,5 cm (Fig. 31).

    FIGURE 31

    Garder les mains ou les doigts sous les mamelons.

    Appliquer 100 pressions par minute, au rythme de 15 compressions
    suivies de deux respirations.

    Si la victime respire mais est inconsciente, la tourner sur le côté
    dans la position latérale de sécurité.

    Un sujet inconscient doit être allongé sur le côté pour éviter que sa
    langue n'obstrue sa gorge et pour permettre éventuellement à un
    liquide de s'évacuer par la bouche.  C'est ce qu'on appelle la
    position latérale de sécurité.

    Avant de retourner la victime:

    *    Si sa respiration est bruyante, lui passer le doigt dans la
         bouche pour retirer tout ce qui pourrait obstruer les voies
         aériennes. Si elles bougent, retirer les fausses dents.

    *    Vider les poches de la victime de tout objet qui pourrait rendre
         la position inconfortable.

    *    Retirer les lunettes de la victime si elles risquent de la
         blesser.

    *    Examiner la tête et le cou à la recherche de lésions et passer
         les doigts sur la nuque et la colonne vertébrale pour voir si
         elles sont tordues ou enflées.

    *    Demander de l'aide si la victime présente un traumatisme à la
         tête ou au cou. A trois, la faire rouler en gardant la tête, le
         cou et le corps bien alignés. A son réveil, ne pas la laisser
         s'asseoir.

    La victime doit être tournée sur le côté avec:

    --   la tête, le cou et le corps bien alignés;
    --   la tête disposée de façon que la langue n'obstrue pas la gorge et
         que les vomissures ou la salive puissent s'écouler par la bouche;
    --   les bras et jambes disposés de façon que la victime ne puisse pas
         rouler dans une autre position.

    Procéder comme suit

    1.   S'agenouiller auprès de la victime, lui tourner la tête vers soi
         et l'incliner en arrière en gardant la mâchoire vers l'avant de
         façon à dégager les voies aériennes. Lui mettre le bras qui est
         vers soi au-dessus de la tête. Ramener l'autre bras sur sa
         poitrine. Soulever la jambe la plus éloignée en la prenant sous
         le genou et la plier (Fig. 32).

    FIGURE 32

    2.   Protéger le visage de la victime d'une main. De l'autre, tirer
         sur ses vêtements au niveau de la hanche pour la faire basculer
         vers vous, de façon à la mettre sur le côté, contre vos genoux
         (Fig. 33). La tête de la victime doit reposer sur le bras du
         dessous. S'assurer que les voies aériennes sont dégagées.

    FIGURE 33

    3.   Prendre le bras du dessus et placer la main sous la joue de la
         victime (Fig. 34). Cela permettra de garder sa tête en arrière et
         les voies aériennes dégagées. Disposer ensuite la jambe du dessus
         de façon que le genou plié repose sur le sol et soutienne le
         poids du corps.

    FIGURE 34

    Si la victime est trop lourde, demander de l'aide. Quelqu'un d'autre
    peut lui soutenir la tête pendant qu'on la retourne, ou la pousser
    pendant qu'on la tire.

    Ce qu'il faut faire en cas de convulsions

    1.   Allonger la victime dans un endroit sûr; s'assurer qu'il n'y a
         pas d'objets contondants ni tranchants à proximité et la protéger
         de tout traumatisme.

    2.   La tourner sur le côté de façon que sa langue tombe vers l'avant
         de la bouche et que la mousse baveuse puisse s'évacuer
         facilement.

    3.   Lui mettre un linge replié sous la tête, ou lui tenir la tête
         pour qu'elle ne se cogne pas sur des surfaces dures.

    4.   Ne pas essayer d'arrêter les mouvements convulsifs.

    5.   Dégrafer tout vêtement serré.

    6.   Ne rien mettre dans la bouche de la victime et ne pas essayer de
         la lui ouvrir.

    7    Après la crise, mettre la victime dans la position latérale de
         sécurité pour qu'elle se repose.

    Rinçage d'une substance chimique venue au contact des yeux

    Rincer immédiatement et abondamment à l'eau propre et froide tout
    produit chimique ayant pu entrer en contact avec les yeux, avant même
    de rincer la peau. Quelques secondes de retard peuvent aggraver les
    lésions.

    1.   Brosser ou essuyer sur-le-champ et avec douceur tout produit
         chimique liquide ou en poudre présent sur le visage. Asseoir ou
         allonger la victime la tête en arrière et tournée du côté le plus
         touché. Ouvrir doucement les paupières de l'oeil ou des yeux
         touchés et faire couler directement dessus de l'eau du robinet ou
         d'une cruche. S'assurer que l'eau ne coule pas sur le visage ni
         sur l'autre oeil, qui peut ne pas être touché. Rincer ainsi les
         yeux pendant 15 à 20 minutes, montre en main si possible.

         La victime peut avoir très mal et vouloir garder les yeux fermés,
         mais il faut absolument rincer tout le produit présent pour
         éviter des lésions irréversibles. Ouvrir doucement les paupières
         en grand et les maintenir ouvertes (Fig. 35).

    FIGURE 35

    2.   En rinçant les yeux, vérifier que l'intérieur des paupières est
         lui aussi bien rincé. Vérifier qu'il ne reste aucune particule
         solide de produit chimique dans les plis cutanés qui entourent
         les yeux, ni sur les cils ou les sourcils. Si sl'on n'est pas sûr
         d'avoir éliminé tout le produit chimique, poursuivre le rinçage
         10 minutes de plus.

    3.   Ne pas laisser la victime se frotter les yeux.

    4.   La victime doit être examinée par un médecin même si elle ne
         souffre pas, car des lésions peuvent apparaître par la suite.

    5.   Si la lumière la blesse, lui recouvrir l'oeil d'un bandeau
         stérile, d'une compresse de gaze ou d'un tampon de tissu propre.
         Le faire tenir en place avec un bandage, sans trop serrer. Ces
         mesures permettront de protéger l'oeil et d'accélérer la
         guérison.

    6.   En cas de douleurs, donner de l'aspirine ou du paracétamol toutes
         les quatre heures.

                                                                       
    Traitement médical d'une contamination chimique de l'oeil

    *    En cas de douleurs sévères, il peut être nécessaire de faire une
         injection intramusculaire de morphine.
    *    Rechercher des brûlures. Pour cela, appliquer des gouttes de
         fluorescéine dans l'oeil. Les brûlures se colorent en jaune.
    *    Eviter l'infection. Si des taches jaunes apparaissent avec la
         fluorescéine, appliquer de la pommade oculaire au chloramphénicol
         à 1%. Renouveler l'application toutes les deux heures. Continuer
         jusqu'à ce que l'oeil ne soit plus rouge et que la sclérotique
         soit blanche, puis poursuivre pendant encore 24 heures.
                                                                       

    Retirer les vêtements contaminés et rincer tout produit chimique
    présent sur la peau ou dans les cheveux.

    1.   Emmener immédiatement la personne jusqu'à la douche ou la source
         d'eau propre la plus proche. S'il n'y a pas d'eau à proximité,
         tapoter ou essuyer doucement la peau et les cheveux avec un
         chiffon ou du papier. Ne pas frotter ni frictionner la peau.

    2.   Laver immédiatement l'endroit touché à l'eau courante froide ou
         tiède et au savon s'il y en a. S'il n'y a pas d'eau courante,
         utiliser des seaux d'eau. Agir rapidement et rincer à grande eau
         (Fig. 36). Porter des gants et un tablier le cas échéant, afin de
         se protéger des éclaboussures de produit chimique. Certaines
         substances libèrent des vapeurs: prendre garde à ne pas les
         inhaler.

    FIGURE 36

    3.   Par ailleurs, retirer rapidement les vêtements, contaminés par le
         produit chimique ou des vomissures, ainsi que les chaussures et
         la montre s'il y a lieu. Il est important d'agir vite --- en
         découpant les vêtements s'il s'agit de substances très toxiques
         ou corrosives.

    4.   Si la surface corporelle contaminée par la substance est
         importante, rincer la personne sous une douche ou au tuyau
         d'arrosage, sans oublier les cheveux, le dessous des ongles,
         l'aine, et derrière les oreilles, s'il y a lieu.

    5.   Rincer abondamment pendant encore 10 minutes, ou davantage s'il
         reste du produit sur la peau. Si cette dernière est collante ou
         savonneuse, rincer jusqu'à que cet aspect disparaisse. Cela peut
         pendre plus d'une heure.

    6.   S'assurer que l'eau s'écoule librement et en toute sécurité, car
         elle contient du produit chimique.

    7.   Sécher ensuite doucement avec une serviette propre et douce. Si
         les vêtements collent à la peau après le rinçage, ne pas les
         retirer.

    8.   Se souvenir que de nombreuses substances chimiques peuvent
         traverser la peau très rapidement. Rechercher des signes
         d'intoxication (voir chapitre 7).

    9.   Mettre de côté les vêtements contaminés dans un récipient bien
         fermé et ne pas les réutiliser tant qu'ils n'ont pas été lavés.
         Jeter les chaussures contaminées par la substance chimique. Si on
         a utilisé des chiffons ou du papier pour essuyer la peau, les
         mettre de côté et les brûler.

    Si la victime présente des brûlures et qu'aucun médecin n'est présent:

    1.   Ne pas crever les cloques ni enlever les lambeaux de peau. Là où
         la peau est rouge et douloureuse ou à vif, la recouvrir, ainsi
         que la zone qui l'entoure, d'un pansement sec stérile et d'une
         bande. Ne pas serrer la bande. On protège ainsi la brûlure tout
         en accélérant sa guérison.

    2.   Habiller la personne de vêtements propres ou la recouvrir d'un
         drap.

    3.   Compenser les pertes liquidiennes: si les brûlures sont très
         étendues, donner une demi-tasse d'eau toutes les 10 minutes
         jusqu'à ce que la victime arrive à l'hôpital.

    4.   Traiter la douleur: donner de l'aspirine toutes les quatre heures
         jusqu'à ce qu'il y ait un mieux.

    5.   Emmener le plus vite possible la victime chez un médecin ou à
         l'hôpital.

    Ce qu'il faut faire en cas de morsure ou de piqûre par un animal
    venimeux

    On trouvera dans cette section des conseils d'ordre général, suivis de
    conseils plus spécifiques relatifs aux:

    --   morsures de serpents,
    --   piqûres ou morsures d'abeilles, de guêpes, de frelons, de fourmis
         (Solenopsis), de scorpions, d'araignées ou de tiques,
    --   piqûres de méduses,
    --   piqûres de poissons venimeux.

    Conseils d'ordre général

    1.   Souvent les gens paniquent lorsqu'ils ont été mordus ou piqués
         par un animal. Il faut leur dire que de nombreux serpents,
         araignées, insectes et animaux marins sont inoffensifs, et que
         même les morsures et piqûres d'animaux venimeux sont souvent sans
         danger.

    2.   Garder la personne immobile et au calme. Le fait de bouger le
         membre touché accélère la diffusion du venin dans le reste de
         l'organisme. La peur et l'excitation aggraveront l'état de la
         victime. Il faut lui dire de ne pas utiliser le membre touché et
         de le garder immobile au-dessous du niveau du coeur. Comme le
         membre enfle souvent au bout d'un moment, il faut retirer les
         bagues, montres, bracelets et anneaux de cheville le plus vite
         possible. Une gouttière et une écharpe permettront d'assurer
         l'immobilité.

    3.   Les méthodes qui suivent ne doivent pas être appliquées. Elles
         peuvent provoquer une infection ou aggraver les effets du venin.

         --   Ne pas inciser à l'endroit de la blessure ni autour de
              celle-ci.
         --   Ne pas aspirer le venin hors de la plaie.
         --   Ne pas poser un garrot ou un bandage serré.
         --   Ne pas appliquer de substances chimiques ni de médicaments
              sur la plaie, ni en injecter dedans (par exemple, cristaux
              de permanganate de potassium).
         --   Ne pas appliquer de glace sur l'endroit touché.
         --   Ne pas utiliser les nécessaires contre les morsures de
              serpents vendus dans le commerce.

         Le temps passé à appliquer des remèdes traditionnels à base de
         plantes serait mieux employé à emmener la victime rapidement à
         l'hôpital. Ces «remèdes» sont souvent inutiles et peuvent
         s'avérer dangereux et mettre la vie de la personne en danger.

    4.   La personne doit être couchée dans la position latérale de
         sécurité de façon à ce que ses voies aériennes soient dégagées en
         cas de vomissements ou d'évanouissement.

    5.   Ne rien lui donner en pareil cas --- ni nourriture, ni alcool, ni
         médicaments, ni boissons. Cependant, si l'attente des soins
         médicaux risque de se prolonger, lui donner à boire de l'eau pour
         éviter une déshydratation.

    6.   Essayer d'identifier l'animal en cause, mais ne pas tenter de
         l'attraper ni de le garder si cela peut s'avérer dangereux pour
         vous, pour la victime ou d'autres personnes. Si l'animal est
         mort, l'emmener à l'hôpital avec la victime, mais en le
         manipulant avec précaution, car même morts certains animaux
         peuvent parfois injecter du venin.

    7.   Emmener le plus rapidement possible la victime à l'hôpital, au
         dispensaire médical ou au centre de santé où des soins médicaux
         pourront lui être prodigués. Elle ne doit pas marcher et doit
         bouger le moins possible. S'il n'y a pas d'ambulance ni de
         voiture, la transporter sur une civière, un tréteau ou sur la
         barre d'une bicyclette.

    8.   Un sérum antivenimeux ne doit être administré qu'en milieu
         hospitalier ou médical équipé pour la réanimation en cas de
         réaction allergique. S'il est disponible, le sérum antivenimeux
         doit être systématiquement utilisé en présence de signes
         d'intoxication grave. Ne l'employer que dans ces cas-là.

    Traitement des piqûres et morsures d'animaux venimeux par
    des remèdes traditionnels

    Aucun remède traditionnel pour les morsures ou les piqûres (de
    serpents, de scorpions, d'araignées ou d'autres animaux venimeux) n'a
    d'autre effet que celui de guérir parce que l'on y croit.

    Quelqu'un qui dit avoir été sauvé grâce à un remède traditionnel l'a
    probablement été parce qu'il avait été mordu par un serpent qui
    n'avait pas injecté de poison.

    Certains remèdes traditionnels peuvent faire du bien. La personne qui
    croit en eux sera moins effrayée, aura un pouls qui va ralentir,
    bougera et tremblera moins, et le poison se répandra plus lentement
    dans son organisme. Elle sera donc moins en danger.

    Mais l'intérêt de ces remèdes traditionnels est extrêmement limité.
    Dans bien des cas, ils n'empêchent pas les gens d'être très malades ni
    de mourir d'une morsure de serpent. L'utilisation d'un remède
    traditionnel retarde un traitement plus efficace, et il vaut mieux en
    pareil cas emmener la personne à l'hôpital.

    Ne pas faire appel aux remèdes traditionnels qui contiennent des
    déchets animaux ou humains, ou qui supposent que l'on mange des
    animaux que l'on ne consomme pas habituellement. Ils ne sont d'aucune
    aide, sont souvent dangereux et peuvent provoquer des infections
    graves.

                                                                       
    Traitement médical des morsures et piqûres d'animaux venimeux

    1.   Le sérum antivenimeux ne doit être administré qu'en milieu
         hospitalier ou médical équipé pour la réanimation, à cause du
         risque de choc anaphylactique. S'il est disponible, le sérum
         antivenimeux doit être utilisé en présence de signes
         d'empoisonnement général grave. Ne l'employer que dans ces
         cas-là.

    2.   Pour déterminer s'il y a eu injection de venin et la gravité de
         l'empoisonnement, on recherchera les signes suivants:

         --   tuméfaction et lésion tissulaire locale à l'endroit de la
              morsure;
         --   défaut de coagulation sanguine provoquant un saignement au
              niveau des gencives, du nez, des plaies et des points
              d'injection;
         --   état de choc provoqué par un collapsus cardio-vasculaire;
         --   paralysie neurotoxique (ptose, ophtalmoplégie, dysarthrie,
              faiblesse musculaire périphérique, détresse respiratoire);
         --   myalgies généralisées et lésion tissulaire locale;
         --   insuffisance rénale avec urines rouges ou noires;
         --   ganglions lymphatiques drainant l'endroit de la morsure
              enflés et douloureux.

         Pour tester le temps de coagulation du sang total: verser 2 à 3
         ml de sang total veineux dans un tube à essai en verre (propre et
         sec) à température ambiante et le laisser reposer pendant 20
         minutes, durée au cours de laquelle du sang normal doit avoir
         coagulé. Incliner le tube pour voir si le sang est encore
         liquide.

    3.   Si la plaie s'infecte, traiter comme n'importe quelle autre
         infection locale en utilisant des antibiotiques s'il y a lieu.

    4.   En cas de lésion tissulaire locale, ne pas recouvrir la plaie
         mais la laisser à l'air.
                                                                       

    Ce qu'il faut faire en cas de morsure de serpent

    Les serpents venimeux mordent souvent sans injecter de venin. En
    d'autres termes, leur morsure est «sèche». Nombreux sont ceux qui ont
    survé cu à une morsure de serpent venimeux, même appartenant à une des
    espèces les plus dangereuses, sans avoir été intoxiqués.

    1.   Allonger la victime sur le côté dans la position latérale de
         sécurité, afin de diminuer le risque que des vomissures ne lui
         obstruent la gorge. Vérifier la respiration et les battements
         cardiaques.

    2.   N'appliquer aucune des méthodes déconseillées à la page 65.

    3.   Nettoyer doucement la plaie de façon qu'il ne reste pas de venin
         sur la peau. Le faire à l'eau propre et au savon, ou essuyer
         doucement avec un linge propre.

    4.   En cas de morsures d'élapidés, qui ne provoquent pas de lésion
         tissulaire locale ni de tuméfaction (serpents corails, bungares,
         mambas, certains cobras, à l'exclusion des cobras et vipères
         africains et de certains cobras et vipères asiatiques), appliquer
         un bandage large assez serré à l'endroit de la morsure en
         débordant ensuite sur la plus grande partie possible du membre
         touché par-dessus les vêtements. La bande doit être suffisamment
         serrée mais pas trop, afin de ne pas faire office de garrot. On
         doit pouvoir sentir le pouls à la partie inférieure du membre (en
         ce qui concerne la manière de prendre le pouls, se reporter à la
         page 84). Une forte douleur dans le membre bandé peut signifier
         que la bande est trop serrée. Il est très important de poser une
         attelle pour que le patient ne puisse bouger le membre en
         question. Une fois ce dernier à l'hôpital ou dans un centre
         médical, on peut retirer la bande, mais pas avant, car une fois
         la bande retirée le venin diffuse rapidement dans l'organisme.

    5.   Si la plupart des morsures de serpents ne sont pas douloureuses,
         certaines d'entre elles peuvent provoquer une douleur intense.
         Pour soulager celle-ci on peut donner du paracétamol, mais pas
         d'aspirine à cause du risque d'hémorragie.

    6.   Si le serpent a été tué, l'emporter à l'hôpital avec le malade
         afin de pouvoir l'identifier. Le manipuler avec précautions, car
         il peut encore injecter du venin, même avec la tête tranchée.

                                                                       
    Traitement médical des morsures de serpents

    Les morsures de serpents peuvent provoquer un tétanos (trismus). Dans
    la mesure du possible on fera donc une injection d'anatoxine tétanique
    au patient.

    Ne pas pratiquer d'injections inutiles à cause du risque d'hémorragie
    s'il y a des troubles de la coagulation.

    Un patient présentant une paralysie respiratoire peut avoir besoin
    d'une ventilation artificielle pendant plusieurs heures, jours, voire
    semaines.

    En cas d'insuffisance rénale, s'assurer que le patient reçoit
    suffisamment de liquides et surveiller attentivement le bilan
    hydrique. Une dialyse peut s'avérer nécessaire, de préférence une
    hémodialyse, ou, si c'est impossible, une dialyse péritonéale.
                                                                       

                                                                       
    La spoliation sanguine au niveau des vaisseaux endommagés par le venin
    de serpent peut entraîner un état de choc et une hypotension
    artérielle. Cela se produit surtout avec les morsures de vipères.
    L'administration intraveineuse de solutions de remplissage peut être
    alors salvatrice.

    En général, aucune intervention chirurgicale ne s'impose, et une
    intervention inutile pourrait entraîner des complications ou des
    lésions irréversibles au niveau du membre touché.
                                                                       

    Ce qu'il faut faire en cas de piqûre ou de morsure d'abeilles, de
    guêpes, de frelons, de fourmis (Solenopsis), de scorpions, d'araignées
    ou de tiques.

    1.   Les piqûres ou morsures d'insectes et les piqûres de scorpions
         provoquent douleur et tuméfaction locales, les morsures
         d'araignées pouvant entraîner des ulcérations profondes ou des
         cloques. Plus les piqûres ou morsures sont nombreuses, plus leur
         effet est grave. Certaines araignées, (par exemple les
         latrodectus spp., Loxosceles spp.) et au moins un scorpion (
         Hemiscorpion lepturus rencontré en République islamique d'Iran et
         en Iraq) peuvent provoquer des lésions tissulaires et des
         ulcérations locales au point de morsure, qui peuvent ensuite
         s'étendre à tout le membre touché.

    2.   Certaines personnes sont sensibles au venin d'insecte et peuvent
         présenter une éruption locale ou généralisée, des démangeaisons
         et des rougeurs de la peau. Dans les cas graves, ces personnes
         ressentiront un malaise avec l'impression d'avoir la poitrine
         prise dans un étau; leur visage peut enfler et elles peuvent
         présenter des difficultés respiratoires avec une respiration,
         sifflante et suffocante, s'accompagnant parfois d'une perte de
         connaissance. En cas de difficulté respiratoire, allonger la
         personne sur le côté dans la position de sécurité. En cas d'arrêt
         cardio-respiratoire, faire un bouche à bouche et pratiquer un
         massage cardiaque. On fera une injection intramusculaire
         d'adrénaline.

    3.   Les abeilles laissent leur dard dans la piqûre et ne peuvent
         piquer qu'une fois, mais ce n'est pas le cas des guêpes et des
         frelons qui peuvent piquer à plusieurs reprises. Si le dard est
         resté dans la plaie, le retirer rapidement en faisant attention
         de ne pas presser le sac à venin situé à son extrémité. Prendre
         une pince à épiler et saisir le dard aussi près de la peau que
         possible et le retirer (Fig. 37) ou l'enlever à la main. Retirer
         bagues, bracelets et bracelets de cheville, au cas où le membre
         enflerait.

    FIGURE 37

    4.   Les tiques peuvent parfois être détachées à l'alcool ou à la
         chaleur (bout incandescent d'une cigarette). Si ce n'est pas le
         cas, arracher la tique à l'aide d'une pince à épiler ou d'une
         pince fine en prenant garde à ne pas écraser son corps.

    5.   Une compresse trempée dans de l'eau froide, mais pas de la glace,
         permet de faire désenfler la piqûre et de calmer les
         démangeaisons et la douleur.

    6.   On peut donner du paracétamol pour lutter contre la douleur, mais
         pas d'aspirine.

                                                                       
    Traitement médical des piqûres et morsures d'insectes ou de scorpions

    1.   En Amérique du Sud on dispose de sérum antivenimeux contre
         certaines araignées:  Latrodectus spp.,  Loxosceles spp.,
          Phoneutria spp. et certains scorpions (par exemple, espèces de
          Centruroïdes, Tityus, Buthotus, et  Leiurus).

    2.   Le sérum antivenimeux peut être utile pour traiter les lésions
         tissulaires locales dues à  Loxosceles spp. et à  Hemiscorpion 
          lepturus, même s'il n'y a aucun signe d'intoxication générale.
         La plaie devra rester à l'air comme pour une brûlure.

    3.   On peut soulager la douleur par une analgésie locale (par ex.,
         lidocaïne, anesthésie par blocage nerveux digital ou
         périphérique), ou à l'aide d'analgésiques administrés par voie
         générale. On évitera d'utiliser la morphine à cause du risque de
         dépression respiratoire. Le sérum antivenimeux peut être utile
         pour traiter la douleur causée par les morsures de  Latrodectus 
         spp.
                                                                       

    Ce qu'il faut faire en cas de piqûres de méduse

    1.   Les tentacules de méduse s'accrochent à la peau et il peut être
         difficile de les en retirer. Calmer la personne et la faire tenir
         immobile pour éviter que les tentacules ne causent davantage de
         piqûres.

    2.   Il n'existe aucun moyen d'empêcher les tentacules de piquer si on
         les bouge, et il vaut donc mieux ne pas y toucher jusqu'à ce que
         les premiers effets de la piqûre aient disparu.

    3.   Pour empêcher les cellules de piquer, inonder la partie touchée
         de vinaigre (acide acétique à 5 %), sauf s'il s'agit d'une
          Physalia physalix. S'il n'y a pas de vinaigre, prendre de l'eau
         de mer. N'utiliser ni alcool, ni alcool à brûler, ni essence, ni
         eau douce. Des enveloppements froids ou de la glace pilée dans un
         tissu permettront peut-être de soulager la douleur provoquée par
         les piqûres de  Physalia et autres méduses. Les piqûres de
          Chironex ont souvent des conséquences graves. Les victimes ont
         parfois besoin d'un bouche-à-bouche et d'un massage cardiaque.

    4.   Détacher doucement les tentacules en les raclant à l'aide d'un
         couteau.

                                                                       

    Traitement médical des piqûres de méduse

    Si possible, faire une injection intramusculaire d'anatoxine
    tétanique.
                                                                       

    Ce qu'il faut faire en cas de piqûre de poisson venimeux

    De nombreux poissons venimeux comme le poisson-pierre, la rascasse
    volante, le scorpène et la vive ont des épines venimeuses qui, en
    piquant la peau, injectent du venin. La pastenague peut provoquer des
    coupures qui saignent beaucoup.

    1.   Si la personne est piquée dans l'eau, commencer par l'en sortir.

    2.   Tremper immédiatement la partie blessée dans une cuvette ou un
         bain d'eau aussi chaude que possible (sans dépasser 45°C) jusqu'à
         ce que la douleur disparaisse, mais pas plus de 30 minutes. Le
         venin est parfois détruit par la chaleur, d'où la disparition de
         la douleur.

    3.   Nettoyer la plaie et retirer les fragments d'épine.

                                                                       
    Traitement médical des piqûres de poisson venimeux

    Si possible, faire une injection intramusculaire d'anatoxine
    tétanique.

    On peut traiter la douleur à l'aide d'anesthésiques locaux ou
    d'analgésiques tels que le paracétamol. Il peut être dangereux
    d'administrer de la morphine à cause du risque de dépression
    respiratoire.
                                                                       

    CHAPITRE 6  Recherche d'une aide médicale

    Objectifs

    A la fin de ce chapitre on doit être à même de:

    1.   Décider de ce qu'il vaut mieux faire une fois les premiers
         secours donnés à une personne intoxiquée.

    2.   Déterminer si une personne intoxiquée doit voir un médecin avant
         d'être emmenée à l'hôpital.

    3.   Savoir quand il peut être utile de demander de l'aide par
         téléphone à un centre antipoisons ou à un hôpital.

    Une personne intoxiquée doit toujours être examinée par un médecin le
    plus rapidement possible. Après avoir donné les premiers soins, la
    meilleure chose à faire est d'emmener la victime à l'hôpital sans
    retard. Cependant, si cela risque de prendre plusieurs heures il sera
    peut-être préférable d'essayer d'obtenir un autre type d'aide médicale
    plus rapidement avant d'effectuer le transport à l'hôpital.

    A moins de deux heures d'un hôpital

    Emmener la victime à l'hôpital sans retard dès que les premiers soins
    ont été donnés.

    Ne pas transporter un sujet inconscient avant qu'il puisse respirer
    sans aide. Laisser un sujet inconscient ou somnolent dans la position
    latérale de sécurité.

    Loin d'un hôpital

    S'il existe un centre de santé ou un médecin à proximité, y envoyer la
    victime. Un praticien privé peut sauver la vie d'une victime si le
    transport à l'hôpital prend longtemps. S'il est difficile de bouger la
    victime, envoyer quelqu'un chercher le médecin.

    S'il n'y a pas de médecin à proximité, téléphoner à un centre
    antipoisons. Plus on donnera de détails au médecin du centre
    antipoisons sur les circonstances dans lesquelles l'intoxication s'est
    produite et sur les signes et symptômes présentés par la victime, plus
    ce médecin sera en mesure d'apporter son aide. Avant de téléphoner,
    examiner la victime rapidement mais soigneusement (voir chapitre 7) et
    rechercher les éventuels médicaments, pesticides ou autres produits
    chimiques, plantes ou animaux ayant pu provoquer l'intoxication (voir
    chapitre 8).

    Si l'on pense savoir ce qui a pu provoquer l'intoxication, s'en munir
    avant de téléphoner de façon à pouvoir en donner une description
    exacte et lire l'étiquette du récipient au médecin du centre
    antipoison (si l'intoxication est due à un animal, essayer de le
    capturer si cela ne présente pas de danger pour vous ou les autres.

    Manipuler les animaux morts avec précaution; ils peuvent encore être
    dangereux).

    Le médecin verra s'il y a quoi que ce soit d'autre à faire avant
    d'emmener la victime à l'hôpital. Dans certains cas, il pourra dire
    que la substance chimique, la plante ou l'animal en question n'est pas
    dangereux et qu'il n'est pas nécessaire d'emmener la personne à
    l'hôpital.

    S'il est impossible de téléphoner à un centre antipoisons, téléphoner
    à un hôpital.

    En l'absence d'une aide médicale rapide

    Consulter ce manuel pour décider de ce qu'il y a lieu de faire.
    Examiner plus soigneusement la victime (voir chapitre 7) et chercher à
    en savoir plus sur les circonstances de l'intoxication (voir chapitre
    8). Si l'on sait à quelle substance la victime a été exposée,
    rechercher dans la Partie 2 des renseignements plus précis sur ce
    qu'il y a lieu de faire.

    Le chapitre 9 indique ce qu'il faut faire en attendant que la victime
    parvienne à l'hôpital. Dans certains cas, on peut éviter une
    intoxication grave en faisant vomir la victime, on en lui donnant du
    charbon activé, un laxatif ou un antidote.

    Transport de la victime à l'hôpital

    Certains centres antipoisons ou hôpitaux organisent parfois le
    transport à l'hôpital. S'il n'y a pas d'ambulance, demander à
    quelqu'un de l'emmener en voiture, dans un camion, une camionnette ou
    une carriole.

    Si le transport doit se faire sur une civière, s'assurer que la
    victime est installée aussi confortablement que possible et qu'elle ne
    risque pas de tomber. Si le soleil est intense, fixer un drap au-
    dessus de la civière pour lui faire de l'ombre et laisser circuler
    l'air.

    Quelqu'un devra prendre soin du malade pendant le transport à
    l'hôpital. Si l'on ne peut s'en charger s'assurer que l'accompagnateur
    sait ce qu'il faut faire en pareil cas.

    Avec la victime faire également parvenir à l'hôpital les produits
    chimiques, médicaments, pesticides, plantes ou animaux ayant pu être à
    l'origine de l'intoxication, ainsi que le compte-rendu de l'examen du
    malade et des circonstances de l'intoxication.

    Ce qu'il faut faire après avoir lu ce chapitre

    S'assurer que l'on connaît le chemin le plus rapide menant à l'hôpital
    le plus proche et qu'on est capable de l'indiquer à quelqu'un d'autre.
    Estimer le temps qu'il faut pour y parvenir.

    Etablir une liste de numéros de téléphone et d'adresses utiles:
    hôpital et centre antipoisons les plus proches, où il serait possible
    d'avoir de l'aide en cas d'intoxication. Les inscrire au dos de ce
    manuel.

    CHAPITRE 7  Examen de la victime

    Objectifs

    A la fin de ce chapitre on doit être à même de:

    1.   D'examiner une victime à la recherche de signes et symptômes
         d'intoxication.

    2.   De décrire au médecin de quoi souffre la victime, au téléphone ou
         par écrit.

    3.   De savoir si une victime est gravement atteinte.

    4.   De reconnaître les syndromes d'intoxication classiques.

    Si l'on est à plus de deux heures d'un hôpital et qu'il n'y a pas de
    médecin ni de centre de santé à proximité, il convient, après avoir
    donné les premiers secours, d'examiner la victime.

    Cet examen est important car il permet de savoir ce qu'on peut faire
    pour aider la victime en attendant qu'elle parvienne à l'hôpital et de
    pouvoir donner un compte-rendu précis de son état si l'on contacte un
    centre antipoisons ou un hôpital par téléphone ou par radio.

    Ce chapitre indique la marche à suivre pour examiner une victime à la
    recherche de signes d'intoxication lorsqu'on n'a pas de formation
    médicale. Sa seule lecture devrait permettre de déterminer ce qu'il y
    a lieu de faire et de rechercher, mais il vaudrait mieux qu'un agent
    de santé qualifié puisse montrer comment procéder à un tel examen.
    S'exercer à prendre le pouls et à lire un thermomètre jusqu'à ce qu'on
    soit sûr de le faire correctement.

    Les poisons peuvent entraîner de nombreuses modifications dans
    l'organisme, qui ne sont mesurables qu'à l'aide d'appareils médicaux.
    Ces modifications ne seront pas évoquées ici.

    Signes et symptômes

    Les effets d'une intoxication sont ce qu'on appelle les signes et
    symptômes.

     Les signes sont les effets que l'on peut voir, sentir, entendre ou
    quantifier, par exemple des vomissements, de la fièvre, un pouls
    rapide, une respiration bruyante ou une perte de connaissance.

     Les symptômes sont les effets que la personne ressent, par exemple
    une  douleur, des nausées ou une sensation de soif. Pour rechercher
    quels sont les symptômes présentés par la victime, lui demander:
    «Comment vous sentezvous ?», «Que ressentez-vous ?».

    La plupart des poisons entraînent divers signes et symptômes car ils
    touchent diverses parties de l'organisme.

    Pour chacun des signes décrits dans ce chapitre on trouvera un encadré
    avec la liste de certaines des substances chimiques courantes qui
    peuvent les provoquer. Pour ne pas surcharger ces listes, certains
    noms regroupent des entités chimiques (par exemple: atropiniques) au
    lieu de donner le nom de chacune d'entre elles. Les noms utilisés ici
    sont les mêmes que dans la Partie 2, de façon que l'on puisse vérifier
    dans cette dernière quelles sont les substances qui appartiennent à un
    groupe donné. Ces listes ne sont pas exhaustives et il est donc
    possible qu'une personne présentant un des signes ou symptômes évoqués
    ait été intoxiquée par une substance ne figurant pas dans une liste.

    Ne pas s'attendre à ce qu'un malade présente tous les signes et
    symptômes figurant dans la liste se rapportant à un poison donné. Les
    manifestations dépendent souvent de la gravité de l'intoxication. Par
    exemple, l'alcool éthylique peut entraîner une perte de connaissance,
    mais toutes les personnes présentant une intoxication éthylique ne
    sont pas forcément dans le coma. Elles peuvent être simplement en état
    d'ébriété, titubantes et bavardes.

    Se souvenir que la victime a pu prendre plusieurs substances toxiques.

    Ce que l'examen ne peut révéler

    Sans indice sur la nature du poison, il est peu probable que l'examen
    permette d'identifier un poison particulier, parce que de nombreuses
    substances engendrent des signes et symptômes analogues. Toutefois, si
    l'on pense savoir de quelle substance il s'agit et ce qui s'est passé,
    on peut le vérifier en comparant les signes et symptômes présentés par
    la victime à ceux énumérés dans la Partie 2 de ce manuel pour la
    substance en question.

    Il peut être difficile de dire, d'après le seul examen, si une victime
    a été intoxiquée ou si elle souffre d'une autre maladie ou d'un
    traumatisme, et ceci pour diverses raisons:

    --   de nombreux poisons provoquent des signes et symptômes qui
         ressemblent à ceux de maladies ou de traumatismes.
    --   il arrive parfois qu'un sujet soit intoxiqué et présente en même
         temps une maladie ou un traumatisme.

    C'est pour cette raison que, lorsqu'on examine le patient, il est
    important de demander s'il souffre ou a souffert d'une maladie
    quelconque et de rechercher des traces de coupures ou d'ecchymoses et
    autres signes de traumatisme.

    La victime ne présente aucun signe ni symptôme

    Une personne qui semble en bonne santé peut très bien ne pas avoir été
    intoxiquée. Se souvenir que l'exposition à un poison ne se soldera pas
    par une intoxication si la dose qui pénètre dans l'organisme n'est pas
    toxique (voir chapitre 1).

    Quelqu'un qui a été intoxiquépeut sembler bien parce qu'il est trop
    tôt pour que le poison ait agi. Il faut à certains poisons plusieurs
    heures pour manifester leurs effets. Par exemple, quelqu'un qui prend
    une dose toxique de paracétamol peut se sentir bien pendant les 48
    heures qui suivent. Il est donc important de demander ce qui s'est
    passé et à quand remonte l'exposition.

    Comment procéder à l'examen d'une victime et reconnaître les signes 
    et symptômes qu'elle présente

    Procéder à l'examen comme indiqué dans ce chapitre. Tout en examinant
    la victime, noter tout ce que l'on observe en indiquant la date et
    l'heure. Tout en s'occupant du patient, vérifier à intervalle régulier
    son état général et noter toute modification des signes et symptômes
    qu'il présente au moment où on les remarque. Communiquer ces
    observations au médecin à qui l'on confie le malade.

    Parler à la victime

    Si la personne est consciente et peut répondre à des questions, lui
    demander:

    Ce qui s'est passé

    Essayer de savoir:

    --   de quel poison il s'agit;
    --   s'il a été ingéré, inhalé, injecté ou en contact avec la peau ou
         les yeux, ou si la personne a été mordue ou piquée;
    --   à quand remonte l'intoxication. Vient-elle de se produire ou
         s'est-elle produite il y a plusieurs heures, voire plusieurs
         jours ?
    --   la durée de l'exposition; par exemple, si la personne a inhalé
         une substance toxique, durée de l'inhalation, ou si la substance
         a été renversée sur la peau ou les vêtements, temps qu'il a fallu
         à la personne pour se laver ou retirer ses vêtements.
    --   si la personne se sent mal, depuis combien de temps.

    Lui demander si elle est tombée ou si elle s'est blessée; si elle
    connaît quelqu'un d'autre de sa famille, du village ou à son lieu de
    travail qui a présenté la même maladie.

    Parfois, la victime peut dire ce qui s'est passé. Par exemple, les
    gens savent en général s'ils ont été mordus ou piqués par un animal et
    ils avoueront souvent avoir pris une dose excessive de médicament. Il
    arrive aussi qu'ils disent avoir été rendus malades par un produit
    chimique ou un pesticide qu'ils ont utilisé.

    Dans certains cas, les gens ne savent pas ce qui s'est passé. Par
    exemple, les personnes intoxiquées par l'oxyde de carbone ne savent
    pas ce qui les a rendues malades car il s'agit d'un gaz inodore et
    invisible. Par ailleurs, les gens peuvent ne pas faire le lien entre

    leur maladie et le fait d'avoir employé un produit chimique ou un
    pesticide.

    Même si les gens savent ce qui s'est produit, ils ne sont pas toujours
    capables de dire grand chose concernant la substance toxique. Les gens
    utilisent souvent des produits chimiques ou prennent des médicaments
    sans savoir ce qu'ils contiennent. Même s'ils vous donnent le flacon,
    l'étiquette ne donne pas forcément des indications sur son contenu.
    Les gens qui ont été mordus par un serpent ne savent pas forcément de
    quelle espèce il s'agit et n'en donnent pas toujours une description
    assez fidèle pour qu'on puisse l'identifier. Parfois les gens qui
    croient connaître les plantes et champignons sauvages se trompent dans
    leur identification.

    Il arrive que les gens ignorent quelle quantité de poison ils ont
    absorbée. Par ailleurs, ceux qui prennent un poison pour attenter à
    leurs jours ne comptent pas forcément le nombre de comprimés ni ne
    mesurent la quantité de liquide absorbés.

    Certaines personnes ne voudront peut-être pas dire la vérité et
    mentiront sur ce qu'elles ont pris. Un enfant trop effrayé hésitera à
    dire la vérité.

    La personne peut être hébétée, en état de choc ou de confusion et
    incapable de répondre correctement. Les victimes inconscientes ne
    diront rien et les enfants peuvent être trop jeunes pour parler ou
    comprendre ce qu'on leur dit.

    Par la suite, on peut en savoir plus sur ce qui s'est passé en
    interrogeant l'entourage et en recherchant des indices (voir chapitre
    8), mais il faut en premier lieu examiner la victime.

    Quels sont les symptômes qu'elle présente

    Lui demander si elle a mal, où elle a mal, si elle a froid, chaud,
    soif, si elle se sent faible, si elle a des nausées, des vertiges ou
    des syncopes. Lui demander depuis combien de temps elle présente ces
    symptômes et si elle a perdu connaissance ou s'est endormie.

    Un sujet qui présente un état de confusion peut être:

    --   agité et effrayé;
    --   incapable de se souvenir du jour ni de l'époque de l'année, ni
         même de l'endroit où il se trouve;
    --   incapable de penser ni de se souvenir;
    --   sujet à des hallucinations, ce qui signifie qu'il voit des choses
         irréelles ou a des sensations irréelles, comme le fait de sentir
         des fourmis lui courir sur le corps.

                                                                       
    Substances chimiques pouvant entraîner confusion et hallucinations

     Médicaments: aminophylline, amitriptyline et autres antidépresseurs
    tricycliques, antihistaminiques, atropiniques, dapsone, éphédrine,
    insuline, propranolol et autres ß-bloquants, pseudoéphédrine.

     Drogues: amphétamines, cannabis, cocaïne.

     Pesticides: chlorophénoxyacétate (herbicides), organophosphorés et
    carbonates (pesticides).

     Autres substances chimiques: camphre, huile camphrée, éthanol,
    térébenthine et autres essences volatiles.
                                                                       

    Le malade peut ne pas vous entendre. Une intoxication par l'aspirine
    ou la quinine peut provoquer des tintements d'oreilles ou une surdité.

    Rechercher des signes d'intoxication

    Dans cette section on indique comment examiner un patient à la
    recherche de certains signes courants d'intoxication:

    --   perte de connaissance,
    --   modifications au niveau de la peau, de la respiration, du pouls,
         de la température, des yeux, ou du comportement,
    --   vomissements et diarrhée,
    --   déshydratation,
    --   anurie,
    --   convulsions,
    --   signes de lésion hépatique.

    Comportement de la victime

    Certains poisons rendent les victimes agitées, hyperactives ou
    agressives. On peut également rencontrer ce phénomène lorsque
    quelqu'un arrête soudainement la drogue ou l'alcool après en avoir
    pris pendant longtemps (syndrome de sevrage).

                                                                       
    Substances chimiques pouvant engendrer suractivité, agitation ou
    irritabilité

     Médicaments: aminophylline, atropiniques, chlorpromazine et autres
    phénothiazines, éphédrine.

     Drogues: amphétamines, cocaïne.
                                                                       

    Un comportement étrange peut être le signe d'une toxicomanie, ou d'une
    maladie mentale.

    Victime inconsciente

    Une personne qui perd connaissance peut paraître très somnolente et
    n'être capable que de répondre par oui ou par non aux questions, ou
    d'obéir à des ordres simples tels qu'«ouvrez les yeux» ou «levez le
    bras». Elle peut ensuite rapidement sombrer dans l'inconscience.

    L'inconscience est un signe d'affection grave. Se souvenir qu'il faut
    mettre une personne inconsciente dans la position latérale de sécurité
    pour éviter que sa langue n'obstrue les voies aériennes.

    Essayer de savoir si la victime a perdu brutalement connaissance, ou
    si au contraire elle est progressivement tombée dans un état de
    somnolence et s'est endormie. La plupart des poisons entraînent une
    perte de conscience progressive après ingestion.

                                                                       
    Substances chimiques pouvant provoquer une perte de connaissance

     Médicaments: amitriptyline et autres antidépresseurs tricycliques,
    antihistaminiques, atropiniques, barbituriques, carbamazépine,
    chloroquine, chlorpromazine et autres phénothiazines, médicaments de
    type chlorpropamide, diazépam et autres benzodiazépines, insuline,
    méprobamate, quinidine, quinine, sels de fer, valproate de sodium.

     Autres substances chimiques: benzène, cyanure, éthanol,
    éthylèneglycol, méthanol, oxyde de carbone, tétrachlorure de carbone,
    toluène, trichloroéthane, trichloroéthylène, xylène.

    Beaucoup d'autres médicaments et produits chimiques pris en grande
    quantité.
                                                                       

    Les autres causes communes de coma sont les traumatismes crâniens, les
    syncopes, les hémorragies massives, les crises cardiaques, les
    accidents cérébrovasculaires, le manque d'air, l'épilepsie, les
    convulsions et le diabète.

    Ce coma sera probablement dû à un traumatisme crânien si le patient
    présente également l'un quelconque des signes suivants:

    --   saignement de nez ou d'oreille,
    --   ecchymoses ou coupures sur le corps ou la tête,
    --   pupilles de diamètres différents.

    Examen de la victime

    A-t-elle l'air malade ou affaiblie? Examiner les vêtements de la
    victime pour voir s'ils sont humides ou tachés par des produits
    chimiques, de l'urine ou des vomissures. Examiner les vomissures pour
    y rechercher des traces de sang, des fragments de comprimés, de
    plantes ou d'aliments.

    Examen de la peau

    Les coupures, égratignures, contusions, ou saignements peuvent
    indiquer une origine traumatique.

    Les contusions peuvent être dues à une chute. Le sujet a peut-être eu
    des étourdissements, des troubles de l'équilibre, ou s'est peut-être
    trouvé dans un état de somnolence intense à la suite de l'absorption
    d'alcool ou de médicaments.

    Des entailles à la face interne des poignets ou au niveau de la gorge,
    sont les signes d'une tentative de suicide et des cicatrices à ces
    endroits-là indiquent une tentative antérieure.

    Des marques sur les avant-bras au niveau de la saignée, ou au niveau
    des chevilles et du creux poplité, avec des veines enflées, des
    ulcères et des abcès, indiquent qu'on est en présence d'un toxicomane.

    Des brûlures et des taches ont pu être provoquées par des liquides
    corrosifs ou irritants. Quelqu'un ayant travaillé avec un produit
    chimique peut présenter des brûlures sur les jambes, les bras, la
    poitrine, le dos ou les pieds. Un sujet qui aura ingéréune substance
    corrosive peut présenter des brûlures et des taches sur le menton, les
    lèvres et la poitrine si le liquide a dégouliné d'une bouteille.

    Des cloques ou des rougeurs sur les côtés des doigts, des chevilles,
    des genoux, des épaules ou d'autres parties du corps montrent que le
    sujet est resté inconscient dans la même position pendant plusieurs
    heures.

    Des éruptions cutanées squameuses peuvent être provoquées par le
    contract avec des substances irritantes, comme les pesticides, ou la
    manipulation de plantes irritantes. Certaines maladies, et parasitoses
    peuvent également provoquer des éruptions.

    Certains médicaments peuvent rendre la peau  rose et chaude. Si le
    sujet a la peau noire ou brune, le toucher et regarder ses mains et
    l'intérieur des lèvres.

    Si la peau, le dessous des paupières et l'intérieur des lèvres sont de
    couleur bleue, cela signifie qu'il n'y a pas suffisamment d'oxygène
    dans le sang. En général, cela indique un trouble respiratoire, mais
    certains produits chimiques peuvent donner une couleur bleue à la
    victime, même en l'absence de tout problème respiratoire. S'il s'agit
    d'une personne ayant la peau noire ou brune, cette coloration sera

    plus difficile à déceler, mais la victime aura les lèvres, les ongles
    et le dessous des paupières inférieures bleus et la peau terne. Une
    telle coloration bleue de la peau est un signe de gravité.

    Une coloration jaune de la peau peut être due à une jaunisse ou à des
    colorants chimiques. La jaunisse est engendrée par des lésions
    hépatiques. Ces lésions hépatiques peuvent être dues à une
    intoxication, à une infection, ou à des problèmes sanguins. Le blanc
    des yeux est alors également jaune. Après une intoxication, il peut
    s'écouler jusqu'à 48 heures avant que la peau ne jaunisse.

    Certaines substances jaune ou orange colorent la peau. Le médicament
    appelé rifampicine colore la peau (coloration qui disparaît au
    lavage), les urines, les selles, les larmes et le blanc des yeux en
    rouge-orange.

                                                                       
    Substances chimiques pouvant colorer la peau

     peau rose et chaude: amphétamines, atropiniques et borax.

     peau colorée en jaune par une jaunisse: paracétamol,
    pentachlorophénol, sels de fer, trichloroéthylène, tétrachlorure de
    carbone et certains champignons vénéneux.

     taches jaunes ou oranges: dinitrophénol, dinoseb,
    dinitro-orthocrésol (DNOC) rifampicine (la couleur part au lavage).

     coloration bleue de la peau: chlorate de sodium, dapsone,
    naphthalène, nitrite de sodium, paradichlorobenzène, phénol.
                                                                       

    Aspect de la peau

    Les poisons peuvent provoquer des sueurs profuses au même titre que
    les infections, l'état de choc, la crise cardiaque et l'hypoglycémie
    chez un diabétique.

    Certaines substances rendent la peau chaude et sèche. On peut
    également avoir la peau chaude et sèche parce que l'on est dans un
    endroit très chaud, ou à cause d'une affection fébrile.

    Examen de la bouche

    *    La présence de brûlures et de taches à l'intérieur de la bouche
         et de la gorge montre que le sujet a avalé une substance
         corrosive ou colorée.
    *    La présence de fragments de comprimés dans la bouche montre que
         le sujet a avalé des médicaments.
    *    Des comprimés, des baies ou des liquides colorés coloreront la
         langue.
    *    La présence de morceaux de feuilles ou de baies dans la bouche
         montre que le sujet a peut-être mangé une plante vénéneuse.

    Haleine de la victime

    De nombreuses substances donnent une odeur particulière à l'haleine,
    même avalées en faible quantité. On peut sentir l'alcool sans être en
    état d'ébriété.

    Souvent, les gens associent alcool et autres poisons. Si le sujet sent
    l'alcool, rechercher également les signes d'une autre intoxication.
    Rechercher en outre des signes de traumatisme crânien.

                                                                       
    Substances chimiques pouvant donner une odeur particulière à l'haleine

    Alcool éthylique, camphre, huile camphrée, cyanure, essence, pétrole
    lampant, salicylate de méthyle, tétrachlorure de carbone, toluène,
    trichloroéthylène, essence de térébenthine et autres essences
    volatiles, ainsi que de nombreux pesticides.
                                                                       

    Respiration de la victime

    *    Le sujet respire-t-il plus ou moins profondément qu'il n'est
         normal ?
    *    Sa respiration est-elle plus bruyante qu'il n'est normal ?
    *    Sa respiration est-elle difficile ?

    Compter le nombre de respirations par minute. Si le sujet voit ce que
    l'on fait, il peut avoir tendance à respirer plus vite et il vaut
    mieux compter les respirations après avoir pris le pouls, tout en
    tenant le poignet. Toujours compter pendant une minute entière.

    La plupart des adultes respirent 12 à 18 fois par minute, les enfants
    et les nourrissons respirant 20 à 30 fois par minute. On respire plus
    vite en faisant de l'exercice, si l'on est excité ou bouleversé; on
    respire plus lentement lorsqu'on dort ou qu'on se repose.

    Dans la plupart des cas, les troubles respiratoires sont graves et la
    vie du patient peut alors être en danger.

    Une respiration lente et irrégulière ou rapide et superficielle peut
    être due à une intoxication, au fait que des substances comme des
    vomissures ou du pétrole lampant ont pénétré dans les poumons, ou à un
    coma, un traumatisme crânien, un accident cérébrovasculaire, un oedème
    pulmonaire (voir plus bas), une infection pulmonaire, de l'asthme ou à
    un diabète.

    Une respiration bruyante accompagnée de gargouillements ou de
    ronflements peut indiquer que la gorge est encombrée et ne laisse pas
    passer suffisamment d'air. La gorge peut être obstruée par des
    aliments ou par un corps étranger. En cas de brûlure, elle enfle et
    empêche le passage de l'air. Chez un sujet inconscient, la gorge peut
    être obstruée par la langue, des vomissures ou de la salive si le
    sujet n'est pas dans la position latérale de sécurité.

    Une toux ou une respiration sifflante peuvent être dus à des gaz
    irritants, de la fumée ou des poussières. Le sujet peut également
    ressentir des picotements ou une douleur sévère dans les yeux et le
    nez. Le pétrole lampant et les liquides du même type provoquent toux
    et suffocation en cas d'ingestion. Parmi les autres causes de toux et
    de respiration sifflante figurent les infections pulmonaires et le
    fait de fumer (cigarette).

                                                                       
    Substances chimiques pouvant modifier la respiration

     Respiration superficielle
     Médicaments: amitriptyline et autre antidépresseurs tricycliques,
    antihistaminiques, atropiniques, barbituriques, chloropromazine et
    autres phénothiazines, diazépam et autres benzodiazépines,
    méprobamate.

     Pesticides: carbamates et insecticides organophosphorés.

     Autres substances chimiques: éthanol, oxyde de carbone.

     Respiration lente ou irrégulière
     Médicaments: opiacés.

     Pesticides: carbamates et insecticides organophosphorés.

     Respiration rapide
     Médicaments: aminophylline, aspirine et autres salicylates, cocaïne,
    chloroquine.

     Pesticides: dinoseb, DNOC, pentachlorophénol, pesticides
    organochlorés.

     Autres substances chimiques: alcool éthylique, éthylèneglycol,
    méthanol, oxyde de carbone (au début), phénol.
                                                                       

    OEdème pulmonaire

    L'oedème pulmonaire est caractérisé par le fait que les poumons se
    remplissent de liquide, empêchant le sujet de respirer correctement.
    L'oedème pulmonaire est une affection très grave qui peut mettre la
    vie du sujet en danger. Les signes d'oedème pulmonaire sont les
    suivants:

    --   respiration rapide (20 à 40 par minute), souvent bruyante
    --   toux accompagnée de crachats mousseux; le sujet a de la mousse
         aux lèvres et un bruit de gargouillis dans la gorge
    --   peau de couleur grise ou bleue
    --   pouls rapide
    --   sueurs profuses
    --   anxiété et peur

    --   en écoutant à l'aide d'un stéthoscope ou en mettant l'oreille sur
         la poitrine du sujet, on entend des râles sous-crépitants
    --   la position couchée à plat est inconfortable pour le sujet.

    Certaines substances provoquent un oedème pulmonaire au bout de
    quelques minutes, d'autres au bout de plusieurs heures. Au fur et à
    mesure que le sujet se fatigue, sa respiration se ralentit et peut
    même s'arrêter.

    D'autres maladies, telles que les maladies cardiaques, peuvent
    provoquer un oedème pulmonaire, mais d'une autre nature.

                                                                       
    Substances chimiques pouvant provoquer un oedème pulmonaire

     Médicaments: aspirine et autres salicylates, chlorpromazine et autre
    phénothiazines, opiacés.

     Pesticides: carbamates et insecticides organophosphorés, dinoseb,
    DNOC, paraquat, pentachlorophénol.

     Autres substances chimiques: distillats de pétrol, essence de
    térébenthine et autres essences volatiles, éthylèneglycol, gaz
    irritants.
                                                                       

    Pouls de la victime

    Le coeur est une pompe. Il envoie le sang dans les vaisseaux sanguins.
    Chaque fois que cette pompe envoie du sang, une onde de pression
    parcourt les vaisseaux sanguins. C'est ce qu'on appelle le battement
    cardiaque ou le pouls. On peut le sentir partout où les vaisseaux
    sanguins sont situés non loin de la surface de l'organisme, en
    appuyant légèrement ces derniers sur un os.

    Avoir sous les yeux une montre avec trotteuse. Pour prendre le pouls
    au poignet, appuyer légèrement sur le poignet du sujet deux doigts de
    la main droite, en arrière du pouce (Fig. 38). On doit sentir un
    battement régulier; c'est le pouls. Compter les battements pendant une
    minute entière en regardant la  montre. Le nombre de battements
    comptés en une minute est la fréquence du pouls.

    FIGURE 38

    Chez l'enfant et le bébé, essayer de prendre le pouls à la face
    interne du bras, entre le coude et l'épaule. En mettant le pouce sur
    la face externe du bras, appuyer doucement l'index et le majeur dans
    le sillon intermusculaire jusqu'à ce que l'on sente le pouls. Il est
    parfois plus facile de percevoir directement les battements de coeur
    au côté gauche de la poitrine.

    Un pouls normal est régulier et fort. Chez l'adulte, la fréquence du
    pouls se situe entre 60 et 80 par minute. Chez le jeune adulte en
    bonne santé elle peut être plus basse (50 à 60 par minute), et chez le
    nourrisson elle est plus élevée (120 par minute). La fréquence du
    pouls est inférieure à la normale pendant le sommeil et supérieure à
    la normale en cas d'excitation ou d'agitation; prendre donc le pouls
    lorsque la personne est au repos.

    Noter si le pouls est:

    --   rapide ou lent.
    --   fort ou faible, ou avec des pulsations plus fortes que d'autres.
    --   régulier, c'est-à-dire que chaque pulsation est séparée de la
         suivante par le même laps de temps; ou irrégulier, c'est-à-dire
         qu'il y a des pulsations manquées et qu'il est impossible de
         battre le pied en mesure avec le pouls.

    Si le pouls est très irrégulier au poignet, compter les battements
    cardiaques en écoutant au niveau du coeur. On entend les battements en
    posant l'oreille sur le mamelon gauche. La fréquence peut être plus
    élevée à ce niveau, car on entend des battements qui étaient trop
    faibles pour être perçus au niveau du poignet.

    Noter ce que l'on trouve.

    Une modification du pouls peut indiquer que le sujet est gravement
    atteint.

    Les poisons peuvent entraîner un ralentissement ou une accélération du
    pouls. Toute intoxication grave peut toucher le coeur et le pouls
    devient alors irrégulier ou très lent et peut même s'arrêter
    complètement.

                                                                       
    Substances chimiques pouvant provoquer un ralentissement du pouls

     Médicaments: barbituriques, digitaliques, digitoxine, digoxine,
    méprobamate, opiacés, propranolol et autres ß-bloquants.

     Pesticides: carbamates et insecticides organophosphorés.
                                                                       

    Un pouls rapide et faible peut être dû à un état de choc, à une
    hémorragie, à une crise cardiaque, à un coup de chaleur ou à de la
    fièvre.

    Un pouls rapide et fort peut être dû à un coup de chaleur, à un
    accident cérébrovasculaire ou à une maladie cardiaque.

                                                                       
    Substances chimiques pouvant provoquer une accélération du pouls

     Médicaments: aminophylline, amitriptyline et autres antidépresseurs
    tricycliques, antihistaminiques, aspirine et autres salicylates,
    atropiniques, éphédrine et pseudoéphédrine, isocarboxazide et autres
    inhibiteurs de la monoamine-oxydase.

     Drogues: amphétamines, cannabis, cocaïne.

     Pesticides: arsenic, herbicides au chlorophénoxyacétate, DNOC,
    dinoseb, pentachlorophénol.

     Autres substances chimiques: oxyde de carbone (au début).
                                                                       

    Un pouls lent peut être causé par un abaissement de la température
    corporelle.

    Température de la victime

    Il est conseillé de prendre la température de la victime, même si elle
    ne paraît pas avoir de fièvre. Si elle est très malade, prendre sa
    température toutes les 3 à 4 heures.

    Si l'on ne dispose pas d'un thermomètre, prendre la température en
    mettant le dos de la main sur le front du sujet, l'autre main étant
    sur son propre front. Le front d'une personne ayant de la fièvre
    paraît plus chaud. S'il paraît plus frais, le sujet présente peut-être
    une baisse de température corporelle.

    Un thermomètre peut servir à prendre la température dans la bouche,
    sous l'aisselle, à l'aine, ou dans le rectum. Ne pas prendre le même
    thermomètre pour le rectum que pour la bouche ou l'aisselle. Toujours
    prendre un thermomètre à bout rond pour la température rectale, afin
    de ne pas endommager la muqueuse.

    Pour prendre la température:

    *    S'assurer que dans le thermomètre la colonne de mercure est au-
         dessous de 35°C. Si ce n'est pas le cas, secouer le thermomètre
         jusqu'à ce que la colonne soit descendue suffisamment.

    *    Si le sujet est conscient, lui mettre la cuvette du thermomètre
         dans la bouche, sous la langue, pendant 2 minutes.

    *    Si le sujet est en état d'ébriété, agité ou confus et risque de
         mordre le thermomètre, le lui mettre sous l'aisselle et croiser
         fermement le bras sur la poitrine pendant 5 à 10 minutes.

    *    Si le sujet est inconscient, prendre un thermomètre rectal et
         l'enfoncer doucement de 5 cm dans le rectum; le laisser 2 minutes
         en place avant de le lire.

    *    S'il s'agit d'un enfant, prendre la température sous l'aisselle,
         à l'aine ou dans le rectum.

    Une température corporelle normale se situe en général entre 36°C et
    37°C. La température buccale est de 37,5°C. La température au niveau
    de l'aine ou sous le bras est inférieure de 0,5°C et la température
    rectale est supérieure de 0,5°C.

    Si la température est supérieure à 37,5°C, le sujet a de la fièvre;
    plus elle est élevée, plus la fièvre est importante. Une température
    supérieure à 39°C est un signe de maladie grave. Cette fièvre peut
    être due à une infection ou à une maladie comme le paludisme. Seuls
    quelques poisons provoquent de la fièvre.

                                                                       
    Substances pouvant entraîner une élévation de la température
    corporelle, la peau étant chaude et sèche

     Médicaments: atropiniques et antihistaminiques (plus couramment chez
    l'enfant que chez l'adulte).

     Plantes: plantes contenant de l'atropine.
                                                                       

                                                                       
    Substances chimiques pouvant provoquer une élévation de la température
    corporelle et des sueurs profuses

     Médicaments: aspirine et autres salicylés (plus couramment chez
    l'enfant que chez l'adulte), colchicine, éphédrine et pseudoéphédrine,
    isocarboxazide et autres inhibiteurs de la monoamine-oxydase.

     Drogues: amphétamines, cocaïne.

     Pesticides: dinoseb, DNOC, pentachlorophénol.

     Autres substances chimiques: naphthalène, phénol.
                                                                       

    Une faible température corporelle peut être due à une longue période
    de coma, en particulier si le sujet est resté étendu à l'extérieur ou
    dans un endroit froid.

                                                                       
    Substances chimiques pouvant provoquer un abaissement de la
    température corporelle (inférieure à 35°C)

     Médicaments: amitriptyline et autres antidépresseurs tricycliques,
    barbituriques, chlorpromazine et autres phénothiazines, méprobamate,
    opiacés.

     Autres substances chimiques: alcool éthylique, oxyde de carbone.
                                                                       

    Examen des yeux

    Examiner les deux yeux du sujet et regarder si les pupilles sont de la
    même taille.

    Les recouvrir l'un après l'autre de la main et observer si la pupille
    change de taille lorsque la lumière change. Si l'on dispose d'une
    lampe de poche, on peut la diriger dans les yeux du sujet et voir si
    les pupilles se rétrécissent.

    Une assymétrie pupillaire, c'est-à-dire des pupilles qui n'ont pas le
    même diamètre peut être due au fait qu'un des yeux a été éclaboussé
    par un produit chimique. Si ce n'est pas le cas, un tel phénomène est
    généralement le signe d'une affection oculaire ou cérébrale.

    Une dilatation des pupilles peut être le signe d'une intoxication,
    d'un manque sévère d'oxygène, ou d'une température corporelle très
    basse.

    Regarder le blanc des yeux. S'il est jaune, cela signifie en général
    que le sujet a une jaunisse.

                                                                       
    Substances chimiques pouvant entraîner des manifestations oculaires

     Pupilles très rétrécies «en tête d'épingle»
     Médicaments: opiacés.

     Pesticides: carbamates et organophosphorés.

     Pupilles dilatées
     Médicaments: amitriptyline et autres antidépresseurs tricycliques,
    atropiniques, antihistaminiques, carbamazépine, éphédrine,
    isocarboxazide et autres inhibiteurs de la monoamine-oxydase, quinine.

     Drogues: amphétamines.

     Autres substances chimiques: méthanol.
                                                                       

                                                                       
     Troubles de la vision
     Médicaments: atropiniques, éphédrine et pseudoéphédrine.

     Autres substances chimiques: éthanol, méthanol.

     Perte de la vue ou cécité complète
     Médicaments: chloroquine, quinine.

     Autre substance: méthanol.
                                                                       

    Autres signes d'intoxication

     Vomissements et diarrhée peuvent être causés par presque tous les
    poisons. Les autres causes de vomissements accompagnés de diarrhée
    sont les infections bactériennes, virales, ou les infestations
    parasitaires (vers, paludisme). Les autres causes de diarrhée sont les
    suivantes: allergies à certains aliments, effets secondaires de
    certains médicaments, tels que les antibiotiques et les laxatifs, ou
    le fait d'avoir trop mangé de fruits verts ou d'aliments lourds et
    gras. Parmi les autres causes de vomissements on citera l'appendicite
    ou l'occlusion intestinale et presque toutes les affections
    accompagnées de forte fièvre ou de douleurs sévères, en particulier la
    migraine, et les infections hépatiques, auriculaires et cérébrales.

     Selles noires. La couleur noire peut être due à du sang intestinal
    si l'intestin a été endommagé par des liquides corrosifs. Le charbon
    activé colore les selles en noir et les comprimés de fer en noir ou en
    vert foncé.

     Déshydratation. Vomissements et diarrhée peuvent entraîner une
    déshydratation. Une personne qui présente des vomissements ou une
    diarrhée perd énormément d'eau. Si elle ne boit pas suffisamment pour
    remplacer les pertes, son organisme se déshydrate. On peut se
    déshydrater à tout âge, mais la déshydratation est plus rapide et plus
    dangereuse chez le jeune enfant. Les brûlés ou les personnes dans le
    coma qui ne peuvent boire sont également susceptibles de se
    déshydrater.

    Signes de déshydratation:

    *    Le sujet urine très peu ou pas du tout et ses urines sont jaune
         foncé.
    *    Le malade a la bouche et les lèvres sèches. Il peut avoir très
         soif (mais les sujets très déshydratés ne s'en plaignent pas
         toujours).
    *    Lorsque l'on pince la peau entre le pouce et l'index, le pli
         cutané ainsi formé ne se défait pas immédiatement mais reste
         pincé quelques secondes.
    *    Chez l'enfant, les yeux peuvent être enfoncés.

    Une déshydratation très sévère peut entraîner un pouls rapide et
    faible, une respiration rapide et profonde, de la fièvre ou des
    convulsions.

