PROGRAMME INTERNATIONAL SUR LA SÉCURITÉ CHIMIQUE
PRISE EN CHARGE
DES INTOXICATIONS
Manuel de l'agent de santé
J. A. Henry
H. M. Wiseman
Medical Toxicology Unit
Guy's and St Thomas'
Hospital Trust
Londres, Angleterre
Organisation mondiale de la Santé
Genève
1998
Catalogage à la source: Bibliothèque de l'OMS
Henry, J. A.
Prise en charge des intoxications: manuel de l'agent de santé/J. A.
Henry, H. M. Wiseman.
1. Toxicologie --- 2. Toxiques --- 3. Intoxication --- prévention &
contrôle 4. Intoxication --- thérapeutique 5. Manuel I. Wiseman, H. M.
II. Title
ISBN 92 4 254481 7 (Classification NLM: QV600)
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des demandes d'autorisation de reproduire ou de traduire ses
publications, en partie ou intégralement. Les demandes à cet effet et
les demandes de renseignements doivent être adressées au Bureau des
Publications, Organisation mondiale de la Santé, Genève, Suisse, qui
se fera un plaisir de fournir les renseignements les plus récents sur
les changements apportés au texte, les nouvelles éditions prévues et
les réimpressions et traductions déjà disponibles.
(c) Organisation mondiale de la Santé , 1998
Illustrations (c) Picthall & Gunzi 1998
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erreur ou omission, une majuscule indique qu'il s'agit d'un nom
déposé.
Table des matières
Préface
Remerciements
Introduction
Comment utiliser ce manuel
Centres antipoisons et programmes de lutte contre les
intoxications
Partie 1. Poisons et intoxications: généralités
1. Poisons et intoxications
Objectifs
Qu'est-ce qu'un poison?
Exposition à un poison
Mode de pénétration d'un poison dans l'organisme
Ce qui se passe lorsqu'un poison pénètre dans l'organisme
Effets des poisons
Survenue des effets généraux
2. Circonstances dans lesquelles surviennent les intoxications
Objectifs
Intoxications accidentelles
Intoxication volontaire
Empoisonnement délibéré de tiers
Intoxications alimentaires
Intoxications médicamenteuses
Toxicomanies et abus
Utilité et danger des substances chimiques
3. Prévention des intoxications
Objectifs
Comment aider les gens à assurer la sécurité à domicile, sur
les lieux de travail et dans la communauté?
Que peut-on faire pour prévenir les intoxications?
La sécurité à domicile
Prévention des intoxications par les pesticides
Ce que peuvent faire les employeurs pour éviter les
intoxications professionnelles
Précautions à prendre contre les morsures de serpents
Précautions à prendre contre les piqûres et les morsures
d'insectes (araignées et scorpions)
Précautions à prendre pour éviter de consommer des poissons
venimeux, des plantes ou des champignons vénéneux
Précautions à prendre pour éviter de consommer des aliments
contaminés par des microbes
4. Conduite à tenir en cas d'urgence
Objectifs
Surveillance des risques
Conduite à tenir en cas d'urgence
5. Premiers secours
Objectifs
Donner immédiatement les premiers soins
Premiers secours en cas d'intoxication
Traitement des piqûres et morsures d'animaux venimeux par
des remèdes traditionnels
6. Recherche d'une aide médicale
Objectifs
A moins de deux heures d'un hôpital
Loin d'un hôpital
En l'absence d'une aide médicale rapide
Transport de la victime à l'hôpital
Ce qu'il faut faire après avoir lu ce chapitre
7. Examen de la victime
Objectifs
Signes et symptômes
Ce que l'examen ne peut révéler
La victime ne présente aucun signe ni symptôme
Comment procéder à l'examen d'une victime et reconnaître les
signes et symptômes qu'elle présente
Tableaux de signes et de symptômes
8. Retracer la suite des événements
Objectifs
Interroger les gens
Rechercher le poison ou des indices permettant de retracer
la suite des événements
Ce qu'il y a lieu de faire ensuite
9. Prise en charge des intoxications en dehors de l'hôpital
Objectifs
Ce qu'il faut faire en cas d'ingestion d'un poison
Comment empêcher le poison de parvenir jusqu'à la
circulation sanguine
Provoquer les vomissements
Administration de charbon activé
Administration d'un laxatif
Prise en charge d'un sujet très malade
10. Médicaments et matériel
La trousse de premier secours
Médicaments
Matériel de premiers secours
Partie 2. Poisons: caractéristiques
Introduction
Renseignements figurant dans chaque section
Pesticides
Arsenic et produits contenant de l'arsenic
Chlorate de sodium
Désherbants au chlorophénoxyacétate
Dinitro- o-crésol (DNOC), dinitrophénol, dinoseb et
pentachlorophénol
Insecticides à base de pyréthrines et de pyréthrinoïdes
Insecticides organophosphorés et carbamates
Métaldéhyde
Paraquat
Pesticides organochlorés
Phénol et substances apparentées
Phosphure d'aluminium et phosphure de zinc
Raticides
Répulsifs contre les insectes
Strychnine
Thallium
Warfarine et autres pesticides ayant un effet anticoagulant
Substances chimiques à usage domestique et professionnel
Benzène, tétrachloro-éthylène, toluène, trichloro-éthane,
trichloréthylène et xylène
Borax, acide borique et perborate de sodium
Colle
Cosmétiques et produits de toilette
Cyanures
Désinfectants et antiseptiques
Désodorisants d'ambiance, blocs désodorisants et boules
antimites
Distillats de pétrole
Essences volatiles
Ethanol et isopropanol
Ethylèneglycol et méthanol
Oxyde de carbone
Phosgène
Piles miniaturisées
Plomb
Pulvérisateurs d'aérosols
Savon et détergents
Substances caustiques et corrosives
Tabac
Tétrachlorure de carbone
Produits habituellement peu dangereux
Médicaments
Acide acétylsalicylique, salicylate de choline, salicylate
de méthyle, acide salicylique
Amphétamines, atropiniques, antihistaminiques, cocaïne,
éphédrine et pseudoéphédrine
Aminophylline et théophylline
Barbituriques, médicaments de type chlorpromazine,
médicaments de type diazépam et méprobamate
Carbamazépine, phénytoïne et acide valproïque
Carbonate de lithium
Colchicine
Contraceptifs oraux
Dapsone
Digitaline, digitoxine et digoxine
Hydroxyde de magnésium, sulfate de magnésium,
phénolphthaléine et séné
Ibuprofène
Insuline et médicaments de type chlorpropamide
Isocarboxazide, phénelzine et tranylcypromine
Isoniazide
Médicaments de type amitriptyline, chloroquine, quinidine et
quinine
Médicaments contenant du fer
Opiacés
Paracétamol
Pénicilline et tétracycline (antibiotiques)
Proguanil
Rifampicine
Salbutamol
Trinitrine, hydralazine et médicaments de type propranolol
Plantes, animaux et toxines naturelles
Plantes contenant de l'atropine
Cannabis
Plantes irritantes
Lauriers roses
Haricots ornementaux
Champignons
Serpents
Araignées
Poissons venimeux
Toxi-infections alimentaires par les poissons et fruits de
mer
Glossaire
Index
Préface
Ce manuel répond à deux objectifs principaux: informer les gens vivant
dans des régions rurales, loin de toute aide médicale, de la conduite
à tenir en cas d'intoxication et proposer des moyens de prévention au
sein de la communauté.
Il a été rédigé à l'intention des personnes qui, n'ayant que peu ou
pas de formation médicale, peuvent être amenées à être les premières
en contact avec un sujet intoxiqué, à savoir les agents de santé
communautaires, les secouristes ou les cadres travaillant dans des
communautés rurales. Certains renseignements ont été ajoutés à
l'intention des médecins qui, ayant une expérience de la clinique et
des méthodes diagnostiques, travaillent dans les postes et les centres
de santé ruraux et peuvent à ce titre disposer de certains instruments
médicaux et médicaments.
Ce manuel se veut un ouvrage de référence pratique en cas d'urgence.
Il peut également servir aux personnes chargées de former les agents
de santé communautaires et autres intervenants à des gestes pratiques
tels que le bouche-à-bouche et le massage cardiaque, gestes qui ne
s'acquièrent qu'avec la pratique sous la supervision d'une personne
qualifiée. Il devrait également être utile aux étudiants en médecine,
aux infirmières et au personnel paramédical.
Cet ouvrage sera d'autant plus utile qu'il sera traduit dans
différentes langues et adapté aux diverses situations locales en
fonction des responsabilités confiées aux agents de santé
communautaires (autorisés ou non, par exemple, à pratiquer des
injections); des fonctions des centres de santé locaux et des médecins
des hôpitaux ruraux; des médicaments disponibles et des problèmes
particuliers qui se posent dans chaque région.
On ne s'est pas attardé ici sur les intoxications chroniques, souvent
causées par l'emploi de produits chimiques dans le cadre
professionnel. Les lecteurs qui veulent en savoir plus sur ces
intoxications devront se reporter à un ouvrage traitant de la santé en
milieu professionnel (médecine du travail).
Public auquel ce manuel s'adresse
Agents de santé communautaires. L'agent de santé communautaire sait
en général lire, écrire et résoudre des problèmes arithmétiques
simples; sa formation de base lui permet de:
-- donner les premiers secours,
-- prendre la température,
-- prendre le pouls,
-- dispenser des médicaments.
Les agents de santé communautaires peuvent également être formés à la
pratique des injections intramusculaires et sous-cutanées.
Secouristes. Les secouristes sont entraînés à porter secours aux
gens en difficulté et à apporter une aide immédiate aux victimes
d'accidents en attendant qu'un agent de soins de santé qualifié puisse
prendre le relais. Les personnes susceptibles d'être présentes les
premières sur les lieux d'un accident, telles que les employés d'une
entreprise, les pompiers, ou les agents de police, ont souvent un
diplôme de secouriste.
Cadres sans qualification médicale. De nombreux cadres ayant fait
des études supérieures tels que les enseignants, les agronomes, les
pharmaciens, les scientifiques et les techniciens, connaissent les
usages et les effets des substances chimiques. Dans les communautés où
il n'y a pas de médecin, ils sont parfois les seuls à avoir des
connaissances sur les substances chimiques et les poisons. Ils peuvent
donc être amenés à être les premiers sur les lieux d'un accident ou à
être appelés auprès de personnes dont on pense qu'elles ont été
intoxiquées. Ils doivent connaître la conduite à tenir en cas
d'intoxication par les pesticides, les médicaments, les produits
ménagers et autres substances. Ils doivent également être en mesure de
conseiller les gens sur la manière d'éviter toute intoxication.
Dans certains pays, les cadres sans formation médicale peuvent suivre
des cours organisés par les centres antipoisons afin d'apprendre les
gestes à effectuer en cas d'urgence.
Infirmières, étudiants en médecine et personnel paramédical. Cet
ouvrage peut leur servir de manuel pratique ou de manuel de formation.
Médecins. Certains renseignements ont été mentionnés expressément à
l'intention des médecins qui travaillent dans les dispensaires et les
centres de santé ruraux et disposent à ce titre de certains
instruments médicaux et de médicaments. Ces renseignements figurent
dans des encadrés qui les isolent du corps du texte. Le détail des
traitements médicaux qui ne peuvent être administrés qu'en milieu
hospitalier n'y est pas précisé.
Remerciements
Ce manuel a été préparé sur recommandation d'un groupe d'experts réuni
par le Programme international sur la Sécurité chimique (PISC)1 en
février 1987. Un avant-projet a été préparé par le Dr J. A. Henry et
MmeH. M. Wiseman et revu par un certain nombre d'experts qui ont
apporté leurs observations, en particulier le Dr E. Fogel de Korc
(Montevideo, Uruguay), le Dr G. R. Gardiner, Le Dr J. Jackson et M. W.
Tardoir (Bruxelles, Belgique), ainsi que par des collègues du Registre
international des Substances chimiques potentiellement toxiques
(RISCPT) du PNUE et du service de la Sécurité et de la Santé au
travail du BIT. Le groupe de rédaction réuni par le PISC pour examiner
le texte, était constitué des personnes suivantes: le Dr J.-C. Berger
(Luxembourg), le Dr N. Besbelli (Ankara, Turquie), le Professeur M.
Ellenhorn (Los Angeles, Etats-Unis d'Amérique), le Professeur B. Fahim
(Le Caire, Egypte), le Dr Sming Kaojarern (Bangkok, Thaïlande), le
Professeur A. Furtado Rahde (Porto Alegre, Brésil), le Dr N. N.
Sabapathy (Fernhurst, Angleterre), le Professeur A. N. P. van Heijst
(Utrecht, Pays-Bas), et le Dr A. David (BIT). Le texte de ce manuel a
été testé lors d'un atelier du PISC qui s'est tenu a Harare, au
Zimbabwe du 28 janvier au 1 er février 1991, puis dans deux ateliers
de formation organisés par la suite au Zimbabwe. Certaines parties de
ce texte ont également été examinées lors d'un atelier du PISC qui
s'est tenu à Dakar, Sénégal, du 24 au 27 janvier 1995. En ce qui
concerne le PISC, c'est le Dr J. Pronczuk de Garbino qui a apporté les
modifications d'ordre rédactionnel et le Dr J. A. Haines qui a
coordonné le travail.
Le manuel de premiers secours des Joint Voluntary Aid Societies du
Royaume-Uni et les publications de la Global Crop Protection
Federation ont été particulièrement utiles pour la préparation de
l'avant-projet. Le soutien financier apporté au PISC par le Department
of Health du Royaume-Uni, a permis de réaliser l'avant-projet et
d'organiser les réunions du groupe de rédaction. Les illustrations ont
été préparé es par Picthall & Gunzi, Londres.
1 Le PISC est un projet de coopération entre l'Organisation
mondiale de la Santé (OMS), le Bureau international du Travail
(BIT) et le Programme des Nations Unies pour l'Environnement
(PNUE). L'OMS est l'agent d'exécution du programme, qui vise à
fournir aux pays une base de données scientifiques évalué es au
plan international afin qu'ils mettent en place leurs propres
mesures de sécurité chimique et qu'ils renforcent les moyens
d'action nationaux pour la prévention et le traitement des effets
nocifs des substances chimiques et la gestion des situations
d'urgence.
Introduction
Comment utiliser ce manuel
Ce manuel est constitué de deux parties. Dans la Partie 1 on trouvera
des renseignements d'ordre général sur les poisons et les
intoxications, sur la façon dont les intoxications se produisent et
sur ce qu'il y a lieu de faire pour les prévenir. Elle comporte
également des indications sur la manière de traiter les urgences. Dans
la Partie 2 on trouvera des renseignements précis sur les effets de
l'intoxication par divers pesticides, médicaments, produits ménagers,
plantes vénéneuses et animaux venimeux et des indications sur la
conduite à tenir lorsqu'on pense être en présence d'un cas
d'intoxication. On y trouvera également un glossaire et un index.
Pour être prêt en cas d'urgence
1. Disposer d'une trousse de premiers secours, comme celle
recommandée au chapitre 10, à domicile, dans la communauté ou sur
le lieu de travail.
2. Etudier ce manuel avant d'en avoir besoin, en particulier les
chapitres 4 à 9 de la Partie 1, qui indiquent la conduite à tenir
en cas d'intoxication.
3. S'exercer à pratiquer certains gestes de premiers secours, de
façon à savoir ce qu'il y a lieu de faire en cas d'urgence.
Recherche d'une substance chimique, d'une plante ou d'un animal
En cas d'intoxication, se reporter à la Partie 2. Rechercher dans
l'index figurant à la fin du manuel le médicament, le produit
chimique, la plante ou l'animal qui semble être à l'origine de
l'intoxication.
Renseignements destinés aux médecins
Dans le chapitre 5, «Premiers secours» et le chapitre 9 «Prise en
charge des intoxications en dehors de l'hôpital», ainsi que dans la
Partie 2, le texte est parsemé d'encadrés. Les renseignements qui y
figurent sont destinés aux médecins.
Si vous ne comprenez pas la signification de certains mots utilisés
dans cet ouvrage
Rechercher le mot dans le glossaire (le vocabulaire médical figurant
dans les encadrés destinés aux médecins n'y est pas expliqué).
Centres antipoisons et programmes de lutte contre les intoxications Il
existe dans beaucoup de pays des centres antipoisons qui donnent des
conseils sur le traitement et la prévention des intoxications. Ils
disposent de renseignements sur les médicaments, les pesticides, les
plantes vénéneuses, les animaux venimeux, les produits ménagers et les
substances chimiques employées dans le cadre professionnel. Le médecin
du centre antipoison peut vous indiquer la conduite à tenir lorsque
quelqu'un a ingéré ou respiré une substance toxique, ou en a reçu des
projections sur la peau ou dans les yeux.
La plupart des centres antipoisons peuvent être contactés 24 heures
sur 24 par téléphone ou, dans certains pays, par radio. Ils disposent
parfois d'antidotes particuliers (par exemple, sérums antivenimeux
contre les serpents ou les araignées). Certains d'entre eux disposent
de lits d'hôpital où ils peuvent traiter les sujets intoxiqués.
Dans beaucoup de pays, d'autres institutions collaborent avec les
centres antipoisons dans le cadre de programmes nationaux de lutte
contre les intoxications, afin d'améliorer la prise en charge et la
prévention de ces dernières. On peut citer:
-- les hôpitaux et autres établissements dans lesquels les sujets
intoxiqués sont traités;
-- les organismes qui recueillent des informations sur les
intoxications;
-- les entreprises qui fabriquent ou utilisent des substances
pouvant provoquer des intoxications;
-- les instances gouvernementales qui contrôlent l'utilisation des
substances chimiques dans le pays;
-- les universités et les établissements d'enseignement supérieur
qui dispensent des cours sur les intoxications aux médecins et
autres personnes intéressées.
On trouvera au dos de ce manuel un espace dans lequel inscrire les
noms et adresses des organismes susceptibles d'apporter leur aide en
cas d'intoxication, ou de donner des conseils en matière de prévention
des intoxications.
PARTIE 1 Poisons et intoxications: généralités
CHAPITRE 1 Poisons et intoxications
Objectifs
A la fin de ce chapitre, on doit être à même de :
1. Savoir ce qu'est un poison.
2. Savoir ce que l'on entend par intoxication locale et intoxication
générale. Comprendre de quelle façon un poison peut pénétrer dans
l'organisme et être capable de reconnaître les situations dans
lesquelles une intoxication est susceptible de se produire.
3. Savoir ce que l'on entend par intoxication aiguë et intoxication
chronique et être capable d'expliquer aux gens qu'une exposition
continue à de faibles quantités de substance toxique pendant
plusieurs jours, semaines ou mois, peut être dangereuse, même
s'ils n'en ressentent pas immédiatement les effets nocifs.
4. Pouvoir expliquer aux gens que prendre trop d'un médicament peut
être dangereux.
5. Pouvoir expliquer aux gens pourquoi il est important de faire
attention lorsqu'on manipule des produits dangereux et pourquoi
il est important de rincer le plus vite possible toute substance
toxique ayant été en contact avec la peau.
6. Pouvoir expliquer pourquoi les distillats de pétrole, tel le
pétrole lampant, sont nocifs si on les avale.
7. Comprendre comment l'on peut aider des personnes ayant avalé un
poison en les faisant vomir ou en leur donnant du charbon activé.
8. Savoir que les sujets très âgés, très jeunes ou en mauvaise santé
sont plus exposés aux dangers des poisons.
9. Savoir pourquoi une personne ayant été exposée à un poison peut
sembler ne pas être incommodée et pourquoi il est souvent bon de
la garder en observation pendant 12 à 24 heures après
l'exposition, même si elle semble en bonne santé.
Qu'est-ce qu'un poison?
Un poison est une substance qui provoque des effets nocifs lorsqu'elle
pénètre dans l'organisme. Ces effets peuvent être bénins (par exemple,
maux de tête ou nausées), graves (par exemple, convulsions ou très
forte fièvre), ou mortels.
Pratiquement n'importe quelle substance chimique peut être toxique si
elle pénètre en quantité suffisante dans l'organisme. Certaines sont
dangereuses en très petite quantité (par exemple, l'ingestion d'une
cuillerée de produit toxique ou la faible quantité de venin injectée
par un serpent); d'autres ne sont dangereuses qu'en grande quantité
(par exemple, plusieurs tasses d'un produit).
La quantité de substance qui pénètre dans l'organisme à un moment
donné est appelée dose. Une dose de substance qui provoque une
intoxication est une dose toxique. La plus petite quantité de
substance ayant un effet toxique est appelée dose seuil. Si la
quantité de substance ayant pénétré dans l'organisme est inférieure à
la dose seuil, elle ne provoquera pas d'intoxication et peut même
avoir des effets bénéfiques. Par exemple, les médicaments ont des
effets bénéfiques si on les prend à la bonne dose, mais certains
d'entre eux peuvent être toxiques si l'on en prend trop.
Exposition à un poison
Lorsque des personnes sont en contact avec un poison, on dit qu'elles
y sont exposées. L'effet de l'exposition dépend d'une part de la durée
du contact et de la quantité de substance ayant pénétré dans
l'organisme et de l'autre, de la quantité de substance que l'organisme
peut éliminer au cours de cette période.
L'exposition peut n'avoir lieu qu'une fois ou se produire à de
nombreuses reprises.
L'exposition aiguë est un contact unique de quelques secondes,
minutes ou heures, ou une succession d'expositions au cours d'une
journée tout au plus.
L'exposition chronique est un contact de plusieurs jours, mois ou
années. Elle peut être continue ou interrompue par des périodes
pendant lesquelles il n'y a aucun contact. Par exemple, il y a
exposition discontinue dans le cadre professionnel.
L'exposition chronique à de petites quantités de substance toxique
peut ne provoquer aucun signe ni symptôme au début. Il faut parfois
des jours ou des mois avant qu'il y ait suffisamment de substance
toxique dans l'organisme pour entraîner une intoxication. Par exemple,
une personne peut employer un pesticide tous les jours. Chaque jour,
elle ne sera exposée qu'à une faible quantité de pesticide, mais peu à
peu le pesticide s'accumulera dans l'organisme jusqu'à atteindre la
dose toxique. C'est à ce moment-là que la personne commencera à se
sentir mal.
Mode de pénétration d'un poison dans l'organisme
Le mode de pénétration d'un poison dans l'organisme est appelé
type d'exposition ou voie d'absorption. La quantité de poison qui
pénètre dans la circulation sanguine au cours d'une durée donnée
dépend de cette voie.
Par la bouche en cas d'ingestion
La plupart des intoxications se produisent ainsi. Il arrive souvent
que de jeunes enfants avalent des poisons accidentellement; les
adultes qui veulent s'empoisonner les ingèrent eux délibérément. Si,
après avoir manipulé des substances toxiques, les gens mangent,
boivent ou fument sans s'être lavés les mains, ils peuvent en ingérer
accidentellement. C'est une cause fréquente d'intoxication par les
pesticides.
Lorsqu'elles sont ingérées, les substances toxiques vont dans
l'estomac (Fig. 1). Certaines d'entre elles traversent la paroi
intestinale et vont dans la circulation sanguine. Plus la durée
pendant laquelle une substance toxique reste dans l'intestin est
longue, plus la quantité qui pénétrera dans la circulation sanguine
sera importante et plus l'intoxication sera grave.
Si une personne vomit peu après avoir ingéré un poison, ce dernier
sera peutêtre expulsé avant d'atteindre une dose toxique dans le sang.
Donc, si la personne ne vomit pas immédiatement, il est parfois utile
de la faire vomir. Il existe deux autres façons d'empêcher les poisons
de passer dans la circulation sanguine: 1) administrer du charbon
activé car il se fixe à certains poisons et les empêche de traverser
la paroi intestinale; ou 2) administrer des laxatifs pour accélérer le
transit intestinal et éliminer la substance toxique plus rapidement.
Le chapitre 9 indique les situations dans lesquelles il est utile de
faire vomir un malade, de lui donner du charbon activé ou un laxatif
et celles où au contraire cela peut être dangereux.
Les poisons qui ne traversent pas la paroi intestinale ne parviennent
pas dans la circulation sanguine et ne peuvent donc pas entraîner
d'intoxication générale. Ils parcourent l'intestin et quittent
l'organisme dans les selles. Par exemple, le mercure métallique ne
peut traverser la paroi intestinale. En cas d'ingestion, le mercure
d'un thermomètre sera éliminé dans les selles, sans entraîner
d'intoxication.
Par les poumons en cas d'inhalation par la bouche et le nez
Les gaz, vapeurs, poussières, fumées ou aérosols toxiques peuvent être
inhalés par la bouche et le nez et pénétrer dans les voies aériennes
jusqu'aux poumons (Fig. 2). Seules les particules trop petites pour
être vues peuvent pénétrer dans les poumons. Les particules plus
grosses sont piégées dans la bouche, la gorge et le nez et peuvent
être ingérées. On peut inhaler une substance toxique en travaillant
dans un bâtiment mal aéré ou en pulvérisant des pesticides sans
protection suffisante. Les appareils de chauffage au mazout ou au gaz,
les cuisinières et les feux dégagent des vapeurs toxiques qui peuvent
atteindre des concentrations dangereuses si la fumée n'est pas évacuée
à l'extérieur ou si la pièce n'est pas bien aérée.
Les substances toxiques qui pénètrent dans les poumons passent très
rapidement dans la circulation sanguine du fait que les voies
aériennes ont des parois fines et sont très bien irriguées.
Par la peau du fait d'un contact avec des liquides, gouttelettes de
pulvérisation ou brouillards
Les personnes qui travaillent avec des produits comme les pesticides
peuvent s'intoxiquer à l'occasion de pulvérisations ou d'éclaboussures
reçues à même la peau, ou en portant des vêtements qui en sont
imbibés.
La peau constitue une barrière qui protège l'organisme des agressions
extérieures. Cependant, certains poisons peuvent penétrer à travers la
peau (Fig. 3). Ils traversent plus facilement une peau chaude,
mouillée ou moite qu'une peau froide et sèche, et plus rapidement une
peau endommagée par des égratignures ou des brûlures qu'une peau
intacte. Par conséquent, une substance qui endommage la peau
traversera plus facilement qu'une autre qui ne l'endommage pas. Il est
parfois possible d'éliminer en la rinçant la substance toxique avant
qu'une dose dangereuse ne pénètre dans l'organisme.
Par injection à travers la peau
Des substances toxiques peuvent être injectées à travers la peau au
moyen d'une seringue, d'un injecteur sans aiguille, lors d'un
tatouage, ou à l'occasion d'une morsure ou d'une piqûre d'animal
venimeux (insecte, poisson ou serpent). Le produit injecté peut
pénétrer directement dans les vaisseaux sanguins ou sous la peau, dans
les muscles ou les tissus adipeux. Un poison injecté dans les
vaisseaux sanguins agit très rapidement. S'il est injecté sous la peau
ou dans un muscle, il faut qu'il traverse plusieurs couches de tissus
avant d'atteindre les vaisseaux sanguins, et il agit donc plus
lentement.
Ce qui se passe lorsqu'un poison pénètre dans l'organisme
Comment le poison diffuse dans l'organisme
Unefois qu'une substance toxique aatteint la circulation sanguine,
elle est véhiculée dans tout l'organisme, le coeur pompant le sang qui
alimente ce dernier (Fig. 4).
Comment le poison est dégradé dans l'organisme
Certaines substances toxiques sont modifiées dans l'organisme et
transformées en d'autres produits appelés métabolites, qui peuvent
être plus ou moins dangereux que la substance d'origine. Les
métabolites sont plus facilement éliminés que la substance d'origine.
La plupart du temps, cette dégradation s'opère au niveau du foie.
Comment le poison est éliminé par l'organisme
Les substances inchangées ou leurs métabolites sont en général
éliminés par l'organisme dans les urines, les selles, la sueur, ou
dans l'air expiré par la personne. Les substances toxiques passent du
sang dans les urines au niveau des reins et du sang dans l'air expiré
au niveau des poumons. Les substances toxiques retrouvées dans les
selles peuvent avoir parcouru l'intestin sans passer dans la
circulation sanguine, ou être parvenues dans la circulation sanguine
et avoir été rejetées dans l'intestin.
Certains poisons, comme le DDT, pénètrent dans les tissus et les
organes où ils peuvent demeurer longtemps.
Effets des poisons
Les effets d'une substance chimique sur l'organisme sont soit locaux,
soit généraux.
L'effet local est limité à la partie de l'organisme en contact avec la
substance: la peau, les yeux, les voies aériennes, le tube digestif.
Parmi les effets locaux, on peut citer les éruptions et les brûlures
cutanées, le larmoiement et l'irritation de la gorge engendrant une
toux. De nombreux poisons ont des effets locaux, mais il en existe
également beaucoup qui n'en ont pas.
Les effets généraux se produisent lorsqu'un poison est absorbé dans
l'organisme.
Certaines substances provoquent à la fois des effets locaux et des
effets généraux. Si quelqu'un présente des effets locaux à la suite
d'une exposition à une substance chimique, il est important de
vérifier qu'il n'y a pas également des signes et symptômes
d'intoxication générale.
Effets locaux
Peau
Les substances chimiques qui endommagent la peau provoquent des
rougeurs ou des éruptions, des douleurs, des tuméfactions, des cloques
ou des brûlures graves. Les brûlures sont analogues à celles
provoquées par le feu.
Une substance chimique irritante provoque des démangeaisons, une
sensation de brûlure ou une douleur lorsqu'elle vient au contact de la
peau, mais ne provoque aucune brûlure si elle est immédiatement
rincée. Toutefois, en cas de contact prolongé avec la peau (plusieurs
heures), par exemple en raison du port de vêtements contaminés, elle
peut entraîner des brûlures.
Certaines substances irritantes n'ont aucun effet lors des quelques
premiers contacts avec la peau, mais finissent par provoquer des
rougeurs ou une éruption à la suite de contacts répétés, par exemple
lorsqu'on emploie souvent un produit d'entretien.
Parfois, les gens deviennent sensibles à un produit chimique après
l'avoir utilisé à de nombreuses reprises. Si au début, ils ne
ressentent aucun effet, au bout de quelques semaines ou de quelques
mois, ils peuvent présenter une éruption chaque fois qu'ils s'en
servent.
Un produit corrosif ou caustique provoque très rapidement des
brûlures douloureuses et détruit le tissu cutané. Des cloques peuvent
apparaître et la peau prend alors une couleur gris-blanc ou marron.
Yeux
Les substances irritantes ou corrosives peuvent provoquer des douleurs
sévères si elles pénètrent dans les yeux. Elles peuvent brûler très
rapidement la surface de l'oeil et engendrer des cicatrices, voire la
cécité. Les yeux sont alors rouges et larmoyants. La personne refuse
parfois d'ouvrir les yeux et la lumière vive lui fait mal.
Tube digestif
Les substances irritantes ou corrosives peuvent endommager la cavité
buccale et la gorge, ou le tube digestif. La personne présente en
pareil cas des maux d'estomac, des vomissements et de la diarrhée, qui
peuvent être sanglants. En cas de brûlure, la gorge enfle très
rapidement, empêchant la personne de respirer.
Voies aériennes et poumons
Certains gaz et certaines vapeurs irritent le nez, la gorge et les
voies aériennes supérieures, entraînant des accès de toux et de
suffocation. Certains gaz et certaines vapeurs endommagent les
poumons, qui se remplissent alors d'eau. Cela se produit immédiatement
après l'inhalation de la substance ou dans les 48 heures qui suivent.
Une personne ayant du liquide dans les poumons ne peut respirer
correctement et risque de se noyer. Il faut donc l'emmener à l'hôpital
le plus rapidement possible. La présence d'eau dans les poumons
définit l'oedème pulmonaire.
Certains des gaz qui provoquent des oedèmes pulmonaires irritent
également le nez, la gorge et les voies aériennes supérieures,
entraînant des accès de toux et de suffocation. Quelqu'un qui commence
à tousser et à suffoquer cherchera rapidement à se mettre au grand air
s'il le peut et, dans ce cas, ne sera pas suffisamment exposé pour
être intoxiqué.
Certains gaz toxiques comme l'oxyde de carbone n'ont aucune action
locale sur le nez ou la gorge. Les gaz toxiques qui ne provoquent ni
toux ni suffocation sont très dangereux, car on peut les respirer sans
le savoir.
Les distillats de pétrole, comme le pétrole lampant, peuvent provoquer
un oedème pulmonaire après ingestion. Lorsqu'on avale une substance
liquide, de petites quantités de liquide peuvent pénétrer dans les
poumons, même si les voies aériennes se ferment et empêchent
théoriquement un tel passage. Dans la plupart des cas, ces quantités
infimes ne sont pas dangereuses mais, s'il s'agit de distillats de
pétrole, elles peuvent entraîner un oedème pulmonaire.
Beaucoup plus grave, lorsqu'une personne est inconsciente, ses voies
aériennes ne se ferment pas et rien n'empêche alors les aliments, la
boisson ou les vomissures de pénétrer dans les poumons et d'obstruer
les voies aériennes ou de provoquer un oedème pulmonaire. C'est
pourquoi il est très dangereux d'essayer de donner à une personne
inconsciente des aliments, une boisson ou un médicament.
Points d'injection
Les poisons irritants qui sont injectés dans la peau, par exemple à
l'occasion d'une piqûre d'insecte ou d'une morsure de serpent, peuvent
provoquer une douleur et une tuméfaction au point d'injection.
Lorsqu'à l'occasion d'injections de produits vétérinaires à des
animaux ou à des oiseaux, on se pique soi-même, cela peut engendrer
des effets locaux.
Effets généraux
Les poisons peuvent agir de nombreuses façons:
* En endommageant des organes tels que le cerveau, le coeur, le
foie, les poumons, les reins ou la peau et les nerfs. La plupart
des substances toxiques ont un effet plus marqué sur un ou deux
organes que sur le reste de l'organisme. Les organes les plus
touchés sont appelés organes cibles.
* En bloquant les messages nerveux.
* En empêchant l'organisme de fonctionner correctement, par exemple
en bloquant l'approvisionnement en énergie et en oxygène.
Effets sur les enfants à naître
Certaines substances toxiques peuvent être dangereuses pour l'enfant à
naître. C'est surtout vrai au cours du premier trimestre de la
grossesse, lorsque le système nerveux et tous les organes principaux
sont en formation. Les os, les yeux, les oreilles, la bouche et le
cerveau du foetus sont en général les plus touchés. Si les dégâts sont
très importants, l'enfant arrête de se développer et meurt. Certaines
substances peuvent être toxiques pour le foetus et non pour la mère,
ce qui est dangereux, car rien alors ne permet à cette dernière de
savoir que son enfant est menacé.
Une mère qui boit de l'alcool ou qui fume pendant sa grossesse fait
courir un risque à son enfant. Les médicaments peuvent également être
dangereux. Une femme enceinte ne doit jamais prendre de médicaments
sans prescription médicale.
Survenue des effets généraux
Les effets généraux n'apparaissent que lorsque la quantité de
substance toxique présente dans l'organisme est supérieure à celle
dont l'organisme est capable de se débarrasser, et donc s'accumule et
atteint la dose seuil.
En général, lorsque le contact avec un poison est de très courte durée
(exposition aiguë), les effets s'en font sentir juste après
l'exposition et ne durent pas très longtemps. Mais, dans certains cas,
l'effet du poison ne s'observe qu'au bout de plusieurs heures, voire
de plusieurs jours après l'exposition aiguë. Par ailleurs, lorsque
quelqu'un a été longuement exposé à un poison (exposition chronique),
les effets de ce dernier peuvent durer longtemps.
Il arrive parfois qu'une personne ayant été exposée à une substance
toxique semble ne présenter aucun effet indésirable. Il peut y avoir à
cela plusieurs raisons: la personne n'a peut-être pas été exposée
suffisamment longtemps pour absorber une dose toxique; ou bien, elle a
absorbé une dose toxique mais semble bien parce qu'il est trop tôt
pour que se manifestent les effets de l'intoxication.
Il est parfois difficile de savoir si une personne qui a été exposée à
un poison va présenter des effets indésirables. Avant de la renvoyer
chez elle, vérifier toujours:
-- de quand date l'exposition à la substance toxique;
-- combien de temps il faut en général à cette substance pour
manifester ses effets (vérifier dans la Partie 2 de ce manuel, ou
contacter un centre antipoison).
Lorsque l'on soupçonne une intoxication, il est souvent bon de garder
la personne en observation pendant 12 à 24 heures, dans l'attente d'un
éventuel effet indésirable. Dans certains cas, il peut être nécessaire
de prolonger cette période d'observation.
Tout le monde ne réagit pas de la même façon en cas d'exposition à une
substance chimique. Certaines personnes sont plus sensibles que
d'autres. Par exemple, les jeunes enfants et les personnes âgées sont
davantage susceptibles d'être gravement intoxiquées que les jeunes
adultes. La probabilité d'être gravement intoxiqué est plus grande
pour des gens dont la santé est fragile (mauvaise alimentation,
alcoolisme) ou qui sont malades, que pour des personnes en bonne
santé.
CHAPITRE 2 Circonstances dans lesquelles surviennent les
intoxications
Objectifs
A la fin de ce chapitre, on doit être à même de:
1. Savoir reconnaître un risque d'intoxication par des produits
chimiques, des médicaments, de l'oxyde de carbone, des
pesticides, ou des aliments contaminés, à domicile ou dans le
cadre professionnel.
2. Expliquer aux autres comment se produisent les intoxications de
manière à ce qu'ils prennent conscience de ce genre de risque.
3. Mettre en garde les gens contre les dangers liés au fait de
changer un produit chimique d'emballage.
4. Expliquer aux gens pourquoi il est important d'utiliser un
produit de la façon préconisée par le fabricant.
5. Expliquer aux gens pourquoi il est dangereux de détourner l'usage
des médicaments.
L'intoxication peut être accidentelle ou volontaire (utilisation de
poisons contre soi-même ou contre d'autres personnes).
Il existe d'autres circonstances dans lesquelles une intoxication peut
survenir:
-- ingestion d'aliments toxiques;
-- prise ou administration d'un médicament mal adapté ou d'une dose
mal calculée;
-- prise de médicaments, de plantes ou de produits chimiques parce
que ce sont des modificateurs de l'humeur ou du comportement.
Intoxications accidentelles
Il peut y avoir intoxication accidentelle lorsque:
-- de jeunes enfants ou des personnes âgées manipulent des
substances toxiques sans le savoir;
-- des gens confondent une substance toxique avec un aliment ou une
boisson, parce qu'elle n'est pas dans son emballage d'origine;
-- des gens utilisent des produits chimiques ou des médicaments à
mauvais escient;
-- des gens utilisent des pesticides à bon ou à mauvais escient;
-- des gens travaillent avec des produits chimiques;
-- des gens sont exposés à l'oxyde de carbone, en général à
domicile.
Intoxications de la petite enfance
De nombreuses intoxications domestiques se produisent chez les jeunes
enfants entre 1 et 4 ans. A cet âge, ils veulent tout explorer. Ils se
déplacent tout seuls à quatre pattes ou marchent, et dès l'âge de 2
ans sont capables de grimper sur une chaise pour atteindre une étagère
haute. Ils ouvrent tiroirs et armoires et sont capables de dévisser
les bouchons de bouteilles.
Les jeunes enfants aiment porter les choses à leur bouche, mais ils ne
sont pas assez grands pour comprendre la notion de danger. Leur sens
du goût ne semble pas être le même que celui d'un adulte et souvent
ils aiment des choses ayant un goût étrange ou amer pour un adulte.
Ils peuvent avaler des médicaments qui ressemblent à des bonbons ou de
l'huile pour moteur qui ressemble à du sirop. S'ils ont soif, ils sont
capables de boire un produit d'entretien qui ressemble à une boisson
sucrée ou à un jus de fruit.
Les produits chimiques le plus souvent ingérés par les enfants sont
les suivants:
-- les produits d'entretien comme l'eau de javel, les détergents et
les désinfectants;
-- la paraffine et le pétrole lampant employés comme combustibles
domestiques;
-- les cosmétiques;
-- les médicaments;
-- la peinture et les produits pour bricolage;
-- les pesticides à usage domestique.
Ces produits sont souvent utilisés dans le cadre domestique; ils sont
souvent rangés bien en vue, à la portée d'un jeune enfant, par exemple
sur une étagère ou une table, ou à même le sol.
De nombreux accidents surviennent lorsque les parents sont trop
occupés pour surveiller leurs enfants en permanence. La famille peut
être importante, comporter plusieurs enfants en bas âge et la mère
être souvent occupée à des tâches domestiques. Il ne faut que quelques
secondes à un enfant pour attraper un récipient ouvert laissé à sa
portée et en avaler le contenu.
Le danger est encore plus grand si l'enfant est laissé seul ou sous la
garde de frères et soeurs à peine plus âgés pendant plusieurs heures.
Intoxications chez les personnes âgées
Les personnes âgées peuvent s'intoxiquer accidentellement. Si elles ne
voient pas très bien, elles peuvent se tromper de bouteille et avaler,
par exemple, un produit d'entretien au lieu d'une boisson ou d'un
médicament. Les personnes âgées ont tendance à perdre la mémoire et à
mélanger les choses. Elles oublient parfois de prendre leurs
médicaments ou en prennent trop et s'intoxiquent parce qu'elles ne se
souviennent plus de la dose à prendre, ou à quand remonte la dernière
prise.
Produits retirés de leur emballage d'origine
Des accidents peuvent se produire lorsque l'on change un produit
chimique d'emballage. Le nouveau n'est pas toujours correctement
étiqueté, ce qui fait que personne d'autre ne sait ce qu'il y a
dedans. Même la personne qui l'y a mis peut oublier de quoi il s'agit.
Il est particulièrement dangereux de verser un produit chimique ou un
médicament dans une tasse ou dans une bouteille de boisson, ou dans
tout autre récipient qui favoriserait la confusion avec des aliments
ou une boisson. Un jeune enfant n'est pas capable de faire la
différence entre un produit nocif et un aliment ou une boisson, et il
arrive même aux adultes de boire à la bouteille sans en vérifier le
contenu.
C'est pourquoi il est dangereux pour les commerçants de revendre au
détail des produits chimiques qu'ils reçoivent en gros.
Intoxications dues à des erreurs d'utilisation
Des accidents peuvent survenir lorsque l'on utilise à mauvais escient
des produits chimiques, sans tenir compte des mises en garde relatives
à leur sécurité d'emploi. Par exemple, il y a en général sur les
bouteilles d'eau de javel une mise en garde indiquant qu'il ne faut
pas la mélanger à d'autres produits d'entretien. Si l'on ignore cette
mise en garde, on peut être intoxiqué par les gaz toxiques que dégage
un tel mélange. Lorsque des insecticides destinés à des cultures ou à
des bâtiments sont employés pour tuer des insectes présents dans les
cheveux ou sur le corps, il s'agit là encore d'un mauvais usage.
Il arrive parfois que les gens s'intoxiquent eux-mêmes en faisant un
mauvais usage des médicaments. Ils en prennent plus que le docteur
n'en a prescrit parce qu'ils pensent à tort qu'une dose plus
importante leur fera du bien plus rapidement, ou ils prennent le
médicament de quelqu'un d'autre, ce qui peut s'avérer nocif si la dose
n'est pas la bonne ou si le médicament ne convient pas à l'affection
qu'ils présentent. Les femmes qui prennent des médicaments pour
essayer d'interrompre une grossesse en font un mauvais usage et
risquent de s'intoxiquer.
Intoxications par des pesticides
Les pesticides sont des produits chimiques destinés à tuer les
insectes, les mauvaises herbes ou autres nuisibles. La plupart d'entre
eux sont également toxiques ou nocifs pour l'homme en cas de contact
cutané, d'inhalation (gaz, fumées, poussières ou fines gouttelettes
pulvérisées) ou d'ingestion.
Voici quelques-uns des modes d'intoxication possibles:
-- un mauvais usage des pesticides; par exemple, on peut intoxiquer
des enfants en vaporisant des pesticides sur leurs draps et
couvertures;
-- l'absence de matériel de protection; par exemple, le fait de
recevoir des éclaboussures de pesticide sur ses vêtements ou à
même la peau, ou d'en inhaler;
-- le fait de manger, de boire ou de fumer après avoir manipulé des
pesticides et en en ayant sur les mains --- il faut d'abord se
laver les mains;
-- le fait d'utiliser des récipients de pesticides vides pour
conserver de la nourriture ou des boissons --- il est impossible
d'éliminer totalement le pesticide d'une boîte vide et il va
contaminer la nourriture ou la boisson;
-- le fait d'employer des récipients ayant contenu des aliments ou
des bouteilles de boisson pour conserver des pesticides ---
quelqu'un peut se tromper et croire qu'il s'agit d'un aliment ou
d'une boisson.
Intoxications en milieu professionnel
Beaucoup de substances chimiques fabriquées, employées ou conservées
sur les lieux de travail sont dangereuses. Les personnes qui les
utilisent doivent savoir comment les manipuler en toute sécurité afin
d'éviter toute intoxication.
Il arrive que des employés ne sachent pas qu'ils manipulent une
substance toxique, ou qu'ils le sachent, mais qu'on ne leur ait pas
indiqué ni montré comment l'utiliser sans risque. Ils peuvent ne pas
avoir lu les instructions ni les indications relatives à la sécurité
d'emploi du produit. Parfois, ils en connaissent les dangers, mais
sont trop paresseux ou trop négligents pour prendre les précautions
voulues.
Les accidents, les feux ou les explosions en milieu professionnel
peuvent entraîner un déversement ou des fuites de produits chimiques
sur les routes ou dans les rivières, ou bien le dégagement de vapeurs
et de gaz dans l'atmosphère. Il est arrivé que des substances
chimiques se répandent sur de vastes régions et intoxiquent un grand
nombre de personnes.
Les déchets chimiques et les récipients vides ayant contenu des
produits chimiques peuvent constituer un danger important s'ils ne
sont pas traités ni éliminés correctement.
Intoxication à l'oxyde de carbone
Lorsque du mazout, du gaz, du bois, du charbon ou d'autres
combustibles brûlent, ils dégagent un gaz appelé oxyde de carbone, qui
peut être à l'origine d'intoxications graves et entraîne souvent le
décès. Utilisés dans des pièces où il n'y a ni fenêtre ouverte, ni
cheminée pour permettre à l'oxyde de carbone de s'échapper et à l'air
frais d'entrer, les feux, poêles, appareils de chauffage ou fours,
sont dangereux. Les moteurs à essence dégagent également de l'oxyde de
carbone, et l'on peut s'intoxiquer en laissant tourner un moteur dans
un garage dont les portes sont fermées.
Intoxication volontaire
Lorsque des personnes attentent à leurs jours en prenant un poison, on
parle d'intoxication volontaire. Dans certains pays, la tendance est
de prendre pour cela des médicaments mais, dans les communautés
rurales, ce sont plutôt les pesticides qui sont utilisés.
Les personnes atteintes de dépression, une maladie grave, ou
d'alcoolisme chronique, tentent parfois de se suicider en prenant des
doses massives de médicaments, de pesticides ou autres produits
toxiques. Lorsqu'elles en réchappent, il arrive qu'elles récidivent si
leur dépression n'est pas traitée.
Bon nombre des jeunes qui font des tentatives de suicide sont
malheureux parce que confrontés à des problèmes qu'ils n'arrivent pas
à résoudre, qu'il s'agisse d'une déception amoureuse ou de disputes
avec un(e) petit(e) ami(e).
Empoisonnement délibéré de tiers
Il arrive parfois que des gens tentent d'empoisonner des tiers. Il
peut s'agir d'une plaisanterie, de vouloir faire peur ou de vouloir
réellement tuer quelqu'un. S'il semble que ce soit le cas, avertir la
police.
Intoxications alimentaires
Les aliments ou les boissons peuvent être contaminés par des
substances toxiques libéré es par des micro-organismes tels que des
bactéries, virus ou moisissures, ou par des produits chimiques.
Certaines espèces de plantes, de champignons, d'animaux (y compris
marins) contiennent naturellement des substances toxiques. Les poisons
fabriqués par des plantes, des animaux ou des micro-organismes son
appelés toxines.
Toxines fabriquées par des micro-organismes
Les aliments peuvent être contaminés par des bactéries avant ou après
la cuisson, en cours de préparation ou de stockage, ou par contact
avec des surfaces, des récipients, des ustensiles de cuisine ou des
mains n'ayant pas été soigneusement lavés. Ils peuvent également être
contaminés par des animaux ou des insectes, en particulier par des
mouches. La plupart des bactéries et toxines bactériennes sont
détruites à la cuisson mais pas toutes. Si la nourriture est conservée
au chaud, à température ambiante, les bactéries présentes vont
proliférer et risquent de rendre les gens malades.
Les moisissures se développent sur les aliments humides ou endommagés
par les insectes, et certaines d'entre elles produisent des substances
toxiques. Les moisissures que l'on trouve sur les fruits secs ou les
céréales ayant été ramassés et stockés avant d'être secs peuvent
entraîner des intoxications graves. Certains procédés de séchage et de
conservation des aliments n'empêchent pas les moisissures de se
développer.
Il arrive qu'on attrape des maladies en mangeant des aliments infestés
par des vers ou autres nuisibles, mais il ne s'agit pas alors
d'intoxication et la question ne sera donc pas abordée dans cet
ouvrage.
Substances chimiques toxiques
Les substances chimiques toxiques peuvent contaminer les aliments et
les boissons de nombreuses manières; par exemple,
-- lorsque des personnes travaillant avec des produits chimiques
mangent sur leur lieu de travail, ou ne se lavent pas les mains
avant de déjeuner;
-- lorsque l'on renverse une substance chimique sur de la nourriture
pendant son transport ou à l'endroit où elle est conservée;
-- lorsque l'on conserve ou que l'on cuit des aliments ou des
boissons dans des récipients contaminés par des substances
chimiques;
-- lorsque l'on fait de la farine à partir de grains traités par des
pesticides et destinés à être employés comme semences ou comme
appâts, mais pas comme aliments;
-- lorsque l'on fabrique son propre alcool et que l'on obtient des
alcools toxiques comme le méthanol;
-- lorsque les réserves d'eau sont polluées par le déversage
accidentel de produits chimiques ou de déchets chimiques
provenant d'usines ou de décharges situées non loin des cours
d'eau.
Plantes, champignons, poissons, et coquillages toxiques
Certaines plantes et champignons vénéneux et certains animaux et
coquillages marins contiennent des toxines. Il est parfois très
difficile de distinguer des plantes ou des poissons comestibles
d'autres qui ne le sont pas.
Intoxications médicamenteuses
Il arrive que des personnes soient intoxiquées par des médicaments que
leur a donnés le médecin ou un autre agent de santé. Il se peut qu'on
leur ait donné le mauvais médicament, ou un bon médicament mais à la
mauvaise dose. Il peut y avoir à cela de nombreuses raisons: le
médecin ignore que le patient est allergique à un médicament ou a mal
calculé la dose.
Toxicomanies et abus
Les gens prennent parfois des médicaments pour obtenir une
modification de l'humeur ou du comportement, se sentir plus détendus
ou plus énergiques. C'est ce qu'on appelle le détournement d'usage des
médicaments, car il ne s'agit pas d'un usage médical. D'autres
personnes font un usage immodéré de drogues comme l'héroïne, la
cocaïne ou les barbituriques. Le fait de boire des quantités
excessives d'alcool (alcoolisme) constitue également un abus
important.
D'autres substances peuvent entraîner des effets à peu près analogues.
Certaines personnes inhalent des substances chimiques: colle,
peinture, dissolvant pour vernis à ongles, gaz de briquet, essence ou
produits de nettoyage à sec. C'est ce qu'on appelle parfois le
«sniffing» ou abus de solvants. Pour cela, on inhale les vapeurs d'un
tissu trempé dans le liquide, ou l'on met une substance chimique ou de
la colle dans un sac en plastique et on les inhale ensuite
profondément.
Dans de nombreuses sociétés, on utilise des plantes ou des champignons
pour leurs propriétés hallucinogènes, stimulantes ou relaxantes.
Certaines plantes peuvent être mangées crues, d'autres sont cuites,
préparées sous forme de boissons, ou fumées. Le tabac et le cannabis
en sont deux exemples fréquemment utilisés.
Beaucoup de ces médicaments, produits chimiques et plantes qui font
l'objet d'un usage immodéré sont toxiques si l'on en prend trop à la
fois, ou durant des mois ou des années. Par exemple, l'alcool provoque
des lésions hépatiques, le fait de fumer un cancer du poumon, et le
cannabis des troubles de la mémoire.
Utilité et danger des substances chimiques
Partout dans le monde, on emploie toutes sortes de substances
chimiques dans l'agriculture, l'industrie, les produits
pharmaceutiques ou le cadre domestique. Il y a beaucoup de bonnes
raisons de les utiliser. Les pesticides et les engrais ont permis aux
agriculteurs d'augmenter leurs rendements. Les médicaments permettent
de guérir ou de prévenir la maladie, et d'augmenter l'espérance de vie
de la population en rendant cette vie plus agréable. Les produits
d'entretien ont facilité les tâches ménagères.
Les substances chimiques utiles peuvent également être dangereuses. Il
arrive qu'on en emploie des quantités qui seraient dangereuses si
elles pénétraient dans l'organisme. Certaines d'entre elles peuvent
également être nocives si elles sont libéré es dans l'air que l'on
respire, sur le sol sur lequel les gens travaillent ou font pousser
des plantes ou élèvent des animaux, dans les rivières et les fleuves
qui servent à l'approvisionnement en eau de boisson, de lavage ou
d'irrigation. Ce risque diminue si ces substances sont utilisées en
toute sécurité et si l'on s'efforce de prévenir les accidents, mais il
ne sera jamais totalement absent.
Il appartient aux communautés de décider si les avantages que l'on
tire de l'utilisation de ces produits l'emportent suffisamment sur les
risques encourus pour s'en accommoder. Pour cela, de nombreux points
sont à considérer:
* La substance chimique est-elle très utile ?
* Quel type d'effet nocif peut-elle causer ?
* Aura-t-elle un effet sur l'environnement ?
* Peut-elle être manipulée en toute sécurité?
* Combien de personnes l'utiliseront et combien d'autres pourront y
être exposées parce qu'elles travaillent ou habitent à proximité
de l'endroit où elle est employée ou fabriquée ?
* Ne peut-on employer à sa place une substance moins dangereuse ?
* Quelle économie réalise-t-on en l'utilisant et que coûterait le
fait de ne plus l'utiliser ?
CHAPITRE 3 Prévention des intoxications
Objectifs
A la fin de ce chapitre, on doit être à même de:
1. Discuter avec les gens de la façon de prévenir les intoxications
2. Aider les gens à faire en sorte que la sécurité soit assurée à
domicile, sur les lieux de travail et dans la communauté.