     Le malade n'urine plus. Si une personne n'urine plus, cela peut
    signifier:

    *    Que les reins ne filtrent plus l'urine parce que le sujet est
         déshydraté. La personne a perdu beaucoup d'eau à la suite de:
         vomissements, sueurs profuses, diarrhée ou brûlure sévère.

    *    Les reins ne filtrent plus l'urine parce qu'ils ont été
         endommagés et ne fonctionnent plus. C'est l'insuffisance rénale.
         Elle peut être provoquée par des poisons ou par une maladie. Les
         sujets ayant des lésions rénales peuvent présenter des
         vomissements et un oedème pulmonaire.

                                                                       
    Substances chimiques pouvant entraîner une insuffisance rénale

     Médicaments: aspirine et autres salicylés, colchicine,
    isocarboxazide et autres inhibiteurs de la monoamine-oxydase, quinine,
    rifampicine, sels de fer.

     Pesticides: arsenic, chlorate de sodium, dinoseb, dinitrophénol,
    DNOC, paraquat, pentachlorophénol, thallium.

     Autres substances chimiques: acide borique, camphre, huile camphrée,
    essence de térébenthine et autres essences volatiles, éthylèneglycol,
    méthanol, naphthalène, phénol, perborate de sodium, tétrachlorure de
    carbone.
                                                                       

    *    Les reins filtrent l'urine mais la vessie ne fonctionne pas; les
         muscles vésicaux ne se relâchent pas pour laisser l'urine
         s'évacuer. Ne pas confondre ce problème avec une lésion rénale.
         Si la vessie est pleine, on doit pouvoir palper une masse
         arrondie dans la partie inférieure de l'abdomen. Certains
         médicaments empêchent la vidange de la vessie. Cela peut
         également se produire lorsqu'une personne a été longtemps dans le
         coma.

                                                                       
    Médicaments pouvant empêcher la vidange vésicale

    Atropiniques, amitriptyline et autres antidépresseurs tricycliques,
    antihistaminiques.
                                                                       

     Convulsions. Les convulsions sont des mouvements désordonnés que le
    sujet ne peut contrôler; ce peuvent être des mouvements saccadés des
    membres ou du corps tout entier. Le sujet peut perdre brutalement
    connaissance et avoir de l'écume aux lèvres. Plus la crise est longue,
    plus elle est dangereuse. Dans les cas graves, le sujet a des
    convulsions ininterrompues et a des difficultés à respirer.

    Il existe des crises convulsives dans lesquelles d'abord la mâchoire,
    puis l'ensemble du corps, se raidissent. Il peut s'agir d'un tétanos.

    Les convulsions peuvent être provoquées par une intoxication, un
    manque d'oxygène --- dû à une exposition à un poison ou à
    l'obstruction des voies aériennes ---, une épilepsie, une méningite,
    un accès palustre ou une hypoglycémie diabétique. Les alcooliques ou
    les toxicomanes peuvent présenter des convulsions s'ils arrêtent
    brusquement de boire ou de se droguer.

    Chez le jeune enfant, les convulsions peuvent être dues à une forte
    fièvre ou à une déshydratation sévère.

                                                                       
    Substances chimiques pouvant provoquer des convulsions

     Médicaments: aminophylline, amitriptyline et autres antidépresseurs
    tricycliques, antihistaminiques, aspirine et autres salicylés,
    atropiniques, chloroquine, colchicine, dapsone, éphédrine et
    pseudoéphédrine, insuline et autres antidiabétiques, isocarboxazide et
    autres inhibiteurs de la monoamine-oxydase, opiacés, phénothiazines,
    propranolol et autres ß-bloquants, quinidine, quinine, sels de fer.

     Drogues: amphétamines, cocaïne.

     Pesticides: arsenic, carbamates et insecticides organophosphorés,
    chlorate de sodium, métaldéhyde, strychnine, thallium.

     Autres substances chimiques: acide borique, borax, camphre ou huile
    camphrée, détergents cationiques, éthylèneglycol, méthanol, oxyde de
    carbone, perborate de sodium.
                                                                       

     Les signes de lésion hépatique. Dans l'organisme, le foie est le
    lieu où de nombreux poisons sont transformés en substances moins
    nocives. S'il y a plus de poison que le foie ne peut en transformer,
    le poison résiduel risque d'endommager ce dernier. Les symptômes et
    les signes de lésion hépatique ne sont pas visibles pendant les 2 à 3
    jours qui suivent l'intoxication. Ce sont:
    *    Souvent des nausées, des vomissements et de la fièvre, au début.
    *    Le blanc des yeux, puis la peau peuvent devenir jaunes. Ce sont
         les premiers signes caractéristiques de lésion hépatique.
    *    Le sujet peut présenter des douleurs abdominales.
    *    Lorsque l'état du malade ne s'améliore pas et que la lésion
         s'aggrave, le sujet devient somnolent, puis perd connaissance et
         il peut alors mourir en quelques jours.

                                                                       
    Substances chimiques pouvant entraîner des lésions hépatiques

     Médicaments: paracétamol, rifampicine, sels de fer.

     Pesticides: pentachlorophénol, phosphure de zinc et phosphure
    d'auluminium.

     Autres substances: benzène, camphre ou huile camphrée, phénol,
    tétrachloroéthane, tétrachlorure de carbone, toluène, trichloroéthane,
    trichloroéthylène, xylène.

    Champignons vénéneux.
                                                                       

    Signes montrant que le sujet est sévèrement atteint

    *    Il ne respire pas.
    *    Sa respiration est sifflante ou bruyante, même après qu'on ait
         nettoyé la bouche et mis le sujet dans la position latérale de
         sécurité.
    *    Le sujet est inconscient et ne se réveille pas lorsqu'on lui
         pince la main.
    *    Ses pupilles ne se rétrécissent pas lorsqu'on lui braque une
         lampe dans les yeux.
    *    Son pouls est très lent (inférieur à 50 battements par minute),
         très rapide (supérieur à 110 battements par minute), irrégulier,
         ou très faible.
    *    Le sujet présente des convulsions ininterrompues.
    *    Sa température buccale ou rectale est supérieure à 39°C, ou sa
         température axillaire ou inguinale est supérieure à 38°C.
    *    Il souffre de douleurs abdominales sévères.
    *    Il montre des signes d'insuffisance rénale.
    *    Il montre des signes de lésion hépatique.

    Tableaux de signes et de symptômes

    Certains poisons donnent des tableaux de signes et de symptômes
    caractéristiques. Ces tableaux sont souvent appelés syndromes
    d'intoxication. Les substances chimiques et les médicaments qui
    engendrent certains des syndromes d'intoxication courants figurent
    dans le Tableau 7.1.

        Tableau 7.1. Syndromes d'intoxication

                                                                                    

    Poisons                                 Signes et symptômes
                                                                                    

    Atropine, amitriptyline,                sécheresse et chaleur cutanées, fièvre,
    antihistaminiques,                      sensation de soif, sécheresse buccale,
    Datura stramonium,                      pupilles dilatées, pouls rapide, 
    Atropa belladonna,                      difficultés à uriner, hallucinations, 
    certaines sortes de                     convulsions, respiration superficielle, 
    champignons                             perte de connaissance

    Insecticides organophosphorés,          pupilles rétrécies, salivation,
    carbamates, certaines sortes de         hypersudation, larmoiement,
    champignons                             vomissements, pouls lent, diarrhée,
                                            convulsions, perte de connaissance

    Opiacés                                 pupilles rétrécies, respiration lente, perte
                                            de connaissance, hypothermie, pouls lent
                                            et faible, vomissements

    Amphétamines, cocaïne, théophylline     pupilles dilatées, fièvre, pouls rapide,
                                            hallucinations, convulsions, anxiété,
                                            hypersudation, bouffées vasomotrices,
                                            hyperactivité, confusion

    Barbituriques, diazépam et              perte de connaissance, hypotension
    médicaments analogues,                  artérielle, respiration superficielle,
    méprobamate                             hypothermie

    Sevrage brutal (arrêt brutal de         diarrhée, chair de poule, pouls rapide,
    l'alcool, des barbituriques, des        larmoiement, bâillements, crampes,
    opiacés, du diazépam et médicaments     hallucinations, agitation, tremblements
    analogues)
                                                                                    
    
    CHAPITRE 8  Retracer la suite des événements

    Objectifs

    A la fin de ce chapitre, on doit être à même de:

    1.   Retrouver le poison incriminé en présence d'une personne dont on
         pense qu'elle a été intoxiquée.

    2.   Retracer les cironstances dans lesquelles l'intoxication a eu
         lieu.

    En cas d'intoxication, il est important de savoir ce qui s'est passé.
    Il est plus facile pour un médecin de traiter une victime s'il connaît
    la substance incriminée et les circonstances dans lesquelles
    l'intoxication s'est produite, et le traitement a alors plus de chance
    de réussir. Par ailleurs, il sera peut-être possible de prendre des
    mesures pour que personne d'autre ne soit intoxiqué dans les mêmes
    circonstances.

    Il y a deux manières de procéder pour retracer la suite des
    événements: interroger l'entourage ou rechercher des indices
    permettant de savoir ce qui s'est passé ou de quel poison il s'agit.

    Cependant, la priorité est toujours de donner les premiers secours et
    de rechercher une aide médicale. Ne jamais différer un transfert à
    l'hôpital ou chez un médecin local. On peut passer dix minutes à
    interroger les gens et à rechercher le poison s'il est possible de le
    faire sans laisser la victime sans surveillance. Il sera peut-être
    possible d'y consacrer davantage de temps s'il faut attendre la visite
    d'un médecin ou une ambulance. Une fois la victime confiée à un
    médecin, on peut toujours retourner sur les lieux pour y rechercher
    des indices. Si l'on est deux, pendant que l'un cherche à déterminer
    ce qui s'est passé, l'autre peut s'occuper de la victime ou l'emmener
    à l'hôpital.

                                                                       
    Attention!

    Ne jamais laisser la victime seule lorsque l'on interroge l'entourage
    ou que l'on cherche le poison.

    Ne pas différer la recherche d'une aide médicale.
                                                                       

    Il s'agit de rassembler le maximum d'informations concernant:

    --   les circonstances de l'intoxication. Le poison a-t-il été ingéré,
         inhalé, injecté ou au contact de la peau ou des yeux; ou encore
         la victime a-t-elle été mordue ou piquée ?
    --   les lieux de l'accident
    --   la nature du poison

    --   à quand remonte l'intoxication ? Vient-elle de se produire ou
         s'est-elle produite il y a plusieurs heures, voire plusieurs
         jours ?
    --   quelle a été la durée de l'exposition ? Par exemple, si le poison
         a été inhalé, durée de l'inhalation ? S'il a été renversé sur la
         peau ou les vêtements, laps de temps écoulé avant que la personne
         ne se lave ou retire ses vêtements ?
    --   le nombre de personnes touchées.

    On obtiendra peut-être certains renseignements en interrogeant
    l'entourage et on trouvera peut-être des indices indiquant ce qui
    s'est passé ou de quel poison il s'agit.

    Il peut être utile de prendre des notes en rassemblant ces
    informations, de façon à pouvoir se souvenir de tous les faits.

    Interroger les gens

    La victime

    Dans certains cas, la victime saura mieux que quiconque dire ce qui
    s'est passé. On s'en est déjà peut-être fait une idée en lui parlant
    tout en l'examinant, mais s'il s'agit d'un enfant ou d'une personne
    qui présente un état de confusion, on n'apprendra pas grand chose, a
    fortiori s'il s'agit d'une personne dans le coma. Par ailleurs, s'il
    s'agit d'une personne ayant attenté à ses jours, elle peut vouloir
    cacher la vérité.

    L'entourage

    Il est parfois possible d'en savoir davantage sur ce qui s'est passé
    en interrogeant l'entourage. Comparer les différentes versions des
    faits à celle de la victime.

    Si la victime est un enfant:

    *    Interroger la (ou les) personne(s) chargée(s) de le surveiller ou
         ayant joué avec lui. Quelqu'un a peut-être vu l'enfant boire à la
         bouteille une substance chimique, ouvrir un flacon de médicament
         ou manger les feuilles d'une plante. L'enfant a-t-il été laissé
         seul, même quelques minutes ? Où a-t-il été laissé seul ?

    S'il s'agit d'un accident du travail:

    *    Interroger les employés qui étaient avec la victime. Ils savent
         peut-être ce qui s'est passé et quelles substances la personne
         utilisait à ce moment-là.
    *    Interroger le supérieur hiérarchique ou l'infirmière. Ils sauront
         peut-être si ce type d'accident s'est déjà produit et quelles
         substances chimiques sont employées ou conservées à ce poste de
         travail.

    Si l'on pense que la victime a délibérément pris un poison:

    *    Si elle ne peut pas ou ne veut pas dire ce qui s'est passé,
         interroger ses amis ou sa famille. Ils sauront peut-être si la
         personne était malheureuse ou avait des problèmes.

    Si personne ne sait ce qui s'est passé:

    *    Rechercher si la victime a pu être exposée chez elle ou
         professionnellement à une substance chimique ou à un médicament.
         Poser à l'entourage les questions suivantes:

         --   La victime a-t-elle pris des médicaments ou suivi des
              traitements à domicile ? Est-ce qu'un autre membre de la
              famille prend des médicaments ? Quels sont les médicaments,
              pesticides et produits d'entretien conservés à la maison ?
              Où sont-ils rangés ? Sont-ils sous clef ? Si la victime est
              un enfant, essayer de savoir s'ils étaient à sa portée.

         --   La victime s'est-elle rendue dans un endroit où il y a des
              serpents ou des animaux venimeux ?

         --   La victime a-t-elle mangé une plante, un champignon ou un
              poisson ayant pu être toxique ? Interroger la famille, les
              collègues ou les amis ayant pris leurs repas avec la victime
              au cours des deux jours précédents. Leur demander ce qu'elle
              a mangé. Parmi les personnes ayant pris les mêmes repas, y
              a-t-il d'autres malades ?

         --   Est-il possible que la victime ait ingéré des aliments
              contaminés par une substance toxique ? Les aliments ont-ils
              pu être rangés à proximité de produits toxiques comme des
              pesticides, dans le magasin, à domicile ou lors d'un
              transport ?

         --   Utilise-t-elle des substances chimiques, des produits
              d'entretien ou des pesticides à son domicile ou
              professionnellement ? Où sont rangés ces produits ? Sont-ils
              sous clef ou n'importe qui peut-il les utiliser ?

         --   La victime a-t-elle utilisé des produits chimiques
              récemment, que ce soit à son domicile ou au travail ?
              Pendant combien de temps ? Les avait-elle employés
              auparavant et de la même façon ? Portait-elle des vêtements
              protecteurs lorsque c'était nécessaire ?

         --   Y avait-il quelqu'un à proximité qui utilisait un produit
              chimique ? Pendant combien de temps ?

    Rechercher le poison ou des indices permettant de retracer la 
    suite des événements

    Il arrive parfois que personne ne soit en mesure de dire ce qui s'est
    passé et la seule façon de le savoir est alors de rechercher le poison
    ou des indices qui pourraient donner une idée sur les circonstances de
    l'intoxication.

    Même si l'on vous a dit ce qui s'est passé, il peut falloir rechercher
    le poison. Si c'est un médicament, un pesticide, un produit
    d'entretien ou une substance chimique industrielle, il faut retrouver
    le récipient, de façon à vérifier le nom exact du produit sur
    l'étiquette et de voir si cette dernière renferme des renseignements
    sur la composition du produit. Ne pas se fier aux noms donnés par les
    gens; ils peuvent avoir mal lu l'étiquette ou mélanger les noms
    chimiques.

    Lors des recherches, se munir d'un crayon et d'un carnet, au cas où
    l'on trouverait des produits que l'on ne peut emmener, par exemple des
    barils de pesticides. Noter soigneusement les renseignements figurant
    sur l'étiquette du produit: le nom du produit, celui des substances
    chimiques qui le composent, le nom et l'adresse du fabricant et tout
    renseignement concernant la conduite à tenir en cas d'intoxication.
    Noter tous les symboles, images ou numéros figurant sur l'étiquette.
    Ce genre de renseignements peut aider un centre antipoison à
    identifier le produit.

    Si la personne a été blessée par un animal qui a été capturé ou tué,
    demander à  le voir. Il est important d'identifier cet animal. Les
    serpents et les araignées se reconnaissent à leurs couleurs et à leurs
    marques. Les conserver dans un récipient bien fermé, de façon que
    personne d'autre ne soit blessé.

    Si la personne a mangé une plante ou un champignon sauvage, en
    demander un exemplaire de façon à pouvoir l'identifier. Le cas
    échéant, demander où il a été trouvé et envoyer quelqu'un de
    responsable en chercher.

    Ce qu'il faut chercher et où le chercher

    Fouiller l'endroit où la personne a été trouvée. Demander aux membres
    de sa famille de vous aider à fouiller le domicile. Demander à
    l'employeur s'il est possible d'inspecter son poste de travail.

    Rechercher:

    --   flacons, paquets, boîtes ou autres récipients ayant pu contenir
         des comprimés, médicaments, produits ménagers ou pesticides. Lire
         les étiquettes de tous les récipients trouvés.
    --   bouteilles de boissons remplies de pesticides ou de pétrole
         lampant, ayant pu être prises par erreur pour des boissons
         gazeuses ou de l'alcool.

    --   vieux récipients de pesticides servant à conserver des aliments
         ou utilisés comme jouets.
    --   brûleurs à combustible liquide défectueux (en général, on
         s'aperçoit de leur mauvais fonctionnement s'il y a des traces de
         suie près de la prise d'air et du tuyau d'évacuation).
    --   serpents et insectes venimeux, plantes vénéneuses; chapelets ou
         perles fabriqués à partir de graines.

    S'il s'agit d'un enfant:

    *    Inspecter aussi bien le haut des placards que le bas car l'enfant
         a pu grimper sur une chaise ou une table.
    *    Fouiller la poubelle à la recherche de récipients peut-être pas
         totalement vides et de piles miniaturisées.
    *    Rechercher s'il y a des traces de produits chimiques renversés
         sur le sol ou sur les vêtements de l'enfant. Rechercher des
         taches ou des flaques de produits. Lorsqu'un jeune enfant essaie
         de boire à la bouteille, il renverse souvent une partie du
         liquide.
    *    Rechercher des comprimés sur le sol, et une coloration ou des
         morceaux de comprimés dans la bouche de l'enfant. Regarder si les
         boîtes des médicaments de l'enfant ont été ouvertes.
    *    Rechercher des produits ménagers ou des pesticides dans des
         bouteilles ouvertes, des pots, des tasses ou des seaux; par
         exemple, du dissolvant à peinture dans un pot ou dans une tasse,
         une lessive ou un autre produit de nettoyage dans un seau d'eau,
         du raticide dans un plat à même le sol.

    S'il s'agit d'un adulte:

    *    Rechercher des traces de substances toxiques sur les vêtements ou
         la peau de la victime, et des morceaux de comprimés, de plantes
         ou d'aliments dans les vomissures ou dans la bouche.
    *    Fouiller les poches de la victime, fouiller la pièce dans
         laquelle elle a été trouvée, ainsi que les corbeilles à papier
         qui s'y trouvent.

    *    Rechercher des comprimés, des médicaments, des pesticides, ou des
         produits ménagers. Chercher une seringue, dont la présence peut
         signifier que le sujet est un toxicomane qui vient de s'injecter
         une drogue. Chercher un mot expliquant les motifs d'un suicide.

    Attention, certaines personnes prennent soin de ne laisser aucune
    trace du poison qu'elles ont pris. D'autres ne disent pas la vérité.

    Ce qu'il y a lieu de faire ensuite

    Au moment de téléphoner à l'hôpital ou au centre antipoisons, se munir
    des produits chimiques, médicaments, plantes ou animaux, ou des notes
    que l'on a prises, de façon à pouvoir les décrire avec exactitude et
    lire les étiquettes des produits. Expliquer ce qui s'est passé et
    décrire l'état de la victime.

    Lorsque cette dernière est emmenée à l'hôpital, s'assurer que l'on
    emmène également les produits chimiques, médicaments, plantes ou
    animaux trouvés (si c'est possible), ainsi que les notes qui ont été
    prises.

    CHAPITRE 9  Prise en charge des intoxications en-dehors de l'hôpital

    Objectifs

    A la fin de ce chapitre, on doit être à même de:

    1.   Décider de ce qu'il y a lieu de faire lorsque quelqu'un a ingéré
         un poison;

    2.   Expliquer dans quelles circonstances une personne qui a avalé un
         poison peut sans danger:

         --- boire de l'eau;
         --- recevoir un émétique;
         --- prendre du charbon activé.

         Expliquer dans quelles circonstances il est dangereux de donner à
         une victime quoi que ce soit par voie buccale ou de la faire
         vomir.

    3.   Décider dans quelles circonstances il est utile et sans danger de
         donner un laxatif à une personne que l'on croit intoxiquée.

    4.   S'occuper d'une victime jusqu'à son arrivée à l'hôpital et de
         savoir que faire en cas de:

         --- diarrhée sévère
         --- vomissements prolongés
         --- anurie
         --- perte de connaissance
         --- hypothermie
         --- fièvre
         --- lésion hépatique
         --- oedème pulmonaire.

    Ce chapitre indique comment une personne sans formation médicale peut
    s'occuper d'une victime d'une intoxication en l'absence de médecin.

    Si la victime peut être conduite chez un médecin ou à l'hôpital dans
    les deux heures, il vaut mieux l'y conduire sans retard plutôt que de
    faire ce qui suit, sauf peut-être lui donner de l'eau à boire.

    Les gestes décrits dans ce chapitre ne sont pas des premiers secours.
    Il vaudrait mieux qu'ils soient faits sous la supervision directe d'un
    médecin. Ne les faire que lorsqu'il est impossible d'emmener la
    victime chez un médecin ou à l'hôpital en moins de deux heures.

    Dans la mesure du possible, contacter un médecin ou un centre
    antipoison par téléphone avant de commencer. Ces gestes peuvent
    parfois s'avérer dangereux et il n'est pas toujours facile de savoir
    si la victime en tirera avantage.

    Noter tout ce que l'on fait et toute modification de l'état de la
    victime, accompagnés de l'heure et de la date. Transmettre ces notes
    au médecin lorsqu'on lui confie la victime.

    Ce qu'il faut faire en cas d'ingestion d'un poison

    Ne rien donner par voie orale si:

    --   la victime est inconsciente, somnolente ou présente des
         convulsions: elle risque de s'étrangler.
    --   la victime ne peut déglutir. Ne pas la forcer à boire. Si elle a
         avalé une substance corrosive et a des brûlures dans la bouche,
         il lui sera impossible de déglutir. En pareil cas, l'eau
         n'apportera aucune amélioration et peut même aggraver les
         lésions.

    Si la victime est consciente, lui demander de se rincer la bouche
    plusieurs fois à l'eau froide. Lui donner de petites gorgées d'eau si
    elle veut boire.

    Ne pas la faire boire trop: elle risque de vomir, ce qui est parfois
    dangereux.

    Si on a l'intention de faire vomir la victime ou de lui donner du
    charbon activé (voir plus bas) ne pas la faire boire beaucoup
    auparavant, car le poison risque de quitter l'estomac plus rapidement
    et toutes les mesures prises pour empêcher la substance chimique de
    pénétrer dans le sang seront moins efficaces, ce qui aura pour effet
    d'aggraver l'intoxication.

    Après avoir fait vomir la victime, ou lui avoir donné du charbon
    activé ou un laxatif, l'encourager à boire abondamment pour éviter
    toute déshydratation. Lui donner fréquemment de petites quantités à
    boire pendant la journée. Ne donner ni alcool ni café.

    Comment empêcher le poison de parvenir dans la circulation sanguine

    Une fois ingéré, le poison va dans l'estomac, puis dans l'intestin
    dont il traverse les parois pour parvenir jusqu'à la circulation
    sanguine. Il n'y aura aucun effet général tant qu'il n'est pas parvenu
    dans la circulation. Si on peut l'en empêcher, au moins en partie, on
    évitera peut-être une intoxication grave.

    Il y a trois manières d'empêcher un poison de parvenir dans la
    circulation sanguine après ingestion:

    --   faire vomir la victime
    --   lui donner du charbon activé pour fixer le poison et l'empêcher
         de traverser la paroi intestinale
    --   administrer un laxatif pour accélérer le transit intestinal.

    Il est parfois dangereux d'appliquer l'une ou l'autre de ces mesures
    et en général il vaut mieux attendre que la victime parvienne à
    l'hôpital, si c'est possible.

    Toutefois, s'il est utile et sans danger d'appliquer une de ces
    mesures, il faut le faire aussi vite que possible, car plus le produit
    chimique reste dans l'intestin, plus la quantité qui parviendra dans
    la circulation sanguine sera importante et plus l'intoxication sera
    grave.

    Ainsi, s'il faut plusieurs heures pour parvenir à un centre de santé
    ou dans un hôpital, on devra décider si l'un de ces traitements
    s'impose et l'appliquer soi-même. Il est par conséquent très important
    de bien comprendre dans quelles circonstances ils s'imposent et dans
    quelles autres ils sont à proscrire.

    Dans chaque cas, avant de décider quoi que ce soit, chercher à en
    savoir le plus possible sur le poison et sur les circonstances de
    l'intoxication et, dans la mesure du possible, téléphoner à un centre
    antipoison, à un hôpital ou à un médecin pour demander conseil.

    Provoquer les vomissements

    Si l'on fait vomir la victime lorsque le poison est encore dans
    l'estomac, une partie de celui-ci ressortira dans les vomissures. Cela
    peut permettre d'éviter une intoxication grave.

    Ne pas faire vomir la victime si:

    --   il est peu probable que la substance provoque une intoxication
    --   les vomissements peuvent s'avérer dangereux (voir plus bas)
    --   l'ingestion remonte à plus de quatre heures. Un poison ingéré ne
         reste que peu de temps dans l'estomac et dans la plupart des cas
         aura disparu au bout de quatre heures; il est donc inutile de
         faire vomir la victime
    --   on ignore quelle substance la victime a ingéré ou les effets
         qu'elle peut avoir.

    Il est dangereux de faire vomir une victime dans les cas suivants:

    *    La victime est inconsciente ou très somnolente. Elle ne peut
         alors ni déglutir, ni tousser. Si du liquide ou des vomissures
         pénètrent dans les voies aériennes, ils risquent donc de les
         obstruer ou de pénétrer dans les poumons.

    *    La victime a ingéré une substance chimique susceptible de
         provoquer des brûlures. Les vomissements risqueraient de brûler
         la gorge et les poumons.
    *    La personne a ingéré un distillat de pétrole (pétrole lampant,
         essence, white spirit) ou un produit contenant l'une de ces
         substances, par exemple, certains pesticides et produits
         d'entretien. Les distillats de pétrole peuvent pénétrer dans les
         poumons au moment où les vomissures parviennent au sommet des

         voies aériennes et entraîner un oedème pulmonaire (si, en plus du
         distillat de pétrole, la personne a ingéré un autre produit
         encore plus dangereux, par exemple un pesticide liquide dissout
         dans le distillat, le médecin préconisera peut-être de faire
         vomir la victime parce que le risque présenté par le pesticide
         est plus important que le risque d'oedème pulmonaire).
    *    La victime a ingéré une substance susceptible de provoquer des
         convulsions. Le fait de vomir peut déclencher ces convulsions.
         Des vomissements pendant une crise convulsive peuvent entraîner
         la suffocation, ou le passage de vomissures dans les voies
         aériennes et donc l'obstruction de ces dernières.
    *    La victime a ingéré une substance qui peut entraîner somnolence
         ou perte de connaissance. Dans ce cas, elle risque d'être
         somnolente ou inconsciente avant de vomir et donc risque de
         s'étouffer.

    Si l'on sait quel produit la victime a ingéré, chercher quels en sont
    les effets en:

    --   compulsant la Partie 2 de ce manuel;
    --   contactant un centre antipoisons ou un hôpital local.

    Il est parfois difficile de décider s'il faut ou non provoquer des
    vomissements.

    Dans le doute, mieux vaut s'abstenir.

    Comment provoquer les vomissements

    Faire vomir la victime en lui titillant le fond de la gorge ou en lui
    donnant du sirop d'ipéca.

    Ne pas donner d'eau salée. Un excès de sel est dangereux. Il est déjà
    arrivé que des malades meurent d'intoxication par le sel après en
    avoir trop pris pour vomir.

    Faire vomir la victime en lui titillant la gorge

    La coucher sur le ventre ou la faire asseoir en avant la tête plus bas
    que la poitrine pour empêcher les vomissures de pénétrer dans les
    poumons. Coucher les enfants sur le ventre sur vos genoux.

    Demander à la personne de s'enfoncer les doigts dans la gorge. Si elle
    ne peut le faire, toucher légèrement le fond de sa gorge avec le doigt
    ou avec un objet arrondi comme une cuillère. Procéder délicatement
    pour ne pas endommager la muqueuse. De l'autre main, enfoncer à deux
    doigts les joues du malade entre ses dents de façon qu'il ne vous
    morde pas le doigt.

    Faire vomir la victime en lui administrant du sirop d'ipéca

    Administrer du sirop d'ipéca, de la potion pédiatrique émétisante
    d'ipéca ou de la formule d'ipéca de l'Adelaïde Children's Hospital. Ne
    pas utiliser de l'extrait liquide d'ipéca.

    Dose:     Adultes: 30 ml (6 cuillères à café ayant une contenance de 5
              ml).

              Enfants de 6 mois à 12 ans: 10 ml (2 cuillères à café).

              Enfants de moins de 6 mois: le sirop d'ipéca est contre-
              indiqué.

    Puis donner un peu d'eau. Le patient doit vomir dans les 15 à 20
    minutes qui suivent. S'il n'a pas vomi au bout de 30 minutes, redonner
    une dose de sirop d'ipéca. Ne pas en donner plus de deux doses.

    Lorsque le sujet commence à avoir des haut-le-coeur et à vomir,
    l'allonger sur le ventre ou le faire asseoir bien en avant, la tête
    plus bas que la poitrine pour éviter que les vomissures ne pénètrent
    dans les poumons. S'il s'agit d'un enfant, il doit être allongé sur le
    ventre sur vos genoux.

    Le sirop d'ipéca permet d'éliminer davantage de poison que le simple
    fait de chatouiller le fond de la gorge car il fait davantage vomir le
    malade. Cependant, il peut être associé à certains problèmes:

    *    Le sujet peut vomir longtemps et ainsi se déshydrater.
    *    Les vomissements peuvent n'apparaître qu'au bout d'une heure. Si
         le sujet perd connaissance ou a des convulsions entre-temps, il
         risque de s'étouffer avec les vomissures.

    Une fois que la victime a vomi

    Examiner les vomissures. Il est parfois possible d'y repérer de petits
    fragments de comprimés, de feuilles ou de baies qui sont peut-être
    toxiques. Noter la couleur et l'odeur des vomissures.

    En conserver une partie dans un petit récipient fermé et l'emmener à
    l'hôpital de façon que le médecin puisse les voir. L'hôpital pourra
    peut-être les analyser pour savoir ce que la victime a ingéré.

    Administration de charbon activé

    Le charbon activé est une fine poudre noire qui se fixe à la plupart
    des poisons et permet de les éliminer en les entraînant dans les
    selles. Il permet d'empêcher une aggravation de l'état de la victime
    et d'éviter une intoxication grave.

    Dix grammes de charbon activé fixent 1 g de substance chimique; il est
    donc très utile lorsque la dose toxique d'un produit est faible. Le
    charbon activé est plus efficace s'il est donné dans les 4 heures
    suivant l'ingestion du poison, c'està-dire lorsque ce dernier est
    encore en grande partie dans l'estomac. On peut l'administrer après
    avoir fait vomir le malade, mais pas avant la fin des vomissements.

    Ne pas donner de charbon activé:

    *    Si le sujet est inconscient, somnolent ou présente des
         convulsions, car il risque de s'étouffer si on lui donne quoi que
         ce soit à avaler.
    *    En même temps ou juste avant une dose de sirop d'ipéca, ou de
         tout autre médicament administré per os. Le charbon fixerait
         l'ipéca ou le médicament et l'empêcherait d'agir.
    *    En cas d'intoxication par des acides, des bases, de l'acide
         borique, de l'éthanol, des médicaments contenant du fer (sulfate
         ferreux), du lithium, du méthanol ou des distillats de pétrole.

    Comment administrer le charbon activé

    Utiliser du charbon activé fourni par un pharmacien ou un médecin. Le
    charbon que l'on fait soi-même en brûlant du pain ou du bois n'est pas
    le même et n'aura pas le même effet.

    Dose:     Mélanger 5 à 10 g de charbon activé à 100 à 200 ml d'eau.
              Mélanger jusqu'à ce que cela ressemble à une soupe épaisse.
              S'assurer que toute la poudre est bien mouillée.

              Adultes: 10 g toutes les 20 minutes jusqu'à un maximum de
              50 g.

              Enfants: 5 g toutes les 20 minutes jusqu'à un maximumde 15 g
              ou de 1 g/kg de poids corporel.

    Il arrive que les patients vomissent après avoir bu du charbon activé.
    En pareil cas, ne pas en redonner. Prévenir le malade, ou ses parents
    s'il s'agit d'un enfant, que le charbon colore les selles en noir.

    Pour certaines substances toxiques, plusieurs prises de charbon
    activéétalées dans le temps permettent de fixer davantage de substance
    qu'une dose unique. Si le poison n'est que lentement absorbé au niveau
    de l'intestin, des doses supplémentaires de charbon peuvent permettre
    d'éliminer ce qui reste de poison dans l'intestin après la première
    dose. Administré même après que la substance toxique ait été absorbée
    au niveau de l'intestin, le charbon activé peut continuer à fixer la
    partie de substance toxique qui repasse du sang dans l'intestin. On
    peut administrer des doses répétées de charbon activé en cas
    d'intoxication par l'aspirine, la carbamazépine, le phénobarbital ou
    la théophylline.

    Dose:     Adulte: 50 g toutes les 4 heures pendant 2 à 3 jours.

              Enfant: 15 g ou 1 g/kg de poids corporel (prendre la dose la
              plus faible), toutes les 4 heures pendant 2 à 3 jours.

    Le charbon activé peut provoquer une légère constipation. En cas de
    doses répétées, associer une dose de laxatif à la première dose de
    charbon.

    Administration d'un laxatif

    On utilise en général les laxatifs pour traiter la constipation, mais
    ils peuvent également être employés après ingestion d'un poison pour
    accélérer le transit intestinal et faire en sorte que la substance
    toxique quitte l'organisme plus rapidement. Un laxatif peut se révéler
    utile dans les 24 heures qui suivent l'ingestion d'un poison.

    Ne pas donner de laxatif si:

    *    Le sujet est inconscient, somnolent ou présente des convulsions,
         car il risque de s'étouffer si on lui donne quoi que ce soit à
         avaler.

    *    La victime a ingéré une substance corrosive et présente des
         brûlures dans la bouche. Dans ce cas, un laxatif risque
         d'aggraver les lésions intestinales.

    *    La victime présente des signes de déshydratation. La diarrhée
         peut augmenter les pertes d'eau et aggraver le problème.

    *    La victime n'urine plus. Cela peut signifier que les reins ne
         fonctionnent plus correctement. Les laxatifs peuvent être
         dangereux en cas de lésion rénale.

    Il existe de nombreux médicaments administrés comme laxatifs pour
    traiter la constipation. Le sulfate de magnésium («Epsom salts» des
    anglo-saxons), le sulfate de sodium ou le citrate de magnésium sont
    les seuls utilisables en cas d'intoxication. On utilisera de
    préférence du sulfate de magnésium, qui est par ailleurs le plus
    courant.

    Dose:     N'administrer qu'une seule dose. Mélanger dans un verre
              d'eau:

              Adultes: 20 à 30 g

              Enfants de plus de 2 ans: 250 mg/kg de poids corporel.

              Enfants de moins de 2 ans: les laxatifs sont
              contre-indiqués.

    Prise en charge d'un sujet très malade

    Le garder au calme, dans un endroit silencieux et confortable, bien
    aéré et clair. Etre attentif à toute modification de l'état du sujet
    indiquant qu'il va mieux ou plus mal. Noter quatre fois par jour sa
    température, son pouls, et le nombre de respirations par minute.

    S'il est conscient et qu'il le peut, l'encourager à boire abondamment.
    Lui donner des boissons simples: eau, soupe, bouillie de maïs, eau de
    riz. Ne donner ni alcool, ni café. Donner les boissons en petites
    quantités, fréquemment tout au long de la journée. Un adulte a besoin
    de boire au moins 2 litres de liquide par jour.

    Etre attentif à tout signe de déshydratation. Noter les quantités de
    liquide bues et le nombre de fois où le malade a uriné ou déféqué.
    Garder ces renseignements pour le médecin.

    Si le sujet est déshydraté du fait de vomissements, d'une diarrhée ou
    de brûlures, le faire boire davantage.

    Ne rien donner par voie orale si:

    *    la victime ne peut déglutir,
    *    la victime est inconsciente, somnolente ou présente des
         convulsions.

    Ce qu'il faut faire en cas de diarrhée sévère

    La diarrhée peut être utile pour éliminer le poison de l'organisme,
    mais si elle est très importante ou dure trop longtemps, la victime
    risque de perdre trop d'eau et de se déshydrater. C'est un problème
    plus souvent rencontré en cas d'intoxication alimentaire, qu'en cas
    d'intoxication par des produits chimiques ou des médicaments. Si de
    nombreux poisons entraînent une diarrhée, il est rare qu'elle dure
    suffisamment longtemps pour entraîner une déshydratation.

    La déshydratation peut survenir à tout âge, mais elle est plus rapide
    et plus dangereuse chez le jeune enfant, qui peut perdre très
    rapidement de grandes quantités d'eau et mourir en quelques heures.

    Si la diarrhée se prolonge, le danger est alors d'avoir une
    alimentation insuffisante. Il est très important d'éviter la
    déshydratation et la malnutrition en donnant abondamment à boire et à
    manger.

    La diarrhée peut être très dangereuse dans les cas suivants:
    --   s'il s'agit d'un jeune enfant atteint de diarrhée sévère, qui ne
         va pas mieux au bout de 24 heures, ou d'un adulte bien nourri qui
         ne va pas mieux au bout de 36 heures
    --   si le malade est déshydraté et que son état s'aggrave
    --   s'il était déjà très malade, faible ou sous-alimenté avant le
         début de la diarrhée, ou s'il s'agit d'un sujet très jeune ou
         très âgé.

    En cas de diarrhée, les médicaments sont à proscrire, en particulier
    chez le jeune enfant.

    Prévention de la déshydratation

    Si l'on donne au malade des liquides en abondance dès le début, les
    pertes d'eau ne doivent pas être un problème. En cas de diarrhée
    aqueuse, il faut beaucoup boire dès le début de la diarrhée, afin de
    remplacer les pertes en eau et en sels minéraux de l'organisme.

    Donner des liquides simples --- eau, soupe, bouillie de maïs, eau de
    riz ou n'importe quel liquide à disposition que le malade est prêt à
    boire. Donner une à deux tasses (200 ml) de liquide après chaque selle
    liquide. Si le patient ne veut pas boire, insister gentiment (à moins
    qu'il soit incapable de déglutir).

    Ne pas interrompre l'alimentation. Lorsque l'on donne de grandes
    quantités de liquide pour traiter une diarrhée, poursuivre
    l'alimentation sauf si le malade vomit; s'il s'agit d'un bébé, le
    laisser au sein. Un bébé, un jeune enfant ou une personne mince,
    faible et sous-alimentée, doit manger dès qu'il(elle) le peut. Un
    enfant plus âgé ou un adulte bien nourri doit commencer à s'alimenter
    au bout de 24 heures.

    Traitement de la déshydratation

    Si le patient est déjà déshydraté, des liquides simples ne suffiront
    pas. Les pertes de l'organisme en sucre et en sels minéraux (sodium,
    potassium et bicarbonate) doivent être compensées. Si l'on dispose
    d'un sachet de sels de réhydratation orale (SRO), le diluer dans de
    l'eau et le donner au malade.

    Pour préparer une solution de sels de réhydratation orale:

    *    Se laver les mains. Verser un litre (ou la quantité mentionnée
         sur le sachet) d'eau potable propre dans un récipient propre.
         Dans la mesure du possible, utiliser de l'eau bouillie, mais sans
         perdre de temps. Verser toute la poudre d'un sachet dans l'eau et
         mélanger soigneusement jusqu'à ce que la poudre soit complètement
         dissoute. Donner immédiatement de cette solution à boire au
         malade. S'il s'agit d'un adulte, en donner au moins 2 litres au
         cours des 4 premières heures. S'il s'agit d'un enfant, en donner
         75 ml par kg de poids corporel.Continuer à lui en faire boire
         fréquemment jusqu'à ce que la diarrhée cesse. Préparer une
         solution fraîche de SRO chaque jour, dans un récipient propre que
         l'on recouvrira.

    Si l'on ne dispose pas de sachets de SRO on peut fabriquer du liquide
    de réhydratation en versant deux cuillerées à café de sucre et une
    pincée de sel dans une tasse ou un gobelet d'eau. Une telle solution
    ne contient pas de potassium, on donnera donc dans la mesure du
    possible du jus d'orange, du lait de coco ou un petit peu de banane
    mûre écrasée en plus, car ces fruits en contiennent.

    Ce qu'il faut faire en cas de vomissements prolongés

    Un sujet qui vomit longtemps va perdre beaucoup d'eau et se
    déshydrater. Lui donner de l'eau ou n'importe quel liquide qu'il est
    prêt à boire. Le faire boire par petites gorgées toutes les 5 à 10
    minutes pendant 36 heures ou jusqu'à ce qu'il arrête de vomir.

    Continuer à le faire boire, même s'il vomit. Le faire boire en petites
    quantités, très fréquemment, à raison de quelques gorgées toutes les
    quelques minutes (il ne vomira pas tout ce qu'il ingère).

    Ne pas l'alimenter tant qu'il vomit beaucoup.

                                                                       
    A l'intention des médecins

    En cas de vomissements incoercibles, il convient parfois d'administrer
    un médicament de type prométhazine, diphénydramine, ou métoclopramide,
    par injection.
                                                                       

    Le sujet n'urine plus

    Le sujet étant étendu sur le dos, la tête renversée en arrière pour
    dégager les voies aériennes, palper la partie inférieure de l'abdomen.
    On doit pourvoir sentir un renflement si la vessie est pleine.

    La vessie est vide

    Si le malade n'urine pas et que sa vessie est vide, cela signifie:

    --   qu'il est déshydraté; ou
    --   que les reins ont été touchés et ne fonctionnent plus.

    Chercher d'autres signes de déshydratation. En cas de déshydratation,
    administrer des liquides comme indiqué précédemment.

    Pour savoir si les reins fonctionnent:

    *    Donner des liquides --- eau, thé, soupe, jus de fruit, ou
         n'importe quelle boisson sans alcool. (Ne rien donner par voie
         orale si la victime est inconsciente ou ne peut déglutir.) La
         faire boire par petites gorgées toutes les cinq minutes et noter
         les quantités de liquides ingérées. Continuer à la faire boire
         souvent et en petite quantité; même si elle vomit, elle ne vomira
         pas tout ce qu'elle a absorbé.

    *    Calculer la quantité d'urine émise en six heures.
         --   Si elle est supérieure à 500 ml, les reins fonctionnent.
              Continuer à faire boire le patient toutes les cinq minutes
              nuit et jour jusqu'à ce qu'il commence à uriner normalement.
              Un adulte grand a besoin d'au moins trois litres de liquide
              par jour, un jeune enfant d'au moins un litre.

         --   Si la quantité d'urine est inférieure à 500 ml les reins ne
              fonctionnent pas bien et il est alors dangereux de continuer
              à lui faire boire de grandes quantités de liquide. Si les
              reins ne fonctionnent pas, donner à boire au malade pendant
              les six heures qui vont suivre une quantité égale au volume
              d'urine émis au cours des 6 dernières heures, plus 200 ml.
              Donner 200 ml de plus s'il transpire beaucoup, (c'est-à-dire
              400 ml de plus que la quantité d'urine émise). Continuer à
              mesurer le volume d'urine émis. Au bout de six heures, le
              mesurer à nouveau et donner à boire au malade pendant les
              six heures qui suivent une quantité de liquide égale à ce
              volume plus 200 ml. Répéter l'opération jusqu'à ce que le
              sujet arrive à l'hôpital.

    La vessie est pleine

    Si la vessie est pleine on doit pouvoir sentir un renflement à la
    partie inférieure de l'abdomen. Si elle est pleine, mais que le malade
    n'urine pas cela signifie que les reins fonctionnent mais que la
    vessie ne fonctionne pas et ne se vidange pas. Ne rien donner à boire.
    S'il est conscient, asseoir le malade dans un bain chaud et lui
    demander d'essayer de se détendre et d'uriner. Il n'est pas nécessaire
    de mesurer le débit urinaire en pareil cas.

    Ce qu'il faut faire si la victime est inconsciente

    La mettre dans la position latérale de sécurité. Ne pas la laisser
    seule, car si elle se retourne sur le dos sa langue ou des vomissures
    peuvent obstruer les voies aériennes.

    Vérifier la profondeur du coma, sa respiration et son pouls toutes les
    10 minutes jusqu'à ce qu'il montre des signes d'amélioration, puis
    toutes les demi-heures. Si la respiration s'arrête, faire un bouche à
    bouche ou un bouche à nez et en cas d'arrêt cardiaque pratiquer un
    massage cardiaque.

    S'assurer que la victime ne peut tomber sur le sol ni heurter un angle
    ou une surface durs. Ne pas lui mettre d'oreiller ni aucun autre
    coussin près du visage --- ils risqueraient de l'étouffer.

    Retourner doucement le sujet en le faisant rouler d'un côté sur
    l'autre toutes les trois heures au moins pour éviter les escarres. En
    le retournant, lui maintenir la tête en arrière, menton vers le haut,
    et ne pas laisser la tête retomber en avant, menton sur la poitrine,
    de façon à dégager les voies aériennes et à éviter des lésions du cou.

    S'assurer que toutes les articulations ne sont ni complètement tendues
    ni complètement repliées. L'idéal est qu'elles soient à demi repliées.
    Disposer des oreillers sous et entre les genoux repliés et entre les
    pieds et les chevilles.

    S'assurer que les paupières sont fermées et qu'elles le restent;
    autrement, les globes oculaires risquent de se dessécher. Faire
    bouillir de l'eau et la laisser refroidir. Toutes les deux heures,
    ouvrir les paupières légèrement et instiller quelques gouttes d'eau
    dans le coin de chaque oeil, de façon qu'elles le mouillent
    entièrement et s'égouttent de l'autre côté.

    On ne peut rien donner à boire à une personne dans le coma. Si celui-
    ci se prolonge plus de 12 heures, le malade va se déshydrater si on ne
    lui administre pas des liquides par voie intraveineuse ou par voie
    rectale.

    Ce qu'il faut faire en cas d'hypothermie

    Si la température buccale ou rectale tombe au-dessous de 35°C,
    recouvrir le corps, la tête et le cou, mais pas le visage, de
    couvertures. Si le sujet est conscient, lui donner des boissons
    chaudes sucrées. S'il est inconscient, le mettre dans la position
    latérale de sécurité. Chauffer la pièce, mais ne pas essayer de
    réchauffer le malade auprès d'un feu ou avec des bouillottes. S'il est
    très froid, le pouls et la respiration peuvent être très lents. En cas
    d'arrêt cardio-respiratoire, faire un bouche-à-bouche et pratiquer un
    massage cardiaque. Vérifier le pouls pendant au moins une minute avant
    de commencer le massage cardiaque, car il est dangereux de pratiquer
    un massage cardiaque chez un sujet très froid si le coeur bat encore.

    Ce qu'il faut faire en cas de fièvre

    Un malade dont la température buccale est supérieure à 38,5°C doit
    être couché, déshabillé et installé sans couverture dans un endroit
    frais. Si la température est trés élevée (supérieure à 40°C), il faut
    immédiatement l'abaisser. Déshabiller le malade et lui éponger tout le
    corps à froid ou le recouvrir d'un drap mouillé froid que l'on
    maintiendra humide. Installer un ventilateur jusqu'à ce que la
    température tombe à 38,5°C. S'il est conscient, donner au malade de
    petites gorgées d'eau froide à boire. Ne pas donner d'aspirine pour
    une fièvre due à une intoxication.

    Rechercher d'autres causes possibles de la fièvre en dehors de
    l'intoxication. Le sujet présente peut-être un accès palustre.

    Ce qu'il faut faire en cas de lésion hépatique

    Les signes de lésion hépatique sont indiqués au Chapitre 7.

    Garder le malade alité et au chaud. S'il est conscient et qu'il peut
    déglutir, mélanger au moins deux cuillerées à soupe de sucre dans un
    verre d'eau ou de thé et le lui donner à boire, toutes les 2 heures.
    Essayer de les lui faire prendre avec du pain ou du riz, même s'il se
    sent très mal. Ne pas donner d'aliments contenant des protéines
    (viande, poisson, oeufs, lait ou fromage).

    Si le patient est somnolent ou inconscient, cela signifie qu'il est
    gravement atteint.

    Ce qu'il faut faire en cas d'oedème pulmonaire

    Un sujet qui présente un oedème pulmonaire ne pourra respirer
    correctement. Il s'agit d'une affection très grave qui nécessite
    l'hospitalisation et une oxygénothérapie.

    S'il est inconscient, mettre le malade dans la position latérale de
    sécurité. En cas d'arrêt cardio-respiratoire, faire un bouche-à-bouche
    et pratiquer un massage cardiaque.

    Si le sujet est conscient, le faire asseoir à 45° en lui mettant des
    oreillers dans le dos pour le soutenir. S'il en est capable, il peut
    s'asseoir au bord du lit, jambes pendantes.

    Tous les patients qui ont eu un oedème pulmonaire doivent rester
    alités pendant au moins 48 heures une fois qu'ils semblent
    complètement rétablis.

    Si les crachats deviennent verts ou jaunes à la suite d'un oedème
    pulmonaire, il y a un risque d'infection et un antibiotique est alors
    nécessaire.

    CHAPITRE 10  Médicaments et matériel

    On trouvera dans ce chapitre des propositions relatives aux
    médicaments et au matériel de premier secours dont il faut pouvoir
    disposer afin de traiter les intoxications et les problèmes connexes
    évoqués dans ce manuel.

    Le centre antipoisons vous dira quels sont les antidotes et sérums
    antivenimeux qu'il faut avoir à disposition et comment les obtenir.
    S'il n'y a pas de centre antipoisons dans votre région, posez la
    question à la pharmacie de l'hôpital de district.

    La quantité de médicaments à conserver dépendra du nombre de personnes
    desservies et de la distance à parcourir pour se réapprovisionner.

    La trousse de premier secours

    1.   Conserver tous les médicaments hors de portée des enfants.

    2.   S'assurer qu'ils sont tous bien étiquetés et que les notices
         d'utilisation accompagnent chaque produit. Conserver un
         exemplaire du présent manuel au même endroit que les médicaments.

    3.   Conserver tous les médicaments et fournitures médicales ensemble
         dans un endroit propre, sec et frais, à l'abri de la lumière et
         des nuisibles (cafards et rats). Certains médicaments doivent
         être conservés au réfrigérateur. Protéger les instruments, la
         gaze et le coton en les enveloppant dans des sacs en plastique
         fermés.

    4.   Une date limite d'utilisation doit figurer sur les emballages des
         médicaments. Ces derniers ne devront pas être employés au-delà de
         cette date. Certains d'entre eux peuvent être très dangereux
         s'ils sont utilisés après cette date. Vérifier donc cette
         dernière sur chaque emballage avant d'utiliser le médicament.
         Vérifier régulièrement les médicaments de la trousse. Si la date
         de péremption est dépassée ou si le médicament a l'air abîmé, le
         détruire et le remplacer.

    Médicaments

    *    Médicaments utiles en cas d'intoxication par voie orale (voir
         chapitre 9):
         --   sirop d'ipéca pour provoquer les vomissements,
         --   charbon activé pour fixer le poison,
         --   sulfate de magnésium à utiliser comme laxatif pour accélérer
              le transit intestinal; il peut également être employé comme
              antidote en cas d'ingestion d'acide fluorhydrique.
    *    Antidotes pouvant être administrés par une personne sans
         formation médicale, en l'absence d'un médecin:
         --   gel de gluconate de calcium à étaler sur la peau si celle-ci
              a été en contact avec de l'acide fluorhydrique,

         --   hydroxyde de magnésium à administrer par voie orale en cas
              d'ingestion d'acide fluorhydrique,
         --   comprimés de méthionine à administrer par voie orale en cas
              d'intoxication par le paracétamol,
         --   naloxone, à administrer en injection intramusculaire en cas
              d'intoxication par les opiacés.
    *    Médicaments servant à traiter certains effets de l'intoxication:
         --   aspirine, comprimés à 300 mg, contre les douleurs et la
              fièvre,
         --   crème à l'hydrocortisone, contre les démangeaisons
              provoquées par des plantes irritantes,
         --   paracétamol, comprimés pour adultes à 500 mg et élixir
              pédiatrique, contre les douleurs et la fièvre,
         --   solution de réhydratation orale, en sachets, contre la
              déshydratation,
         --   anatoxine tétanique, à utiliser en cas de morsure de serpent
              ou d'araignée, ou de piqûre par un poisson venimeux,
              lorsqu'il y a un risque de tétanos.

    Matériel de premiers secours

    Pour s'occuper de patients ayant été exposés à un poison, mordus par
    un serpent ou piqués par une araignée, un insecte ou un poisson, le
    matériel suivant est utile:

    --   thermomètres à usage buccal,
    --   thermomètres à usage rectal,
    --   coton hydrophile et pansements,
    --   bandes et pansements adhésifs,
    --   tasses et cuillères mesures, permettant de donner des doses
         exactes de médicaments: 1 l, 1/2 l, 5 ml,
    --   seringues et aiguilles (si l'on est capable de pratiquer des
         injections),
    --   savon, serviettes, brosse à ongles,
    --   ciseaux,
    --   petite pince à bout pointu,
    --   flacons stériles pour conserver les échantillons de sang, d'urine
         ou de vomissures,
    --   sacs stériles,
    --   gants stériles,
    --   bloc-notes, crayons et stylos.

                                                                       
    Médicaments et antidotes pouvant être administrés par un médecin en
    dehors de l'hôpital.

     Antidotes
    Il ne s'agit pas là d'une liste exhaustive. Elle ne comprend que les
    antidotes qui peuvent être administrés en dehors de l'hôpital.
                                                                       

                                                                       
     Acétylcystéine: administrée par voie orale en cas d'intoxication par
    le paracétamol et le tétrachlorure de carbone. Ne doit être
    administrée en injection qu'en milieu hospitalier ou dans un centre
    médical équipé pour la réanimation, en cas de réaction allergique.

     Acide ascorbique: par voie orale pour traiter la méthémoglobinémie
    résultant d'une intoxication par le chlorate de sodium.

     Atropine: injectable; intoxication par les carbamates ou les
    organophosphorés (insecticides).

     Solution de gluconate de calcium: pour injection sous-cutanée en cas
    de contact cutané avec de l'acide fluorhydrique.

     Déféroxamine (desferrioxamine): injectable; intoxication martiale.

     Edétate de dicobalt, solution à 1,5%: injectable; intoxication au
    cyanure.

     Dimercaprol: en cas d'intoxications arsenicale et saturnine.

     4-diméthylaminophénol (4-DMAP), solution à 5%: injectable;
    intoxication au cyanure.

     DMPS (dimercaptopropanesulfonate): en cas d'intoxication arsenicale
    et saturnine.

     Hydroxycobalamine, solution à 40%: pour injection intraveineuse en
    cas d'intoxication au cyanure.

     Méthylthioninium (bleu de méthylène): en cas de cyanose provoquée
    par la méthémoglobine dans les intoxications par la dapsone.

     Chlorure d'obidoxime: en cas d'intoxication par des insecticides
    organophosphorés.

     Pénicillamine: en cas d'intoxication saturnine.

     Phytoménadione (vitamine K): injectable; intoxication par la
    warfarine.

     Ferricyanoferrate de potassium (bleu de Prusse) ou ferrocyanure
    ferrique: en cas d'intoxication par le thallium.

     Mésilate de pralidoxime (P-2-S) ou chlorure de pralidoxime (PAM2): 
    en cas d'intoxication par les insecticides organophosphorés.

     Pyridoxine: pour injection intraveineuse en cas d'intoxication par
    l'isoniazide.

     Edétate de sodium et de calcium: en cas d'intoxication saturnine.
                                                                       

                                                                       
     Hydrogénocarbonate de sodium (bicarbonate de sodium): administré par
    voie orale avec du thiosulfate de sodium pour traiter la
    méthémoglobinémie consécutive à une intoxication par le chlorate de
    sodium.

     Nitrite de sodium, solution à 3%: pour injection intraveineuse en
    cas d'intoxication au cyanure.

     Thiosulfate de sodium, solution à 25%: pour injection intraveineuse
    en cas d'intoxication au cyanure; également administré par voie orale
    avec de l'hydrogénocarbonate de sodium (bicarbonate de sodium), pour
    traiter la méthémoglobinémie consécutive à l'intoxication par le
    chlorate de sodium.

     Succimer (DMSA, acide dimercaptosuccinique): intoxications
    arsenicales et saturnines.

     Autres médicaments
     Pommade oculaire antibiotique: lorsqu'il y a risque d'infection
    après brûlure ou lésion oculaire.

     Sérums antivenimeux: contre les serpents, araignées, scorpions et
    poissons venimeux présents dans la région.

     Antihistaminique comme la chlorphéniramine ou la prométhazine: pour
    injection intraveineuse en cas de réactions allergiques.

     Diazépam: injectable, pour traiter les convulsions.

     Diphénhydramine: injectable ou pour voie orale, en cas de
    démangeaisons dues à des plantes irritantes.

     Adrénaline , 1 pour 1000 (1 gm/ml) pour injection intramusculaire: 
    en cas de réaction allergique grave (par exemple, à des piqûres
    d'insectes).

     Fluorescéine: pour déceler les lésions oculaires dues à des poisons
    irritants ou corrosifs.

     Métoclopramide: pour injection intraveineuse, afin d'enrayer des
    vomissements incoercibles.

     Morphine: en cas de douleur sévère.

     Salbutamol: pour inhalation (ou théophylline en injection
    intraveineuse), pour traiter l'asthme ou la respiration sifflante
    provoqués par des réactions allergiques graves (par exemple, à des
    piqûres d'insectes).
                                                                       

    PARTIE 2  Poisons : caractéristiques

    Introduction

    On trouvera dans cette partie des indications concernant les effets de
    certaines substances et la marche à suivre si l'on est appelé à venir
    en aide à une personne dont on pense qu'elle a pu être intoxiquée.
    Elle comprend des renseignements sur quatre grands groupes de
    substances: pesticides, produits chimiques à usage domestique,
    médicaments et poisons naturels (plantes, animaux).

    Renseignements figurant dans chaque section

    Certaines sections regroupent plusieurs substances lorsque les
    premiers soins à apporter en cas d'intoxication sont à peu près les
    mêmes.

    Chaque section est organisée sur le même modèle de façon que l'on
    puisse trouver rapidement les renseignements voulus. Les
    renseignements figurant dans chaque rubrique sont les suivants:

    Utilisations: Usages courants de la substance chimique. Les abus qui
    en sont faits y figurent également.

    Mode d'action: Description du type d'effet qu'a une dose toxique de
    substance sur l'organisme.

    Toxicité: Cette rubrique indique si la substance est susceptible
    d'être toxique et si le degré de toxicité est important. Il est
    impossible de dire avec exactitude quelle quantité de produit chimique
    provoquera une intoxication grave, car on observe de grandes
    différences d'une personne à l'autre en fonction de l'âge, du poids et
    des circonstances.

    Risques particuliers: l s'agit de la description de tous les risques
    particuliers associés à la manière dont le produit est utilisé, à
    l'aspect qu'il présente et à la façon dont il est emballé.

    Signes et symptômes: Ce sont les effets de l'intoxication que l'on
    peut voir, sentir et entendre et que le malade décrit. Cette rubrique
    ne comporte aucune indication sur les signes et les effets qui ne sont
    perceptibles qu'à l'aide de tests ou d'appareils utilisés en milieu
    hospitalier.

    On trouvera dans la Partie 1 des renseignements sur la façon
    d'examiner le malade et de rechercher ces effets. On y trouve la
    description des signes et symptômes des lésions hépatiques et rénales
    et de l'oedème pulmonaire.

    La liste des signes et symptômes va des effets les plus bénins aux
    effets les plus graves. Plus la dose est importante ou plus la
    personne y a été exposée longtemps, plus la probabilité sera grande
    d'observer les signes et symptômes figurant dans le bas de la liste.

    Celle-ci renferme les signes et symptômes les plus graves qui puissent
    être observés si le sujet a été exposé à une dose très importante de
    substance toxique et n'a reçu aucun secours ni traitement médical.

    Ce qu'il faut faire: Cette rubrique concerne les premiers soins à
    apporter et ce que peuvent faire en dehors de l'hôpital des personnes
    ayant une formation de base au secourisme et aux soins infirmiers. On
    y trouve aussi des indications destinées aux agents de soins de santé
    primaires capables de faire des injections.

    Pour de plus amples informations sur la manière de prodiguer les
    premiers soins et de prendre en charge un malade en-dehors de
    l'hôpital, se reporter à la Partie 1.

    Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital: Dans la
    plupart des cas, le malade devra être hospitalisé et il faut organiser
    immédiatement son transport, mais tout cela peut prendre un certain
    temps. On trouvera dans cette rubrique ce qu'il y a lieu de faire pour
    essayer d'enrayer une intoxication sévère s'il faut plus de 3 ou 4
    heures pour parvenir à l'hôpital.

    Avant de faire quoi que ce soit d'indiqué dans cette rubrique,
    vérifier que les signes et les symptômes présentés par le malade sont
    grossièrement les mêmes que ceux figurant dans la liste.

    Dans les encadrés figurent des indications supplémentaires destinées
    aux médecins concernant les effets cliniques et le traitement. Il est
    à noter que cet ouvrage s'attache principalement au traitement qui
    peut être administré en dehors de l'hôpital et n'a pas pour objet
    d'entrer dans le détail des traitements qui peuvent être administrés
    une fois le malade à l'hôpital. On y donne cependant des indications
    sur le type de traitement (antidotes, sérums antivenimeux) à
    appliquer.

    Pesticides

    Arsenic et produits contenant de l'arsenic

    Substances chimiques traitées dans cette section

    Cette section traite de l'arsenic et des composés contenant de
    l'arsenic et d'autres substances, par exemple:

    acétoarsénite de cuivre       arsénate de plomb
    acide diméthylarsinique       arsénite de sodium
    acide méthylarsonique         pentoxyde d'arsenic
    arsénate de calcium           trioxyde d'arsenic.

    Utilisations

    Les dérivés de l'arsenic sont utilisés dans:

    --   l'agriculture et la sylviculture pour détruire mauvaises herbes,
         insectes, fourmis, termites, rats et souris
    --   pour protéger le bois du pourrissement
    --   dans l'industrie micro-électronique
    --   pour vermifuger les animaux
    --   dans certains remèdes traditionnels à base de plantes: par
         exemple, le trioxyde d'arsenic est utilisé dans certains remèdes
         à base de plantes; en Inde, les produits contenant de l'arsenic
         sont prescrits par les praticiens de la médecine ayurvédique; le
          kushtay est un aphrodisiaque indien contenant de l'arsenic (ces
         utilisations ne sont pas recommandés).

    Il peut y avoir exposition à l'arsenic lors de la fonte du cuivre ou
    de la fabrication industrielle du verre, des colorants, des
    pesticides, des conservateurs du bois et des puces de silicium.

    Mode d'action

    L'arsenic irrite la peau, les poumons et l'intestin. Il interfère avec
    les processus cellulaires vitaux en de nombreux points de l'organisme.

    Toxicité

    L'arsenic et les produits contenant de l'arsenic sont très toxiques
    lorsqu'ils sont ingérés, inspirés, ou en contact avec la peau. Même en
    très faible quantité ils peuvent entraîner la mort. L'intoxication
    chronique à l'arsenic peut survenir lors de l'ingestion répétée
    d'arsenic (par exemple, aliments contaminés, remèdes traditionnels
    contenant de l'arsenic), ou d'une exposition répétée à de la poussière
    ou à des vapeurs d'arsenic. L'arsenic peut aussi être une cause de
    cancer de la peau, des poumons ou du foie longtemps après
    l'exposition.

    Risques particuliers

    Les personnes exposées à de la poussière ou à des vapeurs d'arsenic
    présentent un risque d'intoxication chronique. Elles doivent s'équiper
    de vêtements protecteurs et utiliser des masques respiratoires.

    Signes et symptômes

    Intoxication aiguë

    *    En cas d'ingestion

    Dans les 30 minutes qui suivent, ou au bout de plusieurs heures si la
    substance était mélangée à des aliments:

         --   maux de ventre et vomissements d'apparition brutale
         --   diarrhée sévère
         --   mal de gorge
         --   sensation de soif et sécheresse buccale
         --   haleine sentant l'ail
         --   signes de choc: pouls rapide et faible, peau froide et
              moite, hypotension artérielle, coloration bleue de la peau,
         --   délire et perte subite de connaissance,
         --   crises convulsives.

    Le patient peut décéder dans les 24 heures. Si ce n'est pas le cas, au
    bout de 24 heures, on peut observer:

         --   une jaunisse et des signes de lésion hépatique,
         --   des signes de lésion rénale.

    *    En cas d'inhalation

         --   mêmes effets que précédemment, mais sans douleurs
              abdominales, ni diarrhée ni vomissements.

    *    En cas de contact cutané

         --   mêmes effets que précédemment,
         --   rougeurs, cloques.

    *    Atteinte oculaire

         --   irritation sévère avec douleur et rougeur.

    Intoxication chronique

    Une exposition au long cours à de faibles doses durant plusieurs
    semaines ou plusieurs années, par ingestion ou inhalation peut
    entraîner:

    --   faiblesse,
    --   perte de l'appétit, nausées et vomissements.
    --   diarrhée ou constipation,
    --   éruption cutanée,
    --   épaississement de la peau au niveau des paumes ou des plantes des
         pieds,
    --   voix rauque et maux de gorge,
    --   le patient a parfois un goût de métal dans la bouche et son
         haleine et sa sueur sentent l'ail,
    --   jaunisse due à des lésions hépatiques,
    --   présence de sang dans les urines due à des lésions rénales,
    --   plantes des pieds engourdies ou douloureuses du fait de lésions
         nerveuses,
    --   chute des cheveux,
    --   lignes blanches sur les ongles,
    --   cancer de la peau, des poumons ou du foie.

    Ce qu'il faut faire

    Intoxication aiguë

    En présence de poussières, de gaz ou de vapeurs toxiques, sortir la
    victime au grand air. Pour cela se munir d'un masque respiratoire afin
    ne pas s'exposer.

    Donner les premiers soins. Si la victime est inconsciente ou
    somnolente, l'allonger sur le côté dans la position de sécurité.
    Vérifier sa respiration toutes les 10 minutes et la garder au chaud.

         Atteinte oculaire

         Essuyer doucement le visage avec un linge ou du papier pour
         éliminer le produit chimique. Rincer les yeux à l'eau pendant au
         moins 15 à 20 minutes. Vérifier qu'il n'y a plus aucune particule
         solide de produit sur les cils ou les sourcils, ni dans les plis
         cutanés entourant les yeux.

         Atteinte cutanée

         Retirer immédiatement tous les vêtements, chaussures, chaussettes
         et bijoux contaminés. Eviter soi-même tout contact avec la peau
         ou les vêtements de la victime ou toute inhalation de vapeurs.
         Laver soigneusement la victime à l'eau froide ou tiède et au
         savon (peau, ongles et cheveux) pendant au moins 15 minutes, si
         possible à l'eau courante. Si la surface touchée est importante,
         utiliser une douche ou un jet, mais en lui protégeant les yeux.

    En cas de convulsions, traiter comme indiqué au Chapitre 5.

    Si la victime est consciente, lui donner de l'eau à boire, à raison de
    deux tasses toutes les heures pendant 12 heures, pour compenser les
    pertes en eau dues à la diarrhée.

    Emmener la victime à l'hôpital aussi vite que possible.

    Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital

     En cas d'ingestion: si celle-ci remonte à moins de 4 heures et si la
    victime est tout à fait consciente, respire normalement et n'a pas eu
    de contractions musculaires involontaires ni de convulsions:

    *    la faire vomir, sauf si elle a déjà beaucoup vomi.
    *    lui donner à boire du charbon activé dans de l'eau. En cas de
         vomissements provoqués, attendre pour cela qu'ils aient cessé.

    Intoxication chronique

    Emmener la victime à l'hôpital.

                                                                       
    Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)

    Surveiller la respiration, le pouls, la tension artérielle,
    l'équilibre hydroélectrolytique et les fonctions hépatique et rénale.

    Les cas échéant, instituer un traitement de soutien avec oxygène et
    ventilation mécanique:

    *    correction du déséquilibre hydroélectrolytique.
    *    on traitera l'hypotension artérielle par l'administration
         intraveineuse de liquides et en allongeant la victime les pieds
         plus hauts que la tête.
    *    en cas de crises convulsives répétées, on administrera du
         diazépam par voie intraveineuse.

    Dose:     Adultes: 10 à 20 mg à raison de 0,5 ml (2,5 mg) toutes les
              30 secondes, à renouveler le cas échéant au bout de 30 à 60
              minutes; on peut poursuivre avec un perfusion intraveineuse
              jusqu'à un maximum de 3 mg/kg de poids corporel en 24
              heures.

              Enfants: 200 à 300 µg/kg de poids corporel.

    Si la victime présente des symptômes, administrer un antidote aussi
    vite que possible. Le dimercaprol peut être administré par injection
    intramusculaire profonde.

    Dose: jours 1 et 2: 2,5 à 3 mg/kg de poids corporel toutes les 4
    heures.

    jour 3: 3 mg/kg de poids corporel toutes les 6 heures.

    jours 4 à 10: 3 mg/kg de poids corporel toutes les 12 heures jusqu'à
    disparition des symptômes d'intoxication.
                                                                       

                                                                       
    Effets secondaires du dimercaprol: douleur au point d'injection,
    démangeaisons, sensation de brûlure au niveau des lèvres, de la bouche
    et de la gorge, fièvre, céphalées, hypotension ou hypertension
    artérielles, vomissements et convulsions.

    Si l'on en dispose, on peut utiliser du succimer (DMSA; acide
    dimercaptosuccinique) ou du DMPS (sulfonate de dimercaptopropane) à la
    place du dimercaprol. Ils sont moins toxiques et peuvent être
    administrés par voie orale. Pour plus de détails, contacter un centre
    antipoisons.
                                                                       

    Chlorate de sodium

    Utilisations

    Le chlorate de sodium est utilisé comme désherbant, pour fabriquer les
    bouts d'allumettes et les feux d'artifice. Il a parfois été employé
    dans des bains de bouche, mais cet usage n'est pas recommandé.

    Mode d'action

    Il perturbe le transport de l'oxygène par le sang et provoque des
    lésions hépatiques et rénales. Par ailleurs, il irrite la peau et les
    yeux.

    Toxicité

    Il est toxique s'il est ingéré. Il est arrivé que des personnes
    meurent après avoir avalé 2 ou 3 petites cuillères de chlorate de
    sodium.

    Risques particuliers

    Il se présente sous forme de cristaux blancs et peut être pris pour du
    sucre ou du sel s'il est rangé dans un récipient ayant contenu des
    aliments, ou à un endroit où l'on range habituellement de la
    nourriture.

    Signes et symptômes

    *    En cas d'ingestion

         --   nausées, vomissements, diarrhée et maux de ventre,
         --   respiration superficielle,
         --   perte de connaissance,
         --   convulsions,
         --   la peau et l'intérieur des paupières inférieures prennent
              une couleur bleue,
         --   la victime n'urine plus et présente des signes de lésion
              rénale,
         --   le décès peut survenir dans les quelques heures qui suivent.

    *    Atteinte cutanée:

         --   irritation,
         --   rougeur,
         --   ulcères et brûlures.

    *    Atteinte oculaire:

         --   irritation,
         --   rougeur des paupières,
         --   ulcères et brûlures.

    Ce qu'il faut faire

    Donner les premiers soins. En cas d'arrêt respiratoire, dégager les
    voies aériennes, nettoyer les lèvres de la victime et faire un
    bouche-à-bouche ou bouche-à-nez. Si la victime est inconsciente ou
    somnolente, l'allonger sur le côté dans la position de sécurité.
    Vérifier sa respiration toutes les 10 minutes et la garder au chaud.

    En cas de convulsions, traiter comme indiqué au Chapitre 5.

          Atteinte oculaire

         Rincer les yeux à l'eau pendant au moins 15 à 20 minutes.
         Vérifier qu'il ne reste aucune particule solide de produit
         chimique sur les cils et les sourcils ni dans les plis cutanés
         entourant les yeux.

          Atteinte cutanée

         Retirer immédiatement les vêtements, chaussures, chaussettes, et
         bijoux contaminés. Laver soigneusement à l'eau froide ou tiède et
         au savon la peau, les ongles et les cheveux de la victime pendant
         au moins 15 minutes, si possible à l'eau courante.

    En cas d'ingestion du chlorate de sodium ou de brûlures cutanées ou
    oculaires, emmener la victime à l'hôpital le plus rapidement possible.

    Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital

    Si l'ingestion remonte à moins de 4 heures et si la victime est tout à
    fait consciente, respire normalement, n'a pas eu de contractions
    musculaires involontaires ni de convulsions et ne vomit pas encore, la
    faire vomir.

    Si la victime présente des signes de lésion rénale, traiter comme
    indiqué au Chapitre 9.

                                                                       
    Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)

    En plus des effets indiqués plus haut, on peut observer des troubles
    hématologiques, notamment une méthémoglobinémie et une hémolyse
    intravasculaire, de fortes concentrations de potassium sérique et la
    présence de protéines et d'hémoglobine dans les urines.

    Surveiller le pouls, la respiration et la tension artérielle.
    Instituer le cas échéant un traitement de soutien, notamment une
    oxygénothérapie et une ventilation assistée:

    *    Corriger tout déséquilibre hydroélectrolytique.

    *    En cas de crises convulsives répétées, faire une injection
         intraveineuse de diazépam.

    Dose:     Adultes: 10 à 20 mg, à raison de 0,5 ml (2,5 mg) toutes les
              30 secondes, à renouveler le cas échéant au bout de 30 à 60
              minutes; on peut poursuivre avec une perfusion intraveineuse
              jusqu'à un maximum de 3 mg/kg de poids corporel en 24
              heures.

              Enfants: 200 à 300 µg/kg de poids corporel.

    Deux produits ont été utilisés comme antidotes. Il peut être utile
    d'administrer l'un des deux.

    1.   Thiosulfate de sodium. On dit qu'il agit en transformant le
         chlorate en chlorure, qui est moins toxique, mais il semble qu'il
         y ait encore des doutes concernant son utilité.

         Dose: 2 à 5 g de thiosulfate de sodium dans 200 ml de solution de
         bicarbonate de sodium à 5%, à boire.

    2.   Acide ascorbique. On prétend qu'il retransforme la méthémoglobine
         en hémoglobine, mais il agit très lentement.

         Dose: 1 g toutes les 4 heures, à boire, ou en injection
         intraveineuse lente.

    En cas d'intoxication grave, le traitement le plus utile est
    l'exsanguinotransfusion couplée à l'hémodialyse.
                                                                       

    Désherbants au chlorophénoxyacétate

    Substances chimiques traitées dans cette section

    Il s'agit d'un groupe de désherbants connus sous le nom d'herbicides
    au chlorophénoxyacétate (dont l'abréviation est parfois herbicides
    phénoxy ou chlorophénoxy). On trouvera ci-après leurs nom courants
    suivis de leurs noms chimiques:

    2,4-D               acide 2,4 -dichlorophénoxyacétique
    MCPA                acide (4-chloro-2-méthylphénoxy) acétique
    mécoprop (MCPP)     acide 2-(2-méthyl-4-chlorophénoxy) propionique
    dichlorprop (DCPP)  acide 2-(2,4-dichlorophénoxy) propionique
    2,4,5 --- T         acide 2,4,5-trichlorophénoxyacétique

    De nombreux produits sont des mélanges de plusieurs d'entre eux.

    Utilisations

    On les emploie pour éliminer les mauvaises herbes à feuilles larges
    dans les champs de céréales, les prairies, les parcs et les jardins,
    ainsi que pour débarrasser les mares, lacs et canaux d'irrigation des
    mauvaises herbes.

    Mode d'action

    Ils provoquent des irritation cutanées, buccales et intestinales, des
    coups de chaleur et des lésions musculaires, nerveuses et cérébrales.
    Certains produits liquides contiennent également des distillats de
    pétrole qui peuvent entraîner un oedème pulmonaire en cas d'ingestion.

    Toxicité

    La plupart des cas d'intoxication sont dus à l'ingestion massive de
    produits liquides concentrés, entraînant parfois le décès. Ces
    produits peuvent être nocifs s'ils sont inhalés ou mis au contact de
    la peau, mais seulement en cas d'exposition massive.

    Signes et symptômes

    *    En cas d'ingestion:

         --   douleur cuisante dans la bouche,
         --   toux et suffocation si le produit contient un distillat de
              pétrole,
         --   maux de ventre, vomissements et diarrhée,
         --   fièvre ou hypothermie,
         --   confusion,
         --   douleurs et faiblesse musculaires, contractions
              involontaires,
         --   hypotension artérielle,
         --   respiration rapide et coloration bleue de la peau,
         --   perte de connaissance,
         --   convulsions.

    Le décès peut survenir en quelques heures.

    Si la victime survit aux quelques premières heures:

         --   oedème pulmonaire dans les 12 à 24 heures, si le produit
              contient des distillats de pétrole,
         --   urines foncées et signes de lésion rénale,
         --   signes de lésion hépatique.

    *    Atteinte cutanée:

         --   rougeur et irritation.

    Si la surface touchée est importante:

         --   douleurs et faiblesse musculaires, contractions
              involontaires,
         --   perte de connaissance.

    *    En cas d'inhalation massive:

         --   douleurs et faiblesse musculaires, contractions
              involontaires,
         --   perte de connaissance.

    *    Atteinte oculaire:
         --   rougeur et irritation.

    Ce qu'il faut faire

    Donner les premiers soins. Si la respiration s'arrête, dégager les
    voies aériennes, nettoyer la substance chimique pouvant être présente
    sur les lèvres de la victime et faire un bouche-à-bouche où un
    bouche-à-nez. En cas d'arrêt cardiaque, pratiquer un massage
    cardiaque.

    Si la victime est inconsciente ou somnolente, l'allonger sur le côté
    dans la position de sécurité. Vérifier sa respiration toutes les 10
    minutes.

    En cas de convulsions, traiter comme indiqué au Chapitre 5.

    En cas de fièvre, appliquer des compresses d'eau froide sur tout le
    corps de la victime. Si au contraire sa température est basse, la
    réchauffer.

    Atteinte oculaire

    Rincer les yeux à l'eau pendant au moins 15 à 20 minutes. Vérifier
    qu'il n'y a plus aucune particule solide de produit sur les cils ou
    les sourcils, ni dans les plis cutanés entourant les yeux.

    Atteinte cutanée

    Retirer immédiatement tous les vêtements, chaussures, chaussettes et
    bijoux contaminés. Laver soigneusement les endroits touchés à l'eau
    froide et au savon pendant 15 minutes, si possible à l'eau courante.

    Emmener la victime à l'hôpital aussi rapidement que possible.

    Conduite à venir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital

     En cas d'ingestion du pesticide: si celle-ci remonte à moins de 4
    heures et si la victime est tout à fait consciente, respire
    normalement et n'a pas présenté de contractions musculaires
    involontaires ni de convulsions:

    *    la faire vomir
    *    lui donner à boire du charbon activé dans de l'eau. Si les
         vomissements ont été provoqués, attendre pour cela qu'ils aient
         cessé.

    Garder la victime au calme.

                                                                       
    Renseignements destinés aux médecins (en-dehors de l'hôpital)

    En plus des effets indiqués plus haut, il peut y avoir acidose
    métabolique et présence de myoglobine et de sang dans les urines.

    Surveiller la respiration, le pouls, la tension artérielle,
    l'équilibre hydroélectrolytique. Le cas échéant, instituer un
    traitement de soutien, notamment une oxygénothérapie et une
    ventilation assistée:

    *    corriger le déséquilibre hydroélectrolytique.
    *    en cas de crises convulsives répétées, administrer du diazépam en
         injection intraveineuse.

    Dose:     Adultes: 10 à 20 mg, à raison de 0,5 ml (2,5 mg) toutes les
              30 secondes, à renouveler le cas échéant au bout de 30 à 60
              minutes; on peut poursuivre par une perfusion intraveineuse
              jusqu'à un maximum de 3 mg/kg de poids corporel en 24
              heures.

              Enfants: 200 à 300 µg/kg de poids corporel.

    Administrer 10 à 15 g de bicarbonate de sodium par jour, de façon à
    alcaliniser les urines et à accroître l'élimination.
                                                                       

    Dinitro-o-crésol (DNOC), dinitrophénol, dinoseb et pentachlorophénol

    Substances chimiques traitées dans cette section

    Il s'agit du:

    *    dinitro- o-crésol (DNOC), dinitrophénol et dinoseb 
         (2- sec-butyl-4,6-dinitrophénol)
    *    pentachlorophénol, également appelé chlorophène, PCP et
         pentachlorphénol
    *    pentachlorophénate de sodium, également appelé pentachlorophénoxy
         sodium, PCP sodique, pentachlorphénate de sodium,
         pentachlorophénolate de sodium, et pentachlorophénoxyde de
         sodium.

    Utilisations

    Ils sont utilisés contre les mauvaises herbes, les insectes et les
    champignons, et pour la protection du bois contre la pourriture et la
    décomposition.

    Mode d'action

    Ils accélèrent les processus chimiques dans l'organisme entraînant un
    dégagement excessif de chaleur et un coup de chaleur. Ils provoquent
    également des lésions hépatiques, rénales et nerveuses. Les produits
    liquides peuvent contenir des distillats de pétrole ou du méthanol.

    Toxicité

    Si elles sont inhalées ou ingérées, ou si elles viennent au contact de
    la peau, les pulvérisations, poussières et vapeurs sont toxiques.
    L'intoxication est aggravée si la victime a chaud.

    Risques particuliers

    Si l'on utilise du pentachlorophénol dans des bâtiments mal aérés,
    l'inhalation des vapeurs ou des pulvérisations peut entraîner une
    intoxication. Il est dangereux d'utiliser ces produits sans vêtements
    protecteurs recouvrant tout le corps pour éviter une absorption
    cutanée.

    Signes et symptômes

    *    En cas d'ingestion

    Dans les quelques heures qui suivent:

         --   jaunissement de la peau, en particulier au niveau des paumes
              et des cheveux, mais pas du blanc des yeux 
              (dinitro- o-crésol et dinoseb uniquement),
         --   sueurs profuses et soif,
         --   nausées et vomissements,

         --   forte fièvre,
         --   déshydratation,
         --   fatigue,
         --   anxiété, agitation, maux de tête et confusion mentale,
         --   respiration profonde, rapide,
         --   pouls rapide,
         --   urines jaune vif (dinitro- o-crésol et dinoseb uniquement),
         --   la victime urine très peu du fait d'une lésion rénale,
         --   convulsions,
         --   perte de connaissance,
         --   oedème pulmonaire.

    *    Atteinte cutanée:
         --   éruption cutanée,
         --   mêmes effets qu'en cas d'ingestion.

    *    Atteinte oculaire:
         --   irritation sévère, yeux rouges et larmoyants.

    *    En cas d'inhalation:
         --   irritation du nez et de la gorge,
         --   essoufflement et douleur thoracique,
         --   mêmes effets qu'en cas d'ingestion.

    Ce qu'il faut faire

    En cas de brouillard, poussières, gaz ou vapeurs toxiques, sortir la
    victime au grand air. Porter pour cela un masque respiratoire afin de
    se protéger.

    Donner les premiers soins. En cas d'arrêt respiratoire, dégager les
    voies aériennes, nettoyer toute substance chimique présente sur les
    lèvres de la victime et faire un bouche-à-bouche ou un bouche-à-nez.
    Si la victime est inconsciente ou somnolente, l'allonger sur le côté
    dans la position de sécurité. Vérifier sa respiration toutes les 10
    minutes.

    En cas de convulsions, traiter comme indiqué au Chapitre 5.

    Si la victime est consciente, lui donner de l'eau à boire afin de
    remplacer les pertes dues à la transpiration.

    Si la victime a de la fièvre, lui appliquer sur le corps des
    compresses d'eau froide. Ne pas donner d'aspirine contre la fièvre.
    Garder la victime allongée et au repos. L'emmener immédiatement à
    l'hôpital. Ne pas la laisser marcher, ce qui la fatiguerait rapidement
    et aggraverait l'intoxication.

         Atteinte oculaire

         Tamponner très doucement le visage à l'aide d'un linge ou d'un
         papier absorbant pour recueillir la substance chimique. Rincer
         les yeux à l'eau pendant au moins 15 à 20 minutes. Vérifier qu'il
         ne reste aucune particule solide de substance chimique sur les
         cils et les sourcils, ni dans les plis cutanés entourant les
         yeux.

         Atteinte cutanée

         Retirer immédiatement tous les vêtements, chaussures, chaussettes
         et bijoux contaminés. Laver soigneusement à l'eau froide ou tiède
         et au savon pendant au moins 15 minutes la peau, les ongles et
         les cheveux de la victime, si possible à l'eau courante. Si une
         surface importante est touchée, utiliser une douche ou un tuyau
         d'arrosage, mais en protégeant les yeux de la victime. Ne pas
         essayer d'éliminer toute la couleur jaune elle est dans la peau
         et ne partira pas.

    Transporter immédiatement la victime à l'hôpital. Ne pas la laisser
    marcher, cela l'épuiserait rapidement et aggraverait son état.

    Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital

    Garder la victime allongée dans un endroit frais.

     En cas d'ingestion: si celle-ci remonte à moins de 4 heures et si la
    victime est tout-à-fait consciente, respire normalement et n'a pas
    présenté de contractions musculaires involontaires ni de crise
    convulsive:

    --   lui donner à boire du charbon activé dans de l'eau.
    --   lui donner 2 tasses d'eau toutes les heures pendant les premières
         24 heures.

    Ne pas la faire vomir. Elle risquerait de s'étouffer avec les
    vomissures si elle perd connaissance ou présente une crise convulsive.

    En cas d'oedème pulmonaire, traiter comme indiqué au Chapitre 9. S'il
    y a des signes de lésion hépatique, traiter comme indiqué au Chapitre
    9. En cas de signes de lésion rénale, traiter comme indiqué au
    Chapitre 9.

                                                                       
    Renseignements destinés aux médecins (en-dehors de l'hôpital)

    En plus des effets mentionnés plus haut, il peut y avoir une acidose
    métabolique. Surveiller la respiration, le pouls, la tension
    artérielle, la température rectale, la glycémie et les fonctions
    rénales et hépatiques. Le cas échéant, instituer un traitement de
    soutien, notamment une oxygénothérapie et une ventilation mécanique:
                                                                       

                                                                       
    *    Administration de glucose par voie intraveineuse ou repas
         fréquents pour assurer un apport énergétique suffisant.
    *    Corriger tout déséquilibre hydroélectrolytique ou acido-basique.
    *    En cas de crises convulsives répétées, faire une injection
         intraveineuse de diazépam.

    Doses:    Adultes: 10 à 20 mg, à raison de 0,5 ml (2,5 mg) toutes les
              30 secondes, à renouveler le cas échéant au bout de 30 à 60
              minutes; on peut poursuivre avec une perfusion intraveineuse
              jusqu'à un maximum de 3 mg/kg de poids corporel en 24
              heures.

              Enfants: 200 à 300 µg/kg de poids corporel.
                                                                       

    Insecticides à base de pyréthrines et de pyréthrinoïdes

    Substances chimiques traitées dans cette section

    Les pyréthrines sont des insecticides naturels extraits des
    chrysanthèmes; les pyréthrinoïdes sont des insecticides de synthèse
    qui possèdent les mêmes structures chimiques.

    Le pyrèthre et le pipéronyl butoxyde sont des pyréthrines. Les
    substances suivantes sont des pyréthrinoïdes: bioresméthrine,
    cyperméthrine, deltaméthrine, fenvalérate, perméthrine et resméthrine.

    Utilisations

    Ces substances sont employées comme insecticides domestiques sous
    forme de pulvérisations, de serpentins et de plaquettes
    antimoustiques. On les utilise également pour lutter contre les
    insectes nuisibles dans les entrepôts où l'on stocke les céréales et
    la farine, et en agriculture sur les légumes, les arbres et arbustes
    fruitiers. Elles sont vendues sous différentes formes: liquides,
    bouillies pour pulvérisations, et poudre.

    Modes d'action

    Elle irritent les poumons et agissent sur le cerveau.

    Toxicité

    S'ils sont ingérés, inhalés ou au contact de la peau, les pyréthrines
    et pyréthrinoïdes ne sont pas très toxiques pour l'homme. Ils
    provoquent parfois des réactions allergiques. Les intoxications graves
    sont rares et généralement dues à une ingestion massive de produit
    concentré.

    Signes et symptômes

    *    En cas d'ingestion:

         --   nausées et vomissements,
         --   après ingestion massive il arrive qu'on observe des
              convulsions, mais c'est rare.

    *    Atteinte cutanée:

         --   irritation,
         --   éruption cutanée vésiculeuse.

    *    En cas d'inhalation:

         --   nez qui coule et mal de gorge,
         --   certaines personnes peuvent présenter une respiration
              sifflante, des éternuements et un essoufflement.

    *    Atteinte oculaire:

         --   certains insecticides peuvent provoquer une irritation
              grave.

    *    Réactions allergiques:

         --   état de choc: pâleur, transpiration, pouls rapide et faible,
         --   respiration sifflante et essoufflement.

    Ce qu'il faut faire

         En cas de réaction allergique

         Donner les premiers soins. En cas d'arrêt respiratoire, dégager
         les voies aériennes et faire un bouche-à-bouche. En cas d'arrêt
         cardiaque, pratiquer un massage cardiaque.

         Allonger la victime sur le dos, la tête tournée sur le côté et
         les jambes plus haut que la tête (en faisant reposer les pieds
         sur une boîte, par exemple). Cela permettra au sang d'atteindre
         le cerveau et diminuera le risque que des vomissures viennent
         obstruer les voies aériennes.

         Une personne qui présente une réaction allergique doit être
         emmenée à l'hôpital aussi vite que possible.

         Atteinte oculaire

         Rincer les yeux à l'eau pendant au moins 15 à 20 minutes.
         Vérifier qu'il ne reste aucune particule solide de substance
         chimique sur les cils et les sourcils, ni dans les plis cutanés
         entourant les yeux. En cas d'irritation sévère, emmener la
         victime à l'hôpital.

         Atteinte cutanée

         Retirer immédiatement les vêtements, chaussures, chaussettes et
         bijoux contaminés. Prendre garde de ne pas s'intoxiquer soi-même
         (peau, vêtements). Laver soigneusement à l'eau froide ou tiède et
         au savon la peau, les ongles et les cheveux de la victime pendant
         au moins 15 minutes, si possible à l'eau courante.

                                                                       
    Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)

    En cas de réaction allergique sévère (anaphylactique)

    Donner de l'oxygène au masque, à une concentration aussi forte que
    possible. Intuber la victime si elle est inconsciente.

    Donner de l'adrénaline à 1 pour 1000 (1 mg/ml) dès que possible en
    injection intramusculaire, sauf si le pouls central est fort et l'état
    général bon. Tout retard peut être mortel.

    Dose:

    Age                 Volume d'adrénaline, 1 pour 1000
    < 1 an              0,05 ml
    1 an                0,1 ml
    2 ans               0,2 ml
    3-4 ans             0,3 ml
    5 ans               0,4 ml
    6-12 ans            0,5 ml
    Adultes             0,5-1 ml

    Ces doses peuvent être renouvelées toutes les 10 minutes jusqu'à
    amélioration de la tension artérielle et du pouls. Elles doivent être
    diminuées chez les enfants dont le poids est inférieur à la moyenne.

    Les antihistaminiques tels que la chlorphénamine ou la prométhazine
    sont utiles si on les injecte en injection intraveineuse lente après
    l'adrénaline, car ils permettent de traiter les éruptions cutanées,
    les démangeaisons ou les tuméfactions et permettent d'éviter une
    rechute.

    Si l'état du patient ne s'améliore pas, on instituera le cas échéant
    un traitement de soutien:

         --   oxygène et ventilation,
         --   liquides intraveineux,
         --   le salbutamol en inhalation ou la théophylline par voie
              intraveineuse peuvent s'avérer utiles en cas d'asthme ou de
              respiration sifflante.
                                                                       

    Insecticides organophosphorés et carbamates

    Insecticides traités dans cette section

    Voici quelques insecticides organophosphorés et carbamates:

    Insecticides organophosphorés:

    azinphos-méthyl          fenthion
    bromophos-éthyl          formothion
    bromophos                hepténophos
    carbophénothion          iodofenphos
    chlorfenvinphos          malathion
    cythioate                mévinphos
    déméton- S-méthyl         parathion-méthyl
    diazinon                 phorate
    dichlorvos               phosmet
    diméthoate               phoxime
    fénitrothion             pirimiphos méthyl

    Carbamates:

    aldicarbe                méthiocarbe
    bendiocarbe              méthomyl
    carbaryl                 pirimicarbe
    carbofuran               propoxur

    Ces insecticides se présentent sous forme de poudres, de granulés ou
    de liquides. Certains produits doivent être dilués dans l'eau avant
    usage et d'autres brûlés pour dégager la fumée qui tuera les insectes.

    Utilisations

    Ils sont très largement utilisés dans l'agriculture et à domicile
    contre les insectes. On les emploie également contre les moustiques
    qui transmettent le paludisme et les insectes qui parasitent l'homme
    ou les animaux domestiques.

    Mode d'action

    Ils sont toxiques pour les nerfs qui contrôlent les glandes, les
    muscles, la respiration et le cerveau. Si les effets cliniques de ces
    deux groupes de produits sont les mêmes, les insecticides
    organophosphorés n'agissent pas sur l'organisme exactement de la même
    façon que les carbamates et les antidotes employés pour traiter ces
    intoxications ne sont pas les mêmes. Certains produits contiennent des
    distillats de pétrole, du toluène ou du xylène, qui peuvent entraîner
    un oedème pulmonaire.

    Toxicité

    Ils peuvent être à l'origine d'intoxications graves ou mortelles par
    inhalation, ingestion, ou contact cutané ou oculaire. Les quantités
    toxiques sont très variables d'un produit à l'autre. Des doses faibles
    peuvent entraîner une intoxication grave chez des sujets à nouveau
    exposés au produit quelques semaines ou quelques mois après une
    première exposition.

    Les carbamates provoquent des intoxications moins graves que les
    organophosphorés.

    Signes et symptômes

    Les effets peuvent se faire sentir très rapidement ou jusqu'à 12
    heures après l'exposition.

    *    En cas d'ingestion, d'inhalation ou de contact cutané:

         --   confusion, faiblesse et épuisement,
         --   maux de tête,
         --   nausées, vomissements, maux de ventre et diarrhée,
         --   sueurs froides, hypersalivation,
         --   oppression thoracique,
         --   mouvements brefs et saccadés des paupières et de la langue,
              suivis par des contractions généralisées,
         --   respiration irrégulière ou superficielle,
         --   pouls lent,
         --   pupilles rétrécies,
         --   convulsions,
         --   perte de connaissance,
         --   oedème pulmonaire,
         --   incontinence.

    *    Atteinte oculaire:

         --   irritation, larmoiement et toubles de la vision,
         --   mêmes effets qu'en cas d'ingestion ou d'inhalation.

    Ce qu'il faut faire

    En présence de poussières, de gaz ou de vapeurs toxiques, emmener la
    victime au grand air. Pour cela, porter un masque respiratoire et des
    vêtements protecteurs pour ne pas s'intoxiquer soi-même.

    Donner les premiers soins. En cas d'arrêt respiratoire, dégager les
    voies aériennes, nettoyer les lèvres de la victime et faire un
    bouche-à-bouche ou un bouche-à-nez. En cas d'arrêt cardiaque,
    pratiquer un massage cardiaque.

    Si la victime est inconsciente ou somnolente, l'allonger sur le côté
    dans la position de sécurité. Vérifier sa respiration toutes les 10
    minutes et la garder au chaud.

    En cas de convulsions, traiter comme indiqué au Chapitre 5.

         Atteinte oculaire

         Tamponner très doucement le visage avec un linge ou un papier
         pour absorber le produit chimique. Rincer les yeux à l'eau
         pendant 15 à 20 minutes. Vérifier qu'il ne reste aucune particule
         solide de produit chimique sur les cils et les sourcils, ni dans
         les plis cutanés entourant les yeux.

         Atteinte cutanée

         Retirer immédiatement les vêtements, chaussures, chaussettes et
         bijoux contaminés. Prendre garde à ne pas être soi-même contaminé
         (peau ou vêtements) et à ne pas inhaler de vapeurs toxiques.

    Laver soigneusement à l'eau froide ou tiède et au savon la peau, les
    ongles et les cheveux de la victime pendant au moins 15 minutes, si
    possible à l'eau courante. Si la surface touchée est importante,
    utiliser une douche ou un jet d'arrosage, mais en protégeant les yeux
    de la victime.

    Allonger la victime et lui dire de se reposer. L'intoxication peut
    être aggravée si elle bouge.

    L'emmener à l'hôpital le plus vite possible.

    Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital

     En cas d'ingestion: si celle-ci remonte à moins de 4 heures et si la
    victime est tout à fait consciente, respire normalement, n'a pas
    présenté de contractions musculaires involontaires ni de convulsions,
    et ne vomit pas, lui donner à boire du charbon activé dans de l'eau.

    Si la victime présente des signes d'oedème pulmonaire, traiter comme
    indiqué au Chapitre 9.

    Une fois la victime rétablie

    Il peut falloir à l'organisme plusieurs semaines ou plusieurs mois
    pour retrouver son équilibre chimique, même si la victime paraît
    parfaitement bien. Une personne ainsi atteinte qui serait réexposée
    avant que son organisme ne se soit correctement rétabli courrait un
    risque d'intoxication très grave. Par conséquent, les gens qui ont été
    intoxiqués par des organophosphorés ne doivent pas les réutiliser
    avant d'avoir été examinés par un médecin qui connaît bien ce
    problème.

                                                                       
    Renseignements destinés aux médecins (en-dehors de l'hôpital)

    En plus des effets énumérés plus haut, on peut observer une failbesse
    des muscles de la respiration, un bronchospasme et une sécrétion de
    liquide dans les voies aériennes et les poumons.

    Surveiller le pouls, la respiration, la tension artérielle et les
    pertes liquidiennes. Instituer le cas échéant un traitement de
    soutien, notamment une oxygénothérapie et une ventilation assistée:

    *    Il faut aspirer les sécrétions hors des voies aériennes.
    *    On corrigera tout déséquilibre hydroélectolytique.
    *    On peut administrer du diazépam par voie intraveineuse pour
         soulager l'anxiété et maîtriser les convulsions.

    Dose:     Adultes: 10 à 20 mg à renouveler, le cas échéant.

              Enfants: 0,25 à 0,4 mg/kg de poids corporel, à renouveler
              jusqu'à un maximum de 5 mg chez l'enfant entre 1 mois et 5
              ans et de 10 mg après 5 ans.

    Il faut administrer des antidotes s'il y a des signes d'intoxication.
    Les organophosphorés et les carbamates agissent de façon légèrement
    différente et certains des antidotes qui agissent contre les
    organophosphorés ne doivent donc pas être utilisés pour traiter une
    intoxication par les carbamates.

    Insecticides organophosphorés et carbamates

    Faire une injection intraveineuse d'atropine jusqu'à ce que la victime
    présente une sécheresse buccale, une fréquence cardiaque supérieure à
    100 et une dilatation des pupilles.

    Dose:     Adultes: donner une première dose de 2 à 4 mg. Si la victime
              salive encore renouveler la dose toutes les 10 minutes
              jusqu'à obtenir une sécheresse buccale.

              Enfants: administrer 0,05 mg/kg de poids corporel, à
              renouveler toutes les 10 minutes jusqu'à obtenir une
              sécheresse buccale.

    Surveiller la victime. Si des signes d'intoxication réapparaissent,
    redonner de l'atropine. Certains patients meurent faute d'en avoir
    reçu suffisamment. Il peut en falloir de grandes quantités pendant
    plusieurs jours.
                                                                       

                                                                       
    Insecticides organophosphorés seulement

    Donner du mésilate (P-2-S) ou de chlorure (PAM2) de pralidoxime aux
    sujets gravement atteints ou qui ne répondent pas au traitement par
    l'atropine, afin de réactiver l'enzyme inhibée par l'insecticide.
    L'administrer en même temps que l'atropine.

    Dose:     30 mg/kg de poids corporel en injection intraveineuse lente
              en 5 à 30 minutes toutes les 4 à 6 heures. On peut
              l'administrer par voie intramusculaire s'il est impossible
              de pratiquer la voie intraveineuse. Si l'on ne dispose pas
              de pralidoxime on peut employer du chlorure d'obidoxime.
                                                                       

    Métaldéhyde

    Utilisations

    Le métaldéhyde est employé contre les limaces et les escargots et
    comme combustible solide. Le produit contre les limaces et les
    escargots peut se présenter sous forme de petits granulés contenant du
    métaldéhyde et du son, ou sous forme liquide devant être diluée avant
    usage. Le combustible solide se présente sous forme de tablettes.

    Mode d'action

    En cas d'ingestion, le métaldéhyde agit sur l'intestin, le cerveau, le
    foie et les reins.

    Toxicité

    Les granulés utilisés contre les limaces et les escargots contiennent
    en général très peu de métaldéhyde (moins de 5%) et ne provoquent pas
    habituellement d'intoxication grave. Le métaldéhyde liquide et les
    tablettes de combustible solide sont plus concentrés et peuvent être à
    l'origine d'intoxications graves, entraînant parfois le décès.

    Risques particuliers

    Les granulés de métaldéhyde sont souvent vendus dans des paquets
    faciles à ouvrir pour des enfants. On les répand sur le sol et ils
    peuvent donc être ramassés par des enfants.

    Signes et symptômes

    *    En cas d'ingestion

    Les effets s'observent en général dans les trois heures qui suivent,
    mais peuvent être différés jusqu'à 48 heures après l'ingestion:

         --   nausées, vomissements et maux de ventre,
         --   hypersalivation,
         --   bouffées vasomotrices,
         --   fièvre,
         --   somnolence,
         --   pouls rapide,
         --   tremblements,
         --   contractions musculaires involontaires et convulsions,
         --   perte de connaissance.

    Au bout de 2 à 3 jours:

         --   jaunisse et signes de lésion hépatique,
         --   la victime urine très peu, ce qui montre une atteinte
              rénale.

    Ce qu'il faut faire

    Si la victime n'a avalé qu'un ou deux granulés de produit contre les
    limaces contenant moins de 5% de métaldéhyde, il n'y a pas lieu de
    faire quoi que ce soit. Si elle en a avalé davantage, intervenir de la
    manière suivante.

    Donner les premiers soins. Si la victime est inconsciente ou
    somnolente, l'allonger sur le côté dans la position de sécurité.
    Vérifier sa respiration toutes les 10 minutes et la garder au chaud.

    Si elle présente une crise convulsive, traiter comme indiqué au
    Chapitre 5.

    L'emmener à l'hôpital le plus vite possible.

    Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital

    Si la substance a été ingérée moins de 4 heures auparavant et si la
    victime est tout à fait consciente, respire normalement et n'a pas
    présenté de contractions musculaires involontaires ni de convulsions:

    *    La faire vomir, à moins qu'elle n'ait déjà abondamment vomi.

    *    Lui donner à boire du charbon activé dans de l'eau. Si les
         vomissements ont été provoqués, attendre qu'ils aient cessé.

    Si la victime présente des signes de lésion hépatique, traiter comme
    indiqué au Chapitre 9. Si elle présente des signes de lésion rénale,
    traiter comme indiqué au Chapitre 9.

                                                                       
    Renseignements destinés aux médecins (en-dehors de l'hôpital)

    Surveiller le pouls, la respiration, la tension artérielle et la
    fonction hépatique. Le cas échéant, instituer un traitement de
    soutien, notamment une oxygénothérapie et une ventilation assistée. En
    cas de crises convulsives répétées, faire une injection intraveineuse
    de diazépam.

    Dose:     Adultes: 10 à 20 mg, à raison de 0,5 ml (2,5 mg) toutes les
              30 secondes, à renouveler le cas échéant au bout de 30 à 60
              minutes. On peut poursuivre avec une perfusion intraveineuse
              jusqu'à un maximum de 3 mg/kg de poids corporel en 24
              heures.

              Enfants: 200 à 300 µg/kg de poids corporel.
                                                                       

    Paraquat

    Utilisation

    Le paraquat est employé comme désherbant. Il est généralement vendu
    sous forme liquide à 20%, à diluer avant usage. Dans certains pays,
    on trouve également un produit solide sous forme de granulés pour les
    jardins. Il contient 2,5% de paraquat et 2,5% de diquat, et est à
    diluer dans l'eau avant usage.

    Mode d'action

    Le paraquat provoque des lésions pulmonaires, hépatiques et rénales.
    La solution à 20% est corrosive.

    Toxicité

    Le paraquat est très toxique s'il est ingéré. Une gorgée de la forme
    liquide à 20% peut entraîner le décès par lésion pulmonaire dans les
    quatre semaines qui suivent. Des quantités supérieures peuvent
    entraîner le décès dans les 12 heures.

    Le contact cutané est peu susceptible d'entraîner une intoxication,
    sauf si l'on porte des vêtements contaminés pendant plusieurs heures,
    si une grande quantité de paraquat concentré vient au contact d'une
    peau endommagée, ou s'il s'agit d'un enfant. L'inhalation de
    gouttelettes de paraquat pulvérisées peut irriter le nez et la gorge,
    mais il est peu probable qu'elle entraîne une intoxication.

    Risques particuliers

    De nombreuses intoxications accidentelles surviennent lorsque l'on
    conserve du paraquat dans des bouteilles de bière, de vin ou de
    boissons non alcoolisées. Il est dangereux de conserver ainsi un
    poison quel qu'il soit, car n'importe qui peut le boire par erreur,

    mais c'est une habitude assez fréquente dans les endroits où le
    paraquat liquide n'est fourni que dans de grands bidons. Les gens qui
    possèdent de petites fermes ou jardins et qui veulent n'en acheter
    qu'une petite quantité sont ainsi obligés de le transvaser. Les gens
    qui pulvérisent le pesticide peuvent être gravement intoxiqués s'ils
    avalent du paraquat en essayant de déboucher les buses de
    pulvérisation. Il est arrivé qu'un contact cutané entraîne le décès
    chez des gens ayant porté pendant plusieurs heures des vêtements
    contaminés par le paraquat.

    Signes et symptômes

    *    En cas d'ingestion:

         --   vomissements et maux de ventre,
         --   diarrhées, souvent sanglantes.

    Après une ingestion massive des effets graves apparaissent en quelques
    heures:

         --   somnolence, faiblesse, vertiges et maux de tête,
         --   fièvre,
         --   perte de connaissance,
         --   toux et respiration irrégulière,
         --   oedème pulmonaire.

    La victime peut mourir dans les 12 heures.

    Après ingestion de quantités plus faibles, des effets graves
    apparaissent au bout de 24 à 48 heures:

         --   douleurs buccales et maux de gorge,
         --   dans certains cas, apparition d'ulcères blancs dans la
              bouche et la gorge, la muqueuse se délite et la déglutition
              est douloureuse; la bouche est pleine de salive, car la
              victime n'arrive pas à l'avaler,
         --   l'atteinte pulmonaire entraîne un essoufflement,
         --   dans certains cas, la victime urine très peu, ce qui indique
              une lésion rénale,
         --   dans certains cas, il y a apparition d'une jaunisse et de
              signes de lésion hépatique.

    Le décès peut survenir au bout de 2 à 4 semaines du fait de la maladie
    pulmonaire.

    *    Atteinte cutanée

    Le contact avec une solution de paraquat à 20% peut entraîner une
    inflammation et l'apparition de cloques; les ongles peuvent se fendre
    et tomber.

    Si de grandes quantités de paraquat sont en contact pendant plusieurs
    heures avec une peau endommagée:

         --   essoufflement lié à l'évolution de l'atteinte pulmonaire,
         --   dans certains cas, la victime urine très peu, ce qui indique
              une atteinte rénale,
         --   dans certains cas, il y a apparition d'une jaunisse et de
              signes de lésion hépatique.

    *    Atteinte oculaire:

         --   la solution de paraquat à 20% entraîne une inflammation
              sévère, mais les yeux guérissent totalement s'ils sont
              correctement traités.

    *    En cas d'inhalation:

         Les pulvérisations et les poussières peuvent entraîner des
         saignements de nez.

    Ce qu'il faut faire

    Donner les premiers soins. Si la victime est inconsciente ou
    somnolente, l'allonger sur le côté dans la position de sécurité.
    Vérifier sa respiration toutes les 10 minutes et la garder au chaud.

         En cas d'ingestion

         Ne rien donner par voie buccale si la victime présente des
         ulcères importants dans la bouche, car elle sera probablement
         incapable d'avaler.

         En cas de douleur sévère, donner des bains de bouche ou utiliser
         des anesthésiques locaux en pulvérisation. Si la victime peut
         avaler, lui donner de l'eau glacée ou de la crème glacée.

         Si l'ingestion remonte à moins de 4 heures et si la victime est
         tout à fait consciente, ne vomit pas et peut avaler, lui donner à
         boire du charbon activé dans de l'eau. Avec le charbon, donner du
         sulfate de sodium ou de magnésium.

         Atteinte oculaire

         Rincer les yeux à l'eau pendant au moins 15 à 20 minutes.
         Vérifier qu'il ne reste aucune particule solide de produit sur
         les cils et les sourcils, ni dans les plis cutanés entourant les
         yeux.

         Atteinte cutanée

         Retirer immédiatement tous les vêtements, chaussures, chaussettes
         et bijoux contaminés. Faire attention de ne pas se contaminer
         soi-même (peau ou vêtements). Laver soigneusement à l'eau froide
         ou tiède et au savon la peau, les ongles et les cheveux de la
         victime, pendant au moins 15 minutes, si possible à l'eau
         courante.

    Emmener la victime à l'hôpital aussi vite que possible.

    Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital

    En cas d'ingestion, si la victime est consciente, respire normalement
    et peut déglutir, lui donner deux tasses d'eau à boire toutes les
    heures.

    Si elle présente des signes d'oedème pulmonaire, traiter comme indiqué
    au Chapitre 9.

                                                                       
    Renseignements destinés aux médecins (en-dehors de l'hôpital)

    Le cas échéant, instituer un traitement de soutien:

         --   liquides intraveineux,
         --   morphine contre la douleur

    Ne pas donner d'oxygène, qui risque d'aggraver les lésions
    pulmonaires, sauf si la personne présente une détresse respiratoire.
    On peut donner de l'oxygène aux sujets qui ont peu de chance de se
    rétablir, si cela les soulage.

    Il n'y a pas de traitement infaillible des intoxications modérées ou
    sévères au paraquat.
                                                                       

    Pesticides organochlorés 

    Pesticides traités dans cette section 

    Il existe de nombreux pesticides organochlorés. Parmi les plus connus
    on retiendra l'aldrine, le chlordane, le DDT, la dieldrine,
    l'endosulfan, l'endrine et le lindane (également connu sous le nom
    d'hexachlorure de benzène gamma ou de gamma-HCH). 

    Utilisations 

    Les pesticides organochlorés sont très largement employés dans
    l'agriculture et pour lutter contre les insectes porteurs de maladies
    comme les moustiques (paludisme). On utilise également le lindane
    contre les puces, poux, escargots et limaces et on en vaporise sur les
    graines pour les préserver de l'attaque des insectes. 

    Ces produits peuvent se présenter sous forme de poussières, de poudres
    mouillables, de granulés ou de liquides. Certains d'entre eux sont à
    brûler et dégagent une fumée qui tue les insectes. Les produits anti-
    poux se présentent sous forme de lotions ou de shampoings. 

    Mode d'action 

    Ils agissent sur le cerveau et la respiration. Les produits liquides
    peuvent également contenir des solvants tels que les distillats de
    pétrole qui, s'ils sont ingérés, risquent de provoquer un oedème
    pulmonaire. 

    Toxicité 

    Ils sont toxiques s'ils sont ingérés, inhalés, ou s'ils sont en
    contact avec la peau. Les quantités toxiques sont très variables d'un
    pesticide à l'autre. L'aldrine, la dieldrine, l'endrine et
    l'endosulfan sont plus toxiques que le chlordane, le DDT et le
    lindane. 

    Risques particuliers 

    Les gens peuvent s'intoxiquer s'ils ne se lavent pas après avoir
    utilisé le pesticide, ou s'ils pénètrent dans des habitations où la
    pulvérisation vient d'avoir lieu. Utilisé en trop grande quantité ou
    trop souvent, le shampoing au lindane peut entraîner une intoxication
    chez le jeune enfant. Il est arrivé que des gens s'intoxiquent en
    mangeant des aliments contaminés par ces produits. 

    Signes et symptômes 

    Les effets se font en général sentir au bout de 1 à 6 heures.
    L'intoxication par le DDT peut se manifester jusqu'à 48 heures après
    l'exposition. 

    *    En cas d'ingestion: 

         --   vomissements, diarrhée et maux de ventre, 
         --   anxiété, excitation et faiblesse, 
         --   maux de tête et vertiges, 
         --   tremblements et frissons, 
         --   convulsions, 
         --   perte de connaissance, 
         --   respiration rapide, coloration bleue de la peau et signes
              d'oedème pulmonaire, si le produit contient des distillats
              de pétrole. 

    *    En cas d'inhalation: 

         --   brûlures des yeux, du nez ou de la gorge, 
         --   anxiété, excitation et faiblesse, 
         --   maux de tête et vertiges, 

         --   tremblements et frissons, 
         --   convulsions, 
         --   perte de connaissance. 

    *    Atteinte oculaire: 

         --   irritation possible. 

    *    Atteinte cutanée: 

         --   irritation et éruption cutanée peuvent se produire, 
         --   mêmes effets qu'en cas d'inhalation. 

    Ce qu'il faut faire 

    S'il y a des poussières, gaz ou vapeurs toxiques, sortir la victime au
    grand air. Pour cela, porter un masque respiratoire afin de ne pas
    s'intoxiquer soi-même. 

    Donner les premiers soins. Si la victime est inconsciente ou
    somnolente, l'allonger sur le côté dans la position de sécurité.
    Vérifier sa respiration toutes les 10 minutes et la garder au chaud. 

    En cas de convulsions, traiter comme indiqué au Chapitre 5. 

    Si le produit a été ingéré, ne pas donner de lait à boire, ni quoi que
    ce soit de gras ou de huileux par voie buccale. 

         Atteinte oculaire 

         Rincer les yeux à l'eau pendant au moins 15 à 20 minutes.
         Vérifier qu'il ne reste aucune particule solide de produit
         chimique sur les cils et les sourcils, ni dans les plis cutanés
         entourant les yeux. 

         Atteinte cutanée 

         Retirer immédiatement les vêtements, chaussures, chaussettes ou
         bijoux contaminés. Laver soigneusement la peau, les ongles et les
         cheveux de la victime à l'eau froide ou tiède et au savon pendant
         au moins 15 minutes, si possible à l'eau courante.

    Emmener la victime à l'hôpital aussi vite que possible.

    Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital

     En cas d'ingestion: si celle-ci remonte à moins de 4 heures, et si
    la victime est tout à fait consciente, respire normalement et n'a pas
    eu de convulsions:

    *    La faire vomir, sauf si elle a déjà abondamment vomi.

    *    Lui donner à boire du charbon activité dans de l'eau. Si les
         vomissements ont été provoqués, attendre qu'ils aient cessé.
         Donner du sulfate de sodium ou de magnésium en même temps que le
         charbon.

    Si la victime présente des signes d'oedème pulmonaire, traiter comme
    indiqué au Chapitre 9.

                                                                       
    Renseignements destinés aux médecins (en-dehors de l'hôpital)

    Ces produits agissent sur les régions du cerveau qui contrôlent la
    respiration, l'activité musculaire et le rythme cardiaque. Surveiller
    le pouls, la respiration et la tension artérielle. Le cas échéant,
    instituer un traitement de soutien, notamment une oxygénothérapie et
    une ventilation assistée. En cas de crises convulsives répétées, faire
    une injection intraveineuse de diazépam.

    Dose:     Adultes: 10 à 20 mg, à raison de 0,5 ml (2,5 mg) toutes les
              30 secondes, à renouveler le cas échéant au bout de 30 à 60
              minutes; on peut poursuivre avec une perfusion intraveineuse
              jusqu'à un maximum de 3 mg/kg de poids corporel en 24
              heures.

              Enfants: 200 à 300 µg/kg de poids corporel.

    Il n'y a pas d'antidote. La dialyse, l'hémoperfusion et la diurèse
    sont inutiles.
                                                                       

    Phénol et substances apparentées

    Substances chimiques traitées dans cette section

    On évoquera ici le phénol (également appelé acide carbolique), le
    créosote (également appelé goudron végétal ou goudron de houille) et
    le crésol.

    Utilisations

    Le phénol et le crésol sont utilisés comme désinfectants et
    antiseptiques. Le créosote est employé comme agent protecteur du bois.

    Mode d'action

    Ces produits sont corrosifs, mais ne provoquent pas des brûlures aussi
    graves que les acides ou les bases forts. Ils agissent sur le coeur,
    le cerveau, la respiration, le foie et les reins.

    Toxicité

    Ils sont toxiques après ingestion, inhalation ou absorption à travers
    la peau. L'exposition à de grandes quantités de produit peut entraîner
    le décès.

    Signes et symptômes

    *    En cas d'ingestion:

         --   brûlures autour et dans la bouche, dans la gorge,
         --   vomissements et diarrhées,
         --   respiration rapide au début,
         --   pouls rapide et faible,
         --   hypotension artérielle,
         --   perte de connaissance,
         --   convulsions,
         --   signes d'insuffisance rénale: la victime urine très peu et
              ses urines sont foncées
         --   signes de lésion hépatique,
         --   oedème pulmonaire,

    Leurs effets sur le coeur et la respiration peuvent entraîner le
    décès.

    *    En cas d'inhalation:

         --   mêmes effets qu'en cas d'ingestion, mais sans brûlure de la
              bouche et de la gorge, sans vomissements et ni diarrhée.

    *    Atteinte oculaire:

         --   douleur sévère, yeux rouges et larmoyants,
         --   cécité.

    *    Atteinte cutanée:

         --   brûlures chimiques, en général indolores,
         --   la peau apparaît blanche et ridée (avec le crésol, elle est
              rouge),
         --   mêmes effets qu'en cas d'ingestion, mais sans brûlure de la
              bouche et de la gorge, sans vomissements ni diarrhée.

    Ce qu'il faut faire

    Donner les premiers soins. En cas d'arrêt respiratoire, dégager les
    voies aériennes, nettoyer les lèvres de la victime et faire un
    bouche-à-bouche ou un bouche-à-nez. Si la victime est inconsciente ou
    somnolente, l'allonger sur le côté dans la position de sécurité.
    Vérifier sa respiration toutes les 10 minutes et la garder au chaud.

    En cas de convulsions, traiter comme indiqué Chapitre 5.

         Atteinte oculaire

         Tamponner le visage très doucement à l'aide d'un linge ou d'un
         papier pour éponger le produit chimique. Rincer les yeux à l'eau
         pendant au moins 15 à 20 minutes.

         Atteinte cutanée

         Retirer immédiatement les vêtements, chaussures, chaussettes et
         bijoux contaminés. Prendre garde à ne pas se contaminer soi-même
         (peau, vêtements). Laver soigneusement à l'eau froide ou tiède et
         au savon la peau, les ongles et les cheveux de la victime pendant
         au moins 15 minutes, si possible à l'eau courante. Si la surface
         touchée est importante, utiliser une douche ou un tuyau
         d'arrosage, mais en protégeant les yeux de la victime.

    L'emmener à l'hôpital le plus vite possible.

    Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital Si
    l'ingestion du produit chimique remonte à moins de 4 heures et si la
    victime est tout à fait consciente et n'a pas de convulsions, lui
    donner à boire du charbon activité dans de l'eau. Ne pas la faire
    vomir.

    S'il y a des signes d'oedème pulmonaire, traiter comme indiqué au
    Chapitre 9. Si la victime présente des signes d'insuffisance rénale,
    traiter comme indiqué au Chapitre 9.

                                                                       
    Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)

    En plus des effets mentionnés plus haut, ces produits peuvent être à
    l'origine de lésions intestinales (dues à leur effet corrosif), d'une
    acidose métabolique, de troubles du rythme cardiaque et d'une
    méthémoglobinémie.

    Surveiller la respiration, le pouls et la tension artérielle.
    Instituer le cas échéant un traitement de soutien, notamment une
    oxygénothérapie et une ventilation assistée:

    *    On traitera l'hypotension artérielle par administration
         intraveineuse de liquides.

    *    En cas de crises convulsives répétées, faire une injection
         intraveineuse de diazépam.
                                                                       

                                                                       
    Dose:     Adultes: 10 à 20 mg à raison de 0,5 ml (2,5 mg) toutes les
              30 secondes, à renouveler le cas échéant au bout de 30 à 60
              minutes; on peut poursuivre avec une perfusion intraveineuse
              jusqu'à un maximum de 3 mg/kg de poids corporel en 24
              heures.

              Enfants: 200 à 300 µg/kg de poids corporel.

    Il n'y a pas d'antidote.
                                                                       

    Phosphure d'aluminium et phosphure de zinc

    Utilisations

    Les phosphures d'aluminium et de zinc sont utilisés pour la
    conservation des céréales (spécialement le blé et le froment), et
    comme raticides. Pour la conservation des céréales, ils sont
    habituellement vendus sous forme de comprimés et comme raticides sous
    forme de granulés ou d'appâts.

    Mode d'action

    Humides, les phosphures libèrent des vapeurs toxiques de phosphine.
    Après ingestion de phosphure d'aluminium ou de zinc, les effets
    toxiques sont dus à la libération de phosphine dans l'intestin. La
    phosphine agit sur l'intestin, le foie, les reins, les poumons et le
    coeur.

    Toxicité

    La phosphine est très toxique. Les personnes qui ingèrent des
    phosphures ou respirent de la phosphine meurent en quelques heures.
    Une forte concentration de phosphine dans un espace clos peut
    entraîner un décès presque immédiat. Par contre, une faible
    concentration peut entraîner une intoxication chronique. Comme les
    comprimés et les pastilles de phosphure d'aluminium et de zinc
    dégagent de la phosphine quand ils sont exposés à l'air, ils
    deviennent rapidement moins toxiques.

    Risques particuliers

    Dans certains pays, les raticides à base de phosphure d'aluminium ou
    de zinc sont en vente libre et beaucoup de gens les utilisent pour des
    tentatives de suicide. Il peut également y avoir intoxication à la
    phosphine lorsque:

         --   des gens travaillent dans les soutes de bateaux transportant
              des cargaisons traitées par les phosphures,
         --   des soudeurs utilisent de l'acétylène contenant de la
              phosphine en tant qu'impureté,

         --   des personnes habitent ou travaillent à proximité de silos à
              grains où l'on utilise des phosphures.

    Signes et symptômes

    En cas d'ingestion ou d'inhalation de poussières ou vapeurs de
    phosphures, on observe:

    *    Intoxication aiguë :

         --   vomissements sévères et maux de ventre
         --   douleur thoracique
         --   hypotension artérielle
         --   signes de choc: pouls rapide et faible, peau moite et froide
         --   perte de connaissance
         --   signes d'oedème pulmonaire apparaissant dans les 6-24 heures
              suivant l'exposition
         --   signes d'insuffisance rénale et hépatique apparaissant dans
              les 12-24 heures suivant l'exposition.

    *    Intoxication chronique:

         --   mal de dents,
         --   faiblesse,
         --   perte de poids et d'appétit,
         --   fragilisation des os, particulièrement ceux de la mâchoire
              (nécrose phosphorée).

    Ce qu'il faut faire

    Evacuer le patient loin des poussières, vapeurs ou gaz toxiques. Pour
    cela, se protéger à l'aide d'un masque respiratoire.

    Administrer les premiers soins. Si le patient est inconscient ou
    somnolent, l'allonger sur le côté dans la position de sécurité.
    Surveiller sa respiration toutes les 10 minutes et le garder au chaud.

    Transporter le patient à l'hôpital le plus rapidement possible.

    Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital

     En cas d'ingestion: si le patient est tout à fait conscient, respire
    normalement et ne vomit pas, lui donner à boire du charbon activé dans
    de l'eau.

    S'il présente des signes d'insuffisance rénale, le soigner comme
    indiqué au Chapitre 9; s'il y a des signes d'atteinte hépatique,
    traiter comme indiqué au Chapitre 9; et s'il y a des signes d'oedème
    pulmonaire, traiter comme indiqué au Chapitre 9.

                                                                       
    Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)

    En plus des effets cités plus haut, l'intoxication aiguë peut
    entraîner des troubles du rythme cardiaque et l'intoxication chronique
    être à l'origine de lésions hépatiques et rénales et d'une anémie.

    Surveiller le pouls, la respiration et la tension artérielle.
    Surveiller les fonctions hépatique et rénale. Instituer, le cas
    échéant, un traitement de soutien avec oxygène et ventilation
    mécanique:

    *    perfusion de liquides et d'électrolytes pour remplacer les pertes
         causées par les vomissements

    *    traitement du choc.

    Il n'y a pas d'antidote. En cas d'intoxication chronique, faire une
    numération formule sanguine et autres tests sanguins.
                                                                       

    Raticides

    On peut utiliser de nombreuses substances contre les rats, souris et
    autres petits rongeurs:

         --   arsenic, voir p. 121.
         --   phosphure d'aluminium, voir p. 150.
         --   strychnine, voir p. 155.
         --   thallium, voir p. 157.
         --   warfarine et autres substances chimiques ayant les mêmes
              effets (brodifacoum, bromadiolone, chlorophacinone,
              coumafuryl, difénacoum), voir p. 160.

    Répulsifs contre les insectes

    Substances chimiques traitées dans cette section

    Le diéthyltoluamide, également appelé  N,N-diéthyl-3-toluamide ou
    deet.

    Utilisations

    Le diéthyltoluamide est utilisé en application cutanée comme répulsif
    afin d'éviter les morsures de moustiques, de puces et de mouches. Il
    n'a aucun effet contre les insectes piqueurs. Ces produits se trouvent
    sous forme de lotions, de sticks, de pulvérisateurs d'aérosols ou de
    serviettes imprégnées. La concentration peut aller de 5% à 100%.

    Mode d'action

    Il provoque des lésions cérébrales. Sur la peau, son usage répété peut
    entraîner des éruptions et des dermatites.

    Toxicité

    Les intoxications graves sont assez rares. Elles résultent en général
    de l'ingestion de grandes quantités d'un produit fortement concentré,
    ou d'une application cutanée excessive pendant plusieurs semaines. On
    rapporte plus souvent des intoxications chez l'enfant que chez
    l'adulte et les filles semblent être plus sujettes à ces intoxications
    que les garçons. L'intoxication aiguë peut entraîner des lésions
    cérébrales chez l'enfant, mais c'est rare.

    Risques particuliers

    Il est arrivé que des enfants soient intoxiqués par des répulsifs
    pulvérisés sur leur peau plusieurs semaines de suite, ou après avoir
    dormi dans des lits dans lesquels on avait pulvérisé du deet. Chez
    l'enfant, l'intoxication aiguë peut être prise pour une infection
    virale.

    Signes et symptômes

    *    En cas d'ingestion

    Petites quantités ou produits en contenant une faible concentration:

         --   nausées et vomissements,
         --   maux de ventre,
         --   diarrhée.

    Quantités importantes de produits fortement concentrés, dans les 30
    minutes à 6 heures qui suivent:

         --   perte de connaissance,
         --   convulsions,
         --   signes de lésion hépatique.

    Plus rarement, l'intoxication aiguë chez l'enfant peut entraîner des
    lésions cérébrales:

         --   difficultés d'élocution,
         --   difficultés de locomotion,
         --   mouvements anormaux des doigts et des orteils,
         --   tremblements,
         --   convulsions,
         --   respiration superficielle,
         --   hypotension artérielle,
         --   pouls rapide.

    *    Atteinte oculaire:

         --   irritation, qui peut être sévère si le produit est
              concentré.

    *    Atteinte cutanée:

    Si la solution est concentrée, (> 50% de deet):

         --   sensation de brûlure,
         --   cloques et ulcères.

    Après un usage répété:

         --   rougeur et éruption,
         --   signes d'intoxication en cas d'utilisation de quantités
              excessives.

    Ce qu'il faut faire

    Donner les premiers soins. Si la victime présente un arrêt
    respiratoire, dégager les voies aériennes et faire un bouche-à-bouche
    ou un bouche-à-nez. Si elle est inconsciente ou somnolente, l'allonger
    sur le côté dans la position de sécurité, en vérifiant sa respiration
    toutes les 10 minutes et en la gardant au chaud.

    Si elle présente des convulsions, traiter comme indiqué au Chapitre 5.

         Atteinte oculaire

         Rincer les yeux à l'eau courante pendant au moins 15 à 20
         minutes.

         Atteinte cutanée

         Si le contact cutané est plus important que pour une utilisation
         normale du répulsif, retirer immédiatement les vêtements
         contaminés. Laver soigneusement la peau, des ongles et des
         cheveux de la victime à l'eau froide ou tiède et au savon,
         pendant au moins 15 minutes, si possible à l'eau courante.

    Les personnes qui présentent des signes et symptômes évoquant une
    ingestion massive de produit, ou une irritation sévère de la peau ou
    des yeux, doivent être emmenées à l'hôpital aussi vite que possible.

    Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital

     En cas d'ingestion: si l'ingestion d'une quantité excessive remonte
    à moins de 4 heures et si la personne est totalement consciente,
    respire normalement et n'a pas eu de convulsions:

    *    La faire vomir, à moins qu'elle n'ait déjà vomi abondamment.

    *    Lui donner à boire du charbon activé dans de l'eau. Si l'on a
         provoqué les vomissements, attendre que ces derniers aient cessé.
         En même temps que le charbon, donner du sulfate de sodium ou de
         magnésium.

    Si la victime présente des signes de lésion hépatique, traiter comme
    indiqué au Chapitre 9.

                                                                       
    Renseignements destinés aux médecins (en-dehors de l'hôpital)

    Il arrive que les enfants présentent une encéphalopathie toxique, mais
    c'est rare. La confusion peut alors se faire avec une encéphalite
    virale ou une épilepsie.

    En cas d'intoxication grave, surveiller la respiration, le coeur, la
    tension artérielle, l'équilibre hydroélectrolytique. Le cas échéant,
    on instituera un traitement de soutien, comprenant l'administration
    d'oxygène et une ventilation mécanique.

    *    on traitera l'hypotension artérielle par l'administration de
         liquides intraveineux;

    *    en cas de convulsions, d'augmentation du tonus musculaire,
         d'opisthotonos ou de tremblements, on administrera du diazépam ou
         du phénobarbital.

    Dose de diazépam pour injection intraveineuse :

    Adultes: 10 à 20 mg, à raison de 0,5 ml (2,5 mg) toutes les 30
    secondes, à renouveler le cas échéant au bout de 30 à 60 minutes; on
    peut poursuivre avec une perfusion intraveineuse jusqu'à un maximum de
    3 mg/kg de poids corporel en 24 heures.

    Enfants: 200 à 300 µg/kg de poids corporel.
                                                                       

    Strychnine

    La strychnine est fabriquée à partir des graines de l'arbre appelé
     Strychnos nux-vomica.

    Utilisations

    On emploie la strychnine pour tuer les rats, les souris et autres
    animaux. On l'utilisait auparavant dans certains médicaments comme les
    toniques et les laxatifs, mais cet usage n'est plus recommandé. En
    Inde, un produit destiné à tuer les chiens, appelé  kuchlla, contient
    de la strychnine.

    Mode d'action

    Elle agit sur les nerfs qui contrôlent les muscles.

    Toxicité

    La strychnine est extrêmement toxique si elle est ingérée et agit très
    rapidement. Même en quantité extrêmement faible, elle peut provoquer
    la mort, mais traités en milieu hospitalier, certains malades se
    rétablissent. Elle ne traverse pas la peau.

    Risques particuliers

    La plupart des cas d'intoxication font suite à des tentatives de
    suicide. L'intoxication accidentelle est rare.

    Signes et symptômes

    *    En cas d'ingestion

    Au bout de 15 minutes:

         --   engourdissement et raideur du visage et du cou,
         --   peur,
         --   contractions musculaires involontaires,
         --   convulsions et spasmes musculaires douloureux durant 1 à 2
              minutes, survenant toutes les 5 à 10 minutes; bras et jambes
              sont tendus et le corps en arc de cercle n'est soutenu que
              par la tête et les pieds,
         --   yeux proéminents,
         --   la victime est en général tout à fait consciente,
         --   sa respiration est difficile et peut s'arrêter lors des
              crises convulsives; la peau est bleue,
         --   la température est élevée,
         --   il y a des signes de lésions rénales.