Mieux vaut prévenir les intoxications que les guérir, c'est plus sûr
et moins onéreux. La plupart des intoxications sont évitables.
Chacun --- enfants, parents, agriculteurs, instituteurs, ouvriers et
agents de santé --- peut faire quelque chose pour assurer la sécurité
chez lui, sur son lieu de travail et dans la communauté.
Comment aider les gens à assurer la sécurité à domicile, sur les lieux
de travail et dans la communauté?
Il faut procéder en trois étapes:
1. Tout d'abord, se renseigner sur les intoxications survenues dans
la communauté ces quelques dernières années. Chercher à savoir
comment elles se sont produites, où elles ont eu lieu et quels
étaient les poisons en cause. Réfléchir sur les raisons pour
lesquelles ces intoxications se sont produites.
2. Réfléchir sur la façon dont ces intoxications auraient pu être
évitées. Ce chapitre indique les nombreux moyens à mettre en
oeuvre pour éviter les intoxications. Il convient d'informer le
centre antipoison le plus proche de sa région des intoxications
survenues dans la communauté. Il peut être à même de suggérer des
moyens pour les éviter.
3. Discuter avec les gens de la façon dont on peut prévenir les
intoxications. Partager ses connaissances avec les autres et les
aider à comprendre pourquoi les intoxications se produisent et ce
qui peut être fait pour empêcher qu'elles ne se reproduisent.
* Discuter avec les familles et les groupes de santé maternelle et
infantile de la prévention des intoxications à domicile. Leur
indiquer comment apprendre, même très tôt, à leurs enfants à ne
pas toucher, manger ni jouer avec des médicaments ou des produits
ménagers.
* Aborder avec les instituteurs la question de la façon dont il
faut enseigner aux enfants les dangers d'une intoxication à
domicile et les dangers liés aux plantes vénéneuses et animaux
venimeux (serpents). Par exemple, l'instituteur peut demander aux
enfants de se renseigner sur les accidents survenus dans la
communauté et de proposer des solutions pour les éviter.
* Informer les responsables communautaires ou les associations des
accidents survenus. Discuter avec eux et avec les membres de la
communauté de ce que vous pensez qui peut être fait pour assurer
une meilleure sécurité dans la communauté.
* Prévoir de temps à autre des visites amicales à domicile ou sur
les lieux de travail, non pour prendre les gens en défaut, mais
pour les aider à prendre conscience des dangers et de ce qu'il y
a lieu de faire pour les éviter.
Ce chapitre indique ce qu'il y a lieu de «faire» et de «ne pas faire»
lorsque l'on essaie de montrer aux gens comment prévenir les
intoxications.
A la première lecture de ce chapitre, on peut penser qu'il est
impossible aux gens de sa communauté d'agir ainsi. Comment leur
demander de porter des bottes pour se protéger des morsures de
serpents lorsqu'ils ne peuvent même pas s'offrir des chaussures?
Comment leur dire de ranger les médicaments dans une armoire fermée à
clef lorsqu'il n'y a pas d'armoire dans les habitations ?
La communauté doit connaître les meilleurs moyens de prévention des
intoxications et avoir pour but de les employer. Mais lorsque l'on
parle aux gens de prévention des intoxications, chercher à adapter le
conseil à la situation locale. Il peut exister d'autres solutions tout
aussi bonnes. Par exemple, les gens diront peut-être qu'il existe
d'autres endroits dans leur maison qui sont aussi sûrs qu'une armoire
fermée à clef. Ou bien le menuisier local pourrait fabriquer des
boîtes ou des armoires fermant à clef si la communauté le désire.
Chercher à atteindre son but en plusieurs étapes. Par exemple, si les
gens ne peuvent s'offrir des bottes, les encourager au début à porter
des chaussures ou des sandales fabriquées sur place.
Que peut-on faire pour prévenir les intoxications ?
Il est important que tous les produits chimiques soient manipulés en
toute sécurité et pas seulement ceux que l'on sait dangereux. De
nombreux produits qui paraissent inoffensifs peuvent rendre malades ou
provoquer des brûlures. Il est très important de protéger les enfants
parce qu'ils ne peuvent se protéger eux-mêmes et qu'ils ne comprennent
pas que certaines choses peuvent être toxiques.
Beaucoup d'intoxications pourraient être évitées si l'on conservait,
utilisait et éliminait les produits chimiques en toute sécurité.
Conservation des produits chimiques
* Conserver les médicaments, les produits d'entretien et pesticides
hors de vue et de portée des enfants (Fig. 5).
* Ne pas conserver les produits chimiques dont on n'a plus besoin.
* Ne pas mettre des produits chimiques dans des récipients ayant
contenu des aliments ou des boissons; quelqu'un pourrait en boire
ou en manger par erreur.
Utilisation des produits chimiques
* Utiliser les médicaments, produits d'entretien, pesticides et
autres produits chimiques à bon escient et à la bonne quantité
(ni plus ni moins). Lire l'étiquette et suivre scrupuleusement
les indications données (Fig. 6). Si l'on ne sait pas lire, se la
faire lire. Il peut être dangereux d'utiliser un produit dont
l'emballage n'est pas étiqueté. Demander au fournisseur un autre
emballage ayant une étiquette.
Elimination des restes de produits chimiques et des récipients vides
* Vérifier s'il vaut mieux enterrer ou brûler les produits dont on
veut se débarrasser. Les enterrer ou les brûler dans un endroit
soigneusement choisi pour présenter le moins de risque possible
pour les gens vivant à proximité ou pour l'environnement.
* Demander aux responsables de l'hygiène de l'environnement ou de
la communauté quelles sont les dispositions locales pour se
débarrasser des restes de produits chimiques. Pour se débarrasser
de grandes quantités de substances chimiques, demander l'avis
d'un professionnel.
* Ne pas utiliser de bouteilles, boîtes ou autres récipients vides
ayant contenu des produits chimiques pour conserver ou cuire des
aliments ou des boissons. Ne pas les donner aux enfants pour
jouer.
* Ne pas laisser des restes de produits chimiques ou des récipients
vides dans des endroits où les enfants ont accès.
* Ne pas jeter des restes de produits chimiques ou des récipients
vides à proximité d'une rivière, d'une mare ou d'une source. Ils
risqueraient de se diluer dans l'eau et d'intoxiquer les
poissons, les gens ou les animaux qui boivent cette eau ou se
lavent avec. Le risque est le même si les restes de produits
chimiques sont vidés dans des canalisations qui débouchent dans
des cours d'eau.
On trouvera dans la suite de ce chapitre des directives plus
détaillées sur la façon de prévenir les différents types
d'intoxications décrits au chapitre 2.
La sécurité à domicile
Produits chimiques
* Conserver tous les produits d'entretien hors de vue et de portée
des enfants. Conserver les médicaments, insecticides, désherbants
et raticides dans une armoire ou une valise fermée à clef, ou
dans un placard très haut.
* Laisser les produits ménagers, pesticides et médicaments dans
leur emballage d'origine.
* Reboucher soigneusement les bouteilles (Fig. 8). Refermer les
boîtes. Un enfant qui trouve un récipient ouvert peut en avaler
le contenu avant que quiconque ait pu l'en empêcher. Un enfant
mettra davantage de temps à ouvrir un récipient fermé, qui peut
s'avérer être difficile à ouvrir s'il est très jeune; un adulte
peut alors le voir et intervenir à temps.
* Ne pas ranger les produits d'entretien à même le sol, sous
l'évier de la cuisine, ni dans des placards bas faciles à ouvrir
pour un enfant (Fig. 9).
* Ne pas ranger les médicaments, pesticides ou produits ménagers au
même endroit que les aliments et la boisson. Un enfant peut
penser qu'il s'agit de choses comestibles, et même un adulte peut
en avaler sans vérifier ce que c'est. Par ailleurs, le produit
peut se renverser sur les aliments et provoquer des
intoxications.
* Ne pas mettre les médicaments, pesticides et produits d'entretien
dans des bouteilles, des tasses ou des récipients normalement
employés pour les aliments ou la boisson.
* Ne pas conserver les produits ou les récipients vides dont on n'a
plus besoin. On trouvera à la page 31 des directives relatives à
la manière de s'en débarrasser.
Médicaments et produits ménagers
Médicaments
* S'assurer que l'on prend ou que l'on donne la bonne dose de
médicament. Le vérifier en lisant l'étiquette ou en posant la
question à un agent de santé. Faire très attention à ne pas en
prendre ou en donner trop. Une dose trop forte de médicament peut
rendre très malade. C'est une erreur de penser que si l'on prend
tout le médicament d'un coup, on se sentira mieux plus
rapidement.
* Ranger le médicament en lieu sûr dès qu'il a été administré.
* Ne pas prendre un médicament ni le donner à quelqu'un d'autre
sans avoir pris conseil auprès d'un médecin ou d'un agent de
santé.
* Ne pas donner aux enfants des médicaments qui ne leur ont pas été
prescrits.
* Ne pas faire croire aux enfants que les médicaments sont des
bonbons. Ils sont incapables de faire la différence et peuvent
s'empoisonner s'ils pensent que les médicaments sont des bonbons.
Produits ménagers, tels que les produits d'entretien ou les pesticides
* Lire ce qui figure sur l'étiquette. S'assurer que l'on sait
comment employer le produit et en quelle quantité, et rechercher
les consignes de sécurité.
* Ne pas se dessaisir du produit pendant qu'on l'utilise. Si on
doit le poser, le laisser à portée de vue. Un enfant est capable
d'attraper rapidement une bouteille ouverte et d'en avaler le
contenu, ou de se le renverser dessus ou dans les yeux.
* Essuyer toute éclaboussure ayant pu se produire et s'assurer que
l'extérieur de la bouteille ou du récipient est propre et sec.
* Ranger les produits dès qu'on a fini de les utiliser. C'est
lorsqu'ils ne sont pas à leur place habituelle que les enfants
peuvent s'en emparer.
* Ne vaporiser aucun pesticide domestique sur des aliments ou des
jouets d'enfants.
* Ne pas mélanger différents produits de nettoyage ou autres.
* Si le produit doit être mélangé à de l'eau avant usage, ne pas le
verser dans un récipient employé pour les aliments ou la boisson.
Elimination des produits domestiques
* Fermer les poubelles à l'aide d'un couvercle, de façon que les
enfants ne puissent fouiller dedans.
* Utiliser les systèmes de ramassage des ordures qui existent
localement. Ne pas laisser des ordures traîner dans la maison et
ne pas les jeter n'importe où.
* Ne pas percer, chauffer ni brûler des récipients sous pression.
Si la communauté brûle les ordures ménagères, ne pas brûler les
récipients sous pression, mais les enterrer.
La sécurité à domicile: autres précautions à prendre
* Nettoyer régulièrement les sols et les murs, et boucher les trous
et les fissures de façon qu'aucun insecte ne puisse s'y glisser
et qu'aucun serpent ne puisse entrer dans la maison.
* Assurer l'entretien des appareils de chauffage, fourneaux et
foursœ agaz ou à mazout, de façon qu'ils n'émettent pas des
quantités dangereuses d'oxyde de carbone.
* Faire ramoner les cheminées ou les tuyaux de poêle et aérer les
pièces de façon que l'oxyde de carbone dégagé par le feu et les
fourneaux ne stagne pas dans la maison.
* Ne pas utiliser d'appareils de chauffage, de fourneaux ni de
fours dans des pièces où il n'y a ni cheminée, ni tuyau
d'évacuation, ni fenêtre ouverte permettant à l'air frais
d'entrer et aux fumées contenant de l'oxyde de carbone de
s'échapper.
Prévention des intoxications par les pesticides
Les pesticides sont très largement employés et, dans certains pays,
beaucoup de gens tombent malades ou meurent à la suite
d'intoxications, la plupart du temps évitables si l'on respectait les
mesures de sécurité et les précautions d'emploi.
Les gens qui travaillent dans des endroits où l'on utilise ou conserve
des pesticides --- plantations, exploitations agricoles, usines ou
magasins --- doivent savoir les manipuler et les utiliser en toute
sécurité. Chaque membre de la communauté doit connaître les risques
liés à l'utilisation des pesticides et savoir ce qu'il faut faire pour
s'en prémunir.
La plupart de ces directives peuvent être appliquées partout où l'on
conserve ou utilise des produits chimiques de quelque sorte que ce
soit. Pour en savoir plus sur la sécurité dans le cadre professionnel,
s'adresser à un spécialiste de la médecine du travail.
Stockage des pesticides
* Conserver les pesticides dans leur récipient d'origine. Il est
dangereux de les en changer, car ils risquent alors d'être pris
pour un aliment ou une boisson.
* Les ranger dans un local sûr et fermé à clef. Demander aux
conseillers en agriculture quel est le meilleur endroit pour ce
local et comment le construire. Ce dernier devra porter des
pancartes d'avertissement, avoir des portes verrouillées et des
fenêtres condamnées de façon que des personnes non autorisées ne
puissent y pénétrer, en particulier des enfants.
* Etablir une liste de tous les produits conservés dans le local et
la mettre à jour régulièrement. Ne pas conserver cette liste dans
le local, mais en lieu sûr, où elle sera accessible en cas
d'incendie. Dans le local, conserver les fiches de sécurité des
produits et les numéros de téléphone à appeler en cas d'urgence.
* Ranger les pesticides, en particulier les appâts rodenticides et
les graines traitées par des pesticides, à l'écart des aliments
de façon à éviter toute confusion.
* Ne pas garder de pesticides à usage agricole dans les lieux
d'habitation. Les mettre à l'écart. Les seuls pesticides qu'il
faut conserver à domicile sont ceux utilisés contre les nuisibles
domestiques.
* Ne pas conserver de pesticides dans des bouteilles ou autres
récipients normalement destinés aux aliments ou à la boisson.
Utilisation des pesticides
Toute personne qui fait de l'épandage de pesticides devrait d'abord
être formée à la méthode d'application, à la façon d'opérer, au
nettoyage et à l'entretien du matériel, et aux mesures de sécurité à
prendre.
Tout pesticide, ou autre produit chimique, doit porter une étiquette
indiquant la nature du produit, le nom du fabricant et les
instructions d'utilisation et précautions à prendre. Des
renseignements concernant les risques encourus, les mesures de
sécurité à prendre, les premiers secours à donner, ainsi que des
conseils aux agents de santé doivent également figurer sur cette
étiquette. Si le récipient est petit, ces renseignements peuvent
figurer dans une notice attachée dessus. Il peut également y avoir une
notice d'information sur le produit et une fiche de sécurité chimique.
* Lire attentivement l'étiquette et toute autre fiche de
renseignements sur le produit dont on dispose avant de
l'utiliser. Si l'on ne la comprend pas, demander des explications
à quelqu'un qui est au courant, l'employeur ou la personne qui a
fourni le produit. Ne jamais utiliser un produit sans avoir lu et
compris tout ce qui figure sur l'étiquette. S'il n'y a pas
d'étiquette, demander au fournisseur un récipient qui en porte
une. S'assurer:
-- de l'identité du contenu,
-- de la quantité de pesticide à utiliser et de la manière de
le diluer,
-- de la façon d'utiliser ce produit en toute sécurité, du
matériel et des vêtements à employer,
-- des dangers associés à son usage et des premiers secours à
apporter en cas d'accident,
-- du moment auquel il doit être utilisé et de l'intervalle à
respecter entre les applications.
Si ces renseignements ne figurent pas sur l'étiquette, demander au
fournisseur, à un autre utilisateur, à un responsable communautaire ou
à un agent de vulgarisation agricole de vous donner les indications
nécessaires.
* Prévenir les voisins avant de pulvériser un pesticide.
* S'assurer que l'appareil de pulvérisation est en bon état et
vérifié régulièrement.
* Porter des vêtements de travail légers recouvrant le plus
possible le corps lorsqu'on mélange ou applique un pesticide, que
l'on nettoie le matériel et les récipients vides et que l'on se
débarrasse des restes de pesticide. Porter des bottes ou des
chaussures pour se protéger les pieds. Des gants et des lunettes
assurent une meilleure protection contre les éclaboussures.
Prévoir des vêtements de rechange.
* Porter des vêtements protecteurs et utiliser le matériel de
protection si l'étiquette précise de le faire. Si une telle
mention figure sur l'étiquette c'est parce que le produit peut
être nocif, voire mortel en l'absence de protection. S'assurer
que tous les vêtements et matériels de protection sont vérifiés,
entretenus et stockés correctement.
* Ne mélanger que la quantité de produit chimique nécessaire pour
la journée. Cela évitera d'avoir à se débarrasser des restes de
pesticides ou de les laisser jusqu'au lendemain.
* Avoir à disposition de l'eau et du savon en abondance.
* Laver les gants avant de les retirer.
* Se laver les mains soigneusement à l'eau et au savon après avoir
manipulé des pesticides et avant de manger, de boire, de chiquer,
de fumer, de se frotter les yeux ou de porter les mains à sa
bouche.
* S'assurer de ne jamais être seul lorsqu'on mélange ou qu'on
utilise des pesticides très toxiques.
* Arrêter immédiatement de travailler en cas d'éruption ou de
malaise, de troubles visuels, de sueurs anormales ou d'une
sensation de soif inhabituelle, de céphalées ou de symptômes de
refroidissement ou de grippe. Avertir l'employeur et aller
immédiatement consulter un médecin. Lui montrer l'étiquette, la
notice d'information ou la fiche signalétique du produit.
* Se renseigner pour savoir à quelle période on peut moissonner,
puis consommer une récolte ayant été soumise à des pulvérisations
de pesticides.
* Enterrer ou brûler les aliments contaminés par des pesticides.
* Ne pas employer un matériel ni des vêtements protecteurs sales ou
endommagés, ni des gants et des bottes percés. Cela peut s'avérer
plus dangereux que de ne rien porter du tout.
* Ne pas prendre la poudre des paquets à la main, ni plonger les
bras ou les mains dans les liquides pour mélanger les produits.
Utiliser les mesures et récipients prévus à cet effet pour
réaliser les solutions (Fig. 10). Les réserver exclusivement à
cet emploi.
* Ne pas mesurer les doses ni mélanger des pesticides à l'intérieur
des habitations ni à proximité immédiate, ni à proximité
d'animaux.
* Ne pas souffler dans les buses de pulvérisation pour les
déboucher. Les nettoyer à l'eau ou avec un brin d'herbe.
* Ne pas procéder à l'épandage par vent fort de peur que le
pesticide ne soit rabattu vers soi, vers des animaux ou des
habitations
* Ne pas laisser des pesticides sans surveillance en dehors du
local de stockage.
* Ne laisser personne approcher des champs au moment de l'épandage.
* Ne laisser aucun enfant boire ni jouer près d'un matériel de
pulvérisation, d'un endroit où l'on mélange des pesticides ou
d'un champ traité.
* Interdire aux enfants l'usage des pesticides.
Elimination des récipients vides et des restes de pesticides
* Demander aux conseillers agricoles quelle est la meilleure façon
de se débarrasser des stocks de pesticides inutilisables et des
récipients vides. On peut en général les enterrer, mais cela ne
s'applique pas à tous les produits chimiques et c'est parfois
interdit dans certaines régions. Il est extrêmement important de
choisir la méthode à employer et l'endroit où l'on va brûler ou
enterrer ces déchets de façon à ne faire courir aucun risque aux
populations ou à l'environnement. Ne pas se débarrasser de
pesticides ni de déchets contaminés par des pesticides dans des
décharges communautaires utilisées pour les déchets ménagers. Il
n'entre pas dans le cadre de cet ouvrage de formuler des
recommandations plus précises sur la manière de se débarrasser
des déchets chimiques.
* Dans la mesure du possible, pulvériser tout le pesticide contenu
dans l'appareil pour éviter d'avoir à se débarrasser des restes
inutilisés. Si c'est impossible, vider le réservoir de tout le
pesticide restant et s'en débarrasser en le versant dans un trou
creusé à l'écart des habitations, des puits, des cours d'eau et
des cultures. Demander à un professionnel à quel endroit ce trou
doit être creusé et vérifier la quantité de déchets qu'il peut
contenir et à quelle fréquence on peut l'utiliser. L'entourer
d'une barrière pour tenir les enfants à l'écart et apposer une
pancarte indiquant que des poisons sont enterrés là.
* Nettoyer tout le matériel après l'avoir utilisé et le ranger à sa
place. Verser l'eau de lavage dans le trou précédemment creusé
dans le sol pour éliminer les restes de pesticide dilué.
* Laver les récipients vides à l'eau à trois reprises. En général,
on vide les récipients au moment où l'on va mélanger les
pesticides. Si on les rince immédiatement, on peut se débarrasser
de l'eau de rinçage en la versant dans le réservoir du
pulvérisateur. Les eaux de lavage qui ne peuvent être réutilisées
doivent être recueillies et éliminées en les versant dans le trou
mentionné précédemment. Après les avoir nettoyés, conserver les
récipients vides dans le local réservé aux pesticides jusqu'à ce
qu'on puisse s'en débarrasser en toute sécurité.
* Se laver et se changer entièrement après le travail.
* Laver soigneusement chaque jour tous les vêtements de travail.
Les laver séparément. Ne jamais porter de vêtements de travail à
la maison et ne jamais les laisser traîner chez soi s'ils sont
sales.
* Ne jamais ramener chez soi des restes de produits chimiques. Les
remettre dans le local où ils sont conservés.
* Ne pas utiliser les récipients vides pour ranger ou cuire des
aliments ou des boissons destinés à l'homme ou aux animaux, car
il est impossible d'éliminer entièrement le pesticide qu'ils
contiennent. On lavera les récipients en plastique comme indiqué
précédemment, on les percera pour les rendre inutilisables (Fig.
11). Faire de même avec les bidons en acier et les bombes
métalliques (mais ne pas percer les bombes sous pression).
Ce que peuvent faire les employeurs pour éviter les intoxications
professionnelles
Mesures d'ordre général
Il appartient aux employeurs de protéger leurs employés des dangers
présentés par l'utilisation des substances chimiques. Pour cela il
leur faut:
* Se conformer aux réglementations locales et nationales en matière
de santé et de sécurité.
* Choisir les substances les moins dangereuses. Si plusieurs
produits ont le même effet, choisir le moins toxique.
* Choisir un matériel et des modes d'utilisation éprouvés.
* S'assurer que les employés ne sont pas exposés aux produits
chimiques plus souvent qu'il n'est nécessaire. Par exemple,
utiliser le cas échéant, des ventilateurs mécaniques dans les
bâtiments où on les emploie et où on les conserve.
* Fournir aux employés du matériel et des vêtements de protection
s'il y a lieu. Assurer le bon entretien du matériel et des
vêtements.
* Utiliser les pancartes et signaux d'avertissement.
Un employeur doit en outre:
* Avertir ses employés qu'ils manipulent des substances
dangereuses;
* Les informer des risques et s'assurer qu'ils ont bien compris;
* Former et inciter les employés à utiliser le matériel et les
vêtements de protection et à manipuler les produits chimiques en
toute sécurité;
* Vérifier de temps à autre si les équipements protecteurs sont
utilisés et si les consignes de sécurité sont appliquées pendant
le travail. Mettre en garde ceux qui ne s'y conforment pas en
leur indiquant les dangers qu'ils courent.
Santé des employés et exposition aux produits chimiques
Professionnellement, le personnel ne doit pas être exposé à des
quantités de produits chimiques susceptibles de le rendre malade ou de
porter atteinte à sa santé. On mesurera et on notera la concentration
de produit chimique dans l'air sur le lieu de travail. S'il y a lieu,
le personnel se verra proposer des examens médicaux réguliers, de
manière à voir s'il présente des atteintes dues à une exposition
professionnelle et s'il faut prendre des mesures pour prévenir une
telle exposition.
Premiers secours et urgences
* Les premiers secours doivent pouvoir être données sur le lieu de
travail quel qu'il soit.
* Une formation de secouriste doit toujours faire partie de la
formation professionnelle.
On évaluera sur chaque lieu de travail les risques liés à
l'utilisation de substances toxiques, et on donnera au personnel la
formation, le matériel de premiers secours et les produits nécessaires
en cas d'urgence; on prévoira des moyens de communication et de
transport en cas d'accident.
Formation
Les employeurs doivent former leur personnel à la conduite à tenir en
cas d'accident et à la manière d'apporter les premiers secours. Ils
vérifieront de temps à autre que les employés se souviennent encore de
ce qu'il faut faire.
Sur chaque lieu de travail, il doit toujours y avoir un ou plusieurs
secouristes qualifiés capables d'apporter les premiers secours en cas
d'urgence (intoxication, blessure ou maladie soudaine). Dans beaucoup
de pays, la législation du travail stipule qu'il doit y avoir dans
l'entreprise des personnes formées aux premiers secours à partir d'un
certain nombre d'employés, mais il faut aussi des secouristes
qualifiés dans les entreprises plus petites auxquelles ces
réglementations ne s'appliquent pas. Même une personne travaillant
seule doit avoir des notions de secourisme et savoir si le travail
qu'elle effectue est dangereux. Le nombre de personnes qui doivent
être formées aux premiers secours dépend de l'importance du risque. Il
peut s'agir d'ouvriers, de contremaîtres ou, s'il s'agit d'une
personne seule à domicile, d'autres adultes de la famille.
Matériel
Il doit toujours y avoir un matériel de premiers secours dans les
lieux où l'on manipule des produits dangereux. Par exemple, lorsqu'il
y a des liquides corrosifs, il faut disposer d'un distributeur de
solution de rinçage oculaire ou d'un flacon en plastique qui en soit
rempli. S'il y a un risque d'éclaboussure et de contact du liquide
corrosif avec la peau, cela justifie l'installation d'une douche
d'urgence. On prévoira des masques respiratoires dans les endroits où
l'on utilise des gaz irritants ou toxiques, comme le chlore ou
l'anhydride carbonique, de façon à ce que les employés puissent
évacuer les locaux ou porter secours aux autres en cas de fuite de
gaz. Dans certains cas, il peut falloir un matériel spécial pour
porter secours aux gens à la suite d'un accident.
Produits
On ajoutera des antidotes à la trousse de premiers secours dans les
endroits où l'on utilise des produits chimiques dangereux agissant
très rapidement. Par exemple, des capsules de nitrite d'amyle là où
l'on utilise du cyanure.
Recherche d'une aide et transport des victimes à l'hôpital
En cas d'accident du travail, le plus facile consiste à appeler un
collègue ou, si l'on travaille à domicile, un membre de la famille ou
un voisin.
Les employeurs doivent savoir quelle est la conduite à tenir et qui
contacter en cas d'accident avec des produits dangereux.
Le cas échéant, des instructions claires indiquant ce qu'il y a lieu
de faire et les services à contacter en cas d'urgence ou d'accident
avec des produits chimiques dangereux seront affichées au mur,
accompagnées des numéros de téléphone des services d'urgence, des
services de santé, du centre antipoisons les plus proches, ou
d'instructions relatives à la manière de les contacter. Ces affiches
comporteront des figures et des instructions indiquant la marche à
suivre pour apporter les premiers secours et rechercher une aide
médicale une fois les premiers soins prodigués. Il appartient aux
employeurs de vérifier de temps à autre que ces procédures sont encore
valables et de se renseigner pour savoir, par exemple, si les
personnes à contacter sont toujours les mêmes.
Coopération entre employeurs et employés
Les employeurs, les employés et leurs représentants collaboreront
étroitement à l'application de ces consignes de sécurité. Les employés
doivent se soucier de leur propre santé et de leur propre sécurité en
suivant la formation et les instructions données par leurs employeurs,
en utilisant correctement le matériel et les vêtements protecteurs, et
en signalant immédiatement à leur supérieur toute situation pouvant
présenter un danger.
On informera les employés des dangers présentés par les produits
chimiques qu'ils utilisent et on leur apprendra à travailler de
manière à s'en préserver.
Précautions à prendre contre les morsures de serpents
Lorsque l'on rencontre un serpent, ce dernier cherchera en général à
fuir s'il en a l'occasion. Les serpents ne mordent que lorsqu'ils sont
surpris par un mouvement brusque et ne peuvent s'enfuir.
* Porter des chaussures à l'extérieur. De grandes bottes de cuir
offrent la meilleure protection dans les herbes hautes ou les
sous-bois. Porter des pantalons par-dessus les bottes (Fig. 12).
* Apprendre à reconnaître les serpents venimeux de la région et
leur habitat. La plupart vivent sur le sol, mais certains
évoluent dans les arbres ou les buissons. Se renseigner pour
savoir s'il y a des serpents qui crachent leur venin et comment
ils attaquent.
* Etre extrêmement prudent la nuit, car c'est le moment où de
nombreux serpents sont actifs. Recommander aux enfants de porter
des chaussures et de prendre une torche lorsqu'ils se déplacent
la nuit. Leur apprendre à ne pas déranger les serpents.
* Ne pas s'approcher d'un serpent. S'éloigner si c'est possible.
Autrement, ne pas faire de mouvements brusques.
* Ne pas toucher un serpent même s'il a l'air mort. Certains
serpents font le mort pour ne pas être attaqués.
* Ne pas retourner les pierres ni les branches mortes, et ne pas
mettre les mains ni les pieds dans des anfractuosités du sol.
Avant d'enjamber un tronc, s'assurer qu'il n'y a pas de serpent
de l'autre côté.
* Ne pas dormir à même le sol de peur de rouler sur un serpent en
dormant, ou d'en attirer un venu se réchauffer à votre contact.
Précautions à prendre contre les piqûres et les morsures d'insectes
(araignées et scorpions)
* Apprendre à reconnaître les insectes, chenilles, araignées et
scorpions venimeux de la région et leur habitat.
* Pour se protéger des piqûres d'abeille lorsque l'on travaille au
milieu des fleurs ou des fruits, porter des pantalons longs, des
chemises à manches longues et des gants, et se couvrir le plus
possible la tête et le visage (Fig. 13). Afin de ne pas attirer
les abeilles éviter de porter des vêtements très colorés avec des
motifs à fleurs, des bijoux, boutons ou boucles brillants,
d'utiliser du parfum, du savon ou du shampoing parfumés.
* Ne pas marcher pieds nus ni en sandales à l'extérieur.
* Ne pas toucher les insectes, chenilles, araignées, scorpions ou
scolopendres.
* Ne pas mettre les mains dans les feuilles mortes, les troncs
d'arbre pourris ni les anfractuosités dans lesquelles chenilles,
araignées, scorpions ou scolopendres peuvent être présents.
Précautions à prendre pour éviter de consommer des poissons venimeux,
des plantes ou des champignons vénéneux
* Rechercher quels sont les plantes et champignons vénéneux de la
région, et à quoi ils ressemblent. S'assurer de bien les
reconnaître --- certaines plantes, certains champignons et
poissons comestibles sont très difficiles à distinguer des
espèces dangereuses.
* Apprendre à préparer correctement les aliments. Certaines plantes
(comme le manioc) sont toxiques si elles ne sont pas préparées et
cuites correctement, et il y a des plantes et des poissons dont
certaines parties sont toxiques et ne doivent pas être
consommées.
* Si l'on prépare un poisson tropical, enlever la tête, la peau et
l'intestin rapidement, car ils peuvent contenir des quantités
importantes de substances toxiques.
* Ne pas acheter de champignons aux gens qui les vendent au bord
des routes.
* Ne pas manger un poisson qui n'est pas frais. Certains poissons
sont bons lorsqu'ils sont frais, mais deviennent toxiques s'ils
attendent.
Précautions à prendre pour éviter de consommer des aliments contaminés
par des microbes
* Une cuisine doit toujours être propre. Nettoyer régulièrement les
tables et autres plans de travail où sont préparés les aliments,
ainsi que les ustensiles de cuisine.
* Protéger les aliments en les recouvrant ou en les mettant dans
des boîtes ou des garde-manger (Fig. 14).
* Se laver soigneusement les mains à l'eau et au savon (propres)
avant de toucher ou de préparer des aliments. Toute coupure ou
égratignure aux doigts doit être recouverte d'un pansement
propre.
* Faire bouillir les assiettes et les couverts utilisés par des
malades avant que quelqu'un d'autre ne s'en resserve.
* Ne pas conserver des aliments longtemps à la chaleur. Ne pas
garder de restes s'il est impossible de les réfrigérer.
* Ne pas laisser les mouches ou autres insectes, les vers, rats ou
autres animaux avoir accès aux aliments. Ils portent des microbes
et transmettent des maladies.
* Ne pas laisser les aliments à la poussière; ne laisser personne
les toucher.
* Ne pas laisser traîner les restes de nourriture ni les plats
sales, car ils attirent les mouches et les microbes y
prolifèrent.
* Ne pas laisser traîner sur le sol des ustensiles propres.
* Ne pas consommer de viande crue ou mal cuite. Elle doit être bien
cuite.
* Ne pas consommer d'aliments trop vieux ou qui sentent mauvais.
* Jeter les boîtes de conserve qui ont gonfléou qui giclent et font
du bruit quand on les ouvre. Etre particulièrement prudent avec
les conserves de poisson.
CHAPITRE 4 Conduite à tenir en cas d'urgence
Objectifs
A la fin de ce chapitre, on doit être à même de:
1. Décider rapidement et dans le calme de ce qu'il y a lieu de faire
en cas d'urgence.
2. Vérifier qu'il n'y a pas de danger sur les lieux d'un accident,
d'un incendie ou d'une explosion et mettre en garde les personnes
présentes.
3. Savoir rapidement à quel moment il faut trouver de l'aide pour
secourir une personne intoxiquée par un gaz, ou piégée dans un
bâtiment en feu.
Lorsqu'une personne est intoxiquée, elle peut se sentir soudainement
très mal et avoir immédiatement besoin de soins. Lorsqu'on aide une
personne intoxiquée ou blessée lors d'un accident, un incendie ou une
explosion chimique, ou par de l'oxyde de carbone, il faut être
conscient des risques que l'on court, de façon à pouvoir se protéger
et mettre en garde les autres.
Surveillance des risques
Il peut y avoir risque d'intoxication:
-- dans une pièce ou un bâtiment mal aéréoù il y a un appareil de
chauffage ou une cuisinière à bois, au mazout ou au gaz;
-- dans un garage lorsqu'un moteur de voiture tourne;
-- dans un réservoir de produit chimique vide;
-- dans un entrepôt ou un silo à grains;
-- à proximité d'un feu ou d'une explosion de produits chimiques, ou
lorsqu'un gaz, un solide ou un liquide se répand ou fuit, en
particulier dans un puits, une tranchée ou une cave;
-- à l'intérieur d'un immeuble en feu. Le feu dégage de la fumée et
de l'air chaud qui endommagent les poumons si on les inhale et
des gaz toxiques, en particulier lorsque des produits chimiques
ou du plastique brûlent. Les gaz toxiques s'accumulent rapidement
dans un espace clos;
-- en cas de contact avec la peau ou les vêtements de personnes
contaminées par des produits très toxiques, tels que le cyanure
ou les pesticides organophosphorés.
Il peut également y avoir risque de blessure sur les lieux d'un
accident chimique. Par exemple, le danger peut être lié à la
circulation si l'accident s'est produit sur la voie publique, ou venir
de l'effondrement des bâtiments en cas d'incendie ou d'explosion.
Conduite à tenir en cas d'urgence
En cas d'urgence:
* Rester calme
* S'assurer que l'on va bien soi-même.
* Donner l'alarme et appeler à l'aide.
* Eloigner les victimes du danger.
* Donner les premiers secours.
Rester calme
Essayer de rester calme avant de s'approcher d'une victime ou d'un
accident. La plupart des gens sont effrayés s'ils sont blessés ou
soudainement malades. Rester calme permet de les rassurer. Agir
rapidement et calmement.
S'assurer que l'on va bien soi-même
Avant de faire quoi que ce soit, s'assurer que l'on va bien. En cas de
danger, se protéger pour ne pas être la prochaine victime, car il n'y
aura alors peut-être personne sur l'aide de qui compter.
Vérifier rapidement qu'il n'y a aucun risque de:
-- gaz, fumée ou vapeurs toxiques,
-- liquides toxiques,
-- incendie et bâtiments qui s'écroulent,
-- circulation.
Vérifier le sens du vent et rester à l'écart des endroits où des
fumées ou des vapeurs pourraient être emportées.
Donner l'alarme et appeler à l'aide
Si l'on est le premier sur les lieux d'un accident, crier pour
prévenir les personnes alentour du danger et leur dire d'appeler de
l'aide.
S'il y a plusieurs victimes, toujours crier à l'aide avant de faire
quoi que ce soit d'autre.
Si une infirmière, un médecin, un agent de santé ou un secouriste
habite ou travaille à proximité, envoyer quelqu'un le (la) chercher.
Eloigner la victime du danger, si c'est possible
Si la personne est inconsciente dans une pièce ou un bâtiment qui
risque d'être rempli de gaz toxique:
* Ouvrir la porte et les fenêtres de l'extérieur (en cassant les
vitres s'il le faut) pour aérer. Attendre quelques minutes que la
pièce soit bien aérée avant d'y pénétrer.
* Ne pas toucher aux interrupteurs électriques et ne laisser
personne entrer dans la pièce avec une cigarette allumée ou une
flamme nue. Cela pourrait provoquer une explosion.
Si quelqu'un est piégédans un bâtiment en feu:
* Ne pas y aller sans équipement respiratoire (dont il faut
connaître le maniement). Si l'on pénètre dans un bâtiment en feu
sans aucune protection contre les gaz et les fumées toxiques, on
risque de s'évanouir et de ne plus pouvoir ressortir. Un linge
mouillé sur la bouche et le nez ne constitue pas une protection
efficace.
Si quelqu'un gît inconscient au fond d'un réservoir vide:
* Envoyer de l'air dans le réservoir à l'aide d'un compresseur. Ne
pas pénétrer dans le réservoir tant que l'air qu'il contient n'a
pas été entièrement renouvelé.
* Si l'on ne peut renouveler l'air du réservoir à l'aide d'un
compresseur, ne pas pénétrer dedans, sauf si l'on porte un masque
respiratoire que l'on sait utiliser. Un sauveteur qui pénètre
dans le réservoir sans masque risque de perdre connaissance et de
ne plus pouvoir en ressortir.
Se protéger de l'intoxication qui pourrait survenir du fait d'un
contact avec la victime. Mettre des gants avant de toucher une
personne intoxiquée par du cyanure, des gaz lacrymogènes ou des
pesticides organophosphorés. Le poison présent sur sa peau ou ses
vêtements peut vous intoxiquer.
Donner les premiers secours
Prodiguer les premiers soins avant de bouger la victime, sauf s'il est
dangereux de rester sur place (voir chapitre 5).
S'il est impossible d'emmener immédiatement la victime chez un médecin
ou à l'hôpital, il faudra peut-être faire plus pour l'aider (voir
chapitre 9).
CHAPITRE 5 Premiers secours
Objectifs
A la fin de ce chapitre, on doit être à même de:
1. Voir si une personne:
--- est inconsciente,
--- ne respire plus,
--- n'a plus de battements cardiaques.
2. Décider dans chaque cas de ce qu'il faut faire et donner les
premiers secours.
3. Donner les premiers secours lorsque quelqu'un:
--- présente des convulsions,
--- a reçu un produit chimique dans les yeux,
--- a reçu un produit chimique sur la peau,
--- a été mordu ou piqué par un animal venimeux.
Les premiers secours sont les soins qu'une personne peut immédiatement
prodiguer en cas d'urgence médicale.
Ce chapitre peut aider à acquérir des notions de secourisme, mais il
faut un enseignement pratique des gestes à effectuer. Il est important
de voir la démonstration d'un bouche-à-bouche et d'un massage
cardiaque, puis de s'exercer sur un mannequin spécial d'entraînement
(modèle en grandeur réelle). Ne jamais s'exercer au massage cardiaque
sur quelqu'un d'autre, seulement sur un mannequin.
Il est dangereux de faire un massage cardiaque sans avoir été formé à
cela.
La victime d'une intoxication peut:
-- être inconsciente,
-- ne plus respirer,
-- ne plus avoir de battements cardiaques,
-- présenter des convulsions.
Elle a besoin de soins immédiats pour rétablir la respiration et
relancer le coeur.
Lorsque des substances chimiques ont été au contact de la peau ou des
yeux, elles peuvent provoquer des brûlures. En pareil cas, les
premiers soins consistent à rincer la substance chimique pour
l'éliminer. Cette dernière peut également pénétrer dans l'organisme et
entraîner une intoxication.
Les personnes qui ont été mordues ou piquées par un animal venimeux
ont besoin de soins; il faut:
-- retirer les dards, épines ou tentacules,
-- nettoyer la plaie et arrêter l'infection,
-- ralentir la diffusion du poison dans l'organisme.
Donner immédiatement les premiers soins
Des soins immédiats peuvent empêcher une intoxication grave et sauver
la vie de la victime. En cas d'arrêt cardio-respiratoire, la victime
mourra dans les quelques minutes qui suivent si on ne lui porte pas
secours.
Premiers secours en cas d'intoxication
Voici une liste des premiers gestes à accomplir. Chaque étape est
expliquée en détail plus loin. Les effectuer dans l'ordre donné. Agir
aussi vite que possible, mais dans le calme.
1. Vérifier si la personne est consciente.
2. Dégager les voies aériennes et s'assurer que l'air peut parvenir
jusqu'aux poumons.
3. Vérifier si elle respire.
4. Nettoyer la cavité buccale et dégager la gorge.
5. Faire un bouche-à-bouche.
6. Vérifier si le coeur bat.
7. S'il bat mais que la victime ne respire toujours pas, poursuivre
le bouche-à-bouche.
8. Si le coeur ne bat pas, pratiquer un massage cardiaque.
9. Si la victime respire mais reste inconsciente, la tourner dans la
position latérale de sécurité.
10. Le cas échéant, traiter les convulsions.
11. Si les yeux sont touchés, les rincer abondamment.
12. Retirer les vêtements contaminés et rincer les parties du corps
contaminées (peau, cheveux).
13. En cas de piqûre ou de morsure venimeuses, donner les premiers
secours.
Vérifier si la personne est consciente
Essayer de réveiller la victime. Lui crier: «Vous allez bien?» en lui
secouant légèrement les épaules, mais en faisant attention à ne pas
aggraver ses blessures (Fig. 15). Lui pincer la peau du cou et
observer son visage. Une personne qui n'est qu'endormie se réveillera,
mais une personne inconsciente non.
Dégager les voies aériennes
Les voies aériennes sont les conduits à travers lesquels passe l'air
pour parvenir jusqu'aux poumons. S'ils sont obstrués, la victime ne
peut respirer et l'air ne peut entrer ni sortir des poumons. Une
victime qui ne respire pas meurt dans les quatre minutes.
Chez un sujet inconscient, la langue peut obstruer la gorge et les
voies aériennes. S'assurer que celles-ci sont dégagées et que l'air
peut descendre dans la gorge (Fig. 16):
* Mettre la victime sur le dos.
* Basculer la tête en arrière et relever le menton entre le pouce
et l'index, tout en appuyant en arrière sur le front de l'autre
main (Fig. 17). Cela permet de dégager les voies aériennes et
empêche la langue d'obstruer la gorge.
Vérifier si la victime respire
Après avoir dégagé les voies aériennes, vérifier rapidement si la
victime respire (Fig. 18):
* Regarder si son ventre ou sa poitrine se soulèvent régulièrement.
* Palper sa poitrine pour voir si elle se soulève.
* Approcher la joue de son visage pour essayer de sentir son
souffle.
* Ecouter s'il y a des bruits respiratoires. Pour cela, mettre son
oreille tout près de la bouche de la victime.
Procéder à ces quatre vérifications. Se souvenir que la poitrine peut
se soulever et s'abaisser, même si la gorge est complètement obstruée
et que l'air ne pénètre pas dans les poumons.
L'arrêt respiratoire peut avoir diverses causes:
* Il y a quelque chose de coincé dans la gorge de la victime.
* La victime a la gorge obstruée par sa langue, du sang, des
crachats, des vomissures, des aliments ou des fausses dents (si
l'on a incliné la tête en arrière, ce n'est pas la langue qui
obstruera la gorge).
* La gorge est obstruée parce que la victime a avalé un poison qui
la lui a brûlée et fait enfler.
* La victime a été empoisonnée.
* Elle a reçu un coup violent sur la tête ou dans la poitrine.
* Elle a eu une crise cardiaque.
* Elle s'est presque noyée.
Nettoyer la cavité buccale et dégager la gorge
Si la victime ne respire pas après que vous lui ayez renversé la tête
en arrière, il se peut que quelque chose lui obstrue la gorge.
Lui tourner la tête sur le côté et passer un doigt au fond de sa
bouche et de sa gorge afin de retirer toute substance pouvant les
obstruer, par exemple, des vomissures (Fig. 19). Retirer les prothèses
dentaires (fausses dents).
Si la victime commence à respirer, la mettre dans la position latérale
de sécurité. Vérifier fréquemment le pouls et la respiration.
Si, pour une raison ou pour une autre, la victime ne respire toujours
pas, il faut immédiatement agir pour rétablir la respiration.
Faire un bouche-à-bouche
On peut rétablir la respiration en insufflant de l'air de ses propres
poumons dans les poumons de la victime par la bouche (bouche-à-bouche)
ou par le nez (bouche-à-nez).
* Ne pas faire le bouche-à-bouche si la victime respire encore.
S'il y a du poison sur les lèvres de la victime ou si des produits
corrosifs lui ont brûlé les lèvres et le menton, faire un
bouche-à-nez. Insuffler de l'air par le nez (voir Fig. 20). On peut
recouvrir la bouche de la victime d'un tissu pour se protéger les
lèvres ou les mains.
Bouche-à-bouche et bouche-à-nez chez un adulte:
1. La victime étant étendue à plat sur le dos, lui nettoyer la
bouche. S'agenouiller à côté de sa tête.
2. Lui renverser la tête en arrière.
3. D'une main, lui pincer le nez. De l'autre, lui ouvrir la bouche
(Fig. 21). Ne pas appuyer sur le cou. Pour le bouche-à-nez,
fermer la bouche de la victime avec le pouce.
4. Inspirer profondément. Recouvrir de ses propres lèvres la bouche
de la victime et expirer doucement et régulièrement de façon que
tout l'air expiré aille dans sa bouche. Expirer avec force pour
remplir sa cage thoracique (voir Fig. 22). Vérifier que sa
poitrine se soulève. Pour le bouche-à-nez, appliquer les lèvres
sur le nez de la victime (voir ci-dessus).
5. S'écarter pour que la victime puisse expirer et pour prendre une
nouvelle inspiration. Tourner la tête, attendre que la poitrine
s'abaisse, sentir l'air expiré en approchant la joue et écouter
le bruit de l'expiration (voir Fig. 23). Pour le bouche-à-nez, il
faut ouvrir la bouche de la victime pour laisser l'air
s'échapper.
6. Prendre une nouvelle inspiration. Après avoir laissé la poitrine
s'abaisser, insuffler à nouveau de l'air dans la bouche (ou le
nez) de la victime et la regarder à nouveau expirer. Vérifier
ensuite que son coeur bat.
Si la cage thoracique ne se soulève pas chaque fois que l'on insuffle
de l'air et qu'on ne sent ni n'entend la victime expirer, soit les
voies aériennes sont obstruées, soit l'air insufflé ne parvient pas
dans les poumons. Vérifier que la tête de la victime est bien basculée
en arrière et dégager à nouveau les voies aériennes. S'assurer qu'une
partie de l'air qu'on insuffle dans la bouche (ou le nez) de la
victime ne s'échappe pas.
Bouche-à-bouche chez un enfant ou un bébé
Dégager les voies aériennes de la même façon que chez l'adulte, mais
sans renverser la tête trop en arrière pour ne pas provoquer une
coudure des voies aériennes.
Si quelque chose obstrue la gorge, le retirer soigneusement, mais ne
pas passer le doigt dans la bouche d'un bébé si l'on ne voit rien.
Autrement, si la gorge est enflée à cause d'une infection, cela risque
d'aggraver le problème.
Ne pas pincer le nez. Recouvrir de ses lèvres le nez et la bouche de
la victime (Fig. 24). Expirer doucement, juste assez pour soulever la
cage thoracique de l'enfant. Pour un petit bébé, n'insuffler que de
toutes petites bouffées. Ne pas insuffler l'air brutalement car cela
risque de provoquer des lésions. Insuffler de l'air toutes les 3
secondes.
Vérifier si le coeur bat
Rechercher le pouls au niveau du cou, dans le creux situé entre le
larynx et le muscle (pouls carotidien). Mettre deux doigts sur la
pomme d'Adam et les faire glisser dans le sillon situé sous la
mâchoire (voir Fig. 25). Les y laisser pendant au moins cinq secondes
pour voir si l'on perçoit un pouls.
Dans le cas contraire, cela signifie que le coeur s'est arrêté. C'est
ce qu'on appelle un arrêt cardiaque. La victime est inconsciente et a
probablement les pupilles dilatées. Si elle est de race blanche, elle
a probablement le teint bleu-gris. S'il s'agit d'une personne à la
peau noire ou brune, rechercher une coloration bleue des ongles, des
lèvres et de la partie interne des paupières inférieures. Si le coeur
s'arrête, la respiration va également s'arrêter et la victime aura
besoin d'un massage cardiaque et d'un bouche-à-bouche.
Si le coeur bat, mais que la victime ne respire toujours pas,
poursuivre le bouche-à-bouche.
Prendre une profonde inspiration et insuffler de l'air toutes les 5
secondes jusqu'à ce que la personne commence à respirer sans aide.
Cela peut parfois prendre plus d'une heure.
Si la victime a inhalé un gaz irritant, sa bouche et sa gorge peuvent
être remplies de mousse. On ne peut éliminer celle-ci avec les doigts,
il est donc inutile de perdre du temps à essayer de le faire. Comme
cette mousse est constituée de bulles d'air, tout ce qu'on peut faire
pour que l'air circule est de la pousser dans les poumons. Il faut
donc insuffler de l'air comme d'habitude.
Lorsque la victime commence à respirer, la tourner dans la position
latérale de sécurité. Il peut arriver qu'elle vomisse et, dans cette
position, les vomissures ne risquent pas de lui obstruer la gorge.
Laisser les vomissures sortir et les retirer de la bouche avec le
doigt.
Surveiller attentivement la victime au cas où elle arrêterait à
nouveau de respirer. En pareil cas, la remettre sur le dos et
reprendre le bouche-à-bouche.
Si le coeur ne bat pas, pratiquer un massage cardiaque
Si l'on ne sent pas le pouls carotidien, il faut essayer de relancer
le coeur en pratiquant un massage cardiaque (voir plus loin).
Le massage cardiaque (ou compression thoracique) consiste à appuyer
sur le coeur pour en faire sortir le sang et aider ce dernier à
circuler dans l'organisme. Cela peut permettre au coeur de repartir.
Il n'est efficace que si la victime est allongée sur une surface dure.
S'il n'y a pas de battement de coeur, le sujet aura arrêté de
respirer. Toujours commencer par le bouche-à-bouche et pratiquer le
massage cardiaque ensuite.
Ne pas pratiquer de massage cardiaque si le coeur bat, même
faiblement. Dès que l'on sent le pouls carotidien, arrêter
immédiatement, mais en poursuivant le bouche-à-bouche si la victime ne
respire toujours pas.
Massage cardiaque chez un adulte
1. Vérifier qu'il n'y a aucun battement de coeur.
2. Allonger la victime sur le dos sur une surface dure.
S'agenouiller à son côté au niveau de la poitrine.
3. Rechercher la bonne position des mains. Palper le bord inférieur
des côtes. Le suivre vers le haut jusqu'au sternum où les côtes
se rejoignent. Poser le majeur à la base du sternum et l'index
juste à côté (Fig. 26), puis poser la base de la paume de l'autre
main sur le sternum à côté des deux doigts, au milieu de la cage
thoracique (Fig. 27).
4. Recouvrir cette main avec la paume de la première et croiser les
doigts fermement sans qu'ils reposent sur la poitrine (Fig. 28).
Se soulever pour avoir les épaules au-dessus de la poitrine de la
victime et garder les bras bien tendus.
5. Appuyer sur la moitié inférieure du sternum en l'enfonçant de 4-5
cm, en gardant les bras tendus. Relâcher ensuite la pression.
Tout en comptant «un et deux et trois et...», imprimer 15
pressions au rythme des chiffres égrenés (80 pressions par
minute). Le faire régulièrement et doucement, sans à - coup.
6. Ne pas oublier qu'il faut à la fois un bouche-à-bouche et un
massage cardiaque. Au bout de 15 pressions, faire basculer la
tête de la victime en arrière, appliquer sa propre bouche sur
celle de la victime et lui insuffler deux bouffées d'air.
7. Effectuer à nouveau 15 pressions suivies de deux respirations
complètes. Vérifier les battements de coeur au bout d'une minute,
puis de 3 minutes ou de 12 cycles. Dès qu'on perçoit à nouveau
les battements, arrêter le massage. La victime reprend alors des
couleurs plus normales et ses pupilles redeviennent normales.
8. Poursuivre le bouche-à-bouche à raison de 12 respirations par
minute jusqu'à ce que la victime respire sans aide. Il peut
falloir un certain temps pour cela, même une fois le coeur
relancé. Lorsque la victime respire à nouveau seule, la mettre
dans la position latérale de sécurité.
Si l'on est deux, demander à l'autre personne de faire le
bouche-à-bouche pendant que l'on pratique le massage cardiaque (Fig.
29). Il faut que l'autre personne s'agenouille face à vous près de la
tête de la victime. Elle doit insuffler deux fois de l'air et vérifier
s'il y a un battement cardiaque. S'il n'y en a pas, appliquer cinq
pressions sur la poitrine. Poursuivre, l'autre personne insufflant une
fois de l'air dans les poumons et vous cinq pressions sur la poitrine.
Vérifier s'il y a des battements cardiaques au bout d'une minute, puis
toutes les trois minutes ou tous les 12 cycles.
Massage cardiaque chez l'enfant et le nourrisson
Le meilleur endroit pour sentir le pouls chez un jeune enfant ou un
nourrisson est à la partie interne du bras. Le pouce étant à
l'extérieur du bras, appuyer l'index et le majeur dans le sillon situé
sous le muscle.
Chez l'enfant et le nourrisson, les compresions doivent être
légèrement plus rapides, mais moins fortes, que chez l'adulte.
Chez l'enfant, n'utiliser qu'une main et appuyer légèrement sur la
poitrine (Fig. 30). Imprimer une pression de 2,5-3,5 cm.
Chez le jeune enfant et le bébé, n'appuyer sur la poitrine qu'avec
deux doigts. Imprimer une pression de 1,5-2,5 cm (Fig. 31).
Garder les mains ou les doigts sous les mamelons.
Appliquer 100 pressions par minute, au rythme de 15 compressions
suivies de deux respirations.
Si la victime respire mais est inconsciente, la tourner sur le côté
dans la position latérale de sécurité.
Un sujet inconscient doit être allongé sur le côté pour éviter que sa
langue n'obstrue sa gorge et pour permettre éventuellement à un
liquide de s'évacuer par la bouche. C'est ce qu'on appelle la
position latérale de sécurité.
Avant de retourner la victime:
* Si sa respiration est bruyante, lui passer le doigt dans la
bouche pour retirer tout ce qui pourrait obstruer les voies
aériennes. Si elles bougent, retirer les fausses dents.
* Vider les poches de la victime de tout objet qui pourrait rendre
la position inconfortable.
* Retirer les lunettes de la victime si elles risquent de la
blesser.
* Examiner la tête et le cou à la recherche de lésions et passer
les doigts sur la nuque et la colonne vertébrale pour voir si
elles sont tordues ou enflées.
* Demander de l'aide si la victime présente un traumatisme à la
tête ou au cou. A trois, la faire rouler en gardant la tête, le
cou et le corps bien alignés. A son réveil, ne pas la laisser
s'asseoir.
La victime doit être tournée sur le côté avec:
-- la tête, le cou et le corps bien alignés;
-- la tête disposée de façon que la langue n'obstrue pas la gorge et
que les vomissures ou la salive puissent s'écouler par la bouche;
-- les bras et jambes disposés de façon que la victime ne puisse pas
rouler dans une autre position.
Procéder comme suit
1. S'agenouiller auprès de la victime, lui tourner la tête vers soi
et l'incliner en arrière en gardant la mâchoire vers l'avant de
façon à dégager les voies aériennes. Lui mettre le bras qui est
vers soi au-dessus de la tête. Ramener l'autre bras sur sa
poitrine. Soulever la jambe la plus éloignée en la prenant sous
le genou et la plier (Fig. 32).
2. Protéger le visage de la victime d'une main. De l'autre, tirer
sur ses vêtements au niveau de la hanche pour la faire basculer
vers vous, de façon à la mettre sur le côté, contre vos genoux
(Fig. 33). La tête de la victime doit reposer sur le bras du
dessous. S'assurer que les voies aériennes sont dégagées.
3. Prendre le bras du dessus et placer la main sous la joue de la
victime (Fig. 34). Cela permettra de garder sa tête en arrière et
les voies aériennes dégagées. Disposer ensuite la jambe du dessus
de façon que le genou plié repose sur le sol et soutienne le
poids du corps.
Si la victime est trop lourde, demander de l'aide. Quelqu'un d'autre
peut lui soutenir la tête pendant qu'on la retourne, ou la pousser
pendant qu'on la tire.
Ce qu'il faut faire en cas de convulsions
1. Allonger la victime dans un endroit sûr; s'assurer qu'il n'y a
pas d'objets contondants ni tranchants à proximité et la protéger
de tout traumatisme.
2. La tourner sur le côté de façon que sa langue tombe vers l'avant
de la bouche et que la mousse baveuse puisse s'évacuer
facilement.
3. Lui mettre un linge replié sous la tête, ou lui tenir la tête
pour qu'elle ne se cogne pas sur des surfaces dures.
4. Ne pas essayer d'arrêter les mouvements convulsifs.
5. Dégrafer tout vêtement serré.
6. Ne rien mettre dans la bouche de la victime et ne pas essayer de
la lui ouvrir.
7 Après la crise, mettre la victime dans la position latérale de
sécurité pour qu'elle se repose.
Rinçage d'une substance chimique venue au contact des yeux
Rincer immédiatement et abondamment à l'eau propre et froide tout
produit chimique ayant pu entrer en contact avec les yeux, avant même
de rincer la peau. Quelques secondes de retard peuvent aggraver les
lésions.
1. Brosser ou essuyer sur-le-champ et avec douceur tout produit
chimique liquide ou en poudre présent sur le visage. Asseoir ou
allonger la victime la tête en arrière et tournée du côté le plus
touché. Ouvrir doucement les paupières de l'oeil ou des yeux
touchés et faire couler directement dessus de l'eau du robinet ou
d'une cruche. S'assurer que l'eau ne coule pas sur le visage ni
sur l'autre oeil, qui peut ne pas être touché. Rincer ainsi les
yeux pendant 15 à 20 minutes, montre en main si possible.
La victime peut avoir très mal et vouloir garder les yeux fermés,
mais il faut absolument rincer tout le produit présent pour
éviter des lésions irréversibles. Ouvrir doucement les paupières
en grand et les maintenir ouvertes (Fig. 35).
2. En rinçant les yeux, vérifier que l'intérieur des paupières est
lui aussi bien rincé. Vérifier qu'il ne reste aucune particule
solide de produit chimique dans les plis cutanés qui entourent
les yeux, ni sur les cils ou les sourcils. Si sl'on n'est pas sûr
d'avoir éliminé tout le produit chimique, poursuivre le rinçage
10 minutes de plus.
3. Ne pas laisser la victime se frotter les yeux.
4. La victime doit être examinée par un médecin même si elle ne
souffre pas, car des lésions peuvent apparaître par la suite.
5. Si la lumière la blesse, lui recouvrir l'oeil d'un bandeau
stérile, d'une compresse de gaze ou d'un tampon de tissu propre.
Le faire tenir en place avec un bandage, sans trop serrer. Ces
mesures permettront de protéger l'oeil et d'accélérer la
guérison.
6. En cas de douleurs, donner de l'aspirine ou du paracétamol toutes
les quatre heures.
Traitement médical d'une contamination chimique de l'oeil
* En cas de douleurs sévères, il peut être nécessaire de faire une
injection intramusculaire de morphine.
* Rechercher des brûlures. Pour cela, appliquer des gouttes de
fluorescéine dans l'oeil. Les brûlures se colorent en jaune.
* Eviter l'infection. Si des taches jaunes apparaissent avec la
fluorescéine, appliquer de la pommade oculaire au chloramphénicol
à 1%. Renouveler l'application toutes les deux heures. Continuer
jusqu'à ce que l'oeil ne soit plus rouge et que la sclérotique
soit blanche, puis poursuivre pendant encore 24 heures.
Retirer les vêtements contaminés et rincer tout produit chimique
présent sur la peau ou dans les cheveux.
1. Emmener immédiatement la personne jusqu'à la douche ou la source
d'eau propre la plus proche. S'il n'y a pas d'eau à proximité,
tapoter ou essuyer doucement la peau et les cheveux avec un
chiffon ou du papier. Ne pas frotter ni frictionner la peau.
2. Laver immédiatement l'endroit touché à l'eau courante froide ou
tiède et au savon s'il y en a. S'il n'y a pas d'eau courante,
utiliser des seaux d'eau. Agir rapidement et rincer à grande eau
(Fig. 36). Porter des gants et un tablier le cas échéant, afin de
se protéger des éclaboussures de produit chimique. Certaines
substances libèrent des vapeurs: prendre garde à ne pas les
inhaler.
3. Par ailleurs, retirer rapidement les vêtements, contaminés par le
produit chimique ou des vomissures, ainsi que les chaussures et
la montre s'il y a lieu. Il est important d'agir vite --- en
découpant les vêtements s'il s'agit de substances très toxiques
ou corrosives.
4. Si la surface corporelle contaminée par la substance est
importante, rincer la personne sous une douche ou au tuyau
d'arrosage, sans oublier les cheveux, le dessous des ongles,
l'aine, et derrière les oreilles, s'il y a lieu.
5. Rincer abondamment pendant encore 10 minutes, ou davantage s'il
reste du produit sur la peau. Si cette dernière est collante ou
savonneuse, rincer jusqu'à que cet aspect disparaisse. Cela peut
pendre plus d'une heure.
6. S'assurer que l'eau s'écoule librement et en toute sécurité, car
elle contient du produit chimique.
7. Sécher ensuite doucement avec une serviette propre et douce. Si
les vêtements collent à la peau après le rinçage, ne pas les
retirer.
8. Se souvenir que de nombreuses substances chimiques peuvent
traverser la peau très rapidement. Rechercher des signes
d'intoxication (voir chapitre 7).
9. Mettre de côté les vêtements contaminés dans un récipient bien
fermé et ne pas les réutiliser tant qu'ils n'ont pas été lavés.
Jeter les chaussures contaminées par la substance chimique. Si on
a utilisé des chiffons ou du papier pour essuyer la peau, les
mettre de côté et les brûler.
Si la victime présente des brûlures et qu'aucun médecin n'est présent:
1. Ne pas crever les cloques ni enlever les lambeaux de peau. Là où
la peau est rouge et douloureuse ou à vif, la recouvrir, ainsi
que la zone qui l'entoure, d'un pansement sec stérile et d'une
bande. Ne pas serrer la bande. On protège ainsi la brûlure tout
en accélérant sa guérison.
2. Habiller la personne de vêtements propres ou la recouvrir d'un
drap.
3. Compenser les pertes liquidiennes: si les brûlures sont très
étendues, donner une demi-tasse d'eau toutes les 10 minutes
jusqu'à ce que la victime arrive à l'hôpital.
4. Traiter la douleur: donner de l'aspirine toutes les quatre heures
jusqu'à ce qu'il y ait un mieux.
5. Emmener le plus vite possible la victime chez un médecin ou à
l'hôpital.
Ce qu'il faut faire en cas de morsure ou de piqûre par un animal
venimeux
On trouvera dans cette section des conseils d'ordre général, suivis de
conseils plus spécifiques relatifs aux:
-- morsures de serpents,
-- piqûres ou morsures d'abeilles, de guêpes, de frelons, de fourmis
(Solenopsis), de scorpions, d'araignées ou de tiques,
-- piqûres de méduses,
-- piqûres de poissons venimeux.
Conseils d'ordre général
1. Souvent les gens paniquent lorsqu'ils ont été mordus ou piqués
par un animal. Il faut leur dire que de nombreux serpents,
araignées, insectes et animaux marins sont inoffensifs, et que
même les morsures et piqûres d'animaux venimeux sont souvent sans
danger.
2. Garder la personne immobile et au calme. Le fait de bouger le
membre touché accélère la diffusion du venin dans le reste de
l'organisme. La peur et l'excitation aggraveront l'état de la
victime. Il faut lui dire de ne pas utiliser le membre touché et
de le garder immobile au-dessous du niveau du coeur. Comme le
membre enfle souvent au bout d'un moment, il faut retirer les
bagues, montres, bracelets et anneaux de cheville le plus vite
possible. Une gouttière et une écharpe permettront d'assurer
l'immobilité.
3. Les méthodes qui suivent ne doivent pas être appliquées. Elles
peuvent provoquer une infection ou aggraver les effets du venin.
-- Ne pas inciser à l'endroit de la blessure ni autour de
celle-ci.
-- Ne pas aspirer le venin hors de la plaie.
-- Ne pas poser un garrot ou un bandage serré.
-- Ne pas appliquer de substances chimiques ni de médicaments
sur la plaie, ni en injecter dedans (par exemple, cristaux
de permanganate de potassium).
-- Ne pas appliquer de glace sur l'endroit touché.
-- Ne pas utiliser les nécessaires contre les morsures de
serpents vendus dans le commerce.
Le temps passé à appliquer des remèdes traditionnels à base de
plantes serait mieux employé à emmener la victime rapidement à
l'hôpital. Ces «remèdes» sont souvent inutiles et peuvent
s'avérer dangereux et mettre la vie de la personne en danger.
4. La personne doit être couchée dans la position latérale de
sécurité de façon à ce que ses voies aériennes soient dégagées en
cas de vomissements ou d'évanouissement.
5. Ne rien lui donner en pareil cas --- ni nourriture, ni alcool, ni
médicaments, ni boissons. Cependant, si l'attente des soins
médicaux risque de se prolonger, lui donner à boire de l'eau pour
éviter une déshydratation.
6. Essayer d'identifier l'animal en cause, mais ne pas tenter de
l'attraper ni de le garder si cela peut s'avérer dangereux pour
vous, pour la victime ou d'autres personnes. Si l'animal est
mort, l'emmener à l'hôpital avec la victime, mais en le
manipulant avec précaution, car même morts certains animaux
peuvent parfois injecter du venin.
7. Emmener le plus rapidement possible la victime à l'hôpital, au
dispensaire médical ou au centre de santé où des soins médicaux
pourront lui être prodigués. Elle ne doit pas marcher et doit
bouger le moins possible. S'il n'y a pas d'ambulance ni de
voiture, la transporter sur une civière, un tréteau ou sur la
barre d'une bicyclette.
8. Un sérum antivenimeux ne doit être administré qu'en milieu
hospitalier ou médical équipé pour la réanimation en cas de
réaction allergique. S'il est disponible, le sérum antivenimeux
doit être systématiquement utilisé en présence de signes
d'intoxication grave. Ne l'employer que dans ces cas-là.
Traitement des piqûres et morsures d'animaux venimeux par
des remèdes traditionnels
Aucun remède traditionnel pour les morsures ou les piqûres (de
serpents, de scorpions, d'araignées ou d'autres animaux venimeux) n'a
d'autre effet que celui de guérir parce que l'on y croit.
Quelqu'un qui dit avoir été sauvé grâce à un remède traditionnel l'a
probablement été parce qu'il avait été mordu par un serpent qui
n'avait pas injecté de poison.
Certains remèdes traditionnels peuvent faire du bien. La personne qui
croit en eux sera moins effrayée, aura un pouls qui va ralentir,
bougera et tremblera moins, et le poison se répandra plus lentement
dans son organisme. Elle sera donc moins en danger.
Mais l'intérêt de ces remèdes traditionnels est extrêmement limité.
Dans bien des cas, ils n'empêchent pas les gens d'être très malades ni
de mourir d'une morsure de serpent. L'utilisation d'un remède
traditionnel retarde un traitement plus efficace, et il vaut mieux en
pareil cas emmener la personne à l'hôpital.
Ne pas faire appel aux remèdes traditionnels qui contiennent des
déchets animaux ou humains, ou qui supposent que l'on mange des
animaux que l'on ne consomme pas habituellement. Ils ne sont d'aucune
aide, sont souvent dangereux et peuvent provoquer des infections
graves.
Traitement médical des morsures et piqûres d'animaux venimeux
1. Le sérum antivenimeux ne doit être administré qu'en milieu
hospitalier ou médical équipé pour la réanimation, à cause du
risque de choc anaphylactique. S'il est disponible, le sérum
antivenimeux doit être utilisé en présence de signes
d'empoisonnement général grave. Ne l'employer que dans ces
cas-là.
2. Pour déterminer s'il y a eu injection de venin et la gravité de
l'empoisonnement, on recherchera les signes suivants:
-- tuméfaction et lésion tissulaire locale à l'endroit de la
morsure;
-- défaut de coagulation sanguine provoquant un saignement au
niveau des gencives, du nez, des plaies et des points
d'injection;
-- état de choc provoqué par un collapsus cardio-vasculaire;
-- paralysie neurotoxique (ptose, ophtalmoplégie, dysarthrie,
faiblesse musculaire périphérique, détresse respiratoire);
-- myalgies généralisées et lésion tissulaire locale;
-- insuffisance rénale avec urines rouges ou noires;
-- ganglions lymphatiques drainant l'endroit de la morsure
enflés et douloureux.
Pour tester le temps de coagulation du sang total: verser 2 à 3
ml de sang total veineux dans un tube à essai en verre (propre et
sec) à température ambiante et le laisser reposer pendant 20
minutes, durée au cours de laquelle du sang normal doit avoir
coagulé. Incliner le tube pour voir si le sang est encore
liquide.
3. Si la plaie s'infecte, traiter comme n'importe quelle autre
infection locale en utilisant des antibiotiques s'il y a lieu.
4. En cas de lésion tissulaire locale, ne pas recouvrir la plaie
mais la laisser à l'air.
Ce qu'il faut faire en cas de morsure de serpent
Les serpents venimeux mordent souvent sans injecter de venin. En
d'autres termes, leur morsure est «sèche». Nombreux sont ceux qui ont
survé cu à une morsure de serpent venimeux, même appartenant à une des
espèces les plus dangereuses, sans avoir été intoxiqués.
1. Allonger la victime sur le côté dans la position latérale de
sécurité, afin de diminuer le risque que des vomissures ne lui
obstruent la gorge. Vérifier la respiration et les battements
cardiaques.
2. N'appliquer aucune des méthodes déconseillées à la page 65.
3. Nettoyer doucement la plaie de façon qu'il ne reste pas de venin
sur la peau. Le faire à l'eau propre et au savon, ou essuyer
doucement avec un linge propre.
4. En cas de morsures d'élapidés, qui ne provoquent pas de lésion
tissulaire locale ni de tuméfaction (serpents corails, bungares,
mambas, certains cobras, à l'exclusion des cobras et vipères
africains et de certains cobras et vipères asiatiques), appliquer
un bandage large assez serré à l'endroit de la morsure en
débordant ensuite sur la plus grande partie possible du membre
touché par-dessus les vêtements. La bande doit être suffisamment
serrée mais pas trop, afin de ne pas faire office de garrot. On
doit pouvoir sentir le pouls à la partie inférieure du membre (en
ce qui concerne la manière de prendre le pouls, se reporter à la
page 84). Une forte douleur dans le membre bandé peut signifier
que la bande est trop serrée. Il est très important de poser une
attelle pour que le patient ne puisse bouger le membre en
question. Une fois ce dernier à l'hôpital ou dans un centre
médical, on peut retirer la bande, mais pas avant, car une fois
la bande retirée le venin diffuse rapidement dans l'organisme.
5. Si la plupart des morsures de serpents ne sont pas douloureuses,
certaines d'entre elles peuvent provoquer une douleur intense.
Pour soulager celle-ci on peut donner du paracétamol, mais pas
d'aspirine à cause du risque d'hémorragie.
6. Si le serpent a été tué, l'emporter à l'hôpital avec le malade
afin de pouvoir l'identifier. Le manipuler avec précautions, car
il peut encore injecter du venin, même avec la tête tranchée.
Traitement médical des morsures de serpents
Les morsures de serpents peuvent provoquer un tétanos (trismus). Dans
la mesure du possible on fera donc une injection d'anatoxine tétanique
au patient.
Ne pas pratiquer d'injections inutiles à cause du risque d'hémorragie
s'il y a des troubles de la coagulation.
Un patient présentant une paralysie respiratoire peut avoir besoin
d'une ventilation artificielle pendant plusieurs heures, jours, voire
semaines.
En cas d'insuffisance rénale, s'assurer que le patient reçoit
suffisamment de liquides et surveiller attentivement le bilan
hydrique. Une dialyse peut s'avérer nécessaire, de préférence une
hémodialyse, ou, si c'est impossible, une dialyse péritonéale.
La spoliation sanguine au niveau des vaisseaux endommagés par le venin
de serpent peut entraîner un état de choc et une hypotension
artérielle. Cela se produit surtout avec les morsures de vipères.
L'administration intraveineuse de solutions de remplissage peut être
alors salvatrice.
En général, aucune intervention chirurgicale ne s'impose, et une
intervention inutile pourrait entraîner des complications ou des
lésions irréversibles au niveau du membre touché.
Ce qu'il faut faire en cas de piqûre ou de morsure d'abeilles, de
guêpes, de frelons, de fourmis (Solenopsis), de scorpions, d'araignées
ou de tiques.
1. Les piqûres ou morsures d'insectes et les piqûres de scorpions
provoquent douleur et tuméfaction locales, les morsures
d'araignées pouvant entraîner des ulcérations profondes ou des
cloques. Plus les piqûres ou morsures sont nombreuses, plus leur
effet est grave. Certaines araignées, (par exemple les
latrodectus spp., Loxosceles spp.) et au moins un scorpion (
Hemiscorpion lepturus rencontré en République islamique d'Iran et
en Iraq) peuvent provoquer des lésions tissulaires et des
ulcérations locales au point de morsure, qui peuvent ensuite
s'étendre à tout le membre touché.
2. Certaines personnes sont sensibles au venin d'insecte et peuvent
présenter une éruption locale ou généralisée, des démangeaisons
et des rougeurs de la peau. Dans les cas graves, ces personnes
ressentiront un malaise avec l'impression d'avoir la poitrine
prise dans un étau; leur visage peut enfler et elles peuvent
présenter des difficultés respiratoires avec une respiration,
sifflante et suffocante, s'accompagnant parfois d'une perte de
connaissance. En cas de difficulté respiratoire, allonger la
personne sur le côté dans la position de sécurité. En cas d'arrêt
cardio-respiratoire, faire un bouche à bouche et pratiquer un
massage cardiaque. On fera une injection intramusculaire
d'adrénaline.
3. Les abeilles laissent leur dard dans la piqûre et ne peuvent
piquer qu'une fois, mais ce n'est pas le cas des guêpes et des
frelons qui peuvent piquer à plusieurs reprises. Si le dard est
resté dans la plaie, le retirer rapidement en faisant attention
de ne pas presser le sac à venin situé à son extrémité. Prendre
une pince à épiler et saisir le dard aussi près de la peau que
possible et le retirer (Fig. 37) ou l'enlever à la main. Retirer
bagues, bracelets et bracelets de cheville, au cas où le membre
enflerait.
4. Les tiques peuvent parfois être détachées à l'alcool ou à la
chaleur (bout incandescent d'une cigarette). Si ce n'est pas le
cas, arracher la tique à l'aide d'une pince à épiler ou d'une
pince fine en prenant garde à ne pas écraser son corps.
5. Une compresse trempée dans de l'eau froide, mais pas de la glace,
permet de faire désenfler la piqûre et de calmer les
démangeaisons et la douleur.
6. On peut donner du paracétamol pour lutter contre la douleur, mais
pas d'aspirine.
Traitement médical des piqûres et morsures d'insectes ou de scorpions
1. En Amérique du Sud on dispose de sérum antivenimeux contre
certaines araignées: Latrodectus spp., Loxosceles spp.,
Phoneutria spp. et certains scorpions (par exemple, espèces de
Centruroïdes, Tityus, Buthotus, et Leiurus).
2. Le sérum antivenimeux peut être utile pour traiter les lésions
tissulaires locales dues à Loxosceles spp. et à Hemiscorpion
lepturus, même s'il n'y a aucun signe d'intoxication générale.
La plaie devra rester à l'air comme pour une brûlure.
3. On peut soulager la douleur par une analgésie locale (par ex.,
lidocaïne, anesthésie par blocage nerveux digital ou
périphérique), ou à l'aide d'analgésiques administrés par voie
générale. On évitera d'utiliser la morphine à cause du risque de
dépression respiratoire. Le sérum antivenimeux peut être utile
pour traiter la douleur causée par les morsures de Latrodectus
spp.
Ce qu'il faut faire en cas de piqûres de méduse
1. Les tentacules de méduse s'accrochent à la peau et il peut être
difficile de les en retirer. Calmer la personne et la faire tenir
immobile pour éviter que les tentacules ne causent davantage de
piqûres.
2. Il n'existe aucun moyen d'empêcher les tentacules de piquer si on
les bouge, et il vaut donc mieux ne pas y toucher jusqu'à ce que
les premiers effets de la piqûre aient disparu.
3. Pour empêcher les cellules de piquer, inonder la partie touchée
de vinaigre (acide acétique à 5 %), sauf s'il s'agit d'une
Physalia physalix. S'il n'y a pas de vinaigre, prendre de l'eau
de mer. N'utiliser ni alcool, ni alcool à brûler, ni essence, ni
eau douce. Des enveloppements froids ou de la glace pilée dans un
tissu permettront peut-être de soulager la douleur provoquée par
les piqûres de Physalia et autres méduses. Les piqûres de
Chironex ont souvent des conséquences graves. Les victimes ont
parfois besoin d'un bouche-à-bouche et d'un massage cardiaque.
4. Détacher doucement les tentacules en les raclant à l'aide d'un
couteau.
Traitement médical des piqûres de méduse
Si possible, faire une injection intramusculaire d'anatoxine
tétanique.
Ce qu'il faut faire en cas de piqûre de poisson venimeux
De nombreux poissons venimeux comme le poisson-pierre, la rascasse
volante, le scorpène et la vive ont des épines venimeuses qui, en
piquant la peau, injectent du venin. La pastenague peut provoquer des
coupures qui saignent beaucoup.
1. Si la personne est piquée dans l'eau, commencer par l'en sortir.
2. Tremper immédiatement la partie blessée dans une cuvette ou un
bain d'eau aussi chaude que possible (sans dépasser 45°C) jusqu'à
ce que la douleur disparaisse, mais pas plus de 30 minutes. Le
venin est parfois détruit par la chaleur, d'où la disparition de
la douleur.
3. Nettoyer la plaie et retirer les fragments d'épine.
Traitement médical des piqûres de poisson venimeux
Si possible, faire une injection intramusculaire d'anatoxine
tétanique.
On peut traiter la douleur à l'aide d'anesthésiques locaux ou
d'analgésiques tels que le paracétamol. Il peut être dangereux
d'administrer de la morphine à cause du risque de dépression
respiratoire.
CHAPITRE 6 Recherche d'une aide médicale
Objectifs
A la fin de ce chapitre on doit être à même de:
1. Décider de ce qu'il vaut mieux faire une fois les premiers
secours donnés à une personne intoxiquée.
2. Déterminer si une personne intoxiquée doit voir un médecin avant
d'être emmenée à l'hôpital.
3. Savoir quand il peut être utile de demander de l'aide par
téléphone à un centre antipoisons ou à un hôpital.
Une personne intoxiquée doit toujours être examinée par un médecin le
plus rapidement possible. Après avoir donné les premiers soins, la
meilleure chose à faire est d'emmener la victime à l'hôpital sans
retard. Cependant, si cela risque de prendre plusieurs heures il sera
peut-être préférable d'essayer d'obtenir un autre type d'aide médicale
plus rapidement avant d'effectuer le transport à l'hôpital.
A moins de deux heures d'un hôpital
Emmener la victime à l'hôpital sans retard dès que les premiers soins
ont été donnés.
Ne pas transporter un sujet inconscient avant qu'il puisse respirer
sans aide. Laisser un sujet inconscient ou somnolent dans la position
latérale de sécurité.
Loin d'un hôpital
S'il existe un centre de santé ou un médecin à proximité, y envoyer la
victime. Un praticien privé peut sauver la vie d'une victime si le
transport à l'hôpital prend longtemps. S'il est difficile de bouger la
victime, envoyer quelqu'un chercher le médecin.
S'il n'y a pas de médecin à proximité, téléphoner à un centre
antipoisons. Plus on donnera de détails au médecin du centre
antipoisons sur les circonstances dans lesquelles l'intoxication s'est
produite et sur les signes et symptômes présentés par la victime, plus
ce médecin sera en mesure d'apporter son aide. Avant de téléphoner,
examiner la victime rapidement mais soigneusement (voir chapitre 7) et
rechercher les éventuels médicaments, pesticides ou autres produits
chimiques, plantes ou animaux ayant pu provoquer l'intoxication (voir
chapitre 8).
Si l'on pense savoir ce qui a pu provoquer l'intoxication, s'en munir
avant de téléphoner de façon à pouvoir en donner une description
exacte et lire l'étiquette du récipient au médecin du centre
antipoison (si l'intoxication est due à un animal, essayer de le
capturer si cela ne présente pas de danger pour vous ou les autres.
Manipuler les animaux morts avec précaution; ils peuvent encore être
dangereux).
Le médecin verra s'il y a quoi que ce soit d'autre à faire avant
d'emmener la victime à l'hôpital. Dans certains cas, il pourra dire
que la substance chimique, la plante ou l'animal en question n'est pas
dangereux et qu'il n'est pas nécessaire d'emmener la personne à
l'hôpital.
S'il est impossible de téléphoner à un centre antipoisons, téléphoner
à un hôpital.
En l'absence d'une aide médicale rapide
Consulter ce manuel pour décider de ce qu'il y a lieu de faire.
Examiner plus soigneusement la victime (voir chapitre 7) et chercher à
en savoir plus sur les circonstances de l'intoxication (voir chapitre
8). Si l'on sait à quelle substance la victime a été exposée,
rechercher dans la Partie 2 des renseignements plus précis sur ce
qu'il y a lieu de faire.
Le chapitre 9 indique ce qu'il faut faire en attendant que la victime
parvienne à l'hôpital. Dans certains cas, on peut éviter une
intoxication grave en faisant vomir la victime, on en lui donnant du
charbon activé, un laxatif ou un antidote.
Transport de la victime à l'hôpital
Certains centres antipoisons ou hôpitaux organisent parfois le
transport à l'hôpital. S'il n'y a pas d'ambulance, demander à
quelqu'un de l'emmener en voiture, dans un camion, une camionnette ou
une carriole.
Si le transport doit se faire sur une civière, s'assurer que la
victime est installée aussi confortablement que possible et qu'elle ne
risque pas de tomber. Si le soleil est intense, fixer un drap au-
dessus de la civière pour lui faire de l'ombre et laisser circuler
l'air.
Quelqu'un devra prendre soin du malade pendant le transport à
l'hôpital. Si l'on ne peut s'en charger s'assurer que l'accompagnateur
sait ce qu'il faut faire en pareil cas.
Avec la victime faire également parvenir à l'hôpital les produits
chimiques, médicaments, pesticides, plantes ou animaux ayant pu être à
l'origine de l'intoxication, ainsi que le compte-rendu de l'examen du
malade et des circonstances de l'intoxication.
Ce qu'il faut faire après avoir lu ce chapitre
S'assurer que l'on connaît le chemin le plus rapide menant à l'hôpital
le plus proche et qu'on est capable de l'indiquer à quelqu'un d'autre.
Estimer le temps qu'il faut pour y parvenir.
Etablir une liste de numéros de téléphone et d'adresses utiles:
hôpital et centre antipoisons les plus proches, où il serait possible
d'avoir de l'aide en cas d'intoxication. Les inscrire au dos de ce
manuel.
CHAPITRE 7 Examen de la victime
Objectifs
A la fin de ce chapitre on doit être à même de:
1. D'examiner une victime à la recherche de signes et symptômes
d'intoxication.
2. De décrire au médecin de quoi souffre la victime, au téléphone ou
par écrit.
3. De savoir si une victime est gravement atteinte.
4. De reconnaître les syndromes d'intoxication classiques.
Si l'on est à plus de deux heures d'un hôpital et qu'il n'y a pas de
médecin ni de centre de santé à proximité, il convient, après avoir
donné les premiers secours, d'examiner la victime.
Cet examen est important car il permet de savoir ce qu'on peut faire
pour aider la victime en attendant qu'elle parvienne à l'hôpital et de
pouvoir donner un compte-rendu précis de son état si l'on contacte un
centre antipoisons ou un hôpital par téléphone ou par radio.
Ce chapitre indique la marche à suivre pour examiner une victime à la
recherche de signes d'intoxication lorsqu'on n'a pas de formation
médicale. Sa seule lecture devrait permettre de déterminer ce qu'il y
a lieu de faire et de rechercher, mais il vaudrait mieux qu'un agent
de santé qualifié puisse montrer comment procéder à un tel examen.
S'exercer à prendre le pouls et à lire un thermomètre jusqu'à ce qu'on
soit sûr de le faire correctement.
Les poisons peuvent entraîner de nombreuses modifications dans
l'organisme, qui ne sont mesurables qu'à l'aide d'appareils médicaux.
Ces modifications ne seront pas évoquées ici.
Signes et symptômes
Les effets d'une intoxication sont ce qu'on appelle les signes et
symptômes.
Les signes sont les effets que l'on peut voir, sentir, entendre ou
quantifier, par exemple des vomissements, de la fièvre, un pouls
rapide, une respiration bruyante ou une perte de connaissance.
Les symptômes sont les effets que la personne ressent, par exemple
une douleur, des nausées ou une sensation de soif. Pour rechercher
quels sont les symptômes présentés par la victime, lui demander:
«Comment vous sentezvous ?», «Que ressentez-vous ?».
La plupart des poisons entraînent divers signes et symptômes car ils
touchent diverses parties de l'organisme.
Pour chacun des signes décrits dans ce chapitre on trouvera un encadré
avec la liste de certaines des substances chimiques courantes qui
peuvent les provoquer. Pour ne pas surcharger ces listes, certains
noms regroupent des entités chimiques (par exemple: atropiniques) au
lieu de donner le nom de chacune d'entre elles. Les noms utilisés ici
sont les mêmes que dans la Partie 2, de façon que l'on puisse vérifier
dans cette dernière quelles sont les substances qui appartiennent à un
groupe donné. Ces listes ne sont pas exhaustives et il est donc
possible qu'une personne présentant un des signes ou symptômes évoqués
ait été intoxiquée par une substance ne figurant pas dans une liste.
Ne pas s'attendre à ce qu'un malade présente tous les signes et
symptômes figurant dans la liste se rapportant à un poison donné. Les
manifestations dépendent souvent de la gravité de l'intoxication. Par
exemple, l'alcool éthylique peut entraîner une perte de connaissance,
mais toutes les personnes présentant une intoxication éthylique ne
sont pas forcément dans le coma. Elles peuvent être simplement en état
d'ébriété, titubantes et bavardes.
Se souvenir que la victime a pu prendre plusieurs substances toxiques.
Ce que l'examen ne peut révéler
Sans indice sur la nature du poison, il est peu probable que l'examen
permette d'identifier un poison particulier, parce que de nombreuses
substances engendrent des signes et symptômes analogues. Toutefois, si
l'on pense savoir de quelle substance il s'agit et ce qui s'est passé,
on peut le vérifier en comparant les signes et symptômes présentés par
la victime à ceux énumérés dans la Partie 2 de ce manuel pour la
substance en question.
Il peut être difficile de dire, d'après le seul examen, si une victime
a été intoxiquée ou si elle souffre d'une autre maladie ou d'un
traumatisme, et ceci pour diverses raisons:
-- de nombreux poisons provoquent des signes et symptômes qui
ressemblent à ceux de maladies ou de traumatismes.
-- il arrive parfois qu'un sujet soit intoxiqué et présente en même
temps une maladie ou un traumatisme.
C'est pour cette raison que, lorsqu'on examine le patient, il est
important de demander s'il souffre ou a souffert d'une maladie
quelconque et de rechercher des traces de coupures ou d'ecchymoses et
autres signes de traumatisme.
La victime ne présente aucun signe ni symptôme
Une personne qui semble en bonne santé peut très bien ne pas avoir été
intoxiquée. Se souvenir que l'exposition à un poison ne se soldera pas
par une intoxication si la dose qui pénètre dans l'organisme n'est pas
toxique (voir chapitre 1).
Quelqu'un qui a été intoxiquépeut sembler bien parce qu'il est trop
tôt pour que le poison ait agi. Il faut à certains poisons plusieurs
heures pour manifester leurs effets. Par exemple, quelqu'un qui prend
une dose toxique de paracétamol peut se sentir bien pendant les 48
heures qui suivent. Il est donc important de demander ce qui s'est
passé et à quand remonte l'exposition.
Comment procéder à l'examen d'une victime et reconnaître les signes
et symptômes qu'elle présente
Procéder à l'examen comme indiqué dans ce chapitre. Tout en examinant
la victime, noter tout ce que l'on observe en indiquant la date et
l'heure. Tout en s'occupant du patient, vérifier à intervalle régulier
son état général et noter toute modification des signes et symptômes
qu'il présente au moment où on les remarque. Communiquer ces
observations au médecin à qui l'on confie le malade.
Parler à la victime
Si la personne est consciente et peut répondre à des questions, lui
demander:
Ce qui s'est passé
Essayer de savoir:
-- de quel poison il s'agit;
-- s'il a été ingéré, inhalé, injecté ou en contact avec la peau ou
les yeux, ou si la personne a été mordue ou piquée;
-- à quand remonte l'intoxication. Vient-elle de se produire ou
s'est-elle produite il y a plusieurs heures, voire plusieurs
jours ?
-- la durée de l'exposition; par exemple, si la personne a inhalé
une substance toxique, durée de l'inhalation, ou si la substance
a été renversée sur la peau ou les vêtements, temps qu'il a fallu
à la personne pour se laver ou retirer ses vêtements.
-- si la personne se sent mal, depuis combien de temps.
Lui demander si elle est tombée ou si elle s'est blessée; si elle
connaît quelqu'un d'autre de sa famille, du village ou à son lieu de
travail qui a présenté la même maladie.
Parfois, la victime peut dire ce qui s'est passé. Par exemple, les
gens savent en général s'ils ont été mordus ou piqués par un animal et
ils avoueront souvent avoir pris une dose excessive de médicament. Il
arrive aussi qu'ils disent avoir été rendus malades par un produit
chimique ou un pesticide qu'ils ont utilisé.
Dans certains cas, les gens ne savent pas ce qui s'est passé. Par
exemple, les personnes intoxiquées par l'oxyde de carbone ne savent
pas ce qui les a rendues malades car il s'agit d'un gaz inodore et
invisible. Par ailleurs, les gens peuvent ne pas faire le lien entre
leur maladie et le fait d'avoir employé un produit chimique ou un
pesticide.
Même si les gens savent ce qui s'est produit, ils ne sont pas toujours
capables de dire grand chose concernant la substance toxique. Les gens
utilisent souvent des produits chimiques ou prennent des médicaments
sans savoir ce qu'ils contiennent. Même s'ils vous donnent le flacon,
l'étiquette ne donne pas forcément des indications sur son contenu.
Les gens qui ont été mordus par un serpent ne savent pas forcément de
quelle espèce il s'agit et n'en donnent pas toujours une description
assez fidèle pour qu'on puisse l'identifier. Parfois les gens qui
croient connaître les plantes et champignons sauvages se trompent dans
leur identification.
Il arrive que les gens ignorent quelle quantité de poison ils ont
absorbée. Par ailleurs, ceux qui prennent un poison pour attenter à
leurs jours ne comptent pas forcément le nombre de comprimés ni ne
mesurent la quantité de liquide absorbés.
Certaines personnes ne voudront peut-être pas dire la vérité et
mentiront sur ce qu'elles ont pris. Un enfant trop effrayé hésitera à
dire la vérité.
La personne peut être hébétée, en état de choc ou de confusion et
incapable de répondre correctement. Les victimes inconscientes ne
diront rien et les enfants peuvent être trop jeunes pour parler ou
comprendre ce qu'on leur dit.
Par la suite, on peut en savoir plus sur ce qui s'est passé en
interrogeant l'entourage et en recherchant des indices (voir chapitre
8), mais il faut en premier lieu examiner la victime.
Quels sont les symptômes qu'elle présente
Lui demander si elle a mal, où elle a mal, si elle a froid, chaud,
soif, si elle se sent faible, si elle a des nausées, des vertiges ou
des syncopes. Lui demander depuis combien de temps elle présente ces
symptômes et si elle a perdu connaissance ou s'est endormie.
Un sujet qui présente un état de confusion peut être:
-- agité et effrayé;
-- incapable de se souvenir du jour ni de l'époque de l'année, ni
même de l'endroit où il se trouve;
-- incapable de penser ni de se souvenir;
-- sujet à des hallucinations, ce qui signifie qu'il voit des choses
irréelles ou a des sensations irréelles, comme le fait de sentir
des fourmis lui courir sur le corps.
Substances chimiques pouvant entraîner confusion et hallucinations
Médicaments: aminophylline, amitriptyline et autres antidépresseurs
tricycliques, antihistaminiques, atropiniques, dapsone, éphédrine,
insuline, propranolol et autres ß-bloquants, pseudoéphédrine.
Drogues: amphétamines, cannabis, cocaïne.
Pesticides: chlorophénoxyacétate (herbicides), organophosphorés et
carbonates (pesticides).
Autres substances chimiques: camphre, huile camphrée, éthanol,
térébenthine et autres essences volatiles.
Le malade peut ne pas vous entendre. Une intoxication par l'aspirine
ou la quinine peut provoquer des tintements d'oreilles ou une surdité.
Rechercher des signes d'intoxication
Dans cette section on indique comment examiner un patient à la
recherche de certains signes courants d'intoxication:
-- perte de connaissance,
-- modifications au niveau de la peau, de la respiration, du pouls,
de la température, des yeux, ou du comportement,
-- vomissements et diarrhée,
-- déshydratation,
-- anurie,
-- convulsions,
-- signes de lésion hépatique.
Comportement de la victime
Certains poisons rendent les victimes agitées, hyperactives ou
agressives. On peut également rencontrer ce phénomène lorsque
quelqu'un arrête soudainement la drogue ou l'alcool après en avoir
pris pendant longtemps (syndrome de sevrage).
Substances chimiques pouvant engendrer suractivité, agitation ou
irritabilité
Médicaments: aminophylline, atropiniques, chlorpromazine et autres
phénothiazines, éphédrine.
Drogues: amphétamines, cocaïne.
Un comportement étrange peut être le signe d'une toxicomanie, ou d'une
maladie mentale.
Victime inconsciente
Une personne qui perd connaissance peut paraître très somnolente et
n'être capable que de répondre par oui ou par non aux questions, ou
d'obéir à des ordres simples tels qu'«ouvrez les yeux» ou «levez le
bras». Elle peut ensuite rapidement sombrer dans l'inconscience.
L'inconscience est un signe d'affection grave. Se souvenir qu'il faut
mettre une personne inconsciente dans la position latérale de sécurité
pour éviter que sa langue n'obstrue les voies aériennes.
Essayer de savoir si la victime a perdu brutalement connaissance, ou
si au contraire elle est progressivement tombée dans un état de
somnolence et s'est endormie. La plupart des poisons entraînent une
perte de conscience progressive après ingestion.
Substances chimiques pouvant provoquer une perte de connaissance
Médicaments: amitriptyline et autres antidépresseurs tricycliques,
antihistaminiques, atropiniques, barbituriques, carbamazépine,
chloroquine, chlorpromazine et autres phénothiazines, médicaments de
type chlorpropamide, diazépam et autres benzodiazépines, insuline,
méprobamate, quinidine, quinine, sels de fer, valproate de sodium.
Autres substances chimiques: benzène, cyanure, éthanol,
éthylèneglycol, méthanol, oxyde de carbone, tétrachlorure de carbone,
toluène, trichloroéthane, trichloroéthylène, xylène.
Beaucoup d'autres médicaments et produits chimiques pris en grande
quantité.
Les autres causes communes de coma sont les traumatismes crâniens, les
syncopes, les hémorragies massives, les crises cardiaques, les
accidents cérébrovasculaires, le manque d'air, l'épilepsie, les
convulsions et le diabète.
Ce coma sera probablement dû à un traumatisme crânien si le patient
présente également l'un quelconque des signes suivants:
-- saignement de nez ou d'oreille,
-- ecchymoses ou coupures sur le corps ou la tête,
-- pupilles de diamètres différents.
Examen de la victime
A-t-elle l'air malade ou affaiblie? Examiner les vêtements de la
victime pour voir s'ils sont humides ou tachés par des produits
chimiques, de l'urine ou des vomissures. Examiner les vomissures pour
y rechercher des traces de sang, des fragments de comprimés, de
plantes ou d'aliments.
Examen de la peau
Les coupures, égratignures, contusions, ou saignements peuvent
indiquer une origine traumatique.
Les contusions peuvent être dues à une chute. Le sujet a peut-être eu
des étourdissements, des troubles de l'équilibre, ou s'est peut-être
trouvé dans un état de somnolence intense à la suite de l'absorption
d'alcool ou de médicaments.
Des entailles à la face interne des poignets ou au niveau de la gorge,
sont les signes d'une tentative de suicide et des cicatrices à ces
endroits-là indiquent une tentative antérieure.
Des marques sur les avant-bras au niveau de la saignée, ou au niveau
des chevilles et du creux poplité, avec des veines enflées, des
ulcères et des abcès, indiquent qu'on est en présence d'un toxicomane.
Des brûlures et des taches ont pu être provoquées par des liquides
corrosifs ou irritants. Quelqu'un ayant travaillé avec un produit
chimique peut présenter des brûlures sur les jambes, les bras, la
poitrine, le dos ou les pieds. Un sujet qui aura ingéréune substance
corrosive peut présenter des brûlures et des taches sur le menton, les
lèvres et la poitrine si le liquide a dégouliné d'une bouteille.
Des cloques ou des rougeurs sur les côtés des doigts, des chevilles,
des genoux, des épaules ou d'autres parties du corps montrent que le
sujet est resté inconscient dans la même position pendant plusieurs
heures.
Des éruptions cutanées squameuses peuvent être provoquées par le
contract avec des substances irritantes, comme les pesticides, ou la
manipulation de plantes irritantes. Certaines maladies, et parasitoses
peuvent également provoquer des éruptions.
Certains médicaments peuvent rendre la peau rose et chaude. Si le
sujet a la peau noire ou brune, le toucher et regarder ses mains et
l'intérieur des lèvres.
Si la peau, le dessous des paupières et l'intérieur des lèvres sont de
couleur bleue, cela signifie qu'il n'y a pas suffisamment d'oxygène
dans le sang. En général, cela indique un trouble respiratoire, mais
certains produits chimiques peuvent donner une couleur bleue à la
victime, même en l'absence de tout problème respiratoire. S'il s'agit
d'une personne ayant la peau noire ou brune, cette coloration sera
plus difficile à déceler, mais la victime aura les lèvres, les ongles
et le dessous des paupières inférieures bleus et la peau terne. Une
telle coloration bleue de la peau est un signe de gravité.
Une coloration jaune de la peau peut être due à une jaunisse ou à des
colorants chimiques. La jaunisse est engendrée par des lésions
hépatiques. Ces lésions hépatiques peuvent être dues à une
intoxication, à une infection, ou à des problèmes sanguins. Le blanc
des yeux est alors également jaune. Après une intoxication, il peut
s'écouler jusqu'à 48 heures avant que la peau ne jaunisse.
Certaines substances jaune ou orange colorent la peau. Le médicament
appelé rifampicine colore la peau (coloration qui disparaît au
lavage), les urines, les selles, les larmes et le blanc des yeux en
rouge-orange.
Substances chimiques pouvant colorer la peau
peau rose et chaude: amphétamines, atropiniques et borax.
peau colorée en jaune par une jaunisse: paracétamol,
pentachlorophénol, sels de fer, trichloroéthylène, tétrachlorure de
carbone et certains champignons vénéneux.
taches jaunes ou oranges: dinitrophénol, dinoseb,
dinitro-orthocrésol (DNOC) rifampicine (la couleur part au lavage).
coloration bleue de la peau: chlorate de sodium, dapsone,
naphthalène, nitrite de sodium, paradichlorobenzène, phénol.
Aspect de la peau
Les poisons peuvent provoquer des sueurs profuses au même titre que
les infections, l'état de choc, la crise cardiaque et l'hypoglycémie
chez un diabétique.
Certaines substances rendent la peau chaude et sèche. On peut
également avoir la peau chaude et sèche parce que l'on est dans un
endroit très chaud, ou à cause d'une affection fébrile.
Examen de la bouche
* La présence de brûlures et de taches à l'intérieur de la bouche
et de la gorge montre que le sujet a avalé une substance
corrosive ou colorée.
* La présence de fragments de comprimés dans la bouche montre que
le sujet a avalé des médicaments.
* Des comprimés, des baies ou des liquides colorés coloreront la
langue.
* La présence de morceaux de feuilles ou de baies dans la bouche
montre que le sujet a peut-être mangé une plante vénéneuse.
Haleine de la victime
De nombreuses substances donnent une odeur particulière à l'haleine,
même avalées en faible quantité. On peut sentir l'alcool sans être en
état d'ébriété.
Souvent, les gens associent alcool et autres poisons. Si le sujet sent
l'alcool, rechercher également les signes d'une autre intoxication.
Rechercher en outre des signes de traumatisme crânien.
Substances chimiques pouvant donner une odeur particulière à l'haleine
Alcool éthylique, camphre, huile camphrée, cyanure, essence, pétrole
lampant, salicylate de méthyle, tétrachlorure de carbone, toluène,
trichloroéthylène, essence de térébenthine et autres essences
volatiles, ainsi que de nombreux pesticides.
Respiration de la victime
* Le sujet respire-t-il plus ou moins profondément qu'il n'est
normal ?
* Sa respiration est-elle plus bruyante qu'il n'est normal ?
* Sa respiration est-elle difficile ?
Compter le nombre de respirations par minute. Si le sujet voit ce que
l'on fait, il peut avoir tendance à respirer plus vite et il vaut
mieux compter les respirations après avoir pris le pouls, tout en
tenant le poignet. Toujours compter pendant une minute entière.
La plupart des adultes respirent 12 à 18 fois par minute, les enfants
et les nourrissons respirant 20 à 30 fois par minute. On respire plus
vite en faisant de l'exercice, si l'on est excité ou bouleversé; on
respire plus lentement lorsqu'on dort ou qu'on se repose.
Dans la plupart des cas, les troubles respiratoires sont graves et la
vie du patient peut alors être en danger.
Une respiration lente et irrégulière ou rapide et superficielle peut
être due à une intoxication, au fait que des substances comme des
vomissures ou du pétrole lampant ont pénétré dans les poumons, ou à un
coma, un traumatisme crânien, un accident cérébrovasculaire, un oedème
pulmonaire (voir plus bas), une infection pulmonaire, de l'asthme ou à
un diabète.
Une respiration bruyante accompagnée de gargouillements ou de
ronflements peut indiquer que la gorge est encombrée et ne laisse pas
passer suffisamment d'air. La gorge peut être obstruée par des
aliments ou par un corps étranger. En cas de brûlure, elle enfle et
empêche le passage de l'air. Chez un sujet inconscient, la gorge peut
être obstruée par la langue, des vomissures ou de la salive si le
sujet n'est pas dans la position latérale de sécurité.
Une toux ou une respiration sifflante peuvent être dus à des gaz
irritants, de la fumée ou des poussières. Le sujet peut également
ressentir des picotements ou une douleur sévère dans les yeux et le
nez. Le pétrole lampant et les liquides du même type provoquent toux
et suffocation en cas d'ingestion. Parmi les autres causes de toux et
de respiration sifflante figurent les infections pulmonaires et le
fait de fumer (cigarette).
Substances chimiques pouvant modifier la respiration
Respiration superficielle
Médicaments: amitriptyline et autre antidépresseurs tricycliques,
antihistaminiques, atropiniques, barbituriques, chloropromazine et
autres phénothiazines, diazépam et autres benzodiazépines,
méprobamate.
Pesticides: carbamates et insecticides organophosphorés.
Autres substances chimiques: éthanol, oxyde de carbone.
Respiration lente ou irrégulière
Médicaments: opiacés.
Pesticides: carbamates et insecticides organophosphorés.
Respiration rapide
Médicaments: aminophylline, aspirine et autres salicylates, cocaïne,
chloroquine.
Pesticides: dinoseb, DNOC, pentachlorophénol, pesticides
organochlorés.
Autres substances chimiques: alcool éthylique, éthylèneglycol,
méthanol, oxyde de carbone (au début), phénol.
OEdème pulmonaire
L'oedème pulmonaire est caractérisé par le fait que les poumons se
remplissent de liquide, empêchant le sujet de respirer correctement.
L'oedème pulmonaire est une affection très grave qui peut mettre la
vie du sujet en danger. Les signes d'oedème pulmonaire sont les
suivants:
-- respiration rapide (20 à 40 par minute), souvent bruyante
-- toux accompagnée de crachats mousseux; le sujet a de la mousse
aux lèvres et un bruit de gargouillis dans la gorge
-- peau de couleur grise ou bleue
-- pouls rapide
-- sueurs profuses
-- anxiété et peur
-- en écoutant à l'aide d'un stéthoscope ou en mettant l'oreille sur
la poitrine du sujet, on entend des râles sous-crépitants
-- la position couchée à plat est inconfortable pour le sujet.
Certaines substances provoquent un oedème pulmonaire au bout de
quelques minutes, d'autres au bout de plusieurs heures. Au fur et à
mesure que le sujet se fatigue, sa respiration se ralentit et peut
même s'arrêter.
D'autres maladies, telles que les maladies cardiaques, peuvent
provoquer un oedème pulmonaire, mais d'une autre nature.
Substances chimiques pouvant provoquer un oedème pulmonaire
Médicaments: aspirine et autres salicylates, chlorpromazine et autre
phénothiazines, opiacés.
Pesticides: carbamates et insecticides organophosphorés, dinoseb,
DNOC, paraquat, pentachlorophénol.
Autres substances chimiques: distillats de pétrol, essence de
térébenthine et autres essences volatiles, éthylèneglycol, gaz
irritants.
Pouls de la victime
Le coeur est une pompe. Il envoie le sang dans les vaisseaux sanguins.
Chaque fois que cette pompe envoie du sang, une onde de pression
parcourt les vaisseaux sanguins. C'est ce qu'on appelle le battement
cardiaque ou le pouls. On peut le sentir partout où les vaisseaux
sanguins sont situés non loin de la surface de l'organisme, en
appuyant légèrement ces derniers sur un os.
Avoir sous les yeux une montre avec trotteuse. Pour prendre le pouls
au poignet, appuyer légèrement sur le poignet du sujet deux doigts de
la main droite, en arrière du pouce (Fig. 38). On doit sentir un
battement régulier; c'est le pouls. Compter les battements pendant une
minute entière en regardant la montre. Le nombre de battements
comptés en une minute est la fréquence du pouls.
Chez l'enfant et le bébé, essayer de prendre le pouls à la face
interne du bras, entre le coude et l'épaule. En mettant le pouce sur
la face externe du bras, appuyer doucement l'index et le majeur dans
le sillon intermusculaire jusqu'à ce que l'on sente le pouls. Il est
parfois plus facile de percevoir directement les battements de coeur
au côté gauche de la poitrine.
Un pouls normal est régulier et fort. Chez l'adulte, la fréquence du
pouls se situe entre 60 et 80 par minute. Chez le jeune adulte en
bonne santé elle peut être plus basse (50 à 60 par minute), et chez le
nourrisson elle est plus élevée (120 par minute). La fréquence du
pouls est inférieure à la normale pendant le sommeil et supérieure à
la normale en cas d'excitation ou d'agitation; prendre donc le pouls
lorsque la personne est au repos.
Noter si le pouls est:
-- rapide ou lent.
-- fort ou faible, ou avec des pulsations plus fortes que d'autres.
-- régulier, c'est-à-dire que chaque pulsation est séparée de la
suivante par le même laps de temps; ou irrégulier, c'est-à-dire
qu'il y a des pulsations manquées et qu'il est impossible de
battre le pied en mesure avec le pouls.
Si le pouls est très irrégulier au poignet, compter les battements
cardiaques en écoutant au niveau du coeur. On entend les battements en
posant l'oreille sur le mamelon gauche. La fréquence peut être plus
élevée à ce niveau, car on entend des battements qui étaient trop
faibles pour être perçus au niveau du poignet.
Noter ce que l'on trouve.
Une modification du pouls peut indiquer que le sujet est gravement
atteint.
Les poisons peuvent entraîner un ralentissement ou une accélération du
pouls. Toute intoxication grave peut toucher le coeur et le pouls
devient alors irrégulier ou très lent et peut même s'arrêter
complètement.