    Ce qu'il faut faire

    Donner les premiers soins. En cas d'arrêt respiratoire, dégager les
    voies aériennes, nettoyer les lèvres de la victime et faire un
    bouche-à-bouche ou un bouche-à-nez.

    Si la victime est inconsciente ou somnolente, l'allonger sur le côté
    dans la position de sécurité. Vérifier sa respiration toutes les 10
    minutes et la garder au chaud.

    Garder la victime aussi calme et immobile que possible car tout
    mouvement peut déclencher des convulsions.

    En cas de convulsions, traiter comme indiqué au Chapitre 5.

    Emmener la victime à l'hôpital aussi vite que possible.

    Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital.

    Garder la victime au calme dans une pièce sombre.

    Ne pas la faire vomir car les vomissements pourraient déclencher des
    convulsions.

    Si elle ne présente aucun signe ni symptôme, lui donner à boire du
    charbon activé dans de l'eau.

                                                                       
    Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)

    Des crises convulsives répétées peuvent entraîner l'apparition d'une
    forte température, d'une rhabdomyolyse (claquage musculaire), et d'une
    insuffisance rénale.

    On instituera le cas échéant un traitement de soutien:

    *    Oxygène et ventilation mécanique pendant les crises;

    *    En cas de crises convulsives répétées, administer du diazépam par
         injection intraveineuse; si cela ne suffit pas, il peut falloir
         paralyser la victime et la ventiler.

    Dose de diazépam:

    Adultes: 10 à 20 mg, à raison de 0,5 ml (2,5 mg) en 30 secondes, à
    renouveler le cas échéant au bout de 30 à 60 minutes; on peut
    poursuivre avec une perfusion intraveineuse jusqu'à un maximum de 3
    mg/kg de poids corporel en 24 heures.

    Enfants: 200 à 300 µg/kg de poids corporel.
                                                                       

    Thallium

    Utilisations

    On utilise les sels de thallium contre les rats, souris et autres
    rongeurs, et contre les fourmis, mais beaucoup de pays en interdisent
    la vente comme pesticide. Ils ont été employés sous forme de crème
    pour l'épilation, mais cet usage n'est pas recommandé. Ils sont
    largement employés dans l'industrie.

    Mode d'action

    Le thallium agit sur l'intestin, les nerfs, la peau et les cheveux.

    Toxicité

    Les sels de thallium sont très toxiques s'ils sont ingérés ou amenés
    au contact de la peau. L'exposition à de faibles quantités de sels de
    thallium durant plusieurs semaines, qu'il s'agisse d'ingestion, de
    contact cutané ou d'inhalation de vapeurs métalliques, peut entraîner
    une intoxication chronique.

    Risques particuliers

    Les appâts pour rats à base de thallium, de céréales et de miettes de
    biscuits ou de miel peuvent être pris pour de la nourriture. Les
    ouvriers de l'industrie peuvent souffrir d'intoxication chronique à
    force d'inhaler des vapeurs ou des poussières, ou de manipuler des
    produits sans porter de gants.

    Signes et symptômes

    Intoxication aiguë

    *    En cas d'ingestion

    Les effets apparaissent lentement au bout de 2 ou 3 jours:

         --   maux de ventre, nausées, vomissements et constipation,
         --   doigts et orteils douloureux ou engourdis,
         --   fatigue,
         --   convulsions.

    Au bout de 7 jours:

         --   plantes des pieds douloureuses ou engourdies, empêchant la
              victime de se tenir debout ou de se déplacer,
         --   vertiges,
         --   paupières tombantes,
         --   fièvre,
         --   troubles de l'élocution et du comportement,
         --   tremblements, mouvements étranges des bras et des jambes,
         --   signes de lésion rénale.

    Au bout de 10 à 14 jours:

         --   chute des cheveux.

    Le décès peut survenir jusqu'à cinq semaines après l'ingestion de
    thallium.

    Intoxication chronique (après ingestion, exposition cutanée ou
    inhalation de vapeurs):

         --   chutes des cheveux laissant des plaques chauves,
         --   hypersalivation,
         --   gencives parcourues d'un liséré bleu (liséré de Burton),
         --   nausées, vomissements, maux d'estomac et constipation,
         --   bras et jambes douloureux ou engourdis.

    Ce qu'il faut faire

    Donner les premiers soins. Si la victime présente une crise
    convulsive, traiter comme indiqué au Chapitre 5.

         Atteinte oculaire

         Rincer les yeux à l'eau pendant au moins 15 à 20 minutes.
         Vérifier qu'il ne reste aucune particule solide de produit
         chimique sur les cils et les sourcils, ni dans les plis cutanés
         entourant les yeux.

         Atteinte cutanée

         Retirer immédiatement tous les vêtements, chaussures, chaussettes
         et bijoux contaminés. Laver soigneusement à l'eau froide ou tiède
         et au savon la peau, les ongles et les cheveux de la victime
         pendant au moins 15 minutes, si possible à l'eau courante.

    Emmener la victime à l'hôpital.

    Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital

    Si l'ingestion remonte à moins de 4 heures et si la victime est tout à
    fait consciente, respire normalement, n'a pas eu de contractions
    musculaires, ni de convulsions:

    *    La faire vomir, sauf si elle a déjà vomi abondamment.

    *    Lui donner à boire du charbon activé dans de l'eau. Si les
         vomissements ont été provoqués, attendre pour cela qu'ils aient
         cessé.

                                                                       
    Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)

    Surveiller la respiration, la tension artérielle, le pouls, les
    fonctions rénale et hépatique. Le cas échéant, instituer un traitement
    de soutien, notamment une oxygénothérapie et une ventilation assistée.
    En cas de crises convulsives répétées, administrer du diazépam par
    injection intraveineuse.

    Dose:     Adultes: 10 à 20 mg, à raison de 0,5 ml (2,5 mg) toutes les
              30 secondes, à renouveler le cas échéant, au bout de 30 à 60
              minutes; on peut poursuivre avec une perfusion intraveineuse
              jusqu'à un maximum de 3 mg/kg de poids corporel en 24
              heures.

              Enfants: 200 à 300 µg/kg de poids corporel.

    L'antidote est le ferricyanoferrate de potassium (bleu de Prusse).
    S'il n'est pas disponible, on peut le remplacer par du ferrocyanure
    ferrique. Contacter un centre antipoisons pour savoir s'il en a.
                                                                       

                                                                       
    Dose:     250 mg/kg de poids corporel par jour, en quatre prises, par
              voie buccale ou par sonde gastrique, jusqu'à ce que la
              concentration de thallium dans les urines soit inférieure à
              0,5 m g pendant 24 heures. L'antidote peut entraîner une
              constipation, et il faut donc associer un purgatif léger
              (par ex., 50 ml de sorbitol à 15%) à chaque dose.

    En cas d'insuffisance rénale, faire une hémodialyse.
                                                                       

    Warfarine et autres pesticides ayant un effet anticoagulant

    Substances chimiques traitées dans cette section

    On parlera ici du coumafuryl, de la warfarine et «des superwarfarines»
    (brodifacoum, bromadiolone, chlorophacinone et difénacoum).

    Utilisations

    Ces substances sont utilisées contre les rats et les souris. Elles
    sont en général mélangées à du maïs, ou se présentent sous forme de
    granulés souvent colorés en bleu ou en vert de façon à ne pas les
    confondre avec des aliments. La warfarine est également utilisée en
    médecine comme anticoagulant.

    Pour de plus amples informations sur les autres substances chimiques
    parfois employées comme rodenticides voir p. 152.

    Mode d'action

    En cas d'ingestion, ces produits empêchent toute coagulation sanguine,
    entraînant des hémorragies internes.

    Toxicité

     Warfarine, coumafuryl: ingérés en petite quantité, il est peu
    probable qu'ils aient un effet quelconque. Des doses renouvelées sur
    plusieurs jours ou plusieurs semaines peuvent entraîner une
    intoxication grave, voire le décès. Les médecins qui prescrivent un
    traitement au long cours par la warfarine doivent vérifier le temps de
    coagulation de leurs patients.

     Brodifacoum, bromadiolone, chlorophacinone et difénacoum: 
    l'ingestion d'une dose suffit à entraîner des signes d'intoxication et
    les effets de cette intoxication peuvent être sévères et durer un
    certain temps.

    Risques particuliers

    Les raticides sont souvent disposés dans des soucoupes à même le sol,
    où les enfants peuvent les trouver facilement.

    Signes et symptômes

    *    En cas d'ingestion

    Au bout de 12 à 48 heures, on peut observer:

         --   les plaies saignent plus longtemps que d'habitude,
         --   apparition d'ecchymoses et d'éruptions cutanées,
         --   présence de sang dans les urines,
         --   la victime tousse et crache du sang,
         --   présence de sang dans les selles, ce qui indique une
              hémorragie intestinale,
         --   douleurs dorsales ou abdominales.

    Pour la warfarine et le coumafuryl: les effets durent 3 à 4 jours.

    Pour le brodifacoum, le difénacoum, la bromadiolone et la
    chlorophacinone: ces effets peuvent durer des semaines ou des mois.

    Ce qu'il faut faire

    Si la victime n'a avalé que quelques bouchées d'un appât raticide
    contenant de la warfarine ou du coumafuryl, il n'y a pas lieu de faire
    quoi que ce soit. Si l'on pense qu'elle en a ingéré davantage ou si
    l'on ignore ce que contient l'appât, l'emmener à l'hôpital le plus
    vite possible.

    Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital

    Si l'ingestion remonte à moins de 4 heures et si la victime est tout à
    fait consciente et respire normalement:

    *    La faire vomir. Si la warfarine a été prise à titre de
         médicament, ne pas faire vomir le patient, car cela risque de
         provoquer une hémorragie intestinale.

    *    Lui donner à boire du charbon activé dans de l'eau. Si les 
         vomissements ont été provoqués, attendre pour cela qu'ils aient
         cessé.

                                                                       
    Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)

    Pour arrêter rapidement des hémorragies, il faut pratiquer des
    transfusions de sang total ou de plasma frais congelé. Dans la mesure
    du possible, on surveillera le temps de coagulation ou le temps de
    Quick et la numération globulaire.

     Brodifacoum, difénacoum, bromadiolone et chlorophacinone: même s'il
    n'y a aucun signe ni symptôme, ou si l'intoxication est bénigne, on
    mesurera le rapport des taux de prothrombine au bout de 24, 48 et 72
    heures.
                                                                       

                                                                       
    L'antidote est la phytoménadione (vitamine K1). Elle permet de
    restaurer la valeur initiale du temps de Quick et d'arrêter les
    hémorragies. Le temps de Quick doit être redevenu normal dans les 12 à
    36 heures, mais il faut parfois pour cela des prises quotidiennes
    régulières pendant plusieurs semaines, selon la substance surdosée.

    Dose:     Pour une intoxication sévère: perfusion intraveineuse lente
              de 9 g de phytoménadione par litre (0,9%) de solution de
              chlorure de sodium ou de glucose. Adultes: 100 à 200 mg par
              jour peuvent être nécessaires pendant plusieurs jours ou
              plusieurs semaines. Les doses peuvent être nécessaires
              toutes les 6 à 8 heures. Le temps de Quick devra être
              vérifié fréquemment jusqu'à ce qu'il redevienne normal; cela
              peut prendre des semaines ou des mois dans les cas graves.

    Si le temps de coagulation ou le temps de Quick sont allongés, mais
    que les effets sont sans gravité, faire une injection intramusculaire
    de phytoménadione. 

    Dose: Adultes, 5 à 10 mg; enfants, 1 à 5 mg.
                                                                       

    Substances chimiques à usage domestique et professionnel

    Benzène, tétrachloro-éthylène, toluène, trichloro-éthane,
    trichloréthylène et xylène

    Substances chimiques traitées dans cette section

    On analysera dans cette section les effets de trois hydrocarbures
    aromatiques --- le benzène (à ne pas confondre avec la benzine), le
    toluène et le xylène --- et de trois hydrocarbures chlorés --- le
    tétrachloro-éthylène (également appelé perchloréthylène), le 1,1,1-
    trichloro-éthane, et le trichloréthylène (également appelé
    trichloréthène).

    Note: Les autres hydrocarbures chlorés et aromatiques, par exemple le
    tétrachlorure de carbone, peuvent avoir des effets toxiques
    différents.

    Utilisations normales et détournements d'usage

    Le benzène est employé dans de nombreux procédés industriels et entre
    également dans la composition des carburants. Les produits ménagers
    n'en contiennent généralement pas.

    Le toluène et le xylène sont utilisés dans de nombreux procédés
    industriels. Ils sont également employés comme solvants dans les
    colles, les peintures et les diluants à usage domestique ou
    professionnel.

    Le tétrachloro-éthylène est employé dans les produits de nettoyage à
    sec et de dégraissage (détachants).

    Le 1,1,1-trichloro-éthane est utilisé comme produit de nettoyage et
    comme détachant, ainsi que dans les liquides correcteurs pour machines
    à écrire.

    On emploie le trichloréthylène dans toutes sortes de produits
    domestiques: produits pour nettoyer les murs, les vêtements, les
    tapis, liquides correcteurs, peinture, colle, produits de nettoyage à
    sec, insecticides et fongicides. Il est également employé dans
    l'industrie comme détachant et comme produit de nettoyage à sec.

    Les produits liquides de nettoyage à sec peuvent contenir du
    trichloréthylène ou du tétrachloro-éthlène. Le tétrachlorure de
    carbone est parfois employé pour le même usage, mais ce n'est pas
    recommandé car il est très toxique.

    Certaines personnes détournent de leur usage les colles (qu'elles
    «sniffent») ou autres produits contenant du toluène, du benzène, du
    trichloréthylène ou du trichloro-éthane.

    Mode d'action

    Ces produits agissent sur le cerveau et le coeur. Les reins et le foie
    peuvent également être atteints en cas d'exposition aiguë au
    tétrachloro-éthylène, au trichloréthylène et au trichloro-éthane, et à
    l'occasion d'une exposition chronique au toluène et au
    trichloréthylène. L'exposition chronique au benzène a des effets sur
    les globules sanguins et peut entraîner l'apparition d'un cancer des
    globules (leucémie).

    Sous forme liquide, ces produits irritent la peau et les yeux et
    peuvent provoquer un oedème pulmonaire s'ils sont ingérés. Leurs
    vapeurs sont irritantes pour les yeux, le nez et la gorge, et les
    vapeurs de toluène et de xylène peuvent provoquer un oedème
    pulmonaire.

    Toxicité

    S'ils sont inhalés ou ingérés, tous ces produits sont toxiques et
    peuvent entraîner une mort subite en cas d'exposition aiguë . Le
    contact cutané est peu susceptible de provoquer une intoxication
    générale. Détournés de leur usage ils peuvent entraîner une
    dépendance.

    Risques particuliers

    Les personnes qui font un usage immodéré de solvants risquent non
    seulement de subir les effets toxiques de ce solvant, mais également
    de s'étouffer en inhalant le dit solvant dans un sac en plastique, ou
    de se blesser au cours de la crise hallucinatoire qui suit. Il est
    dangereux de travailler avec ces produits si l'on ne se protège pas
    correctement et si l'on ne respecte pas les consignes de sécurité
    liées à leur usage.

    Signes et symptômes

    Benzène

    Exposition aiguë

    *    En cas d'inhalation ou d'ingestion:

         --   euphorie,
         --   faiblesse,
         --   maux de tête,
         --   nausées,
         --   troubles de la vision,
         --   irritation du nez et des yeux,
         --   tremblements,
         --   troubles de la coordination motrice,
         --   oppression thoracique et respiration superficielle,
         --   pouls irrégulier,
         --   perte de connaissance,

         --   convulsions,
         --   oedème pulmonaire.

    *    Atteinte cutanée

         --   rougeur,
         --   sécheresse cutanée et cloques.

    *    Atteinte oculaire

         --   douleur,
         --   yeux rouges et larmoyants,
         --   il est impossible à la victime de regarder la lumière.

    Il peut y avoir des lésions oculaires.

    Exposition chronique

    *    En cas d'inhalation:

         --   maux de tête,
         --   vertiges,
         --   perte de l'appétit,
         --   fatigue.

    *    Atteinte cutanée:

         --   sécheresse cutanées,
         --   cloques.

    Toluène et xylène

    Exposition aiguë

    *    En cas d'inhalation:

         --   excitation, euphorie, maux de tête,
         --   vertiges,
         --   nausées,
         --   faiblesse,
         --   somnolence,
         --   troubles de la coordination motrice et démarche chancelante,
         --   confusion,
         --   irritation des yeux, du nez et de la gorge,
         --   perte de connaissance,
         --   oedème pulmonaire,
         --   pouls irrégulier,
         --   il peut y avoir arrêt cardiaque ou respiratoire.

    *    En cas d'ingestion:

         --   vomissement et diarrhée,
         --   oedème pulmonaire, et mêmes effets qu'en cas d'inhalation.

    *    Atteinte cutanée et oculaire:

         --   effets analogues à ceux du benzène.

    Exposition chronique

    Une inhalation répétée peut entraîner:

         --   faiblesse musculaire,
         --   maux de ventre, présence de sang dans les vomissures,
         --   lésions cérébrales,
         --   lésions hépatiques et rénales.

    Tétrachloro-éthylène, trichloro-éthane et trichloréthylène

    Exposition aiguë

    *    En cas d'inhalation:

         --   nausées et vomissements,
         --   euphorie,
         --   maux de tête et confusion,
         --   vertiges,
         --   faiblesse,
         --   somnolence,
         --   tremblements,
         --   troubles de la coordination motrice,
         --   convulsions,
         --   perte de connaissance,
         --   hypotension artérielle,
         --   pouls irrégulier,
         --   lésions hépatiques et rénales,
         --   irritation des yeux, du nez et de la gorge,
         --   il peut y avoir arrêt cardiaque ou respiratoire.

    *    En cas d'ingestion:

         --   vomissements et diarrhée,
         --   oedème pulmonaire et mêmes effets qu'en cas d'inhalation.

    *    Atteinte cutanée et oculaire:

         --   Effets analogues à ceux du benzène.

    Exposition chronique

    Une inhalation répétée peut entraîner :

         --   perte de poids, nausées et perte de l'appétit,
         --   fatigue,
         --   parfois lésions hépatiques et rénales,
         --   maladie cardiaque.

    Ce qu'il faut faire

    Eloigner la victime des gaz toxiques ou des liquides répandus. Se
    protéger en portant un masque respiratoire et des vêtements
    protecteurs.

    Donner les premiers soins. En cas d'arrêt respiratoire, dégager les
    voies aériennes, nettoyer les lèvres de la victime et faire un
    bouche-à-bouche. En cas d'arrêt cardiaque pratiquer un massage
    cardiaque. Si la victime est inconsciente ou somnolente, l'allonger
    sur le côté dans la position de sécurité. Vérifier sa respiration
    toutes les 10 minutes et la garder au chaud.

         Atteinte oculaire

         Rincer les yeux à l'eau pendant au moins 15 à 20 minutes.

         Atteinte cutanée

         Retirer immédiatement les vêtements, chaussures, chaussettes et
         bijoux contaminés. Laver soigneusement à l'eau froide et au savon
         l'endroit touché pendant 15 minutes, si possible à l'eau
         courante. Prendre garde à ne pas se contaminer soi-même (peau ou
         vêtements).

    Emmener la victime à l'hôpital aussi vite que possible. Si elle a
    ingéré ou inhalé une substance chimique, l'allonger car il y a un
    risque de problèmes cardiaques.

    Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital

     En cas d'ingestion: Si la victime est tout-à-fait consciente,
    respire normalement et n'a pas eu de convulsions:

    *    La faire vomir si elle a ingéré plus de 2 à 3 bouchées de produit
         dans l'heure qui a précédé et qu'elle ne vomit pas déjà.

    *    Lui donner à boire du charbon activé dans de l'eau. Pour cela,
         attendre qu'elle ait fini de vomir.

    Ne donner aucun aliment ni boisson gras.

    Si la victime présente des signes d'oedème pulmonaire, traiter comme
    indiqué au Chapitre 9. Si elle a des signes de lésion hépatique,
    traiter comme indiqué au Chapitre 9. Si elle a des signes
    d'insuffisance rénale, traiter comme indiqué au Chapitre 9.

                                                                       
    Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)

    Surveiller la respiration, la fréquence cardiaque et la tension
    artérielle. Instituer le cas échéant un traitement de soutien,
    notamment une oxygénothérapie et une ventilation mécanique. Ne pas
    donner de stimulant comme l'adrénaline.

    En cas d'intoxication grave, poursuivre la surveillance cardiologique
    12 à 24 heures après le rétablissement apparemment complet de la
    victime, car il existe un risque d'arythmies. L'exposition chronique
    au benzène peut engendrer une anémie et une leucémie.
                                                                       

    Borax, acide borique et perborate de sodium

    Utilisations

    Le borax est utilisé dans certains insecticides contre les fourmis,
    dans les produits de conservation du bois, d'adoucissement de l'eau,
    les collyres, bains de bouche et crèmes pour la peau. L'acide borique
    a été utilisé pour désinfecter et laver les couches de bébés et a été
    ajouté au talc, ce qui n'est plus recommandé car il est trop toxique.
    Le perborate de sodium est employé comme agent lessivant, produit de
    nettoyage des prothèses dentaires (fausses dents), et adoucisseur
    d'eau. On l'ajoute à certains détergents et produits de lavage et de
    désinfection des couches de bébés.

    Mode d'action

    S'ils sont ingérés ou au contact d'une peau humide, égratignée ou
    endommagée, les borates sont irritants et toxiques. Ils provoquent des
    lésions intestinales, cérébrales et rénales.

    Toxicité

    Ces produits sont très toxiques. Une seule dose importante suffit à
    provoquer une intoxication aiguë , mais la plupart des produits
    ménagers comme les détergents et les produits anti-fourmis en
    contiennent de faibles quantités, et il est peu probable qu'une
    bouchée de produit ingérée par un enfant soit toxique. Toutefois,
    utilisé pendant plusieurs jours ou plusieurs semaines le talc qui
    contient du borax ou de l'acide borique peut provoquer une
    intoxication chronique sévère chez le nourrisson et entraîner le
    décès. Il y a également un risque d'intoxication chronique lors de
    l'utilisation régulière de bains de bouche dont on avale à chaque fois
    de petites quantités.

    Les comprimés et poudres pour le nettoyage des prothèses dentaires
    sont corrosifs. Ingérés, ils peuvent se coller dans l'oesophage et
    provoquer des brûlures graves; si on l'avale, la solution obtenue en
    dissolvant ces comprimés dans de l'eau peut également provoquer des
    brûlures.

    Risques particuliers

    Les crèmes dermiques ou le talc qui contiennent de l'acide borique
    peuvent provoquer des intoxications graves chez le nourrisson et le
    jeune enfant. Par ailleurs, les personnes âgées qui voient mal
    risquent d'avaler des comprimés de produit de nettoyage des prothèses
    dentaires en les prenant pour des bonbons.

    Signes et symptômes

    Intoxication aiguë

    *    En cas d'ingestion:

         --   nausée,
         --   vomissements et diarrhée sévères,
         --   agitation,
         --   convulsions,
         --   perte de connaissance,
         --   éruption cutanée rouge avec peau qui pèle, en particulier au
              niveau des fesses, des paumes et des plantes de pieds,
         --   signes d'insuffisance rénale.

    *    Atteinte oculaire:

         --   sensation de piqûre et de brûlure,
         --   larmoiement,
         --   paupières enflées et rouges.

    *    Atteinte cutanée:

         --   démangeaison et rougeur,
         --   si sa peau était humide, portait des coupures ou des
              égratignures, la personne peut également avoir des signes et
              symptômes analogues à ceux observés en cas d'ingestion.

    Intoxication chronique

    L'ingestion ou le contact cutané répétés peuvent entraîner:

         --   perte de l'appétit et perte de poids,
         --   vomissements et diarrhée légère,
         --   éruption cutanée rouge avec peau qui pèle, en particulier au
              niveau des fesses, des paumes et des plantes de pieds,
         --   chute des cheveux,
         --   signes d'insuffisance rénale,
         --   convulsions.

    Ce qu'il faut faire

    Donner les premiers soins, si la victime est inconsciente ou
    somnolente, l'allonger sur le côté dans la position de sécurité.
    Vérifier sa respiration toutes les 10 minutes et la garder au chaud et
    au calme.

    En cas de convulsions, traiter comme indiqué au Chapitre 5.

         Atteinte oculaire

         Brosser ou tamponner doucement la poudre ou le liquide présent
         sur le visage. Rincer les yeux à l'eau pendant 15 à 20 minutes.
         Vérifier qu'il ne reste aucune particule solide de substance sur
         les cils et les sourcils, ni dans les plis cutanés entourant les
         yeux.

         Atteinte cutanée

         Retirer immédiatement les vêtements, chaussures, chaussettes et
         bijoux contaminés. Laver soigneusement à l'eau froide et au savon
         l'endroit contaminé, si possible à l'eau courante. Rincer pendant
         au moins 15 minutes.

    Emmener la victime à l'hôpital aussi vite que possible.

    Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital

    Si la victime urine moins qu'il n'est normal, traiter comme indiqué au
    Chapitre 9.

                                                                       
    Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)

    Instituer le cas échéant un traitement de soutien:

    *    Oxygénothérapie et ventilation mécanique.
    *    Prendre toutes les mesures voulues pour éviter une infection
         cutanée.
    *    En cas de crises convulsives répétées, administrer du diazépam
         par injection intraveineuse.

    Dose:     Adultes: 10 à 20 mg, à raison de 0,5 ml (2,5 mg) toutes les
              30 secondes, à renouveler le cas échéant au bout de 30 à 60
              minutes; on peut poursuivre avec une perfusion intraveineuse
              jusqu'à un maximum de 3mg/kg de poids corporel en 24 heures.

              Enfants: 200 à 300 µg/kg de poids corporel.

    L'hémodialyse et la dialyse péritonéale permettent d'éliminer le
    borate et peuvent s'avérer utiles en cas d'intoxication grave.
                                                                       

    Colle

    Produits traités dans cette section

    On évoquera dans cette section les colles au cyanoacrylate et les
    colles liquides (dissoutes dans l'eau), parfois appelées gommes ou
    colles de pâte. En ce qui concerne les colles et produits adhésifs qui
    contiennent du benzène, du toluène, du trichloréthylène ou du xylène,
    voir p. 163.

    Utilisations

    Ces colles ont de très nombreux usages domestiques, artisanaux et dans
    le cadre des activités de loisirs. Les colles au cyanoacrylate ont
    également de nombreux usages industriels.

    Mode d'action

    Les colles liquides peuvent être légèrement irritantes pour le tube
    digestif.

    Toxicité

    Elles ne sont pas toxiques si elles sont ingérées. La colle au
    cyanoacrylate se solidifie dès qu'elle pénètre dans la bouche et ne se
    dissout pas. Ces colles ne dégagent pas de vapeurs toxiques.

    Risques particuliers

    Les colles au cyanoacrylate agissent très rapidement et il est
    difficile de séparer les surfaces ainsi collées. Les gens se collent
    souvent les doigts ou les paupières par mégarde.

    Signes et symptômes

    En cas d'ingestion d'une colle au cyanoacrylate, il n'y a aucun signe
    ni symptôme. La colle peut coller aux dents ou à l'intérieur de la
    bouche.

    S'il s'agit d'une colle dissoute dans l'eau, elle peut provoquer des
    nausées et des vomissements.

    Atteinte cutanée ou oculaire par une colle au cyanoacrylate

    La colle n'irrite pas, ni ne brûle la peau. Cependant, si l'on se
    colle les doigts ou les paupières, on risque de se blesser en essayant
    de les décoller. La colle peut endommager la surface de l'oeil, mais
    ne provoque pas de brûlures chimiques.

    Ce qu'il faut faire

    Colle au cyanoacrylate

         Dans la bouche

         Il n'est pas nécessaire d'éliminer la colle présente sur les
         dents ou à l'intérieur de la bouche. Elle s'éliminera d'elle-même
         au bout de quelques jours.

         Atteinte cutanée

         Il est inutile d'enlever la colle présente sur la peau, sauf si
         l'on s'est collé des doigts ou si l'on est collé à quelque chose.
         Tremper la partie touchée dans de l'eau chaude savonneuse et à
         l'aide d'un objet contondant fin, comme le manche d'une cuillère,
         écarter doucement les parties collées. Ne pas tirer dessus de
         peur que la peau ne s'arrache.

         Atteinte oculaire

         Si les paupières sont collées, ne pas tirer dessus pour les
         décoller. Recouvrir l'oeil d'un morceau de gaze. Les paupières se
         décolleront au bout de 2 à 3 jours.

    Colle liquide

    En cas d'ingestion

    Donner de l'eau à boire. Il est inutile d'emmener la personne à
    l'hôpital.

    Cosmétiques et produits de toilette

    Produits traités dans cette section

    Cette section traite de la plupart des cosmétiques et produits de
    toilette, qui ont été rangés en deux catégories. Les produits de la
    première sont peu susceptibles d'être toxiques, mais ceux de la
    seconde peuvent l'être.

    Cosmétiques et produits de toilette peu susceptibles d'être toxiques

    Les produits qui suivent ne sont pas dangereux:

         --   maquillage, rouge à lèvres et fard pour les yeux (à
              l'exception du fard noir qui peut être toxique, voir plus
              bas),
         --   crèmes, huiles et lotions dermiques employées pour adoucir
              ou protéger la peau,
         --   dentifrice.

    Les produits qui suivent contiennent des substances toxiques mais sont
    en général vendus en petits flacons, de sorte qu'il est peu probable
    qu'on puisse en avaler suffisamment pour s'intoxiquer:

         --   antisudoraux et déodorants contenant de l'alcool éthylique,
         --   durcisseurs et fortifiants pour ongles contenant des
              substances chimiques irritantes,
         --   vernis et laques pour les ongles contenant de l'acétone, du
              toluène, du xylène ou de l'alcool éthylique.

    Cosmétiques et articles de toilette pouvant être dangereux

    La plupart des expositions aiguë s accidentelles ne provoquent que des
    nausées, vomissements et diarrhées. Toutefois, dans certains cas,
    elles peuvent avoir des effets plus graves:

    *    Fard noir pour les yeux, appelé surma en Inde, tiro au Nigéria et
         khôl dans les pays arabes; contient parfois du plomb et peut
         entraîner un saturnisme chronique lié à une utilisation au long
         cours, ou une intoxication aiguë faisant suite à son ingestion en
         grande quantité.

    *    Produits décolorants et éclaircissants pour les cheveux:
         contiennent de l'eau oxygénée. Les solutions peu concentrées sont
         peu irritantes, mais certains produits contiennent plus de 10%
         d'eau oxygénée et risquent d'être corrosifs et de libérer de
         l'oxygène dans l'estomac, provoquant des gaz et des douleurs.

    *    Produits pour teindre les cheveux; contiennent des colorants, de
         l'isopropanol et des substances irritantes. L'isopropanol peut
         engendrer une intoxication aiguë.

    *    Laques (pour cheveux): s'il est inhalé, le gaz propulseur peut
         être dangereux.

    *    Produits lissants; contiennent de la soude caustique qui peut
         provoquer des brûlures (voir substances caustiques et corrosives,
         p. 214).

    *    Lotions pour permanentes et produits neutralisants après
         permanentes; peuvent contenir du perborate de sodium, du bromate
         de sodium, du bromate de potassium ou du chlorure mercurique.

    *    Dissolvants pour vernis à ongles: contiennent en général de
         l'acétone ou de l'acétate d'éthyle. Les marques vendues en
         flacons de grande taille sont potentiellement dangereuses, mais
         il est rare d'observer des intoxications par ces produits (voir
         plus bas).

    *    Parfums, eaux de toilette: contiennent de l'alcool éthylique et,
         si les flacons sont de grande taille, ils peuvent provoquer une
         intoxication.

    *    Talcs, poudres pour bébé, poudres de riz: si l'on en met sur le
         visage du bébé, de fines particules peuvent être inhalées et
         provoquer un oedème pulmonaire. Les poudres ne sont pas en elles-
         mêmes toxiques, sauf si elles contiennent de l'acide borique.

    Signes et symptômes (produits non traités dans d'autres sections)

    Produits décolorants et éclaircissants pour les cheveux qui
    contiennent de l'eau oxygénée

    *    En cas d'ingestion:

         --   nausées, vomissements et maux de ventre,
         --   brûlures dans la bouche et dans la gorge.

    *    Atteinte oculaire:

         --   yeux rouges, sensation de piqûre ou de brûlure,
         --   douleurs sévères et brûlures oculaires possibles.

    Lotions pour permanentes et produits neutralisants après permanentes
    contenant du bromate de sodium ou du bromate de potassium

    *    En cas d'ingestion --- (effets apparaissant dans les 2 heures qui
         suivent):

         --   nausées, vomissements et diarrhée,
         --   surdité dans les 4 à 16 heures qui suivent,
         --   hypotension artérielle,
         --   perte de connaissance,
         --   convulsions,
         --   signes de lésion rénale.

    *    atteinte oculaire:

         --   rougeur et sensation de piqûre.

    Dissolvants pour vernis à ongles

    *    en cas d'ingestion:

         --   nausées et vomissements,
         --   somnolence ou perte de connaissance.

    *    Atteinte oculaire:

         --   rougeur et sensation de piqûre.

    Talc

    *    En cas d'inhalation:

         --   toux et suffocation,
         --   signes d'oedème pulmonaire.

    Ce qu'il faut faire

    Donner les premiers soins. Si la victime est inconsciente ou
    somnolente, l'allonger sur le côté dans la position de sécurité.
    Vérifier sa respiration toutes les 10 minutes et la garder au chaud et
    au calme.

    En cas de convulsions, traiter comme indiqué au Chapitre 5.

         Atteinte oculaire

         Rincer les yeux à l'eau pendant au moins 15 à 20 minutes.

    Emmener la victime à l'hôpital aussi vite que possible si elle
    présente des signes et symptômes d'intoxication, a avalé un cosmétique
    dangereux, ou risque d'avoir des lésions oculaires.

    Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital

    Pour les lotions pour permanentes et produits neutralisants après
    permanentes contenant du bromate de sodium et du bromate de potassium:
    si l'ingestion remonte à moins de 4 heures et si la victime est tout à
    fait consciente, respire normalement, n'a pas eu de convulsions et ne
    vomit pas déjà , la faire vomir. Lui donner ensuite à boire du charbon
    activé dans de l'eau.

                                                                       
    Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)

    Bromate de sodium ou bromate de potassium:

    Surveiller le pouls, la tension artérielle, la respiration,
    l'équilibre hydroélectrolytique et l'audition de la victime. Instituer
    les cas échéant un traitement de soutien.

    Il existe un risque de lésions tubulaires rénales, qui peuvent être
    irréversibles. Surveiller la fonction rénale.

    En cas de crises convulsives répétées, faire une injection
    intraveineuse de diazépam.
                                                                       

                                                                       
    Dose:     Adultes: 10 à 20 mg, à raison de 0,5 ml (2,5 mg) toutes les
              30 secondes, à renouveler le cas échéant au bout de 30 à 60
              minutes; on peut poursuivre avec une perfusion intraveineuse
              jusqu'à un maximum de 3 mg/kg de poids corporel en 24
              heures.

              Enfants: 200 à 300 µg/kg de poids corporel.
                                                                       

    Cyanures

    Substances chimiques traitées dans cette section

    On évoquera dans cette section le cyanure, le cyanure d'hydrogène
    (également appelé acide cyanhydrique ou acide prussique), le cyanure
    de sodium et le cyanure de potassium.

    On trouve des substances qui libèrent naturellement du cyanure dans de
    nombreuses plantes, dans les noyaux d'abricots et de pêches, les
    amandes amères, la cassave et le tapioca. La cassave (également
    appelée manioc) est cultivée partout sous les tropiques et constitue
    un aliment de base dans certaines parties d'Afrique et d'Amérique du
    Sud. C'est un buisson ou un arbuste aux fleurs vertes qui produit des
    noix. Sa racine est dure et blanche.

    De nombreux matériaux produisent du cyanure en brûlant (bois, soie,
    crin et plastique). Lorsque des gens sont noyés dans la fumée d'un
    incendie, certains des effets qu'ils ressentent peuvent être dus à une
    intoxication au cyanure.

    Utilisations

    Le cyanure est employé dans l'industrie et pour lutter contre les
    nuisibles. On utilise du cyanure d'hydrogène pour désinfecter par
    fumigation les bâtiments, navires et aéronefs infestés de rongeurs ou
    d'insectes. Les cyanures de sodium et de potassium sont employés pour
    le décapage des métaux, l'extraction du minerai dans les mines, le
    plaquage métallique et la fabrication des fibres synthétiques.

    Une préparation appelée Laetrile, préparée à partir de noyaux de pêche
    a été utilisée contre le cancer, mais rien ne permet de penser qu'elle
    soit vraiment efficace.

    Mode d'action

    Ces produits empêchent les cellules vivantes de fixer l'oxygène et
    provoquent donc des lésions cérébrales et cardiaques dues au manque
    d'oxygène. Ils sont toxiques en cas d'ingestion, d'inhalation, s'ils
    sont répandus sur la peau, ou projetés dans les yeux. L'intoxication
    chronique, due à la consommation de cassave lorsque celle-ci constitue
    l'essentiel du régime alimentaire, peut provoquer des lésions du
    système nerveux et de la thyroïde.

    Toxicité

    Ces produits sont très toxiques et agissent très rapidement.

    La toxicité des plantes qui contiennent des cyanures est très variable
    selon l'endroit où elles poussent et selon qu'on utilise des engrais
    ou non. Certaines parties d'une même plante peuvent être plus toxiques
    que d'autres. Toutes les parties de la cassave sont toxiques, mais les
    feuilles et la peau qui entourent les racines sont les plus toxiques.
    Le poison est éliminé par lavage et ébullition.

    Risques particuliers

    Il est important que les gens qui utilisent professionnellement du
    cyanure observent dans leur travail les mesures de sécurité voulues
    pour éviter toute intoxication.

    Il peut y avoir intoxication par la cassave si la racine n'est pas
    préparée et cuite correctement. Des cas bénins d'intoxication sont
    fréquents dans les régions pauvres, en particulier chez les enfants
    sous-alimentés.

    Signes et symptômes

    Intoxication aiguë

    *    En cas d'ingestion, d'inhalation, ou de contact cutané

    Les symptômes apparaissent dans les secondes ou les minutes qui
    suivent, mais peuvent être différés d'une heure ou deux si le cyanure
    a été ingéré avec des aliments.

    Au début

         --   brûlure de la langue et de la bouche (si le cyanure a été
              ingéré),
         --   vertiges,
         --   mal de tête pulsatile,
         --   anxiété,
         --   palpitations,
         --   confusion,
         --   respiration rapide,
         --   vomissements.

    Ce sont parfois les seuls signes et symptômes en cas d'intoxication
    légère.

    En cas d'intoxication modérée:
         --   difficultés respiratoires,
         --   douleur thoracique,
         --   somnolence,
         --   perte de connaissance,
         --   convulsions.

    En cas d'intoxication grave:

         --   coma profond,
         --   pouls lent,
         --   hypotension artérielle,
         --   dilatation des pupilles,
         --   arrêt respiratoire.

    Le décès peut survenir en quelques minutes. Après une dose massive, la
    victime tombe sur le sol, la respiration sifflante, est agitée de
    violentes convulsions et meurt presque immédiatement.

    *    Atteinte oculaire:

         --   irritation,
         --   larmoiement,
         --   mêmes effets qu'en cas d'ingestion, d'inhalation ou de
              contact cutané.

    Intoxication chronique

    Faiblesse au niveau des jambes, qui sont alors douloureuses ou
    engourdies, perte de la vue, troubles de la coordination, tuméfaction
    de la thyroïde (à l'avant du cou).

    Ce qu'il faut faire

    En présence de gaz toxique, ne pas pénétrer dans la zone contaminée
    sans matériel respiratoire homologué pour le cyanure et sans vêtements
    protecteurs. Mettre des gants et une combinaison avant de toucher la
    victime.

    Eloigner la victime de la zone contaminée (au grand air s'il s'agit
    d'un gaz ou à l'écart d'un liquide ou d'un solide renversés).

    Donner les premiers soins. En cas d'arrêt respiratoire, dégager les
    voies aériennes, nettoyer les lèvres et la bouche de la victime puis
    faire un bouche-à-bouche ou un bouche-à-nez. En cas d'arrêt cardiaque,
    pratiquer un massage cardiaque. Poursuivre le bouche-à-bouche et le
    massage cardiaque pendant au moins 30 minutes, même si la victime
    semble décédée.

    Si la victime est inconsciente ou somnolente, l'allonger sur le côté
    dans la position de sécurité. Vérifier sa respiration et son pouls
    toutes les 3 minutes.

         Atteinte oculaire

         Brosser ou tamponner doucement le liquide ou la poudre présents
         sur le visage. Rincer les yeux à l'eau pendant au moins 15 à 20
         minutes. Vérifier qu'il ne reste aucune particule solide de
         produit chimique sur les cils et les sourcils, ni dans les plis
         cutanés entourant les yeux.

         Atteinte cutanée

         Retirer immédiatement les vêtements, chaussures, chaussettes et
         bijoux contaminés, en les découpant le cas échéant. Quelques
         secondes de retard peuvent aggraver l'intoxication. Laver
         soigneusement  l'endroit touché à l'eau et au savon pendant 15
         minutes, si possible à l'eau courante. Si l'on dispose d'un
         masque respiratoire homologué pour l'exposition au cyanure, le
         porter ainsi que des vêtements protecteurs et des gants de
         caoutchouc pour laver la victime, de façon à se prémunir contre
         toute intoxication.

    Emmener aussi vite que possible à l'hôpital toutes les victimes
    présentant des symptômes.

    Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital

     En cas d'ingestion: si la victime est tout à fait consciente,
    respire normalement et n'a pas présenté de contractions musculaires
    involontaires, ni de convulsions, la faire vomir.

                                                                       
    Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)

    Intoxication aiguë

    *    Intoxication grave

    Poursuivre la réanimation cardio-pulmonaire pendant au moins 30
    minutes, ou jusqu'à ce que la victime réagisse.

    Un traitement de soutien général peut être salvateur. Toujours donner
    de l'oxygène  aux victimes d'une intoxication par le cyanure. Si l'on
    ne dispose pas d'antidote, on réussit parfois à traiter avec succès
    une intoxication grave uniquement grâce au traitement de soutien et à
    l'oxygène.

    Traiter l'hypotension artérielle par l'administration de liquides
    intraveineux et de dopamine.

    Antidotes: il y en a quatre, qui sont eux-mêmes toxiques s'ils sont
    administrés en trop grande quantité ou à des gens qui n'ont pas été
    intoxiqués par du cyanure.

    Ne donner un antidote que si la victime perd connaissance ou est déjà
    dans un coma profond et que l'on est certain du diagnostic. N'utiliser
    qu'un des antidotes et n'en donner qu'une dose. Il peut être dangereux
    d'en donner davantage.

    1.   Solution d'édétate de dicobalt à 1,5%: 20 ml (300 mg) par voie
         intraveineuse en 1 minute.
                                                                       

                                                                       
    2.   Solution de nitrite de sodium à 3%: 10 ml (300 mg) par voie
         intraveineuse en 20 minutes.

    3.   4-diméthylaminophénol (4-DMAP) à 5%: 5 ml (250 mg) en une minute
         par voie intraveineuse.

    4.   Solution d'hydroxycobalamine à 40%: 10 ml (4 g) par voie
         intraveineuse en 20 minutes.

    Certains sujets gravement atteints ne répondront peut-être pas à la
    première dose d'antidote. Si l'on peut renouveler les doses
    d'hydroxycobalamine et de thiosulfate  de sodium sans trop de risque,
    les autres antidotes sont toxiques à trop forte dose ou s'ils sont
    administrés à quelqu'un qui ne souffre pas d'une intoxication au
    cyanure. En pareil cas, si la victime ne répond pas au traitement,
    consulter un centre antipoisons avant de renouveler la dose
    d'antidote.

    *    Intoxication modérée

         --   50 ml (12,5 g) de thiosulfate de sodium à 25% par voie
              intraveineuse en 10 minutes.
         --   100% d'oxygène pendant 12 à 24 heures, mais pas davantage.

    *    Intoxication bénigne

         L'antidote est inutile. Instituer un traitement de soutien, avec 
         notamment de l'oxygène, la victime étant alitée et au repos.

    Intoxication chronique

    L'intoxication chronique par la cassave est irréversible. Elle peut
    être due à une mauvaise préparation de la racine ou à des apports
    alimentaires en protéines insuffisants. Seule l'éducation permet
    d'éviter ce genre de cas.
                                                                       

    Désinfectants et antiseptiques

    Produits traités dans cette section

    On trouvera dans cette section les désinfectants ménagers et les
    antiseptiques qui contiennent habituellement un ou plusieurs des
    produits qui suivent:
         --   détergents cationiques tels que le benzalkonium, le
              cétrimide, le cétylpyridinium, la chlorhéxidine,
         --   alcool éthylique,
         --   eau oxygénée,
         --   phénol, crésol, chlorocrésol, chloroxylénol, ou acides de
              goudron,
         --   essence de pin,
         --   savon.

    Les désinfectants et antiseptiques utilisés dans les hôpitaux ou dans
    les fermes, les usines et les laiteries, peuvent contenir d'autres
    produits. Utilisations Les désinfectants et les antiseptiques
    détruisent les germes et sont largement utilisés dans le cadre
    domestique. On emploie les premiers pour le nettoyage des locaux et
    objets, les seconds pour celui de la peau et des plaies.

    Mode d'action

    L'alcool éthylique provoque une perte de connaissance et des troubles
    respiratoires; les détergents cationiques provoquent des brûlures de
    la cavité buccale et de la gorge et des atteintes musculaires; l'eau
    oxygénée est irritante; le phénol est corrosif et engendre des
    troubles cérébraux, respiratoires, cardiaques, hépatiques et rénaux.
    En cas d'ingestion, ces produits sont toxiques. Le phénol est
    également toxique par contact cutané.

    Toxicité

    Les désinfectants et antiseptiques à usage domestique ne sont en
    général pas très nocifs s'ils sont ingérés en petite quantité. En
    revanche, ingérés massivement, ils peuvent provoquer une intoxication
    grave et entraîner le décès. Les désinfectants et antiseptiques à
    usage professionnel sont davantage susceptibles de provoquer des
    intoxications graves que ceux à usage domestique. Ils contiennent en
    général des concentrations plus fortes de substances chimiques et des
    produits plus dangereux que ceux mentionnés plus haut. Les
    désinfectants contenant une forte concentration de phénol peuvent
    provoquer une intoxication si la surface corporelle contaminée est
    importante.

    Signes et symptômes

    *    En cas d'ingestion:

         --   nausées, vomissements et diarrhée,
         --   irritation de la bouche et de la gorge.

    Si le produit contient un détergent cationique:

         --   brûlures de la bouche, de la gorge et de l'oesophage,
         --   faiblesse musculaire,
         --   détresse respiratoire,
         --   perte de connaissance,
         --   convulsions,
         --   hypotension artérielle,
         --   oedème pulmonaire.

    Si le produit contient de l'alcool éthylique:
         --   somnolence,
         --   perte de connaissance,
         --   hypothermie,
         --   respiration superficielle.

    Si le produit contient de l'eau oxygénée:

         --   nausées, vomissements et maux de ventre,
         --   brûlures de la cavité buccale et de la gorge.

    Si le produit contient du phénol:

         --   brûlures éventuelles de la bouche et de la gorge,
         --   respiration rapide,
         --   convulsions,
         --   pouls faible et irrégulier,
         --   perte de connaissance,
         --   hypotension artérielle,
         --   urines foncées,
         --   signes de lésions hépatiques et rénales.

    *    Atteinte oculaire:

         --   rougeur et larmoiement,
         --   sensation de piqûre ou de brûlure,
         --   brûlures oculaires possibles.

    *    Atteinte cutanée:

         --   rougeur et irritation,
         --   des produits concentrés peuvent provoquer des brûlures,
         --   les produits qui contiennent de grandes quantités de phénol
              peuvent entraîner des convulsions, une respiration rapide et
              une perte de connaissance.

    Ce qu'il faut faire

    Donner les premiers soins.

    Si le désinfectant est à usage domestique et si la personne n'en a
    avalé qu'un petit peu, les seuls effets qu'elle est susceptible de
    ressentir seront des nausées et des vomissements. Elle se remettra
    rapidement et n'a pas besoin d'aller à l'hôpital. Lui donner du lait à
    boire.

    En cas d'arrêt respiratoire, dégager les voies aériennes, essuyer les
    lèvres de la victime et faire un bouche-à-bouche ou un bouche-à-nez.

    Si la victime est inconsciente ou somnolente, l'allonger sur le côté
    dans la position de sécurité, vérifier sa respiration toutes les 10
    minutes et la garder au chaud et au calme.

    En cas de convulsions, traiter comme indiqué au Chapitre 5.

    Emmener la victime à l'hôpital le plus rapidement possible dans les
    cas suivants:

         --   elle a avalé une grande quantité de désinfectant;
         --   elle a avalé un produit à usage hospitalier ou industriel;
         --   elle présente des signes et symptômes d'intoxication.

         Atteinte oculaire

         Rincer les yeux à l'eau pendant au moins 15 à 20 minutes.
         Emmener la victime à l'hôpital aussi rapidement que possible s'il
         semble qu'il y ait des lésions oculaires.

         Atteinte cutanée

         Retirer tous les vêtements, chaussures, chaussettes et bijoux
         contaminés. Laver soigneusement à l'eau froide et au savon
         l'endroit touché, si possible à l'eau courante. En cas de
         brûlures cutanées ou si la victime présente des signes et
         symptômes d'intoxication, l'emmener à l'hôpital aussi rapidement
         que possible.

    Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital

     En cas d'ingestion: si la victime est tout à fait consciente, lui
    donner une tasse d'eau ou de lait à boire. Ne pas la faire vomir car
    le désinfectant pourrait lui brûler la gorge.

                                                                       
    Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)

    Surveiller la respiration, le pouls et la tension artérielle.
    Instituer le cas échéant un traitement de soutien, notamment une
    oxygénothérapie. La victime peut avoir besoin d'une ventilation
    mécanique.

    Consulter également les sections relatives au savon et aux détergents,
    à l'alcool éthylique et à l'isopropanol, au phénol et aux substances
    qui lui sont chimiquement apparentées, et aux essences volatiles, si
    le produit contient l'un (une) d'entre eux (elles).
                                                                       

    Désodorisants d'ambiance, blocs désodorisants et boules antimites

    Substances chimiques traitées dans cette section

    On traitera ici du naphtalène ou naphtaline et du 
     para-dichlorobenzène (également appelé  p-dichlorobenzène).

    Utilisations

    Le  para-dichlorobenzène est utilisé dans les désodorisants
    d'ambiance solides employés dans les toilettes et les placards à
    poubelles. Les désodorisants d'ambiance liquides contiennent de l'eau,
    du parfum et un détergent plutôt que du  para-dichlorobenzène (voir
    savons et détergents, p. 211). En ce qui concerne les désodorisants
    d'ambiance en bombes, voir p. 210.

    Le  para-dichlorobenzène et le naphtalène peuvent être utilisés dans
    les boules et autres produits antimites. Toutefois, certaines boules
    antimites sont faites de camphre (voir essences volatiles, p. 190).

    Mode d'action

    Ces deux produits irritent le tube digestif et peuvent avoir une
    action au niveau  cérébral. La naphtaline détruit les globules
    sanguins et provoque des lésions rénales. Le  para-dichlorobenzène
    provoque des lésions hépatiques. Leur manipulation répétée peut
    entraîner des irritations cutanées.

    Toxicité

    La naphtaline est plus dangereuse que le  para-dichlorobenzène. Chez
    le jeune enfant, 1 boule de naphtaline suffit à entraîner des troubles
    hématologiques, et 4 l'apparition de convulsions. La quantité toxique
    de para -dichlorobenzène est bien plus importante et il est peu
    probable qu'un enfant puisse en ingérer suffisamment pour être
    gravement intoxiqué.

    Risques particuliers

    Ces produits sont souvent en évidence, donc à la portée des enfants.
    Par exemple, les boules antimites dans les armoires et les
    désodorisants collés sur la poubelle ou accrochés à la cuvette des
    toilettes.

    Signes et symptômes

    Naphtaline

    *    En cas d'ingestion:

         --   nausées, vomissements, diarrhée et maux de ventre,
         --   transpiration,
         --   fièvre,
         --   jaunisse due à des troubles hématologiques,
         --   urines foncées pouvant contenir du sang,
         --   la victime cesse parfois d'uriner,
         --   convulsions,
         --   perte de connaissance.

    *    Atteinte oculaire:

         --   rougeur et irritation.

    *    Atteinte cutanée:

         --   rougeur et irritation.

     Para-dichlorobenzène

    *    En cas d'ingestion:

         --   nausées, vomissements, diarrhée et maux de ventre.

    *    Atteinte oculaire:

         --   rougeur et irritation.

    *    Atteinte cutanée:

         --   rougeur et irritation.

    Ce qu'il faut faire

    Donner les premiers secours. En cas d'arrêt respiratoire, dégager les
    voies aériennes, nettoyer les lèvres de la victime et faire un
    bouche-à-bouche. Si la victime est inconsciente ou somnolente,
    l'allonger sur le côté dans la position de sécurité. Vérifier sa
    respiration toutes les 10 minutes et la garder au chaud.

    En cas de convulsions, traiter comme indiqué au Chapitre 5.

         Atteinte oculaire

         Rincer les yeux à l'eau pendant au moins 15 à 20 minutes.

         Atteinte cutanée

         Laver soigneusement l'endroit touché au savon et à l'eau froide,
         si possible à l'eau courante.

         En cas d'ingestion

         Si la victime est tout à fait consciente, lui donner de l'eau à
         boire. Ne lui donner ni lait, ni aliment gras pendant 2 à 3
         heures.

    Emmener la victime à l'hôpital le plus vite possible dans les cas qui
    suivent:

    *    La victime a avalé de la naphtaline.
    *    La victime a avalé une grande quantité de  para-dichlorobenzène
         (plusieurs boules antimites ou un bloc entier de désodorisant).

    *    La victime présente des signes d'intoxication grave.
    *    On ignore ce que contient le produit.
    *    Il semble y avoir des lésions oculaires.

    Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital

    Si le produit a été ingéré moins de 4 heures auparavant et si la
    victime est tout à fait consciente, respire normalement, ne présente
    pas de convulsions et n'a pas beaucoup vomi, la faire vomir.

    Si la victime n'urine plus, traiter comme indiqué au Chapitre 9.

                                                                       
    Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)

    La naphtaline provoque une hémolyse chez les sujets atteints d'un
    déficit en glucose-6-phosphate-déshydrogénase. L'hémoglobine libérée
    ainsi peut entraîner une néphrite interstitielle aiguë.

    Un traitement de soutien, comprenant oxygénotérapie et ventilation
    mécanique doit être institué le cas échéant:

    *    En cas d'hémolyse, l'administration de liquides intraveineux
         permet de diminuer le risque d'insuffisance rénale.
    *    Administration de bicarbonate pour alcaliniser les urines
         (pH>7,5).
    *    En cas de crises convulsives répétées, administration
         intraveineuse de diazépam.

    Doses:    Adultes: 10 à 20 mg, à raison de 0,5 ml (2,5 mg) toutes les
              30 secondes, à renouveler le cas échéant au bout de 30 à 60
              minutes; on peut poursuivre avec une perfusion intraveineuse
              jusqu'à un maximum de 3 mg/kg de poids corporel en 24
              heures;

              Enfants: 200 à 300 µg/kg de poids corporel.
                                                                       

    Distillats de pétrole

    Substances chimiques traitées dans cette section

    On évoquera ici un grand groupe de produits chimiques dérivés du
    pétrole. Les distillats de pétrole sont des mélanges complexes
    d'hydrocarbures aromatiques et aliphatiques.

    Ce peuvent être des liquides très fluides, qui couvrent rapidement une
    surface importante et s'évaporent facilement à température ambiante
    comme:

         --   gasoil,
         --   mazout,
         --   pétrole lampant (également appelé huile de paraffine),
         --   huile de colza minérale (désigne une qualité de pétrole
              lampant),
         --   white spirit (également appelé succédané de térébenthine),
         --   essence,
         --   éther de pétrole,
         --   naphte de pétrole.

    D'autres hydrocarbures sont des liquides qui se répandent lentement,
    tels que:

         --   huile de graissage,
         --   asphalte,
         --   goudron,
         --   graisse.

    La paraffine se trouve sous deux formes: solide et semi-solide.

    Utilisations normales et détournements d'usage

    Le pétrole lampant est employé comme combustible pour les réchauds et
    lampes. Les allume-feu solides sont trempés dans le pétrole lampant.
    Le white spirit est employé comme diluant, décapant et pour nettoyer
    les pinceaux. L'huile de colza minérale est employée dans les cires
    pour meubles. Il y a des distillats de pétrole dans certains cirages,
    produits pour vitres, produits pour faire briller les meubles,
    peintures, pesticides et produits de dégraissage.

    *    Produits pour faire briller les sols et rénovateurs de peinture
         pour carrosseries: la plupart contiennent de la paraffine solide
         et de l'eau, mais certains contiennent des distillats de pétrole
         liquides en grande quantité.

    *    Les peintures et vernis contiennent des distillats de pétrole,
         mais certains, comme les peintures sous forme d'émulsion, n'en
         contiennent que de faibles quantités.

    *    Les produits pour nettoyer et faire briller le métal peuvent
         contenir des distillats de pétrole, associés parfois à de faibles
         quantités d'ammoniaque ou d'acide (insuffisantes pour provoquer
         des brûlures). Certaines sont en solution aqueuse plutôt que
         diluées dans un distillat de pétrole.
    *    Les produits pour nettoyer les vitres contiennent en général des
         distillats de pétrole, mais certains ne contiennent que de l'eau
         et des détergents (voir Savon et détergents, p. 211).

    L'essence et les éthers de pétrole font parfois l'objet d'un usage
    immodéré par inhalation de leurs vapeurs (inhalation de solvants). Le
    white spirit et la paraffine ne dégagent pas suffisamment de vapeur
    pour provoquer ce genre d'abus.

    Mode d'action

    Les distillats de pétrole liquides irritent les tissus organiques et
    provoquent des inflammations. Ceux qui se répandent rapidement sur une
    surface importante peuvent pénétrer dans les voies aériennes au moment
    de leur ingestion ou au cours de vomissements et provoquer des
    inflammations et des lésions des tissus pulmonaires. C'est
    particulièrement le cas après ingestion d'alcool à brûler, de pétrole
    lampant, d'huile de colza minérale ou de naphte de pétrole.
    L'ingestion ou l'inhalation de distillats de pétrole peut agir sur le
    cerveau. Ces produits irritent la peau et les yeux.

    L'abus d'essence agit sur le cerveau et peut toucher le coeur. L'abus
    chronique peut provoquer des lésions hépatiques et rénales et
    entraîner des lésions cérébrales irréversibles. L'abus d'essence
    contenant du plomb comme antidétonant peut entraîner un saturnisme.

    Toxicité

    Même en très petites quantités, ne dépassant parfois pas une à deux
    gorgées, les distillats de pétrole liquides qui se répandent aisément
    peuvent provoquer un oedème pulmonaire grave. Avec les liquides
    s'écoulant lentement ce risque n'est pas aussi important. En général,
    le cerveau n'est touché qu'en cas d'ingestion ou d'inhalation de
    grandes quantités.

    Risques particuliers

    Le pétrole lampant, les cires, les diluants pour peintures et produits
    pour nettoyer les pinceaux sont fréquemment présents dans les ménages
    et constituent des causes courantes d'intoxication chez l'enfant. En
    cours d'utilisation, ils sont parfois laissés ouverts à la portée des
    enfants. Par ailleurs, lorsque l'on siphonne un réservoir d'essence de
    voiture, on risque d'en avaler un petit peu. D'autre part, les vapeurs
    d'essence sont plus lourdes que l'air et s'accumulent dans les fosses
    ou les caves. Ainsi, quelqu'un qui pénètre dans une fosse ou une cave
    remplie de vapeurs d'essence peut mourir par manque d'oxygène.

    Signes et symptômes

    Exposition aiguë

    *    En cas d'ingestion d'un liquide:

         --   toux et suffocation presque immédiates,
         --   vomissements,
         --   mal de gorge et sensation de brûlure dans la bouche.

    Si les quantités sont importantes, on peut également observer:

         --   faiblesse, vertiges et maux de tête,
         --   somnolence,
         --   perte de connaissance,

         --   respiration superficielle lente,
         --   convulsions.

    Au bout de 6 à 24 heures:

         --   respiration sifflante et rapide,
         --   oedème pulmonaire.

    Le décès peut être dû à l'oedème pulmonaire ou à une infection des
    tissus pulmonaires endommagés.

    *    En cas d'inhalation de vapeurs:

         --   vertiges et maux de tête,
         --   autres effets analogues à ceux observés en cas d'ingestion
              d'une importante quantité de liquide, mais en général sans
              oedème pulmonaire; l'inhalation d'une quantité importante de
              vapeurs, lorsqu'il s'agit d'une toxicomanie, peut entraîner
              la mort subite.

    *    Atteinte cutanée:

         --   rougeur,
         --   apparition de cloques douloureuses si le contact se
              prolonge, par exemple si la personne porte des vêtements
              imbibés de produit pendant plusieurs heures.

    *    Atteinte oculaire:

         --   légère irritation.

    Exposition chronique

    Un abus répété peut se solder par:

         --   perte de l'appétit,
         --   perte de poids,
         --   faiblesse musculaire,
         --   troubles mentaux,
         --   insomnies, irritabilité, agitation,
         --   convulsions.

    Ce qu'il faut faire

    Donner les premiers soins. En cas d'arrêt respiratoire, dégager les
    voies aériennes et faire un bouche-à-bouche. Si la victime est
    inconsciente ou somnolente, l'allonger sur le côté dans la position de
    sécurité. Vérifier sa respiration toutes les 10 minutes et la garder
    au chaud.

    En cas de convulsion, traiter comme indiqué au Chapitre 5.

    L'emmener à l'hôpital aussi vite que possible.

         Atteinte oculaire

         Rincer les yeux à l'eau pendant au moins 15 à 20 minutes. Emmener
         la victime à l'hôpital en cas d'irritation grave.

         Atteinte cutanée

         Retirer immédiatement tous les vêtements, chaussures, chaussettes
         et bijoux contaminés. Laver soigneusement à l'eau froide et au
         savon l'endroit touché pendant 15 minutes, si possible à l'eau
         courante. Emmener la victime à l'hôpital en cas d'irritation
         grave ou de brûlure.

    Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital

     En cas d'ingestion: si la victime est consciente et capable
    d'avaler, lui donner de l'eau à boire. Ne pas la faire vomir, car du
    liquide pourrait pénétrer dans les poumons à cette occasion. Ne pas
    donner de charbon activé, car il ne fixe pas les distillats de
    pétrole.

    En cas d'oedème pulmonaire, traiter comme indiqué au Chapitre 9.

                                                                       
    Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)

    Surveiller la respiration. Si la victime tousse ou a une respiration
    sifflante, il est probable que du liquide ait pénétré dans les
    poumons. Une radiographie thoracique permettra de confirmer une
    pneumopathie chimique. Dans la mesure du possible, refaire les mesures
    de la fonction pulmonaire (débit de pointe et autres tests analogues)
    toutes les 2 à 4 heures.

    Instituer le cas échéant un traitement de soutien, notamment une
    oxygénothérapie et une ventilation mécanique. En cas de crises
    convulsives répétées, faire une injection intraveineuse de diazépam.

    Dose:     Adultes: 10 à 20 mg, à raison de 0,5 ml (2,5 mg) toutes les
              30 secondes, à renouveler le cas échéant au bout de 30 à 60
              minutes; on peut poursuivre avec une perfusion intraveineuse
              jusqu'à un maximum de 3 mg/kg de poids corporel en 24
              heures.

              Enfants: 200 à 300 µg/kg de poids corporel.

    S'ils ne montrent plus aucun symptôme pendant 12 heures, les sujets
    peuvent être renvoyés chez eux.
                                                                       

    Essences volatiles

    Substances chimiques traitées dans cette section

    On évoquera dans cette section un groupe de produits chimiques qui
    s'évaporent à température ambiante. Ils sont parfois appelés huiles
    essentielles car ils sont fabriqués à partir d'essences végétales. Le
    camphre, l'essence de girofle, l'essence d'eucalyptus, l'essence de
    pin et l'essence de térébenthine sont quelques-unes des essences
    volatiles courantes.

    Note: l'essence de térébenthine est tirée du pin, ce n'est pas la même
    substance chimique que le succédané de térébenthine, qui est un
    distillat de pétrole.

    Utilisations

    Le camphre, l'essence d'eucalyptus, l'essence de menthe et de
    térébenthine sont employés dans les liniments que l'on frotte sur la
    peau pour traiter les douleurs musculaires; l'essence d'eucalyptus, le
    camphre et la menthe sont également utilisés dans des préparations que
    l'on applique sur la poitrine et des préparations pour inhalations. On
    a utilisé le camphre pour des gouttes ou pulvérisations nasales contre
    le rhume, mais cet usage n'est pas recommandé.

    Ces essences ont également de nombreux usages non médicaux. L'essence
    de térébenthine est utilisée pour nettoyer les pinceaux; le camphre,
    sous forme de cristaux, de comprimés ou de boules, comme antimite.
    Toutefois, les antimites peuvent être à base de naphtalène ou de para-
    dichlorobenzène plutôt que de camphre (voir désodorisants d'ambiance,
    blocs désodorisants et boules antimites, p. 183).

    Produits contenant du camphre

    *    Huile camphrée, liniment au camphre: camphre, 200 g/kg (20%) dans
         l'huile.
    *    Liniment au camphre composé, au camphre ammoniaqué: camphre, 125
         g/l (12,5%) dans une solution d'ammoniaque concentrée (300 ml/l).
    *    Alcool camphré: camphre, 100 g/l (10%) dans l'alcool.

    On utilise les essences de parfum dans les cosmétiques et les produits
    de toilette tels que parfums et lotions après-rasage (voir éthanol, p.
    193), les désodorisants d'ambiance (voir désodorisants d'ambiance,
    blocs désodorisants et boules antimites, p. 183), et autres produits
    ménagers. L'essence de pin est employée dans les désinfectants (voir
    désinfectants, p. 180). Cependant, ces produits ne contiennent que de
    faibles quantités d'essences volatiles et, en cas d'ingestion, les
    effets nocifs sont en général dus aux autres constituants chimiques
    qui les composent.

    Mode d'action

    Les essences volatiles sont légèrement irritantes pour la peau.
    L'intoxication est en général causée par l'ingestion du liquide, mais,
    dans certains cas, elle peut être due à un contact cutané ou à
    l'inhalation de vapeurs. Les essences volatiles irritent le tube
    digestif, peuvent provoquer un oedème pulmonaire et agir au niveau du
    cerveau et des reins.