Substances chimiques pouvant provoquer un ralentissement du pouls
Médicaments: barbituriques, digitaliques, digitoxine, digoxine,
méprobamate, opiacés, propranolol et autres ß-bloquants.
Pesticides: carbamates et insecticides organophosphorés.
Un pouls rapide et faible peut être dû à un état de choc, à une
hémorragie, à une crise cardiaque, à un coup de chaleur ou à de la
fièvre.
Un pouls rapide et fort peut être dû à un coup de chaleur, à un
accident cérébrovasculaire ou à une maladie cardiaque.
Substances chimiques pouvant provoquer une accélération du pouls
Médicaments: aminophylline, amitriptyline et autres antidépresseurs
tricycliques, antihistaminiques, aspirine et autres salicylates,
atropiniques, éphédrine et pseudoéphédrine, isocarboxazide et autres
inhibiteurs de la monoamine-oxydase.
Drogues: amphétamines, cannabis, cocaïne.
Pesticides: arsenic, herbicides au chlorophénoxyacétate, DNOC,
dinoseb, pentachlorophénol.
Autres substances chimiques: oxyde de carbone (au début).
Un pouls lent peut être causé par un abaissement de la température
corporelle.
Température de la victime
Il est conseillé de prendre la température de la victime, même si elle
ne paraît pas avoir de fièvre. Si elle est très malade, prendre sa
température toutes les 3 à 4 heures.
Si l'on ne dispose pas d'un thermomètre, prendre la température en
mettant le dos de la main sur le front du sujet, l'autre main étant
sur son propre front. Le front d'une personne ayant de la fièvre
paraît plus chaud. S'il paraît plus frais, le sujet présente peut-être
une baisse de température corporelle.
Un thermomètre peut servir à prendre la température dans la bouche,
sous l'aisselle, à l'aine, ou dans le rectum. Ne pas prendre le même
thermomètre pour le rectum que pour la bouche ou l'aisselle. Toujours
prendre un thermomètre à bout rond pour la température rectale, afin
de ne pas endommager la muqueuse.
Pour prendre la température:
* S'assurer que dans le thermomètre la colonne de mercure est au-
dessous de 35°C. Si ce n'est pas le cas, secouer le thermomètre
jusqu'à ce que la colonne soit descendue suffisamment.
* Si le sujet est conscient, lui mettre la cuvette du thermomètre
dans la bouche, sous la langue, pendant 2 minutes.
* Si le sujet est en état d'ébriété, agité ou confus et risque de
mordre le thermomètre, le lui mettre sous l'aisselle et croiser
fermement le bras sur la poitrine pendant 5 à 10 minutes.
* Si le sujet est inconscient, prendre un thermomètre rectal et
l'enfoncer doucement de 5 cm dans le rectum; le laisser 2 minutes
en place avant de le lire.
* S'il s'agit d'un enfant, prendre la température sous l'aisselle,
à l'aine ou dans le rectum.
Une température corporelle normale se situe en général entre 36°C et
37°C. La température buccale est de 37,5°C. La température au niveau
de l'aine ou sous le bras est inférieure de 0,5°C et la température
rectale est supérieure de 0,5°C.
Si la température est supérieure à 37,5°C, le sujet a de la fièvre;
plus elle est élevée, plus la fièvre est importante. Une température
supérieure à 39°C est un signe de maladie grave. Cette fièvre peut
être due à une infection ou à une maladie comme le paludisme. Seuls
quelques poisons provoquent de la fièvre.
Substances pouvant entraîner une élévation de la température
corporelle, la peau étant chaude et sèche
Médicaments: atropiniques et antihistaminiques (plus couramment chez
l'enfant que chez l'adulte).
Plantes: plantes contenant de l'atropine.
Substances chimiques pouvant provoquer une élévation de la température
corporelle et des sueurs profuses
Médicaments: aspirine et autres salicylés (plus couramment chez
l'enfant que chez l'adulte), colchicine, éphédrine et pseudoéphédrine,
isocarboxazide et autres inhibiteurs de la monoamine-oxydase.
Drogues: amphétamines, cocaïne.
Pesticides: dinoseb, DNOC, pentachlorophénol.
Autres substances chimiques: naphthalène, phénol.
Une faible température corporelle peut être due à une longue période
de coma, en particulier si le sujet est resté étendu à l'extérieur ou
dans un endroit froid.
Substances chimiques pouvant provoquer un abaissement de la
température corporelle (inférieure à 35°C)
Médicaments: amitriptyline et autres antidépresseurs tricycliques,
barbituriques, chlorpromazine et autres phénothiazines, méprobamate,
opiacés.
Autres substances chimiques: alcool éthylique, oxyde de carbone.
Examen des yeux
Examiner les deux yeux du sujet et regarder si les pupilles sont de la
même taille.
Les recouvrir l'un après l'autre de la main et observer si la pupille
change de taille lorsque la lumière change. Si l'on dispose d'une
lampe de poche, on peut la diriger dans les yeux du sujet et voir si
les pupilles se rétrécissent.
Une assymétrie pupillaire, c'est-à-dire des pupilles qui n'ont pas le
même diamètre peut être due au fait qu'un des yeux a été éclaboussé
par un produit chimique. Si ce n'est pas le cas, un tel phénomène est
généralement le signe d'une affection oculaire ou cérébrale.
Une dilatation des pupilles peut être le signe d'une intoxication,
d'un manque sévère d'oxygène, ou d'une température corporelle très
basse.
Regarder le blanc des yeux. S'il est jaune, cela signifie en général
que le sujet a une jaunisse.
Substances chimiques pouvant entraîner des manifestations oculaires
Pupilles très rétrécies «en tête d'épingle»
Médicaments: opiacés.
Pesticides: carbamates et organophosphorés.
Pupilles dilatées
Médicaments: amitriptyline et autres antidépresseurs tricycliques,
atropiniques, antihistaminiques, carbamazépine, éphédrine,
isocarboxazide et autres inhibiteurs de la monoamine-oxydase, quinine.
Drogues: amphétamines.
Autres substances chimiques: méthanol.
Troubles de la vision
Médicaments: atropiniques, éphédrine et pseudoéphédrine.
Autres substances chimiques: éthanol, méthanol.
Perte de la vue ou cécité complète
Médicaments: chloroquine, quinine.
Autre substance: méthanol.
Autres signes d'intoxication
Vomissements et diarrhée peuvent être causés par presque tous les
poisons. Les autres causes de vomissements accompagnés de diarrhée
sont les infections bactériennes, virales, ou les infestations
parasitaires (vers, paludisme). Les autres causes de diarrhée sont les
suivantes: allergies à certains aliments, effets secondaires de
certains médicaments, tels que les antibiotiques et les laxatifs, ou
le fait d'avoir trop mangé de fruits verts ou d'aliments lourds et
gras. Parmi les autres causes de vomissements on citera l'appendicite
ou l'occlusion intestinale et presque toutes les affections
accompagnées de forte fièvre ou de douleurs sévères, en particulier la
migraine, et les infections hépatiques, auriculaires et cérébrales.
Selles noires. La couleur noire peut être due à du sang intestinal
si l'intestin a été endommagé par des liquides corrosifs. Le charbon
activé colore les selles en noir et les comprimés de fer en noir ou en
vert foncé.
Déshydratation. Vomissements et diarrhée peuvent entraîner une
déshydratation. Une personne qui présente des vomissements ou une
diarrhée perd énormément d'eau. Si elle ne boit pas suffisamment pour
remplacer les pertes, son organisme se déshydrate. On peut se
déshydrater à tout âge, mais la déshydratation est plus rapide et plus
dangereuse chez le jeune enfant. Les brûlés ou les personnes dans le
coma qui ne peuvent boire sont également susceptibles de se
déshydrater.
Signes de déshydratation:
* Le sujet urine très peu ou pas du tout et ses urines sont jaune
foncé.
* Le malade a la bouche et les lèvres sèches. Il peut avoir très
soif (mais les sujets très déshydratés ne s'en plaignent pas
toujours).
* Lorsque l'on pince la peau entre le pouce et l'index, le pli
cutané ainsi formé ne se défait pas immédiatement mais reste
pincé quelques secondes.
* Chez l'enfant, les yeux peuvent être enfoncés.
Une déshydratation très sévère peut entraîner un pouls rapide et
faible, une respiration rapide et profonde, de la fièvre ou des
convulsions.
Le malade n'urine plus. Si une personne n'urine plus, cela peut
signifier:
* Que les reins ne filtrent plus l'urine parce que le sujet est
déshydraté. La personne a perdu beaucoup d'eau à la suite de:
vomissements, sueurs profuses, diarrhée ou brûlure sévère.
* Les reins ne filtrent plus l'urine parce qu'ils ont été
endommagés et ne fonctionnent plus. C'est l'insuffisance rénale.
Elle peut être provoquée par des poisons ou par une maladie. Les
sujets ayant des lésions rénales peuvent présenter des
vomissements et un oedème pulmonaire.
Substances chimiques pouvant entraîner une insuffisance rénale
Médicaments: aspirine et autres salicylés, colchicine,
isocarboxazide et autres inhibiteurs de la monoamine-oxydase, quinine,
rifampicine, sels de fer.
Pesticides: arsenic, chlorate de sodium, dinoseb, dinitrophénol,
DNOC, paraquat, pentachlorophénol, thallium.
Autres substances chimiques: acide borique, camphre, huile camphrée,
essence de térébenthine et autres essences volatiles, éthylèneglycol,
méthanol, naphthalène, phénol, perborate de sodium, tétrachlorure de
carbone.
* Les reins filtrent l'urine mais la vessie ne fonctionne pas; les
muscles vésicaux ne se relâchent pas pour laisser l'urine
s'évacuer. Ne pas confondre ce problème avec une lésion rénale.
Si la vessie est pleine, on doit pouvoir palper une masse
arrondie dans la partie inférieure de l'abdomen. Certains
médicaments empêchent la vidange de la vessie. Cela peut
également se produire lorsqu'une personne a été longtemps dans le
coma.
Médicaments pouvant empêcher la vidange vésicale
Atropiniques, amitriptyline et autres antidépresseurs tricycliques,
antihistaminiques.
Convulsions. Les convulsions sont des mouvements désordonnés que le
sujet ne peut contrôler; ce peuvent être des mouvements saccadés des
membres ou du corps tout entier. Le sujet peut perdre brutalement
connaissance et avoir de l'écume aux lèvres. Plus la crise est longue,
plus elle est dangereuse. Dans les cas graves, le sujet a des
convulsions ininterrompues et a des difficultés à respirer.
Il existe des crises convulsives dans lesquelles d'abord la mâchoire,
puis l'ensemble du corps, se raidissent. Il peut s'agir d'un tétanos.
Les convulsions peuvent être provoquées par une intoxication, un
manque d'oxygène --- dû à une exposition à un poison ou à
l'obstruction des voies aériennes ---, une épilepsie, une méningite,
un accès palustre ou une hypoglycémie diabétique. Les alcooliques ou
les toxicomanes peuvent présenter des convulsions s'ils arrêtent
brusquement de boire ou de se droguer.
Chez le jeune enfant, les convulsions peuvent être dues à une forte
fièvre ou à une déshydratation sévère.
Substances chimiques pouvant provoquer des convulsions
Médicaments: aminophylline, amitriptyline et autres antidépresseurs
tricycliques, antihistaminiques, aspirine et autres salicylés,
atropiniques, chloroquine, colchicine, dapsone, éphédrine et
pseudoéphédrine, insuline et autres antidiabétiques, isocarboxazide et
autres inhibiteurs de la monoamine-oxydase, opiacés, phénothiazines,
propranolol et autres ß-bloquants, quinidine, quinine, sels de fer.
Drogues: amphétamines, cocaïne.
Pesticides: arsenic, carbamates et insecticides organophosphorés,
chlorate de sodium, métaldéhyde, strychnine, thallium.
Autres substances chimiques: acide borique, borax, camphre ou huile
camphrée, détergents cationiques, éthylèneglycol, méthanol, oxyde de
carbone, perborate de sodium.
Les signes de lésion hépatique. Dans l'organisme, le foie est le
lieu où de nombreux poisons sont transformés en substances moins
nocives. S'il y a plus de poison que le foie ne peut en transformer,
le poison résiduel risque d'endommager ce dernier. Les symptômes et
les signes de lésion hépatique ne sont pas visibles pendant les 2 à 3
jours qui suivent l'intoxication. Ce sont:
* Souvent des nausées, des vomissements et de la fièvre, au début.
* Le blanc des yeux, puis la peau peuvent devenir jaunes. Ce sont
les premiers signes caractéristiques de lésion hépatique.
* Le sujet peut présenter des douleurs abdominales.
* Lorsque l'état du malade ne s'améliore pas et que la lésion
s'aggrave, le sujet devient somnolent, puis perd connaissance et
il peut alors mourir en quelques jours.
Substances chimiques pouvant entraîner des lésions hépatiques
Médicaments: paracétamol, rifampicine, sels de fer.
Pesticides: pentachlorophénol, phosphure de zinc et phosphure
d'auluminium.
Autres substances: benzène, camphre ou huile camphrée, phénol,
tétrachloroéthane, tétrachlorure de carbone, toluène, trichloroéthane,
trichloroéthylène, xylène.
Champignons vénéneux.
Signes montrant que le sujet est sévèrement atteint
* Il ne respire pas.
* Sa respiration est sifflante ou bruyante, même après qu'on ait
nettoyé la bouche et mis le sujet dans la position latérale de
sécurité.
* Le sujet est inconscient et ne se réveille pas lorsqu'on lui
pince la main.
* Ses pupilles ne se rétrécissent pas lorsqu'on lui braque une
lampe dans les yeux.
* Son pouls est très lent (inférieur à 50 battements par minute),
très rapide (supérieur à 110 battements par minute), irrégulier,
ou très faible.
* Le sujet présente des convulsions ininterrompues.
* Sa température buccale ou rectale est supérieure à 39°C, ou sa
température axillaire ou inguinale est supérieure à 38°C.
* Il souffre de douleurs abdominales sévères.
* Il montre des signes d'insuffisance rénale.
* Il montre des signes de lésion hépatique.
Tableaux de signes et de symptômes
Certains poisons donnent des tableaux de signes et de symptômes
caractéristiques. Ces tableaux sont souvent appelés syndromes
d'intoxication. Les substances chimiques et les médicaments qui
engendrent certains des syndromes d'intoxication courants figurent
dans le Tableau 7.1.
Tableau 7.1. Syndromes d'intoxication
Poisons Signes et symptômes
Atropine, amitriptyline, sécheresse et chaleur cutanées, fièvre,
antihistaminiques, sensation de soif, sécheresse buccale,
Datura stramonium, pupilles dilatées, pouls rapide,
Atropa belladonna, difficultés à uriner, hallucinations,
certaines sortes de convulsions, respiration superficielle,
champignons perte de connaissance
Insecticides organophosphorés, pupilles rétrécies, salivation,
carbamates, certaines sortes de hypersudation, larmoiement,
champignons vomissements, pouls lent, diarrhée,
convulsions, perte de connaissance
Opiacés pupilles rétrécies, respiration lente, perte
de connaissance, hypothermie, pouls lent
et faible, vomissements
Amphétamines, cocaïne, théophylline pupilles dilatées, fièvre, pouls rapide,
hallucinations, convulsions, anxiété,
hypersudation, bouffées vasomotrices,
hyperactivité, confusion
Barbituriques, diazépam et perte de connaissance, hypotension
médicaments analogues, artérielle, respiration superficielle,
méprobamate hypothermie
Sevrage brutal (arrêt brutal de diarrhée, chair de poule, pouls rapide,
l'alcool, des barbituriques, des larmoiement, bâillements, crampes,
opiacés, du diazépam et médicaments hallucinations, agitation, tremblements
analogues)
CHAPITRE 8 Retracer la suite des événements
Objectifs
A la fin de ce chapitre, on doit être à même de:
1. Retrouver le poison incriminé en présence d'une personne dont on
pense qu'elle a été intoxiquée.
2. Retracer les cironstances dans lesquelles l'intoxication a eu
lieu.
En cas d'intoxication, il est important de savoir ce qui s'est passé.
Il est plus facile pour un médecin de traiter une victime s'il connaît
la substance incriminée et les circonstances dans lesquelles
l'intoxication s'est produite, et le traitement a alors plus de chance
de réussir. Par ailleurs, il sera peut-être possible de prendre des
mesures pour que personne d'autre ne soit intoxiqué dans les mêmes
circonstances.
Il y a deux manières de procéder pour retracer la suite des
événements: interroger l'entourage ou rechercher des indices
permettant de savoir ce qui s'est passé ou de quel poison il s'agit.
Cependant, la priorité est toujours de donner les premiers secours et
de rechercher une aide médicale. Ne jamais différer un transfert à
l'hôpital ou chez un médecin local. On peut passer dix minutes à
interroger les gens et à rechercher le poison s'il est possible de le
faire sans laisser la victime sans surveillance. Il sera peut-être
possible d'y consacrer davantage de temps s'il faut attendre la visite
d'un médecin ou une ambulance. Une fois la victime confiée à un
médecin, on peut toujours retourner sur les lieux pour y rechercher
des indices. Si l'on est deux, pendant que l'un cherche à déterminer
ce qui s'est passé, l'autre peut s'occuper de la victime ou l'emmener
à l'hôpital.
Attention!
Ne jamais laisser la victime seule lorsque l'on interroge l'entourage
ou que l'on cherche le poison.
Ne pas différer la recherche d'une aide médicale.
Il s'agit de rassembler le maximum d'informations concernant:
-- les circonstances de l'intoxication. Le poison a-t-il été ingéré,
inhalé, injecté ou au contact de la peau ou des yeux; ou encore
la victime a-t-elle été mordue ou piquée ?
-- les lieux de l'accident
-- la nature du poison
-- à quand remonte l'intoxication ? Vient-elle de se produire ou
s'est-elle produite il y a plusieurs heures, voire plusieurs
jours ?
-- quelle a été la durée de l'exposition ? Par exemple, si le poison
a été inhalé, durée de l'inhalation ? S'il a été renversé sur la
peau ou les vêtements, laps de temps écoulé avant que la personne
ne se lave ou retire ses vêtements ?
-- le nombre de personnes touchées.
On obtiendra peut-être certains renseignements en interrogeant
l'entourage et on trouvera peut-être des indices indiquant ce qui
s'est passé ou de quel poison il s'agit.
Il peut être utile de prendre des notes en rassemblant ces
informations, de façon à pouvoir se souvenir de tous les faits.
Interroger les gens
La victime
Dans certains cas, la victime saura mieux que quiconque dire ce qui
s'est passé. On s'en est déjà peut-être fait une idée en lui parlant
tout en l'examinant, mais s'il s'agit d'un enfant ou d'une personne
qui présente un état de confusion, on n'apprendra pas grand chose, a
fortiori s'il s'agit d'une personne dans le coma. Par ailleurs, s'il
s'agit d'une personne ayant attenté à ses jours, elle peut vouloir
cacher la vérité.
L'entourage
Il est parfois possible d'en savoir davantage sur ce qui s'est passé
en interrogeant l'entourage. Comparer les différentes versions des
faits à celle de la victime.
Si la victime est un enfant:
* Interroger la (ou les) personne(s) chargée(s) de le surveiller ou
ayant joué avec lui. Quelqu'un a peut-être vu l'enfant boire à la
bouteille une substance chimique, ouvrir un flacon de médicament
ou manger les feuilles d'une plante. L'enfant a-t-il été laissé
seul, même quelques minutes ? Où a-t-il été laissé seul ?
S'il s'agit d'un accident du travail:
* Interroger les employés qui étaient avec la victime. Ils savent
peut-être ce qui s'est passé et quelles substances la personne
utilisait à ce moment-là.
* Interroger le supérieur hiérarchique ou l'infirmière. Ils sauront
peut-être si ce type d'accident s'est déjà produit et quelles
substances chimiques sont employées ou conservées à ce poste de
travail.
Si l'on pense que la victime a délibérément pris un poison:
* Si elle ne peut pas ou ne veut pas dire ce qui s'est passé,
interroger ses amis ou sa famille. Ils sauront peut-être si la
personne était malheureuse ou avait des problèmes.
Si personne ne sait ce qui s'est passé:
* Rechercher si la victime a pu être exposée chez elle ou
professionnellement à une substance chimique ou à un médicament.
Poser à l'entourage les questions suivantes:
-- La victime a-t-elle pris des médicaments ou suivi des
traitements à domicile ? Est-ce qu'un autre membre de la
famille prend des médicaments ? Quels sont les médicaments,
pesticides et produits d'entretien conservés à la maison ?
Où sont-ils rangés ? Sont-ils sous clef ? Si la victime est
un enfant, essayer de savoir s'ils étaient à sa portée.
-- La victime s'est-elle rendue dans un endroit où il y a des
serpents ou des animaux venimeux ?
-- La victime a-t-elle mangé une plante, un champignon ou un
poisson ayant pu être toxique ? Interroger la famille, les
collègues ou les amis ayant pris leurs repas avec la victime
au cours des deux jours précédents. Leur demander ce qu'elle
a mangé. Parmi les personnes ayant pris les mêmes repas, y
a-t-il d'autres malades ?
-- Est-il possible que la victime ait ingéré des aliments
contaminés par une substance toxique ? Les aliments ont-ils
pu être rangés à proximité de produits toxiques comme des
pesticides, dans le magasin, à domicile ou lors d'un
transport ?
-- Utilise-t-elle des substances chimiques, des produits
d'entretien ou des pesticides à son domicile ou
professionnellement ? Où sont rangés ces produits ? Sont-ils
sous clef ou n'importe qui peut-il les utiliser ?
-- La victime a-t-elle utilisé des produits chimiques
récemment, que ce soit à son domicile ou au travail ?
Pendant combien de temps ? Les avait-elle employés
auparavant et de la même façon ? Portait-elle des vêtements
protecteurs lorsque c'était nécessaire ?
-- Y avait-il quelqu'un à proximité qui utilisait un produit
chimique ? Pendant combien de temps ?
Rechercher le poison ou des indices permettant de retracer la
suite des événements
Il arrive parfois que personne ne soit en mesure de dire ce qui s'est
passé et la seule façon de le savoir est alors de rechercher le poison
ou des indices qui pourraient donner une idée sur les circonstances de
l'intoxication.
Même si l'on vous a dit ce qui s'est passé, il peut falloir rechercher
le poison. Si c'est un médicament, un pesticide, un produit
d'entretien ou une substance chimique industrielle, il faut retrouver
le récipient, de façon à vérifier le nom exact du produit sur
l'étiquette et de voir si cette dernière renferme des renseignements
sur la composition du produit. Ne pas se fier aux noms donnés par les
gens; ils peuvent avoir mal lu l'étiquette ou mélanger les noms
chimiques.
Lors des recherches, se munir d'un crayon et d'un carnet, au cas où
l'on trouverait des produits que l'on ne peut emmener, par exemple des
barils de pesticides. Noter soigneusement les renseignements figurant
sur l'étiquette du produit: le nom du produit, celui des substances
chimiques qui le composent, le nom et l'adresse du fabricant et tout
renseignement concernant la conduite à tenir en cas d'intoxication.
Noter tous les symboles, images ou numéros figurant sur l'étiquette.
Ce genre de renseignements peut aider un centre antipoison à
identifier le produit.
Si la personne a été blessée par un animal qui a été capturé ou tué,
demander à le voir. Il est important d'identifier cet animal. Les
serpents et les araignées se reconnaissent à leurs couleurs et à leurs
marques. Les conserver dans un récipient bien fermé, de façon que
personne d'autre ne soit blessé.
Si la personne a mangé une plante ou un champignon sauvage, en
demander un exemplaire de façon à pouvoir l'identifier. Le cas
échéant, demander où il a été trouvé et envoyer quelqu'un de
responsable en chercher.
Ce qu'il faut chercher et où le chercher
Fouiller l'endroit où la personne a été trouvée. Demander aux membres
de sa famille de vous aider à fouiller le domicile. Demander à
l'employeur s'il est possible d'inspecter son poste de travail.
Rechercher:
-- flacons, paquets, boîtes ou autres récipients ayant pu contenir
des comprimés, médicaments, produits ménagers ou pesticides. Lire
les étiquettes de tous les récipients trouvés.
-- bouteilles de boissons remplies de pesticides ou de pétrole
lampant, ayant pu être prises par erreur pour des boissons
gazeuses ou de l'alcool.
-- vieux récipients de pesticides servant à conserver des aliments
ou utilisés comme jouets.
-- brûleurs à combustible liquide défectueux (en général, on
s'aperçoit de leur mauvais fonctionnement s'il y a des traces de
suie près de la prise d'air et du tuyau d'évacuation).
-- serpents et insectes venimeux, plantes vénéneuses; chapelets ou
perles fabriqués à partir de graines.
S'il s'agit d'un enfant:
* Inspecter aussi bien le haut des placards que le bas car l'enfant
a pu grimper sur une chaise ou une table.
* Fouiller la poubelle à la recherche de récipients peut-être pas
totalement vides et de piles miniaturisées.
* Rechercher s'il y a des traces de produits chimiques renversés
sur le sol ou sur les vêtements de l'enfant. Rechercher des
taches ou des flaques de produits. Lorsqu'un jeune enfant essaie
de boire à la bouteille, il renverse souvent une partie du
liquide.
* Rechercher des comprimés sur le sol, et une coloration ou des
morceaux de comprimés dans la bouche de l'enfant. Regarder si les
boîtes des médicaments de l'enfant ont été ouvertes.
* Rechercher des produits ménagers ou des pesticides dans des
bouteilles ouvertes, des pots, des tasses ou des seaux; par
exemple, du dissolvant à peinture dans un pot ou dans une tasse,
une lessive ou un autre produit de nettoyage dans un seau d'eau,
du raticide dans un plat à même le sol.
S'il s'agit d'un adulte:
* Rechercher des traces de substances toxiques sur les vêtements ou
la peau de la victime, et des morceaux de comprimés, de plantes
ou d'aliments dans les vomissures ou dans la bouche.
* Fouiller les poches de la victime, fouiller la pièce dans
laquelle elle a été trouvée, ainsi que les corbeilles à papier
qui s'y trouvent.
* Rechercher des comprimés, des médicaments, des pesticides, ou des
produits ménagers. Chercher une seringue, dont la présence peut
signifier que le sujet est un toxicomane qui vient de s'injecter
une drogue. Chercher un mot expliquant les motifs d'un suicide.
Attention, certaines personnes prennent soin de ne laisser aucune
trace du poison qu'elles ont pris. D'autres ne disent pas la vérité.
Ce qu'il y a lieu de faire ensuite
Au moment de téléphoner à l'hôpital ou au centre antipoisons, se munir
des produits chimiques, médicaments, plantes ou animaux, ou des notes
que l'on a prises, de façon à pouvoir les décrire avec exactitude et
lire les étiquettes des produits. Expliquer ce qui s'est passé et
décrire l'état de la victime.
Lorsque cette dernière est emmenée à l'hôpital, s'assurer que l'on
emmène également les produits chimiques, médicaments, plantes ou
animaux trouvés (si c'est possible), ainsi que les notes qui ont été
prises.
CHAPITRE 9 Prise en charge des intoxications en-dehors de l'hôpital
Objectifs
A la fin de ce chapitre, on doit être à même de:
1. Décider de ce qu'il y a lieu de faire lorsque quelqu'un a ingéré
un poison;
2. Expliquer dans quelles circonstances une personne qui a avalé un
poison peut sans danger:
--- boire de l'eau;
--- recevoir un émétique;
--- prendre du charbon activé.
Expliquer dans quelles circonstances il est dangereux de donner à
une victime quoi que ce soit par voie buccale ou de la faire
vomir.
3. Décider dans quelles circonstances il est utile et sans danger de
donner un laxatif à une personne que l'on croit intoxiquée.
4. S'occuper d'une victime jusqu'à son arrivée à l'hôpital et de
savoir que faire en cas de:
--- diarrhée sévère
--- vomissements prolongés
--- anurie
--- perte de connaissance
--- hypothermie
--- fièvre
--- lésion hépatique
--- oedème pulmonaire.
Ce chapitre indique comment une personne sans formation médicale peut
s'occuper d'une victime d'une intoxication en l'absence de médecin.
Si la victime peut être conduite chez un médecin ou à l'hôpital dans
les deux heures, il vaut mieux l'y conduire sans retard plutôt que de
faire ce qui suit, sauf peut-être lui donner de l'eau à boire.
Les gestes décrits dans ce chapitre ne sont pas des premiers secours.
Il vaudrait mieux qu'ils soient faits sous la supervision directe d'un
médecin. Ne les faire que lorsqu'il est impossible d'emmener la
victime chez un médecin ou à l'hôpital en moins de deux heures.
Dans la mesure du possible, contacter un médecin ou un centre
antipoison par téléphone avant de commencer. Ces gestes peuvent
parfois s'avérer dangereux et il n'est pas toujours facile de savoir
si la victime en tirera avantage.
Noter tout ce que l'on fait et toute modification de l'état de la
victime, accompagnés de l'heure et de la date. Transmettre ces notes
au médecin lorsqu'on lui confie la victime.
Ce qu'il faut faire en cas d'ingestion d'un poison
Ne rien donner par voie orale si:
-- la victime est inconsciente, somnolente ou présente des
convulsions: elle risque de s'étrangler.
-- la victime ne peut déglutir. Ne pas la forcer à boire. Si elle a
avalé une substance corrosive et a des brûlures dans la bouche,
il lui sera impossible de déglutir. En pareil cas, l'eau
n'apportera aucune amélioration et peut même aggraver les
lésions.
Si la victime est consciente, lui demander de se rincer la bouche
plusieurs fois à l'eau froide. Lui donner de petites gorgées d'eau si
elle veut boire.
Ne pas la faire boire trop: elle risque de vomir, ce qui est parfois
dangereux.
Si on a l'intention de faire vomir la victime ou de lui donner du
charbon activé (voir plus bas) ne pas la faire boire beaucoup
auparavant, car le poison risque de quitter l'estomac plus rapidement
et toutes les mesures prises pour empêcher la substance chimique de
pénétrer dans le sang seront moins efficaces, ce qui aura pour effet
d'aggraver l'intoxication.
Après avoir fait vomir la victime, ou lui avoir donné du charbon
activé ou un laxatif, l'encourager à boire abondamment pour éviter
toute déshydratation. Lui donner fréquemment de petites quantités à
boire pendant la journée. Ne donner ni alcool ni café.
Comment empêcher le poison de parvenir dans la circulation sanguine
Une fois ingéré, le poison va dans l'estomac, puis dans l'intestin
dont il traverse les parois pour parvenir jusqu'à la circulation
sanguine. Il n'y aura aucun effet général tant qu'il n'est pas parvenu
dans la circulation. Si on peut l'en empêcher, au moins en partie, on
évitera peut-être une intoxication grave.
Il y a trois manières d'empêcher un poison de parvenir dans la
circulation sanguine après ingestion:
-- faire vomir la victime
-- lui donner du charbon activé pour fixer le poison et l'empêcher
de traverser la paroi intestinale
-- administrer un laxatif pour accélérer le transit intestinal.
Il est parfois dangereux d'appliquer l'une ou l'autre de ces mesures
et en général il vaut mieux attendre que la victime parvienne à
l'hôpital, si c'est possible.
Toutefois, s'il est utile et sans danger d'appliquer une de ces
mesures, il faut le faire aussi vite que possible, car plus le produit
chimique reste dans l'intestin, plus la quantité qui parviendra dans
la circulation sanguine sera importante et plus l'intoxication sera
grave.
Ainsi, s'il faut plusieurs heures pour parvenir à un centre de santé
ou dans un hôpital, on devra décider si l'un de ces traitements
s'impose et l'appliquer soi-même. Il est par conséquent très important
de bien comprendre dans quelles circonstances ils s'imposent et dans
quelles autres ils sont à proscrire.
Dans chaque cas, avant de décider quoi que ce soit, chercher à en
savoir le plus possible sur le poison et sur les circonstances de
l'intoxication et, dans la mesure du possible, téléphoner à un centre
antipoison, à un hôpital ou à un médecin pour demander conseil.
Provoquer les vomissements
Si l'on fait vomir la victime lorsque le poison est encore dans
l'estomac, une partie de celui-ci ressortira dans les vomissures. Cela
peut permettre d'éviter une intoxication grave.
Ne pas faire vomir la victime si:
-- il est peu probable que la substance provoque une intoxication
-- les vomissements peuvent s'avérer dangereux (voir plus bas)
-- l'ingestion remonte à plus de quatre heures. Un poison ingéré ne
reste que peu de temps dans l'estomac et dans la plupart des cas
aura disparu au bout de quatre heures; il est donc inutile de
faire vomir la victime
-- on ignore quelle substance la victime a ingéré ou les effets
qu'elle peut avoir.
Il est dangereux de faire vomir une victime dans les cas suivants:
* La victime est inconsciente ou très somnolente. Elle ne peut
alors ni déglutir, ni tousser. Si du liquide ou des vomissures
pénètrent dans les voies aériennes, ils risquent donc de les
obstruer ou de pénétrer dans les poumons.
* La victime a ingéré une substance chimique susceptible de
provoquer des brûlures. Les vomissements risqueraient de brûler
la gorge et les poumons.
* La personne a ingéré un distillat de pétrole (pétrole lampant,
essence, white spirit) ou un produit contenant l'une de ces
substances, par exemple, certains pesticides et produits
d'entretien. Les distillats de pétrole peuvent pénétrer dans les
poumons au moment où les vomissures parviennent au sommet des
voies aériennes et entraîner un oedème pulmonaire (si, en plus du
distillat de pétrole, la personne a ingéré un autre produit
encore plus dangereux, par exemple un pesticide liquide dissout
dans le distillat, le médecin préconisera peut-être de faire
vomir la victime parce que le risque présenté par le pesticide
est plus important que le risque d'oedème pulmonaire).
* La victime a ingéré une substance susceptible de provoquer des
convulsions. Le fait de vomir peut déclencher ces convulsions.
Des vomissements pendant une crise convulsive peuvent entraîner
la suffocation, ou le passage de vomissures dans les voies
aériennes et donc l'obstruction de ces dernières.
* La victime a ingéré une substance qui peut entraîner somnolence
ou perte de connaissance. Dans ce cas, elle risque d'être
somnolente ou inconsciente avant de vomir et donc risque de
s'étouffer.
Si l'on sait quel produit la victime a ingéré, chercher quels en sont
les effets en:
-- compulsant la Partie 2 de ce manuel;
-- contactant un centre antipoisons ou un hôpital local.
Il est parfois difficile de décider s'il faut ou non provoquer des
vomissements.
Dans le doute, mieux vaut s'abstenir.
Comment provoquer les vomissements
Faire vomir la victime en lui titillant le fond de la gorge ou en lui
donnant du sirop d'ipéca.
Ne pas donner d'eau salée. Un excès de sel est dangereux. Il est déjà
arrivé que des malades meurent d'intoxication par le sel après en
avoir trop pris pour vomir.
Faire vomir la victime en lui titillant la gorge
La coucher sur le ventre ou la faire asseoir en avant la tête plus bas
que la poitrine pour empêcher les vomissures de pénétrer dans les
poumons. Coucher les enfants sur le ventre sur vos genoux.
Demander à la personne de s'enfoncer les doigts dans la gorge. Si elle
ne peut le faire, toucher légèrement le fond de sa gorge avec le doigt
ou avec un objet arrondi comme une cuillère. Procéder délicatement
pour ne pas endommager la muqueuse. De l'autre main, enfoncer à deux
doigts les joues du malade entre ses dents de façon qu'il ne vous
morde pas le doigt.
Faire vomir la victime en lui administrant du sirop d'ipéca
Administrer du sirop d'ipéca, de la potion pédiatrique émétisante
d'ipéca ou de la formule d'ipéca de l'Adelaïde Children's Hospital. Ne
pas utiliser de l'extrait liquide d'ipéca.
Dose: Adultes: 30 ml (6 cuillères à café ayant une contenance de 5
ml).
Enfants de 6 mois à 12 ans: 10 ml (2 cuillères à café).
Enfants de moins de 6 mois: le sirop d'ipéca est contre-
indiqué.
Puis donner un peu d'eau. Le patient doit vomir dans les 15 à 20
minutes qui suivent. S'il n'a pas vomi au bout de 30 minutes, redonner
une dose de sirop d'ipéca. Ne pas en donner plus de deux doses.
Lorsque le sujet commence à avoir des haut-le-coeur et à vomir,
l'allonger sur le ventre ou le faire asseoir bien en avant, la tête
plus bas que la poitrine pour éviter que les vomissures ne pénètrent
dans les poumons. S'il s'agit d'un enfant, il doit être allongé sur le
ventre sur vos genoux.
Le sirop d'ipéca permet d'éliminer davantage de poison que le simple
fait de chatouiller le fond de la gorge car il fait davantage vomir le
malade. Cependant, il peut être associé à certains problèmes:
* Le sujet peut vomir longtemps et ainsi se déshydrater.
* Les vomissements peuvent n'apparaître qu'au bout d'une heure. Si
le sujet perd connaissance ou a des convulsions entre-temps, il
risque de s'étouffer avec les vomissures.
Une fois que la victime a vomi
Examiner les vomissures. Il est parfois possible d'y repérer de petits
fragments de comprimés, de feuilles ou de baies qui sont peut-être
toxiques. Noter la couleur et l'odeur des vomissures.
En conserver une partie dans un petit récipient fermé et l'emmener à
l'hôpital de façon que le médecin puisse les voir. L'hôpital pourra
peut-être les analyser pour savoir ce que la victime a ingéré.
Administration de charbon activé
Le charbon activé est une fine poudre noire qui se fixe à la plupart
des poisons et permet de les éliminer en les entraînant dans les
selles. Il permet d'empêcher une aggravation de l'état de la victime
et d'éviter une intoxication grave.
Dix grammes de charbon activé fixent 1 g de substance chimique; il est
donc très utile lorsque la dose toxique d'un produit est faible. Le
charbon activé est plus efficace s'il est donné dans les 4 heures
suivant l'ingestion du poison, c'està-dire lorsque ce dernier est
encore en grande partie dans l'estomac. On peut l'administrer après
avoir fait vomir le malade, mais pas avant la fin des vomissements.
Ne pas donner de charbon activé:
* Si le sujet est inconscient, somnolent ou présente des
convulsions, car il risque de s'étouffer si on lui donne quoi que
ce soit à avaler.
* En même temps ou juste avant une dose de sirop d'ipéca, ou de
tout autre médicament administré per os. Le charbon fixerait
l'ipéca ou le médicament et l'empêcherait d'agir.
* En cas d'intoxication par des acides, des bases, de l'acide
borique, de l'éthanol, des médicaments contenant du fer (sulfate
ferreux), du lithium, du méthanol ou des distillats de pétrole.
Comment administrer le charbon activé
Utiliser du charbon activé fourni par un pharmacien ou un médecin. Le
charbon que l'on fait soi-même en brûlant du pain ou du bois n'est pas
le même et n'aura pas le même effet.
Dose: Mélanger 5 à 10 g de charbon activé à 100 à 200 ml d'eau.
Mélanger jusqu'à ce que cela ressemble à une soupe épaisse.
S'assurer que toute la poudre est bien mouillée.
Adultes: 10 g toutes les 20 minutes jusqu'à un maximum de
50 g.
Enfants: 5 g toutes les 20 minutes jusqu'à un maximumde 15 g
ou de 1 g/kg de poids corporel.
Il arrive que les patients vomissent après avoir bu du charbon activé.
En pareil cas, ne pas en redonner. Prévenir le malade, ou ses parents
s'il s'agit d'un enfant, que le charbon colore les selles en noir.
Pour certaines substances toxiques, plusieurs prises de charbon
activéétalées dans le temps permettent de fixer davantage de substance
qu'une dose unique. Si le poison n'est que lentement absorbé au niveau
de l'intestin, des doses supplémentaires de charbon peuvent permettre
d'éliminer ce qui reste de poison dans l'intestin après la première
dose. Administré même après que la substance toxique ait été absorbée
au niveau de l'intestin, le charbon activé peut continuer à fixer la
partie de substance toxique qui repasse du sang dans l'intestin. On
peut administrer des doses répétées de charbon activé en cas
d'intoxication par l'aspirine, la carbamazépine, le phénobarbital ou
la théophylline.
Dose: Adulte: 50 g toutes les 4 heures pendant 2 à 3 jours.
Enfant: 15 g ou 1 g/kg de poids corporel (prendre la dose la
plus faible), toutes les 4 heures pendant 2 à 3 jours.
Le charbon activé peut provoquer une légère constipation. En cas de
doses répétées, associer une dose de laxatif à la première dose de
charbon.
Administration d'un laxatif
On utilise en général les laxatifs pour traiter la constipation, mais
ils peuvent également être employés après ingestion d'un poison pour
accélérer le transit intestinal et faire en sorte que la substance
toxique quitte l'organisme plus rapidement. Un laxatif peut se révéler
utile dans les 24 heures qui suivent l'ingestion d'un poison.
Ne pas donner de laxatif si:
* Le sujet est inconscient, somnolent ou présente des convulsions,
car il risque de s'étouffer si on lui donne quoi que ce soit à
avaler.
* La victime a ingéré une substance corrosive et présente des
brûlures dans la bouche. Dans ce cas, un laxatif risque
d'aggraver les lésions intestinales.
* La victime présente des signes de déshydratation. La diarrhée
peut augmenter les pertes d'eau et aggraver le problème.
* La victime n'urine plus. Cela peut signifier que les reins ne
fonctionnent plus correctement. Les laxatifs peuvent être
dangereux en cas de lésion rénale.
Il existe de nombreux médicaments administrés comme laxatifs pour
traiter la constipation. Le sulfate de magnésium («Epsom salts» des
anglo-saxons), le sulfate de sodium ou le citrate de magnésium sont
les seuls utilisables en cas d'intoxication. On utilisera de
préférence du sulfate de magnésium, qui est par ailleurs le plus
courant.
Dose: N'administrer qu'une seule dose. Mélanger dans un verre
d'eau:
Adultes: 20 à 30 g
Enfants de plus de 2 ans: 250 mg/kg de poids corporel.
Enfants de moins de 2 ans: les laxatifs sont
contre-indiqués.
Prise en charge d'un sujet très malade
Le garder au calme, dans un endroit silencieux et confortable, bien
aéré et clair. Etre attentif à toute modification de l'état du sujet
indiquant qu'il va mieux ou plus mal. Noter quatre fois par jour sa
température, son pouls, et le nombre de respirations par minute.
S'il est conscient et qu'il le peut, l'encourager à boire abondamment.
Lui donner des boissons simples: eau, soupe, bouillie de maïs, eau de
riz. Ne donner ni alcool, ni café. Donner les boissons en petites
quantités, fréquemment tout au long de la journée. Un adulte a besoin
de boire au moins 2 litres de liquide par jour.
Etre attentif à tout signe de déshydratation. Noter les quantités de
liquide bues et le nombre de fois où le malade a uriné ou déféqué.
Garder ces renseignements pour le médecin.
Si le sujet est déshydraté du fait de vomissements, d'une diarrhée ou
de brûlures, le faire boire davantage.
Ne rien donner par voie orale si:
* la victime ne peut déglutir,
* la victime est inconsciente, somnolente ou présente des
convulsions.
Ce qu'il faut faire en cas de diarrhée sévère
La diarrhée peut être utile pour éliminer le poison de l'organisme,
mais si elle est très importante ou dure trop longtemps, la victime
risque de perdre trop d'eau et de se déshydrater. C'est un problème
plus souvent rencontré en cas d'intoxication alimentaire, qu'en cas
d'intoxication par des produits chimiques ou des médicaments. Si de
nombreux poisons entraînent une diarrhée, il est rare qu'elle dure
suffisamment longtemps pour entraîner une déshydratation.
La déshydratation peut survenir à tout âge, mais elle est plus rapide
et plus dangereuse chez le jeune enfant, qui peut perdre très
rapidement de grandes quantités d'eau et mourir en quelques heures.
Si la diarrhée se prolonge, le danger est alors d'avoir une
alimentation insuffisante. Il est très important d'éviter la
déshydratation et la malnutrition en donnant abondamment à boire et à
manger.
La diarrhée peut être très dangereuse dans les cas suivants:
-- s'il s'agit d'un jeune enfant atteint de diarrhée sévère, qui ne
va pas mieux au bout de 24 heures, ou d'un adulte bien nourri qui
ne va pas mieux au bout de 36 heures
-- si le malade est déshydraté et que son état s'aggrave
-- s'il était déjà très malade, faible ou sous-alimenté avant le
début de la diarrhée, ou s'il s'agit d'un sujet très jeune ou
très âgé.
En cas de diarrhée, les médicaments sont à proscrire, en particulier
chez le jeune enfant.
Prévention de la déshydratation
Si l'on donne au malade des liquides en abondance dès le début, les
pertes d'eau ne doivent pas être un problème. En cas de diarrhée
aqueuse, il faut beaucoup boire dès le début de la diarrhée, afin de
remplacer les pertes en eau et en sels minéraux de l'organisme.
Donner des liquides simples --- eau, soupe, bouillie de maïs, eau de
riz ou n'importe quel liquide à disposition que le malade est prêt à
boire. Donner une à deux tasses (200 ml) de liquide après chaque selle
liquide. Si le patient ne veut pas boire, insister gentiment (à moins
qu'il soit incapable de déglutir).
Ne pas interrompre l'alimentation. Lorsque l'on donne de grandes
quantités de liquide pour traiter une diarrhée, poursuivre
l'alimentation sauf si le malade vomit; s'il s'agit d'un bébé, le
laisser au sein. Un bébé, un jeune enfant ou une personne mince,
faible et sous-alimentée, doit manger dès qu'il(elle) le peut. Un
enfant plus âgé ou un adulte bien nourri doit commencer à s'alimenter
au bout de 24 heures.
Traitement de la déshydratation
Si le patient est déjà déshydraté, des liquides simples ne suffiront
pas. Les pertes de l'organisme en sucre et en sels minéraux (sodium,
potassium et bicarbonate) doivent être compensées. Si l'on dispose
d'un sachet de sels de réhydratation orale (SRO), le diluer dans de
l'eau et le donner au malade.
Pour préparer une solution de sels de réhydratation orale:
* Se laver les mains. Verser un litre (ou la quantité mentionnée
sur le sachet) d'eau potable propre dans un récipient propre.
Dans la mesure du possible, utiliser de l'eau bouillie, mais sans
perdre de temps. Verser toute la poudre d'un sachet dans l'eau et
mélanger soigneusement jusqu'à ce que la poudre soit complètement
dissoute. Donner immédiatement de cette solution à boire au
malade. S'il s'agit d'un adulte, en donner au moins 2 litres au
cours des 4 premières heures. S'il s'agit d'un enfant, en donner
75 ml par kg de poids corporel.Continuer à lui en faire boire
fréquemment jusqu'à ce que la diarrhée cesse. Préparer une
solution fraîche de SRO chaque jour, dans un récipient propre que
l'on recouvrira.
Si l'on ne dispose pas de sachets de SRO on peut fabriquer du liquide
de réhydratation en versant deux cuillerées à café de sucre et une
pincée de sel dans une tasse ou un gobelet d'eau. Une telle solution
ne contient pas de potassium, on donnera donc dans la mesure du
possible du jus d'orange, du lait de coco ou un petit peu de banane
mûre écrasée en plus, car ces fruits en contiennent.
Ce qu'il faut faire en cas de vomissements prolongés
Un sujet qui vomit longtemps va perdre beaucoup d'eau et se
déshydrater. Lui donner de l'eau ou n'importe quel liquide qu'il est
prêt à boire. Le faire boire par petites gorgées toutes les 5 à 10
minutes pendant 36 heures ou jusqu'à ce qu'il arrête de vomir.
Continuer à le faire boire, même s'il vomit. Le faire boire en petites
quantités, très fréquemment, à raison de quelques gorgées toutes les
quelques minutes (il ne vomira pas tout ce qu'il ingère).
Ne pas l'alimenter tant qu'il vomit beaucoup.
A l'intention des médecins
En cas de vomissements incoercibles, il convient parfois d'administrer
un médicament de type prométhazine, diphénydramine, ou métoclopramide,
par injection.
Le sujet n'urine plus
Le sujet étant étendu sur le dos, la tête renversée en arrière pour
dégager les voies aériennes, palper la partie inférieure de l'abdomen.
On doit pourvoir sentir un renflement si la vessie est pleine.
La vessie est vide
Si le malade n'urine pas et que sa vessie est vide, cela signifie:
-- qu'il est déshydraté; ou
-- que les reins ont été touchés et ne fonctionnent plus.
Chercher d'autres signes de déshydratation. En cas de déshydratation,
administrer des liquides comme indiqué précédemment.
Pour savoir si les reins fonctionnent:
* Donner des liquides --- eau, thé, soupe, jus de fruit, ou
n'importe quelle boisson sans alcool. (Ne rien donner par voie
orale si la victime est inconsciente ou ne peut déglutir.) La
faire boire par petites gorgées toutes les cinq minutes et noter
les quantités de liquides ingérées. Continuer à la faire boire
souvent et en petite quantité; même si elle vomit, elle ne vomira
pas tout ce qu'elle a absorbé.
* Calculer la quantité d'urine émise en six heures.
-- Si elle est supérieure à 500 ml, les reins fonctionnent.
Continuer à faire boire le patient toutes les cinq minutes
nuit et jour jusqu'à ce qu'il commence à uriner normalement.
Un adulte grand a besoin d'au moins trois litres de liquide
par jour, un jeune enfant d'au moins un litre.
-- Si la quantité d'urine est inférieure à 500 ml les reins ne
fonctionnent pas bien et il est alors dangereux de continuer
à lui faire boire de grandes quantités de liquide. Si les
reins ne fonctionnent pas, donner à boire au malade pendant
les six heures qui vont suivre une quantité égale au volume
d'urine émis au cours des 6 dernières heures, plus 200 ml.
Donner 200 ml de plus s'il transpire beaucoup, (c'est-à-dire
400 ml de plus que la quantité d'urine émise). Continuer à
mesurer le volume d'urine émis. Au bout de six heures, le
mesurer à nouveau et donner à boire au malade pendant les
six heures qui suivent une quantité de liquide égale à ce
volume plus 200 ml. Répéter l'opération jusqu'à ce que le
sujet arrive à l'hôpital.
La vessie est pleine
Si la vessie est pleine on doit pouvoir sentir un renflement à la
partie inférieure de l'abdomen. Si elle est pleine, mais que le malade
n'urine pas cela signifie que les reins fonctionnent mais que la
vessie ne fonctionne pas et ne se vidange pas. Ne rien donner à boire.
S'il est conscient, asseoir le malade dans un bain chaud et lui
demander d'essayer de se détendre et d'uriner. Il n'est pas nécessaire
de mesurer le débit urinaire en pareil cas.
Ce qu'il faut faire si la victime est inconsciente
La mettre dans la position latérale de sécurité. Ne pas la laisser
seule, car si elle se retourne sur le dos sa langue ou des vomissures
peuvent obstruer les voies aériennes.
Vérifier la profondeur du coma, sa respiration et son pouls toutes les
10 minutes jusqu'à ce qu'il montre des signes d'amélioration, puis
toutes les demi-heures. Si la respiration s'arrête, faire un bouche à
bouche ou un bouche à nez et en cas d'arrêt cardiaque pratiquer un
massage cardiaque.
S'assurer que la victime ne peut tomber sur le sol ni heurter un angle
ou une surface durs. Ne pas lui mettre d'oreiller ni aucun autre
coussin près du visage --- ils risqueraient de l'étouffer.
Retourner doucement le sujet en le faisant rouler d'un côté sur
l'autre toutes les trois heures au moins pour éviter les escarres. En
le retournant, lui maintenir la tête en arrière, menton vers le haut,
et ne pas laisser la tête retomber en avant, menton sur la poitrine,
de façon à dégager les voies aériennes et à éviter des lésions du cou.
S'assurer que toutes les articulations ne sont ni complètement tendues
ni complètement repliées. L'idéal est qu'elles soient à demi repliées.
Disposer des oreillers sous et entre les genoux repliés et entre les
pieds et les chevilles.
S'assurer que les paupières sont fermées et qu'elles le restent;
autrement, les globes oculaires risquent de se dessécher. Faire
bouillir de l'eau et la laisser refroidir. Toutes les deux heures,
ouvrir les paupières légèrement et instiller quelques gouttes d'eau
dans le coin de chaque oeil, de façon qu'elles le mouillent
entièrement et s'égouttent de l'autre côté.
On ne peut rien donner à boire à une personne dans le coma. Si celui-
ci se prolonge plus de 12 heures, le malade va se déshydrater si on ne
lui administre pas des liquides par voie intraveineuse ou par voie
rectale.
Ce qu'il faut faire en cas d'hypothermie
Si la température buccale ou rectale tombe au-dessous de 35°C,
recouvrir le corps, la tête et le cou, mais pas le visage, de
couvertures. Si le sujet est conscient, lui donner des boissons
chaudes sucrées. S'il est inconscient, le mettre dans la position
latérale de sécurité. Chauffer la pièce, mais ne pas essayer de
réchauffer le malade auprès d'un feu ou avec des bouillottes. S'il est
très froid, le pouls et la respiration peuvent être très lents. En cas
d'arrêt cardio-respiratoire, faire un bouche-à-bouche et pratiquer un
massage cardiaque. Vérifier le pouls pendant au moins une minute avant
de commencer le massage cardiaque, car il est dangereux de pratiquer
un massage cardiaque chez un sujet très froid si le coeur bat encore.
Ce qu'il faut faire en cas de fièvre
Un malade dont la température buccale est supérieure à 38,5°C doit
être couché, déshabillé et installé sans couverture dans un endroit
frais. Si la température est trés élevée (supérieure à 40°C), il faut
immédiatement l'abaisser. Déshabiller le malade et lui éponger tout le
corps à froid ou le recouvrir d'un drap mouillé froid que l'on
maintiendra humide. Installer un ventilateur jusqu'à ce que la
température tombe à 38,5°C. S'il est conscient, donner au malade de
petites gorgées d'eau froide à boire. Ne pas donner d'aspirine pour
une fièvre due à une intoxication.
Rechercher d'autres causes possibles de la fièvre en dehors de
l'intoxication. Le sujet présente peut-être un accès palustre.
Ce qu'il faut faire en cas de lésion hépatique
Les signes de lésion hépatique sont indiqués au Chapitre 7.
Garder le malade alité et au chaud. S'il est conscient et qu'il peut
déglutir, mélanger au moins deux cuillerées à soupe de sucre dans un
verre d'eau ou de thé et le lui donner à boire, toutes les 2 heures.
Essayer de les lui faire prendre avec du pain ou du riz, même s'il se
sent très mal. Ne pas donner d'aliments contenant des protéines
(viande, poisson, oeufs, lait ou fromage).
Si le patient est somnolent ou inconscient, cela signifie qu'il est
gravement atteint.
Ce qu'il faut faire en cas d'oedème pulmonaire
Un sujet qui présente un oedème pulmonaire ne pourra respirer
correctement. Il s'agit d'une affection très grave qui nécessite
l'hospitalisation et une oxygénothérapie.
S'il est inconscient, mettre le malade dans la position latérale de
sécurité. En cas d'arrêt cardio-respiratoire, faire un bouche-à-bouche
et pratiquer un massage cardiaque.
Si le sujet est conscient, le faire asseoir à 45° en lui mettant des
oreillers dans le dos pour le soutenir. S'il en est capable, il peut
s'asseoir au bord du lit, jambes pendantes.
Tous les patients qui ont eu un oedème pulmonaire doivent rester
alités pendant au moins 48 heures une fois qu'ils semblent
complètement rétablis.
Si les crachats deviennent verts ou jaunes à la suite d'un oedème
pulmonaire, il y a un risque d'infection et un antibiotique est alors
nécessaire.
CHAPITRE 10 Médicaments et matériel
On trouvera dans ce chapitre des propositions relatives aux
médicaments et au matériel de premier secours dont il faut pouvoir
disposer afin de traiter les intoxications et les problèmes connexes
évoqués dans ce manuel.
Le centre antipoisons vous dira quels sont les antidotes et sérums
antivenimeux qu'il faut avoir à disposition et comment les obtenir.
S'il n'y a pas de centre antipoisons dans votre région, posez la
question à la pharmacie de l'hôpital de district.
La quantité de médicaments à conserver dépendra du nombre de personnes
desservies et de la distance à parcourir pour se réapprovisionner.
La trousse de premier secours
1. Conserver tous les médicaments hors de portée des enfants.
2. S'assurer qu'ils sont tous bien étiquetés et que les notices
d'utilisation accompagnent chaque produit. Conserver un
exemplaire du présent manuel au même endroit que les médicaments.
3. Conserver tous les médicaments et fournitures médicales ensemble
dans un endroit propre, sec et frais, à l'abri de la lumière et
des nuisibles (cafards et rats). Certains médicaments doivent
être conservés au réfrigérateur. Protéger les instruments, la
gaze et le coton en les enveloppant dans des sacs en plastique
fermés.
4. Une date limite d'utilisation doit figurer sur les emballages des
médicaments. Ces derniers ne devront pas être employés au-delà de
cette date. Certains d'entre eux peuvent être très dangereux
s'ils sont utilisés après cette date. Vérifier donc cette
dernière sur chaque emballage avant d'utiliser le médicament.
Vérifier régulièrement les médicaments de la trousse. Si la date
de péremption est dépassée ou si le médicament a l'air abîmé, le
détruire et le remplacer.
Médicaments
* Médicaments utiles en cas d'intoxication par voie orale (voir
chapitre 9):
-- sirop d'ipéca pour provoquer les vomissements,
-- charbon activé pour fixer le poison,
-- sulfate de magnésium à utiliser comme laxatif pour accélérer
le transit intestinal; il peut également être employé comme
antidote en cas d'ingestion d'acide fluorhydrique.
* Antidotes pouvant être administrés par une personne sans
formation médicale, en l'absence d'un médecin:
-- gel de gluconate de calcium à étaler sur la peau si celle-ci
a été en contact avec de l'acide fluorhydrique,
-- hydroxyde de magnésium à administrer par voie orale en cas
d'ingestion d'acide fluorhydrique,
-- comprimés de méthionine à administrer par voie orale en cas
d'intoxication par le paracétamol,
-- naloxone, à administrer en injection intramusculaire en cas
d'intoxication par les opiacés.
* Médicaments servant à traiter certains effets de l'intoxication:
-- aspirine, comprimés à 300 mg, contre les douleurs et la
fièvre,
-- crème à l'hydrocortisone, contre les démangeaisons
provoquées par des plantes irritantes,
-- paracétamol, comprimés pour adultes à 500 mg et élixir
pédiatrique, contre les douleurs et la fièvre,
-- solution de réhydratation orale, en sachets, contre la
déshydratation,
-- anatoxine tétanique, à utiliser en cas de morsure de serpent
ou d'araignée, ou de piqûre par un poisson venimeux,
lorsqu'il y a un risque de tétanos.
Matériel de premiers secours
Pour s'occuper de patients ayant été exposés à un poison, mordus par
un serpent ou piqués par une araignée, un insecte ou un poisson, le
matériel suivant est utile:
-- thermomètres à usage buccal,
-- thermomètres à usage rectal,
-- coton hydrophile et pansements,
-- bandes et pansements adhésifs,
-- tasses et cuillères mesures, permettant de donner des doses
exactes de médicaments: 1 l, 1/2 l, 5 ml,
-- seringues et aiguilles (si l'on est capable de pratiquer des
injections),
-- savon, serviettes, brosse à ongles,
-- ciseaux,
-- petite pince à bout pointu,
-- flacons stériles pour conserver les échantillons de sang, d'urine
ou de vomissures,
-- sacs stériles,
-- gants stériles,
-- bloc-notes, crayons et stylos.
Médicaments et antidotes pouvant être administrés par un médecin en
dehors de l'hôpital.
Antidotes
Il ne s'agit pas là d'une liste exhaustive. Elle ne comprend que les
antidotes qui peuvent être administrés en dehors de l'hôpital.
Acétylcystéine: administrée par voie orale en cas d'intoxication par
le paracétamol et le tétrachlorure de carbone. Ne doit être
administrée en injection qu'en milieu hospitalier ou dans un centre
médical équipé pour la réanimation, en cas de réaction allergique.
Acide ascorbique: par voie orale pour traiter la méthémoglobinémie
résultant d'une intoxication par le chlorate de sodium.
Atropine: injectable; intoxication par les carbamates ou les
organophosphorés (insecticides).
Solution de gluconate de calcium: pour injection sous-cutanée en cas
de contact cutané avec de l'acide fluorhydrique.
Déféroxamine (desferrioxamine): injectable; intoxication martiale.
Edétate de dicobalt, solution à 1,5%: injectable; intoxication au
cyanure.
Dimercaprol: en cas d'intoxications arsenicale et saturnine.
4-diméthylaminophénol (4-DMAP), solution à 5%: injectable;
intoxication au cyanure.
DMPS (dimercaptopropanesulfonate): en cas d'intoxication arsenicale
et saturnine.
Hydroxycobalamine, solution à 40%: pour injection intraveineuse en
cas d'intoxication au cyanure.
Méthylthioninium (bleu de méthylène): en cas de cyanose provoquée
par la méthémoglobine dans les intoxications par la dapsone.
Chlorure d'obidoxime: en cas d'intoxication par des insecticides
organophosphorés.
Pénicillamine: en cas d'intoxication saturnine.
Phytoménadione (vitamine K): injectable; intoxication par la
warfarine.
Ferricyanoferrate de potassium (bleu de Prusse) ou ferrocyanure
ferrique: en cas d'intoxication par le thallium.
Mésilate de pralidoxime (P-2-S) ou chlorure de pralidoxime (PAM2):
en cas d'intoxication par les insecticides organophosphorés.
Pyridoxine: pour injection intraveineuse en cas d'intoxication par
l'isoniazide.
Edétate de sodium et de calcium: en cas d'intoxication saturnine.
Hydrogénocarbonate de sodium (bicarbonate de sodium): administré par
voie orale avec du thiosulfate de sodium pour traiter la
méthémoglobinémie consécutive à une intoxication par le chlorate de
sodium.
Nitrite de sodium, solution à 3%: pour injection intraveineuse en
cas d'intoxication au cyanure.
Thiosulfate de sodium, solution à 25%: pour injection intraveineuse
en cas d'intoxication au cyanure; également administré par voie orale
avec de l'hydrogénocarbonate de sodium (bicarbonate de sodium), pour
traiter la méthémoglobinémie consécutive à l'intoxication par le
chlorate de sodium.
Succimer (DMSA, acide dimercaptosuccinique): intoxications
arsenicales et saturnines.
Autres médicaments
Pommade oculaire antibiotique: lorsqu'il y a risque d'infection
après brûlure ou lésion oculaire.
Sérums antivenimeux: contre les serpents, araignées, scorpions et
poissons venimeux présents dans la région.
Antihistaminique comme la chlorphéniramine ou la prométhazine: pour
injection intraveineuse en cas de réactions allergiques.
Diazépam: injectable, pour traiter les convulsions.
Diphénhydramine: injectable ou pour voie orale, en cas de
démangeaisons dues à des plantes irritantes.
Adrénaline , 1 pour 1000 (1 gm/ml) pour injection intramusculaire:
en cas de réaction allergique grave (par exemple, à des piqûres
d'insectes).
Fluorescéine: pour déceler les lésions oculaires dues à des poisons
irritants ou corrosifs.
Métoclopramide: pour injection intraveineuse, afin d'enrayer des
vomissements incoercibles.
Morphine: en cas de douleur sévère.
Salbutamol: pour inhalation (ou théophylline en injection
intraveineuse), pour traiter l'asthme ou la respiration sifflante
provoqués par des réactions allergiques graves (par exemple, à des
piqûres d'insectes).
PARTIE 2 Poisons : caractéristiques
Introduction
On trouvera dans cette partie des indications concernant les effets de
certaines substances et la marche à suivre si l'on est appelé à venir
en aide à une personne dont on pense qu'elle a pu être intoxiquée.
Elle comprend des renseignements sur quatre grands groupes de
substances: pesticides, produits chimiques à usage domestique,
médicaments et poisons naturels (plantes, animaux).
Renseignements figurant dans chaque section
Certaines sections regroupent plusieurs substances lorsque les
premiers soins à apporter en cas d'intoxication sont à peu près les
mêmes.
Chaque section est organisée sur le même modèle de façon que l'on
puisse trouver rapidement les renseignements voulus. Les
renseignements figurant dans chaque rubrique sont les suivants:
Utilisations: Usages courants de la substance chimique. Les abus qui
en sont faits y figurent également.
Mode d'action: Description du type d'effet qu'a une dose toxique de
substance sur l'organisme.
Toxicité: Cette rubrique indique si la substance est susceptible
d'être toxique et si le degré de toxicité est important. Il est
impossible de dire avec exactitude quelle quantité de produit chimique
provoquera une intoxication grave, car on observe de grandes
différences d'une personne à l'autre en fonction de l'âge, du poids et
des circonstances.
Risques particuliers: l s'agit de la description de tous les risques
particuliers associés à la manière dont le produit est utilisé, à
l'aspect qu'il présente et à la façon dont il est emballé.
Signes et symptômes: Ce sont les effets de l'intoxication que l'on
peut voir, sentir et entendre et que le malade décrit. Cette rubrique
ne comporte aucune indication sur les signes et les effets qui ne sont
perceptibles qu'à l'aide de tests ou d'appareils utilisés en milieu
hospitalier.
On trouvera dans la Partie 1 des renseignements sur la façon
d'examiner le malade et de rechercher ces effets. On y trouve la
description des signes et symptômes des lésions hépatiques et rénales
et de l'oedème pulmonaire.
La liste des signes et symptômes va des effets les plus bénins aux
effets les plus graves. Plus la dose est importante ou plus la
personne y a été exposée longtemps, plus la probabilité sera grande
d'observer les signes et symptômes figurant dans le bas de la liste.
Celle-ci renferme les signes et symptômes les plus graves qui puissent
être observés si le sujet a été exposé à une dose très importante de
substance toxique et n'a reçu aucun secours ni traitement médical.
Ce qu'il faut faire: Cette rubrique concerne les premiers soins à
apporter et ce que peuvent faire en dehors de l'hôpital des personnes
ayant une formation de base au secourisme et aux soins infirmiers. On
y trouve aussi des indications destinées aux agents de soins de santé
primaires capables de faire des injections.
Pour de plus amples informations sur la manière de prodiguer les
premiers soins et de prendre en charge un malade en-dehors de
l'hôpital, se reporter à la Partie 1.
Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital: Dans la
plupart des cas, le malade devra être hospitalisé et il faut organiser
immédiatement son transport, mais tout cela peut prendre un certain
temps. On trouvera dans cette rubrique ce qu'il y a lieu de faire pour
essayer d'enrayer une intoxication sévère s'il faut plus de 3 ou 4
heures pour parvenir à l'hôpital.
Avant de faire quoi que ce soit d'indiqué dans cette rubrique,
vérifier que les signes et les symptômes présentés par le malade sont
grossièrement les mêmes que ceux figurant dans la liste.
Dans les encadrés figurent des indications supplémentaires destinées
aux médecins concernant les effets cliniques et le traitement. Il est
à noter que cet ouvrage s'attache principalement au traitement qui
peut être administré en dehors de l'hôpital et n'a pas pour objet
d'entrer dans le détail des traitements qui peuvent être administrés
une fois le malade à l'hôpital. On y donne cependant des indications
sur le type de traitement (antidotes, sérums antivenimeux) à
appliquer.
Pesticides
Arsenic et produits contenant de l'arsenic
Substances chimiques traitées dans cette section
Cette section traite de l'arsenic et des composés contenant de
l'arsenic et d'autres substances, par exemple:
acétoarsénite de cuivre arsénate de plomb
acide diméthylarsinique arsénite de sodium
acide méthylarsonique pentoxyde d'arsenic
arsénate de calcium trioxyde d'arsenic.
Utilisations
Les dérivés de l'arsenic sont utilisés dans:
-- l'agriculture et la sylviculture pour détruire mauvaises herbes,
insectes, fourmis, termites, rats et souris
-- pour protéger le bois du pourrissement
-- dans l'industrie micro-électronique
-- pour vermifuger les animaux
-- dans certains remèdes traditionnels à base de plantes: par
exemple, le trioxyde d'arsenic est utilisé dans certains remèdes
à base de plantes; en Inde, les produits contenant de l'arsenic
sont prescrits par les praticiens de la médecine ayurvédique; le
kushtay est un aphrodisiaque indien contenant de l'arsenic (ces
utilisations ne sont pas recommandés).
Il peut y avoir exposition à l'arsenic lors de la fonte du cuivre ou
de la fabrication industrielle du verre, des colorants, des
pesticides, des conservateurs du bois et des puces de silicium.
Mode d'action
L'arsenic irrite la peau, les poumons et l'intestin. Il interfère avec
les processus cellulaires vitaux en de nombreux points de l'organisme.
Toxicité
L'arsenic et les produits contenant de l'arsenic sont très toxiques
lorsqu'ils sont ingérés, inspirés, ou en contact avec la peau. Même en
très faible quantité ils peuvent entraîner la mort. L'intoxication
chronique à l'arsenic peut survenir lors de l'ingestion répétée
d'arsenic (par exemple, aliments contaminés, remèdes traditionnels
contenant de l'arsenic), ou d'une exposition répétée à de la poussière
ou à des vapeurs d'arsenic. L'arsenic peut aussi être une cause de
cancer de la peau, des poumons ou du foie longtemps après
l'exposition.
Risques particuliers
Les personnes exposées à de la poussière ou à des vapeurs d'arsenic
présentent un risque d'intoxication chronique. Elles doivent s'équiper
de vêtements protecteurs et utiliser des masques respiratoires.
Signes et symptômes
Intoxication aiguë
* En cas d'ingestion
Dans les 30 minutes qui suivent, ou au bout de plusieurs heures si la
substance était mélangée à des aliments:
-- maux de ventre et vomissements d'apparition brutale
-- diarrhée sévère
-- mal de gorge
-- sensation de soif et sécheresse buccale
-- haleine sentant l'ail
-- signes de choc: pouls rapide et faible, peau froide et
moite, hypotension artérielle, coloration bleue de la peau,
-- délire et perte subite de connaissance,
-- crises convulsives.
Le patient peut décéder dans les 24 heures. Si ce n'est pas le cas, au
bout de 24 heures, on peut observer:
-- une jaunisse et des signes de lésion hépatique,
-- des signes de lésion rénale.
* En cas d'inhalation
-- mêmes effets que précédemment, mais sans douleurs
abdominales, ni diarrhée ni vomissements.
* En cas de contact cutané
-- mêmes effets que précédemment,
-- rougeurs, cloques.
* Atteinte oculaire
-- irritation sévère avec douleur et rougeur.
Intoxication chronique
Une exposition au long cours à de faibles doses durant plusieurs
semaines ou plusieurs années, par ingestion ou inhalation peut
entraîner:
-- faiblesse,
-- perte de l'appétit, nausées et vomissements.
-- diarrhée ou constipation,
-- éruption cutanée,
-- épaississement de la peau au niveau des paumes ou des plantes des
pieds,
-- voix rauque et maux de gorge,
-- le patient a parfois un goût de métal dans la bouche et son
haleine et sa sueur sentent l'ail,
-- jaunisse due à des lésions hépatiques,
-- présence de sang dans les urines due à des lésions rénales,
-- plantes des pieds engourdies ou douloureuses du fait de lésions
nerveuses,
-- chute des cheveux,
-- lignes blanches sur les ongles,
-- cancer de la peau, des poumons ou du foie.
Ce qu'il faut faire
Intoxication aiguë
En présence de poussières, de gaz ou de vapeurs toxiques, sortir la
victime au grand air. Pour cela se munir d'un masque respiratoire afin
ne pas s'exposer.
Donner les premiers soins. Si la victime est inconsciente ou
somnolente, l'allonger sur le côté dans la position de sécurité.
Vérifier sa respiration toutes les 10 minutes et la garder au chaud.
Atteinte oculaire
Essuyer doucement le visage avec un linge ou du papier pour
éliminer le produit chimique. Rincer les yeux à l'eau pendant au
moins 15 à 20 minutes. Vérifier qu'il n'y a plus aucune particule
solide de produit sur les cils ou les sourcils, ni dans les plis
cutanés entourant les yeux.
Atteinte cutanée
Retirer immédiatement tous les vêtements, chaussures, chaussettes
et bijoux contaminés. Eviter soi-même tout contact avec la peau
ou les vêtements de la victime ou toute inhalation de vapeurs.
Laver soigneusement la victime à l'eau froide ou tiède et au
savon (peau, ongles et cheveux) pendant au moins 15 minutes, si
possible à l'eau courante. Si la surface touchée est importante,
utiliser une douche ou un jet, mais en lui protégeant les yeux.
En cas de convulsions, traiter comme indiqué au Chapitre 5.
Si la victime est consciente, lui donner de l'eau à boire, à raison de
deux tasses toutes les heures pendant 12 heures, pour compenser les
pertes en eau dues à la diarrhée.
Emmener la victime à l'hôpital aussi vite que possible.
Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital
En cas d'ingestion: si celle-ci remonte à moins de 4 heures et si la
victime est tout à fait consciente, respire normalement et n'a pas eu
de contractions musculaires involontaires ni de convulsions:
* la faire vomir, sauf si elle a déjà beaucoup vomi.
* lui donner à boire du charbon activé dans de l'eau. En cas de
vomissements provoqués, attendre pour cela qu'ils aient cessé.
Intoxication chronique
Emmener la victime à l'hôpital.
Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)
Surveiller la respiration, le pouls, la tension artérielle,
l'équilibre hydroélectrolytique et les fonctions hépatique et rénale.
Les cas échéant, instituer un traitement de soutien avec oxygène et
ventilation mécanique:
* correction du déséquilibre hydroélectrolytique.
* on traitera l'hypotension artérielle par l'administration
intraveineuse de liquides et en allongeant la victime les pieds
plus hauts que la tête.
* en cas de crises convulsives répétées, on administrera du
diazépam par voie intraveineuse.
Dose: Adultes: 10 à 20 mg à raison de 0,5 ml (2,5 mg) toutes les
30 secondes, à renouveler le cas échéant au bout de 30 à 60
minutes; on peut poursuivre avec un perfusion intraveineuse
jusqu'à un maximum de 3 mg/kg de poids corporel en 24
heures.
Enfants: 200 à 300 µg/kg de poids corporel.
Si la victime présente des symptômes, administrer un antidote aussi
vite que possible. Le dimercaprol peut être administré par injection
intramusculaire profonde.
Dose: jours 1 et 2: 2,5 à 3 mg/kg de poids corporel toutes les 4
heures.
jour 3: 3 mg/kg de poids corporel toutes les 6 heures.
jours 4 à 10: 3 mg/kg de poids corporel toutes les 12 heures jusqu'à
disparition des symptômes d'intoxication.
Effets secondaires du dimercaprol: douleur au point d'injection,
démangeaisons, sensation de brûlure au niveau des lèvres, de la bouche
et de la gorge, fièvre, céphalées, hypotension ou hypertension
artérielles, vomissements et convulsions.
Si l'on en dispose, on peut utiliser du succimer (DMSA; acide
dimercaptosuccinique) ou du DMPS (sulfonate de dimercaptopropane) à la
place du dimercaprol. Ils sont moins toxiques et peuvent être
administrés par voie orale. Pour plus de détails, contacter un centre
antipoisons.
Chlorate de sodium
Utilisations
Le chlorate de sodium est utilisé comme désherbant, pour fabriquer les
bouts d'allumettes et les feux d'artifice. Il a parfois été employé
dans des bains de bouche, mais cet usage n'est pas recommandé.
Mode d'action
Il perturbe le transport de l'oxygène par le sang et provoque des
lésions hépatiques et rénales. Par ailleurs, il irrite la peau et les
yeux.
Toxicité
Il est toxique s'il est ingéré. Il est arrivé que des personnes
meurent après avoir avalé 2 ou 3 petites cuillères de chlorate de
sodium.
Risques particuliers
Il se présente sous forme de cristaux blancs et peut être pris pour du
sucre ou du sel s'il est rangé dans un récipient ayant contenu des
aliments, ou à un endroit où l'on range habituellement de la
nourriture.
Signes et symptômes
* En cas d'ingestion
-- nausées, vomissements, diarrhée et maux de ventre,
-- respiration superficielle,
-- perte de connaissance,
-- convulsions,
-- la peau et l'intérieur des paupières inférieures prennent
une couleur bleue,
-- la victime n'urine plus et présente des signes de lésion
rénale,
-- le décès peut survenir dans les quelques heures qui suivent.
* Atteinte cutanée:
-- irritation,
-- rougeur,
-- ulcères et brûlures.
* Atteinte oculaire:
-- irritation,
-- rougeur des paupières,
-- ulcères et brûlures.
Ce qu'il faut faire
Donner les premiers soins. En cas d'arrêt respiratoire, dégager les
voies aériennes, nettoyer les lèvres de la victime et faire un
bouche-à-bouche ou bouche-à-nez. Si la victime est inconsciente ou
somnolente, l'allonger sur le côté dans la position de sécurité.
Vérifier sa respiration toutes les 10 minutes et la garder au chaud.
En cas de convulsions, traiter comme indiqué au Chapitre 5.
Atteinte oculaire
Rincer les yeux à l'eau pendant au moins 15 à 20 minutes.
Vérifier qu'il ne reste aucune particule solide de produit
chimique sur les cils et les sourcils ni dans les plis cutanés
entourant les yeux.
Atteinte cutanée
Retirer immédiatement les vêtements, chaussures, chaussettes, et
bijoux contaminés. Laver soigneusement à l'eau froide ou tiède et
au savon la peau, les ongles et les cheveux de la victime pendant
au moins 15 minutes, si possible à l'eau courante.
En cas d'ingestion du chlorate de sodium ou de brûlures cutanées ou
oculaires, emmener la victime à l'hôpital le plus rapidement possible.
Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital
Si l'ingestion remonte à moins de 4 heures et si la victime est tout à
fait consciente, respire normalement, n'a pas eu de contractions
musculaires involontaires ni de convulsions et ne vomit pas encore, la
faire vomir.
Si la victime présente des signes de lésion rénale, traiter comme
indiqué au Chapitre 9.
Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)
En plus des effets indiqués plus haut, on peut observer des troubles
hématologiques, notamment une méthémoglobinémie et une hémolyse
intravasculaire, de fortes concentrations de potassium sérique et la
présence de protéines et d'hémoglobine dans les urines.
Surveiller le pouls, la respiration et la tension artérielle.
Instituer le cas échéant un traitement de soutien, notamment une
oxygénothérapie et une ventilation assistée:
* Corriger tout déséquilibre hydroélectrolytique.
* En cas de crises convulsives répétées, faire une injection
intraveineuse de diazépam.
Dose: Adultes: 10 à 20 mg, à raison de 0,5 ml (2,5 mg) toutes les
30 secondes, à renouveler le cas échéant au bout de 30 à 60
minutes; on peut poursuivre avec une perfusion intraveineuse
jusqu'à un maximum de 3 mg/kg de poids corporel en 24
heures.
Enfants: 200 à 300 µg/kg de poids corporel.
Deux produits ont été utilisés comme antidotes. Il peut être utile
d'administrer l'un des deux.
1. Thiosulfate de sodium. On dit qu'il agit en transformant le
chlorate en chlorure, qui est moins toxique, mais il semble qu'il
y ait encore des doutes concernant son utilité.
Dose: 2 à 5 g de thiosulfate de sodium dans 200 ml de solution de
bicarbonate de sodium à 5%, à boire.
2. Acide ascorbique. On prétend qu'il retransforme la méthémoglobine
en hémoglobine, mais il agit très lentement.
Dose: 1 g toutes les 4 heures, à boire, ou en injection
intraveineuse lente.
En cas d'intoxication grave, le traitement le plus utile est
l'exsanguinotransfusion couplée à l'hémodialyse.
Désherbants au chlorophénoxyacétate
Substances chimiques traitées dans cette section
Il s'agit d'un groupe de désherbants connus sous le nom d'herbicides
au chlorophénoxyacétate (dont l'abréviation est parfois herbicides
phénoxy ou chlorophénoxy). On trouvera ci-après leurs nom courants
suivis de leurs noms chimiques:
2,4-D acide 2,4 -dichlorophénoxyacétique
MCPA acide (4-chloro-2-méthylphénoxy) acétique
mécoprop (MCPP) acide 2-(2-méthyl-4-chlorophénoxy) propionique
dichlorprop (DCPP) acide 2-(2,4-dichlorophénoxy) propionique
2,4,5 --- T acide 2,4,5-trichlorophénoxyacétique
De nombreux produits sont des mélanges de plusieurs d'entre eux.
Utilisations
On les emploie pour éliminer les mauvaises herbes à feuilles larges
dans les champs de céréales, les prairies, les parcs et les jardins,
ainsi que pour débarrasser les mares, lacs et canaux d'irrigation des
mauvaises herbes.
Mode d'action
Ils provoquent des irritation cutanées, buccales et intestinales, des
coups de chaleur et des lésions musculaires, nerveuses et cérébrales.
Certains produits liquides contiennent également des distillats de
pétrole qui peuvent entraîner un oedème pulmonaire en cas d'ingestion.
Toxicité
La plupart des cas d'intoxication sont dus à l'ingestion massive de
produits liquides concentrés, entraînant parfois le décès. Ces
produits peuvent être nocifs s'ils sont inhalés ou mis au contact de
la peau, mais seulement en cas d'exposition massive.
Signes et symptômes
* En cas d'ingestion:
-- douleur cuisante dans la bouche,
-- toux et suffocation si le produit contient un distillat de
pétrole,
-- maux de ventre, vomissements et diarrhée,
-- fièvre ou hypothermie,
-- confusion,
-- douleurs et faiblesse musculaires, contractions
involontaires,
-- hypotension artérielle,
-- respiration rapide et coloration bleue de la peau,
-- perte de connaissance,
-- convulsions.
Le décès peut survenir en quelques heures.
Si la victime survit aux quelques premières heures:
-- oedème pulmonaire dans les 12 à 24 heures, si le produit
contient des distillats de pétrole,
-- urines foncées et signes de lésion rénale,
-- signes de lésion hépatique.
* Atteinte cutanée:
-- rougeur et irritation.
Si la surface touchée est importante:
-- douleurs et faiblesse musculaires, contractions
involontaires,
-- perte de connaissance.
* En cas d'inhalation massive:
-- douleurs et faiblesse musculaires, contractions
involontaires,
-- perte de connaissance.
* Atteinte oculaire:
-- rougeur et irritation.
Ce qu'il faut faire
Donner les premiers soins. Si la respiration s'arrête, dégager les
voies aériennes, nettoyer la substance chimique pouvant être présente
sur les lèvres de la victime et faire un bouche-à-bouche où un
bouche-à-nez. En cas d'arrêt cardiaque, pratiquer un massage
cardiaque.
Si la victime est inconsciente ou somnolente, l'allonger sur le côté
dans la position de sécurité. Vérifier sa respiration toutes les 10
minutes.
En cas de convulsions, traiter comme indiqué au Chapitre 5.
En cas de fièvre, appliquer des compresses d'eau froide sur tout le
corps de la victime. Si au contraire sa température est basse, la
réchauffer.
Atteinte oculaire
Rincer les yeux à l'eau pendant au moins 15 à 20 minutes. Vérifier
qu'il n'y a plus aucune particule solide de produit sur les cils ou
les sourcils, ni dans les plis cutanés entourant les yeux.
Atteinte cutanée
Retirer immédiatement tous les vêtements, chaussures, chaussettes et
bijoux contaminés. Laver soigneusement les endroits touchés à l'eau
froide et au savon pendant 15 minutes, si possible à l'eau courante.
Emmener la victime à l'hôpital aussi rapidement que possible.
Conduite à venir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital
En cas d'ingestion du pesticide: si celle-ci remonte à moins de 4
heures et si la victime est tout à fait consciente, respire
normalement et n'a pas présenté de contractions musculaires
involontaires ni de convulsions:
* la faire vomir
* lui donner à boire du charbon activé dans de l'eau. Si les
vomissements ont été provoqués, attendre pour cela qu'ils aient
cessé.
Garder la victime au calme.
Renseignements destinés aux médecins (en-dehors de l'hôpital)
En plus des effets indiqués plus haut, il peut y avoir acidose
métabolique et présence de myoglobine et de sang dans les urines.
Surveiller la respiration, le pouls, la tension artérielle,
l'équilibre hydroélectrolytique. Le cas échéant, instituer un
traitement de soutien, notamment une oxygénothérapie et une
ventilation assistée:
* corriger le déséquilibre hydroélectrolytique.
* en cas de crises convulsives répétées, administrer du diazépam en
injection intraveineuse.
Dose: Adultes: 10 à 20 mg, à raison de 0,5 ml (2,5 mg) toutes les
30 secondes, à renouveler le cas échéant au bout de 30 à 60
minutes; on peut poursuivre par une perfusion intraveineuse
jusqu'à un maximum de 3 mg/kg de poids corporel en 24
heures.
Enfants: 200 à 300 µg/kg de poids corporel.
Administrer 10 à 15 g de bicarbonate de sodium par jour, de façon à
alcaliniser les urines et à accroître l'élimination.
Dinitro-o-crésol (DNOC), dinitrophénol, dinoseb et pentachlorophénol
Substances chimiques traitées dans cette section
Il s'agit du:
* dinitro- o-crésol (DNOC), dinitrophénol et dinoseb
(2- sec-butyl-4,6-dinitrophénol)
* pentachlorophénol, également appelé chlorophène, PCP et
pentachlorphénol
* pentachlorophénate de sodium, également appelé pentachlorophénoxy
sodium, PCP sodique, pentachlorphénate de sodium,
pentachlorophénolate de sodium, et pentachlorophénoxyde de
sodium.
Utilisations
Ils sont utilisés contre les mauvaises herbes, les insectes et les
champignons, et pour la protection du bois contre la pourriture et la
décomposition.
Mode d'action
Ils accélèrent les processus chimiques dans l'organisme entraînant un
dégagement excessif de chaleur et un coup de chaleur. Ils provoquent
également des lésions hépatiques, rénales et nerveuses. Les produits
liquides peuvent contenir des distillats de pétrole ou du méthanol.
Toxicité
Si elles sont inhalées ou ingérées, ou si elles viennent au contact de
la peau, les pulvérisations, poussières et vapeurs sont toxiques.
L'intoxication est aggravée si la victime a chaud.
Risques particuliers
Si l'on utilise du pentachlorophénol dans des bâtiments mal aérés,
l'inhalation des vapeurs ou des pulvérisations peut entraîner une
intoxication. Il est dangereux d'utiliser ces produits sans vêtements
protecteurs recouvrant tout le corps pour éviter une absorption
cutanée.
Signes et symptômes
* En cas d'ingestion
Dans les quelques heures qui suivent:
-- jaunissement de la peau, en particulier au niveau des paumes
et des cheveux, mais pas du blanc des yeux
(dinitro- o-crésol et dinoseb uniquement),
-- sueurs profuses et soif,
-- nausées et vomissements,
-- forte fièvre,
-- déshydratation,
-- fatigue,
-- anxiété, agitation, maux de tête et confusion mentale,
-- respiration profonde, rapide,
-- pouls rapide,
-- urines jaune vif (dinitro- o-crésol et dinoseb uniquement),
-- la victime urine très peu du fait d'une lésion rénale,
-- convulsions,
-- perte de connaissance,
-- oedème pulmonaire.
* Atteinte cutanée:
-- éruption cutanée,
-- mêmes effets qu'en cas d'ingestion.
* Atteinte oculaire:
-- irritation sévère, yeux rouges et larmoyants.
* En cas d'inhalation:
-- irritation du nez et de la gorge,
-- essoufflement et douleur thoracique,
-- mêmes effets qu'en cas d'ingestion.
Ce qu'il faut faire
En cas de brouillard, poussières, gaz ou vapeurs toxiques, sortir la
victime au grand air. Porter pour cela un masque respiratoire afin de
se protéger.
Donner les premiers soins. En cas d'arrêt respiratoire, dégager les
voies aériennes, nettoyer toute substance chimique présente sur les
lèvres de la victime et faire un bouche-à-bouche ou un bouche-à-nez.
Si la victime est inconsciente ou somnolente, l'allonger sur le côté
dans la position de sécurité. Vérifier sa respiration toutes les 10
minutes.
En cas de convulsions, traiter comme indiqué au Chapitre 5.
Si la victime est consciente, lui donner de l'eau à boire afin de
remplacer les pertes dues à la transpiration.
Si la victime a de la fièvre, lui appliquer sur le corps des
compresses d'eau froide. Ne pas donner d'aspirine contre la fièvre.
Garder la victime allongée et au repos. L'emmener immédiatement à
l'hôpital. Ne pas la laisser marcher, ce qui la fatiguerait rapidement
et aggraverait l'intoxication.
Atteinte oculaire
Tamponner très doucement le visage à l'aide d'un linge ou d'un
papier absorbant pour recueillir la substance chimique. Rincer
les yeux à l'eau pendant au moins 15 à 20 minutes. Vérifier qu'il
ne reste aucune particule solide de substance chimique sur les
cils et les sourcils, ni dans les plis cutanés entourant les
yeux.
Atteinte cutanée
Retirer immédiatement tous les vêtements, chaussures, chaussettes
et bijoux contaminés. Laver soigneusement à l'eau froide ou tiède
et au savon pendant au moins 15 minutes la peau, les ongles et
les cheveux de la victime, si possible à l'eau courante. Si une
surface importante est touchée, utiliser une douche ou un tuyau
d'arrosage, mais en protégeant les yeux de la victime. Ne pas
essayer d'éliminer toute la couleur jaune elle est dans la peau
et ne partira pas.
Transporter immédiatement la victime à l'hôpital. Ne pas la laisser
marcher, cela l'épuiserait rapidement et aggraverait son état.
Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital
Garder la victime allongée dans un endroit frais.
En cas d'ingestion: si celle-ci remonte à moins de 4 heures et si la
victime est tout-à-fait consciente, respire normalement et n'a pas
présenté de contractions musculaires involontaires ni de crise
convulsive:
-- lui donner à boire du charbon activé dans de l'eau.
-- lui donner 2 tasses d'eau toutes les heures pendant les premières
24 heures.
Ne pas la faire vomir. Elle risquerait de s'étouffer avec les
vomissures si elle perd connaissance ou présente une crise convulsive.
En cas d'oedème pulmonaire, traiter comme indiqué au Chapitre 9. S'il
y a des signes de lésion hépatique, traiter comme indiqué au Chapitre
9. En cas de signes de lésion rénale, traiter comme indiqué au
Chapitre 9.
Renseignements destinés aux médecins (en-dehors de l'hôpital)
En plus des effets mentionnés plus haut, il peut y avoir une acidose
métabolique. Surveiller la respiration, le pouls, la tension
artérielle, la température rectale, la glycémie et les fonctions
rénales et hépatiques. Le cas échéant, instituer un traitement de
soutien, notamment une oxygénothérapie et une ventilation mécanique:
* Administration de glucose par voie intraveineuse ou repas
fréquents pour assurer un apport énergétique suffisant.
* Corriger tout déséquilibre hydroélectrolytique ou acido-basique.
* En cas de crises convulsives répétées, faire une injection
intraveineuse de diazépam.
Doses: Adultes: 10 à 20 mg, à raison de 0,5 ml (2,5 mg) toutes les
30 secondes, à renouveler le cas échéant au bout de 30 à 60
minutes; on peut poursuivre avec une perfusion intraveineuse
jusqu'à un maximum de 3 mg/kg de poids corporel en 24
heures.
Enfants: 200 à 300 µg/kg de poids corporel.
Insecticides à base de pyréthrines et de pyréthrinoïdes
Substances chimiques traitées dans cette section
Les pyréthrines sont des insecticides naturels extraits des
chrysanthèmes; les pyréthrinoïdes sont des insecticides de synthèse
qui possèdent les mêmes structures chimiques.
Le pyrèthre et le pipéronyl butoxyde sont des pyréthrines. Les
substances suivantes sont des pyréthrinoïdes: bioresméthrine,
cyperméthrine, deltaméthrine, fenvalérate, perméthrine et resméthrine.
Utilisations
Ces substances sont employées comme insecticides domestiques sous
forme de pulvérisations, de serpentins et de plaquettes
antimoustiques. On les utilise également pour lutter contre les
insectes nuisibles dans les entrepôts où l'on stocke les céréales et
la farine, et en agriculture sur les légumes, les arbres et arbustes
fruitiers. Elles sont vendues sous différentes formes: liquides,
bouillies pour pulvérisations, et poudre.
Modes d'action
Elle irritent les poumons et agissent sur le cerveau.
Toxicité
S'ils sont ingérés, inhalés ou au contact de la peau, les pyréthrines
et pyréthrinoïdes ne sont pas très toxiques pour l'homme. Ils
provoquent parfois des réactions allergiques. Les intoxications graves
sont rares et généralement dues à une ingestion massive de produit
concentré.
Signes et symptômes
* En cas d'ingestion:
-- nausées et vomissements,
-- après ingestion massive il arrive qu'on observe des
convulsions, mais c'est rare.
* Atteinte cutanée:
-- irritation,
-- éruption cutanée vésiculeuse.
* En cas d'inhalation:
-- nez qui coule et mal de gorge,
-- certaines personnes peuvent présenter une respiration
sifflante, des éternuements et un essoufflement.
* Atteinte oculaire:
-- certains insecticides peuvent provoquer une irritation
grave.
* Réactions allergiques:
-- état de choc: pâleur, transpiration, pouls rapide et faible,
-- respiration sifflante et essoufflement.
Ce qu'il faut faire
En cas de réaction allergique
Donner les premiers soins. En cas d'arrêt respiratoire, dégager
les voies aériennes et faire un bouche-à-bouche. En cas d'arrêt
cardiaque, pratiquer un massage cardiaque.
Allonger la victime sur le dos, la tête tournée sur le côté et
les jambes plus haut que la tête (en faisant reposer les pieds
sur une boîte, par exemple). Cela permettra au sang d'atteindre
le cerveau et diminuera le risque que des vomissures viennent
obstruer les voies aériennes.
Une personne qui présente une réaction allergique doit être
emmenée à l'hôpital aussi vite que possible.
Atteinte oculaire
Rincer les yeux à l'eau pendant au moins 15 à 20 minutes.
Vérifier qu'il ne reste aucune particule solide de substance
chimique sur les cils et les sourcils, ni dans les plis cutanés
entourant les yeux. En cas d'irritation sévère, emmener la
victime à l'hôpital.
Atteinte cutanée
Retirer immédiatement les vêtements, chaussures, chaussettes et
bijoux contaminés. Prendre garde de ne pas s'intoxiquer soi-même
(peau, vêtements). Laver soigneusement à l'eau froide ou tiède et
au savon la peau, les ongles et les cheveux de la victime pendant
au moins 15 minutes, si possible à l'eau courante.
Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)
En cas de réaction allergique sévère (anaphylactique)
Donner de l'oxygène au masque, à une concentration aussi forte que
possible. Intuber la victime si elle est inconsciente.
Donner de l'adrénaline à 1 pour 1000 (1 mg/ml) dès que possible en
injection intramusculaire, sauf si le pouls central est fort et l'état
général bon. Tout retard peut être mortel.
Dose:
Age Volume d'adrénaline, 1 pour 1000
< 1 an 0,05 ml
1 an 0,1 ml
2 ans 0,2 ml
3-4 ans 0,3 ml
5 ans 0,4 ml
6-12 ans 0,5 ml
Adultes 0,5-1 ml
Ces doses peuvent être renouvelées toutes les 10 minutes jusqu'à
amélioration de la tension artérielle et du pouls. Elles doivent être
diminuées chez les enfants dont le poids est inférieur à la moyenne.
Les antihistaminiques tels que la chlorphénamine ou la prométhazine
sont utiles si on les injecte en injection intraveineuse lente après
l'adrénaline, car ils permettent de traiter les éruptions cutanées,
les démangeaisons ou les tuméfactions et permettent d'éviter une
rechute.
Si l'état du patient ne s'améliore pas, on instituera le cas échéant
un traitement de soutien:
-- oxygène et ventilation,
-- liquides intraveineux,
-- le salbutamol en inhalation ou la théophylline par voie
intraveineuse peuvent s'avérer utiles en cas d'asthme ou de
respiration sifflante.
Insecticides organophosphorés et carbamates
Insecticides traités dans cette section
Voici quelques insecticides organophosphorés et carbamates:
Insecticides organophosphorés:
azinphos-méthyl fenthion
bromophos-éthyl formothion
bromophos hepténophos
carbophénothion iodofenphos
chlorfenvinphos malathion
cythioate mévinphos
déméton- S-méthyl parathion-méthyl
diazinon phorate
dichlorvos phosmet
diméthoate phoxime
fénitrothion pirimiphos méthyl
Carbamates:
aldicarbe méthiocarbe
bendiocarbe méthomyl
carbaryl pirimicarbe
carbofuran propoxur
Ces insecticides se présentent sous forme de poudres, de granulés ou
de liquides. Certains produits doivent être dilués dans l'eau avant
usage et d'autres brûlés pour dégager la fumée qui tuera les insectes.
Utilisations
Ils sont très largement utilisés dans l'agriculture et à domicile
contre les insectes. On les emploie également contre les moustiques
qui transmettent le paludisme et les insectes qui parasitent l'homme
ou les animaux domestiques.
Mode d'action
Ils sont toxiques pour les nerfs qui contrôlent les glandes, les
muscles, la respiration et le cerveau. Si les effets cliniques de ces
deux groupes de produits sont les mêmes, les insecticides
organophosphorés n'agissent pas sur l'organisme exactement de la même
façon que les carbamates et les antidotes employés pour traiter ces
intoxications ne sont pas les mêmes. Certains produits contiennent des
distillats de pétrole, du toluène ou du xylène, qui peuvent entraîner
un oedème pulmonaire.
Toxicité
Ils peuvent être à l'origine d'intoxications graves ou mortelles par
inhalation, ingestion, ou contact cutané ou oculaire. Les quantités
toxiques sont très variables d'un produit à l'autre. Des doses faibles
peuvent entraîner une intoxication grave chez des sujets à nouveau
exposés au produit quelques semaines ou quelques mois après une
première exposition.
Les carbamates provoquent des intoxications moins graves que les
organophosphorés.
Signes et symptômes
Les effets peuvent se faire sentir très rapidement ou jusqu'à 12
heures après l'exposition.
* En cas d'ingestion, d'inhalation ou de contact cutané:
-- confusion, faiblesse et épuisement,
-- maux de tête,
-- nausées, vomissements, maux de ventre et diarrhée,
-- sueurs froides, hypersalivation,
-- oppression thoracique,
-- mouvements brefs et saccadés des paupières et de la langue,
suivis par des contractions généralisées,
-- respiration irrégulière ou superficielle,
-- pouls lent,
-- pupilles rétrécies,
-- convulsions,
-- perte de connaissance,
-- oedème pulmonaire,
-- incontinence.
* Atteinte oculaire:
-- irritation, larmoiement et toubles de la vision,
-- mêmes effets qu'en cas d'ingestion ou d'inhalation.
Ce qu'il faut faire
En présence de poussières, de gaz ou de vapeurs toxiques, emmener la
victime au grand air. Pour cela, porter un masque respiratoire et des
vêtements protecteurs pour ne pas s'intoxiquer soi-même.
Donner les premiers soins. En cas d'arrêt respiratoire, dégager les
voies aériennes, nettoyer les lèvres de la victime et faire un
bouche-à-bouche ou un bouche-à-nez. En cas d'arrêt cardiaque,
pratiquer un massage cardiaque.
Si la victime est inconsciente ou somnolente, l'allonger sur le côté
dans la position de sécurité. Vérifier sa respiration toutes les 10
minutes et la garder au chaud.
En cas de convulsions, traiter comme indiqué au Chapitre 5.
Atteinte oculaire
Tamponner très doucement le visage avec un linge ou un papier
pour absorber le produit chimique. Rincer les yeux à l'eau
pendant 15 à 20 minutes. Vérifier qu'il ne reste aucune particule
solide de produit chimique sur les cils et les sourcils, ni dans
les plis cutanés entourant les yeux.
Atteinte cutanée
Retirer immédiatement les vêtements, chaussures, chaussettes et
bijoux contaminés. Prendre garde à ne pas être soi-même contaminé
(peau ou vêtements) et à ne pas inhaler de vapeurs toxiques.
Laver soigneusement à l'eau froide ou tiède et au savon la peau, les
ongles et les cheveux de la victime pendant au moins 15 minutes, si
possible à l'eau courante. Si la surface touchée est importante,
utiliser une douche ou un jet d'arrosage, mais en protégeant les yeux
de la victime.
Allonger la victime et lui dire de se reposer. L'intoxication peut
être aggravée si elle bouge.
L'emmener à l'hôpital le plus vite possible.
Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital
En cas d'ingestion: si celle-ci remonte à moins de 4 heures et si la
victime est tout à fait consciente, respire normalement, n'a pas
présenté de contractions musculaires involontaires ni de convulsions,
et ne vomit pas, lui donner à boire du charbon activé dans de l'eau.
Si la victime présente des signes d'oedème pulmonaire, traiter comme
indiqué au Chapitre 9.
Une fois la victime rétablie
Il peut falloir à l'organisme plusieurs semaines ou plusieurs mois
pour retrouver son équilibre chimique, même si la victime paraît
parfaitement bien. Une personne ainsi atteinte qui serait réexposée
avant que son organisme ne se soit correctement rétabli courrait un
risque d'intoxication très grave. Par conséquent, les gens qui ont été
intoxiqués par des organophosphorés ne doivent pas les réutiliser
avant d'avoir été examinés par un médecin qui connaît bien ce
problème.
Renseignements destinés aux médecins (en-dehors de l'hôpital)
En plus des effets énumérés plus haut, on peut observer une failbesse
des muscles de la respiration, un bronchospasme et une sécrétion de
liquide dans les voies aériennes et les poumons.
Surveiller le pouls, la respiration, la tension artérielle et les
pertes liquidiennes. Instituer le cas échéant un traitement de
soutien, notamment une oxygénothérapie et une ventilation assistée:
* Il faut aspirer les sécrétions hors des voies aériennes.
* On corrigera tout déséquilibre hydroélectolytique.
* On peut administrer du diazépam par voie intraveineuse pour
soulager l'anxiété et maîtriser les convulsions.
Dose: Adultes: 10 à 20 mg à renouveler, le cas échéant.
Enfants: 0,25 à 0,4 mg/kg de poids corporel, à renouveler
jusqu'à un maximum de 5 mg chez l'enfant entre 1 mois et 5
ans et de 10 mg après 5 ans.
Il faut administrer des antidotes s'il y a des signes d'intoxication.
Les organophosphorés et les carbamates agissent de façon légèrement
différente et certains des antidotes qui agissent contre les
organophosphorés ne doivent donc pas être utilisés pour traiter une
intoxication par les carbamates.
Insecticides organophosphorés et carbamates
Faire une injection intraveineuse d'atropine jusqu'à ce que la victime
présente une sécheresse buccale, une fréquence cardiaque supérieure à
100 et une dilatation des pupilles.
Dose: Adultes: donner une première dose de 2 à 4 mg. Si la victime
salive encore renouveler la dose toutes les 10 minutes
jusqu'à obtenir une sécheresse buccale.
Enfants: administrer 0,05 mg/kg de poids corporel, à
renouveler toutes les 10 minutes jusqu'à obtenir une
sécheresse buccale.
Surveiller la victime. Si des signes d'intoxication réapparaissent,
redonner de l'atropine. Certains patients meurent faute d'en avoir
reçu suffisamment. Il peut en falloir de grandes quantités pendant
plusieurs jours.
Insecticides organophosphorés seulement
Donner du mésilate (P-2-S) ou de chlorure (PAM2) de pralidoxime aux
sujets gravement atteints ou qui ne répondent pas au traitement par
l'atropine, afin de réactiver l'enzyme inhibée par l'insecticide.
L'administrer en même temps que l'atropine.
Dose: 30 mg/kg de poids corporel en injection intraveineuse lente
en 5 à 30 minutes toutes les 4 à 6 heures. On peut
l'administrer par voie intramusculaire s'il est impossible
de pratiquer la voie intraveineuse. Si l'on ne dispose pas
de pralidoxime on peut employer du chlorure d'obidoxime.
Métaldéhyde
Utilisations
Le métaldéhyde est employé contre les limaces et les escargots et
comme combustible solide. Le produit contre les limaces et les
escargots peut se présenter sous forme de petits granulés contenant du
métaldéhyde et du son, ou sous forme liquide devant être diluée avant
usage. Le combustible solide se présente sous forme de tablettes.
Mode d'action
En cas d'ingestion, le métaldéhyde agit sur l'intestin, le cerveau, le
foie et les reins.
Toxicité
Les granulés utilisés contre les limaces et les escargots contiennent
en général très peu de métaldéhyde (moins de 5%) et ne provoquent pas
habituellement d'intoxication grave. Le métaldéhyde liquide et les
tablettes de combustible solide sont plus concentrés et peuvent être à
l'origine d'intoxications graves, entraînant parfois le décès.
Risques particuliers
Les granulés de métaldéhyde sont souvent vendus dans des paquets
faciles à ouvrir pour des enfants. On les répand sur le sol et ils
peuvent donc être ramassés par des enfants.
Signes et symptômes
* En cas d'ingestion
Les effets s'observent en général dans les trois heures qui suivent,
mais peuvent être différés jusqu'à 48 heures après l'ingestion:
-- nausées, vomissements et maux de ventre,
-- hypersalivation,
-- bouffées vasomotrices,
-- fièvre,
-- somnolence,
-- pouls rapide,
-- tremblements,
-- contractions musculaires involontaires et convulsions,
-- perte de connaissance.
Au bout de 2 à 3 jours:
-- jaunisse et signes de lésion hépatique,
-- la victime urine très peu, ce qui montre une atteinte
rénale.
Ce qu'il faut faire
Si la victime n'a avalé qu'un ou deux granulés de produit contre les
limaces contenant moins de 5% de métaldéhyde, il n'y a pas lieu de
faire quoi que ce soit. Si elle en a avalé davantage, intervenir de la
manière suivante.
Donner les premiers soins. Si la victime est inconsciente ou
somnolente, l'allonger sur le côté dans la position de sécurité.
Vérifier sa respiration toutes les 10 minutes et la garder au chaud.
Si elle présente une crise convulsive, traiter comme indiqué au
Chapitre 5.
L'emmener à l'hôpital le plus vite possible.
Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital
Si la substance a été ingérée moins de 4 heures auparavant et si la
victime est tout à fait consciente, respire normalement et n'a pas
présenté de contractions musculaires involontaires ni de convulsions:
* La faire vomir, à moins qu'elle n'ait déjà abondamment vomi.
* Lui donner à boire du charbon activé dans de l'eau. Si les
vomissements ont été provoqués, attendre qu'ils aient cessé.
Si la victime présente des signes de lésion hépatique, traiter comme
indiqué au Chapitre 9. Si elle présente des signes de lésion rénale,
traiter comme indiqué au Chapitre 9.
Renseignements destinés aux médecins (en-dehors de l'hôpital)
Surveiller le pouls, la respiration, la tension artérielle et la
fonction hépatique. Le cas échéant, instituer un traitement de
soutien, notamment une oxygénothérapie et une ventilation assistée. En
cas de crises convulsives répétées, faire une injection intraveineuse
de diazépam.
Dose: Adultes: 10 à 20 mg, à raison de 0,5 ml (2,5 mg) toutes les
30 secondes, à renouveler le cas échéant au bout de 30 à 60
minutes. On peut poursuivre avec une perfusion intraveineuse
jusqu'à un maximum de 3 mg/kg de poids corporel en 24
heures.
Enfants: 200 à 300 µg/kg de poids corporel.
Paraquat
Utilisation
Le paraquat est employé comme désherbant. Il est généralement vendu
sous forme liquide à 20%, à diluer avant usage. Dans certains pays,
on trouve également un produit solide sous forme de granulés pour les
jardins. Il contient 2,5% de paraquat et 2,5% de diquat, et est à
diluer dans l'eau avant usage.
Mode d'action
Le paraquat provoque des lésions pulmonaires, hépatiques et rénales.
La solution à 20% est corrosive.
Toxicité
Le paraquat est très toxique s'il est ingéré. Une gorgée de la forme
liquide à 20% peut entraîner le décès par lésion pulmonaire dans les
quatre semaines qui suivent. Des quantités supérieures peuvent
entraîner le décès dans les 12 heures.
Le contact cutané est peu susceptible d'entraîner une intoxication,
sauf si l'on porte des vêtements contaminés pendant plusieurs heures,
si une grande quantité de paraquat concentré vient au contact d'une
peau endommagée, ou s'il s'agit d'un enfant. L'inhalation de
gouttelettes de paraquat pulvérisées peut irriter le nez et la gorge,
mais il est peu probable qu'elle entraîne une intoxication.