    Toxicité

    Elles peuvent provoquer des intoxications graves, voire entraîner le
    décès. Il est arrivé que des enfants meurent d'avoir avalé quelques
    gorgées d'essence de térébenthine, d'essence d'eucalyptus ou de
    produits contenant du camphre. Les liniments et produits pour nettoyer
    les pinceaux contenant de la térébenthine sont également à l'origine
    d'intoxications graves chez le jeune enfant.

    Appliqués en grandes quantités sur la peau, le liniment au camphre,
    l'alcool camphré ou l'huile de camphre peuvent provoquer des
    intoxications graves. Les gouttes nasales au camphre peuvent
    intoxiquer les nourrissons.

    Risques particuliers

    Il arrive parfois que l'on confonde l'huile camphrée avec l'huile de
    ricin et qu'on l'avale. Les produits ménagers et les médicaments
    contenant des huiles essentielles sont souvent rangés à la portée des
    enfants.

    Signes et symptômes

    *    En cas d'ingestion

    Les symptômes peuvent apparaître dans les quelques minutes suivant
    l'ingestion:

         --   haleine sentant l'essence en question,
         --   sensation de brûlure dans la bouche, la gorge et l'estomac,
         --   nausées, vomissements et diarrhée,
         --   anxiété, excitation et hallucinations,
         --   vertiges,
         --   contractions musculaires involontaires,
         --   convulsions, qui peuvent apparaître brutalement, sans signe
              d'appel, dans les 5 minutes qui suivent l'ingestion,
         --   perte de connaissance,
         --   respiration lente et superficielle.

    Le décès peut survenir rapidement au cours de convulsions. Si ce n'est
    pas le cas, la victime peut présenter:

         --   des signes d'oedème pulmonaire,
         --   des signes d'insuffisance rénale, avec diminution du volume
              des urines émises.

    *    Atteinte oculaire

         --   irritation et rougeur, mais les lésions graves sont rares.

    *    Atteinte cutanée

         --   rougeur et irritation,
         --   appliquée en grandes quantités sur la peau, peuvent
              entraîner des effets analogues à ceux observés après
              ingestion.

    Ce qu'il faut faire

    Donner les premiers soins. En cas d'arrêt respiratoire, dégager les
    voies aériennes, nettoyer les lèvres de la victime et faire un
    bouche-à-bouche ou un bouche-à-nez. Si la victime est inconsciente ou
    somnolente, l'allonger sur le côté dans la position de sécurité.
    Vérifier sa respiration toutes les 10 minutes et la garder au chaud et
    au calme.

    En cas de convulsions, traiter comme indiqué au Chapitre 5.

         Atteinte oculaire

         Rincer les yeux à l'eau pendant au moins 15 à 20 minutes.

         Atteinte cutanée

         Retirer immédiatement les vêtements, chaussures, chaussettes et
         bijoux contaminés. Laver soigneusement à l'eau froide et au savon
         la partie touchée, si possible à l'eau courante. Rincer pendant
         au moins 15 minutes.

    En cas d'ingestion, ou si la douleur et l'irritation oculaires
    persistent, ou encore si l'on observe des brûlures ou des signes
    d'intoxication à la suite d'un contact cutané, emmener aussi vite que
    possible la victime à l'hôpital.

    Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital

     En cas d'ingestion: si la victime est tout à fait consciente et
    respire normalement, n'a pas montré de contractions musculaires
    involontaires ni de convulsions et ne vomit pas, lui donner à boire du
    charbon activé dans de l'eau. Ne pas la faire vomir car du liquide ou
    des vapeurs pourraient pénétrer dans les poumons et provoquer un

    oedème pulmonaire; par ailleurs, les vomissements pourraient
    déclencher des convulsions.

    Si la victime présente des signes d'oedème pulmonaire, traiter comme
    indiqué au Chapitre 9.

    Au bout de 24 heures, si la victime urine normalement, lui donner à
    boire 3 à 4 litres d'eau par jour pendant 5 jours.

    Si elle présente des signes d'insuffisance rénale, traiter comme
    indiqué au Chapitre 9.

                                                                       
    Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)

    En plus de effets décrits plus haut, on peut observer des lésions
    hépatiques et rénales. Surveiller le pouls, la respiration, la tension
    artérielle et les fonctions hépatiques et rénales. Instituer, le cas
    échéant, un traitement de soutien, notamment une oxygénothérapie et
    une ventilation mécanique. En cas de crises convulsives répétées,
    faire une injection intraveineuse de diazépam.

    Dose:     Adultes: 10 à 20 mg, à raison de 0,5 ml (2,5 mg) toutes les
              30 secondes, à renouveler le cas échéant au bout de 30 à 60
              minutes; on peut poursuivre avec une perfusion intraveineuse
              jusqu'à un maximum de 3 mg/kg de poids corporel en 24
              heures.

              Enfants: 200 à 300 µg/kg de poids corporel.
                                                                       

    Ethanol et isopropanol

    Substances chimiques traitées dans cette section

    On traitera dans cette section de l'éthanol (également appelé alcool
    éthylique ou alcool de grain) et de l'isopropanol (également appelé
    alcool isopropylique ou alcool à 90°). Lorsque les gens parlent
    «d'alcool», ils veulent en général dire éthanol.

    Utilisations et abus

    Les boissons alcoolisées (bières, vins et spiritueux) contiennent de
    l'éthanol. L'alcool à brûler et l'alcool à 90°contiennent
    principalement de l'éthanol et un petit peu de méthanol. L'éthanol
    entre également dans la composition de certains médicaments liquides,
    bains de bouche, antiseptiques, désinfectants et cosmétiques comme les
    lotions après-rasage, les parfums et les eaux de toilette.

    L'abus d'alcool est courant dans de nombreuses sociétés et un abus
    chronique peut entraîner une dépendance. Les gens qui font des
    tentatives de suicide par les médicaments prennent souvent en même
    temps de l'alcool.

    Teneur en éthanol des boissons et autres produits:

    Spiritueux après distillation           40 à 50%
    Vins                                    10 à 20%
    Bières                                  2 à 10%
    Bains de bouche                         jusqu'à 75%
    Eaux de toilette                        40 à 60%

    On utilise l'isopropanol comme agent de stérilisation et comme alcool
    à 90°et on l'ajoute à certains antigels, produits pour nettoyer les
    pare-brise et les vitres, lotions après-rasage et désinfectants. Les
    produits pour nettoyer les pare-brise peuvent également contenir du
    méthanol.

    Mode d'action

    L'éthanol et l'isopropanol ralentissent les fonctions cérébrales,
    provoquant perte de connaissance et respiration superficielle. Les
    vapeurs d'isopropanol irritent les yeux, le nez et la gorge et sont
    toxiques si elles sont inhalées. Absorbé à travers la peau,
    l'isopropanol peut entraîner une intoxication. La consommation
    régulière de grandes quantités d'éthanol entraîne une intoxication
    chronique, qui se traduit par de nombreuses modifications de
    l'organisme en particulier au niveau cérébral, hépatique et cardiaque.

    Toxicité

    Les intoxications aiguë s et chroniques peuvent être à l'origine de
    maladies graves ou entraîner le décès. Les effets d'une dose d'éthanol
    dépendent de la quantité d'alcool que la personne boit régulièrement.
    Quelqu'un qui ne boit généralement pas beaucoup d'alcool peut être
    sérieusement atteint par une quantité d'alcool qui aurait très peu
    d'effet sur une personne qui en boit régulièrement de grandes
    quantités. Un enfant peut être gravement intoxiqué après avoir bu une
    gorgée de lotion après-rasage, de bain de bouche ou de parfum.
    L'isopropanol est plus toxique que l'éthanol. Le fait d'utiliser de
    l'isopropanol comme alcool à 90°peut entraîner des intoxications
    graves si l'on en badigeonne de grandes quantités sur la peau,
    aussitôt absorbées par l'organisme.

    Signes et symptômes

    Intoxication aiguë

    *    En cas d'ingestion:

         --   les vêtements et l'haleine du patient peuvent sentir
              l'alcool; les gens qui ont avalé de l'isopropanol ont une
              odeur d'acétone (une forte odeur sucrée),
         --   troubles de l'élocution,
         --   difficulté à réaliser des tâches simples,
         --   démarche chancelante,

         --   nausées, vomissements et douleurs abdominales qui sont plus
              graves après avoir ingéré de l'isopropanol,
         --   somnolence,
         --   vision double ou trouble,
         --   perte de connaissance,
         --   convulsions,
         --   hypotension artérielle,
         --   hypothermie,
         --   respiration superficielle.

    *    Atteinte cutanée

         Pour l'isopropanol: les effets sont les mêmes que ceux observés
         en cas d'ingestion.

    Alcoolisme chronique

    Un abus prolongé de boissons alcoolisées entraîne:

         --   perte de poids,
         --   perte de l'appétit,
         --   diarrhée provoquée par des lésions hépatiques et
              intestinales,
         --   pâleur dûe à l'anémie,
         --   troubles de la mémoire, tremblements, perte de certaines
              facultés mentales.

    Ce qu'il faut faire

    Intoxication aiguë

    Donner les premiers soins. En cas d'arrêt respiratoire, dégager les
    voies aériennes et faire un bouche-à-bouche. Si la victime est
    inconsciente ou somnolente, l'allonger sur le côté dans la position de
    sécurité. Vérifier sa respiration toutes les 10 minutes et la garder
    au chaud.

    Emmener la victime à l'hôpital le plus vite possible si:

         --   il s'agit d'un enfant,
         --   l'intoxication est grave,
         --   la victime a avalé de l'isopropanol.

    Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital

     En cas d'ingestion: si celle-ci remonte à moins d'une heure et si la
    victime est tout à fait consciente et respire normalement, la faire
    vomir, sauf si elle a déjà vomi abondamment.

    Intoxication chronique

    Emmener la personne chez un médecin.

                                                                       
    Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)

    En plus des effets indiqués plus haut, il peut y avoir hypoglycémie
    (plus fréquemment chez l'enfant que chez l'adulte), acidose
    métabolique et déséquilibre électrolytique. Procéder à un examen
    médical complet afin d'exclure les autres causes pouvant expliquer
    l'état du malade, par exemple un traumatisme crânien.

    S'assurer que les voies aériennes sont dégagées et que la victime est
    dans la position latérale de sécurité. Surveiller la respiration, la
    tension artérielle, le pouls et la glycémie. Le cas échéant, instituer
    un traitement de soutien, notamment une oxygénothérapie et une
    ventilation mécanique:

    *    corriger tout déséquilibre hydroélectrolytique.

    *    on traitera l'hypoglycémie par du glucose administré par voie
         orale ou intraveineuse.
                                                                       

    Ethylèneglycol et méthanol

    Substances chimiques traitées dans cette section

    L'éthylèneglycol et le méthanol (également appelé alcool méthylique et
    esprit de bois).

    Utilisations

    L'éthylèneglycol est utilisé dans les antigels et a de nombreux usages
    industriels.

    Le méthanol est employé: dans l'antigel que l'on met dans les
    radiateurs, les freins pneumatiques, l'essence et le diesel; dans les
    produits pour laver les pare-brise; comme combustible dans les petits
    moteurs, les réchauds à alcool et les fers à souder; et dans certaines
    encres, colorants, résines, produits adhésifs, décapants pour
    peintures et vernis. Il a de nombreux usages industriels et est un
    produit de laboratoire courant.

    Les préparations d'éthanol à usage commercial, médical ou industriel
    renferment de petites quantités de méthanol (par exemple, alcool
    dénaturé, alcool à 90° et alcool à brûler).

    *    les antigels peuvent contenir du méthanol, de l'isopropanol ou de
         l'éthylèneglycol. Certains produits sont des mélanges. Les
         concentrations sont variables.

    *    les produits pour nettoyer les pare-brise contiennent de
         l'isopropanol ou du méthanol.

    Mode d'action

    L'éthylèneglycol et le méthanol sont toxiques s'ils sont ingérés et la
    plupart des intoxications ont lieu de cette façon. Le méthanol est
    également toxique s'il est inhalé ou absorbé à travers la peau. Les
    personnes qui travaillent avec du méthanol peuvent s'intoxiquer en en
    inhalant les vapeurs. L'éthylèneglycol agit sur le cerveau et les
    reins. Le méthanol agit sur le cerveau et les yeux et peut entraîner
    la cécité.

    Toxicité

    En cas d'ingestion, quelques gorgées suffisent à provoquer le décès,
    même si l'on parvient parfois à sauver des gens gravement intoxiqués
    en les traitant rapidement en milieu hospitalier. Les intoxications
    graves peuvent se solder par des lésions cérébrales irréversibles.
    L'exposition cutanée peut entraîner une intoxication grave si les
    quantités absorbées sont importantes.

    Risques particuliers

    L'intoxication au méthanol est souvent due à l'ingestion d'alcool à
    brûler ou d'alcool dénaturé parce qu'ils sont moins chers ou plus
    faciles à se procurer qu'une boisson alcoolisée. L'intoxication au
    méthanol est parfois provoquée par des boissons alcooliques
    contaminées et peut alors toucher un grand nombre de personnes en même
    temps.

    On peut avaler par erreur de l'antigel ou du liquide pour nettoyer les
    pare-brise conservés dans des bouteilles de boisson et non dans leurs
    récipients d'origine.

    Signes et symptômes

    Ethylèneglycol

    *    En cas d'ingestion

         Au début:

         --   vomissements,
         --   maux de tête,
         --   le sujet semble en état d'ébriété, mais son haleine ne sent
              pas l'alcool.

         Au bout de 24 à 72 heures:

         --   respiration rapide,
         --   pouls rapide,
         --   hypotension artérielle,
         --   oedème pulmonaire,
         --   perte de connaissance,
         --   convulsions.

         Le décès peut survenir en 24 heures. Si la personne survit plus
         de 24 heures, il peut y avoir des lésions rénales; le sujet
         n'urine plus.

    *    Atteinte oculaire

         --   irritation et rougeur.

    Méthanol

    *    En cas d'ingestion

         Au début:

         --   léger état d'ébriété et somnolence.

         Au bout de 8 à 36 heures:

         --   maux de tête,
         --   maux de ventre, vomissements et diarrhée,
         --   respiration rapide,
         --   somnolence,
         --   le patient est pâle et a la peau froide et moite,
         --   dilatation des pupilles, qui ne changent pas de diamètre si
              l'on braque une lumière dans les yeux,
         --   le patient voit des éclairs de lumière ou se plaint de voir
              trouble ou d'être aveugle,
         --   perte de connaissance,
         --   convulsions,
         --   oedème pulmonaire,
         --   pouls lent,
         --   hypotension artérielle.

    *    Atteinte cutanée:

         --   irritation et rougeur,
         --   si la surface cutanée touchée est importante ou si
              l'exposition dure longtemps, les effets sont les mêmes qu'en
              cas d'ingestion.

    *    Atteinte oculaire:

         --   yeux rouges et irrités.

    *    En cas d'inhalation:

         --   toux et éternuements,
         --   essoufflement,
         --   mêmes signes et symptômes qu'en cas d'ingestion.

    Ce qu'il faut faire

    Donner les premiers soins. En cas d'arrêt respiratoire, dégager les
    voies aériennes et faire un bouche-à-bouche. Si la victime est
    inconsciente ou somnolente, l'allonger sur le côté dans la position de
    sécurité. Vérifier sa respiration toutes les 10 minutes et la garder
    au chaud.

    En cas de convulsions, traiter comme indiqué au Chapitre 5.

    Emmener la victime à l'hôpital aussi vite que possible.

         Atteinte oculaire

         Rincer les yeux à l'eau pendant au moins 15 à 20 minutes. Emmener
         la victime à l'hôpital si la douleur et l'irritation ne passent
         pas.

         Atteinte cutanée

         Retirer tous les vêtements, chaussures, chaussettes et bijoux
         contaminés. Laver soigneusement à l'eau froide et au savon
         l'endroit touché, si possible à l'eau courante. Si la surface
         cutanée contaminée par du méthanol est importante, emmener la
         victime à l'hôpital aussi rapidement que possible.

    Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital

     En cas d'ingestion: si celle-ci remonte à moins d'une heure et si la
    victime est tout à fait consciente, respire normalement, n'a pas eu de
    convulsions et n'a pas encore beaucoup vomi:

    *    La faire vomir.

    *    Lui donner de l'éthanol à boire si elle présente des signes
         d'intoxication grave. L'éthanol est un antidote de
         l'éthylèneglycol et du méthanol. Donner 150 ml de n'importe
         quelle boisson alcoolisée forte, comme du rhum, du whisky ou du
         gin (25 ml pour un enfant). Diluer l'alcool dans du jus de fruit
         et le faire avaler par petites gorgées en 10 à 15 minutes. Si le
         patient montre des signes d'hypoglycémie (vertiges, confusion,
         pâleur et transpiration, pouls rapide, respiration superficielle,
         somnolence), lui donner du jus de fruit ou du sucre.

    Si la victime cesse d'uriner, traiter comme indiqué au Chapitre 9. En
    cas de signes d'oedème pulmonaire, traiter comme indiqué au Chapitre
    9.

                                                                       
    Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)

    En plus des effets évoqués précédement, l'éthylèneglycol peut
    provoquer une acidose métabolique grave, un déséquilibre
    électrolytique, des troubles du rythme cardiaque et une insuffisance
    rénale. Le méthanol a tendance à provoquer une acidose métabolique
    avec hyperventilation; la cécité est fréquente dans les cas graves.

    Surveiller la respiration, la tension artérielle, le pouls et
    l'équilibre hydroélectrolytique. Instituer le cas échéant un
    traitement de soutien, notamment une oxygénothérapie et une
    ventilation mécanique:

    *    corriger tout déséquilibre hydroélectrolytique.

    *    en cas de crises convulsives répétées, pratiquer une injection
         intraveineuse de diazépam.

    Dose:     Adultes: 10 à 20 mg, à raison de 0,5 ml (2,5 mg) toutes les
              30 secondes, à renouveler le cas échéant au bout de 30 à 60
              minutes; on peut poursuivre avec une perfusion intraveineuse
              jusqu'à un maximum de 3 mg/kg de poids corporel en 24
              heures.

              Enfants: 200 à 300 µg/kg de poids corporel.

    L'antidote est l'éthanol. Il doit être administré dès que possible, de
    préférence en perfusion intraveineuse. Un centre antipoisons vous dira
    la dose à administrer. On mesurera fréquemment la glycémie pendant
    l'administration d'éthanol car ce dernier peut entraîner une
    hypoglycémie, en particulier chez l'enfant. L'hémodialyse peut être
    utile si l'intoxication est grave ou la quantité ingérée importante.
                                                                       

    Oxyde de carbone

    L'oxyde de carbone est un gaz incolore et inodore. Il se dégage lors
    de la combustion du gaz, du pétrole, de l'essence, des combustibles
    solides ou du bois. Les sources habituelles d'oxyde de carbone sont
    les feux, les fourneaux, les appareils de chauffage, les fours et les
    moteurs à essence.

    Mode d'action

    L'oxyde de carbone empêche le transport de l'oxygène de se faire
    normalement au niveau sanguin et perturbe le mécanisme cellulaire,
    empêchant les cellules d'utiliser tout l'oxygène qui parvient jusqu'à
    elles. Le manque d'oxygène touche principalement le cerveau et le
    coeur.

    Toxicité

    L'oxyde de carbone est très toxique et peut entraîner le décès. Les
    personnes qui survivent à une intoxication grave peuvent en garder des
    séquelles (lésions cérébrales irréversibles).

    Risques particuliers

    Il est dangereux d'avoir des fourneaux, des appareils de chauffage,
    des chaudières ou de faire du feu dans des pièces, huttes ou tentes
    n'ayant ni cheminée, ni gaine d'évacuation, ni autre ouverture
    permettant à l'oxyde de carbone de s'évacuer et à l'air frais
    d'entrer. Les intoxications sont plus fréquentes lorsqu'il fait froid
    et que les gens ferment portes et fenêtres pour se prémunir contre le
    froid, ou lorsque le matériel est défaillant.

    Souvent, les gens ne sont pas conscients du risque d'intoxication et
    ne font rien pour améliorer la situation. L'oxyde de carbone est un
    gaz qui n'irrite pas, qui est incolore et inodore. On détecte parfois
    de la fumée ou des vapeurs toxiques à leur couleur ou à leur odeur
    mais il n'y a souvent rien pour avertir les gens qu'ils sont en train
    de s'intoxiquer. Les symptômes d'intoxication sont souvent pris pour
    des symptômes de grippe là ou d'intoxication alimentaire.

    Selon ce que l'on brûle, d'autres poisons peuvent également être
    présents dans la fumée ou les vapeurs. Les sujets peuvent donc
    également être intoxiqués par des gaz irritants comme l'ammoniac, le
    chlore, le chlorure d'hydrogène, le phosgène ou le cyanure, en plus de
    l'oxyde de carbone.

    Signes et symptômes

    Intoxication légère à modérée:

         --   faiblesse, fatigue et somnolence,
         --   maux de tête,
         --   vertiges et confusion,
         --   nausées et vomissements,
         --   douleur thoracique,
         --   pouls rapide au début.

    Intoxication grave:

         --   hypothermie,
         --   perte de connaissance,
         --   respiration superficielle irrégulière il peut y avoir arrêt
              respiratoire,
         --   convulsions,
         --   pouls lent, parfois irrégulier,
         --   hypotension artérielle.

    Après une intoxication grave, le rétablissement total peut prendre de
    nombreuses semaines. Il arrive que les patients retombent malades dans
    les quatre semaines suivant leur guérison apparente. Certains
    présentent des lésions cérébrales irréversibles et des troubles de la
    mémoire.

    Ce qu'il faut faire

    Eloigner la victime du gaz toxique. Si l'on doit pénétrer dans une
    pièce remplie de fumée ou de gaz à cause d'un feu, porter un masque
    respiratoire pour se protéger de l'intoxication.

    Donner les premiers soins. En cas d'arrêt respiratoire, dégager les
    voies aériennes, puis faire un bouche-à-bouche ou un bouche-à-nez. Si
    la victime est inconsciente ou somnolente, l'allonger sur le côté dans
    la position de sécurité. Vérifier sa respiration toutes les 10 minutes
    et la garder au calme et au chaud.

    En cas de convulsions, traiter comme indiqué au Chapitre 5.

    Emmener la victime à l'hôpital aussi rapidement que possible.

    Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital

    Garder la victime allongée et au repos pendant deux jours de façon que
    son organisme consomme aussi peu d'oxygène que possible.

                                                                       
    Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)

    En plus des effets indiqués plus haut, on peut observer une acidose
    métabolique, des troubles du rythme, un oedème cérébral et une
    rhabdomyolyse (myolyse toxique).

    S'il y a lieu, donner immédiatement 100% d'oxygène. La victime peut
    avoir besoin d'une ventilation mécanique. S'il s'agit d'une victime
    d'un incendie, vérifier que ses voies aériennes ne sont pas
    oedémateuses du fait de brûlures ou de lésions. S'il est possible de
    mesurer la concentration sanguine de carboxyhémoglobine, le faire
    aussi rapidement que possible.

    Surveiller la respiration, le coeur et la tension artérielle.
    Instituer le cas échéant un traitement de soutien. En cas de crises
    convulsives répétées, administrer du diazépam en injection
    intraveineuse.

    Dose:     Adultes: 10-20 mg, à raison de 0,5 ml (2,5 mg) toutes les 30
              secondes, à renouveler le cas échéant au bout de 30-60
              minutes; on peut poursuivre avec une perfusion intraveineuse
              jusqu'à un maximum de 3 mg/kg de poids corporel en 24
              heures.
                                                                       

                                                                       
              Enfants: 200-300 µg/kg de poids corporel.

    Toute victime ayant présenté des céphalées et des vomissements ou des
    pertes de conscience doit absolument rester alitée pendant au moins 48
    heures.

    On discutera avec un centre antipoisons de la nécessité d'un
    traitement à l'oxygène hyperbare.

    Les victimes qui survivent à une telle intoxication peuvent présenter
    des effets neurologiques transitoires ou permanents, tels que des
    troubles de la personnalité et de la mémoire, dans les 2 à 4 semaines
    qui suivent.
                                                                       

    Phosgène

    Le phosgène est un gaz incolore qui a une odeur de foin moisi.

    Utilisations

    On emploie le phosgène dans la fabrication des résines, colorants et
    pesticides, et il a été utilisé comme arme chimique. Il est produit
    par le chauffage ou la combustion de produits contenant du chlore, par
    exemple au cours d'un incendie.

    Mode d'action

    Il provoque des lésions pulmonaires, hépatiques et rénales. Il se
    dissout lentement dans l'eau pour produire de l'acide chlorhydrique,
    qui irrite les yeux, la gorge et les poumons. Parce qu'il ne se
    dissout que lentement, des concentrations faibles peuvent n'avoir
    aucun effet au début, et les gens ne se rendent pas compte qu'ils
    inhalent un poison. Il n'a aucun effet cutané.

    Toxicité

    A fortes doses, il peut entraîner le décès.

    Signes et symptômes

    *    En cas d'inhalation:

         --   irritation des yeux et larmoiement,
         --   toux, suffocation,
         --   oppression thoracique,
         --   nausées, vomissements, haut-le-coeur.

         Au bout d'un certain temps et jusqu'à 24 heures après
         l'exposition:

         --   respiration rapide, superficielle,
         --   toux douloureuse,
         --   crachat mousseux blanc ou jaunâtre,
         --   hypotension artérielle,
         --   pouls rapide.

    La victime peut mourir dans les 48 heures.

    Ce qu'il faut faire

    Eloigner la victime du gaz ou de la fumée. Pour cela, porter un masque
    respiratoire et des vêtements protecteurs.

    Donner les premiers soins. Si la victime ne respire plus, dégager les
    voies aériennes, lui essuyer les lèvres et faire un bouche-à-bouche.

    Si la victime est inconsciente ou somnolente, l'allonger sur le côté
    dans la position de sécurité. Vérifier sa respiration toutes les 10
    minutes et la garder au chaud et au calme.

    L'emmener à l'hôpital aussi vite que possible.

    Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital

    Si la victime présente des signes d'oedème pulmonaire, traiter comme
    indiqué au Chapitre 9.

                                                                       
    Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)

    Instituer le cas échéant un traitement de soutien, notamment une
    oxygénothérapie. La victime peut avoir besoin d'une ventilation
    mécanique. Il n'y a pas d'antidote.

    La victime doit rester en observation pendant au moins 12 à 24 heures,
    un oedème pulmonaire pouvant apparaître à retardement.
                                                                       

    Piles miniaturisées

    Substances chimiques traitées dans cette section

    Les piles miniaturisées sont petites (diamètre inférieur à 15 mm) et
    rondes. Il en existe différents types contenant chacun des substances
    chimiques différentes, dont certaines sont toxiques ou corrosives.

    *    piles au mercure: oxyde mercurique, hydroxyde de potassium;
    *    piles à l'argent: oxyde d'argent, hydroxyde de potassium;
    *    piles alcalines au manganèse: bioxyde de manganèse, hydroxyde de
         potassium;
    *    piles au lithium/manganèse: bioxyde de manganèse, perchlorate de
         lithium;
    *    piles zinc/air: zinc, hydroxyde de potassium.

    Utilisations

    Les piles miniaturisées sont utilisées dans les appareils photos,
    montres, calculatrices, appareils acoustiques, fers à friser et jeux
    électroniques.

    Modes d'action

    L'hydroxyde de potassium et l'oxyde mercurique sont des produits
    corrosifs qui peuvent provoquer des brûlures intestinales en cas de
    fuite. Ces brûlures peuvent également être causées par les courants
    électriques générés dans l'organisme. L'oxyde mercurique peut agir au
    niveau des reins.

    Toxicité

    Dans la plupart des cas, une pile avalée reste intacte et est éliminée
    de l'organisme sans avoir causé aucun dégât. Toutefois, si elle se
    loge dans l'oesophage ou une autre partie du tube digestif, il y a un
    risque de brûlure dû à des fuites de produit chimique ou à des
    courants électriques. Il existe  également un risque de brûlure grave
    si ces piles ont été enfoncées dans l'oreille ou dans le nez. Les
    piles alcalines au manganèse et les piles au mercure sont plus
    dangereuses que les autres. Le risque de brûlure électrique est
    moindre avec des piles usées.

    Risques particuliers

    Les enfants risquent de retirer ces piles de l'emballage ou de
    l'appareil dans lequel elles se trouvent; ils les avaleront facilement
    du fait de leur petite taille.

    Signes et symptômes

    *    En cas d'ingestion:

         Si la pile est collée dans l'oesophage:

         --   difficulté de déglutition,
         --   toux,
         --   vomissements,
         --   fièvre,
         --   perte de l'appétit et fatigue.

         S'il y a des brûlures et des lésions du tube digestif:

         --   douleurs thoraciques ou abdominales,
         --   vomissements (vomissures parfois teintées de sang),
         --   selles foncées ou teintées de sang.

    Ce qu'il faut faire

    En cas d'ingestion

    Ne pas faire vomir la victime; la pile ne ressortirait pas dans les
    vomissures.

    Si la victime se sent bien et ne présente aucun signe ni symptôme, la
    laisser manger et boire normalement. Lui donner un laxatif (sulfate de
    magnésium par voie buccale) et rechercher dans ses selles la présence
    de la pile. Il faut en général entre 14 heures et 7 jours pour qu'elle
    soit éliminée.

    Si au bout de 7 jours la pile n'est pas ressortie dans les selles, ou
    si la victime a des selles foncées ou teintées de sang, ou présente
    n'importe quel autre signe ou symptôme, l'emmener à l'hôpital.

    Si la pile est coincée dans l'oreille ou dans le nez

    Ne pas essayer de la retirer. Emmener sans retard la personne à
    l'hôpital.

                                                                       
    Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)

    S'il faut un certain temps pour parvenir à l'hôpital, donner au
    patient des antiacides pour rendre l'estomac moins acide et diminuer
    ainsi le risque de fuite de la pile. Donner  un laxatif pour accélérer
    le transit intestinal. Examiner les selles pour voir si la pile a été
    éliminée.

    Lorsque le patient arrive à l'hôpital, une radiographie thoracique et
    abdominale permettra de localiser la pile et de savoir si elle fuit.
    Si elle ne progresse pas rapidement dans l'intestin ou si elle fuit,
    il faudra la retirer par endoscopie ou intervention chirurgicale.

    Si une pile contenant du mercure fuit dans l'intestin, la
    concentration sérique de mercure devra être déterminée. Toutefois, le
    risque d'intoxication mercurielle est en pareil cas très faible.

    Les piles miniaturisées enfoncées dans l'oreille ou le nez doivent
    être retirées sans retard car elles peuvent endommager gravement le
    tympan ou, en provoquant des brûlures faire un trou dans la muqueuse
    nasale. Ne pas utiliser de solution ni de gouttes physiologiques car
    elles risqueraient d'augmenter le courant électrique autour de la
    pile.
                                                                       

    Plomb

    Substances chimiques traitées dans cette section

    On traitera dans cette section du plomb métallique, des sels de plomb
    inorganiques et des composés organiques de plomb tels que le
    plombtétraéthyle.

    Utilisations

    Le plomb est employé dans les accumulateurs, les soudures, les
    isolations de câble électrique, les peintures, le glaçage des faïences
    et des céramiques. On ajoute souvent du plomb-tétraéthyle à l'essence.

    Certains remèdes traditionnels contiennent du plomb. Le fard noir pour
    les yeux (appelé  tiro, surma ou khôl) peut contenir du plomb.

    Autrefois, on utilisait le plomb pour les conduites d'eau, les
    peintures murales et la faïence utilisée pour manger, boire ou cuire
    les aliments. Ces usages, connus pour avoir provoqué des
    intoxications, sont maintenant interdits dans de nombreux pays.
    Toutefois, on trouve encore dans les vieilles maisons des peintures au
    plomb et des canalisations en plomb.

    Modes d'action

    Le plomb agit sur le système nerveux, les reins, le système
    reproducteur et le sang. Le plomb inorganique s'accumule dans les os,
    les tissus et le sang. Le plomb organique est dégradé au niveau du
    foie, mais ses produits de dégradation provoquent des lésions
    cérébrales et nerveuses.

    Les enfants sont plus susceptibles d'être atteints de saturnisme que
    les adultes, car leur organisme absorbe plus facilement le plomb et
    s'en débarrasse moins aisément.

    Une intoxication est en général le résultat d'une exposition
    chronique, par inhalation ou ingestion répétée de faibles doses.
    Cependant, une seule exposition aiguë suffit à provoquer une
    intoxication, par exemple si l'on avale un objet en plomb qui reste
    plusieurs jours dans le tube digestif, si des plombs de chasse ne sont
    pas extraits, ou si l'on ingère une quantité importante de plomb
    organique. Le contact cutané avec du plomb métallique n'entraînera pas
    d'intoxication, mais il faut savoir que les composés organiques de
    plomb sont absorbés à travers la peau.

    Toxicité

    Le plomb est très toxique. L'exposition chronique à de faibles doses
    peut entraîner des lésions cérébrales irréversibles ou le décès.

    Risques particuliers

    La fusion et l'affinage du plomb, la fabrication et la destruction des
    accumulateurs en plomb, la soudure, le décapage à la chaleur ou le
    ponçage de peintures au plomb sont des activités professionnelles
    susceptibles de créer des poussières ou des vapeurs de plomb, donc un
    risque d'inhaler du plomb, sauf si l'on prend les précautions voulues
    pour assurer l'aération et si l'on utilise des vêtements protecteurs
    et masques respiratoires. Il y a un risque d'ingestion de plomb si
    l'on mange, boit ou fume dans des endroits où il y a des vapeurs ou
    des poussières de plomb. On peut également s'intoxiquer en mangeant ou
    en buvant dans des faïences dont le glaçage a été fait au plomb. Le
    fait de «sniffer» de l'essence contenant du plomb peut également
    entraîner un saturnisme. Chez l'enfant, la plupart des intoxications
    ont pour origine l'ingestion de morceaux de peinture ou de poussières
    contenant du plomb, ou l'utilisation du fard noir pour les yeux.

    Signes et symptômes

    En cas d'ingestion ou d'inhalation, en général à la suite
    d'expositions répétées

    Chez l'enfant :

         --   irritabilité, perte de la mémoire, maladresse et baisse des
              facultés mentales (qui peuvent apparaître sans aucun autre
              symptôme),
         --   pâleur due à l'anémie,
         --   perte de l'appétit, maux de tête et fatigue,
         --   vomissements et maux d'estomac coliqueux,
         --   goût métallique dans la bouche.

    A des concentrations plus fortes, des troubles qui mettent la vie de
    l'enfant en danger peuvent apparaître:

         --   vomissements incoercibles,
         --   troubles de la coordination motrice,
         --   pertes de connaissance périodiques,
         --   convulsions.

    Les lésions cérébrales sont en général irréversibles.

    Chez l'adulte :

         --   maux d'estomac coliqueux et constipation,
         --   douleurs articulaires, maux de tête et faiblesse,
         --   main tombante ou pied tombant,
         --   liséré de Burton (gencives),
         --   troubles de la personnalité, de la mémoire et réactions
              lentes,
         --   troubles de la coordination motrice.

    Le plomb présent dans l'essence (plomb-tétraéthyle) peut également
    provoquer:

         --   insomnies, cauchemars,
         --   troubles mentaux,
         --   hallucinations,
         --   convulsions.

    Ce qu'il faut faire

    Pour un enfant présentant un saturnisme qui met sa vie en danger

    Donner les premiers soins. S'il est inconscient ou somnolent,
    l'allonger sur le côté dans la position de sécurité. Vérifier sa
    respiration toutes les 10 minutes et le garder au chaud.

    En cas de convulsions, traiter comme indiqué au Chapitre 5.

    L'emmener à l'hôpital aussi vite que possible.

    Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital

     En cas d'intoxication aiguë par ingestion de sels de plomb ou de 
     dérivés de plomb (mais pas de plomb métallique): si la victime est
    consciente et ne vomit pas, lui donner à boire du charbon activé dans
    de l'eau.

     Si la victime a avalé un objet en plomb ou des morceaux de peinture 
     au plomb: lui donner un laxatif (sulfate de magnésium par voie
    orale) et vérifier que l'objet a bien été éliminé dans les selles.

    Pour un patient qui montre des signes et symptômes d'intoxication
    chronique, mais sans syndrome d'intoxication aiguë

    L'emmener chez un médecin le plus vite possible. Un antidote peut être
    nécessaire.

    Dans tous les cas de saturnisme

    Toujours identifier la source de l'intoxication et s'assurer qu'il n'y
    a aucun risque de réexposition.

                                                                       
    Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)

    En plus des effets décrits précédemment, le plomb peut provoquer un
    oedème cérébral, une anémie et une neuropathie périphérique. Les
    effets qui engagent le pronostic vital sont dus à une encéphalopathie
    aiguë.

                                                                       

                                                                       
    L'encéphalopathie aiguë doit être traitée rapidement.  Instituer le
    cas échéant un traitemnet de soutien:

    *    un apport liquidien pour maintenir un bon débit urinaire, mais en
         prenant garde à éviter toute surcharge;
    *    surveiller la fonction rénale;
    *    en cas de crises convulsives répétées, faire une injection
         intraveineuse de diazépam.

    Dose:     Adultes: 10 à 20 mg, à raison de 0,5 ml (2,5 mg) toutes les
              30 secondes, à renouveler le cas échéant au bout de 30 à 60
              minutes; on peut poursuivre avec une perfusion intraveineuse
              jusqu'à maximum de 3 mg/kg de poids corporel en 24 heures.

              Enfants: 200 à 300 µg/kg de poids corporel.

    Il existe plusieurs antidotes qui peuvent être utiles: le dimercaprol,
    l'édétate de sodium et de calcium, la pénicillamine, le succimer
    (DMSA, acide 2,3-dimercaptosuccinique) et le DMPS (sulfonate de
    dimercaptopropane). La décision d'avoir recours à un antidote, le
    choix de celui-ci et la dose à administrer dépendront des signes et
    symptômes présentés et de la concentration de plomb dans l'organisme.
    Discuter avec un centre antipoisons de l'antidote à employer et de la
    dose à administrer.

    Si le patient a avalé un objet en plomb ou des fragments de peinture
    au plomb vérifier à l'aide d'une radiographie s'ils sont toujours dans
    le tube digestif. Donner du sulfate de magnésium pour accélérer le
    transit intestinal. Les plombs de chasse doivent être, dans la mesure
    du possible, retirés.
                                                                       

    Pulvérisateurs d'aérosols

    Substances chimiques traitées dans cette section

    Les pulvérisateurs d'aérosols, appelés bombes sous pression, sont des
    boîtes métalliques contenant des substances chimiques sous pression
    qui forment un nuage de fines gouttelettes lorsqu'elles sont libérées
    dans l'atmosphère. Cette section traite des produits utilisés comme
    propulseurs servant à libérer la substance active. On utilise pour
    cela du butane, du propane ou des chlorofluorocarbures.

    Utilisations

    Il existe de nombreux produits ménagers, dont les produits pour
    nettoyer les vitres, produits pour entretien du bois, désodorisants
    d'ambiance, produits pour nettoyer les fours, fixateurs pour cheveux,
    désodorisants et insecticides qui sont vendus en bombes. L'abus
    d'aérosols est fréquent dans de nombreux pays: la pulvérisation est
    inhalée profondément et provoque une sensation d'euphorie.

    Mode d'action

    Le butane, le propane et les chlorofluorocarbures agissent rapidement
    sur le coeur s'ils sont inhalés profondément, ce qui est le cas en cas
    d'abus (la substance active de l'aérosol peut également être nocive si
    elle est irritante, corrosive ou toxique).

    Toxicité

    L'abus d'aérosols peut entraîner une mort subite due à l'action des
    gaz propulseurs sur le coeur. C'est un abus qui peut engendrer une
    dépendance. Les personnes exposées à des aérosols du fait d'une
    utilisation courante, ou de façon accidentelle, ont très peu de chance
    d'être incommodées. Les effets des substances actives, qui peuvent
    être corrosives ou toxiques, sont analysés dans une autre section du
    manuel.

    Signes et symptômes

    *    S'ils sont inhalés profondément, à savoir en cas d'abus:

         --   toux et suffocation,
         --   excitation,
         --   hallucinations,
         --   perte de conscience brutale.

    La victime peut mourir soudainement ou se rétablir très rapidement.

    *    En cas d'atteinte oculaire:

         --   yeux qui piquent et qui larmoient,
         --   paupières rouges.

    Ce qu'il faut faire

    Donner les premiers soins. Si la victime est inconsciente ou
    somnolente, l'allonger sur le côté dans la position de sécurité.
    Vérifier sa respiration toutes les 10 minutes et la garder au chaud et
    au calme.

         Atteinte oculaire

         Rincer les yeux à l'eau pendant au moins 15 à 20 minutes.

    Si elle présente des signes ou des symptômes, l'emmener à l'hôpital.
    Il convient de garder tous ces malades allongés et au calme pendant au
    moins 4 heures.

    Savon et détergents

    Substances chimiques traitées dans cette section

    Le savon est un produit naturel fabriqué à partir de graisses ou
    d'huiles végétales ou animales. Les détergents sont des produits
    synthétiques. Ils sont plus efficaces pour le nettoyage que le savon
    et ne moussent pas dans les eaux calcaires. Il y en a trois groupes:
    les non ioniques, les anioniques et les cationiques. Il est important
    de pouvoir distinguer les détergents cationiques des autres, car ils
    sont plus dangereux.

    Les détergents cationiques les plus courants sont le benzalkonium, le
    cétrimide, le cétylpyridinium et le déqualinium. On les appelle
    parfois composés d'ammonium quaternaire.

    Les détergents contiennent en général également d'autres produits
    chimiques comme des phosphates, des carbonates et des silicates pour
    améliorer leur pouvoir nettoyant, des lessives, des parfums, des
    produits antibactériens et des détachants.

    Utilisations

    Les détergents anioniques sont employés dans la plupart des produits
    ménagers utilisés pour laver la vaisselle, les vêtements, les cheveux,
    etc. Les détergents non ioniques sont employés dans les produits de
    blanchissage peu moussants.

    On utilise les détergents cationiques comme antiseptiques et comme
    désinfectants à domicile, dans les industries alimentaires et
    laitières, dans les centres de santé et les hôpitaux.

    Le savon est généralement vendu sous forme de savonnettes ou de pains,
    sous forme liquide ou en flocons pour la toilette ou le lavage du
    linge.

    Mode d'action

    La plupart des produits ménagers qui contiennent des détergents
    anioniques ou non ioniques sont assez peu irritants. Les détergents
    utilisés dans les lavevaisselle sont corrosifs, tout comme de nombreux
    produits utilisés à l'hôpital, dans l'agriculture ou dans l'industrie.
    Les détergents cationiques peuvent brûler l'intérieur de la bouche et
    la gorge et sont également toxiques s'ils sont ingérés, car ils
    agissent sur les muscles.

    Certains shampoings antipoux contiennent des insecticides. Si le
    shampoing n'est pas bien utilisé, il peut y avoir intoxication par
    l'insecticide.

    Toxicité

    Les détergents ménagers ne sont en général pas nocifs s'ils sont
    ingérés en petites quantités, sauf en ce qui concerne les détergents
    pour lave-vaisselle qui peuvent provoquer des brûlures. Les détergents
    cationiques peuvent provoquer des intoxications graves pouvant
    entraîner le décès.

    Signes et symptômes

    *    En cas d'ingestion

         Savon, détergents non ioniques et anioniques

         --   douleur buccale,
         --   lèvres et langue enflées si un morceau de savon a été sucé,
         --   vomissements et diarrhée.

         Détergents cationiques:

         --   brûlures de la bouche, de la gorge et de l'oesophage,
         --   vomissements et diarrhée,
         --   faiblesse musculaire,
         --   la victime n'arrive pas à respirer,
         --   perte de connaissance,
         --   convulsions,
         --   hypotension artérielle,
         --   oedème pulmonaire.

    *    Atteinte cutanée

         Un contact répété peut rendre la peau sèche et gercée.

    *    Atteinte oculaire

         Les détergents cationiques peuvent provoquer des brûlures graves.

    Ce qu'il faut faire

    Donner les premiers soins. En cas d'arrêt respiratoire, dégager les
    voies aériennes et faire un bouche-à-bouche. Si la victime est
    inconsciente ou somnolente, l'allonger sur le côté dans la position de
    sécurité. Vérifier sa respiration toutes les 10 minutes et la garder
    au chaud.

    En cas de convulsions, traiter comme indiqué au Chapitre 5.

    Emmener immédiatement la victime à l'hôpital dans les cas suivants:

    *    La victime a avalé un produit contenant un détergent cationique.
    *    La victime vomit depuis longtemps ou présente d'autres signes ou
         symptômes d'intoxication.
    *    La victime présente des brûlures à l'intérieur de la bouche.

    Si la victime n'a pas besoin d'aller à l'hôpital, lui donner du lait à
    boire.

         Atteinte oculaire

         Brosser ou tamponner doucement le liquide ou la poudre présente
         sur le visage, puis rincer les yeux à l'eau pendant au moins 15 à
         20 minutes. Vérifier qu'il ne reste pas de particules solides de
         produit chimique sur les cils et les sourcils, ni dans les plis
         cutanés entourant les yeux. Emmener la victime à l'hôpital si la
         douleur ou l'irritation ne cesse pas.

         Atteinte cutanée

         Retirer tous les vêtements, chaussures, chaussettes et bijoux
         contaminés. Laver soigneusement à l'eau froide l'endroit touché,
         si possible à l'eau courante. 

    Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital 

     En cas d'ingestion: si la victime est consciente, lui donner une
    tasse d'eau à boire. Ne pas essayer de la faire vomir, car les
    vomissures pourraient lui brûler la gorge. 

    S'il y a des signes d'oedème pulmonaire, traiter comme indiqué au
    Chapitre 9.

                                                                       
    Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)

    Surveiller la respiration, le pouls, la tension artérielle,
    l'équilibre hydroélectrolytique. Instituer, le cas échéant, un
    traitement de soutien, notamment une oxygénothérapie et une
    ventilation mécanique. En cas de crises convulsives répétées, faire
    une injection intraveineuse de diazépam. 

    Dose:     Adultes: 10 à 20 mg, à raison de 0,5 ml (2,5 mg) toutes les
              30 secondes, à renouveler le cas échéant au bout de 30 à 60
              minutes; on peut poursuivre avec une perfusion intraveineuse
              jusqu'à un maximum de 3 mg/kg de poids corporel en 24
              heures. 

              Enfants: 200 à 300 µg/kg de poids corporel. 
                                                                       

    Substances caustiques et corrosives 

    Substances chimiques traitées dans cette section 

    De nombreux produits chimiques irritent, brûlent ou endommagent la
    peau et les autres tissus vivants. Il s'agit des acides minéraux et
    organiques, des bases et des agents oxydants.

    Exemples d'acides:

    Acide acétique                     Acide nitrique
    Acide aminosulfonique              Acide oxalique
       (acide sulfamique) 
    Acide chlorhydrique                Acide phosphorique
    Acide fluorhydrique                Acide sulfurique
    Acide formique

    Exemples de bases:

    Ammoniaque                         Hydroxyde de sodium
    Carbonate de potassium             (soude caustique, lessive de soude)
    Carbonate de sodium                Oxyde de calcium
    Hydroxyde de calcium               Phosphate de sodium
    Hydroxyde de potassium             Polyphosphate de potassium
    (potasse caustique)                Polyphosphate de sodium

     Agents oxydants. Ce sont des substances chimiques qui libèrent de
    l'oxygène. L'oxygène peut tuer les bactéries, décolorer des substances
    colorées et endommager les tissus vivants. Parmi les agents oxydants
    couramment employés, on peut citer l'hypochlorite de calcium, l'eau
    oxygénée, l'hypochlorite de sodium, le troclosène sodique
    (dichloroïsocyanurate de sodium) et le perborate de sodium.

     Gaz corrosifs: Chlore, chloramine, chlorure d'hydrogène et dioxyde
    de soufre.

    Utilisations

    De nombreux produits à usage domestique ou professionnel contiennent
    des acides ou des bases.

    *    Lessives

         --   Eau de javel, pour le nettoyage des cuisines, des salles de
              bains et des toilettes: contient généralement de
              l'hypochlorite de sodium.
         --   La poudre à récurer à usage domestique contient en général
              du troclosène sodique, un détergent et une faible quantité
              d'acide.
         --   Lessive pour le linge: contient en général de l'hypochlorite
              de sodium, du perborate de sodium ou du troclosène sodique.
         --   Désinfectant pour piscines; contient en général de
              l'hypochlorite de sodium.

         La concentration en hypochlorite de sodium dans les lessives est
         en général la suivante:

         --   eau de javel < 5%
         --   eau de javel concentrée 10 à 12%
         --   lessive industrielle 15 à 20%.

    *    Les batteries de voitures contiennent en général de l'acide
         sulfurique.

    *    Les produits pour le nettoyage des prothèses dentaires sont des
         poudres ou des comprimés qui contiennent du perborate de sodium.
         Ils forment une solution corrosive dans l'eau, la cavité buccale,
         ou le tube digestif.

    *    Les détartrants employés pour éliminer le tartre des bouilloires,
         baignoires ou conduites d'eau, sont acides. Les produits liquides
         contiennent en général de l'acide formique ou de l'acide
         phosphorique, les poudres de l'acide aminosulfonique.

    *    Les produits pour nettoyer les canalisations sanitaires sont
         alcalins: ils contiennent en général de l'hydroxyde de sodium ou
         de l'hydroxyde de potassium. Ils se présentent sous forme de
         cristaux solides ou de liquides.

    *    Produits pour nettoyer les sols: certains sont alcalins. Les
         produits pour sols en béton peuvent contenir du carbonate de
         sodium; les dissolvants et les décapants de l'hydroxyde de
         sodium.

    *    Produits ménagers à usage général: certains sont basiques et
         contiennent du carbonate de sodium ou de l'hydroxyde d'ammonium.

    *    Produits pour vitres: peuvent être alcalins et contenir de
         l'hydroxyde de sodium.

    *    Produits dégraissants: peuvent être alcalins et contenir de
         l'hydroxyde de sodium (mais d'autres contiennent du tétrachlorure
         de carbone ou du trichloréthylène, voir p. 222 et 163).

    *    Lessives pour le linge: beaucoup contiennent des bases comme le
         carbonate de sodium, le phosphate de sodium et le polyphosphate
         de sodium.

    *    Liquides pour nettoyer les toilettes, éliminer les taches et les
         dépôts calcaires: contiennent en général de l'acide
         chlorhydrique, de l'acide sulfurique, de l'acide oxalique, ou du
         carbonate de sodium. Ils peuvent être acides ou basiques.

    *    La poudre à récurer les toilettes est en général acide et
         contient du troclosène sodique, un détergent et une faible
         quantité d'acide, ou du bisulfate de sodium.

    *    Produits pour nettoyer les fours: sont alcalins et contiennent en
         général de l'hydroxyde de sodium ou de l'hydroxyde de potassium.

    *    Produits antirouille, servant à éliminer la rouille sur les
         métaux ou les tissus; ils sont acides; certains contiennent de
         l'acide phosphorique ou de l'acide fluorhydrique.

    *    Produits stérilisants utilisés pour le matériel servant à la
         fabrication du vin, pour l'eau de boisson ou pour les biberons:
         contiennent de l'hypochlorite de sodium ou du troclosène sodique.

    *    Comprimés servant à la mise en évidence de sucre dans les urines:
         utilisés par les diabétiques, ils contiennent de l'hydroxyde de
         sodium et de l'acide.

    Modes d'action

    Ces produits sont irritants ou corrosifs. Ils provoquent des
    inflammations, brûlent ou détruisent la peau et les autres tissus. Les
    vapeurs acides ou les gaz irritants, comme l'ammoniac, le chlore, la
    chloramine, le chlorure d'hydrogène et le dioxyde de soufre, irritent
    les poumons et provoquent un oedème pulmonaire. S'il est ingéré, un
    acide peut également bouleverser l'équilibre chimique de l'organisme
    et engendrer des signes d'intoxication générale. L'acide oxalique
    provoque également des lésions rénales.

    Les comprimés servant à détecter la présence de sucre dans les urines
    provoquent non seulement des brûlures chimiques, mais aussi des
    brûlures thermiques, car ils dégagent de la chaleur lorsqu'ils se
    dissolvent dans les liquides organiques.

    Toxicité

    Les lésions provoquées par les substances caustiques et corrosives
    vont de l'irritation légère à la brûlure grave. La gravité de la
    lésion dépend de:

         --   la quantité ingérée ou en contact avec la peau. Une grande
              quantité de liquide provoquera des lésions plus étendues. En
              cas d'ingestion, elle sera davantage susceptible de faire
              vomir la victime.
         --   la durée pendant laquelle le produit chimique est en contact
              avec les tissus. Les brûlures provoquées par des solides,
              comme les comprimés servant au nettoyage des prothèses
              dentaires, les comprimés de stérilisation ou les cristaux
              d'hydroxyde de sodium, sont en général plus graves que
              celles provoquées par des liquides, car les solides sont en
              contact avec la muqueuse buccale et oesophagienne pendant
              plus longtemps que les liquides. Les lésions les plus graves
              se produisent lorsque les comprimés corrosifs se collent
              dans l'oesophage ou l'estomac. 
         --   la concentration de la substance chimique.

    S'ils sont ingérés, les produits fortement corrosifs ou caustiques
    peuvent provoquer des brûlures graves de la cavité buccale, de la
    gorge, de l'oesophage et du tube digestif. Par la suite, des
    cicatrices peuvent obstruer l'oesophage, empêchant la victime d'avaler
    des aliments solides.

    Les brûlures dues à des bases sont en général plus graves que les
    brûlures dues à des acides car les bases dissolvent les tissus et
    pénètrent profondément sous la surface cutanée ou la muqueuse
    digestive. Elles continuent à provoquer des lésions, même après avoir
    été éliminées de la surface du tissu.

    Les lésions provoquées par les acides ont des caractéristiques
    différentes de celles provoquées par des bases. Les acides ont
    tendance à provoquer des lésions plus graves au niveau de l'estomac
    que dans la gorge et dans l'oesophage.  Même lorsque l'estomac est
    très endommagé, il peut n'y avoir que des lésions légères au niveau de
    la gorge et de l'oesophage. En revanche, les bases provoquent en
    général des lésions plus graves dans l'oesophage que dans la bouche,
    la gorge et l'estomac. La partie inférieure de l'oesophage peut être
    gravement endommagée, même s'il n'y a aucune brûlure dans la bouche ni
    dans la gorge.

    L'acide fluorhydrique est différent des autres acides car il pénètre
    profondément sous la peau provoquant des lésions graves au niveau des
    tissus internes et des os. C'est le fluorure présent dans l'acide qui
    le rend si dangereux.

    Les acides ne provoquent des intoxications générales que s'ils sont
    ingérés en grande quantité.

    Risques particuliers

    Les produits ménagers corrosifs ou caustiques constituent un danger
    pour les jeunes enfants s'ils ne sont pas rangés en lieu sûr et sous
    clé. Il est particulièrement dangereux de les conserver dans des
    bouteilles ayant précédemment contenu des boissons.

    Les comprimés servant à nettoyer les prothèses dentaires ou à tester
    les urines peuvent être pris pour des bonbons ou des comprimés pour la
    digestion par les personnes âgées qui ne voient pas bien.

    On peut boire par erreur un détartrant mis dans une bouilloire. S'il
    est dilué dans de l'eau, il est peu probable qu'il provoque des
    brûlures graves.

    Il est dangereux de mélanger des produits ménagers, des produits pour
    nettoyer les toilettes et des lessives, ce que font parfois certaines
    personnes. Si l'on mélange de l'eau de javel à un produit acide pour
    nettoyer les toilettes ou à un détartrant, il se dégage du chlore.
    L'eau de javel mélangée à de l'ammoniaque dégage de la chloramine. Le
    chlore et la chloramine sont des gaz acides.

    Signes et symptômes

    *    En cas d'ingestion:

         --   sensation immédiate de brûlure dans la bouche et la gorge,
         --   ulcérations buccales; la langue et la muqueuse buccale
              changent de couleur (deviennent grises avec l'acide
              chlorhydrique, jaunes avec l'acide nitrique, blanches ou
              noires avec l'acide sulfurique),
         --   sécrétion salivaire,
         --   douleur à la déglutition, la victime ne veut rien boire,
         --   soif intense,
         --   gorge enflée qui peut obstruer les voies aériennes et
              entraîner chez la victime une respiration sifflante,
         --   douleur thoracique et abdominale,
         --   nausées, haut-le-coeur et vomissements, avec présence de
              sang dans les vomissures,
         --   diarrhée pouvant être teintée de sang,
         --   signes de choc: pouls rapide et faible, peau moite et froide
              et hypotension artérielle,
         --   les acides ou les bases peuvent provoquer des perforations
              de la gorge, de l'oesophage ou de l'estomac; en cas de
              perforation stomacale, la victime aura de la fièvre, une
              douleur sous-costale en ceinture, une douleur abdominale
              sévère et un ventre dur,
         --   perte de connaissance.

    *    En cas d'inhalation de vapeurs ou de gaz:

         --   larmoiement et éternuements,
         --   toux et suffocation,
         --   oppression thoracique ou douleur thoracique,
         --   respiration sifflante ou difficultés respiratoires,
         --   respiration rapide,
         --   maux de tête,
         --   coloration bleue du visage, des lèvres et du dessous des
              paupières,
         --   vertiges,
         --   présence de liquide dans les poumons (oedème pulmonaire), en
              général au bout de plusieurs heures.

    *    Atteinte oculaire:

         --   sensation de piqûre ou de brûlure,
         --   larmoiement,
         --   paupières rouges et enflées,
         --   la victime ne veut pas ouvrir les yeux,
         --   douleur sévère et brûlures au niveau des paupières et
              ulcérations oculaires,
         --   troubles de la vision, perte de la vue
         --   cécité permanente.

    Les brûlures dues à des substances alcalines sont en général plus
    graves que celles dues à des acides.

    *    Atteinte cutanée:

         --   sensation de brûlure (avec l'acide fluorhydrique, il peut
              n'y avoir aucune douleur au début),
         --   la peau rougit et enfle,
         --   brûlures sévères accompagnées de lésions cutanées
              importantes,
         --   les bases provoquent des ulcérations et rendent la peau
              glissante et savonneuse,
         --   choc dû à la douleur: pouls faible et rapide, peau moite et
              froide, hypotension artérielle,
         --   perte de connaissance.

    Les brûlures dues à des substances alcalines sont en général plus
    sévères que celles dues à des acides. Avec l'acide fluorhydrique, des
    lésions sévères peuvent apparaître par la suite, même s'il n'y a aucun
    signe de lésion au début.

    Ce qu'il faut faire

    Eloigner la victime des gaz, vapeurs ou liquides répandus. Prendre
    garde à ne pas se contaminer soi-même (peau, vêtements, inhalation de
    vapeurs). Porter un masque respiratoire et des vêtements protecteurs
    le cas échéant.

    Donner les premiers soins. En cas d'arrêt respiratoire, dégager les
    voies aériennes, nettoyer les lèvres de la victime et faire un
    bouche-à-bouche. Si la bouche est gravement brûlée, faire un bouche-à-
    nez. En cas d'arrêt cardiaque, pratiquer un massage cardiaque.

    Si la victime est inconsciente ou somnolente, l'allonger dans la
    position latérale de sécurité. Vérifier sa respiration toutes les 10
    minutes, et la garder au chaud et au calme.

         Atteinte oculaire

         Tamponner très doucement le visage avec un linge ou du papier
         pour absorber la substance chimique. Brosser doucement ou
         tamponner toute substance liquide ou en poudre. Rincer les yeux à
         l'eau pendant au moins 15 à 20 minutes. Vérifier qu'il ne reste
         aucune particule solide de substance chimique sur les cils et les
         sourcils, ni dans les plis cutanés entourant les yeux.

         Atteinte cutanée

         Retirer immédiatement les vêtements, chaussures, chaussettes et
         bijoux contaminés. Prendre garde à ne pas se contaminer soi-même
         (peau, vêtements, inhalation de vapeurs). Tamponner très
         doucement la peau avec un linge ou du papier pour aspirer le
         produit. Laver ensuite soigneusement l'endroit touché à l'eau et

         au savon, si possible à l'eau courante. Si la surface touchée est
         importante, doucher la personne à l'eau froide ou tiède ou
         l'asperger au tuyau d'arrosage, mais en lui protégeant les yeux.
         Rincer pendant au moins 15 minutes.

          Bases: laver jusqu'à ce que la peau ne soit plus savonneuse ni
         glissante. Cela peut prendre plus d'une heure.

          Acide fluorhydrique: dans tous les cas, rincer immédiatement à
         grande eau, puis mettre du gel au gluconate de calcium sur la
         surface touchée et masser jusqu'à ce que la douleur disparaisse.
         Cela prend au moins 15 minutes. Recouvrir d'un pansement trempé
         dans le gel et bander sans serrer. Si l'on ne dispose pas de gel
         au gluconate de calcium, imbiber la surface touchée d'une
         solution de sulfate de magnésium (sels d'Epsom) ou d'un sel de
         calcium. Utilisés immédiatement, ces sels peuvent éviter les
         brûlures profondes mais, une fois que l'acide à pénétré sous la
         peau, ils sont moins efficaces.

         En cas d'ingestion

         Si l'ingestion remonte à moins de 10 minutes, donner
         immédiatement à boire quatre tasses d'eau. Si l'ingestion est
         plus ancienne, ne rien donner à boire. L'eau n'améliorera pas les
         choses. Si la victime est consciente, lui dire de se rincer la
         bouche à l'eau froide et de la recracher.

         Ne pas la faire vomir. Les vomissures pourraient lui brûler la
         gorge en remontant.

          Acide fluorhydrique. Si la victime est lucide et capable de
         déglutir, lui donner immédiatement à boire du lait, ou un
         médicament contenant du calcium ou du magnésium: sulfate de
         magnésium, hydroxyde de magnésium ou carbonate de calcium.

    Emmener la victime à l'hôpital aussi vite que possible.

    Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital

     En cas d'ingestion: si la victime est consciente et ne présente
    aucun signe de brûlure dans la bouche, ni de salivation excessive
    indiquant qu'elle n'est pas en mesure de déglutir, lui donner une ou
    deux tasses d'eau ou de lait. Prendre garde à ne pas la faire vomir et
    arrêter si elle se sent nauséeuse.

    Ne pas essayer de neutraliser la substance chimique avec un autre
    produit.

    Ne pas donner de boisson gazeuse.

    Ne rien lui donner à boire si elle est inconsciente, ou si elle
    présente des brûlures dans la bouche.

    Ne rien lui donner à manger tant qu'un médecin n'a pas vérifié qu'il
    n'y a aucune lésion dans la gorge.

    Si la victime présente des signes d'oedème pulmonaire, traiter comme
    indiqué au Chapitre 9.

                                                                       
    Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)

    Instituer, le cas échéant, un traitement de soutien, notamment une
    oxygénothérapie et une ventilation mécanique, et de la morphine en cas
    de douleur sévères.

    Il est difficile de juger de la gravité des lésions au niveau de
    l'oesophage ou du tube digestif d'après les signes et symptômes. Pour
    se rendre compte de leur gravité, faire une endoscopie si l'ingestion
    remonte à moins de 48 heures et si la victime présente l'un quelconque
    des signes suivants.

         -- brûlures à l'intérieur de la bouche,
         -- signes ou symptômes,
         -- obstruction des voies aériennes supérieures.

    Si des acides ou des bases perforent les parois de l'intestin ou de
    l'oesophage, il est probable que la victime décédera.

    S'ils sont donnés dans les 48 heures, les stéroïdes (par exemple, la
    prednisolone) peuvent diminuer les risques de sténose. Ne pas les
    administrer s'il y a un risque élevé de perforation ou des antécédents
    d'ulcère gastro-duodénal, ou d'infection évolutive.

    Acide fluorhydrique

    L'intoxication générale peut entraîner une hypocalcémie ou une
    hyperkaliémie.

    En cas de contact cutané avec de l'acide fluorhydrique, injecter en
    sous-cutané une solution de gluconate de calcium à 10% au niveau de la
    partie lésée, en ne dépassant pas 0,5 ml par doigt, ou 1 ml par cm 2
    de peau aux autres endroits.
                                                                       

    Tabac

    Produits traités dans cette section

    On traitera ici des cigarettes, cigares, tabac pour pipes et à chiquer
    fabriqués à partir du tabac cultivé  (Nicotiana tabacum). Dans
    certaines sociétés, il arrive qu'on fume ou qu'on mâche d'autres
    feuilles avec le tabac et qu'on ajoute d'autres plantes au tabac pour
    parfumer les cigarettes. Le tabac contient de la nicotine.

    Mode d'action

    La nicotine agit sur le cerveau et le système nerveux.

    Toxicité

    La nicotine est très toxique. Il est rare que l'ingestion de
    cigarettes provoque une intoxication grave, même si deux cigarettes de
    tabac cultivé contiennent suffisamment de nicotine pour provoquer une
    intoxication grave chez le jeune enfant. Il suffit d'un mégot pour
    provoquer une intoxication.

    Risques particuliers

    Les produits comme les cigarettes, les mégots et les paquets de tabac,
    sont souvent laissés à la portée des enfants.

    Signes et symptômes

    *    En cas d'ingestion:

         --   vomissements,
         --   agitation,
         --   diarrhée,
         --   salivation, transpiration et pâleur,
         --   faiblesse,
         --   les pupilles peuvent être dilatées ou rétrécies,
         --   le pouls est au début rapide, puis devient lent ou
              irrégulier,
         --   courte période d'inconscience,
         --   mouvements réflexes des membres,
         --   convulsions.

    Ce qu'il faut faire

    Donner les premiers soins. Si la victime est inconsciente ou
    somnolente, l'allonger sur le côté dans la position de sécurité.
    Vérifier sa respiration toutes les 10 minutes et la garder au chaud et
    au calme.

    En cas de convulsions, traiter comme indiqué au Chapitre 5.

    Si la victime est tout à fait consciente, respire normalement et ne
    vomit pas, lui donner à boire du charbon activé dans de l'eau. Ne pas
    la faire vomir.

    Emmener chez un médecin et garder en observation pendant plusieurs
    heures un enfant qui aurait avalé plus d'une cigarette, ou une
    quantité analogue de tabac.

    Tétrachlorure de carbone

    Utilisations

    Le tétrachlorure de carbone est principalement utilisé dans
    l'industrie pour fabriquer d'autres produits chimiques. On l'a utilisé
    dans les extincteurs,  comme détachant (tache de graisse) et produit
    de nettoyage à sec, mais aucun de ces usages n'est recommandé
    aujourd'hui, car il existe pour cela des produits moins toxiques.

    Mode d'action

    Il irrite la peau, les yeux et les poumons. Ingéré, inhalé ou répandu
    sur la peau, il est toxique et agit sur le cerveau, le foie et les
    reins. Lorsqu'il brûle, il dégage du phosgène, également toxique.