Risques particuliers
De nombreuses intoxications accidentelles surviennent lorsque l'on
conserve du paraquat dans des bouteilles de bière, de vin ou de
boissons non alcoolisées. Il est dangereux de conserver ainsi un
poison quel qu'il soit, car n'importe qui peut le boire par erreur,
mais c'est une habitude assez fréquente dans les endroits où le
paraquat liquide n'est fourni que dans de grands bidons. Les gens qui
possèdent de petites fermes ou jardins et qui veulent n'en acheter
qu'une petite quantité sont ainsi obligés de le transvaser. Les gens
qui pulvérisent le pesticide peuvent être gravement intoxiqués s'ils
avalent du paraquat en essayant de déboucher les buses de
pulvérisation. Il est arrivé qu'un contact cutané entraîne le décès
chez des gens ayant porté pendant plusieurs heures des vêtements
contaminés par le paraquat.
Signes et symptômes
* En cas d'ingestion:
-- vomissements et maux de ventre,
-- diarrhées, souvent sanglantes.
Après une ingestion massive des effets graves apparaissent en quelques
heures:
-- somnolence, faiblesse, vertiges et maux de tête,
-- fièvre,
-- perte de connaissance,
-- toux et respiration irrégulière,
-- oedème pulmonaire.
La victime peut mourir dans les 12 heures.
Après ingestion de quantités plus faibles, des effets graves
apparaissent au bout de 24 à 48 heures:
-- douleurs buccales et maux de gorge,
-- dans certains cas, apparition d'ulcères blancs dans la
bouche et la gorge, la muqueuse se délite et la déglutition
est douloureuse; la bouche est pleine de salive, car la
victime n'arrive pas à l'avaler,
-- l'atteinte pulmonaire entraîne un essoufflement,
-- dans certains cas, la victime urine très peu, ce qui indique
une lésion rénale,
-- dans certains cas, il y a apparition d'une jaunisse et de
signes de lésion hépatique.
Le décès peut survenir au bout de 2 à 4 semaines du fait de la maladie
pulmonaire.
* Atteinte cutanée
Le contact avec une solution de paraquat à 20% peut entraîner une
inflammation et l'apparition de cloques; les ongles peuvent se fendre
et tomber.
Si de grandes quantités de paraquat sont en contact pendant plusieurs
heures avec une peau endommagée:
-- essoufflement lié à l'évolution de l'atteinte pulmonaire,
-- dans certains cas, la victime urine très peu, ce qui indique
une atteinte rénale,
-- dans certains cas, il y a apparition d'une jaunisse et de
signes de lésion hépatique.
* Atteinte oculaire:
-- la solution de paraquat à 20% entraîne une inflammation
sévère, mais les yeux guérissent totalement s'ils sont
correctement traités.
* En cas d'inhalation:
Les pulvérisations et les poussières peuvent entraîner des
saignements de nez.
Ce qu'il faut faire
Donner les premiers soins. Si la victime est inconsciente ou
somnolente, l'allonger sur le côté dans la position de sécurité.
Vérifier sa respiration toutes les 10 minutes et la garder au chaud.
En cas d'ingestion
Ne rien donner par voie buccale si la victime présente des
ulcères importants dans la bouche, car elle sera probablement
incapable d'avaler.
En cas de douleur sévère, donner des bains de bouche ou utiliser
des anesthésiques locaux en pulvérisation. Si la victime peut
avaler, lui donner de l'eau glacée ou de la crème glacée.
Si l'ingestion remonte à moins de 4 heures et si la victime est
tout à fait consciente, ne vomit pas et peut avaler, lui donner à
boire du charbon activé dans de l'eau. Avec le charbon, donner du
sulfate de sodium ou de magnésium.
Atteinte oculaire
Rincer les yeux à l'eau pendant au moins 15 à 20 minutes.
Vérifier qu'il ne reste aucune particule solide de produit sur
les cils et les sourcils, ni dans les plis cutanés entourant les
yeux.
Atteinte cutanée
Retirer immédiatement tous les vêtements, chaussures, chaussettes
et bijoux contaminés. Faire attention de ne pas se contaminer
soi-même (peau ou vêtements). Laver soigneusement à l'eau froide
ou tiède et au savon la peau, les ongles et les cheveux de la
victime, pendant au moins 15 minutes, si possible à l'eau
courante.
Emmener la victime à l'hôpital aussi vite que possible.
Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital
En cas d'ingestion, si la victime est consciente, respire normalement
et peut déglutir, lui donner deux tasses d'eau à boire toutes les
heures.
Si elle présente des signes d'oedème pulmonaire, traiter comme indiqué
au Chapitre 9.
Renseignements destinés aux médecins (en-dehors de l'hôpital)
Le cas échéant, instituer un traitement de soutien:
-- liquides intraveineux,
-- morphine contre la douleur
Ne pas donner d'oxygène, qui risque d'aggraver les lésions
pulmonaires, sauf si la personne présente une détresse respiratoire.
On peut donner de l'oxygène aux sujets qui ont peu de chance de se
rétablir, si cela les soulage.
Il n'y a pas de traitement infaillible des intoxications modérées ou
sévères au paraquat.
Pesticides organochlorés
Pesticides traités dans cette section
Il existe de nombreux pesticides organochlorés. Parmi les plus connus
on retiendra l'aldrine, le chlordane, le DDT, la dieldrine,
l'endosulfan, l'endrine et le lindane (également connu sous le nom
d'hexachlorure de benzène gamma ou de gamma-HCH).
Utilisations
Les pesticides organochlorés sont très largement employés dans
l'agriculture et pour lutter contre les insectes porteurs de maladies
comme les moustiques (paludisme). On utilise également le lindane
contre les puces, poux, escargots et limaces et on en vaporise sur les
graines pour les préserver de l'attaque des insectes.
Ces produits peuvent se présenter sous forme de poussières, de poudres
mouillables, de granulés ou de liquides. Certains d'entre eux sont à
brûler et dégagent une fumée qui tue les insectes. Les produits anti-
poux se présentent sous forme de lotions ou de shampoings.
Mode d'action
Ils agissent sur le cerveau et la respiration. Les produits liquides
peuvent également contenir des solvants tels que les distillats de
pétrole qui, s'ils sont ingérés, risquent de provoquer un oedème
pulmonaire.
Toxicité
Ils sont toxiques s'ils sont ingérés, inhalés, ou s'ils sont en
contact avec la peau. Les quantités toxiques sont très variables d'un
pesticide à l'autre. L'aldrine, la dieldrine, l'endrine et
l'endosulfan sont plus toxiques que le chlordane, le DDT et le
lindane.
Risques particuliers
Les gens peuvent s'intoxiquer s'ils ne se lavent pas après avoir
utilisé le pesticide, ou s'ils pénètrent dans des habitations où la
pulvérisation vient d'avoir lieu. Utilisé en trop grande quantité ou
trop souvent, le shampoing au lindane peut entraîner une intoxication
chez le jeune enfant. Il est arrivé que des gens s'intoxiquent en
mangeant des aliments contaminés par ces produits.
Signes et symptômes
Les effets se font en général sentir au bout de 1 à 6 heures.
L'intoxication par le DDT peut se manifester jusqu'à 48 heures après
l'exposition.
* En cas d'ingestion:
-- vomissements, diarrhée et maux de ventre,
-- anxiété, excitation et faiblesse,
-- maux de tête et vertiges,
-- tremblements et frissons,
-- convulsions,
-- perte de connaissance,
-- respiration rapide, coloration bleue de la peau et signes
d'oedème pulmonaire, si le produit contient des distillats
de pétrole.
* En cas d'inhalation:
-- brûlures des yeux, du nez ou de la gorge,
-- anxiété, excitation et faiblesse,
-- maux de tête et vertiges,
-- tremblements et frissons,
-- convulsions,
-- perte de connaissance.
* Atteinte oculaire:
-- irritation possible.
* Atteinte cutanée:
-- irritation et éruption cutanée peuvent se produire,
-- mêmes effets qu'en cas d'inhalation.
Ce qu'il faut faire
S'il y a des poussières, gaz ou vapeurs toxiques, sortir la victime au
grand air. Pour cela, porter un masque respiratoire afin de ne pas
s'intoxiquer soi-même.
Donner les premiers soins. Si la victime est inconsciente ou
somnolente, l'allonger sur le côté dans la position de sécurité.
Vérifier sa respiration toutes les 10 minutes et la garder au chaud.
En cas de convulsions, traiter comme indiqué au Chapitre 5.
Si le produit a été ingéré, ne pas donner de lait à boire, ni quoi que
ce soit de gras ou de huileux par voie buccale.
Atteinte oculaire
Rincer les yeux à l'eau pendant au moins 15 à 20 minutes.
Vérifier qu'il ne reste aucune particule solide de produit
chimique sur les cils et les sourcils, ni dans les plis cutanés
entourant les yeux.
Atteinte cutanée
Retirer immédiatement les vêtements, chaussures, chaussettes ou
bijoux contaminés. Laver soigneusement la peau, les ongles et les
cheveux de la victime à l'eau froide ou tiède et au savon pendant
au moins 15 minutes, si possible à l'eau courante.
Emmener la victime à l'hôpital aussi vite que possible.
Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital
En cas d'ingestion: si celle-ci remonte à moins de 4 heures, et si
la victime est tout à fait consciente, respire normalement et n'a pas
eu de convulsions:
* La faire vomir, sauf si elle a déjà abondamment vomi.
* Lui donner à boire du charbon activité dans de l'eau. Si les
vomissements ont été provoqués, attendre qu'ils aient cessé.
Donner du sulfate de sodium ou de magnésium en même temps que le
charbon.
Si la victime présente des signes d'oedème pulmonaire, traiter comme
indiqué au Chapitre 9.
Renseignements destinés aux médecins (en-dehors de l'hôpital)
Ces produits agissent sur les régions du cerveau qui contrôlent la
respiration, l'activité musculaire et le rythme cardiaque. Surveiller
le pouls, la respiration et la tension artérielle. Le cas échéant,
instituer un traitement de soutien, notamment une oxygénothérapie et
une ventilation assistée. En cas de crises convulsives répétées, faire
une injection intraveineuse de diazépam.
Dose: Adultes: 10 à 20 mg, à raison de 0,5 ml (2,5 mg) toutes les
30 secondes, à renouveler le cas échéant au bout de 30 à 60
minutes; on peut poursuivre avec une perfusion intraveineuse
jusqu'à un maximum de 3 mg/kg de poids corporel en 24
heures.
Enfants: 200 à 300 µg/kg de poids corporel.
Il n'y a pas d'antidote. La dialyse, l'hémoperfusion et la diurèse
sont inutiles.
Phénol et substances apparentées
Substances chimiques traitées dans cette section
On évoquera ici le phénol (également appelé acide carbolique), le
créosote (également appelé goudron végétal ou goudron de houille) et
le crésol.
Utilisations
Le phénol et le crésol sont utilisés comme désinfectants et
antiseptiques. Le créosote est employé comme agent protecteur du bois.
Mode d'action
Ces produits sont corrosifs, mais ne provoquent pas des brûlures aussi
graves que les acides ou les bases forts. Ils agissent sur le coeur,
le cerveau, la respiration, le foie et les reins.
Toxicité
Ils sont toxiques après ingestion, inhalation ou absorption à travers
la peau. L'exposition à de grandes quantités de produit peut entraîner
le décès.
Signes et symptômes
* En cas d'ingestion:
-- brûlures autour et dans la bouche, dans la gorge,
-- vomissements et diarrhées,
-- respiration rapide au début,
-- pouls rapide et faible,
-- hypotension artérielle,
-- perte de connaissance,
-- convulsions,
-- signes d'insuffisance rénale: la victime urine très peu et
ses urines sont foncées
-- signes de lésion hépatique,
-- oedème pulmonaire,
Leurs effets sur le coeur et la respiration peuvent entraîner le
décès.
* En cas d'inhalation:
-- mêmes effets qu'en cas d'ingestion, mais sans brûlure de la
bouche et de la gorge, sans vomissements et ni diarrhée.
* Atteinte oculaire:
-- douleur sévère, yeux rouges et larmoyants,
-- cécité.
* Atteinte cutanée:
-- brûlures chimiques, en général indolores,
-- la peau apparaît blanche et ridée (avec le crésol, elle est
rouge),
-- mêmes effets qu'en cas d'ingestion, mais sans brûlure de la
bouche et de la gorge, sans vomissements ni diarrhée.
Ce qu'il faut faire
Donner les premiers soins. En cas d'arrêt respiratoire, dégager les
voies aériennes, nettoyer les lèvres de la victime et faire un
bouche-à-bouche ou un bouche-à-nez. Si la victime est inconsciente ou
somnolente, l'allonger sur le côté dans la position de sécurité.
Vérifier sa respiration toutes les 10 minutes et la garder au chaud.
En cas de convulsions, traiter comme indiqué Chapitre 5.
Atteinte oculaire
Tamponner le visage très doucement à l'aide d'un linge ou d'un
papier pour éponger le produit chimique. Rincer les yeux à l'eau
pendant au moins 15 à 20 minutes.
Atteinte cutanée
Retirer immédiatement les vêtements, chaussures, chaussettes et
bijoux contaminés. Prendre garde à ne pas se contaminer soi-même
(peau, vêtements). Laver soigneusement à l'eau froide ou tiède et
au savon la peau, les ongles et les cheveux de la victime pendant
au moins 15 minutes, si possible à l'eau courante. Si la surface
touchée est importante, utiliser une douche ou un tuyau
d'arrosage, mais en protégeant les yeux de la victime.
L'emmener à l'hôpital le plus vite possible.
Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital Si
l'ingestion du produit chimique remonte à moins de 4 heures et si la
victime est tout à fait consciente et n'a pas de convulsions, lui
donner à boire du charbon activité dans de l'eau. Ne pas la faire
vomir.
S'il y a des signes d'oedème pulmonaire, traiter comme indiqué au
Chapitre 9. Si la victime présente des signes d'insuffisance rénale,
traiter comme indiqué au Chapitre 9.
Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)
En plus des effets mentionnés plus haut, ces produits peuvent être à
l'origine de lésions intestinales (dues à leur effet corrosif), d'une
acidose métabolique, de troubles du rythme cardiaque et d'une
méthémoglobinémie.
Surveiller la respiration, le pouls et la tension artérielle.
Instituer le cas échéant un traitement de soutien, notamment une
oxygénothérapie et une ventilation assistée:
* On traitera l'hypotension artérielle par administration
intraveineuse de liquides.
* En cas de crises convulsives répétées, faire une injection
intraveineuse de diazépam.
Dose: Adultes: 10 à 20 mg à raison de 0,5 ml (2,5 mg) toutes les
30 secondes, à renouveler le cas échéant au bout de 30 à 60
minutes; on peut poursuivre avec une perfusion intraveineuse
jusqu'à un maximum de 3 mg/kg de poids corporel en 24
heures.
Enfants: 200 à 300 µg/kg de poids corporel.
Il n'y a pas d'antidote.
Phosphure d'aluminium et phosphure de zinc
Utilisations
Les phosphures d'aluminium et de zinc sont utilisés pour la
conservation des céréales (spécialement le blé et le froment), et
comme raticides. Pour la conservation des céréales, ils sont
habituellement vendus sous forme de comprimés et comme raticides sous
forme de granulés ou d'appâts.
Mode d'action
Humides, les phosphures libèrent des vapeurs toxiques de phosphine.
Après ingestion de phosphure d'aluminium ou de zinc, les effets
toxiques sont dus à la libération de phosphine dans l'intestin. La
phosphine agit sur l'intestin, le foie, les reins, les poumons et le
coeur.
Toxicité
La phosphine est très toxique. Les personnes qui ingèrent des
phosphures ou respirent de la phosphine meurent en quelques heures.
Une forte concentration de phosphine dans un espace clos peut
entraîner un décès presque immédiat. Par contre, une faible
concentration peut entraîner une intoxication chronique. Comme les
comprimés et les pastilles de phosphure d'aluminium et de zinc
dégagent de la phosphine quand ils sont exposés à l'air, ils
deviennent rapidement moins toxiques.
Risques particuliers
Dans certains pays, les raticides à base de phosphure d'aluminium ou
de zinc sont en vente libre et beaucoup de gens les utilisent pour des
tentatives de suicide. Il peut également y avoir intoxication à la
phosphine lorsque:
-- des gens travaillent dans les soutes de bateaux transportant
des cargaisons traitées par les phosphures,
-- des soudeurs utilisent de l'acétylène contenant de la
phosphine en tant qu'impureté,
-- des personnes habitent ou travaillent à proximité de silos à
grains où l'on utilise des phosphures.
Signes et symptômes
En cas d'ingestion ou d'inhalation de poussières ou vapeurs de
phosphures, on observe:
* Intoxication aiguë :
-- vomissements sévères et maux de ventre
-- douleur thoracique
-- hypotension artérielle
-- signes de choc: pouls rapide et faible, peau moite et froide
-- perte de connaissance
-- signes d'oedème pulmonaire apparaissant dans les 6-24 heures
suivant l'exposition
-- signes d'insuffisance rénale et hépatique apparaissant dans
les 12-24 heures suivant l'exposition.
* Intoxication chronique:
-- mal de dents,
-- faiblesse,
-- perte de poids et d'appétit,
-- fragilisation des os, particulièrement ceux de la mâchoire
(nécrose phosphorée).
Ce qu'il faut faire
Evacuer le patient loin des poussières, vapeurs ou gaz toxiques. Pour
cela, se protéger à l'aide d'un masque respiratoire.
Administrer les premiers soins. Si le patient est inconscient ou
somnolent, l'allonger sur le côté dans la position de sécurité.
Surveiller sa respiration toutes les 10 minutes et le garder au chaud.
Transporter le patient à l'hôpital le plus rapidement possible.
Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital
En cas d'ingestion: si le patient est tout à fait conscient, respire
normalement et ne vomit pas, lui donner à boire du charbon activé dans
de l'eau.
S'il présente des signes d'insuffisance rénale, le soigner comme
indiqué au Chapitre 9; s'il y a des signes d'atteinte hépatique,
traiter comme indiqué au Chapitre 9; et s'il y a des signes d'oedème
pulmonaire, traiter comme indiqué au Chapitre 9.
Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)
En plus des effets cités plus haut, l'intoxication aiguë peut
entraîner des troubles du rythme cardiaque et l'intoxication chronique
être à l'origine de lésions hépatiques et rénales et d'une anémie.
Surveiller le pouls, la respiration et la tension artérielle.
Surveiller les fonctions hépatique et rénale. Instituer, le cas
échéant, un traitement de soutien avec oxygène et ventilation
mécanique:
* perfusion de liquides et d'électrolytes pour remplacer les pertes
causées par les vomissements
* traitement du choc.
Il n'y a pas d'antidote. En cas d'intoxication chronique, faire une
numération formule sanguine et autres tests sanguins.
Raticides
On peut utiliser de nombreuses substances contre les rats, souris et
autres petits rongeurs:
-- arsenic, voir p. 121.
-- phosphure d'aluminium, voir p. 150.
-- strychnine, voir p. 155.
-- thallium, voir p. 157.
-- warfarine et autres substances chimiques ayant les mêmes
effets (brodifacoum, bromadiolone, chlorophacinone,
coumafuryl, difénacoum), voir p. 160.
Répulsifs contre les insectes
Substances chimiques traitées dans cette section
Le diéthyltoluamide, également appelé N,N-diéthyl-3-toluamide ou
deet.
Utilisations
Le diéthyltoluamide est utilisé en application cutanée comme répulsif
afin d'éviter les morsures de moustiques, de puces et de mouches. Il
n'a aucun effet contre les insectes piqueurs. Ces produits se trouvent
sous forme de lotions, de sticks, de pulvérisateurs d'aérosols ou de
serviettes imprégnées. La concentration peut aller de 5% à 100%.
Mode d'action
Il provoque des lésions cérébrales. Sur la peau, son usage répété peut
entraîner des éruptions et des dermatites.
Toxicité
Les intoxications graves sont assez rares. Elles résultent en général
de l'ingestion de grandes quantités d'un produit fortement concentré,
ou d'une application cutanée excessive pendant plusieurs semaines. On
rapporte plus souvent des intoxications chez l'enfant que chez
l'adulte et les filles semblent être plus sujettes à ces intoxications
que les garçons. L'intoxication aiguë peut entraîner des lésions
cérébrales chez l'enfant, mais c'est rare.
Risques particuliers
Il est arrivé que des enfants soient intoxiqués par des répulsifs
pulvérisés sur leur peau plusieurs semaines de suite, ou après avoir
dormi dans des lits dans lesquels on avait pulvérisé du deet. Chez
l'enfant, l'intoxication aiguë peut être prise pour une infection
virale.
Signes et symptômes
* En cas d'ingestion
Petites quantités ou produits en contenant une faible concentration:
-- nausées et vomissements,
-- maux de ventre,
-- diarrhée.
Quantités importantes de produits fortement concentrés, dans les 30
minutes à 6 heures qui suivent:
-- perte de connaissance,
-- convulsions,
-- signes de lésion hépatique.
Plus rarement, l'intoxication aiguë chez l'enfant peut entraîner des
lésions cérébrales:
-- difficultés d'élocution,
-- difficultés de locomotion,
-- mouvements anormaux des doigts et des orteils,
-- tremblements,
-- convulsions,
-- respiration superficielle,
-- hypotension artérielle,
-- pouls rapide.
* Atteinte oculaire:
-- irritation, qui peut être sévère si le produit est
concentré.
* Atteinte cutanée:
Si la solution est concentrée, (> 50% de deet):
-- sensation de brûlure,
-- cloques et ulcères.
Après un usage répété:
-- rougeur et éruption,
-- signes d'intoxication en cas d'utilisation de quantités
excessives.
Ce qu'il faut faire
Donner les premiers soins. Si la victime présente un arrêt
respiratoire, dégager les voies aériennes et faire un bouche-à-bouche
ou un bouche-à-nez. Si elle est inconsciente ou somnolente, l'allonger
sur le côté dans la position de sécurité, en vérifiant sa respiration
toutes les 10 minutes et en la gardant au chaud.
Si elle présente des convulsions, traiter comme indiqué au Chapitre 5.
Atteinte oculaire
Rincer les yeux à l'eau courante pendant au moins 15 à 20
minutes.
Atteinte cutanée
Si le contact cutané est plus important que pour une utilisation
normale du répulsif, retirer immédiatement les vêtements
contaminés. Laver soigneusement la peau, des ongles et des
cheveux de la victime à l'eau froide ou tiède et au savon,
pendant au moins 15 minutes, si possible à l'eau courante.
Les personnes qui présentent des signes et symptômes évoquant une
ingestion massive de produit, ou une irritation sévère de la peau ou
des yeux, doivent être emmenées à l'hôpital aussi vite que possible.
Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital
En cas d'ingestion: si l'ingestion d'une quantité excessive remonte
à moins de 4 heures et si la personne est totalement consciente,
respire normalement et n'a pas eu de convulsions:
* La faire vomir, à moins qu'elle n'ait déjà vomi abondamment.
* Lui donner à boire du charbon activé dans de l'eau. Si l'on a
provoqué les vomissements, attendre que ces derniers aient cessé.
En même temps que le charbon, donner du sulfate de sodium ou de
magnésium.
Si la victime présente des signes de lésion hépatique, traiter comme
indiqué au Chapitre 9.
Renseignements destinés aux médecins (en-dehors de l'hôpital)
Il arrive que les enfants présentent une encéphalopathie toxique, mais
c'est rare. La confusion peut alors se faire avec une encéphalite
virale ou une épilepsie.
En cas d'intoxication grave, surveiller la respiration, le coeur, la
tension artérielle, l'équilibre hydroélectrolytique. Le cas échéant,
on instituera un traitement de soutien, comprenant l'administration
d'oxygène et une ventilation mécanique.
* on traitera l'hypotension artérielle par l'administration de
liquides intraveineux;
* en cas de convulsions, d'augmentation du tonus musculaire,
d'opisthotonos ou de tremblements, on administrera du diazépam ou
du phénobarbital.
Dose de diazépam pour injection intraveineuse :
Adultes: 10 à 20 mg, à raison de 0,5 ml (2,5 mg) toutes les 30
secondes, à renouveler le cas échéant au bout de 30 à 60 minutes; on
peut poursuivre avec une perfusion intraveineuse jusqu'à un maximum de
3 mg/kg de poids corporel en 24 heures.
Enfants: 200 à 300 µg/kg de poids corporel.
Strychnine
La strychnine est fabriquée à partir des graines de l'arbre appelé
Strychnos nux-vomica.
Utilisations
On emploie la strychnine pour tuer les rats, les souris et autres
animaux. On l'utilisait auparavant dans certains médicaments comme les
toniques et les laxatifs, mais cet usage n'est plus recommandé. En
Inde, un produit destiné à tuer les chiens, appelé kuchlla, contient
de la strychnine.
Mode d'action
Elle agit sur les nerfs qui contrôlent les muscles.
Toxicité
La strychnine est extrêmement toxique si elle est ingérée et agit très
rapidement. Même en quantité extrêmement faible, elle peut provoquer
la mort, mais traités en milieu hospitalier, certains malades se
rétablissent. Elle ne traverse pas la peau.
Risques particuliers
La plupart des cas d'intoxication font suite à des tentatives de
suicide. L'intoxication accidentelle est rare.
Signes et symptômes
* En cas d'ingestion
Au bout de 15 minutes:
-- engourdissement et raideur du visage et du cou,
-- peur,
-- contractions musculaires involontaires,
-- convulsions et spasmes musculaires douloureux durant 1 à 2
minutes, survenant toutes les 5 à 10 minutes; bras et jambes
sont tendus et le corps en arc de cercle n'est soutenu que
par la tête et les pieds,
-- yeux proéminents,
-- la victime est en général tout à fait consciente,
-- sa respiration est difficile et peut s'arrêter lors des
crises convulsives; la peau est bleue,
-- la température est élevée,
-- il y a des signes de lésions rénales.
Ce qu'il faut faire
Donner les premiers soins. En cas d'arrêt respiratoire, dégager les
voies aériennes, nettoyer les lèvres de la victime et faire un
bouche-à-bouche ou un bouche-à-nez.
Si la victime est inconsciente ou somnolente, l'allonger sur le côté
dans la position de sécurité. Vérifier sa respiration toutes les 10
minutes et la garder au chaud.
Garder la victime aussi calme et immobile que possible car tout
mouvement peut déclencher des convulsions.
En cas de convulsions, traiter comme indiqué au Chapitre 5.
Emmener la victime à l'hôpital aussi vite que possible.
Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital.
Garder la victime au calme dans une pièce sombre.
Ne pas la faire vomir car les vomissements pourraient déclencher des
convulsions.
Si elle ne présente aucun signe ni symptôme, lui donner à boire du
charbon activé dans de l'eau.
Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)
Des crises convulsives répétées peuvent entraîner l'apparition d'une
forte température, d'une rhabdomyolyse (claquage musculaire), et d'une
insuffisance rénale.
On instituera le cas échéant un traitement de soutien:
* Oxygène et ventilation mécanique pendant les crises;
* En cas de crises convulsives répétées, administer du diazépam par
injection intraveineuse; si cela ne suffit pas, il peut falloir
paralyser la victime et la ventiler.
Dose de diazépam:
Adultes: 10 à 20 mg, à raison de 0,5 ml (2,5 mg) en 30 secondes, à
renouveler le cas échéant au bout de 30 à 60 minutes; on peut
poursuivre avec une perfusion intraveineuse jusqu'à un maximum de 3
mg/kg de poids corporel en 24 heures.
Enfants: 200 à 300 µg/kg de poids corporel.
Thallium
Utilisations
On utilise les sels de thallium contre les rats, souris et autres
rongeurs, et contre les fourmis, mais beaucoup de pays en interdisent
la vente comme pesticide. Ils ont été employés sous forme de crème
pour l'épilation, mais cet usage n'est pas recommandé. Ils sont
largement employés dans l'industrie.
Mode d'action
Le thallium agit sur l'intestin, les nerfs, la peau et les cheveux.
Toxicité
Les sels de thallium sont très toxiques s'ils sont ingérés ou amenés
au contact de la peau. L'exposition à de faibles quantités de sels de
thallium durant plusieurs semaines, qu'il s'agisse d'ingestion, de
contact cutané ou d'inhalation de vapeurs métalliques, peut entraîner
une intoxication chronique.
Risques particuliers
Les appâts pour rats à base de thallium, de céréales et de miettes de
biscuits ou de miel peuvent être pris pour de la nourriture. Les
ouvriers de l'industrie peuvent souffrir d'intoxication chronique à
force d'inhaler des vapeurs ou des poussières, ou de manipuler des
produits sans porter de gants.
Signes et symptômes
Intoxication aiguë
* En cas d'ingestion
Les effets apparaissent lentement au bout de 2 ou 3 jours:
-- maux de ventre, nausées, vomissements et constipation,
-- doigts et orteils douloureux ou engourdis,
-- fatigue,
-- convulsions.
Au bout de 7 jours:
-- plantes des pieds douloureuses ou engourdies, empêchant la
victime de se tenir debout ou de se déplacer,
-- vertiges,
-- paupières tombantes,
-- fièvre,
-- troubles de l'élocution et du comportement,
-- tremblements, mouvements étranges des bras et des jambes,
-- signes de lésion rénale.
Au bout de 10 à 14 jours:
-- chute des cheveux.
Le décès peut survenir jusqu'à cinq semaines après l'ingestion de
thallium.
Intoxication chronique (après ingestion, exposition cutanée ou
inhalation de vapeurs):
-- chutes des cheveux laissant des plaques chauves,
-- hypersalivation,
-- gencives parcourues d'un liséré bleu (liséré de Burton),
-- nausées, vomissements, maux d'estomac et constipation,
-- bras et jambes douloureux ou engourdis.
Ce qu'il faut faire
Donner les premiers soins. Si la victime présente une crise
convulsive, traiter comme indiqué au Chapitre 5.
Atteinte oculaire
Rincer les yeux à l'eau pendant au moins 15 à 20 minutes.
Vérifier qu'il ne reste aucune particule solide de produit
chimique sur les cils et les sourcils, ni dans les plis cutanés
entourant les yeux.
Atteinte cutanée
Retirer immédiatement tous les vêtements, chaussures, chaussettes
et bijoux contaminés. Laver soigneusement à l'eau froide ou tiède
et au savon la peau, les ongles et les cheveux de la victime
pendant au moins 15 minutes, si possible à l'eau courante.
Emmener la victime à l'hôpital.
Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital
Si l'ingestion remonte à moins de 4 heures et si la victime est tout à
fait consciente, respire normalement, n'a pas eu de contractions
musculaires, ni de convulsions:
* La faire vomir, sauf si elle a déjà vomi abondamment.
* Lui donner à boire du charbon activé dans de l'eau. Si les
vomissements ont été provoqués, attendre pour cela qu'ils aient
cessé.
Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)
Surveiller la respiration, la tension artérielle, le pouls, les
fonctions rénale et hépatique. Le cas échéant, instituer un traitement
de soutien, notamment une oxygénothérapie et une ventilation assistée.
En cas de crises convulsives répétées, administrer du diazépam par
injection intraveineuse.
Dose: Adultes: 10 à 20 mg, à raison de 0,5 ml (2,5 mg) toutes les
30 secondes, à renouveler le cas échéant, au bout de 30 à 60
minutes; on peut poursuivre avec une perfusion intraveineuse
jusqu'à un maximum de 3 mg/kg de poids corporel en 24
heures.
Enfants: 200 à 300 µg/kg de poids corporel.
L'antidote est le ferricyanoferrate de potassium (bleu de Prusse).
S'il n'est pas disponible, on peut le remplacer par du ferrocyanure
ferrique. Contacter un centre antipoisons pour savoir s'il en a.
Dose: 250 mg/kg de poids corporel par jour, en quatre prises, par
voie buccale ou par sonde gastrique, jusqu'à ce que la
concentration de thallium dans les urines soit inférieure à
0,5 m g pendant 24 heures. L'antidote peut entraîner une
constipation, et il faut donc associer un purgatif léger
(par ex., 50 ml de sorbitol à 15%) à chaque dose.
En cas d'insuffisance rénale, faire une hémodialyse.
Warfarine et autres pesticides ayant un effet anticoagulant
Substances chimiques traitées dans cette section
On parlera ici du coumafuryl, de la warfarine et «des superwarfarines»
(brodifacoum, bromadiolone, chlorophacinone et difénacoum).
Utilisations
Ces substances sont utilisées contre les rats et les souris. Elles
sont en général mélangées à du maïs, ou se présentent sous forme de
granulés souvent colorés en bleu ou en vert de façon à ne pas les
confondre avec des aliments. La warfarine est également utilisée en
médecine comme anticoagulant.
Pour de plus amples informations sur les autres substances chimiques
parfois employées comme rodenticides voir p. 152.
Mode d'action
En cas d'ingestion, ces produits empêchent toute coagulation sanguine,
entraînant des hémorragies internes.
Toxicité
Warfarine, coumafuryl: ingérés en petite quantité, il est peu
probable qu'ils aient un effet quelconque. Des doses renouvelées sur
plusieurs jours ou plusieurs semaines peuvent entraîner une
intoxication grave, voire le décès. Les médecins qui prescrivent un
traitement au long cours par la warfarine doivent vérifier le temps de
coagulation de leurs patients.
Brodifacoum, bromadiolone, chlorophacinone et difénacoum:
l'ingestion d'une dose suffit à entraîner des signes d'intoxication et
les effets de cette intoxication peuvent être sévères et durer un
certain temps.
Risques particuliers
Les raticides sont souvent disposés dans des soucoupes à même le sol,
où les enfants peuvent les trouver facilement.
Signes et symptômes
* En cas d'ingestion
Au bout de 12 à 48 heures, on peut observer:
-- les plaies saignent plus longtemps que d'habitude,
-- apparition d'ecchymoses et d'éruptions cutanées,
-- présence de sang dans les urines,
-- la victime tousse et crache du sang,
-- présence de sang dans les selles, ce qui indique une
hémorragie intestinale,
-- douleurs dorsales ou abdominales.
Pour la warfarine et le coumafuryl: les effets durent 3 à 4 jours.
Pour le brodifacoum, le difénacoum, la bromadiolone et la
chlorophacinone: ces effets peuvent durer des semaines ou des mois.
Ce qu'il faut faire
Si la victime n'a avalé que quelques bouchées d'un appât raticide
contenant de la warfarine ou du coumafuryl, il n'y a pas lieu de faire
quoi que ce soit. Si l'on pense qu'elle en a ingéré davantage ou si
l'on ignore ce que contient l'appât, l'emmener à l'hôpital le plus
vite possible.
Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital
Si l'ingestion remonte à moins de 4 heures et si la victime est tout à
fait consciente et respire normalement:
* La faire vomir. Si la warfarine a été prise à titre de
médicament, ne pas faire vomir le patient, car cela risque de
provoquer une hémorragie intestinale.
* Lui donner à boire du charbon activé dans de l'eau. Si les
vomissements ont été provoqués, attendre pour cela qu'ils aient
cessé.
Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)
Pour arrêter rapidement des hémorragies, il faut pratiquer des
transfusions de sang total ou de plasma frais congelé. Dans la mesure
du possible, on surveillera le temps de coagulation ou le temps de
Quick et la numération globulaire.
Brodifacoum, difénacoum, bromadiolone et chlorophacinone: même s'il
n'y a aucun signe ni symptôme, ou si l'intoxication est bénigne, on
mesurera le rapport des taux de prothrombine au bout de 24, 48 et 72
heures.
L'antidote est la phytoménadione (vitamine K1). Elle permet de
restaurer la valeur initiale du temps de Quick et d'arrêter les
hémorragies. Le temps de Quick doit être redevenu normal dans les 12 à
36 heures, mais il faut parfois pour cela des prises quotidiennes
régulières pendant plusieurs semaines, selon la substance surdosée.
Dose: Pour une intoxication sévère: perfusion intraveineuse lente
de 9 g de phytoménadione par litre (0,9%) de solution de
chlorure de sodium ou de glucose. Adultes: 100 à 200 mg par
jour peuvent être nécessaires pendant plusieurs jours ou
plusieurs semaines. Les doses peuvent être nécessaires
toutes les 6 à 8 heures. Le temps de Quick devra être
vérifié fréquemment jusqu'à ce qu'il redevienne normal; cela
peut prendre des semaines ou des mois dans les cas graves.
Si le temps de coagulation ou le temps de Quick sont allongés, mais
que les effets sont sans gravité, faire une injection intramusculaire
de phytoménadione.
Dose: Adultes, 5 à 10 mg; enfants, 1 à 5 mg.
Substances chimiques à usage domestique et professionnel
Benzène, tétrachloro-éthylène, toluène, trichloro-éthane,
trichloréthylène et xylène
Substances chimiques traitées dans cette section
On analysera dans cette section les effets de trois hydrocarbures
aromatiques --- le benzène (à ne pas confondre avec la benzine), le
toluène et le xylène --- et de trois hydrocarbures chlorés --- le
tétrachloro-éthylène (également appelé perchloréthylène), le 1,1,1-
trichloro-éthane, et le trichloréthylène (également appelé
trichloréthène).
Note: Les autres hydrocarbures chlorés et aromatiques, par exemple le
tétrachlorure de carbone, peuvent avoir des effets toxiques
différents.
Utilisations normales et détournements d'usage
Le benzène est employé dans de nombreux procédés industriels et entre
également dans la composition des carburants. Les produits ménagers
n'en contiennent généralement pas.
Le toluène et le xylène sont utilisés dans de nombreux procédés
industriels. Ils sont également employés comme solvants dans les
colles, les peintures et les diluants à usage domestique ou
professionnel.
Le tétrachloro-éthylène est employé dans les produits de nettoyage à
sec et de dégraissage (détachants).
Le 1,1,1-trichloro-éthane est utilisé comme produit de nettoyage et
comme détachant, ainsi que dans les liquides correcteurs pour machines
à écrire.
On emploie le trichloréthylène dans toutes sortes de produits
domestiques: produits pour nettoyer les murs, les vêtements, les
tapis, liquides correcteurs, peinture, colle, produits de nettoyage à
sec, insecticides et fongicides. Il est également employé dans
l'industrie comme détachant et comme produit de nettoyage à sec.
Les produits liquides de nettoyage à sec peuvent contenir du
trichloréthylène ou du tétrachloro-éthlène. Le tétrachlorure de
carbone est parfois employé pour le même usage, mais ce n'est pas
recommandé car il est très toxique.
Certaines personnes détournent de leur usage les colles (qu'elles
«sniffent») ou autres produits contenant du toluène, du benzène, du
trichloréthylène ou du trichloro-éthane.
Mode d'action
Ces produits agissent sur le cerveau et le coeur. Les reins et le foie
peuvent également être atteints en cas d'exposition aiguë au
tétrachloro-éthylène, au trichloréthylène et au trichloro-éthane, et à
l'occasion d'une exposition chronique au toluène et au
trichloréthylène. L'exposition chronique au benzène a des effets sur
les globules sanguins et peut entraîner l'apparition d'un cancer des
globules (leucémie).
Sous forme liquide, ces produits irritent la peau et les yeux et
peuvent provoquer un oedème pulmonaire s'ils sont ingérés. Leurs
vapeurs sont irritantes pour les yeux, le nez et la gorge, et les
vapeurs de toluène et de xylène peuvent provoquer un oedème
pulmonaire.
Toxicité
S'ils sont inhalés ou ingérés, tous ces produits sont toxiques et
peuvent entraîner une mort subite en cas d'exposition aiguë . Le
contact cutané est peu susceptible de provoquer une intoxication
générale. Détournés de leur usage ils peuvent entraîner une
dépendance.
Risques particuliers
Les personnes qui font un usage immodéré de solvants risquent non
seulement de subir les effets toxiques de ce solvant, mais également
de s'étouffer en inhalant le dit solvant dans un sac en plastique, ou
de se blesser au cours de la crise hallucinatoire qui suit. Il est
dangereux de travailler avec ces produits si l'on ne se protège pas
correctement et si l'on ne respecte pas les consignes de sécurité
liées à leur usage.
Signes et symptômes
Benzène
Exposition aiguë
* En cas d'inhalation ou d'ingestion:
-- euphorie,
-- faiblesse,
-- maux de tête,
-- nausées,
-- troubles de la vision,
-- irritation du nez et des yeux,
-- tremblements,
-- troubles de la coordination motrice,
-- oppression thoracique et respiration superficielle,
-- pouls irrégulier,
-- perte de connaissance,
-- convulsions,
-- oedème pulmonaire.
* Atteinte cutanée
-- rougeur,
-- sécheresse cutanée et cloques.
* Atteinte oculaire
-- douleur,
-- yeux rouges et larmoyants,
-- il est impossible à la victime de regarder la lumière.
Il peut y avoir des lésions oculaires.
Exposition chronique
* En cas d'inhalation:
-- maux de tête,
-- vertiges,
-- perte de l'appétit,
-- fatigue.
* Atteinte cutanée:
-- sécheresse cutanées,
-- cloques.
Toluène et xylène
Exposition aiguë
* En cas d'inhalation:
-- excitation, euphorie, maux de tête,
-- vertiges,
-- nausées,
-- faiblesse,
-- somnolence,
-- troubles de la coordination motrice et démarche chancelante,
-- confusion,
-- irritation des yeux, du nez et de la gorge,
-- perte de connaissance,
-- oedème pulmonaire,
-- pouls irrégulier,
-- il peut y avoir arrêt cardiaque ou respiratoire.
* En cas d'ingestion:
-- vomissement et diarrhée,
-- oedème pulmonaire, et mêmes effets qu'en cas d'inhalation.
* Atteinte cutanée et oculaire:
-- effets analogues à ceux du benzène.
Exposition chronique
Une inhalation répétée peut entraîner:
-- faiblesse musculaire,
-- maux de ventre, présence de sang dans les vomissures,
-- lésions cérébrales,
-- lésions hépatiques et rénales.
Tétrachloro-éthylène, trichloro-éthane et trichloréthylène
Exposition aiguë
* En cas d'inhalation:
-- nausées et vomissements,
-- euphorie,
-- maux de tête et confusion,
-- vertiges,
-- faiblesse,
-- somnolence,
-- tremblements,
-- troubles de la coordination motrice,
-- convulsions,
-- perte de connaissance,
-- hypotension artérielle,
-- pouls irrégulier,
-- lésions hépatiques et rénales,
-- irritation des yeux, du nez et de la gorge,
-- il peut y avoir arrêt cardiaque ou respiratoire.
* En cas d'ingestion:
-- vomissements et diarrhée,
-- oedème pulmonaire et mêmes effets qu'en cas d'inhalation.
* Atteinte cutanée et oculaire:
-- Effets analogues à ceux du benzène.
Exposition chronique
Une inhalation répétée peut entraîner :
-- perte de poids, nausées et perte de l'appétit,
-- fatigue,
-- parfois lésions hépatiques et rénales,
-- maladie cardiaque.
Ce qu'il faut faire
Eloigner la victime des gaz toxiques ou des liquides répandus. Se
protéger en portant un masque respiratoire et des vêtements
protecteurs.
Donner les premiers soins. En cas d'arrêt respiratoire, dégager les
voies aériennes, nettoyer les lèvres de la victime et faire un
bouche-à-bouche. En cas d'arrêt cardiaque pratiquer un massage
cardiaque. Si la victime est inconsciente ou somnolente, l'allonger
sur le côté dans la position de sécurité. Vérifier sa respiration
toutes les 10 minutes et la garder au chaud.
Atteinte oculaire
Rincer les yeux à l'eau pendant au moins 15 à 20 minutes.
Atteinte cutanée
Retirer immédiatement les vêtements, chaussures, chaussettes et
bijoux contaminés. Laver soigneusement à l'eau froide et au savon
l'endroit touché pendant 15 minutes, si possible à l'eau
courante. Prendre garde à ne pas se contaminer soi-même (peau ou
vêtements).
Emmener la victime à l'hôpital aussi vite que possible. Si elle a
ingéré ou inhalé une substance chimique, l'allonger car il y a un
risque de problèmes cardiaques.
Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital
En cas d'ingestion: Si la victime est tout-à-fait consciente,
respire normalement et n'a pas eu de convulsions:
* La faire vomir si elle a ingéré plus de 2 à 3 bouchées de produit
dans l'heure qui a précédé et qu'elle ne vomit pas déjà.
* Lui donner à boire du charbon activé dans de l'eau. Pour cela,
attendre qu'elle ait fini de vomir.
Ne donner aucun aliment ni boisson gras.
Si la victime présente des signes d'oedème pulmonaire, traiter comme
indiqué au Chapitre 9. Si elle a des signes de lésion hépatique,
traiter comme indiqué au Chapitre 9. Si elle a des signes
d'insuffisance rénale, traiter comme indiqué au Chapitre 9.
Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)
Surveiller la respiration, la fréquence cardiaque et la tension
artérielle. Instituer le cas échéant un traitement de soutien,
notamment une oxygénothérapie et une ventilation mécanique. Ne pas
donner de stimulant comme l'adrénaline.
En cas d'intoxication grave, poursuivre la surveillance cardiologique
12 à 24 heures après le rétablissement apparemment complet de la
victime, car il existe un risque d'arythmies. L'exposition chronique
au benzène peut engendrer une anémie et une leucémie.
Borax, acide borique et perborate de sodium
Utilisations
Le borax est utilisé dans certains insecticides contre les fourmis,
dans les produits de conservation du bois, d'adoucissement de l'eau,
les collyres, bains de bouche et crèmes pour la peau. L'acide borique
a été utilisé pour désinfecter et laver les couches de bébés et a été
ajouté au talc, ce qui n'est plus recommandé car il est trop toxique.
Le perborate de sodium est employé comme agent lessivant, produit de
nettoyage des prothèses dentaires (fausses dents), et adoucisseur
d'eau. On l'ajoute à certains détergents et produits de lavage et de
désinfection des couches de bébés.
Mode d'action
S'ils sont ingérés ou au contact d'une peau humide, égratignée ou
endommagée, les borates sont irritants et toxiques. Ils provoquent des
lésions intestinales, cérébrales et rénales.
Toxicité
Ces produits sont très toxiques. Une seule dose importante suffit à
provoquer une intoxication aiguë , mais la plupart des produits
ménagers comme les détergents et les produits anti-fourmis en
contiennent de faibles quantités, et il est peu probable qu'une
bouchée de produit ingérée par un enfant soit toxique. Toutefois,
utilisé pendant plusieurs jours ou plusieurs semaines le talc qui
contient du borax ou de l'acide borique peut provoquer une
intoxication chronique sévère chez le nourrisson et entraîner le
décès. Il y a également un risque d'intoxication chronique lors de
l'utilisation régulière de bains de bouche dont on avale à chaque fois
de petites quantités.
Les comprimés et poudres pour le nettoyage des prothèses dentaires
sont corrosifs. Ingérés, ils peuvent se coller dans l'oesophage et
provoquer des brûlures graves; si on l'avale, la solution obtenue en
dissolvant ces comprimés dans de l'eau peut également provoquer des
brûlures.
Risques particuliers
Les crèmes dermiques ou le talc qui contiennent de l'acide borique
peuvent provoquer des intoxications graves chez le nourrisson et le
jeune enfant. Par ailleurs, les personnes âgées qui voient mal
risquent d'avaler des comprimés de produit de nettoyage des prothèses
dentaires en les prenant pour des bonbons.
Signes et symptômes
Intoxication aiguë
* En cas d'ingestion:
-- nausée,
-- vomissements et diarrhée sévères,
-- agitation,
-- convulsions,
-- perte de connaissance,
-- éruption cutanée rouge avec peau qui pèle, en particulier au
niveau des fesses, des paumes et des plantes de pieds,
-- signes d'insuffisance rénale.
* Atteinte oculaire:
-- sensation de piqûre et de brûlure,
-- larmoiement,
-- paupières enflées et rouges.
* Atteinte cutanée:
-- démangeaison et rougeur,
-- si sa peau était humide, portait des coupures ou des
égratignures, la personne peut également avoir des signes et
symptômes analogues à ceux observés en cas d'ingestion.
Intoxication chronique
L'ingestion ou le contact cutané répétés peuvent entraîner:
-- perte de l'appétit et perte de poids,
-- vomissements et diarrhée légère,
-- éruption cutanée rouge avec peau qui pèle, en particulier au
niveau des fesses, des paumes et des plantes de pieds,
-- chute des cheveux,
-- signes d'insuffisance rénale,
-- convulsions.
Ce qu'il faut faire
Donner les premiers soins, si la victime est inconsciente ou
somnolente, l'allonger sur le côté dans la position de sécurité.
Vérifier sa respiration toutes les 10 minutes et la garder au chaud et
au calme.
En cas de convulsions, traiter comme indiqué au Chapitre 5.
Atteinte oculaire
Brosser ou tamponner doucement la poudre ou le liquide présent
sur le visage. Rincer les yeux à l'eau pendant 15 à 20 minutes.
Vérifier qu'il ne reste aucune particule solide de substance sur
les cils et les sourcils, ni dans les plis cutanés entourant les
yeux.
Atteinte cutanée
Retirer immédiatement les vêtements, chaussures, chaussettes et
bijoux contaminés. Laver soigneusement à l'eau froide et au savon
l'endroit contaminé, si possible à l'eau courante. Rincer pendant
au moins 15 minutes.
Emmener la victime à l'hôpital aussi vite que possible.
Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital
Si la victime urine moins qu'il n'est normal, traiter comme indiqué au
Chapitre 9.
Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)
Instituer le cas échéant un traitement de soutien:
* Oxygénothérapie et ventilation mécanique.
* Prendre toutes les mesures voulues pour éviter une infection
cutanée.
* En cas de crises convulsives répétées, administrer du diazépam
par injection intraveineuse.
Dose: Adultes: 10 à 20 mg, à raison de 0,5 ml (2,5 mg) toutes les
30 secondes, à renouveler le cas échéant au bout de 30 à 60
minutes; on peut poursuivre avec une perfusion intraveineuse
jusqu'à un maximum de 3mg/kg de poids corporel en 24 heures.
Enfants: 200 à 300 µg/kg de poids corporel.
L'hémodialyse et la dialyse péritonéale permettent d'éliminer le
borate et peuvent s'avérer utiles en cas d'intoxication grave.
Colle
Produits traités dans cette section
On évoquera dans cette section les colles au cyanoacrylate et les
colles liquides (dissoutes dans l'eau), parfois appelées gommes ou
colles de pâte. En ce qui concerne les colles et produits adhésifs qui
contiennent du benzène, du toluène, du trichloréthylène ou du xylène,
voir p. 163.
Utilisations
Ces colles ont de très nombreux usages domestiques, artisanaux et dans
le cadre des activités de loisirs. Les colles au cyanoacrylate ont
également de nombreux usages industriels.
Mode d'action
Les colles liquides peuvent être légèrement irritantes pour le tube
digestif.
Toxicité
Elles ne sont pas toxiques si elles sont ingérées. La colle au
cyanoacrylate se solidifie dès qu'elle pénètre dans la bouche et ne se
dissout pas. Ces colles ne dégagent pas de vapeurs toxiques.
Risques particuliers
Les colles au cyanoacrylate agissent très rapidement et il est
difficile de séparer les surfaces ainsi collées. Les gens se collent
souvent les doigts ou les paupières par mégarde.
Signes et symptômes
En cas d'ingestion d'une colle au cyanoacrylate, il n'y a aucun signe
ni symptôme. La colle peut coller aux dents ou à l'intérieur de la
bouche.
S'il s'agit d'une colle dissoute dans l'eau, elle peut provoquer des
nausées et des vomissements.
Atteinte cutanée ou oculaire par une colle au cyanoacrylate
La colle n'irrite pas, ni ne brûle la peau. Cependant, si l'on se
colle les doigts ou les paupières, on risque de se blesser en essayant
de les décoller. La colle peut endommager la surface de l'oeil, mais
ne provoque pas de brûlures chimiques.
Ce qu'il faut faire
Colle au cyanoacrylate
Dans la bouche
Il n'est pas nécessaire d'éliminer la colle présente sur les
dents ou à l'intérieur de la bouche. Elle s'éliminera d'elle-même
au bout de quelques jours.
Atteinte cutanée
Il est inutile d'enlever la colle présente sur la peau, sauf si
l'on s'est collé des doigts ou si l'on est collé à quelque chose.
Tremper la partie touchée dans de l'eau chaude savonneuse et à
l'aide d'un objet contondant fin, comme le manche d'une cuillère,
écarter doucement les parties collées. Ne pas tirer dessus de
peur que la peau ne s'arrache.
Atteinte oculaire
Si les paupières sont collées, ne pas tirer dessus pour les
décoller. Recouvrir l'oeil d'un morceau de gaze. Les paupières se
décolleront au bout de 2 à 3 jours.
Colle liquide
En cas d'ingestion
Donner de l'eau à boire. Il est inutile d'emmener la personne à
l'hôpital.
Cosmétiques et produits de toilette
Produits traités dans cette section
Cette section traite de la plupart des cosmétiques et produits de
toilette, qui ont été rangés en deux catégories. Les produits de la
première sont peu susceptibles d'être toxiques, mais ceux de la
seconde peuvent l'être.
Cosmétiques et produits de toilette peu susceptibles d'être toxiques
Les produits qui suivent ne sont pas dangereux:
-- maquillage, rouge à lèvres et fard pour les yeux (à
l'exception du fard noir qui peut être toxique, voir plus
bas),
-- crèmes, huiles et lotions dermiques employées pour adoucir
ou protéger la peau,
-- dentifrice.
Les produits qui suivent contiennent des substances toxiques mais sont
en général vendus en petits flacons, de sorte qu'il est peu probable
qu'on puisse en avaler suffisamment pour s'intoxiquer:
-- antisudoraux et déodorants contenant de l'alcool éthylique,
-- durcisseurs et fortifiants pour ongles contenant des
substances chimiques irritantes,
-- vernis et laques pour les ongles contenant de l'acétone, du
toluène, du xylène ou de l'alcool éthylique.
Cosmétiques et articles de toilette pouvant être dangereux
La plupart des expositions aiguë s accidentelles ne provoquent que des
nausées, vomissements et diarrhées. Toutefois, dans certains cas,
elles peuvent avoir des effets plus graves:
* Fard noir pour les yeux, appelé surma en Inde, tiro au Nigéria et
khôl dans les pays arabes; contient parfois du plomb et peut
entraîner un saturnisme chronique lié à une utilisation au long
cours, ou une intoxication aiguë faisant suite à son ingestion en
grande quantité.
* Produits décolorants et éclaircissants pour les cheveux:
contiennent de l'eau oxygénée. Les solutions peu concentrées sont
peu irritantes, mais certains produits contiennent plus de 10%
d'eau oxygénée et risquent d'être corrosifs et de libérer de
l'oxygène dans l'estomac, provoquant des gaz et des douleurs.
* Produits pour teindre les cheveux; contiennent des colorants, de
l'isopropanol et des substances irritantes. L'isopropanol peut
engendrer une intoxication aiguë.
* Laques (pour cheveux): s'il est inhalé, le gaz propulseur peut
être dangereux.
* Produits lissants; contiennent de la soude caustique qui peut
provoquer des brûlures (voir substances caustiques et corrosives,
p. 214).
* Lotions pour permanentes et produits neutralisants après
permanentes; peuvent contenir du perborate de sodium, du bromate
de sodium, du bromate de potassium ou du chlorure mercurique.
* Dissolvants pour vernis à ongles: contiennent en général de
l'acétone ou de l'acétate d'éthyle. Les marques vendues en
flacons de grande taille sont potentiellement dangereuses, mais
il est rare d'observer des intoxications par ces produits (voir
plus bas).
* Parfums, eaux de toilette: contiennent de l'alcool éthylique et,
si les flacons sont de grande taille, ils peuvent provoquer une
intoxication.
* Talcs, poudres pour bébé, poudres de riz: si l'on en met sur le
visage du bébé, de fines particules peuvent être inhalées et
provoquer un oedème pulmonaire. Les poudres ne sont pas en elles-
mêmes toxiques, sauf si elles contiennent de l'acide borique.
Signes et symptômes (produits non traités dans d'autres sections)
Produits décolorants et éclaircissants pour les cheveux qui
contiennent de l'eau oxygénée
* En cas d'ingestion:
-- nausées, vomissements et maux de ventre,
-- brûlures dans la bouche et dans la gorge.
* Atteinte oculaire:
-- yeux rouges, sensation de piqûre ou de brûlure,
-- douleurs sévères et brûlures oculaires possibles.
Lotions pour permanentes et produits neutralisants après permanentes
contenant du bromate de sodium ou du bromate de potassium
* En cas d'ingestion --- (effets apparaissant dans les 2 heures qui
suivent):
-- nausées, vomissements et diarrhée,
-- surdité dans les 4 à 16 heures qui suivent,
-- hypotension artérielle,
-- perte de connaissance,
-- convulsions,
-- signes de lésion rénale.
* atteinte oculaire:
-- rougeur et sensation de piqûre.
Dissolvants pour vernis à ongles
* en cas d'ingestion:
-- nausées et vomissements,
-- somnolence ou perte de connaissance.
* Atteinte oculaire:
-- rougeur et sensation de piqûre.
Talc
* En cas d'inhalation:
-- toux et suffocation,
-- signes d'oedème pulmonaire.
Ce qu'il faut faire
Donner les premiers soins. Si la victime est inconsciente ou
somnolente, l'allonger sur le côté dans la position de sécurité.
Vérifier sa respiration toutes les 10 minutes et la garder au chaud et
au calme.
En cas de convulsions, traiter comme indiqué au Chapitre 5.
Atteinte oculaire
Rincer les yeux à l'eau pendant au moins 15 à 20 minutes.
Emmener la victime à l'hôpital aussi vite que possible si elle
présente des signes et symptômes d'intoxication, a avalé un cosmétique
dangereux, ou risque d'avoir des lésions oculaires.
Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital
Pour les lotions pour permanentes et produits neutralisants après
permanentes contenant du bromate de sodium et du bromate de potassium:
si l'ingestion remonte à moins de 4 heures et si la victime est tout à
fait consciente, respire normalement, n'a pas eu de convulsions et ne
vomit pas déjà , la faire vomir. Lui donner ensuite à boire du charbon
activé dans de l'eau.
Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)
Bromate de sodium ou bromate de potassium:
Surveiller le pouls, la tension artérielle, la respiration,
l'équilibre hydroélectrolytique et l'audition de la victime. Instituer
les cas échéant un traitement de soutien.
Il existe un risque de lésions tubulaires rénales, qui peuvent être
irréversibles. Surveiller la fonction rénale.
En cas de crises convulsives répétées, faire une injection
intraveineuse de diazépam.
Dose: Adultes: 10 à 20 mg, à raison de 0,5 ml (2,5 mg) toutes les
30 secondes, à renouveler le cas échéant au bout de 30 à 60
minutes; on peut poursuivre avec une perfusion intraveineuse
jusqu'à un maximum de 3 mg/kg de poids corporel en 24
heures.
Enfants: 200 à 300 µg/kg de poids corporel.
Cyanures
Substances chimiques traitées dans cette section
On évoquera dans cette section le cyanure, le cyanure d'hydrogène
(également appelé acide cyanhydrique ou acide prussique), le cyanure
de sodium et le cyanure de potassium.
On trouve des substances qui libèrent naturellement du cyanure dans de
nombreuses plantes, dans les noyaux d'abricots et de pêches, les
amandes amères, la cassave et le tapioca. La cassave (également
appelée manioc) est cultivée partout sous les tropiques et constitue
un aliment de base dans certaines parties d'Afrique et d'Amérique du
Sud. C'est un buisson ou un arbuste aux fleurs vertes qui produit des
noix. Sa racine est dure et blanche.
De nombreux matériaux produisent du cyanure en brûlant (bois, soie,
crin et plastique). Lorsque des gens sont noyés dans la fumée d'un
incendie, certains des effets qu'ils ressentent peuvent être dus à une
intoxication au cyanure.
Utilisations
Le cyanure est employé dans l'industrie et pour lutter contre les
nuisibles. On utilise du cyanure d'hydrogène pour désinfecter par
fumigation les bâtiments, navires et aéronefs infestés de rongeurs ou
d'insectes. Les cyanures de sodium et de potassium sont employés pour
le décapage des métaux, l'extraction du minerai dans les mines, le
plaquage métallique et la fabrication des fibres synthétiques.
Une préparation appelée Laetrile, préparée à partir de noyaux de pêche
a été utilisée contre le cancer, mais rien ne permet de penser qu'elle
soit vraiment efficace.
Mode d'action
Ces produits empêchent les cellules vivantes de fixer l'oxygène et
provoquent donc des lésions cérébrales et cardiaques dues au manque
d'oxygène. Ils sont toxiques en cas d'ingestion, d'inhalation, s'ils
sont répandus sur la peau, ou projetés dans les yeux. L'intoxication
chronique, due à la consommation de cassave lorsque celle-ci constitue
l'essentiel du régime alimentaire, peut provoquer des lésions du
système nerveux et de la thyroïde.
Toxicité
Ces produits sont très toxiques et agissent très rapidement.
La toxicité des plantes qui contiennent des cyanures est très variable
selon l'endroit où elles poussent et selon qu'on utilise des engrais
ou non. Certaines parties d'une même plante peuvent être plus toxiques
que d'autres. Toutes les parties de la cassave sont toxiques, mais les
feuilles et la peau qui entourent les racines sont les plus toxiques.
Le poison est éliminé par lavage et ébullition.
Risques particuliers
Il est important que les gens qui utilisent professionnellement du
cyanure observent dans leur travail les mesures de sécurité voulues
pour éviter toute intoxication.
Il peut y avoir intoxication par la cassave si la racine n'est pas
préparée et cuite correctement. Des cas bénins d'intoxication sont
fréquents dans les régions pauvres, en particulier chez les enfants
sous-alimentés.
Signes et symptômes
Intoxication aiguë
* En cas d'ingestion, d'inhalation, ou de contact cutané
Les symptômes apparaissent dans les secondes ou les minutes qui
suivent, mais peuvent être différés d'une heure ou deux si le cyanure
a été ingéré avec des aliments.
Au début
-- brûlure de la langue et de la bouche (si le cyanure a été
ingéré),
-- vertiges,
-- mal de tête pulsatile,
-- anxiété,
-- palpitations,
-- confusion,
-- respiration rapide,
-- vomissements.
Ce sont parfois les seuls signes et symptômes en cas d'intoxication
légère.
En cas d'intoxication modérée:
-- difficultés respiratoires,
-- douleur thoracique,
-- somnolence,
-- perte de connaissance,
-- convulsions.
En cas d'intoxication grave:
-- coma profond,
-- pouls lent,
-- hypotension artérielle,
-- dilatation des pupilles,
-- arrêt respiratoire.
Le décès peut survenir en quelques minutes. Après une dose massive, la
victime tombe sur le sol, la respiration sifflante, est agitée de
violentes convulsions et meurt presque immédiatement.
* Atteinte oculaire:
-- irritation,
-- larmoiement,
-- mêmes effets qu'en cas d'ingestion, d'inhalation ou de
contact cutané.
Intoxication chronique
Faiblesse au niveau des jambes, qui sont alors douloureuses ou
engourdies, perte de la vue, troubles de la coordination, tuméfaction
de la thyroïde (à l'avant du cou).
Ce qu'il faut faire
En présence de gaz toxique, ne pas pénétrer dans la zone contaminée
sans matériel respiratoire homologué pour le cyanure et sans vêtements
protecteurs. Mettre des gants et une combinaison avant de toucher la
victime.
Eloigner la victime de la zone contaminée (au grand air s'il s'agit
d'un gaz ou à l'écart d'un liquide ou d'un solide renversés).
Donner les premiers soins. En cas d'arrêt respiratoire, dégager les
voies aériennes, nettoyer les lèvres et la bouche de la victime puis
faire un bouche-à-bouche ou un bouche-à-nez. En cas d'arrêt cardiaque,
pratiquer un massage cardiaque. Poursuivre le bouche-à-bouche et le
massage cardiaque pendant au moins 30 minutes, même si la victime
semble décédée.
Si la victime est inconsciente ou somnolente, l'allonger sur le côté
dans la position de sécurité. Vérifier sa respiration et son pouls
toutes les 3 minutes.
Atteinte oculaire
Brosser ou tamponner doucement le liquide ou la poudre présents
sur le visage. Rincer les yeux à l'eau pendant au moins 15 à 20
minutes. Vérifier qu'il ne reste aucune particule solide de
produit chimique sur les cils et les sourcils, ni dans les plis
cutanés entourant les yeux.
Atteinte cutanée
Retirer immédiatement les vêtements, chaussures, chaussettes et
bijoux contaminés, en les découpant le cas échéant. Quelques
secondes de retard peuvent aggraver l'intoxication. Laver
soigneusement l'endroit touché à l'eau et au savon pendant 15
minutes, si possible à l'eau courante. Si l'on dispose d'un
masque respiratoire homologué pour l'exposition au cyanure, le
porter ainsi que des vêtements protecteurs et des gants de
caoutchouc pour laver la victime, de façon à se prémunir contre
toute intoxication.
Emmener aussi vite que possible à l'hôpital toutes les victimes
présentant des symptômes.
Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital
En cas d'ingestion: si la victime est tout à fait consciente,
respire normalement et n'a pas présenté de contractions musculaires
involontaires, ni de convulsions, la faire vomir.
Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)
Intoxication aiguë
* Intoxication grave
Poursuivre la réanimation cardio-pulmonaire pendant au moins 30
minutes, ou jusqu'à ce que la victime réagisse.
Un traitement de soutien général peut être salvateur. Toujours donner
de l'oxygène aux victimes d'une intoxication par le cyanure. Si l'on
ne dispose pas d'antidote, on réussit parfois à traiter avec succès
une intoxication grave uniquement grâce au traitement de soutien et à
l'oxygène.
Traiter l'hypotension artérielle par l'administration de liquides
intraveineux et de dopamine.
Antidotes: il y en a quatre, qui sont eux-mêmes toxiques s'ils sont
administrés en trop grande quantité ou à des gens qui n'ont pas été
intoxiqués par du cyanure.
Ne donner un antidote que si la victime perd connaissance ou est déjà
dans un coma profond et que l'on est certain du diagnostic. N'utiliser
qu'un des antidotes et n'en donner qu'une dose. Il peut être dangereux
d'en donner davantage.
1. Solution d'édétate de dicobalt à 1,5%: 20 ml (300 mg) par voie
intraveineuse en 1 minute.
2. Solution de nitrite de sodium à 3%: 10 ml (300 mg) par voie
intraveineuse en 20 minutes.
3. 4-diméthylaminophénol (4-DMAP) à 5%: 5 ml (250 mg) en une minute
par voie intraveineuse.
4. Solution d'hydroxycobalamine à 40%: 10 ml (4 g) par voie
intraveineuse en 20 minutes.
Certains sujets gravement atteints ne répondront peut-être pas à la
première dose d'antidote. Si l'on peut renouveler les doses
d'hydroxycobalamine et de thiosulfate de sodium sans trop de risque,
les autres antidotes sont toxiques à trop forte dose ou s'ils sont
administrés à quelqu'un qui ne souffre pas d'une intoxication au
cyanure. En pareil cas, si la victime ne répond pas au traitement,
consulter un centre antipoisons avant de renouveler la dose
d'antidote.
* Intoxication modérée
-- 50 ml (12,5 g) de thiosulfate de sodium à 25% par voie
intraveineuse en 10 minutes.
-- 100% d'oxygène pendant 12 à 24 heures, mais pas davantage.
* Intoxication bénigne
L'antidote est inutile. Instituer un traitement de soutien, avec
notamment de l'oxygène, la victime étant alitée et au repos.
Intoxication chronique
L'intoxication chronique par la cassave est irréversible. Elle peut
être due à une mauvaise préparation de la racine ou à des apports
alimentaires en protéines insuffisants. Seule l'éducation permet
d'éviter ce genre de cas.
Désinfectants et antiseptiques
Produits traités dans cette section
On trouvera dans cette section les désinfectants ménagers et les
antiseptiques qui contiennent habituellement un ou plusieurs des
produits qui suivent:
-- détergents cationiques tels que le benzalkonium, le
cétrimide, le cétylpyridinium, la chlorhéxidine,
-- alcool éthylique,
-- eau oxygénée,
-- phénol, crésol, chlorocrésol, chloroxylénol, ou acides de
goudron,
-- essence de pin,
-- savon.
Les désinfectants et antiseptiques utilisés dans les hôpitaux ou dans
les fermes, les usines et les laiteries, peuvent contenir d'autres
produits. Utilisations Les désinfectants et les antiseptiques
détruisent les germes et sont largement utilisés dans le cadre
domestique. On emploie les premiers pour le nettoyage des locaux et
objets, les seconds pour celui de la peau et des plaies.
Mode d'action
L'alcool éthylique provoque une perte de connaissance et des troubles
respiratoires; les détergents cationiques provoquent des brûlures de
la cavité buccale et de la gorge et des atteintes musculaires; l'eau
oxygénée est irritante; le phénol est corrosif et engendre des
troubles cérébraux, respiratoires, cardiaques, hépatiques et rénaux.
En cas d'ingestion, ces produits sont toxiques. Le phénol est
également toxique par contact cutané.
Toxicité
Les désinfectants et antiseptiques à usage domestique ne sont en
général pas très nocifs s'ils sont ingérés en petite quantité. En
revanche, ingérés massivement, ils peuvent provoquer une intoxication
grave et entraîner le décès. Les désinfectants et antiseptiques à
usage professionnel sont davantage susceptibles de provoquer des
intoxications graves que ceux à usage domestique. Ils contiennent en
général des concentrations plus fortes de substances chimiques et des
produits plus dangereux que ceux mentionnés plus haut. Les
désinfectants contenant une forte concentration de phénol peuvent
provoquer une intoxication si la surface corporelle contaminée est
importante.
Signes et symptômes
* En cas d'ingestion:
-- nausées, vomissements et diarrhée,
-- irritation de la bouche et de la gorge.
Si le produit contient un détergent cationique:
-- brûlures de la bouche, de la gorge et de l'oesophage,
-- faiblesse musculaire,
-- détresse respiratoire,
-- perte de connaissance,
-- convulsions,
-- hypotension artérielle,
-- oedème pulmonaire.
Si le produit contient de l'alcool éthylique:
-- somnolence,
-- perte de connaissance,
-- hypothermie,
-- respiration superficielle.
Si le produit contient de l'eau oxygénée:
-- nausées, vomissements et maux de ventre,
-- brûlures de la cavité buccale et de la gorge.
Si le produit contient du phénol:
-- brûlures éventuelles de la bouche et de la gorge,
-- respiration rapide,
-- convulsions,
-- pouls faible et irrégulier,
-- perte de connaissance,
-- hypotension artérielle,
-- urines foncées,
-- signes de lésions hépatiques et rénales.
* Atteinte oculaire:
-- rougeur et larmoiement,
-- sensation de piqûre ou de brûlure,
-- brûlures oculaires possibles.
* Atteinte cutanée:
-- rougeur et irritation,
-- des produits concentrés peuvent provoquer des brûlures,
-- les produits qui contiennent de grandes quantités de phénol
peuvent entraîner des convulsions, une respiration rapide et
une perte de connaissance.
Ce qu'il faut faire
Donner les premiers soins.
Si le désinfectant est à usage domestique et si la personne n'en a
avalé qu'un petit peu, les seuls effets qu'elle est susceptible de
ressentir seront des nausées et des vomissements. Elle se remettra
rapidement et n'a pas besoin d'aller à l'hôpital. Lui donner du lait à
boire.
En cas d'arrêt respiratoire, dégager les voies aériennes, essuyer les
lèvres de la victime et faire un bouche-à-bouche ou un bouche-à-nez.
Si la victime est inconsciente ou somnolente, l'allonger sur le côté
dans la position de sécurité, vérifier sa respiration toutes les 10
minutes et la garder au chaud et au calme.
En cas de convulsions, traiter comme indiqué au Chapitre 5.
Emmener la victime à l'hôpital le plus rapidement possible dans les
cas suivants:
-- elle a avalé une grande quantité de désinfectant;
-- elle a avalé un produit à usage hospitalier ou industriel;
-- elle présente des signes et symptômes d'intoxication.
Atteinte oculaire
Rincer les yeux à l'eau pendant au moins 15 à 20 minutes.
Emmener la victime à l'hôpital aussi rapidement que possible s'il
semble qu'il y ait des lésions oculaires.
Atteinte cutanée
Retirer tous les vêtements, chaussures, chaussettes et bijoux
contaminés. Laver soigneusement à l'eau froide et au savon
l'endroit touché, si possible à l'eau courante. En cas de
brûlures cutanées ou si la victime présente des signes et
symptômes d'intoxication, l'emmener à l'hôpital aussi rapidement
que possible.
Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital
En cas d'ingestion: si la victime est tout à fait consciente, lui
donner une tasse d'eau ou de lait à boire. Ne pas la faire vomir car
le désinfectant pourrait lui brûler la gorge.
Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)
Surveiller la respiration, le pouls et la tension artérielle.
Instituer le cas échéant un traitement de soutien, notamment une
oxygénothérapie. La victime peut avoir besoin d'une ventilation
mécanique.
Consulter également les sections relatives au savon et aux détergents,
à l'alcool éthylique et à l'isopropanol, au phénol et aux substances
qui lui sont chimiquement apparentées, et aux essences volatiles, si
le produit contient l'un (une) d'entre eux (elles).
Désodorisants d'ambiance, blocs désodorisants et boules antimites
Substances chimiques traitées dans cette section
On traitera ici du naphtalène ou naphtaline et du
para-dichlorobenzène (également appelé p-dichlorobenzène).
Utilisations
Le para-dichlorobenzène est utilisé dans les désodorisants
d'ambiance solides employés dans les toilettes et les placards à
poubelles. Les désodorisants d'ambiance liquides contiennent de l'eau,
du parfum et un détergent plutôt que du para-dichlorobenzène (voir
savons et détergents, p. 211). En ce qui concerne les désodorisants
d'ambiance en bombes, voir p. 210.
Le para-dichlorobenzène et le naphtalène peuvent être utilisés dans
les boules et autres produits antimites. Toutefois, certaines boules
antimites sont faites de camphre (voir essences volatiles, p. 190).
Mode d'action
Ces deux produits irritent le tube digestif et peuvent avoir une
action au niveau cérébral. La naphtaline détruit les globules
sanguins et provoque des lésions rénales. Le para-dichlorobenzène
provoque des lésions hépatiques. Leur manipulation répétée peut
entraîner des irritations cutanées.
Toxicité
La naphtaline est plus dangereuse que le para-dichlorobenzène. Chez
le jeune enfant, 1 boule de naphtaline suffit à entraîner des troubles
hématologiques, et 4 l'apparition de convulsions. La quantité toxique
de para -dichlorobenzène est bien plus importante et il est peu
probable qu'un enfant puisse en ingérer suffisamment pour être
gravement intoxiqué.
Risques particuliers
Ces produits sont souvent en évidence, donc à la portée des enfants.
Par exemple, les boules antimites dans les armoires et les
désodorisants collés sur la poubelle ou accrochés à la cuvette des
toilettes.
Signes et symptômes
Naphtaline
* En cas d'ingestion:
-- nausées, vomissements, diarrhée et maux de ventre,
-- transpiration,
-- fièvre,
-- jaunisse due à des troubles hématologiques,
-- urines foncées pouvant contenir du sang,
-- la victime cesse parfois d'uriner,
-- convulsions,
-- perte de connaissance.
* Atteinte oculaire:
-- rougeur et irritation.
* Atteinte cutanée:
-- rougeur et irritation.
Para-dichlorobenzène
* En cas d'ingestion:
-- nausées, vomissements, diarrhée et maux de ventre.
* Atteinte oculaire:
-- rougeur et irritation.
* Atteinte cutanée:
-- rougeur et irritation.
Ce qu'il faut faire
Donner les premiers secours. En cas d'arrêt respiratoire, dégager les
voies aériennes, nettoyer les lèvres de la victime et faire un
bouche-à-bouche. Si la victime est inconsciente ou somnolente,
l'allonger sur le côté dans la position de sécurité. Vérifier sa
respiration toutes les 10 minutes et la garder au chaud.
En cas de convulsions, traiter comme indiqué au Chapitre 5.
Atteinte oculaire
Rincer les yeux à l'eau pendant au moins 15 à 20 minutes.
Atteinte cutanée
Laver soigneusement l'endroit touché au savon et à l'eau froide,
si possible à l'eau courante.
En cas d'ingestion
Si la victime est tout à fait consciente, lui donner de l'eau à
boire. Ne lui donner ni lait, ni aliment gras pendant 2 à 3
heures.
Emmener la victime à l'hôpital le plus vite possible dans les cas qui
suivent:
* La victime a avalé de la naphtaline.
* La victime a avalé une grande quantité de para-dichlorobenzène
(plusieurs boules antimites ou un bloc entier de désodorisant).
* La victime présente des signes d'intoxication grave.
* On ignore ce que contient le produit.
* Il semble y avoir des lésions oculaires.
Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital
Si le produit a été ingéré moins de 4 heures auparavant et si la
victime est tout à fait consciente, respire normalement, ne présente
pas de convulsions et n'a pas beaucoup vomi, la faire vomir.
Si la victime n'urine plus, traiter comme indiqué au Chapitre 9.
Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)
La naphtaline provoque une hémolyse chez les sujets atteints d'un
déficit en glucose-6-phosphate-déshydrogénase. L'hémoglobine libérée
ainsi peut entraîner une néphrite interstitielle aiguë.
Un traitement de soutien, comprenant oxygénotérapie et ventilation
mécanique doit être institué le cas échéant:
* En cas d'hémolyse, l'administration de liquides intraveineux
permet de diminuer le risque d'insuffisance rénale.
* Administration de bicarbonate pour alcaliniser les urines
(pH>7,5).
* En cas de crises convulsives répétées, administration
intraveineuse de diazépam.
Doses: Adultes: 10 à 20 mg, à raison de 0,5 ml (2,5 mg) toutes les
30 secondes, à renouveler le cas échéant au bout de 30 à 60
minutes; on peut poursuivre avec une perfusion intraveineuse
jusqu'à un maximum de 3 mg/kg de poids corporel en 24
heures;
Enfants: 200 à 300 µg/kg de poids corporel.
Distillats de pétrole
Substances chimiques traitées dans cette section
On évoquera ici un grand groupe de produits chimiques dérivés du
pétrole. Les distillats de pétrole sont des mélanges complexes
d'hydrocarbures aromatiques et aliphatiques.
Ce peuvent être des liquides très fluides, qui couvrent rapidement une
surface importante et s'évaporent facilement à température ambiante
comme:
-- gasoil,
-- mazout,
-- pétrole lampant (également appelé huile de paraffine),
-- huile de colza minérale (désigne une qualité de pétrole
lampant),
-- white spirit (également appelé succédané de térébenthine),
-- essence,
-- éther de pétrole,
-- naphte de pétrole.
D'autres hydrocarbures sont des liquides qui se répandent lentement,
tels que:
-- huile de graissage,
-- asphalte,
-- goudron,
-- graisse.
La paraffine se trouve sous deux formes: solide et semi-solide.
Utilisations normales et détournements d'usage
Le pétrole lampant est employé comme combustible pour les réchauds et
lampes. Les allume-feu solides sont trempés dans le pétrole lampant.
Le white spirit est employé comme diluant, décapant et pour nettoyer
les pinceaux. L'huile de colza minérale est employée dans les cires
pour meubles. Il y a des distillats de pétrole dans certains cirages,
produits pour vitres, produits pour faire briller les meubles,
peintures, pesticides et produits de dégraissage.
* Produits pour faire briller les sols et rénovateurs de peinture
pour carrosseries: la plupart contiennent de la paraffine solide
et de l'eau, mais certains contiennent des distillats de pétrole
liquides en grande quantité.
* Les peintures et vernis contiennent des distillats de pétrole,
mais certains, comme les peintures sous forme d'émulsion, n'en
contiennent que de faibles quantités.
* Les produits pour nettoyer et faire briller le métal peuvent
contenir des distillats de pétrole, associés parfois à de faibles
quantités d'ammoniaque ou d'acide (insuffisantes pour provoquer
des brûlures). Certaines sont en solution aqueuse plutôt que
diluées dans un distillat de pétrole.
* Les produits pour nettoyer les vitres contiennent en général des
distillats de pétrole, mais certains ne contiennent que de l'eau
et des détergents (voir Savon et détergents, p. 211).
L'essence et les éthers de pétrole font parfois l'objet d'un usage
immodéré par inhalation de leurs vapeurs (inhalation de solvants). Le
white spirit et la paraffine ne dégagent pas suffisamment de vapeur
pour provoquer ce genre d'abus.
Mode d'action
Les distillats de pétrole liquides irritent les tissus organiques et
provoquent des inflammations. Ceux qui se répandent rapidement sur une
surface importante peuvent pénétrer dans les voies aériennes au moment
de leur ingestion ou au cours de vomissements et provoquer des
inflammations et des lésions des tissus pulmonaires. C'est
particulièrement le cas après ingestion d'alcool à brûler, de pétrole
lampant, d'huile de colza minérale ou de naphte de pétrole.
L'ingestion ou l'inhalation de distillats de pétrole peut agir sur le
cerveau. Ces produits irritent la peau et les yeux.
L'abus d'essence agit sur le cerveau et peut toucher le coeur. L'abus
chronique peut provoquer des lésions hépatiques et rénales et
entraîner des lésions cérébrales irréversibles. L'abus d'essence
contenant du plomb comme antidétonant peut entraîner un saturnisme.
Toxicité
Même en très petites quantités, ne dépassant parfois pas une à deux
gorgées, les distillats de pétrole liquides qui se répandent aisément
peuvent provoquer un oedème pulmonaire grave. Avec les liquides
s'écoulant lentement ce risque n'est pas aussi important. En général,
le cerveau n'est touché qu'en cas d'ingestion ou d'inhalation de
grandes quantités.
Risques particuliers
Le pétrole lampant, les cires, les diluants pour peintures et produits
pour nettoyer les pinceaux sont fréquemment présents dans les ménages
et constituent des causes courantes d'intoxication chez l'enfant. En
cours d'utilisation, ils sont parfois laissés ouverts à la portée des
enfants. Par ailleurs, lorsque l'on siphonne un réservoir d'essence de
voiture, on risque d'en avaler un petit peu. D'autre part, les vapeurs
d'essence sont plus lourdes que l'air et s'accumulent dans les fosses
ou les caves. Ainsi, quelqu'un qui pénètre dans une fosse ou une cave
remplie de vapeurs d'essence peut mourir par manque d'oxygène.
Signes et symptômes
Exposition aiguë
* En cas d'ingestion d'un liquide:
-- toux et suffocation presque immédiates,
-- vomissements,
-- mal de gorge et sensation de brûlure dans la bouche.
Si les quantités sont importantes, on peut également observer:
-- faiblesse, vertiges et maux de tête,
-- somnolence,
-- perte de connaissance,
-- respiration superficielle lente,
-- convulsions.
Au bout de 6 à 24 heures:
-- respiration sifflante et rapide,
-- oedème pulmonaire.
Le décès peut être dû à l'oedème pulmonaire ou à une infection des
tissus pulmonaires endommagés.
* En cas d'inhalation de vapeurs:
-- vertiges et maux de tête,
-- autres effets analogues à ceux observés en cas d'ingestion
d'une importante quantité de liquide, mais en général sans
oedème pulmonaire; l'inhalation d'une quantité importante de
vapeurs, lorsqu'il s'agit d'une toxicomanie, peut entraîner
la mort subite.
* Atteinte cutanée:
-- rougeur,
-- apparition de cloques douloureuses si le contact se
prolonge, par exemple si la personne porte des vêtements
imbibés de produit pendant plusieurs heures.
* Atteinte oculaire:
-- légère irritation.
Exposition chronique
Un abus répété peut se solder par:
-- perte de l'appétit,
-- perte de poids,
-- faiblesse musculaire,
-- troubles mentaux,
-- insomnies, irritabilité, agitation,
-- convulsions.
Ce qu'il faut faire
Donner les premiers soins. En cas d'arrêt respiratoire, dégager les
voies aériennes et faire un bouche-à-bouche. Si la victime est
inconsciente ou somnolente, l'allonger sur le côté dans la position de
sécurité. Vérifier sa respiration toutes les 10 minutes et la garder
au chaud.
En cas de convulsion, traiter comme indiqué au Chapitre 5.
L'emmener à l'hôpital aussi vite que possible.
Atteinte oculaire
Rincer les yeux à l'eau pendant au moins 15 à 20 minutes. Emmener
la victime à l'hôpital en cas d'irritation grave.
Atteinte cutanée
Retirer immédiatement tous les vêtements, chaussures, chaussettes
et bijoux contaminés. Laver soigneusement à l'eau froide et au
savon l'endroit touché pendant 15 minutes, si possible à l'eau
courante. Emmener la victime à l'hôpital en cas d'irritation
grave ou de brûlure.
Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital
En cas d'ingestion: si la victime est consciente et capable
d'avaler, lui donner de l'eau à boire. Ne pas la faire vomir, car du
liquide pourrait pénétrer dans les poumons à cette occasion. Ne pas
donner de charbon activé, car il ne fixe pas les distillats de
pétrole.
En cas d'oedème pulmonaire, traiter comme indiqué au Chapitre 9.
Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)
Surveiller la respiration. Si la victime tousse ou a une respiration
sifflante, il est probable que du liquide ait pénétré dans les
poumons. Une radiographie thoracique permettra de confirmer une
pneumopathie chimique. Dans la mesure du possible, refaire les mesures
de la fonction pulmonaire (débit de pointe et autres tests analogues)
toutes les 2 à 4 heures.
Instituer le cas échéant un traitement de soutien, notamment une
oxygénothérapie et une ventilation mécanique. En cas de crises
convulsives répétées, faire une injection intraveineuse de diazépam.
Dose: Adultes: 10 à 20 mg, à raison de 0,5 ml (2,5 mg) toutes les
30 secondes, à renouveler le cas échéant au bout de 30 à 60
minutes; on peut poursuivre avec une perfusion intraveineuse
jusqu'à un maximum de 3 mg/kg de poids corporel en 24
heures.
Enfants: 200 à 300 µg/kg de poids corporel.
S'ils ne montrent plus aucun symptôme pendant 12 heures, les sujets
peuvent être renvoyés chez eux.
Essences volatiles
Substances chimiques traitées dans cette section
On évoquera dans cette section un groupe de produits chimiques qui
s'évaporent à température ambiante. Ils sont parfois appelés huiles
essentielles car ils sont fabriqués à partir d'essences végétales. Le
camphre, l'essence de girofle, l'essence d'eucalyptus, l'essence de
pin et l'essence de térébenthine sont quelques-unes des essences
volatiles courantes.
Note: l'essence de térébenthine est tirée du pin, ce n'est pas la même
substance chimique que le succédané de térébenthine, qui est un
distillat de pétrole.
Utilisations
Le camphre, l'essence d'eucalyptus, l'essence de menthe et de
térébenthine sont employés dans les liniments que l'on frotte sur la
peau pour traiter les douleurs musculaires; l'essence d'eucalyptus, le
camphre et la menthe sont également utilisés dans des préparations que
l'on applique sur la poitrine et des préparations pour inhalations. On
a utilisé le camphre pour des gouttes ou pulvérisations nasales contre
le rhume, mais cet usage n'est pas recommandé.
Ces essences ont également de nombreux usages non médicaux. L'essence
de térébenthine est utilisée pour nettoyer les pinceaux; le camphre,
sous forme de cristaux, de comprimés ou de boules, comme antimite.
Toutefois, les antimites peuvent être à base de naphtalène ou de para-
dichlorobenzène plutôt que de camphre (voir désodorisants d'ambiance,
blocs désodorisants et boules antimites, p. 183).
Produits contenant du camphre
* Huile camphrée, liniment au camphre: camphre, 200 g/kg (20%) dans
l'huile.
* Liniment au camphre composé, au camphre ammoniaqué: camphre, 125
g/l (12,5%) dans une solution d'ammoniaque concentrée (300 ml/l).
* Alcool camphré: camphre, 100 g/l (10%) dans l'alcool.
On utilise les essences de parfum dans les cosmétiques et les produits
de toilette tels que parfums et lotions après-rasage (voir éthanol, p.
193), les désodorisants d'ambiance (voir désodorisants d'ambiance,
blocs désodorisants et boules antimites, p. 183), et autres produits
ménagers. L'essence de pin est employée dans les désinfectants (voir
désinfectants, p. 180). Cependant, ces produits ne contiennent que de
faibles quantités d'essences volatiles et, en cas d'ingestion, les
effets nocifs sont en général dus aux autres constituants chimiques
qui les composent.
Mode d'action
Les essences volatiles sont légèrement irritantes pour la peau.
L'intoxication est en général causée par l'ingestion du liquide, mais,
dans certains cas, elle peut être due à un contact cutané ou à
l'inhalation de vapeurs. Les essences volatiles irritent le tube
digestif, peuvent provoquer un oedème pulmonaire et agir au niveau du
cerveau et des reins.
Toxicité
Elles peuvent provoquer des intoxications graves, voire entraîner le
décès. Il est arrivé que des enfants meurent d'avoir avalé quelques
gorgées d'essence de térébenthine, d'essence d'eucalyptus ou de
produits contenant du camphre. Les liniments et produits pour nettoyer
les pinceaux contenant de la térébenthine sont également à l'origine
d'intoxications graves chez le jeune enfant.
Appliqués en grandes quantités sur la peau, le liniment au camphre,
l'alcool camphré ou l'huile de camphre peuvent provoquer des
intoxications graves. Les gouttes nasales au camphre peuvent
intoxiquer les nourrissons.
Risques particuliers
Il arrive parfois que l'on confonde l'huile camphrée avec l'huile de
ricin et qu'on l'avale. Les produits ménagers et les médicaments
contenant des huiles essentielles sont souvent rangés à la portée des
enfants.
Signes et symptômes
* En cas d'ingestion
Les symptômes peuvent apparaître dans les quelques minutes suivant
l'ingestion:
-- haleine sentant l'essence en question,
-- sensation de brûlure dans la bouche, la gorge et l'estomac,
-- nausées, vomissements et diarrhée,
-- anxiété, excitation et hallucinations,
-- vertiges,
-- contractions musculaires involontaires,
-- convulsions, qui peuvent apparaître brutalement, sans signe
d'appel, dans les 5 minutes qui suivent l'ingestion,
-- perte de connaissance,
-- respiration lente et superficielle.
Le décès peut survenir rapidement au cours de convulsions. Si ce n'est
pas le cas, la victime peut présenter:
-- des signes d'oedème pulmonaire,
-- des signes d'insuffisance rénale, avec diminution du volume
des urines émises.
* Atteinte oculaire
-- irritation et rougeur, mais les lésions graves sont rares.
* Atteinte cutanée
-- rougeur et irritation,
-- appliquée en grandes quantités sur la peau, peuvent
entraîner des effets analogues à ceux observés après
ingestion.
Ce qu'il faut faire
Donner les premiers soins. En cas d'arrêt respiratoire, dégager les
voies aériennes, nettoyer les lèvres de la victime et faire un
bouche-à-bouche ou un bouche-à-nez. Si la victime est inconsciente ou
somnolente, l'allonger sur le côté dans la position de sécurité.
Vérifier sa respiration toutes les 10 minutes et la garder au chaud et
au calme.
En cas de convulsions, traiter comme indiqué au Chapitre 5.
Atteinte oculaire
Rincer les yeux à l'eau pendant au moins 15 à 20 minutes.
Atteinte cutanée
Retirer immédiatement les vêtements, chaussures, chaussettes et
bijoux contaminés. Laver soigneusement à l'eau froide et au savon
la partie touchée, si possible à l'eau courante. Rincer pendant
au moins 15 minutes.
En cas d'ingestion, ou si la douleur et l'irritation oculaires
persistent, ou encore si l'on observe des brûlures ou des signes
d'intoxication à la suite d'un contact cutané, emmener aussi vite que
possible la victime à l'hôpital.
Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital
En cas d'ingestion: si la victime est tout à fait consciente et
respire normalement, n'a pas montré de contractions musculaires
involontaires ni de convulsions et ne vomit pas, lui donner à boire du
charbon activé dans de l'eau. Ne pas la faire vomir car du liquide ou
des vapeurs pourraient pénétrer dans les poumons et provoquer un
oedème pulmonaire; par ailleurs, les vomissements pourraient
déclencher des convulsions.
Si la victime présente des signes d'oedème pulmonaire, traiter comme
indiqué au Chapitre 9.
Au bout de 24 heures, si la victime urine normalement, lui donner à
boire 3 à 4 litres d'eau par jour pendant 5 jours.
Si elle présente des signes d'insuffisance rénale, traiter comme
indiqué au Chapitre 9.
Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)
En plus de effets décrits plus haut, on peut observer des lésions
hépatiques et rénales. Surveiller le pouls, la respiration, la tension
artérielle et les fonctions hépatiques et rénales. Instituer, le cas
échéant, un traitement de soutien, notamment une oxygénothérapie et
une ventilation mécanique. En cas de crises convulsives répétées,
faire une injection intraveineuse de diazépam.
Dose: Adultes: 10 à 20 mg, à raison de 0,5 ml (2,5 mg) toutes les
30 secondes, à renouveler le cas échéant au bout de 30 à 60
minutes; on peut poursuivre avec une perfusion intraveineuse
jusqu'à un maximum de 3 mg/kg de poids corporel en 24
heures.
Enfants: 200 à 300 µg/kg de poids corporel.
Ethanol et isopropanol
Substances chimiques traitées dans cette section
On traitera dans cette section de l'éthanol (également appelé alcool
éthylique ou alcool de grain) et de l'isopropanol (également appelé
alcool isopropylique ou alcool à 90°). Lorsque les gens parlent
«d'alcool», ils veulent en général dire éthanol.
Utilisations et abus
Les boissons alcoolisées (bières, vins et spiritueux) contiennent de
l'éthanol. L'alcool à brûler et l'alcool à 90°contiennent
principalement de l'éthanol et un petit peu de méthanol. L'éthanol
entre également dans la composition de certains médicaments liquides,
bains de bouche, antiseptiques, désinfectants et cosmétiques comme les
lotions après-rasage, les parfums et les eaux de toilette.
L'abus d'alcool est courant dans de nombreuses sociétés et un abus
chronique peut entraîner une dépendance. Les gens qui font des
tentatives de suicide par les médicaments prennent souvent en même
temps de l'alcool.
Teneur en éthanol des boissons et autres produits:
Spiritueux après distillation 40 à 50%
Vins 10 à 20%
Bières 2 à 10%
Bains de bouche jusqu'à 75%
Eaux de toilette 40 à 60%
On utilise l'isopropanol comme agent de stérilisation et comme alcool
à 90°et on l'ajoute à certains antigels, produits pour nettoyer les
pare-brise et les vitres, lotions après-rasage et désinfectants. Les
produits pour nettoyer les pare-brise peuvent également contenir du
méthanol.
Mode d'action
L'éthanol et l'isopropanol ralentissent les fonctions cérébrales,
provoquant perte de connaissance et respiration superficielle. Les
vapeurs d'isopropanol irritent les yeux, le nez et la gorge et sont
toxiques si elles sont inhalées. Absorbé à travers la peau,
l'isopropanol peut entraîner une intoxication. La consommation
régulière de grandes quantités d'éthanol entraîne une intoxication
chronique, qui se traduit par de nombreuses modifications de
l'organisme en particulier au niveau cérébral, hépatique et cardiaque.
Toxicité
Les intoxications aiguë s et chroniques peuvent être à l'origine de
maladies graves ou entraîner le décès. Les effets d'une dose d'éthanol
dépendent de la quantité d'alcool que la personne boit régulièrement.
Quelqu'un qui ne boit généralement pas beaucoup d'alcool peut être
sérieusement atteint par une quantité d'alcool qui aurait très peu
d'effet sur une personne qui en boit régulièrement de grandes
quantités. Un enfant peut être gravement intoxiqué après avoir bu une
gorgée de lotion après-rasage, de bain de bouche ou de parfum.
L'isopropanol est plus toxique que l'éthanol. Le fait d'utiliser de
l'isopropanol comme alcool à 90°peut entraîner des intoxications
graves si l'on en badigeonne de grandes quantités sur la peau,
aussitôt absorbées par l'organisme.
Signes et symptômes
Intoxication aiguë
* En cas d'ingestion:
-- les vêtements et l'haleine du patient peuvent sentir
l'alcool; les gens qui ont avalé de l'isopropanol ont une
odeur d'acétone (une forte odeur sucrée),
-- troubles de l'élocution,
-- difficulté à réaliser des tâches simples,
-- démarche chancelante,
-- nausées, vomissements et douleurs abdominales qui sont plus
graves après avoir ingéré de l'isopropanol,
-- somnolence,
-- vision double ou trouble,
-- perte de connaissance,
-- convulsions,
-- hypotension artérielle,
-- hypothermie,
-- respiration superficielle.
* Atteinte cutanée
Pour l'isopropanol: les effets sont les mêmes que ceux observés
en cas d'ingestion.
Alcoolisme chronique
Un abus prolongé de boissons alcoolisées entraîne:
-- perte de poids,
-- perte de l'appétit,
-- diarrhée provoquée par des lésions hépatiques et
intestinales,
-- pâleur dûe à l'anémie,
-- troubles de la mémoire, tremblements, perte de certaines
facultés mentales.
Ce qu'il faut faire
Intoxication aiguë
Donner les premiers soins. En cas d'arrêt respiratoire, dégager les
voies aériennes et faire un bouche-à-bouche. Si la victime est
inconsciente ou somnolente, l'allonger sur le côté dans la position de
sécurité. Vérifier sa respiration toutes les 10 minutes et la garder
au chaud.
Emmener la victime à l'hôpital le plus vite possible si:
-- il s'agit d'un enfant,
-- l'intoxication est grave,
-- la victime a avalé de l'isopropanol.
Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital
En cas d'ingestion: si celle-ci remonte à moins d'une heure et si la
victime est tout à fait consciente et respire normalement, la faire
vomir, sauf si elle a déjà vomi abondamment.
Intoxication chronique
Emmener la personne chez un médecin.
Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)
En plus des effets indiqués plus haut, il peut y avoir hypoglycémie
(plus fréquemment chez l'enfant que chez l'adulte), acidose
métabolique et déséquilibre électrolytique. Procéder à un examen
médical complet afin d'exclure les autres causes pouvant expliquer
l'état du malade, par exemple un traumatisme crânien.
S'assurer que les voies aériennes sont dégagées et que la victime est
dans la position latérale de sécurité. Surveiller la respiration, la
tension artérielle, le pouls et la glycémie. Le cas échéant, instituer
un traitement de soutien, notamment une oxygénothérapie et une
ventilation mécanique:
* corriger tout déséquilibre hydroélectrolytique.
* on traitera l'hypoglycémie par du glucose administré par voie
orale ou intraveineuse.
Ethylèneglycol et méthanol
Substances chimiques traitées dans cette section
L'éthylèneglycol et le méthanol (également appelé alcool méthylique et
esprit de bois).
Utilisations
L'éthylèneglycol est utilisé dans les antigels et a de nombreux usages
industriels.
Le méthanol est employé: dans l'antigel que l'on met dans les
radiateurs, les freins pneumatiques, l'essence et le diesel; dans les
produits pour laver les pare-brise; comme combustible dans les petits
moteurs, les réchauds à alcool et les fers à souder; et dans certaines
encres, colorants, résines, produits adhésifs, décapants pour
peintures et vernis. Il a de nombreux usages industriels et est un
produit de laboratoire courant.
Les préparations d'éthanol à usage commercial, médical ou industriel
renferment de petites quantités de méthanol (par exemple, alcool
dénaturé, alcool à 90° et alcool à brûler).
* les antigels peuvent contenir du méthanol, de l'isopropanol ou de
l'éthylèneglycol. Certains produits sont des mélanges. Les
concentrations sont variables.
* les produits pour nettoyer les pare-brise contiennent de
l'isopropanol ou du méthanol.
Mode d'action
L'éthylèneglycol et le méthanol sont toxiques s'ils sont ingérés et la
plupart des intoxications ont lieu de cette façon. Le méthanol est
également toxique s'il est inhalé ou absorbé à travers la peau. Les
personnes qui travaillent avec du méthanol peuvent s'intoxiquer en en
inhalant les vapeurs. L'éthylèneglycol agit sur le cerveau et les
reins. Le méthanol agit sur le cerveau et les yeux et peut entraîner
la cécité.
Toxicité
En cas d'ingestion, quelques gorgées suffisent à provoquer le décès,
même si l'on parvient parfois à sauver des gens gravement intoxiqués
en les traitant rapidement en milieu hospitalier. Les intoxications
graves peuvent se solder par des lésions cérébrales irréversibles.
L'exposition cutanée peut entraîner une intoxication grave si les
quantités absorbées sont importantes.
Risques particuliers
L'intoxication au méthanol est souvent due à l'ingestion d'alcool à
brûler ou d'alcool dénaturé parce qu'ils sont moins chers ou plus
faciles à se procurer qu'une boisson alcoolisée. L'intoxication au
méthanol est parfois provoquée par des boissons alcooliques
contaminées et peut alors toucher un grand nombre de personnes en même
temps.
On peut avaler par erreur de l'antigel ou du liquide pour nettoyer les
pare-brise conservés dans des bouteilles de boisson et non dans leurs
récipients d'origine.
Signes et symptômes
Ethylèneglycol
* En cas d'ingestion
Au début:
-- vomissements,
-- maux de tête,
-- le sujet semble en état d'ébriété, mais son haleine ne sent
pas l'alcool.
Au bout de 24 à 72 heures:
-- respiration rapide,
-- pouls rapide,
-- hypotension artérielle,
-- oedème pulmonaire,
-- perte de connaissance,
-- convulsions.
Le décès peut survenir en 24 heures. Si la personne survit plus
de 24 heures, il peut y avoir des lésions rénales; le sujet
n'urine plus.
* Atteinte oculaire
-- irritation et rougeur.
Méthanol
* En cas d'ingestion
Au début:
-- léger état d'ébriété et somnolence.
Au bout de 8 à 36 heures:
-- maux de tête,
-- maux de ventre, vomissements et diarrhée,
-- respiration rapide,
-- somnolence,
-- le patient est pâle et a la peau froide et moite,
-- dilatation des pupilles, qui ne changent pas de diamètre si
l'on braque une lumière dans les yeux,
-- le patient voit des éclairs de lumière ou se plaint de voir
trouble ou d'être aveugle,
-- perte de connaissance,
-- convulsions,
-- oedème pulmonaire,
-- pouls lent,
-- hypotension artérielle.
* Atteinte cutanée:
-- irritation et rougeur,
-- si la surface cutanée touchée est importante ou si
l'exposition dure longtemps, les effets sont les mêmes qu'en
cas d'ingestion.
* Atteinte oculaire:
-- yeux rouges et irrités.
* En cas d'inhalation:
-- toux et éternuements,
-- essoufflement,
-- mêmes signes et symptômes qu'en cas d'ingestion.
Ce qu'il faut faire
Donner les premiers soins. En cas d'arrêt respiratoire, dégager les
voies aériennes et faire un bouche-à-bouche. Si la victime est
inconsciente ou somnolente, l'allonger sur le côté dans la position de
sécurité. Vérifier sa respiration toutes les 10 minutes et la garder
au chaud.
En cas de convulsions, traiter comme indiqué au Chapitre 5.
Emmener la victime à l'hôpital aussi vite que possible.
Atteinte oculaire
Rincer les yeux à l'eau pendant au moins 15 à 20 minutes. Emmener
la victime à l'hôpital si la douleur et l'irritation ne passent
pas.
Atteinte cutanée
Retirer tous les vêtements, chaussures, chaussettes et bijoux
contaminés. Laver soigneusement à l'eau froide et au savon
l'endroit touché, si possible à l'eau courante. Si la surface
cutanée contaminée par du méthanol est importante, emmener la
victime à l'hôpital aussi rapidement que possible.
Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital
En cas d'ingestion: si celle-ci remonte à moins d'une heure et si la
victime est tout à fait consciente, respire normalement, n'a pas eu de
convulsions et n'a pas encore beaucoup vomi:
* La faire vomir.
* Lui donner de l'éthanol à boire si elle présente des signes
d'intoxication grave. L'éthanol est un antidote de
l'éthylèneglycol et du méthanol. Donner 150 ml de n'importe
quelle boisson alcoolisée forte, comme du rhum, du whisky ou du
gin (25 ml pour un enfant). Diluer l'alcool dans du jus de fruit
et le faire avaler par petites gorgées en 10 à 15 minutes. Si le
patient montre des signes d'hypoglycémie (vertiges, confusion,
pâleur et transpiration, pouls rapide, respiration superficielle,
somnolence), lui donner du jus de fruit ou du sucre.
Si la victime cesse d'uriner, traiter comme indiqué au Chapitre 9. En
cas de signes d'oedème pulmonaire, traiter comme indiqué au Chapitre
9.
Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)
En plus des effets évoqués précédement, l'éthylèneglycol peut
provoquer une acidose métabolique grave, un déséquilibre
électrolytique, des troubles du rythme cardiaque et une insuffisance
rénale. Le méthanol a tendance à provoquer une acidose métabolique
avec hyperventilation; la cécité est fréquente dans les cas graves.
Surveiller la respiration, la tension artérielle, le pouls et
l'équilibre hydroélectrolytique. Instituer le cas échéant un
traitement de soutien, notamment une oxygénothérapie et une
ventilation mécanique:
* corriger tout déséquilibre hydroélectrolytique.
* en cas de crises convulsives répétées, pratiquer une injection
intraveineuse de diazépam.
Dose: Adultes: 10 à 20 mg, à raison de 0,5 ml (2,5 mg) toutes les
30 secondes, à renouveler le cas échéant au bout de 30 à 60
minutes; on peut poursuivre avec une perfusion intraveineuse
jusqu'à un maximum de 3 mg/kg de poids corporel en 24
heures.
Enfants: 200 à 300 µg/kg de poids corporel.
L'antidote est l'éthanol. Il doit être administré dès que possible, de
préférence en perfusion intraveineuse. Un centre antipoisons vous dira
la dose à administrer. On mesurera fréquemment la glycémie pendant
l'administration d'éthanol car ce dernier peut entraîner une
hypoglycémie, en particulier chez l'enfant. L'hémodialyse peut être
utile si l'intoxication est grave ou la quantité ingérée importante.
Oxyde de carbone
L'oxyde de carbone est un gaz incolore et inodore. Il se dégage lors
de la combustion du gaz, du pétrole, de l'essence, des combustibles
solides ou du bois. Les sources habituelles d'oxyde de carbone sont
les feux, les fourneaux, les appareils de chauffage, les fours et les
moteurs à essence.
Mode d'action
L'oxyde de carbone empêche le transport de l'oxygène de se faire
normalement au niveau sanguin et perturbe le mécanisme cellulaire,
empêchant les cellules d'utiliser tout l'oxygène qui parvient jusqu'à
elles. Le manque d'oxygène touche principalement le cerveau et le
coeur.
Toxicité
L'oxyde de carbone est très toxique et peut entraîner le décès. Les
personnes qui survivent à une intoxication grave peuvent en garder des
séquelles (lésions cérébrales irréversibles).
Risques particuliers
Il est dangereux d'avoir des fourneaux, des appareils de chauffage,
des chaudières ou de faire du feu dans des pièces, huttes ou tentes
n'ayant ni cheminée, ni gaine d'évacuation, ni autre ouverture
permettant à l'oxyde de carbone de s'évacuer et à l'air frais
d'entrer. Les intoxications sont plus fréquentes lorsqu'il fait froid
et que les gens ferment portes et fenêtres pour se prémunir contre le
froid, ou lorsque le matériel est défaillant.
Souvent, les gens ne sont pas conscients du risque d'intoxication et
ne font rien pour améliorer la situation. L'oxyde de carbone est un
gaz qui n'irrite pas, qui est incolore et inodore. On détecte parfois
de la fumée ou des vapeurs toxiques à leur couleur ou à leur odeur
mais il n'y a souvent rien pour avertir les gens qu'ils sont en train
de s'intoxiquer. Les symptômes d'intoxication sont souvent pris pour
des symptômes de grippe là ou d'intoxication alimentaire.
Selon ce que l'on brûle, d'autres poisons peuvent également être
présents dans la fumée ou les vapeurs. Les sujets peuvent donc
également être intoxiqués par des gaz irritants comme l'ammoniac, le
chlore, le chlorure d'hydrogène, le phosgène ou le cyanure, en plus de
l'oxyde de carbone.
Signes et symptômes
Intoxication légère à modérée:
-- faiblesse, fatigue et somnolence,
-- maux de tête,
-- vertiges et confusion,
-- nausées et vomissements,
-- douleur thoracique,
-- pouls rapide au début.
Intoxication grave:
-- hypothermie,
-- perte de connaissance,
-- respiration superficielle irrégulière il peut y avoir arrêt
respiratoire,
-- convulsions,
-- pouls lent, parfois irrégulier,
-- hypotension artérielle.
Après une intoxication grave, le rétablissement total peut prendre de
nombreuses semaines. Il arrive que les patients retombent malades dans
les quatre semaines suivant leur guérison apparente. Certains
présentent des lésions cérébrales irréversibles et des troubles de la
mémoire.
Ce qu'il faut faire
Eloigner la victime du gaz toxique. Si l'on doit pénétrer dans une
pièce remplie de fumée ou de gaz à cause d'un feu, porter un masque
respiratoire pour se protéger de l'intoxication.