    Toxicité

    Il est très toxique et peut entraîner le décès. L'intoxication est
    plus grave chez les fumeurs.

    Signes et symptômes

    *    En cas d'ingestion:

         --   nausées, vomissements et diarrhée,
         --   sensation de brûlure dans la bouche, la gorge et le ventre,
         --   vertiges et confusion,
         --   somnolence et perte de conscience,
         --   convulsions,
         --   hypotension artérielle,
         --   battements de coeur lents ou irréguliers, avec risque de
              mort subite.

    Au bout de 2-14 jours:

         --   signes de lésion hépatique,
         --   lésion rénale la victime n'urine plus.

    *    En cas d'inhalation:

         --   toux, éternuements et léger essoufflement,
         --   mêmes effets qu'en cas d'ingestion,
         --   signes d'oedème pulmonaire au bout de 2 à 3 jours.

    *    Atteinte cutanée:

         --   rougeur et irritation,
         --   cloques en cas de contact cutané prolongé,
         --   mêmes effets qu'en cas d'ingestion.

    *    Atteinte oculaire:

         --   yeux rouges et irritation sévère.

    Ce qu'il faut faire

    Eloigner la victime de la source de substance toxique. Se protéger en
    portant des vêtements protecteurs et un masque respiratoire.

    Donner les premiers soins. Si la victime ne respire plus, lui nettoyer
    les lèvres et lui faire un bouche-à-bouche ou un bouche-à-nez. En cas
    d'arrêt cardiaque, pratiquer un massage cardiaque. Si la victime est
    inconsciente ou somnolente, l'allonger sur le côté dans la position de
    sécurité. Vérifier sa respiration toutes les 10 minutes et la garder
    au chaud.

    En cas de convulsions, traiter comme indiqué au Chapitre 5.

         Atteinte oculaire

         Rincer les yeux à l'eau pendant au moins 15 à 20 minutes.

         Atteinte cutanée

         Retirer immédiatement tous les vêtements, chaussures, chaussettes
         et bijoux contaminés. Prendre garde à ne pas se contaminer soi-
         même (peau, vêtements). Laver soigneusement à l'eau froide et au
         savon l'endroit contaminé, si possible à l'eau courante. Rincer
         pendant au moins 15 minutes.

    Emmener la victime à l'hôpital aussi vite que possible.

    Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital

     En cas d'ingestion: Si celle-ci remonte à moins de 4 heures et si la
    victime est tout à fait consciente, respire normalement, n'a pas eu de
    convulsions, la faire vomir. Ne pas donner de lait à boire, ni à
    manger ou à boire quoi que ce soit contenant de l'huile, des graisses
    ou de l'alcool.

    Si la victime présente des signes d'oedème pulmonaire, traiter comme
    indiqué au Chapitre 9. En présence de signes de lésion hépatique,
    traiter comme indiqué au Chapitre 9. Si la victime n'urine plus,
    traiter comme indiqué au Chapitre 9.

                                                                       
    Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)

    Surveiller la respiration, le pouls et la tension artérielle.
    Instituer le cas échéant un traitement de soutien:
    *    En cas d'hypotension, administer des liquides par voie
         intraveineuse.
    *    En cas de crises convulsives répétées, faire une injection
         intraveineuse de diazépam.

    Dose:     Adultes: 10 à 20 mg, à raison de 0,5 ml (2,5 mg) toutes les
              30 secondes, à renouveler le cas échéant au bout de 30 à 60
              minutes; on peut poursuivre avec une perfusion intraveineuse
              jusqu'à un maximum de 3 mg/kg de poids corporel en 24
              heures.

              Enfants: 200 à 300 µg/kg de poids corporel.

    Ne pas donner d'adrénaline.

    Antidote: Si l'exposition remonte à moins de 24 heures et si l'on
    dispose d'acétylcystéine, en administrer par voie intraveineuse. La
    dose est la même que pour l'intoxication par le paracétamol; voir p.
    276.

    Le tétrachlorure de carbone est opaque aux rayons-X et doit être
    visible sur une radiographie abdominale s'il a été ingéré récemment.
    Une hémodialyse ou une hémoperfusion s'avérera peut-être nécessaire
    chez les victimes qui présentent une insuffisance hépatique ou rénale.
                                                                       

    Produits habituellement peu dangereux

    Les produits qui suivent ne devraient pas avoir d'effets nocifs:

    *    Encre: les stylos-bille, stylos-feutres et stylos à encre
         contiennent si peu d'encre que même si cette dernière est ingérée
         il ne peut y avoir intoxication. Certaines encres peuvent
         provoquer des douleurs buccales. Ingérée en grandes quantités,
         l'encre en bouteille peut provoquer des irritations, mais on n'a
         jamais signalé d'intoxication grave.

    *    Crayons à papier et crayons de cire: le crayon «au plomb» n'a pas
         une mine en plomb, mais en graphite, qui est inoffensif.

    *    Les cristaux de gel de silice utilisés pour garder les objets au
         sec en absorbant l'humidité ambiante.

    *    Les thermomètres: si l'extrémité d'un thermomètre est cassée et
         que le contenu est ingéré, la faible quantité de liquide ne
         causera pas d'intoxication. Le mercure métallique traversera
         l'organisme sans modification. Par contre le verre brisé peut
         provoquer des plaies.

    Ce qu'il faut faire

    Donner une tasse d'eau, il n'y a pas lieu de faire quoi que ce soit
    d'autre.

    Si le sujet a mordu un thermomètre, vérifier qu'il ne reste pas de
    verre brisé dans sa bouche.

    Médicaments

    Acide acétylsalicylique, salicylate de choline, salicylate de méthyle, 
    acide salicylique

    Médicaments traités dans cette section

    On parlera ici de l'acide acétylsalicylique (aspirine), du salicylate
    de choline, du salicylate de méthyle (essence de Wintergreen) et de
    l'acide salicylique. Tous ces médicaments sont connus sous le nom de
    salicylés.

    Utilisations

    L'acide acétylsalicylique est largement employé pour le traitement de
    la douleur, de la fièvre, de la grippe et des inflammations ostéo-
    articulaires et musculaires comme l'arthrite. Il est généralement
    administré par voie orale sous forme de comprimés. Les analgésiques et
    les médicaments contre le rhume peuvent également contenir du
    paracétamol, de la caféine, du méprobamate ou des opiacés. Il ne faut
    pas administrer de l'aspirine aux enfants de moins de 12 ans.

    Le salicylate de choline, en gel ou sous forme liquide, est utilisé
    pour soulager les douleurs de la poussée dentaire chez l'enfant.

    Le salicylate de méthyle sert à faire des liniments et des pommades
    que l'on applique sur la peau pour traiter les douleurs osseuses et
    rhumatismales.

    L'acide salicylique est utilisé dans les poudres, lotions ou pommades
    employées contre les maladies de peau. Il sert aussi à éliminer les
    verrues.

    Mode d'action

    Les salicylés accélèrent la respiration en la rendant plus profonde et
    bouleversent l'équilibre chimique et hydrique de l'organisme, d'où une
    action sur le cerveau et le coeur.

    Toxicité

    Surdosés, les salicylés sont très toxiques. Si l'on dépasse 300 mg/kg
    de poids corporel, il peut y avoir intoxication grave et au-delà de
    500 mg/kg, risque de décès. Il peut y avoir intoxication chronique si
    l'on donne à un enfant ou à une personne âgée des doses légèrement

    supérieures à la normale pendant plus de 24 heures. Les liniments au
    salicylate de méthyle sont très dangereux, car ce sont en général des
    solutions concentrées. Un millilitre d'un tel liniment peut contenir 4
    fois plus de salicylate qu'un comprimé d'aspirine à 300 mg et il est
    arrivé que des enfants meurent après n'en avoir bu qu'une petite
    cuillère. Les pommades, lotions et gels contenant des salicylés
    peuvent provoquer une intoxication s'ils sont ingérés ou appliqués en
    trop grande quantité sur la peau ou les gencives.

    Risques particuliers

    L'aspirine est largement employée et donc beaucoup de gens en ont chez
    eux; c'est une cause courante d'intoxication chez le jeune enfant.
    L'intoxication chronique chez l'enfant est parfois méconnue, car
    lorsque l'on donne de l'aspirine pour traiter un épisode fiévreux, les
    symptômes de l'intoxication (fièvre et transpiration) sont les mêmes
    que ceux de la maladie.

    Signes et symptômes

    Les effets peuvent n'être ressentis qu'au bout de 12 heures ou
    davantage, car les comprimés d'aspirine mettent longtemps à se
    dissoudre dans l'estomac.

    Intoxication légère:

         --   maux de ventre, nausées et vomissements,
         --   vertiges,
         --   tintements d'oreilles et surdité,
         --   respiration rapide.

    Intoxication modérée:

         --   respiration rapide,
         --   confusion et agitation,
         --   fièvre et transpiration,
         --   sécheresse de la langue.

    Intoxication grave:

         --   somnolence ou perte de connaissance,
         --   convulsions,
         --   respiration superficielle rapide,
         --   signes d'oedème pulmonaire,
         --   signes de lésions rénales,
         --   il peut y avoir arrêt cardio-respiratoire.

    Ce qu'il faut faire

    Donner les premiers soins. En cas d'arrêt respiratoire, dégager les
    voies aériennes et faire un bouche-à-bouche. Si la victime est
    inconsciente ou somnolente, l'allonger sur le côté dans la position de
    sécurité. Vérifier sa respiration toutes les 10 minutes.

    En cas de convulsions, traiter comme indiqué au Chapitre 5. En cas de
    fièvre, lui éponger le corps à l'eau froide.

    Emmener la victime à l'hôpital aussi vite que possible.

    Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital

     En cas d'ingestion: si celle-ci remonte à moins de 12 heures et si
    la victime est tout à fait consciente, respire normalement et n'a pas
    eu de convulsions:

    *    La faire vomir, sauf si elle a déjà vomi abondamment.

    *    Lui donner à boire du charbon activé dans de l'eau. Si des
         vomissements ont été provoqués, attendre qu'ils aient cessé.

    Renouveler les doses de charbon activé: pour les adultes, 50 g toutes
    les 2 à 4 heures; pour les enfants, 10 à 15 g toutes les 2 à 4 heures.
    Associer à chaque dose de charbon activé du sulfate de sodium ou de
    magnésium, à raison de 30 g pour les adultes et de 250 mg/kg de poids
    corporel pour les enfants, jusqu'à ce que les selles soient colorées
    en noir.

    En cas de signes d'oedème pulmonaire, traiter comme indiqué au
    Chapitre 9.

                                                                       
    Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)

    L'effet de ces produits sur le centre respiratoire se traduit par une
    alcalose respiratoire (sauf chez l'enfant), une déshydratation et une
    chute de la concentration plasmatique de potassium. On voit également
    apparaître une légère acidose. La glycémie peut être faible ou élevée.
    Les urines, d'abord alcalines, deviennent rapidement acides.

    Surveiller l'équilibre hydroélectrolytique, la glycémie et le pH
    urinaire. Instituer le cas échéant un traitement de soutien:

    *    Corriger tout déséquilibre hydroélectrolytique, en particulier
         pour le potassium; cela peut suffire à traiter une intoxication
         légère.

    *    En cas de crises convulsives répétées, faire une injection
         intraveineuse de diazépam.

    Dose:     Adultes: 10 à 20 mg, à raison de 0,5 ml (2,5 mg) toutes les
              30 secondes, à renouveler le cas échéant au bout de 30 à 60
              minutes; on peut poursuivre avec une perfusion intraveineuse
              jusqu'à un maximum de 3 mg/kg de poids corporel en 24
              heures.

              Enfants: 200 à 300 µg/kg de poids corporel.
                                                                       

                                                                       
    *    L'oedème pulmonaire doit être traité par l'oxygénothérapie et la
         ventilation mécanique.

    Les concentrations plasmatiques de salicylés sont intéressantes pour
    évaluer la gravité de l'intoxication. On les mesurera toutes les deux
    heures tant qu'elles s'élèvent. En général, les sujets qui présentent
    des concentrations plasmatiques de salicylés situées entre 350 et 600
    mg/l (250-450 mg/l chez l'enfant et la personne âgée) six heures après
    un surdosage ne souffrent que d'une intoxication légère; des
    concentrations situées entre 600 et 800 mg/l (450-700 mg/l chez
    l'enfant et la personne âgée) étant le signe d'une intoxication
    modérée et des concentrations supérieures à 800 mg/l (700 mg/l chez
    l'enfant et la personne âgée) celui d'une intoxication grave.

    Pour accélérer l'élimination de l'aspirine, donner à intervalle
    régulier du charbon activé comme indiqué précédemment. On peut mettre
    en oeuvre d'autres moyens pour éliminer les salicylés de l'organisme:
         --   diurèse alcaline forcée (pH 7,5-8,5) au moyen
              d'hydrogénocarbonate de sodium (bicarbonate de sodium),

         --   hémodialyse, plus utile que la diurèse alcaline en cas
              d'intoxication grave (concentration de salicylate supérieure
              à 800 mg/l), car elle améliore l'équilibre
              hydroélectrolytique.
                                                                       

    Amphétamines, atropiniques, antihistaminiques, cocaïne, éphédrine et 
    pseudoéphédrine

    Médicaments traités dans cette section

    Exemples d'amphétamines:

    amfépramone (diéthylpropion)       métamfétamine
    amfétamine                         méthylphénidate
    dexamfétamine                      pémoline
    fenfluramine                       phenmétrazine
                                       phentermine

    Exemples d'atropiniques:

    atropine                           homatropine
    belladonne                         procyclidine
    benzatropine                       scopolamine (hyoscine)
    dicyclovérine (dicyclomine)

    Exemples d'antihistaminiques:

    chlorphénamine                     phéniramine
    cyclizine                          prométhazine
    diménhydrinate                     triprolidine
    diphénhydramine

    Le mot «antihistaminique» indique l'effet des médicaments de ce groupe
    --- c'est-à-dire qu'ils agissent contre l'histamine. L'histamine est
    une substance chimique produite par l'organisme qui engendre les
    effets allergiques tels que les éruptions cutanées, les démangeaisons
    et le rhume des foins, lorsque l'organisme est au contact de certains
    allergènes. Les antihistaminiques stoppent ces effets.

    La cocaïne, l'éphédrine et la pseudoéphédrine n'appartiennent à aucun
    des groupes qui précèdent, mais figurent dans la même section car en
    cas d'intoxication le traitement d'urgence est le même.

    Utilisations normales et détournements d'usage

    Amphétamines

    Les amphétamines sont employées pour traiter certains types de
    troubles mentaux. Certains médecins les utilisent également pour aider
    les personnes qui présentent une surcharge pondérale à maigrir.
    Détournées de leur usage par ceux qui veulent rester vigilants et
    actifs pendant de longues durées, les amphétamines sont également à
    l'origine d'une toxicomanie car elles procurent bien-être et
    «euphorie». Un tel usage, s'il se prolonge, peut entraîner une
    accoutumance.

    Les amphétamines se présentent sous forme de gélules ou de comprimés
    pour voie orale, dont certains sont à libération prolongée, ce qui
    signifie que leurs effets durent plus longtemps. En cas de
    toxicomanie, les amphétamines peuvent être ingérées (comprimés),
    inhalées («sniffées», poudre) ou injectées.

    Atropiniques

    L'atropine, l'homatropine et la l'hyoscine sont appliquées dans les
    yeux sous forme de collyre ou de pommade et servent à l'examen
    oculaire ou au traitement de certaines affections. L'atropine et
    l'hyoscine sont parfois administrées par voie orale ou en injection
    pour traiter les maux d'estomac. On utilise également l'atropine sous
    forme injectable pour traiter les intoxications par des insecticides
    organophosphorés ou par des carbamates. La benzatropine est
    administrée par voie orale ou en injection dans le traitement de la
    maladie de Parkinson. La dicyclovérine est employée contre les ulcères
    d'estomac. La procyclidine (forme orale ou injectable) est indiquée
    contre la maladie de Parkinson. La scopolamine et l'hyoscine
    administrées par voie orale servent à la prévention du mal des
    transports.

    Antihistaminiques

    Ils sont employés dans le traitement des allergies, du mal des
    transports et de la toux. Ils se présentent sous forme de comprimés,
    de gélules et de liquides pour voie orale et de solutions injectables.
    Ils sont également employés dans les pommades contre les piqûres
    d'insectes, les coups de soleil et les éruptions cutanées.

    Cocaïne

    La cocaïne est utilisée comme anesthésique local cutané. Elle est
    fabriquée à partir des feuilles séchées d'Erythroxylon coca ou par
    synthèse chimique. Elle fait l'objet d'une toxicomanie car elle
    procure bien-être et sensation d'euphorie, et donne de l'assurance.
    Les toxicomanes la prennent généralement sous forme de poudre qu'ils
    inhalent («sniffent») ou fument. Elle est parfois injectée. Dans
    certains pays, les gens ont l'habitude de mâcher les feuilles de coca.

    Ephédrine et pseudoéphédrine

    Ce sont des substances utilisées contre la toux, le rhume et l'asthme.
    Elles se présentent sous forme de comprimés et de liquides pour voie
    orale. De nombreux produits contiennent un mélange de pseudoéphédrine
    et d'autres médicaments. Les gouttes nasales à l'éphédrine permettent
    de dégager le nez lorsqu'il est bouché.

    Mode d'action

    Tous ces médicaments stimulent l'activité cérébrale, bien que les
    antihistaminiques aient parfois l'effet inverse et la ralentissent.
    Ils ont également d'autres effets:

    *    Les amphétamines, la cocaïne, l'éphédrine et la pseudoéphédrine
         agissent sur les nerfs qui contrôlent le coeur.

    *    Les antihistaminiques agissent sur les nerfs qui contrôlent le
         coeur, l'intestin et la vessie. Ils provoquent parfois un
         ralentissement cérébral, entraînant somnolence et perte de
         connaissance.

    *    Les atropiniques agissent sur les nerfs qui contrôlent le coeur,
         les yeux, l'intestin et la vessie. Ils provoquent une sécheresse
         cutanée et buccale, de la fièvre, une dilatation des pupilles,
         une accélération des fréquences cardiaque et respiratoire.

    *    La cocaïne agit sur les nerfs qui contrôlent la respiration.

    On peut observer ces effets lorsque l'un quelconque de ces médicaments
    est ingéré ou injecté. On peut également observer des effets généraux
    après application oculaire d'un atropinique et lorsque la muqueuse
    nasale est en contact avec une amphétamine, de la cocaïne et de
    l'éphédrine. En application cutanée, les antihistaminiques
    n'entraînent pas d'effets généraux.

    Toxicité

    Tous ces médicaments peuvent entraîner des affections graves et le
    décès en cas de surdosage ou s'ils sont détournés de leur usage, en
    particulier s'ils sont injectés, fumés ou inhalés. Les doses toxiques
    d'amphétamines et d'éphédrine ne sont que légèrement supérieures aux
    doses thérapeutiques. L'utilisation ou l'abus répété d'amphétamines

    peut entraîner un phénomène d'épuisement d'effet, de sorte qu'une dose
    qui suffit à entraîner une intoxication chez une personne n'ayant
    jamais pris d'amphétamines, n'aura pas les mêmes effets chez une
    personne qui en prend régulièrement. Les enfants sont plus
    susceptibles que les adultes d'être gravement intoxiqués par les
    antihistaminiques, les atropiniques, l'éphédrine et la
    pseudoéphédrine.

    Risques particuliers

    Les gens ont souvent chez eux des médicaments contenant des
    antihistaminiques, contre le rhume et la toux, qu'ils rangent à la
    portée des enfants. Ces médicaments sont en général des liquides
    sucrés ou au goût fruité, qui plaisent aux enfants et qui sont faciles
    à avaler. Les comprimés contre le mal des transports sont souvent pris
    pour des bonbons par les enfants.

    Les trafiquants de drogues qui avalent de grandes quantités de cocaïne
    dans des sacs en plastique pour traverser les frontières peuvent être
    gravement intoxiqués si ces sachets se déchirent dans leur tube
    digestif.

    Signes et symptômes

    Prises par voie buccale, les amphétamines agissent, au bout de 30 à 60
    minutes et leurs effets durent 4 à 6 heures. Prises en grandes
    quantités ou sous forme de préparations à libération prolongée, leurs
    effets peuvent durer beaucoup plus longtemps. Injectées, elles font
    effet en quelques secondes:

         --   agitation et insomnie,
         --   tremblements,
         --   sécheresse buccale,
         --   nausées, vomissements et maux de ventre,
         --   bouffées vasomotrices et sueurs,
         --   dilatation des pupilles,
         --   confusion et panique,
         --   hallucinations,
         --   au début, hypertension artérielle,
         --   respiration rapide et douleurs thoraciques,
         --   pouls irrégulier,
         --   convulsions,
         --   fièvre (température rectale pouvant dépasser 40°C),
         --   perte de connaissance,
         --   hypotension artérielle dans les intoxications graves.

    Antihistaminiques

    Leurs effets habituels sont les suivants:

         --   somnolence,
         --   sécheresse buccale,
         --   maux de tête,

         --   nausées,
         --   pouls rapide,
         --   anurie (impossibilité d'uriner),
         --   somnolence et confusion,
         --   hallucinations,
         --   perte de connaissance,
         --   respiration superficielle.

    Certaines personnes, en particulier les enfants, peuvent présenter des
    symptômes différents:

         --   dilatation des pupilles,
         --   tremblements,
         --   excitation,
         --   forte température et peau brûlante,
         --   convulsions.

    Atropiniques

    Leurs effets sont les suivants:

         --   rougeur et sécheresse cutanées,
         --   dilatation des pupilles,
         --   troubles de la vision,
         --   sécheresse buccale et soif,
         --   confusion et hallucinations,
         --   excitation et agressivité,
         --   pouls rapide,
         --   impossibilité d'uriner,
         --   perte de connaissance,
         --   fièvre,
         --   convulsions.

    Cocaïne

    Elle a les effets suivants:

         --   pouls rapide, irrégulier,
         --   respiration rapide, profonde,
         --   excitation, agitation et anxiété,
         --   hallucinations,
         --   tremblements, contractions musculaires involontaires,
         --   au début, hypertension artérielle, évoluant ensuite vers une
              hypotension,
         --   convulsions,
         --   élévation de la température,
         --   respiration rapide, superficielle, qui peut s'arrêter
              complètement,
         --   perte de connaissance,
         --   paralysie musculaire.

    Lorsqu'elle est injectée, la cocaïne peut tuer le sujet en quelques
    minutes.

    Ephédrine et pseudoéphédrine

    Elles ont les effets suivants:

         --   nausées et vomissements,
         --   maux de tête et irritabilité,
         --   hallucinations,
         --   fièvre,
         --   pouls rapide,
         --   dilatation des pupilles,
         --   troubles de la vision,
         --   hypertension artérielle,
         --   respiration haletante,
         --   spasmes musculaires et convulsions,
         --   perte de connaissance.

    Ce qu'il faut faire

    Donner les premiers soins. En cas d'arrêt respiratoire, dégager les
    voies aériennes et faire un bouche-à-bouche. Si le coeur s'arrête,
    pratiquer un massage cardiaque.

    Si la victime est inconsciente ou somnolente, l'allonger sur le côté
    dans la position de sécurité et vérifier sa respiration toutes les 10
    minutes.

    En cas de convulsions, traiter comme indiqué au Chapitre 5.

    En cas de fièvre, lui éponger le corps à l'eau fraîche.

    Une victime anxieuse, confuse, très agitée ou agressive, ou qui a des
    hallucinations, doit être gardée au calme dans un endroit où la
    lumière est tamisée et où elle ne risque pas de se faire mal. Rester
    soi-même calme et silencieux pour la rassurer.

    L'emmener à l'hôpital aussi vite que possible.

    Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital

    En cas d'ingestion: si celle-ci remonte à moins de 4 heures (6 heures
    pour l'atropine, 12 heures pour les amphétamines à libération
    prolongée) et si la victime est tout à fait consciente, respire
    normalement et n'a pas eu de convulsions:

    *    La faire vomir, sauf si elle a déjà vomi abondamment. Le faire
         même si la victime a pris un médicament contre le mal des
         transports, car en général ceux-ci n'arrêtent pas les
         vomissements provoqués par l'ipéca ou le fait d'enfoncer les
         doigts dans la gorge. Si l'ipéca ne fait pas vomir la victime, ne
         pas donner de seconde dose.

    *    Si la victime est tout à fait consciente, lui donner à boire à
         intervalles réguliers du charbon activé dans de l'eau. Si on a
         provoqué les vomissements, attendre que ces derniers aient cessé.
         Dose: adultes, 50 g toutes les 2 à 4 heures; enfants, 10 à 30 g
         toutes les 2 à 4 heures. Associer à chaque dose de charbon activé
         du sulfate de sodium ou de magnésium, à raison de 30 g pour les
         adultes, et de 250 mg/kg de poids corporel pour les enfants,
         jusqu'à ce que les selles soient colorées en noir.

                                                                       
    Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)

    En plus des effets évoqués précédemment, tous ces médicaments peuvent
    provoquer des troubles du rythme cardiaque en cas de surdosage.

    Surveiller la respiration et la tension artérielle. Instituer le cas
    échéant un traitement de soutien notamment une oxygénothérapie et une
    ventilation mécanique:

    *    En cas d'hypotension artérielle, administrer des liquides par
         voie intraveineuse, mais en surveillant attentivement le débit
         urinaire car il y a un risque d'insuffisance rénale.

    *    En cas de crises convulsives répétées, faire une injection
         intraveineuse de diazépam, mais en sachant que ce dernier risque
         d'agir également au niveau respiratoire.

    Dose:     Adultes: 10 à 20 mg, à raison de 0,5 ml (2,5 mg) toutes les
              30 secondes, à renouveler le cas échéant au bout de 30 à 60
              minutes; on peut poursuivre avec une perfusion intraveineuse
              jusqu'à un maximum de 3 mg/kg de poids corporel en 24
              heures.

              Enfants: 200 à 300 µg/kg de poids corporel.

    Ne pas utiliser de chlorpromazine pour traiter les sujets agités,
    intoxiqués par de l'amphétamine ou de l'atropine.

    Amphétamine et cocaïne

    Si la température rectale dépasse 40°C, recouvrir le sujet d'un drap
    mouillé froid et installer un ventilateur près de lui jusqu'à ce que
    sa température baisse à 39°C. Prendre la température, le pouls et
    surveiller la respiration toutes les 10 à 15 minutes.

    Si le diazépam ne suffit pas à calmer les crises convulsives, il peut
    s'avérer nécessaire de paralyser le sujet (pancuronium), tout en
    assurant une ventilation mécanique. L'hypertension artérielle ne dure
    en général pas très longtemps et le traitement médicamenteux est donc
    inutile.

    Atropine et antihistaminiques

    Il peut être nécessaire de poser une sonde urinaire chez un sujet qui
    n'urine plus. La physostigmine par voie intraveineuse peut être utile
    dans les intoxications qui engagent le pronostic vital, mais elle a
    elle-même des effets secondaires qui peuvent être mortels et il ne
    faut donc l'administrer qu'en milieu hospitalier , le sujet étant sous
    moniteur cardiaque.
                                                                       

    Aminophylline et théophylline

    Utilisations

    Ces médicaments sont employés pour le traitement de l'asthme. Ils se
    présentent sous forme de comprimés, de gélules ou de liquides à
    administrer par voie orale, et de solutions injectables. Dans certains
    pays, on peut trouver l'aminophylline sous forme de suppositoires.
    Certains comprimés sont à «libération prolongée»; cela signifie que
    leurs effets durent longtemps et qu'on peut diminuer le nombre de
    prises quotidiennes, par comparaison avec les comprimés ordinaires.

    Modes d'action

    L'aminophylline et la théophylline bouleversent l'équilibre chimique
    de l'organisme, ce qui a des retentissements au niveau cardiaque et
    peut provoquer des convulsions.

    Toxicité

    L'intoxication peut être provoquée par un surdosage isolé, ou par la
    prise répétée de doses trop importantes d'un médicament prescrit
    pendant plus de 24 heures. Des doses légèrement supérieures aux doses
    thérapeutiques suffisent à provoquer une intoxication. L'intoxication
    grave peut entraîner le décès. Les personnes âgées et les asthmatiques
    sont particulièrement exposés.

    Signes et symptômes

    Si le patient a pris des préparations à libération prolongée, leurs
    effets peuvent être différés de 12 heures:

         --   nausées et vomissements,
         --   pouls rapide,
         --   agitation, maux de tête et insomnies,
         --   hallucinations,
         --   respiration rapide,
         --   perte de connaissance dans certains cas,
         --   présence de sang dans les vomissures,
         --   convulsions, apparaissant parfois brutalement,
         --   hypotension artérielle,
         --   pouls irrégulier.

    Ce qu'il faut faire

    Donner les premiers soins. En cas d'arrêt respiratoire, dégager les
    voies aériennes et faire un bouche-à-bouche. Si le coeur s'arrête,
    pratiquer un massage cardiaque.

    Si la victime est inconsciente ou somnolente, l'allonger sur le côté
    dans la position de sécurité. Vérifier sa respiration toutes les 10
    minutes et la garder au chaud.

    Si la victime est tout à fait consciente et respire normalement, n'a
    pas eu de convulsions et ne vomit pas, lui donner à boire 50 à 100g
    (10 à 15g chez l'enfant) de charbon activé dans de l'eau.

    En cas de convulsions, traiter comme indiqué au Chapitre 5.

    En cas d'hallucinations, garder le sujet au calme dans une pièce où la
    lumière est tamisée et où il ne risque pas de se faire mal. Rester
    soi-même calme et silencieux afin de rassurer la victime.

    L'emmener à l'hôpital aussi vite que possible.

    Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital

    Si la victime est tout à fait consciente, lui donner à intervalle
    régulier du charbon activé dans de l'eau (adultes, 50 g toutes les 2 à
    4 heures; enfants, 10 à 15g toutes les 2 à 4 heures). Associer à
    chaque dose de charbon du sulfate de sodium ou de magnésium, à raison
    de 30 g pour les adultes et de 250 mg/kg de poids corporel pour les
    enfants, jusqu'à ce que les selles soient colorées en noir.

    Garder la victime alitée. Dans la mesure du possible, relever les
    pieds du lit de façon qu'elle ait les pieds plus haut que la tête.
    Cela permettra au sang d'atteindre le cerveau en cas d'hypotension
    artérielle.

                                                                       
    Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)

    En plus des effets indiqués précédemment, il peut y avoir baisse de la
    concentration de potassium sérique, acidose métabolique, alkalose
    respiratoire et troubles graves du rythme cardiaque (arythmies
    supraventriculaires et ventriculaires).

    Surveiller la respiration, le rythme cardiaque, la tension artérielle
    et les électrolytes sériques. Dans les intoxications modérées à
    graves, il faut surveiller l'équilibre acidobasique. Instituer le cas
    échéant un traitement de soutien, notamment une oxygénothérapie et une
    ventilation mécanique:

    *    Correction de tout déséquilibre hydroélectrolytique, en
         particulier concernant le potassium.
                                                                       

                                                                       
    *    Traitement de l'hypotension artérielle par l'administration
         intraveineuse de liquides.
    *    En cas de crises convulsives répétées, faire une injection
         intraveineuse de diazépam.

    Dose:     Adultes: 10 à 20 mg, à raison de 0,5 ml (2,5 mg) toutes les
              30 secondes, à renouveler le cas échéant au bout de 30 à 60
              minutes; on peut poursuivre avec une perfusion intraveineuse
              jusqu'à un maximum de 3 mg/kg de poids corporel en 24
              heures.

              Enfants: 200 à 300 µg/kg de poids corporel.

    Si la victime vomit et est incapable de prendre du charbon activé, lui
    administrer par voie intraveineuse du métoclopramide pour arrêter les
    vomissements.

    Dose de métoclopramide à administrer par voie intraveineuse en 1 à 2
    minutes:

    enfants de moins de 3 ans (jusqu'à 14 kg): 1mg

    enfants entre 3 et 5 ans (15 à 19 kg): 2 mg

    enfants entre 5 et 9 ans (20 à 29 kg): 2,5 mg

    enfants de plus de 9 ans et jeunes adultes (30 à 60 kg): 5 mg

    adultes: 10 à 50 mg

    En cas d'intoxication grave, l'hémoperfusion sur colonne de charbon ou
    l'hémodialyse peuvent être indiquées.

    La détermination de la concentration sérique de théophylline peut être
    utile pour apprécier la gravité de l'intoxication. Les sujets qui
    présentent des signes et des symptômes d'intoxication ont en général
    des concentrations plasmatiques de théophylline d'au moins 25 mg/l
    qui, en cas d'intoxication grave, dépassent 50 mg/l. Toutefois, il
    arrive que des sujets ayant des concentrations plasmatiques faibles
    soient assez gravement intoxiqués et que d'autres ne le soient pas
    avec des concentrations plasmatiques élevées. Par conséquent, il est
    important de baser le traitement sur les signes cliniques aussi bien
    que sur la concentration plasmatique de médicament. Cette dernière
    devra être déterminée à intervalles réguliers, dans la mesure du
    possible.
                                                                       

    Barbituriques, médicaments de type chlorpromazine, médicaments de type 
    diazépam et méprobamate

    Médicaments traités dans cette section

    On parlera ici des barbituriques, des médicaments de type
    chlorpromazine (également appelés phénothiazines), des médicaments de
    type diazépam (également appelés benzodiazépines), de l'halopéridol et
    du méprobamate.

    Exemples de barbituriques:

    amobarbital                        phénobarbital
    barbital                           sécobarbital
    pentobarbital

    Exemples de médicaments de type chlorpromazine:

    chlorprothixène                    prochlorpérazine
    fluphénazine                       thioridazine
    perphénazine                       trifluopérazine

    Exemples de médicaments de type diazépam (benzodiazépines):

    chlordiazépoxide                   nitrazépam
    chlorazépate                       oxazépam
    lorazépam

    Utilisations et abus

    Le phénobarbital est indiquéen cas d'épilepsie (crises) il permet
    d'espacer les crises ou de les stopper totalement. Les autres
    barbituriques sont employés comme somnifères. Ils se présentent sous
    forme de comprimés ou de gélules. Les barbituriques peuvent être
    détournés de leur usage et engendrer une accoutumance. Certains
    toxicomanes mélangent la poudre des gélules ou écrasent les comprimés
    dans l'eau et s'injectent la solution obtenue.

    Les médicaments de type chlorpromazine et l'halopéridol sont utilisés,
    pour calmer les personnes violentes et aider des personnes présentant
    des troubles mentaux à se comporter normalement. La chlorpromazine est
    aussi employée pour calmer les vomissements. Ces médicaments se
    présentent sous forme de comprimés et de liquides pour voie orale, ou
    de solutions injectables.

    Les médicaments de type diazépam sont prescrits aux personnes
    anxieuses comme calmants. Certains, comme le nitrazépam sont utilisés
    comme somnifères. Le diazépam est également employé pour arrêter les
    convulsions. Ils se présentent sous forme de comprimés, de gélules et
    de liquides pour voie orale, ou de solutions injectables.

    Le méprobamate est prescrit aux personnes anxieuses pour les aider à
    dormir. Il se présente sous forme de comprimés.

    Mode d'action

    Tous ces médicaments ralentissent l'activité cérébrale et, à fortes
    doses, entraînent perte de connaissance et respiration superficielle.
    Les médicaments de type chlorpromazine peuvent également provoquer
    convulsions, agitation et mouvements désordonnés que le patient est
    incapable de contrôler. Les battements cardiaques peuvent être
    irréguliers et la tension artérielle basse.

    Toxicité

    Les barbituriques, les médicaments de type chlorpromazine et le
    méprobamate sont très toxiques et leur surdosage peut entraîner le
    décès. Le traitement au long cours par le phénobarbital pendant
    plusieurs semaines ou plusieurs mois peut entraîner une intoxication
    chronique bénigne, car il s'accumule dans l'organisme.

    Les benzodiazépines et l'halopéridol ne provoquent en général pas
    d'intoxication grave, et les sujets qui perdent connaissance se
    rétablissent habituellement complètement s'ils sont soignés
    correctement. Cependant, l'intoxication peut être grave s'ils sont
    associés à d'autres substances qui ralentissent aussi l'activité
    cérébrale.

    La probabilité d'avoir une intoxication grave augmente si l'on associe
    la prise de ces médicaments à celle d'alcool.

    Signes et symptômes

    Barbituriques

    *    Intoxication aiguë :

         --   somnolence,
         --   coma pouvant durer plusieurs jours,
         --   hypothermie,
         --   hypotension artérielle,
         --   respiration superficielle,
         --   apparition de vésicules entre les doigts, sur le corps, les
              genoux ou les chevilles,
         --   absence de bruits intestinaux ce qui indique que l'intestin
              ne fonctionne plus et que l'intoxication est très grave.

    Le patient peut mourir d'un arrêt cardio-respiratoire. Les sujets qui
    restent longtemps dans le coma peuvent mourir d'un oedème pulmonaire.

    *    Intoxication chronique:

         --   somnolence,
         --   troubles locomoteurs,
         --   troubles de l'élocution.

 

    Médicaments de type chlorpromazine

    Leurs effets sont les suivants:

         --   somnolence,
         --   perte de connaissance,
         --   hypotension artérielle,
         --   hypothermie,
         --   pouls rapide qui peut également être irrégulier,
         --   raideur des membres,
         --   mouvements oculaires anormaux et grimaces,
         --   agitation et crises convulsives,
         --   respiration superficielle.

    Médicaments de type diazépam

    Leurs effets sont les suivants:

         --   démarche chancelante,
         --   troubles de l'élocution,
         --   somnolence,
         --   perte de connaissance (mais on peut en général faire lever
              le malade),
         --   respiration superficielle (rare).

    Méprobamate

    Effets:

         --   faiblesse et confusion,
         --   hypotension artérielle,
         --   hypothermie,
         --   somnolence,
         --   perte de connaissance,
         --   respiration superficielle.

    Les sujets qui restent longtemps dans le coma peuvent mourir d'un
    oedème pulmonaire.

    Ce qu'il faut faire

    Intoxication aiguë

    Donner les premiers soins. En cas d'arrêt respiratoire, dégager les
    voies aériennes et faire un bouche-à-bouche. Si le coeur s'arrête,
    pratiquer un massage cardiaque.

    Si le sujet est inconscient ou somnolent, l'allonger sur le côté dans
    la position de sécurité. Vérifier sa respiration toutes les 10 minutes
    et le garder au chaud.

     Médicaments de type chlorpromazine: en cas de convulsions, traiter
    comme indiqué au Chapitre 5.

    Emmener le patient à l'hôpital aussi vite que possible.

    Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital

     En cas d'ingestion: si celle-ci remonte à moins de 4 heures et si le
    sujet est tout à fait conscient, respire normalement et n'a pas eu de
    convulsions:

    *    Le faire vomir.
    *    Lorsque les vomissements ont cessé, lui donner à boire du charbon
         activé dans de l'eau. Associer au charbon activé du sulfate de
         sodium ou de magnésium.

     Phénobarbital: renouveler les doses de charbon activé toutes les 4
    heures (adultes, 50 g enfants, 10 à 15 g). Associer à chaque dose de
    charbon du sulfate de sodium ou de magnésium, à raison de 30 g pour
    les adultes et de 250 mg/kg de poids corporel pour les enfants,
    jusqu'à ce que les selles soient colorées en noir.

    Si l'on est en présence d'un épileptique qui prend régulièrement du
    phénobarbital, attendre 48 heures après son réveil avant de lui en
    redonner.

    Intoxication chronique

    Un sujet qui présente des signes d'intoxication chronique après avoir
    pris les doses prescrites de phénobarbital doit retourner voir son
    médecin traitant. S'il lui est impossible de le voir rapidement, il
    doit arrêter de prendre le médicament pendant 48 heures, puis ne
    reprendre ensuite que la moitié de la dose prescrite.

                                                                       
    Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)

    Surveiller la repiration, le pouls, la tension artérielle, l'équilibre
    hydroélectrolytique et la fonction rénale. Instituer le cas échéant un
    traitement de soutien:

         -- oxygénothérapie et ventilation mécanique

         -- en cas d'hypotension artérielle, liquides intraveineux.

    Barbituriques et méprobamate

    En cas d'intoxication grave, une hémoperfusion sur colonne de charbon
    activé peut être utile.
                                                                       

                                                                       
    Médicaments de type chlorpromazine et halopéridol

    En cas d'hypotension artérielle, allonger le patient de façon à ce
    qu'il ait les pieds plus haut que la tête. Cela permettra au sang
    d'atteindre le cerveau. Ne pas donner d'adrénaline ni de dopamine. En
    cas de crises convulsives répétées, faire une injection intraveineuse
    de diazépam, mais en sachant qu'il y a un risque de dépression
    respiratoire.

    Dose:     Adultes: 10 à 20 mg, à raison de 0,5 ml (2,5 mg) toutes les
              30 secondes, à renouveler le cas échéant au bout de 30 à 60
              minutes; on peut poursuivre avec une perfusion intraveineuse
              jusqu'à un maximum de 3 mg/kg de poids corporel en 24
              heures.

              Enfants: 200 à 300 µg/kg de poids corporel.
                                                                       

    Carbamazépine, phénytoïne et acide valproïque

    Médicaments traités dans cette section

    Cette section regroupe la carbamazépine, la phénytoïne et l'acide
    valproïque (valproate de sodium). Les autres anticonvulsivants ne
    figurent pas dans cette section car le traitement en cas
    d'intoxication n'est pas le même.

    Utilisations

    Ces médicaments sont indiqués chez les épileptiques; ils permettent
    d'espacer les crises ou de les supprimer. La carbamazépine est
    également employée pour traiter certains types de maux de tête
    extrêmement douloureux et certaines maladies mentales. Elle se
    présente sous forme de comprimés ou de sirop à administrer par voie
    orale. La phénytoïne est également utilisée à l'hôpital  pour le
    traitement des convulsions dues à une intoxication et des
    irrégularités du rythme cardiaque. Elle existe sous forme de gélules,
    de liquides, et de comprimés pour voie orale, ainsi que de solutions
    pour injections intravei- neuses. L'acide valproïque se présente sous
    forme de gélules, de comprimés ou de liquide pour voie orale.

    Mode d'action

    Ces médicaments agissent au niveau cérébral. La carbamazépine a
    également des effets sur la respiration, le coeur et les muscles.

    Toxicité

    La carbamazépine et l'acide valproïque peuvent être à l'origine
    d'intoxications graves, mais la plupart des patients guérissent s'ils
    sont traités en milieu hospitalier et les décès sont rares. La
    phénytoïne provoque rarement des intoxications graves. Les personnes

    qui suivent un traitement au long cours par la carbamazépine et la
    phénytoïne peuvent s'intoxiquer, même en respectant les doses
    prescrites par le médecin.

    Signes et symptômes

    Carbamazépine

    *    Intoxication aiguë

    Les signes d'intoxication peuvent n'apparaître que tardivement car il
    faut plusieurs heures aux comprimés pour se dissoudre dans l'intestin
    et au principe actif pour atteindre la circulation sanguine:

         --   comportement agressif ou violent,
         --   sécheresse buccale,
         --   vertiges et troubles de l'équilibre,
         --   somnolence,
         --   dilatation des pupilles,
         --   troubles de la vision,
         --   nausées, vomissements et diarrhée,
         --   tremblements, mouvements involontaires,
         --   pouls rapide, lent, ou irrégulier,
         --   perte de connaissance,
         --   hypotension ou hypertension artérielle,
         --   respiration superficielle, irrégulière,
         --   le patient urine très peu ou pas du tout,
         --   hypothermie.

    *    Intoxication chronique:

         --   vertiges et troubles de l'équilibre
         --   troubles de la vision.

    Phénytoïne

    *    Intoxication aiguë:

         --   nausées et vomissements,
         --   somnolence,
         --   troubles locomoteurs,
         --   troubles de l'élocution,
         --   mouvements latéraux des yeux,
         --   troubles de la vision,
         --   lorsque le patient essaye d'atteindre quelque chose, sa main
              tremble,
         --   perte de connaissance.

    Ces effets peuvent durer 48 à 72 heures.

    *    Intoxication chronique:

         --   troubles locomoteurs,
         --   troubles de l'élocution,
         --   troubles de la vision.

    Acide valproïque

    *    Intoxication aiguë :

         --   confusion,
         --   agitation,
         --   somnolence et perte de connaissance,
         --   respiration superficielle,
         --   hypotension artérielle.

    Ce qu'il faut faire

    Intoxication aiguë

    Donner les premiers soins. En cas d'arrêt respiratoire, dégager les
    voies aériennes et faire un bouche-à-bouche. Si le sujet est
    inconscient ou somnolent, l'allonger sur le côté dans la position de
    sécurité. Vérifier sa respiration toutes les 10 minutes et le garder
    au chaud.

    Carbamazépine en cas de convulsions, traiter comme indiqué au Chapitre
    5. Si le sujet est agressif, l'installer au calme dans une pièce où la
    lumière est tamisée et où il ne risque pas de se faire mal. Rester
    soi-même calme et silencieux afin de le rassurer.

    L'emmener à l'hôpital aussi vite que possible.

    Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital

    En cas d'ingestion si celle-ci remonte à moins de 4 heures (12 heures
    pour la carbamazépine) et si la personne est tout à fait consciente,
    respire normalement et n'a pas eu de convulsions

    *    La faire vomir, sauf si elle a déjà vomi abondamment.
    *    Lorsque les vomissements ont cessé, lui donner à boire du charbon
         activé dans de l'eau.

     Carbamazépine: renouveler les doses de charbon activé, à raison de
    50 g toutes les 2 à 4 heures chez l'adulte et de 10 à 15 g toutes les
    2 à 4 heures chez l'enfant. Associer à chaque dose de charbon activé
    du sulfate de sodium ou de magnésium, 30 g chez l'adulte et 250 mg/kg
    de poids corporel chez l'enfant, jusqu'à ce que les selles soient
    colorées en noir. En cas d'hypotension artérielle, surélever les pieds
    du lit de façon que le malade ait les pieds plus haut que la tête.
    Cela permettra au sang d'atteindre le cerveau.

    S'il s'agit d'un épileptique traité régulièrement par l'un de ces
    médicaments, attendre 48 heures après qu'il se soit réveillé et ait pu
    parler normalement pour lui en redonner.

    Intoxication chronique

    Si un épileptique s'est intoxiqué avec la dose prescrite par le
    médecin lors d'un traitement au long cours, lui conseiller de
    retourner voir son médecin traitant. S'il lui est impossible de le
    voir rapidement, lui conseiller d'arrêter de prendre le médicament
    pendant 48 heures, puis de recommencer à le prendre mais en diminuant
    les doses de moitié jusqu'à ce qu'il revoit son médecin.

                                                                       
    Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)

    Surveiller la repiration, le pouls, la tension artérielle, l'équilibre
    hydroélectrolytique et la fonction rénale. Instituer le cas échéant un
    traitement de soutien notamment une oxygénothérapie et une ventilation
    mécanique:

    *    En cas d'hypotension artérielle, administration intraveineuse de
         liquides, mais en surveillant le débit urinaire pour ne pas
         risquer une surcharge liquidienne si les reins ne fonctionnent
         pas bien. Le cas échéant, on peut faire appel à la dopamine ou à
         la noradrénaline.

    *    En cas de crises convulsives répétées dues à la carbamazépine,
         faire une injection intraveineuse de diazépam.

    Dose:     Adultes: 10 à 20 mg, à raison de 0,5 ml (2,5 mg) toutes les
              30 secondes, à renouveler le cas échéant au bout de 30 à 60
              minutes; on peut poursuivre avec une perfusion intraveineuse
              jusqu'à un maximum de 3 mg/kg de poids corporel en 24
              heures.

              Enfants: 200 à 300 µg/kg de poids corporel.

    Dans les intoxications par la carbamazépine, une hémoperfusion sur
    colonne de charbon peut s'avérer utile si un malade gravement atteint
    ne répond pas aux soins médicaux. Elle est inutile en cas
    d'intoxication par la phénytoïne ou l'acide valproïque. L'hémodialyse
    et la diurèse forcée sont inutiles dans ce type d'intoxication.
                                                                       

    Carbonate de lithium

    Utilisations

    On emploie le carbonate de lithium pour le traitement des troubles
    mentaux. Il se présente sous forme de comprimés pour voie orale, dont
    certains sont à libération prolongée. Cela signifie que les effets du

    médicament durent plus longtemps et que l'on a besoin de moins de
    prises quotidiennes qu'avec des comprimés ordinaires.

    Mode d'action

    Le lithium agit sur le cerveau, les reins et le coeur.

    Toxicité

    La dose toxique n'est que très légèrement supérieure à la dose
    thérapeutique. Les personnes qui suivent un traitement au long cours
    par le lithium peuvent présenter une intoxication chronique. Traités
    en milieu hospitalier, les malades  se remettent en général bien d'une
    intoxication aiguë ou chronique.

    Risques particuliers

    De nombreux autres médicaments interagissent avec le lithium. Les
    personnes qui suivent un traitement au long cours doivent donc
    demander conseil à leur médecin avant de prendre d'autres médicaments.

    Signes et symptômes

    Après un surdosage aigu, les symptômes peuvent n'apparaître qu'au bout
    de 12 heures ou davantage. Ce sont:

         --   nausées, vomissements et diarrhée,
         --   soif,
         --   augmentation du débit urinaire chez certains sujets,
         --   confusion,
         --   vertiges,
         --   somnolence,
         --   tremblements,
         --   perte de connaissance,
         --   convulsions,
         --   hypotension artérielle.

    Ce qu'il faut faire

    Donner les premiers soins. Si le sujet est inconscient ou somnolent,
    l'allonger sur le côté dans la position de sécurité. Vérifier sa
    respiration toutes les 10 minutes, et le garder au chaud.

    En cas de convulsions, traiter comme indiqué au Chapitre 5.

    L'emmener à l'hôpital aussi vite que possible.

    Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital

    Si le surdosage remonte à moins de 12 heures et si le sujet est tout à
    fait conscient, respire normalement et n'a pas eu de convulsions:

    *    Le faire vomir, sauf s'il a déjà vomi abondamment.

    *    Lui donner fréquemment de l'eau à boire pour remplacer les pertes
         urinaires.

    Ne pas donner de charbon activé qui ne fixe pas le lithium.

                                                                       
    Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)

    La concentration plasmatique de sodium peut chuter et, en cas
    d'intoxication grave, celle de potassium augmenter. Chez les sujets
    inconscients, on peut observer des modifications du rythme cardiaque.
    Vérifier l'équilibre hydroélectrolytique toutes les 6 à 12 heures de
    façon à corriger déséquilibre ou déshydratation. L'intoxication grave
    peut entraîner une insuffisance rénale.

    En cas de crises convulsives répétées, faire une injection
    intraveineuse de diazépam.

    Dose:     Adultes: 10 à 20 mg, à raison de 0,5 ml (2,5 mg) toutes les
              30 secondes, à renouveler le cas échéant au bout de 30 à 60
              minutes; on peut poursuivre avec une perfusion intraveineuse
              jusqu'à un maximum de 3 mg/kg de poids corporel en 24
              heures.

              Enfants: 200 à 300 µg/kg de poids corporel.

    En cas d'intoxication grave, l'hémodialyse peut être utile pour
    éliminer le lithium de l'organisme.
                                                                       

    Colchicine

    Médicaments traités dans cette section

    On parlera ici de la colchicine et des plantes qui en contiennent

    *     Colchicum autumnale (colchique): c'est un bulbe donnant
         naissance à des fleurs qui ressemblent au crocus et qui ont des
         pétales blancs ou violet pâle. On la trouve en Europe et en
         Amérique du Nord.

    *     Gloriosa superba: plante grimpante ayant une racine tubéreuse
         et des fleurs jaunes, orange foncé, ou écarlates. On la trouve en
         Afrique tropicale, en Inde, en Malaisie, au Myanmar et au Sri
         Lanka.

    On trouve de la colchicine dans toutes les parties de ces plantes,
    mais les racines sont les plus toxiques.

    Le médicament est préparé à partir des racines et des graines de
     Colchicum autumnale.

    Utilisations

    On emploie la colchicine pour le traitement de la goutte et de la
    fièvre familiale périodique. Elle est administrée par voie orale sous
    forme de comprimés, ou en injection.

    Mode d'action

    La colchicine agit sur l'intestin, les muscles, les nerfs, le sang et
    le foie.

    Toxicité

    L'intoxication par la colchicine est rare, mais elle peut entraîner
    des complications graves et le décès. En général, l'intoxication
    survient plus souvent à la suite de la prise du médicament qu'à la
    suite de l'ingestion de la plante. Le poison n'est pas détruit par la
    cuisson de la plante.

    Risques particuliers

    Dans certains pays, les tentatives de suicide se font en mangeant de
    laGloriosa, parfois également employée pour provoquer des avortements.
    On la confond parfois avec des plants de patates douces, car elle
    pousse souvent au même endroit et leur ressemble beaucoup.

    Signes et symptômes

    Les effets peuvent se faire sentir au bout de 2 heures ou être
    différés jusqu'à 12 heures après l'ingestion:

         --   sensation de brûlure dans la gorge et sur la peau
         --   nausées, vomissements, maux de ventre et diarrhée sévère
              entraînant une déshydratation importante,
         --   respiration superficielle,
         --   hypotension artérielle,
         --   confusion,
         --   perte de connaissance,
         --   convulsions,
         --   le malade urine très peu et ses urines sont foncées ou
              teintées de sang,
         --   saignement au niveau des plaies et des gencives, le sang
              ayant du mal à coaguler (ceci peut se produire dans les
              quelques heures qui suivent l'ingestion ou au bout de 3 à 4
              jours).

    Le patient peut décéder dans les 2 à 3 jours par suite des effets de
    la colchicine au niveau respiratoire et cardiaque. S'il survit, le
    sujet commence à perdre ses cheveux au bout de 10 à 12 jours; ceux-ci
    ne recommenceront à pousser qu'au bout d'un mois.

    Ce qu'il faut faire

    Donner les premiers soins. Si le sujet est inconscient ou somnolent,
    l'allonger sur le côté dans la position de sécurité. Vérifier sa
    respiration toutes les 10 minutes et le garder au chaud.

    En cas de convulsions, traiter comme indiqué au Chapitre 5.

    L'emmener à l'hôpital aussi vite que possible.

    Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital

    Si l'ingestion remonte à moins de 4 heures (ou si la plante a été
    ingérée moins de 24 heures auparavant) et si la personne est tout à
    fait consciente, respire normalement, n'a pas eu de convulsions et ne
    vomit pas:

    *    lui donner à boire du charbon activé dans de l'eau. Recommencer
         toutes les 4 à 6 heures (adultes, 50 g, enfants, 10 à 15 g). En
         l'absence de diarrhée, ajouter à chaque dose de charbon du
         sulfate de sodium ou de magnésium, à raison de 30 g pour les
         adultes et de 250 mg/kg de poids corporel pour les enfants,
         jusqu'à ce que les selles soient colorées en noir.

                                                                       
    Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)

    En plus des effets mentionnés précédemment, la colchicine peut
    provoquer un déséquilibre électrolytique, des lésions hépatiques, une
    aplasie médullaire avec leucocytose et leucopénie, des troubles de la
    coagulation et une neuropathie périphérique. L'insuffisance rénale est
    une complication connue.

    Surveiller la respiration, le pouls, la tension artérielle. Instituer
    le cas échéant un traitement de soutien notamment une oxygénothérapie
    et une ventilation mécanique:

    *    Corriger le déséquilibre hydroélectrolytique.
    *    Traiter l'hypotension artérielle par l'administration
         intraveineuse de liquides; en l'absence de réponse, on peut
         utiliser la dopamine ou la dobutamine.
    *    En cas de maux de ventre sévères, donner de la morphine.
    *    En cas de crises convulsives répétées, faire une injection
         intraveineuse de diazépam.

    Dose:     Adultes: 10-20 mg, à raison de 0,5 ml (2,5 mg) toutes les 30
              secondes, à renouveler le cas échéant au bout de 30-60
              minutes; on peut poursuivre avec une perfusion intraveineuse
              jusqu'à un maximum de 3 mg/kg de poids corporel en 24
              heures.

              Enfants: 200-300 µg/kg de poids corporel.
                                                                       

                                                                       
    On prescrira des antibiotiques afin d'éviter une infection par des
    bactéries à Gram positif, à Gram négatif ou anaérobies.

    Une hémodialyse peut s'avérer nécessaire pour traiter l'insuffisance
    rénale, mais elle n'éliminera pas le poison.
                                                                       

    Contraceptifs oraux

    Médicaments traités dans cette section

    On traitera dans cette section des contraceptifs oraux qui contiennent
    un oestrogène, un progestatif ou une association des deux.

    Exemples d'oestrogènes: éthinylestradiol, mestranol.

    Exemples de progestatifs: étynodiol, gestodène, lévonorgestrel,
    lynestrénol, médroxyprogestérone, mégestrol, noréthistérone,
    norétynodrel, norgestrel.

    Utilisations

    Ces médicaments sont employés pour la planification familiale. Les
    femmes les prennent pour ne pas avoir d'enfant. Ils se présentent sous
    forme de pilules pour voie orale.

    Mode d'action

    Ils ne sont pas dangereux, même en doses massives uniques, et les
    enfants ne présentent en général aucun symptôme, même après avoir
    avalé 20 ou 30 pilules.

    Risques particuliers

    Les femmes rangent souvent leurs contraceptifs à la portée des
    enfants.

    Signes et symptômes

    Leurs effets sont les suivants:

         --   nausées et vomissements,
         --   les petites filles de plus de 4 ans peuvent présenter des
              saignements ressemblant à des règles.

    Ce qu'il faut faire

    Il n'y a pas lieu de faire quoi que ce soit. S'il s'agit d'une petite
    fille, les prévenir, elle et ses parents qu'elle saignera peut-être,
    mais que cela s'arrêtera rapidement.

    Dapsone

    Utilisations

    La dapsone est employée pour le traitement de la lèpre, des dermatoses
    infectieuses et du paludisme. Elle se présente sous forme de comprimés
    pour voie orale.

    Mode d'action

    Elle agit sur les globules rouges, les empêchant d'effectuer
    normalement le transport de l'oxygène, avec pour conséquence que le
    cerveau ne reçoit plus assez d'oxygène pour fonctionner correctement.

    Toxicité

    Des doses massives uniques peuvent entraîner une intoxication grave et
    parfois le décès. Par ailleurs, il arrive que des sujets présentent
    des signes et symptômes d'intoxication après avoir été traités pendant
    plusieurs semaines par la dapsone.

    Signes et symptômes

    Après une dose unique, les signes peuvent n'apparaître qu'au bout de
    24 heures:

         --   coloration bleue de la peau et des lèvres,
         --   agitation,
         --   somnolence,
         --   nausées, vomissements et maux de ventre sévères,
         --   pouls rapide,
         --   hypotension artérielle,
         --   respiration rapide,
         --   vertiges,
         --   hallucinations,
         --   perte de connaissance,
         --   convulsions.

    Ce qu'il faut faire

    Donner les premiers soins. Si la personne est inconsciente ou
    somnolente, l'allonger sur le côté dans la position de sécurité.
    Vérifier sa respiration toutes les 10 minutes et la garder au chaud.

    En cas de convulsions, traiter comme indiqué au Chapitre 5.

    En cas d'hallucinations, installer le malade au calme, dans une pièce
    où la lumière est tamisée et où il sera à l'abri de tout traumatisme.
    Rester soi-même calme et silencieux afin de le rassurer.

    L'emmener à l'hôpital aussi vite que possible.

    Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital

    Si le sujet est conscient, respire normalement et n'a pas eu de
    convulsions:

    *    Le faire vomir, sauf si l'ingestion remonte à plus de 4 heures ou
         s'il a déjà vomi abondamment.

    *    Lui donner à boire du charbon activé dans de l'eau. Si les
         vomissements ont été provoqués, attendre pour cela qu'ils aient
         cessé. Renouveler la dose toutes les 2-4 heures pendant 3 jours
         (adultes, 50 g enfants, 10-15 g). Associer à chaque dose de
         charbon activé du sulfate de sodium ou de magnésium, à raison de
         30 g pour les adultes et de 250 mg/kg de poids corporel pour les
         enfants, jusqu'à ce que les selles soient colorées en noir.

    Le patient doit être alité. Dans la mesure du possible, surélever les
    pieds du lit de façon qu'il ait les pieds plus haut que la tête. Cela
    permettra au sang d'atteindre le cerveau en cas d'hypotension
    artérielle.

                                                                       
    Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)

    Surveiller la repiration, la tension artérielle et le pouls. Instituer
    le cas échéant un traitement de soutien. En cas de crises convulsives
    répétées, faire une injection intraveineuse de diazépam.

    Dose:     Adultes: 10-20 mg, à raison de 0,5 ml (2,5 mg) toutes les 30
              secondes, à renouveler le cas échéant au bout de 30-60
              minutes; on peut poursuivre avec une perfusion intraveineuse
              jusqu'à un maximum de 3 mg/kg de poids corporel en 24
              heures.

              Enfants: 200-300 µg/kg de poids corporel.

    En renouvelant les doses de charbon activé comme indiqué précédemment,
    on réduit le temps que met la dapsone à être éliminée de l'organisme.

    En cas de cyanose

    Il n'existe pas de traitement spécifique de la cyanose pouvant être
    administré en dehors de l'hôpital. L'oxygénothérapie n'est pas utile
    en cas de cyanose provoquée par la dapsone.

    Les produits de dégradation de la dapsone dont la méthémoglobine
    provoquent une cyanose. On utilise le chlorure de méthylthioninium
    (bleu de méthylène) pour traiter les cyanoses dues à la
    méthémoglobine, mais la dose dépend de la concentration de
    méthémoglobine. Il est donc recommandé de ne le donner qu'en milieu
    hospitalier, où l'on peut doser la méthémoglobine. Toutefois, si la
    cyanose est due à d'autres substances, il ne sera d'aucune utilité.
    Par ailleurs, on a vu des sujets gravement intoxiqués et n'ayant pas
    été traités par le bleu de méthylène survivre à l'intoxication.
                                                                       

                                                                       
    Dose:     Adultes et enfants: 1-2 mg/kg de poids corporel, administrés
              par voie intraveineuse en 5-10 minutes. Il peut falloir
              renouveler les injections pendant plusieurs jours (jusqu'à
              un maximum de 7 mg/kg de poids corporel), car la dapsone est
              excrétée lentement.

              L'intoxication est plus grave chez les sujets qui présentent
              un déficit en glucose-6-phosphate déshydrogénase (G6PD).
                                                                       

    Digitaline, digitoxine et digoxine

    Médicaments traités dans cette section

    La digitaline est une substance chimique extraite d'une plante,
     Digitalis purpurea (digitale). La digoxine et la digitoxine sont
    tirées de la digitaline.

    Utilisations

    Ces médicaments sont employés pour le traitement des maladies
    cardiaques. La digoxine se présente sous forme de comprimés ou de
    liquide pour voie orale et de solutions pour injection ou perfusion
    intraveineuse.

    Mode d'action

    Ces médicaments agissent sur le coeur.

    Toxicité

    Ils peuvent entraîner une intoxication grave et le décès, en
    particulier chez les personnes âgées présentant une maladie cardiaque
    qui les ont pris pendant un certain temps. L'intoxication grave est
    rare chez l'enfant. Il arrive que les personnes qui suivent un
    traitement au long cours par ces médicaments présentent une
    intoxication bénigne, même aux doses prescrites. Les feuilles, les
    racines et les graines de la digitale sont toxiques.

    Risques particuliers

    Ces médicaments sont souvent prescrits à des personnes âgées, qui
    risquent d'oublier de les mettre sous clé lorsqu'elles reçoivent la
    visite d'enfants.

    Signes et symptômes

    Intoxication aiguë

    Leurs effets sont les suivants:
         --   nausées, vomissements, accompagnés parfois de diarrhée,
         --   pouls rapide, lent ou irrégulier,
         --   somnolence et confusion,
         --   hypotension artérielle.

    Les effets sur le coeur peuvent n'apparaître qu'au bout de 6 heures.

    Intoxication chronique

    Un traitement au long cours peut entraîner:
         --   sensation de malaise,
         --   fatigue et faiblesse,
         --   perte de l'appétit,
         --   nausées et vomissements,
         --   maux de tête,
         --   confusion et hallucinations.

    Ce qu'il faut faire

    Intoxication aiguë

    Donner les premiers soins. En cas d'arrêt cardio-respiratoire, faire
    un bouche-à-bouche et pratiquer un massage cardiaque. Si le sujet est
    inconscient ou somnolent, l'allonger sur le côté dans la position de
    sécurité, et vérifier sa respiration toutes les 10 minutes; le garder
    au chaud.

    L'emmener à l'hôpital aussi vite que possible.

    Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital

     En cas d'ingestion: si celle-ci remonte à moins de 4 heures et si le
    sujet est tout à fait conscient et respire normalement:

    *    Lui donner à boire du charbon activé dans de l'eau. Si des
         vomissements ont été provoqués, attendre pour cela qu'ils aient
         cessé.

    Renouveler les doses de charbon activé dans de l'eau (adultes, 50 g
    toutes les 2 à 4 heures enfants, 10 à 15 g toutes les 2 à 4 heures).
    Associer à chaque dose de charbon du sulfate de sodium ou de
    magnésium, à raison de 30 g chez l'adulte et de 250 mg/kg de poids
    corporel chez l'enfant, jusqu'à ce que les selles soient colorées en
    noir.

    Allonger le patient de manière à ce qu'il ait les pieds plus haut que
    la tête, pour que le sang puisse atteindre le cerveau en cas
    d'hypotension artérielle.

    Intoxication chronique

    Les sujets présentant une intoxication chronique doivent être
    hospitalisés.

                                                                       
    Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)

    Outre les effets indiqués plus haut, on peut également observer des
    troubles du rythme cardiaque (en général bradycardie, bloc cardiaque
    ou tachydysrhythmies) et de l'équilibre électrolytique. En cas
    d'intoxication aiguë, les concentrations plasmatiques de potassium et
    de sodium peuvent être supérieures à la normale et celles de magnésium
    inférieures à la normale.

    Surveiller le rythme cardiaque, la respiration, la tension artérielle
    et les électrolytes (magnésium, sodium, calcium et potassium).
    Instituer le cas échéant un traitement de soutien et corriger tout
    déséquilibre hydroélectrolytique.
                                                                       

    Hydroxyde de magnésium, sulfate de magnésium, phénolphtaléine et 
    séné

    Utilisations

    Ces médicaments sont tous des laxatifs (également appelés cathartiques
    ou purgatifs). On les donne aux gens qui sont constipés, ou qui ont
    des selles dures. Ce sont des médicaments que l'on prend généralement
    par voie orale. Certains se présentent sous forme de comprimés, de
    gélules ou de liquides, d'autres sous forme de granulés ou de poudres
    à mélanger dans de l'eau et d'autres encore sont incorporés dans des
    biscuits ou des barres de chocolat.