Donner les premiers soins. En cas d'arrêt respiratoire, dégager les
voies aériennes, puis faire un bouche-à-bouche ou un bouche-à-nez. Si
la victime est inconsciente ou somnolente, l'allonger sur le côté dans
la position de sécurité. Vérifier sa respiration toutes les 10 minutes
et la garder au calme et au chaud.
En cas de convulsions, traiter comme indiqué au Chapitre 5.
Emmener la victime à l'hôpital aussi rapidement que possible.
Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital
Garder la victime allongée et au repos pendant deux jours de façon que
son organisme consomme aussi peu d'oxygène que possible.
Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)
En plus des effets indiqués plus haut, on peut observer une acidose
métabolique, des troubles du rythme, un oedème cérébral et une
rhabdomyolyse (myolyse toxique).
S'il y a lieu, donner immédiatement 100% d'oxygène. La victime peut
avoir besoin d'une ventilation mécanique. S'il s'agit d'une victime
d'un incendie, vérifier que ses voies aériennes ne sont pas
oedémateuses du fait de brûlures ou de lésions. S'il est possible de
mesurer la concentration sanguine de carboxyhémoglobine, le faire
aussi rapidement que possible.
Surveiller la respiration, le coeur et la tension artérielle.
Instituer le cas échéant un traitement de soutien. En cas de crises
convulsives répétées, administrer du diazépam en injection
intraveineuse.
Dose: Adultes: 10-20 mg, à raison de 0,5 ml (2,5 mg) toutes les 30
secondes, à renouveler le cas échéant au bout de 30-60
minutes; on peut poursuivre avec une perfusion intraveineuse
jusqu'à un maximum de 3 mg/kg de poids corporel en 24
heures.
Enfants: 200-300 µg/kg de poids corporel.
Toute victime ayant présenté des céphalées et des vomissements ou des
pertes de conscience doit absolument rester alitée pendant au moins 48
heures.
On discutera avec un centre antipoisons de la nécessité d'un
traitement à l'oxygène hyperbare.
Les victimes qui survivent à une telle intoxication peuvent présenter
des effets neurologiques transitoires ou permanents, tels que des
troubles de la personnalité et de la mémoire, dans les 2 à 4 semaines
qui suivent.
Phosgène
Le phosgène est un gaz incolore qui a une odeur de foin moisi.
Utilisations
On emploie le phosgène dans la fabrication des résines, colorants et
pesticides, et il a été utilisé comme arme chimique. Il est produit
par le chauffage ou la combustion de produits contenant du chlore, par
exemple au cours d'un incendie.
Mode d'action
Il provoque des lésions pulmonaires, hépatiques et rénales. Il se
dissout lentement dans l'eau pour produire de l'acide chlorhydrique,
qui irrite les yeux, la gorge et les poumons. Parce qu'il ne se
dissout que lentement, des concentrations faibles peuvent n'avoir
aucun effet au début, et les gens ne se rendent pas compte qu'ils
inhalent un poison. Il n'a aucun effet cutané.
Toxicité
A fortes doses, il peut entraîner le décès.
Signes et symptômes
* En cas d'inhalation:
-- irritation des yeux et larmoiement,
-- toux, suffocation,
-- oppression thoracique,
-- nausées, vomissements, haut-le-coeur.
Au bout d'un certain temps et jusqu'à 24 heures après
l'exposition:
-- respiration rapide, superficielle,
-- toux douloureuse,
-- crachat mousseux blanc ou jaunâtre,
-- hypotension artérielle,
-- pouls rapide.
La victime peut mourir dans les 48 heures.
Ce qu'il faut faire
Eloigner la victime du gaz ou de la fumée. Pour cela, porter un masque
respiratoire et des vêtements protecteurs.
Donner les premiers soins. Si la victime ne respire plus, dégager les
voies aériennes, lui essuyer les lèvres et faire un bouche-à-bouche.
Si la victime est inconsciente ou somnolente, l'allonger sur le côté
dans la position de sécurité. Vérifier sa respiration toutes les 10
minutes et la garder au chaud et au calme.
L'emmener à l'hôpital aussi vite que possible.
Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital
Si la victime présente des signes d'oedème pulmonaire, traiter comme
indiqué au Chapitre 9.
Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)
Instituer le cas échéant un traitement de soutien, notamment une
oxygénothérapie. La victime peut avoir besoin d'une ventilation
mécanique. Il n'y a pas d'antidote.
La victime doit rester en observation pendant au moins 12 à 24 heures,
un oedème pulmonaire pouvant apparaître à retardement.
Piles miniaturisées
Substances chimiques traitées dans cette section
Les piles miniaturisées sont petites (diamètre inférieur à 15 mm) et
rondes. Il en existe différents types contenant chacun des substances
chimiques différentes, dont certaines sont toxiques ou corrosives.
* piles au mercure: oxyde mercurique, hydroxyde de potassium;
* piles à l'argent: oxyde d'argent, hydroxyde de potassium;
* piles alcalines au manganèse: bioxyde de manganèse, hydroxyde de
potassium;
* piles au lithium/manganèse: bioxyde de manganèse, perchlorate de
lithium;
* piles zinc/air: zinc, hydroxyde de potassium.
Utilisations
Les piles miniaturisées sont utilisées dans les appareils photos,
montres, calculatrices, appareils acoustiques, fers à friser et jeux
électroniques.
Modes d'action
L'hydroxyde de potassium et l'oxyde mercurique sont des produits
corrosifs qui peuvent provoquer des brûlures intestinales en cas de
fuite. Ces brûlures peuvent également être causées par les courants
électriques générés dans l'organisme. L'oxyde mercurique peut agir au
niveau des reins.
Toxicité
Dans la plupart des cas, une pile avalée reste intacte et est éliminée
de l'organisme sans avoir causé aucun dégât. Toutefois, si elle se
loge dans l'oesophage ou une autre partie du tube digestif, il y a un
risque de brûlure dû à des fuites de produit chimique ou à des
courants électriques. Il existe également un risque de brûlure grave
si ces piles ont été enfoncées dans l'oreille ou dans le nez. Les
piles alcalines au manganèse et les piles au mercure sont plus
dangereuses que les autres. Le risque de brûlure électrique est
moindre avec des piles usées.
Risques particuliers
Les enfants risquent de retirer ces piles de l'emballage ou de
l'appareil dans lequel elles se trouvent; ils les avaleront facilement
du fait de leur petite taille.
Signes et symptômes
* En cas d'ingestion:
Si la pile est collée dans l'oesophage:
-- difficulté de déglutition,
-- toux,
-- vomissements,
-- fièvre,
-- perte de l'appétit et fatigue.
S'il y a des brûlures et des lésions du tube digestif:
-- douleurs thoraciques ou abdominales,
-- vomissements (vomissures parfois teintées de sang),
-- selles foncées ou teintées de sang.
Ce qu'il faut faire
En cas d'ingestion
Ne pas faire vomir la victime; la pile ne ressortirait pas dans les
vomissures.
Si la victime se sent bien et ne présente aucun signe ni symptôme, la
laisser manger et boire normalement. Lui donner un laxatif (sulfate de
magnésium par voie buccale) et rechercher dans ses selles la présence
de la pile. Il faut en général entre 14 heures et 7 jours pour qu'elle
soit éliminée.
Si au bout de 7 jours la pile n'est pas ressortie dans les selles, ou
si la victime a des selles foncées ou teintées de sang, ou présente
n'importe quel autre signe ou symptôme, l'emmener à l'hôpital.
Si la pile est coincée dans l'oreille ou dans le nez
Ne pas essayer de la retirer. Emmener sans retard la personne à
l'hôpital.
Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)
S'il faut un certain temps pour parvenir à l'hôpital, donner au
patient des antiacides pour rendre l'estomac moins acide et diminuer
ainsi le risque de fuite de la pile. Donner un laxatif pour accélérer
le transit intestinal. Examiner les selles pour voir si la pile a été
éliminée.
Lorsque le patient arrive à l'hôpital, une radiographie thoracique et
abdominale permettra de localiser la pile et de savoir si elle fuit.
Si elle ne progresse pas rapidement dans l'intestin ou si elle fuit,
il faudra la retirer par endoscopie ou intervention chirurgicale.
Si une pile contenant du mercure fuit dans l'intestin, la
concentration sérique de mercure devra être déterminée. Toutefois, le
risque d'intoxication mercurielle est en pareil cas très faible.
Les piles miniaturisées enfoncées dans l'oreille ou le nez doivent
être retirées sans retard car elles peuvent endommager gravement le
tympan ou, en provoquant des brûlures faire un trou dans la muqueuse
nasale. Ne pas utiliser de solution ni de gouttes physiologiques car
elles risqueraient d'augmenter le courant électrique autour de la
pile.
Plomb
Substances chimiques traitées dans cette section
On traitera dans cette section du plomb métallique, des sels de plomb
inorganiques et des composés organiques de plomb tels que le
plombtétraéthyle.
Utilisations
Le plomb est employé dans les accumulateurs, les soudures, les
isolations de câble électrique, les peintures, le glaçage des faïences
et des céramiques. On ajoute souvent du plomb-tétraéthyle à l'essence.
Certains remèdes traditionnels contiennent du plomb. Le fard noir pour
les yeux (appelé tiro, surma ou khôl) peut contenir du plomb.
Autrefois, on utilisait le plomb pour les conduites d'eau, les
peintures murales et la faïence utilisée pour manger, boire ou cuire
les aliments. Ces usages, connus pour avoir provoqué des
intoxications, sont maintenant interdits dans de nombreux pays.
Toutefois, on trouve encore dans les vieilles maisons des peintures au
plomb et des canalisations en plomb.
Modes d'action
Le plomb agit sur le système nerveux, les reins, le système
reproducteur et le sang. Le plomb inorganique s'accumule dans les os,
les tissus et le sang. Le plomb organique est dégradé au niveau du
foie, mais ses produits de dégradation provoquent des lésions
cérébrales et nerveuses.
Les enfants sont plus susceptibles d'être atteints de saturnisme que
les adultes, car leur organisme absorbe plus facilement le plomb et
s'en débarrasse moins aisément.
Une intoxication est en général le résultat d'une exposition
chronique, par inhalation ou ingestion répétée de faibles doses.
Cependant, une seule exposition aiguë suffit à provoquer une
intoxication, par exemple si l'on avale un objet en plomb qui reste
plusieurs jours dans le tube digestif, si des plombs de chasse ne sont
pas extraits, ou si l'on ingère une quantité importante de plomb
organique. Le contact cutané avec du plomb métallique n'entraînera pas
d'intoxication, mais il faut savoir que les composés organiques de
plomb sont absorbés à travers la peau.
Toxicité
Le plomb est très toxique. L'exposition chronique à de faibles doses
peut entraîner des lésions cérébrales irréversibles ou le décès.
Risques particuliers
La fusion et l'affinage du plomb, la fabrication et la destruction des
accumulateurs en plomb, la soudure, le décapage à la chaleur ou le
ponçage de peintures au plomb sont des activités professionnelles
susceptibles de créer des poussières ou des vapeurs de plomb, donc un
risque d'inhaler du plomb, sauf si l'on prend les précautions voulues
pour assurer l'aération et si l'on utilise des vêtements protecteurs
et masques respiratoires. Il y a un risque d'ingestion de plomb si
l'on mange, boit ou fume dans des endroits où il y a des vapeurs ou
des poussières de plomb. On peut également s'intoxiquer en mangeant ou
en buvant dans des faïences dont le glaçage a été fait au plomb. Le
fait de «sniffer» de l'essence contenant du plomb peut également
entraîner un saturnisme. Chez l'enfant, la plupart des intoxications
ont pour origine l'ingestion de morceaux de peinture ou de poussières
contenant du plomb, ou l'utilisation du fard noir pour les yeux.
Signes et symptômes
En cas d'ingestion ou d'inhalation, en général à la suite
d'expositions répétées
Chez l'enfant :
-- irritabilité, perte de la mémoire, maladresse et baisse des
facultés mentales (qui peuvent apparaître sans aucun autre
symptôme),
-- pâleur due à l'anémie,
-- perte de l'appétit, maux de tête et fatigue,
-- vomissements et maux d'estomac coliqueux,
-- goût métallique dans la bouche.
A des concentrations plus fortes, des troubles qui mettent la vie de
l'enfant en danger peuvent apparaître:
-- vomissements incoercibles,
-- troubles de la coordination motrice,
-- pertes de connaissance périodiques,
-- convulsions.
Les lésions cérébrales sont en général irréversibles.
Chez l'adulte :
-- maux d'estomac coliqueux et constipation,
-- douleurs articulaires, maux de tête et faiblesse,
-- main tombante ou pied tombant,
-- liséré de Burton (gencives),
-- troubles de la personnalité, de la mémoire et réactions
lentes,
-- troubles de la coordination motrice.
Le plomb présent dans l'essence (plomb-tétraéthyle) peut également
provoquer:
-- insomnies, cauchemars,
-- troubles mentaux,
-- hallucinations,
-- convulsions.
Ce qu'il faut faire
Pour un enfant présentant un saturnisme qui met sa vie en danger
Donner les premiers soins. S'il est inconscient ou somnolent,
l'allonger sur le côté dans la position de sécurité. Vérifier sa
respiration toutes les 10 minutes et le garder au chaud.
En cas de convulsions, traiter comme indiqué au Chapitre 5.
L'emmener à l'hôpital aussi vite que possible.
Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital
En cas d'intoxication aiguë par ingestion de sels de plomb ou de
dérivés de plomb (mais pas de plomb métallique): si la victime est
consciente et ne vomit pas, lui donner à boire du charbon activé dans
de l'eau.
Si la victime a avalé un objet en plomb ou des morceaux de peinture
au plomb: lui donner un laxatif (sulfate de magnésium par voie
orale) et vérifier que l'objet a bien été éliminé dans les selles.
Pour un patient qui montre des signes et symptômes d'intoxication
chronique, mais sans syndrome d'intoxication aiguë
L'emmener chez un médecin le plus vite possible. Un antidote peut être
nécessaire.
Dans tous les cas de saturnisme
Toujours identifier la source de l'intoxication et s'assurer qu'il n'y
a aucun risque de réexposition.
Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)
En plus des effets décrits précédemment, le plomb peut provoquer un
oedème cérébral, une anémie et une neuropathie périphérique. Les
effets qui engagent le pronostic vital sont dus à une encéphalopathie
aiguë.
L'encéphalopathie aiguë doit être traitée rapidement. Instituer le
cas échéant un traitemnet de soutien:
* un apport liquidien pour maintenir un bon débit urinaire, mais en
prenant garde à éviter toute surcharge;
* surveiller la fonction rénale;
* en cas de crises convulsives répétées, faire une injection
intraveineuse de diazépam.
Dose: Adultes: 10 à 20 mg, à raison de 0,5 ml (2,5 mg) toutes les
30 secondes, à renouveler le cas échéant au bout de 30 à 60
minutes; on peut poursuivre avec une perfusion intraveineuse
jusqu'à maximum de 3 mg/kg de poids corporel en 24 heures.
Enfants: 200 à 300 µg/kg de poids corporel.
Il existe plusieurs antidotes qui peuvent être utiles: le dimercaprol,
l'édétate de sodium et de calcium, la pénicillamine, le succimer
(DMSA, acide 2,3-dimercaptosuccinique) et le DMPS (sulfonate de
dimercaptopropane). La décision d'avoir recours à un antidote, le
choix de celui-ci et la dose à administrer dépendront des signes et
symptômes présentés et de la concentration de plomb dans l'organisme.
Discuter avec un centre antipoisons de l'antidote à employer et de la
dose à administrer.
Si le patient a avalé un objet en plomb ou des fragments de peinture
au plomb vérifier à l'aide d'une radiographie s'ils sont toujours dans
le tube digestif. Donner du sulfate de magnésium pour accélérer le
transit intestinal. Les plombs de chasse doivent être, dans la mesure
du possible, retirés.
Pulvérisateurs d'aérosols
Substances chimiques traitées dans cette section
Les pulvérisateurs d'aérosols, appelés bombes sous pression, sont des
boîtes métalliques contenant des substances chimiques sous pression
qui forment un nuage de fines gouttelettes lorsqu'elles sont libérées
dans l'atmosphère. Cette section traite des produits utilisés comme
propulseurs servant à libérer la substance active. On utilise pour
cela du butane, du propane ou des chlorofluorocarbures.
Utilisations
Il existe de nombreux produits ménagers, dont les produits pour
nettoyer les vitres, produits pour entretien du bois, désodorisants
d'ambiance, produits pour nettoyer les fours, fixateurs pour cheveux,
désodorisants et insecticides qui sont vendus en bombes. L'abus
d'aérosols est fréquent dans de nombreux pays: la pulvérisation est
inhalée profondément et provoque une sensation d'euphorie.
Mode d'action
Le butane, le propane et les chlorofluorocarbures agissent rapidement
sur le coeur s'ils sont inhalés profondément, ce qui est le cas en cas
d'abus (la substance active de l'aérosol peut également être nocive si
elle est irritante, corrosive ou toxique).
Toxicité
L'abus d'aérosols peut entraîner une mort subite due à l'action des
gaz propulseurs sur le coeur. C'est un abus qui peut engendrer une
dépendance. Les personnes exposées à des aérosols du fait d'une
utilisation courante, ou de façon accidentelle, ont très peu de chance
d'être incommodées. Les effets des substances actives, qui peuvent
être corrosives ou toxiques, sont analysés dans une autre section du
manuel.
Signes et symptômes
* S'ils sont inhalés profondément, à savoir en cas d'abus:
-- toux et suffocation,
-- excitation,
-- hallucinations,
-- perte de conscience brutale.
La victime peut mourir soudainement ou se rétablir très rapidement.
* En cas d'atteinte oculaire:
-- yeux qui piquent et qui larmoient,
-- paupières rouges.
Ce qu'il faut faire
Donner les premiers soins. Si la victime est inconsciente ou
somnolente, l'allonger sur le côté dans la position de sécurité.
Vérifier sa respiration toutes les 10 minutes et la garder au chaud et
au calme.
Atteinte oculaire
Rincer les yeux à l'eau pendant au moins 15 à 20 minutes.
Si elle présente des signes ou des symptômes, l'emmener à l'hôpital.
Il convient de garder tous ces malades allongés et au calme pendant au
moins 4 heures.
Savon et détergents
Substances chimiques traitées dans cette section
Le savon est un produit naturel fabriqué à partir de graisses ou
d'huiles végétales ou animales. Les détergents sont des produits
synthétiques. Ils sont plus efficaces pour le nettoyage que le savon
et ne moussent pas dans les eaux calcaires. Il y en a trois groupes:
les non ioniques, les anioniques et les cationiques. Il est important
de pouvoir distinguer les détergents cationiques des autres, car ils
sont plus dangereux.
Les détergents cationiques les plus courants sont le benzalkonium, le
cétrimide, le cétylpyridinium et le déqualinium. On les appelle
parfois composés d'ammonium quaternaire.
Les détergents contiennent en général également d'autres produits
chimiques comme des phosphates, des carbonates et des silicates pour
améliorer leur pouvoir nettoyant, des lessives, des parfums, des
produits antibactériens et des détachants.
Utilisations
Les détergents anioniques sont employés dans la plupart des produits
ménagers utilisés pour laver la vaisselle, les vêtements, les cheveux,
etc. Les détergents non ioniques sont employés dans les produits de
blanchissage peu moussants.
On utilise les détergents cationiques comme antiseptiques et comme
désinfectants à domicile, dans les industries alimentaires et
laitières, dans les centres de santé et les hôpitaux.
Le savon est généralement vendu sous forme de savonnettes ou de pains,
sous forme liquide ou en flocons pour la toilette ou le lavage du
linge.
Mode d'action
La plupart des produits ménagers qui contiennent des détergents
anioniques ou non ioniques sont assez peu irritants. Les détergents
utilisés dans les lavevaisselle sont corrosifs, tout comme de nombreux
produits utilisés à l'hôpital, dans l'agriculture ou dans l'industrie.
Les détergents cationiques peuvent brûler l'intérieur de la bouche et
la gorge et sont également toxiques s'ils sont ingérés, car ils
agissent sur les muscles.
Certains shampoings antipoux contiennent des insecticides. Si le
shampoing n'est pas bien utilisé, il peut y avoir intoxication par
l'insecticide.
Toxicité
Les détergents ménagers ne sont en général pas nocifs s'ils sont
ingérés en petites quantités, sauf en ce qui concerne les détergents
pour lave-vaisselle qui peuvent provoquer des brûlures. Les détergents
cationiques peuvent provoquer des intoxications graves pouvant
entraîner le décès.
Signes et symptômes
* En cas d'ingestion
Savon, détergents non ioniques et anioniques
-- douleur buccale,
-- lèvres et langue enflées si un morceau de savon a été sucé,
-- vomissements et diarrhée.
Détergents cationiques:
-- brûlures de la bouche, de la gorge et de l'oesophage,
-- vomissements et diarrhée,
-- faiblesse musculaire,
-- la victime n'arrive pas à respirer,
-- perte de connaissance,
-- convulsions,
-- hypotension artérielle,
-- oedème pulmonaire.
* Atteinte cutanée
Un contact répété peut rendre la peau sèche et gercée.
* Atteinte oculaire
Les détergents cationiques peuvent provoquer des brûlures graves.
Ce qu'il faut faire
Donner les premiers soins. En cas d'arrêt respiratoire, dégager les
voies aériennes et faire un bouche-à-bouche. Si la victime est
inconsciente ou somnolente, l'allonger sur le côté dans la position de
sécurité. Vérifier sa respiration toutes les 10 minutes et la garder
au chaud.
En cas de convulsions, traiter comme indiqué au Chapitre 5.
Emmener immédiatement la victime à l'hôpital dans les cas suivants:
* La victime a avalé un produit contenant un détergent cationique.
* La victime vomit depuis longtemps ou présente d'autres signes ou
symptômes d'intoxication.
* La victime présente des brûlures à l'intérieur de la bouche.
Si la victime n'a pas besoin d'aller à l'hôpital, lui donner du lait à
boire.
Atteinte oculaire
Brosser ou tamponner doucement le liquide ou la poudre présente
sur le visage, puis rincer les yeux à l'eau pendant au moins 15 à
20 minutes. Vérifier qu'il ne reste pas de particules solides de
produit chimique sur les cils et les sourcils, ni dans les plis
cutanés entourant les yeux. Emmener la victime à l'hôpital si la
douleur ou l'irritation ne cesse pas.
Atteinte cutanée
Retirer tous les vêtements, chaussures, chaussettes et bijoux
contaminés. Laver soigneusement à l'eau froide l'endroit touché,
si possible à l'eau courante.
Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital
En cas d'ingestion: si la victime est consciente, lui donner une
tasse d'eau à boire. Ne pas essayer de la faire vomir, car les
vomissures pourraient lui brûler la gorge.
S'il y a des signes d'oedème pulmonaire, traiter comme indiqué au
Chapitre 9.
Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)
Surveiller la respiration, le pouls, la tension artérielle,
l'équilibre hydroélectrolytique. Instituer, le cas échéant, un
traitement de soutien, notamment une oxygénothérapie et une
ventilation mécanique. En cas de crises convulsives répétées, faire
une injection intraveineuse de diazépam.
Dose: Adultes: 10 à 20 mg, à raison de 0,5 ml (2,5 mg) toutes les
30 secondes, à renouveler le cas échéant au bout de 30 à 60
minutes; on peut poursuivre avec une perfusion intraveineuse
jusqu'à un maximum de 3 mg/kg de poids corporel en 24
heures.
Enfants: 200 à 300 µg/kg de poids corporel.
Substances caustiques et corrosives
Substances chimiques traitées dans cette section
De nombreux produits chimiques irritent, brûlent ou endommagent la
peau et les autres tissus vivants. Il s'agit des acides minéraux et
organiques, des bases et des agents oxydants.
Exemples d'acides:
Acide acétique Acide nitrique
Acide aminosulfonique Acide oxalique
(acide sulfamique)
Acide chlorhydrique Acide phosphorique
Acide fluorhydrique Acide sulfurique
Acide formique
Exemples de bases:
Ammoniaque Hydroxyde de sodium
Carbonate de potassium (soude caustique, lessive de soude)
Carbonate de sodium Oxyde de calcium
Hydroxyde de calcium Phosphate de sodium
Hydroxyde de potassium Polyphosphate de potassium
(potasse caustique) Polyphosphate de sodium
Agents oxydants. Ce sont des substances chimiques qui libèrent de
l'oxygène. L'oxygène peut tuer les bactéries, décolorer des substances
colorées et endommager les tissus vivants. Parmi les agents oxydants
couramment employés, on peut citer l'hypochlorite de calcium, l'eau
oxygénée, l'hypochlorite de sodium, le troclosène sodique
(dichloroïsocyanurate de sodium) et le perborate de sodium.
Gaz corrosifs: Chlore, chloramine, chlorure d'hydrogène et dioxyde
de soufre.
Utilisations
De nombreux produits à usage domestique ou professionnel contiennent
des acides ou des bases.
* Lessives
-- Eau de javel, pour le nettoyage des cuisines, des salles de
bains et des toilettes: contient généralement de
l'hypochlorite de sodium.
-- La poudre à récurer à usage domestique contient en général
du troclosène sodique, un détergent et une faible quantité
d'acide.
-- Lessive pour le linge: contient en général de l'hypochlorite
de sodium, du perborate de sodium ou du troclosène sodique.
-- Désinfectant pour piscines; contient en général de
l'hypochlorite de sodium.
La concentration en hypochlorite de sodium dans les lessives est
en général la suivante:
-- eau de javel < 5%
-- eau de javel concentrée 10 à 12%
-- lessive industrielle 15 à 20%.
* Les batteries de voitures contiennent en général de l'acide
sulfurique.
* Les produits pour le nettoyage des prothèses dentaires sont des
poudres ou des comprimés qui contiennent du perborate de sodium.
Ils forment une solution corrosive dans l'eau, la cavité buccale,
ou le tube digestif.
* Les détartrants employés pour éliminer le tartre des bouilloires,
baignoires ou conduites d'eau, sont acides. Les produits liquides
contiennent en général de l'acide formique ou de l'acide
phosphorique, les poudres de l'acide aminosulfonique.
* Les produits pour nettoyer les canalisations sanitaires sont
alcalins: ils contiennent en général de l'hydroxyde de sodium ou
de l'hydroxyde de potassium. Ils se présentent sous forme de
cristaux solides ou de liquides.
* Produits pour nettoyer les sols: certains sont alcalins. Les
produits pour sols en béton peuvent contenir du carbonate de
sodium; les dissolvants et les décapants de l'hydroxyde de
sodium.
* Produits ménagers à usage général: certains sont basiques et
contiennent du carbonate de sodium ou de l'hydroxyde d'ammonium.
* Produits pour vitres: peuvent être alcalins et contenir de
l'hydroxyde de sodium.
* Produits dégraissants: peuvent être alcalins et contenir de
l'hydroxyde de sodium (mais d'autres contiennent du tétrachlorure
de carbone ou du trichloréthylène, voir p. 222 et 163).
* Lessives pour le linge: beaucoup contiennent des bases comme le
carbonate de sodium, le phosphate de sodium et le polyphosphate
de sodium.
* Liquides pour nettoyer les toilettes, éliminer les taches et les
dépôts calcaires: contiennent en général de l'acide
chlorhydrique, de l'acide sulfurique, de l'acide oxalique, ou du
carbonate de sodium. Ils peuvent être acides ou basiques.
* La poudre à récurer les toilettes est en général acide et
contient du troclosène sodique, un détergent et une faible
quantité d'acide, ou du bisulfate de sodium.
* Produits pour nettoyer les fours: sont alcalins et contiennent en
général de l'hydroxyde de sodium ou de l'hydroxyde de potassium.
* Produits antirouille, servant à éliminer la rouille sur les
métaux ou les tissus; ils sont acides; certains contiennent de
l'acide phosphorique ou de l'acide fluorhydrique.
* Produits stérilisants utilisés pour le matériel servant à la
fabrication du vin, pour l'eau de boisson ou pour les biberons:
contiennent de l'hypochlorite de sodium ou du troclosène sodique.
* Comprimés servant à la mise en évidence de sucre dans les urines:
utilisés par les diabétiques, ils contiennent de l'hydroxyde de
sodium et de l'acide.
Modes d'action
Ces produits sont irritants ou corrosifs. Ils provoquent des
inflammations, brûlent ou détruisent la peau et les autres tissus. Les
vapeurs acides ou les gaz irritants, comme l'ammoniac, le chlore, la
chloramine, le chlorure d'hydrogène et le dioxyde de soufre, irritent
les poumons et provoquent un oedème pulmonaire. S'il est ingéré, un
acide peut également bouleverser l'équilibre chimique de l'organisme
et engendrer des signes d'intoxication générale. L'acide oxalique
provoque également des lésions rénales.
Les comprimés servant à détecter la présence de sucre dans les urines
provoquent non seulement des brûlures chimiques, mais aussi des
brûlures thermiques, car ils dégagent de la chaleur lorsqu'ils se
dissolvent dans les liquides organiques.
Toxicité
Les lésions provoquées par les substances caustiques et corrosives
vont de l'irritation légère à la brûlure grave. La gravité de la
lésion dépend de:
-- la quantité ingérée ou en contact avec la peau. Une grande
quantité de liquide provoquera des lésions plus étendues. En
cas d'ingestion, elle sera davantage susceptible de faire
vomir la victime.
-- la durée pendant laquelle le produit chimique est en contact
avec les tissus. Les brûlures provoquées par des solides,
comme les comprimés servant au nettoyage des prothèses
dentaires, les comprimés de stérilisation ou les cristaux
d'hydroxyde de sodium, sont en général plus graves que
celles provoquées par des liquides, car les solides sont en
contact avec la muqueuse buccale et oesophagienne pendant
plus longtemps que les liquides. Les lésions les plus graves
se produisent lorsque les comprimés corrosifs se collent
dans l'oesophage ou l'estomac.
-- la concentration de la substance chimique.
S'ils sont ingérés, les produits fortement corrosifs ou caustiques
peuvent provoquer des brûlures graves de la cavité buccale, de la
gorge, de l'oesophage et du tube digestif. Par la suite, des
cicatrices peuvent obstruer l'oesophage, empêchant la victime d'avaler
des aliments solides.
Les brûlures dues à des bases sont en général plus graves que les
brûlures dues à des acides car les bases dissolvent les tissus et
pénètrent profondément sous la surface cutanée ou la muqueuse
digestive. Elles continuent à provoquer des lésions, même après avoir
été éliminées de la surface du tissu.
Les lésions provoquées par les acides ont des caractéristiques
différentes de celles provoquées par des bases. Les acides ont
tendance à provoquer des lésions plus graves au niveau de l'estomac
que dans la gorge et dans l'oesophage. Même lorsque l'estomac est
très endommagé, il peut n'y avoir que des lésions légères au niveau de
la gorge et de l'oesophage. En revanche, les bases provoquent en
général des lésions plus graves dans l'oesophage que dans la bouche,
la gorge et l'estomac. La partie inférieure de l'oesophage peut être
gravement endommagée, même s'il n'y a aucune brûlure dans la bouche ni
dans la gorge.
L'acide fluorhydrique est différent des autres acides car il pénètre
profondément sous la peau provoquant des lésions graves au niveau des
tissus internes et des os. C'est le fluorure présent dans l'acide qui
le rend si dangereux.
Les acides ne provoquent des intoxications générales que s'ils sont
ingérés en grande quantité.
Risques particuliers
Les produits ménagers corrosifs ou caustiques constituent un danger
pour les jeunes enfants s'ils ne sont pas rangés en lieu sûr et sous
clé. Il est particulièrement dangereux de les conserver dans des
bouteilles ayant précédemment contenu des boissons.
Les comprimés servant à nettoyer les prothèses dentaires ou à tester
les urines peuvent être pris pour des bonbons ou des comprimés pour la
digestion par les personnes âgées qui ne voient pas bien.
On peut boire par erreur un détartrant mis dans une bouilloire. S'il
est dilué dans de l'eau, il est peu probable qu'il provoque des
brûlures graves.
Il est dangereux de mélanger des produits ménagers, des produits pour
nettoyer les toilettes et des lessives, ce que font parfois certaines
personnes. Si l'on mélange de l'eau de javel à un produit acide pour
nettoyer les toilettes ou à un détartrant, il se dégage du chlore.
L'eau de javel mélangée à de l'ammoniaque dégage de la chloramine. Le
chlore et la chloramine sont des gaz acides.
Signes et symptômes
* En cas d'ingestion:
-- sensation immédiate de brûlure dans la bouche et la gorge,
-- ulcérations buccales; la langue et la muqueuse buccale
changent de couleur (deviennent grises avec l'acide
chlorhydrique, jaunes avec l'acide nitrique, blanches ou
noires avec l'acide sulfurique),
-- sécrétion salivaire,
-- douleur à la déglutition, la victime ne veut rien boire,
-- soif intense,
-- gorge enflée qui peut obstruer les voies aériennes et
entraîner chez la victime une respiration sifflante,
-- douleur thoracique et abdominale,
-- nausées, haut-le-coeur et vomissements, avec présence de
sang dans les vomissures,
-- diarrhée pouvant être teintée de sang,
-- signes de choc: pouls rapide et faible, peau moite et froide
et hypotension artérielle,
-- les acides ou les bases peuvent provoquer des perforations
de la gorge, de l'oesophage ou de l'estomac; en cas de
perforation stomacale, la victime aura de la fièvre, une
douleur sous-costale en ceinture, une douleur abdominale
sévère et un ventre dur,
-- perte de connaissance.
* En cas d'inhalation de vapeurs ou de gaz:
-- larmoiement et éternuements,
-- toux et suffocation,
-- oppression thoracique ou douleur thoracique,
-- respiration sifflante ou difficultés respiratoires,
-- respiration rapide,
-- maux de tête,
-- coloration bleue du visage, des lèvres et du dessous des
paupières,
-- vertiges,
-- présence de liquide dans les poumons (oedème pulmonaire), en
général au bout de plusieurs heures.
* Atteinte oculaire:
-- sensation de piqûre ou de brûlure,
-- larmoiement,
-- paupières rouges et enflées,
-- la victime ne veut pas ouvrir les yeux,
-- douleur sévère et brûlures au niveau des paupières et
ulcérations oculaires,
-- troubles de la vision, perte de la vue
-- cécité permanente.
Les brûlures dues à des substances alcalines sont en général plus
graves que celles dues à des acides.
* Atteinte cutanée:
-- sensation de brûlure (avec l'acide fluorhydrique, il peut
n'y avoir aucune douleur au début),
-- la peau rougit et enfle,
-- brûlures sévères accompagnées de lésions cutanées
importantes,
-- les bases provoquent des ulcérations et rendent la peau
glissante et savonneuse,
-- choc dû à la douleur: pouls faible et rapide, peau moite et
froide, hypotension artérielle,
-- perte de connaissance.
Les brûlures dues à des substances alcalines sont en général plus
sévères que celles dues à des acides. Avec l'acide fluorhydrique, des
lésions sévères peuvent apparaître par la suite, même s'il n'y a aucun
signe de lésion au début.
Ce qu'il faut faire
Eloigner la victime des gaz, vapeurs ou liquides répandus. Prendre
garde à ne pas se contaminer soi-même (peau, vêtements, inhalation de
vapeurs). Porter un masque respiratoire et des vêtements protecteurs
le cas échéant.
Donner les premiers soins. En cas d'arrêt respiratoire, dégager les
voies aériennes, nettoyer les lèvres de la victime et faire un
bouche-à-bouche. Si la bouche est gravement brûlée, faire un bouche-à-
nez. En cas d'arrêt cardiaque, pratiquer un massage cardiaque.
Si la victime est inconsciente ou somnolente, l'allonger dans la
position latérale de sécurité. Vérifier sa respiration toutes les 10
minutes, et la garder au chaud et au calme.
Atteinte oculaire
Tamponner très doucement le visage avec un linge ou du papier
pour absorber la substance chimique. Brosser doucement ou
tamponner toute substance liquide ou en poudre. Rincer les yeux à
l'eau pendant au moins 15 à 20 minutes. Vérifier qu'il ne reste
aucune particule solide de substance chimique sur les cils et les
sourcils, ni dans les plis cutanés entourant les yeux.
Atteinte cutanée
Retirer immédiatement les vêtements, chaussures, chaussettes et
bijoux contaminés. Prendre garde à ne pas se contaminer soi-même
(peau, vêtements, inhalation de vapeurs). Tamponner très
doucement la peau avec un linge ou du papier pour aspirer le
produit. Laver ensuite soigneusement l'endroit touché à l'eau et
au savon, si possible à l'eau courante. Si la surface touchée est
importante, doucher la personne à l'eau froide ou tiède ou
l'asperger au tuyau d'arrosage, mais en lui protégeant les yeux.
Rincer pendant au moins 15 minutes.
Bases: laver jusqu'à ce que la peau ne soit plus savonneuse ni
glissante. Cela peut prendre plus d'une heure.
Acide fluorhydrique: dans tous les cas, rincer immédiatement à
grande eau, puis mettre du gel au gluconate de calcium sur la
surface touchée et masser jusqu'à ce que la douleur disparaisse.
Cela prend au moins 15 minutes. Recouvrir d'un pansement trempé
dans le gel et bander sans serrer. Si l'on ne dispose pas de gel
au gluconate de calcium, imbiber la surface touchée d'une
solution de sulfate de magnésium (sels d'Epsom) ou d'un sel de
calcium. Utilisés immédiatement, ces sels peuvent éviter les
brûlures profondes mais, une fois que l'acide à pénétré sous la
peau, ils sont moins efficaces.
En cas d'ingestion
Si l'ingestion remonte à moins de 10 minutes, donner
immédiatement à boire quatre tasses d'eau. Si l'ingestion est
plus ancienne, ne rien donner à boire. L'eau n'améliorera pas les
choses. Si la victime est consciente, lui dire de se rincer la
bouche à l'eau froide et de la recracher.
Ne pas la faire vomir. Les vomissures pourraient lui brûler la
gorge en remontant.
Acide fluorhydrique. Si la victime est lucide et capable de
déglutir, lui donner immédiatement à boire du lait, ou un
médicament contenant du calcium ou du magnésium: sulfate de
magnésium, hydroxyde de magnésium ou carbonate de calcium.
Emmener la victime à l'hôpital aussi vite que possible.
Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital
En cas d'ingestion: si la victime est consciente et ne présente
aucun signe de brûlure dans la bouche, ni de salivation excessive
indiquant qu'elle n'est pas en mesure de déglutir, lui donner une ou
deux tasses d'eau ou de lait. Prendre garde à ne pas la faire vomir et
arrêter si elle se sent nauséeuse.
Ne pas essayer de neutraliser la substance chimique avec un autre
produit.
Ne pas donner de boisson gazeuse.
Ne rien lui donner à boire si elle est inconsciente, ou si elle
présente des brûlures dans la bouche.
Ne rien lui donner à manger tant qu'un médecin n'a pas vérifié qu'il
n'y a aucune lésion dans la gorge.
Si la victime présente des signes d'oedème pulmonaire, traiter comme
indiqué au Chapitre 9.
Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)
Instituer, le cas échéant, un traitement de soutien, notamment une
oxygénothérapie et une ventilation mécanique, et de la morphine en cas
de douleur sévères.
Il est difficile de juger de la gravité des lésions au niveau de
l'oesophage ou du tube digestif d'après les signes et symptômes. Pour
se rendre compte de leur gravité, faire une endoscopie si l'ingestion
remonte à moins de 48 heures et si la victime présente l'un quelconque
des signes suivants.
-- brûlures à l'intérieur de la bouche,
-- signes ou symptômes,
-- obstruction des voies aériennes supérieures.
Si des acides ou des bases perforent les parois de l'intestin ou de
l'oesophage, il est probable que la victime décédera.
S'ils sont donnés dans les 48 heures, les stéroïdes (par exemple, la
prednisolone) peuvent diminuer les risques de sténose. Ne pas les
administrer s'il y a un risque élevé de perforation ou des antécédents
d'ulcère gastro-duodénal, ou d'infection évolutive.
Acide fluorhydrique
L'intoxication générale peut entraîner une hypocalcémie ou une
hyperkaliémie.
En cas de contact cutané avec de l'acide fluorhydrique, injecter en
sous-cutané une solution de gluconate de calcium à 10% au niveau de la
partie lésée, en ne dépassant pas 0,5 ml par doigt, ou 1 ml par cm 2
de peau aux autres endroits.
Tabac
Produits traités dans cette section
On traitera ici des cigarettes, cigares, tabac pour pipes et à chiquer
fabriqués à partir du tabac cultivé (Nicotiana tabacum). Dans
certaines sociétés, il arrive qu'on fume ou qu'on mâche d'autres
feuilles avec le tabac et qu'on ajoute d'autres plantes au tabac pour
parfumer les cigarettes. Le tabac contient de la nicotine.
Mode d'action
La nicotine agit sur le cerveau et le système nerveux.
Toxicité
La nicotine est très toxique. Il est rare que l'ingestion de
cigarettes provoque une intoxication grave, même si deux cigarettes de
tabac cultivé contiennent suffisamment de nicotine pour provoquer une
intoxication grave chez le jeune enfant. Il suffit d'un mégot pour
provoquer une intoxication.
Risques particuliers
Les produits comme les cigarettes, les mégots et les paquets de tabac,
sont souvent laissés à la portée des enfants.
Signes et symptômes
* En cas d'ingestion:
-- vomissements,
-- agitation,
-- diarrhée,
-- salivation, transpiration et pâleur,
-- faiblesse,
-- les pupilles peuvent être dilatées ou rétrécies,
-- le pouls est au début rapide, puis devient lent ou
irrégulier,
-- courte période d'inconscience,
-- mouvements réflexes des membres,
-- convulsions.
Ce qu'il faut faire
Donner les premiers soins. Si la victime est inconsciente ou
somnolente, l'allonger sur le côté dans la position de sécurité.
Vérifier sa respiration toutes les 10 minutes et la garder au chaud et
au calme.
En cas de convulsions, traiter comme indiqué au Chapitre 5.
Si la victime est tout à fait consciente, respire normalement et ne
vomit pas, lui donner à boire du charbon activé dans de l'eau. Ne pas
la faire vomir.
Emmener chez un médecin et garder en observation pendant plusieurs
heures un enfant qui aurait avalé plus d'une cigarette, ou une
quantité analogue de tabac.
Tétrachlorure de carbone
Utilisations
Le tétrachlorure de carbone est principalement utilisé dans
l'industrie pour fabriquer d'autres produits chimiques. On l'a utilisé
dans les extincteurs, comme détachant (tache de graisse) et produit
de nettoyage à sec, mais aucun de ces usages n'est recommandé
aujourd'hui, car il existe pour cela des produits moins toxiques.
Mode d'action
Il irrite la peau, les yeux et les poumons. Ingéré, inhalé ou répandu
sur la peau, il est toxique et agit sur le cerveau, le foie et les
reins. Lorsqu'il brûle, il dégage du phosgène, également toxique.
Toxicité
Il est très toxique et peut entraîner le décès. L'intoxication est
plus grave chez les fumeurs.
Signes et symptômes
* En cas d'ingestion:
-- nausées, vomissements et diarrhée,
-- sensation de brûlure dans la bouche, la gorge et le ventre,
-- vertiges et confusion,
-- somnolence et perte de conscience,
-- convulsions,
-- hypotension artérielle,
-- battements de coeur lents ou irréguliers, avec risque de
mort subite.
Au bout de 2-14 jours:
-- signes de lésion hépatique,
-- lésion rénale la victime n'urine plus.
* En cas d'inhalation:
-- toux, éternuements et léger essoufflement,
-- mêmes effets qu'en cas d'ingestion,
-- signes d'oedème pulmonaire au bout de 2 à 3 jours.
* Atteinte cutanée:
-- rougeur et irritation,
-- cloques en cas de contact cutané prolongé,
-- mêmes effets qu'en cas d'ingestion.
* Atteinte oculaire:
-- yeux rouges et irritation sévère.
Ce qu'il faut faire
Eloigner la victime de la source de substance toxique. Se protéger en
portant des vêtements protecteurs et un masque respiratoire.
Donner les premiers soins. Si la victime ne respire plus, lui nettoyer
les lèvres et lui faire un bouche-à-bouche ou un bouche-à-nez. En cas
d'arrêt cardiaque, pratiquer un massage cardiaque. Si la victime est
inconsciente ou somnolente, l'allonger sur le côté dans la position de
sécurité. Vérifier sa respiration toutes les 10 minutes et la garder
au chaud.
En cas de convulsions, traiter comme indiqué au Chapitre 5.
Atteinte oculaire
Rincer les yeux à l'eau pendant au moins 15 à 20 minutes.
Atteinte cutanée
Retirer immédiatement tous les vêtements, chaussures, chaussettes
et bijoux contaminés. Prendre garde à ne pas se contaminer soi-
même (peau, vêtements). Laver soigneusement à l'eau froide et au
savon l'endroit contaminé, si possible à l'eau courante. Rincer
pendant au moins 15 minutes.
Emmener la victime à l'hôpital aussi vite que possible.
Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital
En cas d'ingestion: Si celle-ci remonte à moins de 4 heures et si la
victime est tout à fait consciente, respire normalement, n'a pas eu de
convulsions, la faire vomir. Ne pas donner de lait à boire, ni à
manger ou à boire quoi que ce soit contenant de l'huile, des graisses
ou de l'alcool.
Si la victime présente des signes d'oedème pulmonaire, traiter comme
indiqué au Chapitre 9. En présence de signes de lésion hépatique,
traiter comme indiqué au Chapitre 9. Si la victime n'urine plus,
traiter comme indiqué au Chapitre 9.
Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)
Surveiller la respiration, le pouls et la tension artérielle.
Instituer le cas échéant un traitement de soutien:
* En cas d'hypotension, administer des liquides par voie
intraveineuse.
* En cas de crises convulsives répétées, faire une injection
intraveineuse de diazépam.
Dose: Adultes: 10 à 20 mg, à raison de 0,5 ml (2,5 mg) toutes les
30 secondes, à renouveler le cas échéant au bout de 30 à 60
minutes; on peut poursuivre avec une perfusion intraveineuse
jusqu'à un maximum de 3 mg/kg de poids corporel en 24
heures.
Enfants: 200 à 300 µg/kg de poids corporel.
Ne pas donner d'adrénaline.
Antidote: Si l'exposition remonte à moins de 24 heures et si l'on
dispose d'acétylcystéine, en administrer par voie intraveineuse. La
dose est la même que pour l'intoxication par le paracétamol; voir p.
276.
Le tétrachlorure de carbone est opaque aux rayons-X et doit être
visible sur une radiographie abdominale s'il a été ingéré récemment.
Une hémodialyse ou une hémoperfusion s'avérera peut-être nécessaire
chez les victimes qui présentent une insuffisance hépatique ou rénale.
Produits habituellement peu dangereux
Les produits qui suivent ne devraient pas avoir d'effets nocifs:
* Encre: les stylos-bille, stylos-feutres et stylos à encre
contiennent si peu d'encre que même si cette dernière est ingérée
il ne peut y avoir intoxication. Certaines encres peuvent
provoquer des douleurs buccales. Ingérée en grandes quantités,
l'encre en bouteille peut provoquer des irritations, mais on n'a
jamais signalé d'intoxication grave.
* Crayons à papier et crayons de cire: le crayon «au plomb» n'a pas
une mine en plomb, mais en graphite, qui est inoffensif.
* Les cristaux de gel de silice utilisés pour garder les objets au
sec en absorbant l'humidité ambiante.
* Les thermomètres: si l'extrémité d'un thermomètre est cassée et
que le contenu est ingéré, la faible quantité de liquide ne
causera pas d'intoxication. Le mercure métallique traversera
l'organisme sans modification. Par contre le verre brisé peut
provoquer des plaies.
Ce qu'il faut faire
Donner une tasse d'eau, il n'y a pas lieu de faire quoi que ce soit
d'autre.
Si le sujet a mordu un thermomètre, vérifier qu'il ne reste pas de
verre brisé dans sa bouche.
Médicaments
Acide acétylsalicylique, salicylate de choline, salicylate de méthyle,
acide salicylique
Médicaments traités dans cette section
On parlera ici de l'acide acétylsalicylique (aspirine), du salicylate
de choline, du salicylate de méthyle (essence de Wintergreen) et de
l'acide salicylique. Tous ces médicaments sont connus sous le nom de
salicylés.
Utilisations
L'acide acétylsalicylique est largement employé pour le traitement de
la douleur, de la fièvre, de la grippe et des inflammations ostéo-
articulaires et musculaires comme l'arthrite. Il est généralement
administré par voie orale sous forme de comprimés. Les analgésiques et
les médicaments contre le rhume peuvent également contenir du
paracétamol, de la caféine, du méprobamate ou des opiacés. Il ne faut
pas administrer de l'aspirine aux enfants de moins de 12 ans.
Le salicylate de choline, en gel ou sous forme liquide, est utilisé
pour soulager les douleurs de la poussée dentaire chez l'enfant.
Le salicylate de méthyle sert à faire des liniments et des pommades
que l'on applique sur la peau pour traiter les douleurs osseuses et
rhumatismales.
L'acide salicylique est utilisé dans les poudres, lotions ou pommades
employées contre les maladies de peau. Il sert aussi à éliminer les
verrues.
Mode d'action
Les salicylés accélèrent la respiration en la rendant plus profonde et
bouleversent l'équilibre chimique et hydrique de l'organisme, d'où une
action sur le cerveau et le coeur.
Toxicité
Surdosés, les salicylés sont très toxiques. Si l'on dépasse 300 mg/kg
de poids corporel, il peut y avoir intoxication grave et au-delà de
500 mg/kg, risque de décès. Il peut y avoir intoxication chronique si
l'on donne à un enfant ou à une personne âgée des doses légèrement
supérieures à la normale pendant plus de 24 heures. Les liniments au
salicylate de méthyle sont très dangereux, car ce sont en général des
solutions concentrées. Un millilitre d'un tel liniment peut contenir 4
fois plus de salicylate qu'un comprimé d'aspirine à 300 mg et il est
arrivé que des enfants meurent après n'en avoir bu qu'une petite
cuillère. Les pommades, lotions et gels contenant des salicylés
peuvent provoquer une intoxication s'ils sont ingérés ou appliqués en
trop grande quantité sur la peau ou les gencives.
Risques particuliers
L'aspirine est largement employée et donc beaucoup de gens en ont chez
eux; c'est une cause courante d'intoxication chez le jeune enfant.
L'intoxication chronique chez l'enfant est parfois méconnue, car
lorsque l'on donne de l'aspirine pour traiter un épisode fiévreux, les
symptômes de l'intoxication (fièvre et transpiration) sont les mêmes
que ceux de la maladie.
Signes et symptômes
Les effets peuvent n'être ressentis qu'au bout de 12 heures ou
davantage, car les comprimés d'aspirine mettent longtemps à se
dissoudre dans l'estomac.
Intoxication légère:
-- maux de ventre, nausées et vomissements,
-- vertiges,
-- tintements d'oreilles et surdité,
-- respiration rapide.
Intoxication modérée:
-- respiration rapide,
-- confusion et agitation,
-- fièvre et transpiration,
-- sécheresse de la langue.
Intoxication grave:
-- somnolence ou perte de connaissance,
-- convulsions,
-- respiration superficielle rapide,
-- signes d'oedème pulmonaire,
-- signes de lésions rénales,
-- il peut y avoir arrêt cardio-respiratoire.
Ce qu'il faut faire
Donner les premiers soins. En cas d'arrêt respiratoire, dégager les
voies aériennes et faire un bouche-à-bouche. Si la victime est
inconsciente ou somnolente, l'allonger sur le côté dans la position de
sécurité. Vérifier sa respiration toutes les 10 minutes.
En cas de convulsions, traiter comme indiqué au Chapitre 5. En cas de
fièvre, lui éponger le corps à l'eau froide.
Emmener la victime à l'hôpital aussi vite que possible.
Conduite à tenir s'il faut du temps pour parvenir à l'hôpital
En cas d'ingestion: si celle-ci remonte à moins de 12 heures et si
la victime est tout à fait consciente, respire normalement et n'a pas
eu de convulsions:
* La faire vomir, sauf si elle a déjà vomi abondamment.
* Lui donner à boire du charbon activé dans de l'eau. Si des
vomissements ont été provoqués, attendre qu'ils aient cessé.
Renouveler les doses de charbon activé: pour les adultes, 50 g toutes
les 2 à 4 heures; pour les enfants, 10 à 15 g toutes les 2 à 4 heures.
Associer à chaque dose de charbon activé du sulfate de sodium ou de
magnésium, à raison de 30 g pour les adultes et de 250 mg/kg de poids
corporel pour les enfants, jusqu'à ce que les selles soient colorées
en noir.
En cas de signes d'oedème pulmonaire, traiter comme indiqué au
Chapitre 9.
Renseignements destinés aux médecins (en dehors de l'hôpital)
L'effet de ces produits sur le centre respiratoire se traduit par une
alcalose respiratoire (sauf chez l'enfant), une déshydratation et une
chute de la concentration plasmatique de potassium. On voit également
apparaître une légère acidose. La glycémie peut être faible ou élevée.
Les urines, d'abord alcalines, deviennent rapidement acides.
Surveiller l'équilibre hydroélectrolytique, la glycémie et le pH
urinaire. Instituer le cas échéant un traitement de soutien:
* Corriger tout déséquilibre hydroélectrolytique, en particulier
pour le potassium; cela peut suffire à traiter une intoxication
légère.
* En cas de crises convulsives répétées, faire une injection
intraveineuse de diazépam.
Dose: Adultes: 10 à 20 mg, à raison de 0,5 ml (2,5 mg) toutes les
30 secondes, à renouveler le cas échéant au bout de 30 à 60
minutes; on peut poursuivre avec une perfusion intraveineuse
jusqu'à un maximum de 3 mg/kg de poids corporel en 24
heures.
Enfants: 200 à 300 µg/kg de poids corporel.
* L'oedème pulmonaire doit être traité par l'oxygénothérapie et la
ventilation mécanique.
Les concentrations plasmatiques de salicylés sont intéressantes pour
évaluer la gravité de l'intoxication. On les mesurera toutes les deux
heures tant qu'elles s'élèvent. En général, les sujets qui présentent
des concentrations plasmatiques de salicylés situées entre 350 et 600
mg/l (250-450 mg/l chez l'enfant et la personne âgée) six heures après
un surdosage ne souffrent que d'une intoxication légère; des
concentrations situées entre 600 et 800 mg/l (450-700 mg/l chez
l'enfant et la personne âgée) étant le signe d'une intoxication
modérée et des concentrations supérieures à 800 mg/l (700 mg/l chez
l'enfant et la personne âgée) celui d'une intoxication grave.
Pour accélérer l'élimination de l'aspirine, donner à intervalle
régulier du charbon activé comme indiqué précédemment. On peut mettre