    Mode d'action

    L'intoxication provoque une diarrhée, et donc des pertes d'eau
    excessives pour l'organisme.

    Toxicité

    En grandes quantités, les laxatifs peuvent entraîner une intoxication
    grave et le décès, mais si un enfant en prend quelques comprimés par
    erreur en pensant qu'il s'agit de bonbons, il ne sera en général pas
    gravement intoxiqué.

    Risques particuliers

    Certains comprimés de laxatifs ont un goût de bonbon ou de chocolat,
    et il arrive que des enfants en mangent par erreur.

    Signes et symptômes

    Ce sont les suivants:

         --   diarrhée, vomissements et maux de ventre,
         --   urine colorée en rose s'il s'agit de phénolphtaléine,
         --   selles sanglantes,
         --   hypotension artérielle,
         --   pouls rapide,
         --   perte de connaissance.

    Ce qu'il faut faire

    Donner les premiers soins. Si le sujet est inconscient ou somnolent,
    l'allonger sur le côté dans la position de sécurité. Vérifier sa
    respiration toutes les 10 minutes et le garder au chaud.

    S'il est conscient et lucide, lui donner à boire pour remplacer les
    pertes en eau occasionnées par les vomissements et la diarrhée.

    Il est inutile de le faire vomir.

                                                                       
    Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)

    Surveiller l'équilibre hydroélectrolytique, en particulier le
    potassium sérique. Instituer, le cas échéant, un traitement de
    soutien:

    *    Corriger tout déséquilibre hydroélectrolytique.
    *    En cas de déshydratation sévère, administrer des liquides par
         voie intraveineuse.
    *    Donner du chlorure de potassium si la concentration sérique de
         potassium est abaissée.
                                                                       

    Ibuprofène

    Utilisations

    L'ibuprofène est employé comme antalgique. Il se présente sous forme
    de comprimés ou de liquide pour voie orale. On le trouve également
    sous forme de pommade pour application cutanée.

    Mode d'action

    Il ne provoque en général pas d'intoxication grave, même en cas de
    surdosage important.

    Signes et symptômes

    Ses effets sont les suivants:
         --   nausées, vomissements et douleurs abdominales,
         --   maux de tête,
         --   vertiges,
         --   tremblements,
         --   somnolence,
         --   perte de connaissance en cas de surdosage massif.

    Ce qu'il faut faire

    Donner les premiers soins. Si le sujet est inconscient ou somnolent,
    l'allonger sur le côté dans la position de sécurité. Vérifier sa
    respiration toutes les 10 minutes et le garder au chaud.

    Si le sujet est conscient, lui donner à boire du charbon activé dans
    de l'eau.

    En cas de surdosage massif ou si le sujet est très malade, l'emmener
    aussi vite que possible à l'hôpital.

                                                                       
    Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)

    Très rarement, il peut arriver qu'une insuffisance rénale apparaisse à
    la suite d'un surdosage aigu. Donner alors des liquides en abondance
    de façon que le malade ne se déshydrate pas.
                                                                       

    Insuline et médicaments de type chlorpropamide

    Médicaments traités dans cette section

    Le chlorpropamide et les médicaments du même type (également appelés
    sulfamides hypoglycémiants) et l'insuline sont rassemblés ici. Le
    glibenclamide, le tolazamide et le tolbutamide sont des exemples de
    médicaments de type chlorpropamide.

    Utilisations

    Ces médicaments sont employés pour le traitement des diabétiques, qui
    ont trop de sucre dans le sang. L'insuline se présente sous forme de
    préparation injectable, mais le chlorpropamide, le glibenclamide, le
    tolazamide et le tolbutamide se présentent sous forme de comprimés à
    prendre par voie buccale.

    Mode d'action

    Ces médicaments abaissent la quantité de sucre présente dans le sang
    (glycémie). Le sucre est la source d'énergie de l'organisme et si la
    glycémie chute trop bas, elle peut entraîner un coma, des lésions
    cérébrales et le décès du malade.

    Toxicité

    L'intoxication peut être à l'origine de lésions cérébrales
    irréversibles ou du décès du patient. Elle sera d'autant plus grave
    que le médicament aura été associé à de l'alcool. L'insuline n'a aucun
    effet toxique par voie orale, car elle est détruite dans le tube
    digestif.

    Signes et symptômes

    En cas d'injection d'insuline ou d'ingestion de chlorpropamide, de
    glibenclamide, de tolazamide et de tolbutamide, les effets sont les
    mêmes que le sujet soit diabétique ou non

         --   anxiété, confusion et troubles du comportement,
         --   tremblements,
         --   sueurs profuses sans fièvre,
         --   pouls rapide,
         --   troubles de la vision,
         --   somnolence,
         --   perte de connaissance,
         --   convulsions.

    Ce qu'il faut faire

    En cas d'injection d'insuline ou d'ingestion de chlorpropamide, de
    glibenclamide, de tolazamide ou de tolbutamide, donner les premiers
    soins. En cas d'arrêt respiratoire, dégager les voies aériennes et
    faire un bouche-à-bouche. Si le sujet est inconscient ou somnolent,
    l'allonger sur le côté dans la position de sécurité. Vérifier sa
    respiration toutes les 10 minutes et le garder au chaud.

    S'il est tout à fait conscient et capable d'avaler, lui donner quelque
    chose de sucré à manger ou à boire boisson sucrée, solution de
    glucose, thé très sucré, jus de fruit, miel, morceaux de sucre,
    chocolat ou autre sucrerie.

    En cas de convulsions, traiter comme indiqué au Chapitre 5.

    L'emmener à l'hôpital aussi vite que possible.

    Si le sujet a avalé de l'insuline, il n'y a pas lieu de faire quoi que
    ce soit.

                                                                       
    Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)

    Faire un prélèvement de sang et déterminer la glycémie à l'aide de
    bandelettes réactives et d'un glucosimètre. Donner immédiatement du
    glucose.

    Chez un sujet conscient:

    Donner 10 à 20 g de glucose en solution par voie orale, ou l'un
    quelconque des aliments riches en glucides indiqués précédemment.

    Chez un sujet inconscient:

    Faire une injection intraveineuse d'une solution de glucose (adultes,
    glucose à 50%, 50 ml; enfants, glucose à 25%, 2-4 ml/kg de poids
    corporel).

    Si le sujet ne se réveille pas, renouveler la dose. Dès que possible,
    et même si le sujet reprend conscience, if faut lui poser une
    perfusion intraveineuse continue de glucose à 10%. Surveiller la
    glycémie toutes les 15 à 30 minutes pendant le traitement; essayer de
    la maintenir entre 15 et 10 mmol/l (environ 90 à 180 mg/dl).

    Noter que certains sujets peuvent avoir une glycémie dangereusement
    faible sans présenter aucun symptôme. D'autres peuvent rester dans le
    coma même avec une glycémie redevenue normale.

    Si le patient est resté inconscient quelque temps, la réponse au
    traitement peut être ralentie. Dans les intoxications graves par le
    chlorpropamide, le glibenclamide, le tolazamide ou le tolbutamide, ou
    par l'insuline à action prolongée, il peut falloir poursuivre le
    traitement pendant plusieurs jours.

    Surveiller la respiration, le pouls, la tension artérielle,
    l'équilibre hydroélectrolytique et les fonctions hépatique et rénale.
    Instituer le cas échéant un traitement de soutien:
    *    En cas d'hypotension artérielle, allonger le patient la tête plus
         bas que les pieds. Administrer des liquides par voie
         intraveineuse, mais en prenant garde d'éviter toute surcharge
         liquidienne. Si besoin est, faire appel à la dopamine ou à la
         noradrénaline.
    *    En cas de crises convulsives répétées, faire une injection
         intraveineuse de diazépam.

    Dose:     Adultes: 10 à 20 mg, à raison de 0,5 ml (2,5 mg) toutes les
              30 secondes, à renouveler le cas échéant au bout de 30 à 60
              minutes; on peut poursuivre avec une perfusion intraveineuse
              jusqu'à un maximum de 3 mg/kg de poids corporel en 24
              heures.

              Enfants: 200 à 300 µg/kg de poids corporel.
                                                                       

    Isocarboxazide, phénelzine et tranylcypromine

    Médicaments traités dans cette section

    On parlera ici de l'isocarboxazide, de la phénelzine et de la
    tranylcypromine. Ces produits sont appelés inhibiteurs de la
    monoamine-oxydase (IMAO).

    Utilisations

    Ces médicaments sont des antidé presseurs; on les donne aux dépressifs
    pour les aider à se sentir mieux. Ils se présentent sous forme de
    comprimés ou de gélules pour voie orale.

    Mode d'action

    Ces médicaments agissent sur le cerveau et les nerfs qui contrôlent le
    coeur et les muscles.

    Toxicité

    Ils sont très toxiques et, pris à des doses trop fortes, peuvent
    provoquer le décès.

    Risques particuliers

    Les personnes dépressives risquent d'essayer de se suicider en en
    prenant trop. Par ailleurs ce sont souvent des gens qui, par
    négligence, laissent traîner leurs médicaments à la portée des
    enfants.

    Associés à l'alcool, à certains aliments (comme le fromage, le
    chocolat, le café en grande quantité, les fèves et le hareng mariné),
    ou à certains autres médicaments, ils peuvent provoquer une
    intoxication grave. Il faut avertir les gens qui suivent des
    traitements au long cours par les IMAO que certains aliments et
    boissons sont à bannir et qu'avant de prendre tout autre médicament,
    il leur faut vérifier qu'ils peuvent le faire auprès d'un médecin.

    Signes et symptômes

    Les effets d'une dose massive unique peuvent être différés de 12 à 24
    heures:

         --   excitation et irritabilité,
         --   transpiration, chaleur de la peau,
         --   pouls rapide, irrégulier,
         --   respiration rapide,
         --   raideur musculaire, raideur de la nuque et du dos, le malade
              est incapable d'ouvrir la bouche et respire avec difficulté,
         --   tremblements du corps et des membres,
         --   hypotension ou hypertension artérielle,
         --   convulsions,

         --   forte fièvre,
         --   dilatation des pupilles qui ne se rétrécissent pas à la
              lumière,
         --   perte de connaissance,
         --   il peut y avoir arrêt cardiaque ou respiratoire et mort
              subite.

    Si un patient prend en même temps que ces médicaments des aliments ou
    un médicament déconseillé

         --   maux de tête (céphalées) pulsatiles,
         --   hypertension artérielle très marquée,
         --   vomissements,
         --   convulsions,
         --   perte de connaissance.

    Ce qu'il faut faire

    Donner les premiers soins. En cas d'arrêt respiratoire, dégager les
    voies aériennes et faire un bouche-à-bouche. Si le coeur s'arrête,
    pratiquer un massage cardiaque.

    Si le sujet est inconscient ou somnolent, l'allonger sur le côté dans
    la position de sécurité. Vérifier sa respiration toutes les 10
    minutes, et le garder au chaud.

    En cas de convulsions, traiter comme indiqué au Chapitre 5.

    Si le malade est chaud et présente une raideur musculaire, le
    rafraîchir et l'éponger à l'eau tiède; il est possible que cela
    n'abaisse pas sa température.

    Un sujet très excité doit être installé au calme, dans une pièce où la
    lumière est tamisée. Rester soi-même calme et silencieux pour le
    rassurer.

    L'emmener à l'hôpital aussi vite que possible.

    Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital

    Si l'ingestion remonte à moins de 2 heures, et si le sujet est tout à
    fait conscient, respire normalement et n'a pas eu de convulsions:

    *    Le faire vomir, à moins qu'il n'ait déjà vomi abondamment.
    *    Lui donner à boire du charbon activé dans de l'eau. Si les
         vomissements ont été provoqués, attendre pour cela qu'ils aient
         cessé.

                                                                       
    Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)

    Les complications secondaires sont les suivantes: hémolyse, ischémie
    musculaire (rhabdomyolyse), insuffisance rénale et oedème pulmonaire.

    Surveiller la respiration, le pouls et la tension artérielle pendant
    au moins 24 heures. Instituer le cas échéant un traitement de soutien,
    notamment une oxygénothérapie et une ventilation mécanique:

    *    En cas d'hypotension artérielle, administrer des liquides par
         voie intraveineuse.
    *    En cas de crises convulsives répétées, faire une injection
         intraveineuse de diazépam, en sachant qu'elle ne permettra pas
         toujours d'arrêter les convulsions.

    Dose:     Adultes: 10 à 20 mg, à raison de 0,5 ml (2,5 mg) toutes les
              30 secondes, à renouveler le cas échéant au bout de 30 à 60
              minutes; on peut poursuivre avec une perfusion intraveineuse
              jusqu'à un maximum de 3 mg/kg de poids corporel en 24
              heures.

              Enfants: 200 à 300 µg/kg de poids corporel.

    La raideur musculaire peut faire grimper la température et entraîner
    des difficultés respiratoires. Pour décontracter les muscles, on peut
    administrer du dantrolène, à raison de 1 mg/kg de poids corporel en
    injection intraveineuse rapide. On peut renouveler les injections
    jusqu'à une dose totale de 10 mg/kg. Si la température est très élevée
    (supérieure à 39°C) la meilleure façon de l'abaisser consiste à
    provoquer une paralysie musculaire par le pancuronium, qui n'est
    possible que si l'on peut ventiler le malade.
                                                                       

    Isoniazide

    Utilisations

    L'isoniazide est employé pour le traitement de la tuberculose. Il se
    présente sous forme de comprimés et de liquide ou voie orale, ou sous
    forme de solution injectable. Certains médicaments sont des mélanges
    d'isoniazide et de rifampicine, ou d'isoniazide et de pyridoxine.

    Mode d'action

    Il agit sur le cerveau et provoque des convulsions.

    Toxicité

    Il peut provoquer des intoxications graves et le décès.

    Signes et symptômes

    Ses effets apparaissent dans les 30 minutes à 3 heures suivant la
    prise:

         --   nausées, vomissements et maux de ventre,
         --   dilatation des pupilles, troubles de la vision,
         --   troubles de l'élocution et vertiges,
         --   fièvre,
         --   convulsions,
         --   perte de connaissance,
         --   pouls rapide,
         --   diminution du débit urinaire, présence éventuelle de sang
              dans les urines,
         --   hypotension artérielle,
         --   respiration superficielle.

    Ce qu'il faut faire

    Donner les premiers soins. En cas d'arrêt respiratoire, dégager les
    voies aériennes et faire un bouche-à-bouche. Si le sujet est
    inconscient ou somnolent, l'allonger sur le côté dans la position de
    sécurité. Vérifier sa respiration toutes les 10 minutes et le
    rafraîchir.

    En cas de convulsions, traiter comme indiqué au Chapitre 5.

    Si le malade a de la fièvre, lui éponger le corps à l'eau fraîche.

    L'emmener à l'hôpital aussi vite que possible.

    Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital

    Si l'ingestion remonte à moins de 4 heures et si le sujet est tout à
    fait conscient, respire normalement et ne vomit pas, lui donner à
    boire du charbon activé dans de l'eau.

    Ne pas le faire vomir car cela pourrait déclencher des convulsions et
    il risquerait de suffoquer.

    Si le sujet n'urine plus, traiter comme indiqué à la page p. 108.

                                                                       
    Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)

    Les complications de l'intoxication grave sont l'acidose lactique,
    l'acidocétose, l'hyperglycémie, une augmentation du nombre de
    leucocytes et une insuffisance rénale.
                                                                       

                                                                       
    Surveiller le pouls, la respiration, la tension artérielle, les 
    fonctions hépatique et rénale, la glycémie et les électrolytes
    sériques. La concentration de potassium peut être inférieure ou
    supérieure à la normale. Instituer le cas échéant un traitement de
    soutien, notamment une oxygénothérapie et une ventilation mécanique:

    *    Administration intraveineuse de liquides en cas d'hypotension
         artérielle.
    *    Correction du déséquilibre hydroélectrolytique.
    *    En cas de crises convulsives répétées, injection intraveineuse de
         diazépam.

    Dose:     Adultes: 10 à 20 mg, à raison de 0,5 ml (2,5 mg) toutes les
              30 secondes, à renouveler le cas échéant au bout de 30 à 60
              minutes; on peut poursuivre avec une perfusion intraveineuse
              jusqu'à un maximum de 3 mg/kg de poids corporel en 24
              heures.

              Enfants: 200 à 300 µg/kg de poids corporel.

    Il est possible que le diazépam ne permette pas de maîtriser les
    convulsions sans une administration concomitante de pyridoxine. Il ne
    faut pas administrer ces deux médicaments dans la même perfusion car
    le diazépam est faiblement soluble et risque de précipiter rapidement.

     Pyridoxine: Adultes: 5 g par voie intraveineuse en 5 minutes, à
    renouveler toutes les 30 minutes en cas de symptômes graves associés
    (acidose ou coma), jusqu'à ce que les convulsions aient cessé ou que
    le malade ait repris conscience.
                                                                       

    Médicaments de type amitriptyline, chloroquine, quinidine et quinine

    Médicaments traités dans cette section

    On évoquera dans cette section l'amitriptyline et les médicaments
    analogues (également appelés antidé presseurs tricycliques), la
    chloroquine, la quinidine et la quinine.

    Voici quelques exemples de médicaments de type amitriptyline

    clomipramine                       imipramine
    désipramine                        nortriptyline
    dosulépine                         protriptyline
    doxépine                           trimipramine

    Utilisations

    On donne ces antidépresseurs aux personnes déprimées pour les aider à
    se sentir mieux. Ils se présentent sous forme de liquides, de
    comprimés ou de gélules pour voie orale; certains d'entre eux sont «à
    libération prolongée», ce qui signifie que leurs effets durent plus
    longtemps.

    La chloroquine sert à la prévention et au traitement du paludisme,
    ainsi qu'au traitement de l'amibiase hépatique et de certaines formes
    d'arthrite. Elle se présente sous forme de comprimés ou de sirop pour
    voie orale, et de solution injectable.

    La quinidine sert au traitement des cardiopathies. Administrée sous
    forme de comprimés pour voie orale, on la trouve également en solution
    injectable.

    La quinine sert au traitement du paludisme et est parfois préconisée
    en cas de crampes nocturnes. Elle se présente sous deux formes,
    comprimés pour voie orale et solution pour perfusion intraveineuse.
    Elle est parfois détournée de son usage et utilisée pour provoquer des
    avortements.

    Mode d'action

    Tous ces médicaments agissent sur le coeur et le cerveau. En cas de
    surdosage, ils peuvent provoquer de graves troubles du rythme et une
    hypotension artérielle. De plus:

         --   les médicaments de type amitriptyline agissent sur les nerfs
              qui contrôlent le coeur, l'intestin et la vessie de la même
              façon que les atropiniques;
         --   la chloroquine a des effets oculaires;
         --   la quinine agit sur les muscles, les yeux et les oreilles.

    Toxicité

    Pris en trop grandes quantités, tous ces médicaments peuvent provoquer
    une intoxication grave et le décès. Pour beaucoup d'entre eux, la dose
    toxique n'est que très légèrement supérieure à la dose thérapeutique.

    Risques particuliers

    Des sujets atteints de dépression peuvent tenter de se suicider en
    prenant une dose massive d'antidépresseur. Ces personnes sont souvent
    négligentes et laissent traîner leurs médicaments à la portée des
    enfants. Les gens qui prennent de la quinine pour les crampes
    nocturnes laissent parfois les comprimés sur leur table de nuit, à la
    portée des enfants. La quinine peut également causer une intoxication
    lorsqu'elle est détournée de son usage par des femmes qui veulent
    avorter.

    Signes et symptômes

    Médicaments de type amitriptyline

    Leurs effets sont les suivants:

         --   sécheresse buccale,
         --   dilatation moyenne ou franche des pupilles,
         --   troubles de la vision,

         --   pouls rapide ou irrégulier,
         --   mictions difficiles (difficulté à uriner),
         --   hallucinations et confusion,
         --   perte de connaissance,
         --   respiration superficielle,
         --   convulsions,
         --   hypotension artérielle,
         --   il peut y avoir arrêt cardio-respiratoire et mort subite.

    Chloroquine

    Dans les 1 à 3 heures suivant la prise:

         --   vomissements et diarrhée,
         --   maux de tête et vertiges,
         --   somnolence au cours des 10 à 30 premières minutes, puis
              excitation,
         --   perte de connaissance (parfois),
         --   convulsions,
         --   hypotension artérielle,
         --   respiration superficielle, rapide,
         --   pouls irrégulier,
         --   il peut y avoir arrêt cardio-respiratoire et mort subite.

    Le sujet peut être très malade dans l'heure qui suit la prise du
    médicament et décéder au bout de 2 à 3 heures. Les personnes qui
    survivent 48 heures se rétablissent généralement complètement. Celles
    qui sont devenues aveugles à la suite de la prise d'une dose massive
    retrouvent toujours la vue.

    Quinidine

    Ses effets peuvent apparaître dans les 2 à 4 heures suivant la prise:

         --   nausées et vomissements,
         --   pouls irrégulier,
         --   hypotension artérielle,
         --   perte de connaissance,
         --   convulsions,
         --   respiration superficielle,
         --   il peut y avoir mort subite par arrêt cardio-respiratoire.

    Les sujets qui survivent 48 heures se rétablissent en général sans
    problème.

    Quinine

    Ses effets sont les suivants:

         --   nausées et vomissements,
         --   tintements d'oreilles, surdité,
         --   dilatation des pupilles,
         --   vision trouble,

         --   troubles de la vision des couleurs,
         --   cécité, partielle ou totale, dans les 30 minutes suivant la
              prise ou au bout de plusieurs heures,
         --   vertiges,
         --   maux de tête,
         --   fièvre,
         --   excitation et confusion,
         --   respiration rapide et superficielle,
         --   pouls rapide,
         --   convulsions,
         --   hypotension artérielle,
         --   perte de connaissance,
         --   il peut y avoir un arrêt cardio-respiratoire.

    Si le sujet survit, il peut montrer des signes d'insuffisance rénale
    au bout de quelques jours. Il retrouvera la vue au bout de 14 à 24
    heures, ou de plusieurs semaines, mais elle ne sera jamais aussi bonne
    qu'auparavant. La cécité est parfois irréversible. En général
    l'audition redevient normale rapidement et complètement.

    Ce qu'il faut faire

    Donner les premiers soins. En cas d'arrêt respiratoire, dégager les
    voies aériennes et faire un bouche-à-bouche. Si le coeur s'arrête,
    pratiquer un massage cardiaque. Il peut s'avérer nécessaire de le
    poursuivre longtemps. Certains sujets intoxiqués par l'amitriptyline
    ont dûêtre massés pendant plus d'une heure avant que leur coeur ne se
    remette à battre.

    Si le sujet est inconscient ou somnolent, l'allonger sur le côté dans
    la position de sécurité. Vérifier sa respiration toutes les 10 minutes
    et le garder au chaud.

    En cas de convulsions, traiter comme indiqué au Chapitre 5.

    En cas d'hallucinations ou de confusion, installer le patient au calme
    dans une pièce où la lumière est tamisée et où il ne risque pas de se
    faire mal. Rester soi-même calme et silencieux pour le rassurer.

    L'emmener à l'hôpital aussi vite que possible.

    Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital

    Si le patient est tout à fait conscient, respire normalement et ne
    vomit pas:

    *     Amitriptyline: si l'ingestion remonte à moins de 12 heures, lui
         donner à boire du charbon activé dans de l'eau et du sulfate de
         sodium ou de magnésium.

    *     Chloroquine, quinidine et quinine: administrer à plusieurs
         reprises du charbon activé pendant 24 heures (adultes, 50 g
         toutes les 2 à 4 heures enfants, 10 à 30 g toutes les 2 à 4
         heures). Associer à chaque dose de charbon activé du sulfate de
         sodium ou de magnésium, à raison de 30 g pour les adultes et de
         250 mg/kg de poids corporel pour les enfants, jusqu'à ce que les
         selles soient colorées en noir.

    Le malade doit être alité. Dans la mesure du possible, surélever le
    pied du lit, de façon qu'il ait les pieds plus haut que la tête. Cela
    permettra au sang d'atteindre le cerveau si la tension artérielle est
    basse.

                                                                       
    Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)

    Surveiller la respiration, le coeur, la tension artérielle,
    l'équilibre hydroélectrolytique, la glycémie et la fonction rénale.

    Instituer, le cas échéant, un traitement de soutien, notamment une
    oxygénothérapie et une ventilation mécanique:

    *    Traiter l'hypotension artérielle par l'administration
         intraveineuse de liquides; garder le patient alité, les pieds
         plus haut que la tête. On peut employer, le cas échéant, de
         l'insoprénaline, de la dopamine ou de la noradrénaline.

    *    En cas de crises convulsives répétées, faire une injection
         intraveineuse de diazépam.

    Dose:     Adultes: 10 à 20 mg, à raison de 0,5 ml (2,5 mg) toutes les
              30 secondes, à renouveler le cas échéant au bout de 30 à 60
              minutes; on peut poursuivre avec une perfusion intraveineuse
              jusqu'à un maximum de 3 mg/kg de poids corporel en 24
              heures.

              Enfants: 200 à 300 µg/kg de poids corporel.

    *    Corriger tout déséquilibre hydroélectrolytique.

    Chloroquine

    La concentration de potassium sérique peut être faible, mais on ne
    posera une perfusion de chlorure de potassium que s'il est possible de
    déterminer fréquemment en cours de perfusion la concentration
    plasmatique du potassium. En effet, celle-ci peut s'élever brutalement
    et devenir dangereuse.

    Le diazépam peut protéger le coeur des effets de la chloroquine, mais
    il peut également provoquer une dépression respiratoire et ne doit
    donc être administré que s'il est possible de ventiler le patient.
                                                                       

                                                                       
    Dose: 0,5 mg/kg de poids corporel, en injection intraveineuse.

    En cas d'inoxication grave, on peut l'administrer en perfusion
    intraveineuse continue pendant 24 à 48 heures.

    Dose: 5 à 10 mg par heure chez l'adulte; 0,25 à 0,4 mg/kg de poids
    corporel par heure chez l'enfant.

    Quinine

    Procéder à des examens oculaires fréquents. Rechercher une pâleur de
    la papille optique, une contraction des vaisseaux rétiniens, un oedème
    rétinien et un rétrécissement du champ visuel.
                                                                       

    Médicaments contenant du fer

    Médicaments traités dans cette section

    On s'intéressera ici aux sels de fer tels que le citrate d'ammonium
    ferrique, le fumarate ferreux, le gluconate ferreux et le sulfate
    ferreux.

    Utilisations

    Les médicaments contenant du fer sont employés dans le traitement de
    l'anémie ayant pour origine des apports alimentaires en fer
    insuffisants, ou une perte en fer trop importante de l'organisme, due
    par exemple à une ankylostomiase. Les sels de fer se présentent sous
    forme de comprimés ou de liquide pour voie orale. Certains comprimés
    de vitamines contiennent un petit peu de fer.

    Mode d'action

    Les sels de fer provoquent des lésions intestinales, hépatiques,
    cérébrales, vasculaires et des troubles hématologiques.

    Toxicité

    L'intoxication martiale peut entraîner le décès. Au-delà de 20 mg/kg
    de poids corporel de fer élémentaire, il peut y avoir intoxication.
    Quelques comprimés contenant 60 mg de fer élémentaire suffisent à
    intoxiquer un jeune enfant.

    Risques particuliers

    On trouve souvent des comprimés de fer dans les foyers où il y a de
    jeunes enfants, car ils sont prescrits aux femmes enceintes. Ces
    comprimés sont souvent brillants, de couleur vive et ressemblent à des
    bonbons.

    Signes et symptômes

    Dans les 6 heures suivant le surdosage:

         --   vomissements, maux de ventre et diarrhée; les vomissures et
              les selles peuvent être colorées en noir par le fer, ou être
              foncées parce qu'elles contiennent du sang,
         --   somnolence et perte de connaissance,
         --   convulsions.

    L'état des patients s'améliore en général au bout de 6 à 24 h, et ces
    derniers se rétablissent ou voient leur état s'aggraver.

    12 à 48 heures après ingestion:

         --   hypotension artérielle,
         --   perte de connaissance,
         --   convulsions,
         --   jaunisse due à des lésions hépatiques,
         --   oedème pulmonaire,
         --   débit urinaire faible et signes de lésion rénale.

    Les malades peuvent décéder d'une insuffisance hépatique.

    Ce qu'il faut faire

    Donner les premiers soins. Si le sujet est inconscient ou somnolent,
    l'allonger sur le côté dans la position de sécurité. Vérifier sa
    respiration toutes les 10 minutes et le garder au chaud.

    En cas de convulsions, traiter comme indiqué au Chapitre 5.

    L'emmener à l'hôpital aussi vite que possible.

    Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital

    Si le patient vomit longtemps, lui donner fréquemment à boire pour
    compenser les pertes en eau de l'organisme.

    Si l'ingestion du médicament remonte à moins de 12 heures et si le
    sujet est tout à fait conscient, respire normalement et n'a pas eu de
    convulsions, le faire vomir, sauf s'il a déjà vomi abondamment. Ne pas
    donner de charbon activé car il ne fixe pas le fer.

    Garder le malade alité. Dans la mesure du possible, surélever les
    pieds du lit de façon qu'il ait les pieds plus hauts que la tête.

    Si le malade urine très peu, traiter comme indiqué au Chapitre 9.

    S'il a le teint jaune et présente des signes de lésion hépatique,
    traiter comme indiqué au Chapitre 9.

    S'il présente des signes d'oedème pulmonaire, traiter comme indiqué au
    Chapitre 9.

                                                                       
    Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)

    En plus des effets précédemment cités, la glycémie peut être d'abord
    élevée puis s'abaisser. Dans les intoxications graves, il peut y avoir
    acidose métabolique, hémorrhagie gastro-intestinale, choc et collapsus
    cardio-vasculaire.

    Surveiller la tension artérielle, l'équilibre hydroélectrolytique, la
    numération leucocytaire, la glycémie et les fonctions hépatique et
    rénale. Instituer le cas échéant un traitement de soutien, notamment
    une oxygénothérapie et une ventilation mécanique:

    *    Corriger tout déséquilibre hydroélectrolytique.
    *    En cas de crises convulsives répétées, faire une injection
         intraveineuse de diazépam.

    Dose:     Adultes: 10 à 20 mg, à raison de 0,5 ml (2,5 mg) toutes les
              30 secondes, à renouveler le cas échéant au bout de 30 à 60
              minutes; on peut poursuivre avec une perfusion intraveineuse
              jusqu'à un maximum de 3 mg/kg de poids corporel en 24
              heures.

              Enfants: 200 à 300 µg/kg de poids corporel.

    Les sujets qui ne présentent aucun signe ni symptôme d'intoxication
    dans les 6 heures suivant l'ingestion, n'ont besoin d'aucun
    traitement.

    L'antidote est la déféroxamine. Il peut être administré par voie
    intramusculaire ou intraveineuse, mais on l'administrera de préférence
    en perfusion intraveineuse. Un embol intraveineux rapide peut
    provoquer une hypotension ou une réaction de type anaphylactique.
    L'injection intramusculaire peut être douloureuse au point
    d'injection, et si elle est trop importante, risque de provoquer une
    hypotension.

    Il convient d'administrer de la déféroxamine à tous les patients qui
    présentent des signes et symptômes d'intoxication sévère: état de
    choc, perte de connaissance, vomissements sévères ou acidose, ou
    encore une sidérémie sérique supérieure à 5 mg/l.

    Il peut être utile d'en donner également aux sujets qui présentent des
    signes et symptômes d'intoxication légère à modérée. Cependant, il
    vaut mieux discuter de chaque cas avec un centre antipoisons car il
    est difficile d'interpréter les taux de fer sérique, en particulier si
    ce sont des préparations à libération prolongée qui ont été ingérées.
                                                                       

                                                                       
    Dose en perfusion intraveineuse lente:

    Adultes et enfants: 15 mg/kg de poids corporel par heure (ne pas
    dépasser 80 mg/kg de poids corporel en 24 heures).

    Dose en injection intramusculaire:

    Adultes et enfants: 1 à 2 g par voie intramusculaire toutes les 3 à 12
    heures.

    Ne pas dépasser 6 g en 24 heures.

    En cas d'insuffisance rénale, faire une hémodialyse.

    Les malades présentant des lésions intestinales dues à l'effet
    corrosif du fer peuvent montrer des sténoses au bout 2 à 6 semaines.
                                                                       

    Opiacés

    Médicaments traités dans cette section

    Les opiacés (également appelés opioïdes ou narcotiques) sont un groupe
    de médicaments qui ont des effets analogues à ceux de la morphine.
    Voici quelques exemples d'opiacés:

    codéine                            méthadone
    dextromé thorphane                 morphine
    dextropropoxyphène                 opium
    diamorphine/héroïne                pentazocine
    dihydrocodéine                     péthidine
    diphénoxylate                      pholcodine
    lopéramide

    Utilisations normales et détournements d'usage

    Les opiacés sont utilisés pour le traitement de la douleur, de la toux
    et de la diarrhée. Certaines préparations contiennent un mélange
    d'opiacé et d'autres médicaments. La codéine, le dextropropoxyphène,
    la diamorphine, la dihydrocodéine, la méthadone, la morphine, la
    pentazocine et la péthidine sont utilisés pour le traitement de la
    douleur. Certaines préparations contiennent de l'acide
    acétylsalicylique (aspirine) ou du paracétamol et un opiacé. La
    codéine, le dextrométhorphane, la méthadone et la pholcodine sont
    employés dans les sirops et électuaires antitussifs. On utilise la
    codéine, le diphénoxylate, le lopéramide et la morphine contre la
    diarrhée. Les préparations de diphénoxylate et d'atropine sont très
    répandues.

    Il existe une toxicomanie aux opiacés car ces produits procurent une
    sensation de détente.

    Mode d'action

    Les opiacés agissent sur l'activité cérébrale et peuvent engendrer un
    coma profond; la respiration devient plus lente et peut s'arrêter
    brutalement.

    Lorsqu'on associe le diphénoxylate à l'atropine, il peut s'écouler
    plusieurs heures avant que l'opiacé n'agisse sur la respiration.
    L'atropine ralentit l'absorption intestinale de l'opiacé, et donc son
    passage dans la circulation sanguine.

    Toxicité

    Des quantités toxiques d'opiacés peuvent entraîner le décès dans
    l'heure qui suit, en particulier si elles ont été associées à de
    l'alcool, ou à d'autres substances ralentissant l'activité cérébrale.

    Risques particuliers

    Les personnes traitées par les opiacés peuvent présenter une
    accoutumance à ces produits. Les personnes qui prennent des opiacés
    pendant longtemps ont parfois besoin d'en prendre des doses de plus en
    plus importantes pour obtenir les mêmes effets et risquent d'en
    prendre une dose mortelle par erreur.

    L'association diphénoxylate-atropine peut entraîner des intoxications
    graves si elle est administrée à un jeune enfant pour le traitement
    d'une diarrhée. Cette association est particulièrement dangereuse si
    la dose thérapeutique a été dépassée, car l'atropine retarde les
    effets de l'opiacé de plusieurs heures, et il faut parfois jusqu'à 30
    heures après la prise pour que ces derniers se manifestent. Si l'on
    renvoie chez eux trop rapidement des sujets censément intoxiqués,
    c'est-à-dire avant que l'opiacé n'ait commencé à faire de l'effet, on
    les expose à un arrêt respiratoire et ils risquent de mourir avant
    qu'on ait eu le temps de les ramener à l'hôpital.

    Signes et symptômes

    Leurs effets sont les suivants:

         --   pupilles très rétrécies,
         --   somnolence puis perte de connaissance,
         --   respiration lente,
         --   contractions involontaires ou convulsions (codéine,
              dextropropoxyphène, péthidine),
         --   hypothermie,
         --   hypotension artérielle (parfois),
         --   oedème pulmonaire,

         --   le patient peut présenter un arrêt respiratoire soudain et
              mourir très rapidement, dans les minutes qui suivent une
              injection intraveineuse, ou dans les 1 à 4 heures suivant
              l'ingestion d'un opiacé. Les sujets qui restent longtemps
              dans le coma risquent de mourir d'une pneumopathie.

    Les toxicomanes qui se droguent aux opiacés peuvent présenter des
    marques de piqûres.

    Association diphénoxylate-atropine

    Juste après le surdosage:

         --   chaleur du visage,
         --   pouls rapide,
         --   température supérieure à la normale,
         --   hallucinations.

    Dans les 2 à 3 heures qui suivent et jusqu'à 30 heures après le
    surdosage:

         --   pupilles rétrécies,
         --   somnolence puis perte de connaissance,
         --   pouls lent,
         --   respiration lente, pouvant s'arrêter complètement.

    L'état du malade peut s'améliorer, puis s'aggraver à nouveau au bout
    de plusieurs heures.

    Ce qu'il faut faire

    Donner les premiers soins. En cas d'arrêt respiratoire, dégager les
    voies aériennes et faire un bouche-à-bouche. Si le coeur s'arrête,
    pratiquer un massage cardiaque.

    Si le sujet est inconscient ou somnolent, l'allonger sur le côté dans
    la position de sécurité. Vérifier sa respiration toutes les 10 minutes
    et le garder au chaud.

    En cas de convulsions, traiter comme indiqué au Chapitre 5.

    L'antidote est la naloxone. Il faut l'administrer si la respiration
    est lente (moins de 10 respirations par minute).

    Dose:     1 ml (0,4 mg) en injection intramusculaire, chez l'adulte
              comme chez l'enfant. Si le sujet respire normalement au bout
              de 2 à 3 minutes mais ne se réveille pas, renouveler
              l'injection. On peut administrer jusqu'à quatre doses de
              naloxone si le sujet ne se réveille pas.

    Surveiller attentivement sa respiration. Si elle ralentit à nouveau,
    redonner de la naloxone jusqu'à ce qu'elle redevienne normale. Il peut
    falloir pour cela plusieurs injections.

    Si rien ne se passe au bout de quatre injections de naloxone:

         --   le sujet a peut-être pris d'autres médicaments avec les
              opiacés;
         --   il n'a peut-être pas pris d'opiacés; il a perdu connaissance
              pour une autre raison, par exemple un traumatisme crânien;
         --   l'intoxication est si grave qu'il y a des lésions
              cérébrales;
         --   le sujet est resté dans le coma pendant longtemps et s'est
              beaucoup refroidi.

     Association diphénoxylate-atropine: Si le patient a de la fièvre,
    lui éponger le corps à l'eau fraîche. S'il présente des
    hallucinations, l'installer dans un endroit calme où la lumière est
    tamisée, et où il ne risque pas de se faire mal. Rester soi-même calme
    et silencieux pour le rassurer.

    L'emmener à l'hôpital aussi vite que possible. Un sujet qui a pris du
    diphénoxylate-atropine peut être en danger, même en l'absence de tout
    signe ou symptôme.

    La toxicomanie est à traiter en milieu hospitaliser.

    Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital

     En cas d'ingestion: si celle-ci remonte à moins de 4 heures et si le
    sujet est tout à fait conscient, respire normalement et n'a pas eu de
    convulsions:

    *    Le faire vomir, sauf s'il a déjà abondamment vomi.
    *    Lui donner à boire du charbon activé dans de l'eau. Si l'on a
         provoqué des vomissements, attendre pour cela que ces derniers
         aient cessé; associer au charbon du sulfate de sodium ou de
         magnésium.

    S'il semble qu'on ait affaire à un toxicomane, demander à quelqu'un de
    rester pour vous aider car le sujet risque d'être violent à son
    réveil.

                                                                       
    Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)

    En plus des effets précédemment cités, le patient peut présenter une
    hypoglycémie et une ischémie musculaire (rhabdomyolyse) entraînant une
    insuffisance rénale.

    Surveiller la respiration, le pouls, la tension artérielle,
    l'équilibre hydroélectrolytique et la glycémie. Un patient ayant reçu
    un opiacé pour traiter une diarrhée peut souffrir de déshydratation.
    Instituer le cas échéant un traitement de soutien, notamment une
    oxygénothérapie et une ventilation mécanique:
                                                                       

                                                                       
    *    Liquides par voie intraveineuse en cas d'hypotension artérielle.

    *    Correction de tout déséquilibre hydroélectrolytique.

    Antidote: On peut administrer la naloxone par voie intramusculaire,
    comme indiqué dans le texte, ou par voie intraveineuse. Chez l'adulte
    la dose à administrer par voie intraveineuse est de 0,4 à 2 mg. En
    l'absence de réponse, renouveler les injections de 2 mg toutes les 2 à
    3 minutes jusqu'à ce que le malade réponde, ou jusqu'à avoir atteint
    10 mg. Dès que le malade répond, poser une perfusion intraveineuse
    continue à la vitesse de 0,4 à 0,8 mg par heure. Evaluer l'état
    général du malade au bout de 10 heures. Il arrive qu'il faille
    poursuivre la perfusion pendant 48 heures.Chez l'enfant, administrer
    0,01 mg/kg de poids corporel toutes les 2 à 3 minutes, jusqu'à un
    maximum de 0,1 mg/kg de poids corporel.

    Un sujet ayant pris du diphénoxylate-atropine doit rester en
    observation pendant au moins 24 à 36 heures, au cas où il perdrait
    connaissance.
                                                                       

    Paracétamol

    Utilisations

    Le paracétamol (également connu sous le nom d'acétaminophène) est
    largement utilisé pour le traitement de la douleur, des
    refroidissements et de la grippe. Il se présente sous forme de
    comprimés, de gélules ou de liquide pour voie orale. Certains
    médicaments contiennent un mélange de paracétamol et d'acide
    acétylsalicylique (aspirine), d'antihistaminiques, de barbituriques,
    ou d'opiacés.

    Mode d'action

    Les doses massives de paracétamol provoquent des lésions hépatiques et
    rénales.

    Toxicité

    Une dose de 150 mg/kg de poids corporel suffit à provoquer des lésions
    hépatiques. Il est rare que des enfants soient gravement intoxiqués
    par le paracétamol.

    Risques particuliers

    Beaucoup de gens ont du paracétamol chez eux, souvent rangé à la
    portée des enfants.

    Signes et symptômes

    Au cours des premières 24 heures, le sujet peut ne présenter aucun
    signe d'intoxication, ou avoir des:

         --   nausées,
         --   vomissements,
         --   maux de ventre.

    Au bout de 24 à 48 heures:

         --   douleurs au côté droit.

    Au bout de 2 à 6 jours:

         --   coloration jaune de la peau et du blanc des yeux, signant la
              présence de lésions hépatiques,
         --   vomissements dus à des lésions hépatiques,
         --   pouls rapide et irrégulier,
         --   confusion,
         --   perte de connaissance.

    Le patient peut décéder par suite des lésions hépatiques.

    Ce qu'il faut faire

    Donner les premier soins. Si le sujet est inconscient ou somnolent,
    l'allonger sur le côté dans la position de sécurité. Vérifier sa
    respiration toutes les 10 minutes et le garder au chaud.

    L'emmener à l'hôpital aussi vite que possible.

    Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital

    Si l'ingestion remonte à moins de 15 heures et si le sujet est tout à
    fait conscient et respire normalement, lui donner de la méthionine
    comme antidote (voir doses ci-dessous).

    Ne pas donner de charbon activé, car il fixera la méthionine et
    l'empêchera d'agir comme antidote.

    Doses de méthionine:

    Adultes: 2,5 g par voie orale, toutes les 4 heures à 4 reprises.

    Enfants: 1 g par voie orale, toutes les 4 heures à 4 reprises.

    La première dose de méthionine ne doit pas être administrée plus de 15
    heures après l'ingestion du paracétamol. Si le sujet vomit dans
    l'heure qui suit la prise de la méthionine, renouveler une fois la
    dose.

    Si le sujet présente des signes de lésions hépatiques, traiter comme
    indiqué au Chapitre 9.

                                                                       
    Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)

    Surveiller l'équilibre hydroélectrolytique, la glycémie et les
    fonctions hépatique et rénale. Instituer le cas échéant un traitement
    de soutien et corriger tout déséquilibre hydroélectrolytique.

    Antidotes. Ils sont très efficaces s'ils sont administrés dans les 8 à
    10 heures suivant l'ingestion et leur efficacité cesse probablement
    au-delà de 24 heures après l'ingestion. S'il est probable que le
    patient ait pris une dose toxique, lui donner immédiatement un
    antidote. Dans la mesure du possible, en discuter d'abord avec le
    centre antipoisons. Les doses données ici ne le sont qu'à titre
    indicatif. Ne pas donner de charbon activé si l'on administre
    l'antidote par voie orale.

     La méthionine est le meilleur antidote à utiliser si l'ingestion du
    paracétamol remonte à moins de 15 heures et si le sujet peut la
    prendre par voie buccale. Pour les doses, se reporter au corps du
    texte.

    On utilisera  l'acétylcystéine dans les 24 heures suivant
    l'ingestion. On peut l'administrer par voie intraveineuse ou par voie
    orale. Dans ce dernier cas, elle peut provoquer des nausées et des
    vomissements. Par voie intraveineuse, elle peut provoquer des nausées,
    des bouffées vasomotrices, des réactions cutanées et, plus rarement,
    un oedème de Quincke, une respiration sifflante et une détresse
    respiratoire. En cas de réaction grave, arrêter la perfusion, donner
    un antihistaminique, puis redémarrer la perfusion ou donner à la place
    de la méthiomine.

     Doses pour adultes et enfants:

    --   150 mg/kg de poids corporel dans 200 ml de glucose à 5%, en
         perfusion intraveineuse lente en 15 minutes; puis

    --   50 mg/kg de poids corporel en perfusion intraveineuse dans 500 ml
         de glucose à 5% en 4 heures; puis

    --   100 mg/kg de poids corporel dans 1000 ml de glucose à 5% en 16
         heures.

    Ce qui représente au total 300 mg/kg de poids corporel en 20 heures 15
    minutes.
                                                                       

                                                                       
    Si l'on ne dispose pas d'une préparation d'acétylcystéine à
    administrer par voie intraveineuse, on peut administer par voie orale
    des préparations destinées au traitement de l'asthme chronique. Ce
    sont en général des solutions d'acétylcystéine à 10% ou 20%. Il faut
    les diluer extemporanément dans du jus de fruits, une boisson non
    alcoolisée ou de l'eau pour obtenir une solution à 5%.

    Posologie de la solution d'acétylcystéine à 5% sous forme liquide: une
    dose totale de 1330 mg/kg de poids corporel doit être administrée en
    72 heures comme suit:

    --   140 mg/kg de poids corporel au début; puis

    --   70 mg/kg de poids corporel toutes les 4 heures, à 17 reprises (en
         68 heures).

    Si le patient vomit dans l'heure qui suit la prise du médicament, il
    faut le lui redonner.

    La concentration plasmatique de paracétamol, mesurée au moins 4 heures
    après le surdosage, indique la possibilité d'une lésion hépatique et
    la nécessité de recourir à un antidote. Dans la mesure du possible, il
    faut en discuter d'abord avec un centre antipoison. Si les
    concentrations plasmatiques de paracétamol sont faibles, arrêter
    l'antidote. Les concentrations plasmatiques ne sont pas fiables si le
    sujet a pris plusieurs doses massives. En pareil cas, donner de
    l'accétylcystéine.
                                                                       

    Pénicilline et tétracycline (antibiotiques)

    Médicaments traités dans cette section

    Cette section traite de la pénicilline, de la tétracycline et des
    antibiotiques du même type.

    Exemples de médicaments analogues à la pénicilline: amoxicilline,
    ampicilline, benzylpénicilline et cloxacilline.

    Exemples de médicaments analogues à la tétracycline: doxycycline,
    oxytétracycline.

    Utilisations

    Ces médicaments servent à lutter contre les infections. Ils se
    présentent sous forme de comprimés, de gélules et de liquides pour
    voie buccale, et de solutions injectables ou de solutions pour
    perfusion intraveineuse.

    Mode d'action

    Pris en doses massives uniques par voie orale, ces médicaments ne sont
    pas toxiques, mais certaines personnes sont allergiques aux substances
    de type pénicilline. Chez elles, une dose peut suffire à entraîner une
    réaction allergique bénigne, comme une éruption cutanée, ou une
    réaction grave pouvant entraîner le décès.

    Risques particuliers

    Certains antibiotiques liquides ont un goût sucré ou fruité qui peut
    induire les enfants en erreur et leur faire croire qu'il s'agit de
    boissons sucrées.

    Signes et symptômes

    Si le sujet n'est pas allergique:

         --   nausées, vomissements et diarrhée.

    Si le sujet est allergique:

         --   démangeaisons et éruption cutanée,
         --   difficultés de déglutition,
         --   pourtour des yeux enflés,
         --   respiration sifflante, hachée, difficultés respiratoires,
         --   faiblesse et vertiges,
         --   sueurs froides,
         --   douleur thoracique,
         --   pouls rapide et faible,
         --   hypotension artérielle,
         --   perte de connaissance.

    Ce qu'il faut faire

    Aucun traitement n'est nécessaire, sauf si le sujet présente une
    réaction allergique.

    En cas de réaction allergique

    Donner les premiers soins. En cas d'arrêt respiratoire, dégager les
    voies aériennes et faire un bouche-à-bouche. Si le coeur s'arrête,
    pratiquer un message cardiaque.

    Allonger le malade sur le dos, la tête tournée sur le côté et les
    jambes plus haut que la tête (en faisant reposer les pieds sur une
    boîte, par exemple). Cela permettra au sang d'atteindre le cerveau et
    diminuera le risque d'obstruction des voies aériennes par les
    vomissures. Vérifier sa respiration toutes les 10 minutes et le garder
    au chaud.

    L'emmener à l'hôpital aussi vite que possible.

                                                                       
    Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)

    Si le sujet présente une réaction allergique grave (anaphylactique):

    *    donner de l'oxygène à l'aide d'un masque (concentration aussi
         élevée que possible). Intuber le sujet s'il a perdu connaissance.

    *    Donner de l'adrénaline par voie intramusculaire aussi vite que
         possible, sauf si le pouls central est fort et l'état général
         bon. Tout retard peut être mortel.

    Age                      Dose d'adrénaline 
                             (1 pour 1000, 1 mg/ml)

    Moins de 1 an            0,05 ml
    1 an                     0,1 ml
    2 an                     0,2 ml
    3-4 ans                  0,3 ml
    5 ans                    0,4 ml
    6-12 ans                 0,5 ml
    Adulte                   0,5 à 1 ml

    Ces doses sont à renouveler toutes les 10 minutes jusqu'à ce que la
    tension artérielle et le pouls s'améliorent. On réduira les dose chez
    les enfants dont le poids est inférieur à la moyenne.

    Il est utile d'administrer des antihistaminiques, comme la
    chlorphénamine ou la prométhazine, par injection intraveineuse lente
    après l'adrénaline, afin de traiter l'éruption cutanée, les
    démangeaisons ou l'oedème et d'éviter toute rechute.

    Si l'état du malade ne s'améliore pas, instituer un traitement de
    soutien:

         --   oxygénothérapie et ventilation mécanique,
         --   liquides par voie intraveineuse,
         --   en cas d'asthme ou de respiration sifflante, l'inhalation de
              salbutamol ou une injection intraveineuse de théophyline
              peuvent être utiles.
                                                                       

    Proguanil

    Utilisations

    Le proguanil est employé pour la prévention et le traitement du
    paludisme. Il se présente sous forme de comprimés pour voie orale.

    Toxicité

    Il ne provoque pas d'intoxication grave, même si le surdosage est très
    important.

    Signes et symptômes

    Ses effets sont les suivants:

         --   nausées, vomissements et diarrhée,
         --   présence de sang dans les urines.

    Ce qu'il faut faire

    Si le sujet vomit et a de la diarrhée, lui donner fréquemment de l'eau
    à boire pour remplacer les pertes liquidiennes. Autrement, il n'y a
    pas lieu de le faire vomir.

    Rifampicine

    Utilisations

    La rifampicine est utilisée dans le traitement de la tuberculose et
    d'autres maladies bactériennes. On l'associe à la dapsone pour le
    traitement de la lèpre. Elle se présente sous forme de comprimés, de
    gélules et de liquide pour voie orale, ou de solutions pour perfusion
    intraveineuse.

    Mode d'action

    Elle agit au niveau du sang, du foie et des reins.

    Toxicité

    Une dose massive unique peut entraîner le décès, mais la plupart des
    sujets se rétablissent s'ils sont traités correctement. Certains
    sujets soumis à un traitement au long cours peuvent présenter une
    intoxication chronique. L'intoxication est plus grave chez les sujets
    qui ont une consommation d'alcool excessive, ou qui présentent une
    maladie hépatique.

    Signes et symptômes

    Intoxication aiguë

    Ses effets sont les suivants:

         --   coloration rouge-orange de la peau, des urines, des selles,
              de la sueur et des larmes; cette couleur disparaît au
              lavage,
         --   chaleur de la peau, démangeaisons, sueurs et oedème de la
              face,
         --   nausées, vomissements et maux de ventre,
         --   léthargie et perte de connaissance,
         --   au bout de 6 à 10 heures, le blanc des yeux jaunit,
         --   convulsions.

    Le décès peut survenir brutalement.

    Intoxication chronique

    Les effets sont les suivants:

         --   nausées, vomissements, constipation ou diarrhée et maux de
              ventre,
         --   éruption cutanée, démangeaisons et chaleur de la peau,
         --   symptômes de type grippal,
         --   signes de lésions hépatiques et rénales.

    Ce qu'il faut faire

    Intoxication aiguë

    Donner les premiers soins. Si le sujet est inconscient ou somnolent,
    l'allonger sur le côté dans la position de sécurité. Vérifier sa
    respiration toutes les 10 minutes et le garder au chaud.

    En cas de convulsions, traiter comme indiqué au Chapitre 5.

    L'emmener à l'hôpital aussi vite que possible.

    Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital

    Si l'ingestion remonte à moins de 4 heures, et si le sujet est tout à
    fait conscient et respire normalement:

    *    Le faire vomir, à moins qu'il n'ait déjà vomi abondamment.
    *    Lui donner à boire du charbon activé dans de l'eau. Si l'on a
         provoqué les vomissements, attendre pour cela que ces derniers
         aient cessé.

    Renouveler les doses de charbon activé toutes les 2 à 4 heures pendant
    24 heures (adultes, 50 g par dose; enfants, 10 à 15 g par dose).
    Associer à chaque dose de charbon du sulfate de sodium ou de
    magnésium, à raison de 30 g pour les adultes et de 250 mg/kg de poids
    corporel pour les enfants, jusqu'à ce que les selles soient colorées
    en noir.

    Intoxication chronique

    Si le sujet présente des signes de lésion hépatique, traiter comme
    indiqué au Chapitre 9. S'il y a des signes de lésion rénale, traiter
    comme indiqué au Chapitre 9.

                                                                       
    Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)

    Intoxication aiguë

    Surveiller le pouls, la respiration, la tension artérielle et la
    fonction rénale. Instituer le cas échéant un traitement de soutien,
    notamment une oxygénothérapie et une ventilation mécanique. En cas de
    crises convulsives répétées, faire une injection intraveineuse de
    diazépam.

    Dose:     Adultes: 10 à 20 mg, à raison de 0.5 ml (2,5 g) toutes les
              30 secondes, à renouveler le cas échéant ou bout de 30 à 60
              minutes; on peut poursuivre avec une perfusion intraveineuse
              jusqu'à un maximum de 3 mg/kg de poids corporel en 24
              heures.

              Enfants: 200-300 µg/kg de poids corporel.

    Intoxication chronique

    L'intoxication chronique peut engendrer des troubles hématologiques
    tels qu'une thrombopénie, une éosinophilie, une leucopénie et une
    anémie hémolytique. Il faut donc faire des numérations globulaire et
    plaquettaire complètes. On surveillera la fonction hépatique.
                                                                       

    Salbutamol

    Utilisations

    Le salbutamol est employé pour le traitement de l'asthme. Il se
    présente sous forme de comprimés pour voie orale, de solutions pour
    injection et perfusion intraveineuses, ou d'aérosols et de
    pulvérisations à inhaler.

    Mode d'action

    Il agit sur les nerfs qui contrôlent le coeur et la respiration.

    Toxicité

    Le salbutamol ne provoque pas en général d'intoxication grave.

    Risques particuliers

    Le salbutamol est couramment prescrit chez l'enfant asthmatique et est
    donc souvent rangé à sa portée. Les jeunes adolescents en font parfois
    un usage immodéré car il provoque une certaine excitation. Ils se
    pulvérisent l'aérosol dans la bouche.

    Signes et symptômes

    Ses effets sont les suivants:

         --   excitation et agitation,
         --   hallucinations,
         --   pouls rapide,
         --   palpitations,
         --   tremblements,
         --   convulsions,
         --   oedème pulmonaire.

    Ce qu'il faut faire

    Donner les premiers soins. En cas de pouls rapide ou de palpitations,
    faire se reposer le sujet jusqu'à ce que son pouls redevienne normal.

                                                                       
    Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)

    Les complications graves sont les suivantes: chute de la concentration
    plasmatique de potassium, troubles du rythme cardiaque, notamment
    tachyarythmies ventriculaires, hyperglycémie et acidose lactique.

    Surveiller le pouls et la tension artérielle, l'équilibre
    hydroélectrolytique et la glycémie. Le cas échéant, instituer un
    traitement de soutien: correction de tout déséquilibre électrolytique,
    en particulier pour le potassium plasmatique.

    Il n'y a pas lieu de traiter une tachycardie. Les arythmies graves
    peuvent être traitées par une faible dose de propranolol administée en
    injection intraveineuse lente (dose pour adulte, 1-2 mg). Ne pas
    donner de propranolol à un asthmatique, car cela risquerait de lui
    déclencher une crise d'asthme.
                                                                       

    Trinitrine, hydralazine et médicaments de type propranolol

    Médicaments traités dans cette section

    On s'intéressera ici à la trinitrine, à l'hydralazine, au propranolol
    et aux médicaments du même type. Ces médicaments sont appelés
    inhibiteurs des récepteurs bêta-adrénergiques, ou bêtabloquants.

    Exemples de médicaments de type propranolol: aténolol et oxprénolol.

    La trinitrine est également appelée nitroglycérine ou trinitrate de
    glycérol.

    Utilisations

    La trinitrine sert au traitement des maladies cardiaques. Elle se
    présente sous forme de comprimés qu'il faut faire fondre sous la
    langue (sublinguaux), de comprimés à avaler, de solutions injectables
    ou pour perfusion intraveineuse.

    Administré sous forme de comprimés sublinguaux, le médicament agit en
    quelques minutes et ses effets durent moins de 30 minutes. Les gens
    qui présentent une maladie cardiaque les prennent pour traiter des
    douleurs thoraciques soudaines.

    Les comprimés à avaler sont des comprimés à libération prolongée;
    leurs effets durent plusieurs heures. On les prend pour prévenir les
    douleurs thoraciques.

    L'hydralazine est employée pour le traitement de l'hypertension
    artérielle. Elle se présente sous forme de comprimés pour voie orale
    et de solutions pour injections ou pour perfusion intraveineuse.

    Les médicaments de type propranolol sont employés pour le traitement
    de l'hypertension artérielle et des troubles cardiaques. Ils se
    présentent sous forme de comprimés et de gélules pour voie orale (dont
    certains à libération prolongée agissant plus longtemps), ou de
    solutions injectables.

    Mode d'action

    Les principaux effets de l'intoxication par ces médicaments sont une
    hypotension artérielle et des modifications de la fréquence cardiaque.
    La trinitrine et l'hydralazine entraînent un relâchement des muscles
    de la paroi vasculaire, et donc une chute de la tension artérielle.
    Les médicaments de type propranolol provoquent une baisse de la
    tension artérielle en agissant sur les nerfs qui contrôlent la
    fréquence cardiaque et les vaisseaux sanguins. Ils agissent également
    sur la respiration et l'activité cérébrale.

    Toxicité

    Les intoxications graves par la trinitrine sont rares. Des doses
    massives de médicaments de type propranolol peuvent entraîner une
    intoxication grave et le décès.

    Risques particuliers

    Certaines personnes atteintes de maladies cardiaques prennent de la
    trinitrine en cas de douleur thoracique soudaine. Elles doivent
    pouvoir en prendre rapidement et rangent souvent leurs comprimés à la
    portée des enfants.

    Signes et symptômes

    Trinitrine

    Ses effets se font en général sentir dans les 30 minutes qui suivent
    et durent moins d'une heure s'il s'agit des comprimés d'action rapide,
    ou plusieurs heures s'il s'agit des comprimés à libération prolongée:

         --   maux de tête (céphalées) pulsatiles,
         --   chaleur du visage,
         --   vertiges,
         --   palpitations,
         --   hypotension artérielle.

    Hydralazine

    Ses effets sont les suivants:

         --   chaleur de la peau,
         --   nausées et vomissements,
         --   maux de tête,
         --   pouls rapide et irrégulier,
         --   hypotension artérielle.

    Médicaments de type propranolol

    En général leurs effets se font sentir très rapidement et peuvent
    durer plusieurs jours:

         --   pouls lent,
         --   nausées et vomissements,
         --   hallucinations,
         --   somnolence,
         --   hypotension artérielle,
         --   convulsions,
         --   perte de connaissance,
         --   il peut y avoir arrêt cardio-respiratoire.

    Ce qu'il faut faire

    Donner les premiers soins. En cas d'arrêt respiratoire, dégager les
    voies aériennes et faire un bouche-à-bouche. Si le coeur s'arrête,
    pratiquer un massage cardiaque.

    Si le sujet est inconscient ou somnolent, l'allonger sur le côté dans
    la position de sécurité. Vérifier sa respiration toutes les 10 minutes
    et le garder au chaud.

    Médicaments de type propranolol: En cas de convulsions, traiter comme
    indiqué au Chapitre 5.

    Emmener le malade à l'hôpital aussi vite que possible.

    Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital

    La trinitrine quitte très rapidement l'estomac et il est donc inutile
    de faire vomir le malade ou de lui donner du charbon activé, sauf s'il
    a pris des comprimés à libération prolongée.

     En cas d'ingestion de comprimés de trinitrine à libération 
     prolongée, d'hydralazine ou de médicaments de type propranolol: 
    si l'ingestion remonte à moins de 4 heures et si le patient est tout à
    fait conscient, respire normalement et n'a pas eu de convulsions:

    *    Le faire vomir, à moins qu'il n'ait déjà vomi abondamment.

    *    Lui donner à boire du charbon activé dans de l'eau. Si les
         vomissements ont été provoqués, attendre pour cela qu'ils aient
         cessé. Associer du sulfate de sodium ou de magnésium au charbon.

    Le patient doit rester alité. Dans la mesure du possible surélever les
    pieds du lit de façon qu'il ait la tête plus bas que les pieds. Cela
    permettra au sang d'atteindre le cerveau en cas d'hypotension
    artérielle.

                                                                       
    Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)

    Surveiller la respiration, le pouls, la tension artérielle,
    l'équilibre hydroélectrolytique et la fonction rénale.

    Instituer le cas échéant un traitement de soutien notamment une
    oxygénothérapie et une ventilation mécanique:

    *    En cas d'hypotension, administration intraveineuse de liquides.
    *    En cas de crises convulsives répétées, injection intraveineuse de
         diazépam.

    Dose:     Adultes: 10 à 20 mg, à raison de 0,5 ml (2,5 mg) toutes les
              30 secondes, à renouveler le cas échéant au bout de 30 à 60
              minutes; on peut poursuivre avec une perfusion intraveineuse
              jusqu'à un maximum de 3 mg/kg de poids corporel en 24
              heures.

              Enfants: 200 à 300 µg/kg de poids corporel.

    Hydralazine

    Si les liquides administrés par voie intraveineuse ne suffisent pas à
    normaliser la tension artérielle, on peut utiliser de la dopamine ou
    de la noradrénaline.
                                                                       

                                                                       
    Médicaments de type propranolol

    Si l'administration de liquides par voie intraveineuse ne suffit pasœ
    anormaliser la tension artérielle, on injectera de l'isoprénaline par
    voie intraveineuse. Les doses nécessaires pour élever les chiffres
    tensionnels sont parfois importantes. On surveillera attentivement la
    tension artérielle, car dans certains cas l'isoprénaline peut avoir un
    effet hypotenseur.

    Dose:     Adultes: 5-50 µg/minute.

              Enfant: 0,02 µg/kg de poids corporel par minute jusqu'à un
              maximum de 0,5 µg/kg de poids corporel par minute.

    Surveiller la glycémie. Si elle chute, injecter du glucose par voie
    intraveineuse.

    En cas de bronchospasme, administrer du salbutamol ou de
    l'aminophyline par voie intraveineuse.
                                                                       

    Plantes, animaux et toxines naturelles

    Plantes contenant de l'atropine

    Plantes traitées dans cette section

    Toutes les plantes que l'on verra dans cette section contiennent de
    l'atropine. Les plus courantes sont  Atropa belladonna (communément
    appelée belladone ou belle dame),  Datura stramonium (communément
    appelée stramoine d'Egypte, chasse-taupe ou pomme épineuse) et
     Hyoscyamus niger (communément appelée jusquiame).

     Atropa belladonna est un buisson à fleurs violettes ou rouges en
    forme de clochettes et à baies violettes ou noires que l'on trouve en
    Europe, en Afrique du Nord et en Asie de l'ouest.  Datura stramonium 
    est une herbe qui peut  atteindre 1-1,50 m de haut, et qui a des
    fleurs blanches ou mauves en forme d'entonnoir. Ses fruits sont des
    capsules épineuses contenant plusieurs graines noires. Cette plante a
    une odeur désagréable. Elle est originaire d'Amérique du Nord, mais on
    la trouve partout dans le monde.  Hyoscyamus niger est une herbe aux
    fleurs jaunes, parfois marquées de violet, qui a une odeur
    désagréable. On la trouve en Amérique du Nord et du Sud, en Europe, en
    Inde et en Asie de l'ouest.

    Utilisations normales et détournements d'usage

     Datura stramonium est utilisée en médecine traditionnelle pour
    prévenir ou traiter l'asthme.  Atropa belladonna et  Datura font
    l'objet d'un détournement d'usage à cause de leurs effets
    hallucinogènes. Les graines de  Datura sont très souvent employées.
    On fait parfois infuser les feuilles dans de l'eau pour en faire une

    boisson, ou on en fait des cigarettes que l'on fume. Dans certains
    pays, ces plantes sont employées pour provoquer des avortements.

    Mode d'action

    Ce sont des substances qui créent une excitation cérébrale et agissent
    sur les nerfs qui contrôlent le coeur, les yeux, les intestins et la
    vessie. Elles provoquent une sécheresse cutanée et buccale, de la
    fièvre, une dilatation des pupilles, une augmentation des fréquences
    cardiaques et respiratoires.

    Toxicité

    Toutes les parties de ces plantes sont toxiques si elles sont
    ingérées, même cuites ou bouillies, car le poison n'est pas détruit
    par la chaleur. Atropa et Hyoscyamus contiennent toutes les deux une
    sève irritante pour la peau et les yeux. La sève d'Atropa peut
    provoquer une intoxication si elle pénètre dans les yeux.

    La quantité d'atropine susceptible de provoquer une intoxication est
    très variable. La plupart des gens se rétablissent en 24 heures, mais
    l'intoxication peut être grave, en particulier chez la personne âgée
    et le jeune enfant.

    Risques particuliers

    Il existe un risque d'intoxication lorsque ces plantes font l'objet
    d'un détournement d'usage pour leurs effets hallucinogènes. Par
    ailleurs, il peut arriver que des enfants mangent les baies d'Atropa
    et les fleurs et les graines de Datura. Certains cas d'intoxication
    sont survenus à la suite d'erreurs, la Datura ayant été prise pour une
    plante comestible telle que l'épinard et les baies d'Atropa pour des
    fruits comestibles.

    Signes et symptômes

    *    En cas d'ingestion:

         --   peau rouge et sèche,
         --   dilatation des pupilles,
         --   troubles de la vision,
         --   sécheresse buccale et soif,
         --   confusion et hallucinations,
         --   excitation et agressivité,
         --   pouls rapide,
         --   impossibilité pour le malade d'uriner,
         --   perte de connaissance,
         --   fièvre,
         --   convulsions (rares).

    *    Atteinte cutanée (Atropa belladonna et Hyoscyamus niger):

         --   rougeur et irritation,
         --   éruption vésiculeuse.

    *    Atteinte oculaire:

         --   mêmes effets qu'en cas d'ingestion.

    Ce qu'il faut faire

    Donner les premiers soins. En cas d'arrêt respiratoire, dégager les
    voies aériennes et faire un bouche-à-bouche. Si le coeur s'arrête,
    pratiquer un massage cardiaque.

    Si le sujet est inconscient ou somnolent, l'allonger sur le côté dans
    la position de sécurité. Vérifier sa respiration toutes les 10
    minutes.

    En cas de convulsions, traiter comme indiqué au Chapitre 5.

    En cas de fièvre, éponger le corps de la victime à l'eau fraîche.

    Un sujet confus, très agité, agressif ou présentant des hallucinations
    doit être installé dans un endroit calme, où la lumière est tamisée, à
    l'abri de tout traumatisme. Rester soi-même calme et silencieux pour
    le rassurer.

    L'emmener à l'hôpital aussi vite que possible.

         Atteinte cutanée

          Atropa belladonna et  Hyoscyamus niger

         Laver aussi vite que possible l'endroit exposé à l'eau et au
         savon avec une éponge douce. Soulager les démangeaisons et
         l'inflammation avec des compresses froides. Dire à la personne de
         ne pas se gratter.

         Si la réaction cutanée est bénigne (rougeur, éruption sèche),
         appliquer une crème à l'hydrocortisone. Si l'éruption est
         suintante ou s'il y a des vésicules, ne pas employer la crème à
         l'hydrocortisone. Emmener la victime à l'hôpital.

         Atteinte oculaire

         Rincer les yeux à l'eau courante pendant au moins 15 à 20
         minutes. Emmener le sujet à l'hôpital.

    Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital

    Si l'ingestion d'une de ces plantes remonte à moins de 6 heures, et si
    le sujet est tout à fait conscient, respire normalement et n'a pas eu
    de convulsions:

    *    Le faire vomir, sauf s'il a déjà vomi abondamment.
    *    Lui donner à boire du charbon activé dans de l'eau. Si les
         vomissements ont été provoqués, attendre pour cela qu'ils aient
         cessé. Renouveler les doses de charbon activé toutes les 4 heures
         (adultes, 50 g enfants, 10-30 g). Associer à chaque dose de
         charbon du sulfate de sodium ou de magnésium, à raison de 30 g
         pour les adultes et de 250 mg/kg de poids corporel pour les
         enfants, jusqu'à ce que les selles soient colorées en noir.

                                                                       
    Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)

    En plus des effets précédemment cités, on peut observer des troubles
    du rythme cardiaque.

    Surveiller la respiration et la tension artérielle. Instituer le cas
    échéant un traitement de soutien, notamment une oxygénothérapie et une
    ventilation mécanique. En cas de crises convulsives répétées, faire
    une injection intraveineuse de diazépam, mais en sachant qu'il existe
    un risque respiratoire.

    Dose:     Adultes: 10 à 20 mg, à raison de 0,5 ml (2,5 mg) toutes les
              30 secondes, à renouveler le cas échéant au bout de 30 à 60
              minutes; on peut poursuivre avec une perfusion intraveineuse
              jusqu'à un maximum de 3 mg/kg de poids corporel en 24
              heures.

              Enfants: 200 à 300 µg/kg de poids corporel.

    Ne pas utiliser de chlorpromazine pour traiter les sujets agités.

    La physostigmine peut être utile en cas d'intoxication engageant le
    pronostic vital, mais elle a parfois elle-même des effets secondaires
    qui peuvent être mortels et il ne faut donc l'administrer qu'en milieu
    hospitalier et sous monitorage cardiaque.
                                                                       

    Cannabis

    Substance traitée dans cette section

    Le cannabis, également connu sous le nom de marijuana, chanvre indien,
    haschisch, ganja, «pot», «dope» et «herbe», est fabriqué à partir du
    chanvre indien ou  Cannabis sativa.

    Utilisations et abus

    Le cannabis fait souvent l'objet d'un usage immodéré et, dans certains
    pays, est presque autant consommé que l'alcool ou le tabac. Il donne
    une sensation de détente et de bien-être et paraît aviver les couleurs
    et amplifier les sons. On fume la plante séchée sous forme de
    cigarettes ou de pipe. Parfois, elle est ingérée avec des aliments.
    Certaines personnes se l'injectent.

    Mode d'action

    Le cannabis agit sur le cerveau.

    Toxicité

    Il n'est pas très toxique chez l'adulte, sauf en injection. Chez
    l'enfant, il peut y avoir des signes d'intoxication, mais en général
    le rétablissement se fait sans problème.

    Signes et symptômes

    Les effets du cannabis débutent dans les 10 minutes qui suivent
    l'inhalation de la drogue et durent environ 2 à 3 heures. En cas
    d'ingestion, les effets se font sentir au bout de 30 à 60 minutes et
    durent 2 à 5 heures. Il s'agit:

         --   en général d'une sensation de bien-être, de contentement et
              d'assoupissement, mais des doses élevées peuvent engendrer
              frayeur, panique et confusion,
         --   pouls rapide,
         --   troubles de l'équilibre,
         --   hallucinations,
         --   somnolence,
         --   difficultés d'élocution,
         --   toux si la drogue a été inhalée, par exemple sous forme de
              cigarettes.

    En cas d'injection, cette drogue peut entraîner des problèmes plus
    graves:

         --   maux de tête sévères,
         --   vertiges,
         --   respiration irrégulière,
         --   fièvre,
         --   hypotension artérielle,
         --   perte de connaissance.

    Ce qu'il faut faire

    Donner les premiers soins. Si le sujet est inconscient ou somnolent,
    l'allonger sur le côté dans la position de sécurité. Vérifier sa
    respiration toutes les 10 minutes.

    Un sujet anxieux ou confus devra être installé au calme et au chaud.

     En cas d'ingestion: il est inutile de faire vomir le sujet. S'il est
    tout à fait conscient, respire normalement et ne vomit pas, lui donner
    à boire du charbon activé dans de l'eau.

    Un sujet ayant reçu une injection de cannabis doit être conduit à
    l'hôpital aussi vite que possible.

                                                                       
    Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)

    Si le sujet a des hallucinations ou s'il est violent, lui administrer
    50 à 100 mg de chlorpromazine (dose pour adulte) par voie
    intramusculaire.

    Si le cannabis a été injecté

    Surveiller la respiration, le pouls, la tension artérielle, la
    température. Le cas échéant, instituer un traitement de soutien,
    notamment une oxygénothérapie et une ventilation mécanique:

    *    En cas d'hypotension artérielle, allonger le patient les pieds
         plus hauts que la tête; lui administrer des liquides par voie
         intraveineuse, s'il y a lieu.
                                                                       

    Plantes irritantes

    Plantes traitées dans cette section

    Les plantes dont on parlera ici provoquent des réactions cutanées.
    Certaines sont toxiques si elles sont ingérées.

    L'anacardier ou acajou à pommes (Anacardium occidentale L.) est
    présent dans la plupart des pays tropicaux. La coquille, mais non
    l'amande de la noix de cajou, contient un jus brun et huileux
    irritant. Si on la grille, ces substances chimiques sont détruites.

     Dieffenbachia seguine a une tige épaisse, charnue et des feuilles
    vertes, ovales ou lancé olées, souvent marbrées de jaune ou de blanc.
    Elle pousse à l'état sauvage dans les régions tropicales, mais c'est
    une plante d'appartement courante dans de nombreux pays.

    Les euphorbes  (Euphorbia species) constituent un grand groupe de
    plantes dont la morphologie est très variable puisqu'on y trouve aussi
    bien des herbes que des arbres.

    Le sumac vénéneux,  Rhus radicans (Toxicodendron radicans), et le
    toxicodendron,  Rhus toxicodendron (Toxicodendron toxicarium) 
    poussent à l'état sauvage, principalement en Amérique du Nord et dans
    le nord du Mexique. On les trouve parfois dans d'autres pays comme
    plantes d'ornement. Le sumac vénéneux est une plante grimpante que

    l'on peut trouver sur les arbres ou les maisons. Le toxicodendron est
    un buisson ou un petit arbre. Ces plantes ont des fleurs blanches et
    des baies vertes et des feuilles vertes qui tournent au rouge, au
    jaune, au violet ou à l'orange en automne. Le sumac vénéneux africain
     (Smodingium argutum) contient un poison analogue à celui de l'espèce
    américaine.

    Le manguier  (Mangifera indica) est un grand arbre qui donne des
    fruits verts ou jaune orange et que l'on trouve en Asie orientale, au
    Myanmar, dans certaines régions de l'Inde et en Amérique centrale.

    L'ortie brûlante commune,  Urtica dioica, est une mauvaise herbe
    annuelle ou vivace, qui pousse dans les friches des régions tempérées.

    Mode d'action

    La sève des euphorbes irrite la peau et agit au niveau cérébral en cas
    d'ingestion. La sève des feuilles ou des tiges coupées de
    Dieffenbachia provoque une irritation sévère des lèvres, de la cavité
    buccale et de la gorge. Les réactions cutanées à l'ortie brûlante
    commune sont provoquées par le frottement contre des poils urticants
    de la tige et des feuilles qui libèrent des substances chimiques
    irritantes.

    Les coquilles de noix de cajou, les feuilles, les tiges et la peau des
    fruits du manguier, le sumac vénéneux africain, le sumac vénéneux et
    le toxicodendron provoquent des réactions cutanées allergiques
    intenses chez les sujets sensibles. Les réactions allergiques au sumac
    vénéneux africain, au sumac vénéneux et au toxicodendron peuvent être
    provoquées par le contact avec des tissus végétaux abîmés ou cassés,
    la fumée de plantes en train de brûler, la sève ou la sciure de bois
    de ces espèces. Des mains ou des vêtements contaminés peuvent
    également contribuer à l'extension de la réaction cutanée.

    Toxicité

    Les orties et les euphorbes n'engendrent en général que des réactions
    cutanées bénignes. Diffenbachia peut être dangereuse si un oedème
    obstrue les voies aériennes. La gravité des réactions cutanées aux
    coquilles de noix de cajou, au manguier, au sumac vénéneux africain,
    au sumac vénéneux et au toxicodendron est très variable et dépend de
    la sensibilité de chacun, qui est très variable. Il est rare qu'on
    ingère ces plantes en quantité suffisamment importante pour provoquer
    une intoxication générale.

    Signes et symptômes

    Dieffenbachia

    *    En cas d'ingestion:
         --   tuméfaction des lèvres, de la bouche et de la langue,
              pouvant entraîner des difficultés d'élocution, de
              déglutition ou respiratoires,

         --   douleur intense à type de brûlure dans la bouche,
         --   ralentissement de la fréquence cardiaque et crampes
              musculaires (rarement).

    *    Atteinte oculaire:

         --   douleur intense s'aggravant à la lumière vive,
         --   yeux rouges et larmoyants,
         --   lésion à la surface de l'oeil.

    *    Atteinte cutanée (contact avec la sève):

         --   irritation, brûlure et rougeur,
         --   éruption vésiculeuse.

    Sumac vénéneux, toxicodendron, coquilles de noix de cajou et
    différentes parties du manguier

    *    En cas d'ingestion:

         --   bouffées vasomotrices,
         --   brûlure et démangeaisons des lèvres et de la bouche,
         --   somnolence,
         --   vomissements et diarrhée sévères,
         --   fièvre.

    *    Atteinte cutanée:

    Les effets apparaissent généralement dans les 24 à 48 heures, mais ils
    peuvent être plus précoces ou au contraire différés d'1 à 2 semaines:

         --   démangeaisons, brûlures et rougeurs intenses,
         --   apparition de cloques,
         --   oedème de la face et des paupières,
         --   éruption suintante avec formation de croûtes et
              desquamation.

    *    Atteinte oculaire:

         --   douleur aggravée par la lumière vive,
         --   yeux rouges et larmoyants, oedème des paupières.

    Euphorbes

    *    En cas d'ingestion:

         --   douleur à type de brûlure et rougeurs au niveau de la bouche
              et de la gorge,
         --   vomissements et diarrhée,
         --   convulsions et perte de connaissance (rarement).

    *    Atteinte oculaire:
         --   douleur à type de brûlure,
         --   troubles de la vision,
         --   larmoiement.

    *    Atteinte cutanée (dans les 24 heures):
         --   éruption douloureuse,
         --   démangeaisons et brûlure,
         --   apparition de cloques.

    Ortie brûlante

    *    Atteinte cutanée:

         --   piqûre, démangeaisons et brûlures immédiates,
         --   rougeur et éruption dans l'heure qui suit le contact.

    Ce qu'il faut faire

         En cas d'ingestion

         Si le sujet est capable d'avaler, lui donner des boissons froides
         ou de la glace pour soulager la douleur. Ne pas le rendre malade.
         Si l'oedème de la langue ou de la gorge est important, ou s'il y
         a des difficultés respiratoires, l'emmener à l'hôpital.

         Atteinte cutanée

         Laver aussi vite que possible à l'eau et au savon et avec une
         éponge douce l'endroit exposé. Les poisons du sumac vénéneux et
         des plantes analogues sont absorbés à travers la peau en 15
         minutes; après, le lavage est inutile.

         Soulager les démangeaisons et l'inflammation avec des compresses
         froides. Dire à la personne de ne pas se gratter.

         Si elle présente une réaction cutanée bénigne (rougeur, éruption
         sèche), appliquer une crème à l'hydrocortisone.

         Si l'éruption est suintante ou s'il y a des cloques, ne pas
         utiliser de crème à l'hydrocortisone. Emmener la personne à
         l'hôpital.

         Atteinte oculaire

         Dès que possible, rincer les yeux à l'eau courante pendant au
         moins 15 à 20 minutes. Si cela ne permet pas de soulager les
         symptômes, emmener la personne à l'hôpital.

                                                                       
    Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)

    Instituer le cas échéant un traitement de soutien. Donner un
    antihistaminique tel que la diphénhydramine, par voie orale ou en
    intramusculaire, pour soulager les démangeaisons.

    En cas de dermatite modérée à sévère due au sumac vénéneux, donner des
    corticoïdes pour voie générale, par exemple de la prednisone.
                                                                       

    Lauriers roses

    Plantes traitées dans cette section

    On trouvera dans cette section le laurier rose commun,Nerium oleander,
    et le «laurier jaune»,  Thevetia peruviana.

     Nerium oleander est un arbuste à feuilles persistantes ayant des
    grappes de fleurs blanches, roses, rouge foncé, orange ou jaunes au
    parfum agréable. On le trouve en Chine, en Inde, dans les climats
    méditerrané ens et comme plante ornementale dans les jardins. Toutes
    les parties de la plante sont toxiques, et les feuilles et tiges
    écrasées irritent la peau.

     Thevetia peruviana est un petit arbre ornemental ayant des fleurs
    jaune vif et des fruits charnus ronds, qui sont verts lorsqu'ils ne
    sont pas mûrs et noirs une fois mûrs, et qui contiennent une noix.
    Cette plante a une sève d'un blanc laiteux. Elle pousse à l'état
    sauvage en Amérique centrale et en Amérique du Sud et on la trouve
    dans les jardins des régions tropicales et subtropicales.

    Mode d'action

    Ces deux plantes contiennent des poisons qui agissent sur le coeur de
    la même façon que la digitaline. Toutes les parties de ces plantes
    sont toxiques.

    Toxicité

    On a rapporté des intoxications graves et des décès survenus chez des
    enfants et des adultes après ingestion de fruits de  Thevetia. Des
    décès ont également été dus à  Nerium oleander.

    Risques particuliers

    Les fleurs aux couleurs vives de ces deux plantes et le fruit vert de
     Thevetia sont très attrayants pour les enfants. Au Sri Lanka, les
    gens qui veulent se suicider mangent des graines de  Thevetia et au
    Bengale, on les utilise pour provoquer des avortements.

    Signes et symptômes

    Leurs effets sont les suivants:

         --   engourdissement ou douleur à type de brûlure dans la bouche,
         --   nausées et vomissements, qui peuvent être sévères,
         --   diarrhée,
         --   maux de ventre,
         --   le pouls peut être rapide, lent ou irrégulier,
         --   somnolence,
         --   perte de connaissance,
         --   convulsions possibles.

    Les effets de ces toxines sur le coeur peuvent entraîner le décès.

    Ce qu'il faut faire

    Donner les premiers soins. En cas d'arrêt respiratoire, dégager les
    voies aériennes et faire un bouche-à-bouche. Si le coeur s'arrête,
    pratiquer un massage cardiaque.

    Si le sujet est inconscient ou somnolent, l'allonger sur le côté dans
    la position de sécurité. Vérifier sa respiration toutes les 10 minutes
    et le garder au chaud.

    Emmener la victime à l'hôpital aussi vite que possible.

    Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital Si
    l'ingestion remonte à moins de 4 heures et si le sujet est tout à fait
    conscient, respire normalement, n'a pas eu de convulsions et ne vomit
    pas:

    *    Le faire vomir;
    *    Lorsque les vomissements ont cessé, lui donner à boire du charbon
         activé dans de l'eau. Associer au charbon du sulfate de sodium ou
         de magnésium.

                                                                       
    Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)

    En plus des effets mentionnés précédemment, on peut observer des
    modifications du rythme cardiaque, notamment une bradycardie, un bloc
    cardiaque, une tachycardie ventriculaire et une fibrillation
    ventriculaire. Ces troubles du rythme peuvent durer 5 jours. Les
    concentrations plasmatiques de potassium peuvent être augmentées.

    Surveiller la respiration, le pouls, la tension artérielle,
    l'équilibre hydroélectrolytique. Le cas échéant, instituer un
    traitement de soutien.
                                                                       

    Haricots ornementaux

    Plantes traitées dans cette section

    On parlera dans cette section des graines en forme de haricot de
     Ricinus communis (graine de ricin) et d'Abrus precatorius (pois
    d'Amérique).

     Abrus precatorius est une plante grimpante qui possède des grappes
    de petites fleurs roses. Son fruit est une gousse plate contenant 3 à
    5 petites graines, rouge vif avec une tache noire. Elle pousse dans
    les pays aux climats tropicaux ou subtropicaux, tels que la Chine du
    sud, l'Inde, les Philippines, le Sri Lanka, la Thaïlande et l'Afrique
    tropicale.

     Ricinus communis est une grande plante non ligneuse qui peut
    atteindre 3 mètres de haut avec de grandes feuilles en forme de palme
    et des fruits ronds épineux. Les graines en forme de haricot sont
    généralement tachetées de rose et de gris. Cette plante est courante
    sous les tropiques, où elle est cultivée et où on la trouve également
    à l'état sauvage dans les champs et le long des routes.

    Utilisations

    Les graines de ces deux plantes servent à faire des colliers et des
    chapelets et on en donne aux enfants pour faire des travaux manuels et
    pour leur apprendre à compter. Toutefois, ces usages ne sont pas
    recommandés. La graine de ricin est employée pour faire de l'huile de
    ricin. L'huile de ricin traitée (pour détruire les substances
    toxiques), est employée comme laxatif.

    Mode d'action

    Elles contiennent des poisons qui attaquent les globules sanguins,
    l'intestin et les reins.

    Toxicité

    Mâchés, ces haricots peuvent entraîner le décès, mais comme leur
    coquille est très dure il n'y a pas d'intoxication s'ils sont avalés
    entiers. Le contact avec les yeux peut provoquer une irritation et la
    cécité, et le contact cutané entraîner une éruption.

    Risques particuliers

    Il est arrivé que des enfants s'intoxiquent en mâchant et en mangeant
    les graines d'un collier. Les couleurs vives des graines du pois
    d'Amérique sont particulièrement attrayantes pour les enfants.

    Signes et symptômes

    *    En cas d'ingestion:

    Les effets n'apparaissent qu'au bout de 2 heures ou jusqu'à 2 jours
    après l'ingestion:

         --   douleur à type de brûlure dans la bouche et la gorge,
         --   vomissements sévères,
         --   maux d'estomac,
         --   diarrhée sanglante,
         --   déshydratation,
         --   somnolence,
         --   convulsions,
         --   urines teintées de sang, diminution du débit urinaire.

    Le décès peut survenir jusqu'à 14 jours après l'ingestion.

    *    Atteinte oculaire:

         --   rougeur et tuméfaction,
         --   parfois cécité.

    *    Atteinte cutanée:

         --   rougeur,
         --   éruption.

    Ce qu'il faut faire

    Retirer tous les morceaux de graine présents dans la bouche. En cas de
    convulsions, traiter comme indiqué au Chapitre 5.

         Atteinte oculaire:

         En cas de contact oculaire avec des graines d'Abrus: rincer les
         yeux à l'eau courante pendant au moins 15 à 20 minutes.

         Atteinte cutanée:

         Laver soigneusement l'endroit touché à l'eau et au savon.

    Emmener la victime à l'hôpital aussi vite que possible.

    Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital

     En cas d'ingestion: si celle-ci remonte à moins de 4 heures et si le
    sujet est tout à fait conscient, respire normalement, n'a pas eu de
    convulsions et ne vomit pas:
    *    Le faire vomir.
    *    Une fois que les vomissements ont cessé, lui donner à boire du
         charbon activé dans de l'eau. Associer au charbon du sulfate de
         sodium ou de magnésium.

                                                                       
    Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)

    Les poisons d' Abrus precatorius et de  Ricinus communis provoquent
    hémorragie et oedème intestinaux. Les complications secondaires sont
    les suivantes: oedème cérébral et troubles du rythme cardiaque.

    Surveiller la respiration, le pouls, la tension artérielle,
    l'équilibre hydroélectrolytique et la fonction rénale. Instituer le
    cas échéant un traitement de soutien. Donner des analgésiques pour
    traiter la douleur. Il n'y a pas d'antidote.

    En cas de crises convulsives répétées, faire une injection
    intraveineuse de diazépam.

    Dose:     Adultes: 10 à 20 mg, à raison de 0,5 ml (2,5 mg) toutes les
              30 secondes, à renouveler le cas échéant au bout de 30 à 60
              minutes; on peut poursuivre avec une perfusion intraveineuse
              jusqu'à un maximum de 3 mg/kg de poids corporel en 24
              heures.

              Enfants: 200 à 300 µg/kg de poids corporel.

    On a parfois recours à la dialyse péritonéale ou à l'hémodialyse pour
    traiter l'insuffisance rénale.
                                                                       

    Champignons

    Plantes traitées dans cette section

    On parlera ici des espèces d'amanites, notamment:  Amanita muscaria 
    (amanite tue-mouches),  A. pantherina (amanite panthère), 
     A. phalloides (amanite phalloïde),  A. verna (amanite printanière)
    et  A. virosa (amanite vireuse), et des espèces de clitocybes
     (Clitocybe), de coprins  (Coprinus), de cortinaires 
     (Cortinarius), d'inocybes  (Inocybe), de lépiotes  (Lepiota), de
    psilocybes  (Psilocybe semilanceata et Psilocybe cutensis).

    Mode d'action

     A. muscaria et  A. pantherina provoquent des hallucinations, le
    sommeil ou une perte de connaissance  A. phalloides, A. virosa, 
     A. verna, Cortinarius speciosissimus et  Lepiota contiennent des
    poisons qui provoquent des lésions cellulaires; les espèces de
    Clitocybe et d'Inocybe contiennent un poison qui provoque des sueurs
    profuses et entraîne des troubles intestinaux;  Coprinus 
     atramentarius (coprin Noir d'encre) ne provoque une intoxication que
    s'il est associé à de l'alcool.  Psilocybe semilanceata et 
     P. cubensis provoquent des hallucinations sans endormissement.

    Toxicité

    La plupart des champignons ne provoquent que des intoxications
    bénignes à modérées, mais certains d'entre eux peuvent être à
    l'origine d'intoxications graves et de décès. Ceux qui contiennent des
    substances qui provoquent des lésions cellulaires sont très toxiques
    et peuvent être mortels. Beaucoup de gens sont morts d'avoir mangé une
    amanite phalloïde.

    Risques particuliers

    L'identification des champignons est très difficile. Il est souvent
    malaisé de distinguer les champignons toxiques des non toxiques et la
    plupart des intoxications sont dues à des erreurs d'identification.
    Dans certains cas la cuisson permet de détruire le poison, mais
    beaucoup d'espèces, notamment les espèces d'Amanites, restent toxiques
    même cuites.

    Signes et symptômes

     A. muscaria et  A. pantherina

    Dans les 30 minutes à 2 heures suivant l'ingestion:

         --   vertiges,
         --   troubles de la coordination,
         --   démarche chancelante,
         --   secousses musculaires ou tremblements,
         --   agitation, anxiété, euphorie ou dépression,
         --   hallucinations,
         --   sommeil profond ou perte de connaissance.

     A. phalloides, A. virosa, A. verna et  Lepiota spp.

    Leurs effets peuvent être différés de 6 à 14 heures et parfois jusqu'à
    24 heures:

         --   maux de ventre, nausées, vomissements sévères, soif intense
              et diarrhée, durant environ 2 à 3 jours.

    Au bout de 3 à 4 jours:

         --   jaunisse,
         --   convulsions,
         --   perte de connaissance,
         --   signes de lésion rénale.

    Le décès peut survenir dans les 6 à 16 jours suivant l'ingestion par
    suite d'une insuffisance hépatique et rénale.

    Espèces de Clitocybes et d'Inocybes

    Les effets peuvent se faire sentir en quelques minutes ou au bout de
    quelques heures:

         --   sueurs profuses,
         --   hypersalivation excessive et larmoiement,
         --   maux de ventre, nausées, vomissements et diarrhée,
         --   troubles de la vision,
         --   faiblesse musculaire.

    Ces effets peuvent durer pendant 24 heures.

     Coprinus atramentarius (coprin Noir d'encre)

    Si de l'alcool est ingéré en même temps, ou dans les quelques heures
    ou jours qui suivent:

         --   goût métallique dans la bouche,
         --   rougeur de la face et du cou,
         --   palpitations et douleur thoracique,
         --   maux de tête,
         --   vertiges,
         --   sueurs profuses,
         --   nausées, vomissements et diarrhée.

     Cortinarius speciosissimus

    Ces effets peuvent être retardés de 36 à 48 heures:

         --   nausées, vomissements, diarrhée,
         --   douleurs musculaires et dorsales,
         --   maux de tête,
         --   frissons.

    Au bout de 2 à 17 jours:

         --   le malade n'urine plus,
         --   il présente des signes d'insuffisance rénale.

     Psilocybe semilanceata et  P. cubensis 

    Dans les 30 minutes à 2 heures qui suivent:

         --   hilarité,
         --   faiblesse musculaire,
         --   somnolence,
         --   hallucinations, perception accrue des couleurs,
         --   anxiété,
         --   nausées.

    Ces effets peuvent durer plusieurs heures.

    Des intoxications plus graves peuvent survenir chez le jeune enfant,
    accompagnées de convulsions et d'une perte de conscience.

    Ce qu'il faut faire

    Donner les premiers soins. En cas d'arrêt respiratoire, dégager les
    voies aériennes et faire un bouche-à-bouche. Si le coeur s'arrête,
    pratiquer un massage cardiaque.

    Si le sujet est inconscient ou somnolent, l'allonger sur le côté dans
    la position de sécurité. Vérifier sa respiration toutes les 10 minutes
    et le garder au chaud.

    En cas de convulsions, traiter comme indiqué au Chapitre 5.

    Si le sujet présente des hallucinations ou est très agité, l'installer
    dans un endroit calme où la lumière est tamisée, à l'abri de tout
    traumatisme. Rester soi-même calme et silencieux pour le rassurer.

    L'emmener à l'hôpital aussi vite que possible.

    Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital

    Si l'ingestion remonte à moins de 4 heures et si le sujet est tout à
    fait conscient, respire normalement, n'a pas eu de convulsions et ne
    vomit pas:

    *    Le faire vomir.
    *    Une fois que les vomissements ont cessé, lui donner à boire du
         charbon activé dans de l'eau. Associer au charbon du sulfate de
         sodium ou de magnésium.

    Si le sujet présente des signes de lésion hépatique, traiter comme
    indiqué au Chapitre 9. S'il présente des signes de lésion rénale,
    traiter comme indiqué au Chapitre 9.

                                                                       
    Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)

    Surveiller la respiration, le coeur, la tension artérielle et
    l'équilibre hydroélectrolytique. Instituer le cas échéant un
    traitement de soutien, notamment une oxygénothérapie et une
    ventilation mécanique:

    *    Corriger tout déséquilibre hydroélectrolytique.
    *    En cas de crises convulsives répétées, faire une injection
         intraveineuse de diazépam.
                                                                       

                                                                       
    Dose:     Adultes: 10 à 20 mg, à raison de 0,5 ml (2,5 mg) toutes les
              30 secondes, à renouveler le cas échéant au bout de 30 à 60
              minutes; on peut poursuivre avec une perfusion intraveineuse
              jusqu'à un maximum de 3 mg/kg de poids corporel en 24
              heures.

              Enfants: 200 à 300 µg/kg de poids corporel.

     Amanita spp. et  Lepiota spp.: surveiller les fonctions hépatique
    et rénale. L'insuffisance hépatique est réversible, mais le risque de
    complications mortelles est élevé.

     Clitocybe spp. et  Inocybe spp.: en cas d'intoxication grave,
    traiter par l'atropine pour éliminer les sécrétions.

     Cortinarius, Amanita spp.,  Lepiota spp.: surveiller la fonction
    rénale. En cas d'insuffisance rénale, une hémodialyse peut s'avérer
    nécessaire.

     Psilocybe spp.: si le patient est très agité, lui administrer du
    diazépam ou de la chlorpromazine.
                                                                       

    Serpents

    Serpents traités dans cette section

    On traitera dans cette section:

    *    Des  élapidés: serpents corail ( Micrurus spp.) rencontrés en
    Amérique du Sud, en Amérique centrale et en Amérique du Nord;
    cobras ( Naja spp.) que l'on rencontre en Afrique et en Asie;
    bungares ( Bungarus spp.) rencontrés en Asie; et mambas
    ( Dendroaspis spp.) rencontrés en Afrique.

    *    Des  vipéridés: vipères fer de lance ( Bothrops spp.)
         rencontrées en Amérique centrale et en Amérique du Sud;
          Trimeresurus spp. rencontrées en Asie; vipères heurtantes
         ( Bitis spp.) trouvées en Afrique;  Echis spp., que l'on trouve
         en Afrique, en Asie et en Méditerranée orientale; vipères
         véritables ( Vipera spp.) d'Afrique, d'Asie et d'Europe;
         crotales ( Crotalus spp.) d'Amérique du Nord, centrale et du
         Sud; mocassins ( Agkistrodon spp.) rencontrés en Amérique du
         Nord; et ancistrodons ( Agkistrodon spp. ou  Calloselasma spp.)
         rencontrés en Asie.

    *    Les  hydrophidés: serpents marins.

    Mode d'action

    Elapidés

    Leurs venins agissent sur le système nerveux et provoquent des
    paralysies. Les venins des cobras africains et de certains cobras
    asiatiques peuvent provoquer autour de la morsure une tuméfaction
    marquée, l'apparition de cloques et de lésions. Le venin des bungares,
    mambas, serpents corail et autres cobras provoque une tuméfaction,
    mais pas de lésion cutanée locale.

    Vipéridés

    Leurs venins agissent aux niveaux sanguin, cardiaque et circulatoire.
    En général, ces venins provoquent également des lésions cutanées et
    musculaires sévères autour de la morsure.

    Hydrophidés

    Leurs venins agissent sur le système nerveux, provoquant des
    paralysies.

    Toxicité

    De nombreux serpents venimeux peuvent tuer. Cependant, beaucoup de
    gens survivent à des morsures de serpents, même très venimeux, car ces
    derniers mordent parfois sans injecter de venin ou en en injectant
    trop peu pour être dangereux. Par exemple, bien qu'Echis carinatus
    morde et tue probablement plus de gens que n'importe quelle autre
    espèce de serpent, dans la vallée de Benue au nord-est du Nigéria, 88%
    des gens survivent à sa morsure; dans le nord du Ghana ils sont 72%
    dans le même cas.1

    Risques particuliers

    Il est dangereux de déranger ou de manipuler un serpent. Dans les
    régions où l'on sait qu'ils vivent, il est dangereux de se promener
    dans les herbes hautes, les forêts, les jungles ou le sable profond,
    de grimper sur les rochers ou dans les arbres, en particulier la nuit.
    Pour se protéger, les gens devraient porter des bottes, des
    chaussettes et des pantalons longs. Les exploitants agricoles, les
    ouvriers des plantations, les bergers, les chasseurs et les pêcheurs
    des régions rurales sont particulièrement exposés sous les tropiques,
    de même que les enfants. Certains serpents, comme les bungares
    asiatiques et les cobras africains, peuvent pénétrer dans les
    habitations la nuit et mordre les gens dans leur sommeil.

                   

    1  Warrell D.A. Injuries, envenoming, poisoning, and allergic
         reactions caused by animals. In: Weatherall D.J., Ledinghan
         J.G.G., Warrell D.A., eds, Oxford textbook of medicine, 3rd ed.
         Oxford, Oxford University Press, 1996: 1127.

    Signes et symptômes

    Elapidés

    *    Effets locaux

         Bungares, mambas, serpents corail et certains cobras:

         --   douleur légère,
         --   tuméfaction ou lésion cutanée autour de la morsure peu
              importantes ou absentes.

         Cobras cracheurs africains et certains cobras asiatiques:

         --   douleur sévère,
         --   cloques,
         --   importante surface cutanée détruite autour de la morsure.

    *    Premiers signes d'intoxication, pouvant apparaître dans les 15
         minutes suivant la morsure ou jusqu'à 10 heures après celle-ci:

         --   paralysie des muscles faciaux, des lèvres, de la langue et
              de la gorge, entraînant des difficulté s d'élocution, des
              paupières tombantes et des difficultés de déglutition,
         --   faiblesse musculaire,
         --   lèvres et langue bleues ou pâles,
         --   maux de tête,
         --   peau froide,
         --   vomissements,
         --   troubles de la vision,
         --   engourdissement du pourtour de la bouche,
         --   vertiges.

    *    Par la suite:

         --   paralysie des muscles du cou et des membres,
         --   paralysie des muscles respiratoires rendant la respiration
              lente et difficile,
         --   hypotension artérielle,
         --   pouls lent,
         --   perte de connaissance.

    Le décès peut survenir dans les 24 heures.

    Avec certains serpents, il est parfois difficile de savoir si du venin
    a été injecté lors de la morsure s'il n'y a pas de lésion cutanée
    autour de celle-ci et si les signes et symptômes n'apparaissent qu'au
    bout de 12 heures.

    *    Projection de venin dans les yeux (cobras cracheurs):

         --   douleur intense,
         --   spasmes des paupières,

         --   oedème autour des yeux,
         --   lésion de la surface oculaire.

    Vipéridés

    *    Effets locaux apparaissant dans les 15 minutes ou au bout de
         plusieurs heures:

         --   oedème à l'endroit de la morsure, qui s'étend rapidement à
              l'ensemble du membre,
         --   douleur à l'endroit de la morsure.

    *    Signes précoces d'intoxication, apparaissant dans les 5 minutes
         ou au bout de plusieurs heures:

         --   vomissements,
         --   sueurs profuses,
         --   colique,
         --   diarrhée,
         --   saignement gingival, saignement des coupures et des plaies
              provoqués par les crochets du serpent,
         --   saignements de nez,
         --   présence de sang dans les vomissures, les urines et les
              selles.

    Ces épisodes de vomissements et de diarrhée ne durent que peu de temps
    et peuvent être à répétition.

    *    Dans les quelques jours qui suivent:

         --   ecchymoses, cloques et lésions tissulaires; ces dernières
              sont particulièrement sévères avec les crotales,  Bothrops,
              les ancistrodons asiatiques et la vipère géante africaine
               (Bitis),
         --   lésion rénale,
         --   oedème pulmonaire,
         --   parfois, hypotension artérielle et pouls rapide (certains
              crotales et vipères nord-américains).

    Avec quelques espèces:

         --   paralysie (crotales d'Amérique du Sud),
         --   contractions musculaires involontaires du visage, de la
              tête, du cou ou des membres.

    Hydrophidés

    *    Premiers signes d'intoxication:

         --   maux de tête,
         --   sensation de langue épaisse,
         --   transpiration excessive,
         --   vomissements.

    *    Au bout d'environ 30 minutes et jusqu'à plusieurs heures après la
         morsure:

         --   douleurs et raideur généralisées,
         --   spasmes des muscles de la mâchoire,
         --   paralysie musculaire,
         --   urines brun foncé, insuffisance rénale,
         --   arrêt cardiaque.

    Ce qu'il faut faire

    Donner les premiers soins. En cas d'arrêt respiratoire, dégager les
    voies aériennes et faire un bouche-à-bouche. Si le coeur s'arrête,
    pratiquer un massage cardiaque.

    Si le sujet est inconscient ou somnolent, l'allonger sur le côté dans
    la position de sécurité. vérifier sa respiration toutes les 10 minutes
    et le garder au chaud.

    Retirer tous les bracelets, bagues, bracelets de chevilles et
    chaussures aussi vite que possible.

    Nettoyer la plaie, mais sans toucher aux cloques. Ne pas la recouvrir.

    Demander à la victime de garder le membre touché immobile et plus bas
    que le coeur. La pose d'une attelle et le fait de mettre le bras en
    écharpe peuvent aider à l'immobilisation, mais le bandage ne doit pas
    être serré.

    Pour les élapidés qui ne provoquent pas de lésions tissulaires
    (serpents corail, bungares, mambas, cobras, mais pas certains cobras
    ou vipères asiatiques)

    Appliquer un bandage large et assez serré sur l'endroit de la morsure,
    puis bander la plus grande partie possible du membre touché par-dessus
    les vêtements de la victime. Ce bandage doit être assez serré mais pas
    trop. On doit pouvoir encore sentir le pouls dans la partie inférieure
    du membre. Une douleur sévère sous le bandage peut signifier que ce
    dernier est trop serré. Poser une attelle de façon que la victime ne
    puisse pas plier le membre. Ne retirer la bande que lorsque la victime
    est à l'hôpital.

    La plaie peut s'infecter. Vérifier si la victime a été vaccinée contre
    le tétanos et, le cas échéant, lui administrer de l'anatoxine
    tétanique.

    On peut donner du paracétamol contre la douleur, mais pas d'aspirine
    car elle favorise les hémorragies.

    Projection de venin dans les yeux (serpents cracheurs)

    Rincer les yeux à l'eau.

                                                                       
    Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)

    Si le membre a été bandé, ne pas retirer le bandage avant que la
    victime ne soit arrivée dans un hôpital qui dispose de sérum
    antivenimeux. Lorsqu'on enlève le bandage, le venin peut se diffuser
    dans l'organisme très rapidement.

    Le sérum antivenimeux ne doit être administréque dans un hôpital ou un
    centre médical équipé pour la réanimation en cas de réaction
    allergique.

    Lorsque l'on en dispose, le sérum antivenimeux ne doit être employé
    que s'il y a des signes d'empoisonnement généralisé.

    Surveiller la respiration, le coeur, la tension artérielle,
    l'équilibre hyroélectrolytique et la fonction rénale. Instituer le cas
    échéant un traitement de soutien, notamment une oxygénothérapie et une
    ventilation mécanique. On traitera l'hypotension artérielle par
    l'administration intraveineuse de liquides.

    Ne pas faire d'injections inutiles à cause du risque d'hémorragie s'il
    y a des problèmes de coagulation.

    En cas d'insuffisance rénale, une dialyse peut être nécessaire, et on
    aura recours de préférence à une hémodialyse, mais même une dialyse
    péritonéale peut être utile.

    Lésion tissulaire locale

    Laisser la plaie ouverte. Les cloques guérissent en général au bout de
    2 semaines sans s'infecter. Il est habituellement inutile de faire
    appel à la chirurgie et une intervention inutile pourrait entraîner
    des complications ou des lésions permanentes au niveau du membre
    mordu.

    Infection de la plaie

    Traiter comme pour n'importe quelle autre infection locale. Le cas
    échéant, utiliser des antibiotiques.
                                                                       

    Araignées

    Araignées traitées dans cette section

    On abordera dans cette section les espèces de  Latrodectus, notamment
     Latrodectus mactans mactans, la veuve noire, que l'on trouve dans
    les régions tempérées et tropicales du monde entier; les espèces de
     Loxosceles, des araignées présentes en Amérique centrale et du Sud,
    en Afrique du Nord et dans la région méditerranéenne; et les espèces
    de  Phoneutria, notamment  Phoneutria nigriventer présente en
    Amérique centrale et du Sud.

    Mode d'action

    Le venin des  Latrodectus et  Phoneutria agit sur le système
    nerveux, mais sans provoquer de lésion tissulaire locale. Le principal
    effet du venin de  Loxosceles est une lésion tissulaire locale, mais
    il peut y avoir empoisonnement généralisé.

    Toxicité

    Certaines morsures d'araignées peuvent provoquer le décès, mais c'est
    rare. La plupart des morsures sont indolores ou ne provoquent qu'une
    intoxication légère à l'exception des morsures de la veuve noire qui
    sont très douloureuses.

    Risques particuliers

    Certaines araignées venimeuses vivent dans les habitations ou à
    proximité et il arrive qu'on les retrouve dans les vêtements, les
    chaussures et les lits.

    Signes et symptômes

    Espèces de  Latrodectus et de  Phoneutria

    Leurs effets sont les suivants:

         --   douleur intense ressentie dans tout le corps,
         --   nausées et vomissements,
         --   transpiration,
         --   crampes abdominales, spasmes musculaires douloureux et
              tremblements,
         --   douleur ou oppression thoracique, difficultés respiratoires,
         --   pouls rapide,
         --   hypertension artérielle,
         --   agitation et irritabilité,
         --   spasmes de la face et des mâchoires accompagnés d'un oedème
              des paupières et de transpiration.

    Espèces de  Loxosceles

    Effets locaux:

         --   douleur à type de brûlure, tuméfaction autour de la morsure.

    Dans les 24 à 48 heures:

         --   fièvre,
         --   frissons,
         --   nausées et vomissements,
         --   douleurs musculaires,
         --   perte de connaissance,
         --   convulsions,
         --   présence de sang dans les urines.

    Le décès peut survenir en quelques jours, mais la plupart des victimes
    survivent.

    Il se forme une croûte bleue qui tourne au noir, puis tombe au bout de
    quelques semaines laissant une ulcération. Celle-ci peut s'étendre sur
    le membre touché et il faut parfois 6 à 8 semaines pour qu'elle
    guérisse.

    Ce qu'il faut faire

    Donner les premiers soins. Retirer les bagues, bracelets, bracelets de
    chevilles et chaussures aussi vite que possible. Calmer la victime et
    la maintenir immobile. L'allonger sur le côté dans la position de
    sécurité. Vérifier sa respiration toutes les 10 minutes et la garder
    au chaud.

    Nettoyer la plaie, mais sans toucher aux cloques. Ne pas la recouvrir.

    Dire à la victime de garder le membre touché immobile et plus bas que
    le coeur. Le fait de poser une attelle et de mettre le bras en écharpe
    peut aider à l'immobilisation.

    Il n'y a pas de traitement efficace contre la douleur. Il ne faut
    donner ni paracétamol, ni aspirine.

    La plaie peut s'infecter. Vérifier si la victime a été vaccinée contre
    le tétanos et, le cas échéant, lui administrer de l'anatoxine
    tétanique.

                                                                       
    Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)

    On dispose d'un sérum antivenimeux pour certaines araignées:
    Latrodectus (monde entier), Loxosceles (Amérique du Sud), Phoneutria
    (Amérique du Sud). Ce sérum peut provoquer une réaction allergique et
    ne doit être administréque dans un hôpital ou un centre médical équipé
    pour la réanimation.

    Lésion locale

    Ne pas recouvrir la plaie, comme pour une brûlure. Le sérum
    antivenimeux peut être utile pour traiter des lésions tissulaires
    locales dues à Loxosceles , même s'il n'y a pas de signe
    d'intoxication générale.
                                                                       

    Poissons venimeux

    Poissons traités dans cette section

    On s'intéressera dans cette section aux poissons qui possèdent des
    nageoires épineuses, dont beaucoup vivent dans les mers
    indo-pacifiques et autres régions tropicales, mais dont certains 

    vivent également dans les eaux tempérées. Il s'agit d'espèces
    appartenant aux rajidés (raies pastenagues et raies mantas), aux
    scorpénidés (rascasse volante, poisson pierre), aux siluridés (poisson
    chat), aux squalidés (requins et roussettes) et aux trachinidés
    (vives).

    Modes d'action

    Les poissons venimeux injectent du venin grâce à leurs épines. Ce
    venin provoque une douleur intense à l'endroit de la piqûre et agit
    sur les muscles.

    Toxicité

    Les piqûres de poissons venimeux peuvent provoquer le décès, mais
    c'est rare. Il est arrivéque des gens meurent après s'être allongés ou
    être tombés sur un poisson venimeux et s'être faits piquer à la
    poitrine ou au ventre. Le poisson étant mort, son venin reste toxique
    pendant 24 heures.

    Risques particuliers

    Ces poissons vivent en général dans des eaux peu profondes près du
    rivage ou du récif et sont cachés dans le sable ou les rochers. On
    peut être piqué sous la plante des pieds en pataugeant près du rivage
    ou des récifs coralliens. C'est en manipulant le poisson que les
    pêcheurs risquent d'être piqués.

    Signes et symptômes

    Leurs effets sont les suivants:

         --   douleur aiguë immédiate qui peut durer 24 heures,
         --   le membre piqué enfle.

    Rajidés et scorpénidés:

         --   nausées et vomissements,
         --   hypotension artérielle,
         --   convulsions.

    Ce qu'il faut faire

    Si la victime est piquée alors qu'elle est dans l'eau, commencer par
    la ramener au rivage.

    Donner les premiers soins. En cas d'arrêt respiratoire, dégager les
    voies aériennes et faire un bouche-à-bouche. Si la victime est
    inconsciente ou somnolente, l'allonger sur le côté dans la position de
    sécurité. Vérifier sa respiration toutes les 10 minutes et la garder
    au chaud.

    Tremper immédiatement la partie touchée dans une cuvette ou un bain
    rempli d'eau aussi chaude que possible (environ 50°C), pendant au plus
    30 minutes.

    Nettoyer la plaie et éliminer les morceaux d'épines.

    Les plaies lacérées dues aux pastenagues peuvent s'infecter. Vérifier
    si la victime a été vaccinée contre le tétanos et, le cas échéant, lui
    administrer de l'anatoxine tétanique.

                                                                       
    Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)

    Les anesthésiques ou analgésiques locaux, y compris la morphine, sont
    en général sans effet.

    Il existe un sérum antivenimeux contre les piqûres de poisson pierre
    (Australie-Pacifique), mais il peut provoquer une réaction allergique
    et ne doit être administréque dans un hôpital équipé pour la
    réanimation et uniquement si la victime est très gravement touchée.
                                                                       

    Toxi-infections alimentaires par les poissons et fruits de mer

    Intoxications traitées dans cette section

    On parlera dans cette section des:

    *    Intoxications par la ciguatoxine des poissons de récifs tropicaux
         tels que les barracudas, mérous, et poissons appartenant aux
         genres  Lutjanus et  Seriola, que l'on trouve dans les Caraïbes
         et le Pacifique.

    *    Toxi-infections alimentaires par les coquillages (moules,
         palourdes, huîtres, coques et coquilles Saint-Jacques) contaminés
         du fait de l'ingestion de dinoflagellés toxiques. Ce type de
         poison agit sur le système nerveux.

    *    Intoxications par la tétrodotoxine du diodon, du poisson-boule et
         du poissonlune.

    *    Intoxications par la scombrotoxine du poisson qui commence à se
         gâter: scombridés vendus à l'étalage ou en conserve tels que le
         thon, la bonite, la bonite à ventre rayé, le maquereau et autres
         poissons en conserve tels que les sardines et les pilchards. Le
         poison est ici fabriqué par des bactéries.

    Modes d'action

    La ciguatoxine, la tétrodotoxine et les poisons présents dans certains
    coquillages agissent au niveau intestinal et nerveux. La tétrodotoxine
    et les toxines des coquillages provoquent des paralysies musculaires,
    notamment des muscles respiratoires. La scombrotoxine provoque une
    réaction de type allergique.

    Toxicité

    La plus dangereuse de toutes est la tétrodotoxine, qui entraîne
    souvent le décès. On a plus de chances de se remettre d'une
    intoxication ciguatérique ou due à des coquillages contaminés, bien
    qu'elle puisse également parfois entraîner le décès. L'intoxication
    par la scombrotoxine est rarement mortelle.

    Les coquillages sont très toxiques aux périodes auxquelles les
    dinoflagellés qu'ils consomment prolifèrent, formant des «marées
    rouges».

    Risques particuliers

    Les poissons toxiques ne sont en général pas différents de ceux qui
    sont comestibles. La cuisson ne détruit pas le poison.

    Signes et symptômes

    Intoxication ciguatérique

    Dans les 1 à 6 heures suivant l'ingestion du poisson:

         --   diarrhée aqueuse,
         --   vomissements,
         --   crampes abdominales.

    Puis, dans les 12 heures:

         --   maux de tête,
         --   engourdissement et fourmillements au niveau des lèvres, de
              la bouche et des membres,
         --   tremblements,
         --   douleurs musculaires,
         --   faiblesse et vertiges,
         --   démangeaisons (peuvent être différées de plus de 30 heures),
         --   inversion des sensations de chaud et de froid, de sorte que
              des objets froids paraissent chauds.

    Moins communément:

         --   hypotension artérielle,
         --   ralentissement de la fréquence cardiaque,
         --   respiration superficielle,
         --   convulsions.

    Toxi-infection paralytique due à des fruits de mer

    Dans les 30 minutes:

         --   nausées,
         --   vomissements,
         --   maux de tête,

         --   engourdissement et fourmillements au niveau des lèvres et de
              la bouche, s'étendant aux jambes, aux bras et à l'ensemble
              du corps, 
         --   paralysie musculaire entraînant des troubles de la vision,
              des difficultés de déglutition, une faiblesse et des
              vertiges,
         --   douleurs musculaires,
         --   inversion des sensations de chaud et de froid, de sorte que
              des objets froids paraissent chauds.

    Moins communément:

         --   hypotension artérielle,
         --   paralysie des muscles respiratoires, de sorte que la victime
              n'arrive plus à respirer,
         --   décès.

    Intoxication par la tétrodotoxine

    Ses effets sont analogues à ceux de la toxi-infection paralytique par
    les fruits de mer. Dans les 10 à 45 minutes suivant l'ingestion, les
    muscles faiblissent, puis se paralysent. Les muscles respiratoires
    sont touchés, la victime n'arrive plus à respirer et meurt.

    Intoxication par la scombrotoxine

    Dans les quelques minutes à quelques heures qui suivent:

         --   maux de tête,
         --   rougeurs et démangeaisons sur le visage et le corps,
         --   nausées, maux de ventre et diarrhée.

    Rarement

         --   éruption cutanée,
         --   essoufflement et respiration sifflante.

    Ce qu'il faut faire

    Donner les premiers soins. En cas d'arrêt respiratoire, dégager les
    voies aériennes et faire un bouche-à-bouche. Si le coeur s'arrête,
    pratiquer un massage cardiaque.

    Si la victime est inconsciente ou somnolente, l'allonger sur le côté
    dans la positionde sécurité. Vérifier sa respiration toutes les 10
    minutes et la garder au chaud.

    En cas de convulsions, traiter comme indiqué au Chapitre 5.

    Emmener la victime à l'hôpital aussi vite que possible.

                                                                       
    Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)

    Surveiller la respiration, le coeur, la tension artérielle,
    l'équilibre hydroélectrolytique. Instituer le cas échéant un
    traitement de soutien, notamment une oxygénothérapie et une
    ventilation mécanique. Traiter l'hypotension artérielle par
    l'administration intraveineuse de liquides.

    En cas d'intoxication par la scombrotoxine on peut administrer un
    antihistaminique.
                                                                       

    Glossaire1

     absorption  Mécanisme de transport d'une substance chimique à
    travers la paroi intestinale, la peau ou les poumons, lui permettant
    de rejoindre la circulation sanguine.

     abus Détournement d'usage ou usage immodéré d'un médicament ou
    d'autres substances chimiques visant à obtenir une modification de
    l'humeur ou du comportement, ou à éviter un syndrome de sevrage.

     acide Substance chimique qui, ajoutée à une base, formera un sel et
    fait virer au bleu le papier tournesol rouge.

     agitation Activité motrice désordonnée engendrée par la détresse,
    l'anxiété, ou par un problème cérébral.

     à libération prolongée Médicament qui se dissout lentement dans
    l'organisme et auquel il faut plusieurs heures pour passer entièrement
    dans la circulation sanguine. Après avoir été ingéré, ce médicament
    agit durant de nombreuses heures.

     allergie Sensibilité particulière d'une personne à des choses comme
    les plantes et les produits végétaux, les morsures d'insectes ou les
    poils d'animaux.

     anémie Affection dans laquelle la concentration de la fraction
    sanguine assurant le transport d'oxygène, à savoir l'hémoglobine, est
    inférieure à la normale. Les symptômes d'une anémie sévère sont les
    suivants: fatigue, pâleur, accompagnées parfois de difficultés
    respiratoires.

     anesthésique, général Médicament qui provoque un sommeil profond.

     anesthésique, local Substance qui provoque une perte de la
    sensibilité, en particulier de la sensibilité douloureuse, lorsqu'elle
    est appliquée sur la peau ou injectée.

     antidote Substance chimique qui diminue ou contrecarre l'effet nocif
    d'un poison.

     antiseptique Liquide qui empêche la prolifération de certains germes
    (bactéries). Généralement utilisé pour le nettoyage de la peau.

     anurie Tarissement de la sécrétion urinaire. Absence d'urine.


                   

    1  Les définitions données ici s'appliquent aux termes tels qu'ils
         sont utilisés dans cet ouvrage; elles ne sont pas nécessairement
         valables dans d'autres contextes.

     asthme Affection caractérisée par des crises au cours desquelles
    l'asthmatique a des difficultés à respirer. Sa respiration est
    sifflante à l'expiration et il n'arrive pas à inspirer suffisamment
    d'air.

     bactérie Nom scientifique définissant une sorte de micro-organisme
    susceptible de provoquer des maladies.

     base Substance qui neutralise un acide pour former un sel, et fait
    virer au rose un papier tournesol bleu.

     caustique Substance chimique qui brûle ou détruit la matière
    vivante.

     cloque Bulle qui se forme juste sous la surface de la peau et qui
    est remplie d'un liquide aqueux; est provoquée par le frottement
    (ampoules) ou des brûlures.

     Coma Voir perte de connaissance.

     concentration Proportion d'un ingrédient dans un mélange.

     concentré Produit renfermant une forte concentration de substances
    chimiques, à diluer avant usage. De nombreux pesticides sont vendus
    sous cette forme.

     contamination Souillure d'un objet ou d'une substance par ce qu'il
    (elle) a été recouvert ou mélangé avec une substance non désirée. Par
    exemple, la souillure des vêtements ou de la peau par un insecticide.

     convulsion Mouvement désordonné et incontrôlable également appelée
    crise convulsive. A pour origine un problème cérébral.

     corrosif Substance chimique qui détruit la matière vivante par
    contact, ou par action chimique directe.

     delirium Etat de confusion mentale et de semi-conscience.

     dermatite Inflammation cutanée. Peut être provoquée par le contact
    avec une substance à laquelle la peau est sensible, telle que les
    cosmétiques ou certaines plantes.

     déshydratation Perte en eau excessive de l'organisme.

     désinfectant Agent de nettoyage qui empêche certains germes
    (bactéries) de proliférer.

     détergent Substance chimique utilisée comme agent de nettoyage;
    parfois employée à la place du savon.

     diabète Maladie caractérisée par un excès de sucre dans le sang.
    Certains diabétiques ont besoin d'un médicament particulier,
    l'insuline.

     diluer Diminuer la concentration d'une solution chimique,
    généralement par adjonction d'eau. Les pesticides sont souvent vendus
    sous forme de concentrés qu'il faut diluer dans l'eau.

     dissoudre Désagrégation d'un solide en présence d'un liquide pour
    obtenir une solution.

     distillat Substance isolée d'un mélange, en général par chauffage à
    une température précise et recueil de la vapeur au moment où elle
    refroidit et redevient liquide. Les différents constituants du mélange
    se transformeront en vapeur à différentes températures. Le distillat
    de pétrole est le mélange ainsi obtenu à partir du pétrole.

     dose Quantité de substance chimique qui pénètre dans l'organisme en
    une fois.

     dose seuil Plus petite dose susceptible de provoquer une
    intoxication.

     dose toxique Dose qui provoque l'intoxication.

     effets généraux/intoxication générale Effets d'un poison sur
    l'ensemble de l'organisme. Les effets généraux n'apparaissent que si
    une substance toxique est absorbée et diffusée à distance de l'endroit
    où elle a pénétré dans l'organisme.

     effet local Effet limité à la partie de l'organisme en contact avec
    une substance chimique.

     engrais Substance chimique que l'on répand en général sur la terre
    et qui favorise la croissance des plantes.

     épilepsie Maladie qui provoque des convulsions. Elle est due à des
    problèmes cérébraux.

     euphorie Sensation de grande allégresse.

     évaporer Passer de l'état liquide ou solide à l'état de vapeur.

     exposition Contact avec une substance chimique. La substance
    chimique peut on non pénétrer dans l'organisme.

     exposition aiguë Un contact unique avec un poison, de quelques
    secondes, minutes ou heures, ou des contacts répétés au cours d'une
    journée au plus.

     exposition chronique Contact avec un poison pouvant durer plusieurs
    jours, mois ou années. Elle peut être continue ou interrompue par des
    périodes sans aucun contact.

     fièvre Température corporelle supérieure à la normale.

     foie Gros organe situé sous les côtes inférieures droites. Beaucoup
    de poisons sont transformés par le foie en substances non toxiques.

     germe Très petit organisme vivant; micro-organisme ou microbe;
    désigne en général des microbes qui provoquent des maladies lorsqu'ils
    pénètrent dans l'organisme.

     hallucinations Phénomène vu, entendu ou senti par une personne, qui
    lui semble réel, mais qui n'existe pas; sont dues à des troubles
    cérébraux.

     hallucinogène Qui provoque des hallucinations.

     hyperthermie Température corporelle supérieure à la normale.

     hypothermie Température corporelle inférieure à la normale.

     infection Maladie provoquée par des germes.

     inflammation Réponse tissulaire à une lésion, caractérisée au niveau
    local par une rougeur, une tuméfaction, une sensation de douleur et
    une élévation de la température.

     ingestion Action d'introduire dans l'organisme. Généralement
    employée pour signifier l'introduction par la bouche et le fait
    d'avaler.

     inhalation Inspiration dans les poumons à travers la bouche et le
    nez.

     injection intramusculaire Injection dans un muscle, en général au
    niveau du bras ou de la fesse.

     injection intraveineuse Injection dans une veine. Une veine est un
    vaisseau sanguin qui ramène le sang vers le coeur.

     intestin Tube reliant l'estomac à l'anus.

     intoxication aiguë Effets survenant dans les quelques heures, ou au
    plus quelques jours, suivant l'exposition à une dose unique ou à des
    doses répétées d'une substance chimique au cours d'une même journée.

     irritant Substance chimique qui provoque une inflammation à la suite
    d'un contact fortuit, prolongé ou répété avec la peau ou d'autres
    tissus.

     jaunisse Coloration jaune des yeux et de la peau provoquée par des
    lésions hépatiques. Le foie peut être endommagé par un poison, une
    infection ou des problèmes sanguins.

     lacérer Déchirer la peau et le muscle en laissant une plaie aux
    bords déchiquetés.

     laxatif Médicament qui provoque la défécation. Les laxatifs sont
    parfois donnés aux victimes ayant ingéré un poison, de façon à
    accélérer le transit de ce dernier dans l'intestin et à l'éliminer
    rapidement.

     masque respiratoire Matériel qui évite à celui qui le porte de
    respirer des substances dangereuses. Il peut couvrir la moitié du
    visage, c'est-à-dire la bouche et le nez ou l'ensemble du visage, nez
    bouche et yeux. Ne doit être utilisé que par des personnes ayant
    appris à l'employer et à l'entretenir correctement.

     médicament Substance utilisée pour prévenir ou traiter une maladie.

     métabolite Substance chimique produite par des réactions chimiques
    au sein de l'organisme.

     nausée Envie de vomir.

     oedème Accumulation de liquide dans les tissus à la suite d'un
    traumatisme, d'une inflammation ou d'une allergie.

     oedème pulmonaire Affection caractérisée par le fait que les poumons
    se remplissent de liquide et que le patient a du mal à respirer.

     ordonnance Instruction écrite de la main du médecin à l'intention du
    professionnel de la santé qui dispense les médicaments, comprenant le
    nom du médicament à dispenser, la dose à prendre et à quel intervalle,
    ainsi que d'autres instructions le cas échéant.

     organe cible Organes les plus touchés par un poison donné.

     paralysie Perte de tout mouvement musculaire.

     perte de connaissance Etat dans lequel une personne ne répond plus
    aux stimulus extérieurs tels que le bruit ou la douleur. Il est
    provoqué par des lésions ou des troubles au niveau cérébral.

     pesticide Substance chimique destinée à tuer des nuisibles tels que
    les insectes ou les mauvaises herbes.

     poison Toute substance qui est nocive si elle pénètre dans
    l'organisme.

     pouls Le pouls est une onde de pression qui parcourt les artères
    (vaisseaux sanguins) chaque fois que le coeur bat et rejette du sang.
    On peut prendre le pouls aux endroits où les artères sont proches de
    la surface de l'organisme.

     premiers secours/soins Traitement immédiat d'une intoxication ou
    d'un traumatisme.

     pupille Centre noir de l'oeil. Elle se rétré cit lorsque la lumière
    est vive et se dilate dans l'obscurité. Médicaments et poisons peuvent
    modifier son diamètre.

     rectum Dernière partie de l'intestin avant l'anus.

     réhydratation Le fait de donner de l'eau, ou d'autres liquides, à
    une personne qui en a perdu beaucoup par suite d'une diarrhée, de
    vomissements ou de sueurs profuses. On peut préparer des solutions de
    réhydratation spéciales à l'aide des sachets de sels de réhydratation
    orale.

     rein Un des deux gros organes en forme de haricot situé dans la
    partie inférieure du dos; ils éliminent les déchets sanguins et
    fabriquent l'urine.

     rodenticide Poison destiné à tuer les rongeurs, tels que rats et
    souris.

     salive Postillon; crachat; liquide présent à l'intérieur de la
    bouche.

     selles Fèces. Déchets de l'organisme éliminés au moment de la
    défécation.

     sérum antivenimeux Médicament qui agit contre le poison ou le venin
    d'animaux tels que les serpents, poissons, insectes ou araignées.

     signes Effets que l'on peut voir, ressentir, entendre ou mesurer,
    tels qu'une fièvre, un pouls rapide, une respiration bruyante.

     solution Résultat obtenu après dissolution d'un solide dans un
    liquide, ou mélange de deux liquides pour n'en former plus qu'un.

     solvant Liquide dans lequel une ou plusieurs substances chimiques
    vont se dissoudre (disparaître lorsqu'on les remue) pour former une
    solution. De nombreux liquides sont des solvants par exemple; l'eau
    est un solvant pour le sel; le pétrole lampant et les produits
    analogues sont des solvants pour certains pesticides.

     spasme Contraction soudaine, violente, douloureuse et involontaire
    d'un muscle ou d'un groupe de muscles.

     stéthoscope Instrument permettant d'écouter les bruits internes de
    l'organisme, tels que le bruit des battements cardiaques ou de l'air
    dans les poumons.

     symptômes Effets ressentis par une personne, tels que la nausée, la
    douleur ou la soif.

     température Mesure de la chaleur corporelle. On prend la température
    d'une personne en lui touchant le front ou en utilisant un
    thermomètre.

     tétanos Trismus; maladie survenant lorsque des germes vivant
    normalement dans les fèces humaines ou animales pénètrent dans
    l'organisme à l'occasion d'une blessure. Le tétanos raidit les muscles
    et provoque des convulsions.

     thermomètre Instrument employé pour mesurer le réchauffement ou le
    refroidissement de l'organisme.

     toxine Poison fabriqué par une créature vivante, une plante ou un
    micro-organisme.

     ulcération Lésion ouverte résultant de la destruction de la peau ou
    de la muqueuse, telle celle provoquée par un produit corrosif.

     vaisseaux sanguins Conduits destinés à transporter le sang dans
    l'organisme. Les vaisseaux qui transportent le sang depuis le coeur
    sont appelés artères. Elles ont un pouls. Les vaisseaux qui ramènent
    le sang au coeur sont appelés veines. Elles n'ont pas de pouls.

     vapeur Gaz produit par un solide ou un liquide à une température
    située au-dessus de son point d'ébullition. Il peut également y avoir
    de la vapeur au-dessus de la surface d'un liquide n'ayant pas atteint
    son point d'ébullition

     venin Liquide toxique produit par des animaux comme les serpents,
    les araignées et les poissons et injecté dans leur proie à l'occasion
    d'une morsure ou d'une piqûre, ou par le biais d'é pines qui piquent
    la peau.

     vêtements protecteurs Vêtements qui protègent de l'exposition à des
    produits chimiques, en général en recouvrant la peau. Certains
    vêtements protecteurs comprennent également un masque recouvrant la
    bouche et le nez pour empêcher l'inhalation de la substance chimique,
    ou des lunettes pour protéger les yeux.

     voie La voie de pénétration d'une substance est la façon dont elle
    entre dans l'organisme.