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Glycyrrhiza glabra L.

1. NOM
   1.1 Nom scientifique
   1.2 Famille
   1.3 Nom(s) commun(s) et synonyme(s)
2. RESUME
   2.1 Principaux risques et organes cibles
   2.2 Résumé des signes cliniques
   2.3 Diagnostic
   2.4 Premiers gestes et principes de traitement
   2.5 Parties toxiques
   2.6 Toxines principales
3. CARACTERISTIQUES
   3.1 Description de la plante
      3.1.1 Caractéristiques essentielles permettant l'identification
      3.1.2 Habitat
      3.1.3 Aire de répartition géographique
   3.2 Parties toxiques de la plante
   3.3 Toxine(s)
      3.3.1 Nom(s)
      3.3.2 Description, structure chimique, stabilité
      3.3.3 Autres caractéristiques physico-chimiques
   3.4 Autres substances chimiques
4. UTILISATIONS/CIRCONSTANCES DE L'INTOXICATION
   4.1 Utilisation
      4.1.1 Utilisations
      4.1.2 Description
   4.2 Facteurs de risque de l'intoxication
   4.3 Zones géographiques à risque
5. VOIES D'ENTREE
   5.1 Voie orale
   5.2 Inhalation
   5.3 Contact cutané
   5.4 Contact oculaire
   5.5 Voie parentérale
   5.6 Autres
6. TOXICOCINETIQUE
   6.1 Absorption selon la voie d'administration
   6.2 Distribution selon la voie d'administration
   6.3 Demi-vie selon la voie d'administration
   6.4 Métabolisme
   6.5 Elimination selon la voie d'administration
7. TOXICOLOGIE
   7.1 Mode d'action
   7.2 Toxicité
      7.2.1 Données chez l'homme
         7.2.1.1 Adulte
         7.2.1.2 Enfant
      7.2.2 Données chez l'animal
      7.2.3 Données in vitro
   7.3 Carcinogénicité
   7.4 Tératogénicité
   7.5 Mutagénicité
   7.6 Interactions
8. ANALYSES TOXICOLOGIQUES ET EXAMENS BIOCHIMIQUES
   8.1 Echantillonage
      8.1.1 Prélèvement de spécimens et d'échantillons
         8.1.1.1 Analyses toxicologiques
      8.1.2 Stockage des spécimens et échantillons de laboratoire
         8.1.2.1 Analyses toxicologiques
      8.1.3 Transport des spécimens et échantillons de laboratoire
         8.1.3.1 Analyses toxicologiques
   8.2 Analyses toxicologiques et interprêtation
      8.2.1 Test sur le(s) élément(s) toxique(s) des échantillons
      8.2.2 Tests sur les spécimens biologiques
   8.3 Examens biomédicaux et interprêtation
      8.3.1 Analyse biochimique
         8.3.1.1 Sang, plasma ou sérum
         8.3.1.2 Urine.
      8.3.2 Analyse des gaz du sang artériel
      8.3.3 Analyse hématologique
      8.3.4 Interprétation des examens biochimiques
   8.4 Autres examens biochimiques (diagnostiques) et interprétation
   8.5 Interprétation globale de l'ensemble des analyses et examens toxicologiques
   8.6 References
9. SIGNES CLINIQUES
   9.1 Intoxication aigue
      9.1.1 Ingestion
      9.1.2 Inhalation
      9.1.3 Contact cutané
      9.1.4 Contact oculaire
      9.1.5 Voie parentérale
      9.1.6 Autre
   9.2 Intoxication chronique:
      9.2.1 Ingestion
      9.2.2 Inhalation
      9.2.3 Contact cutané
      9.2.4 Contact oculaire
      9.2.5 Voie parentérale
      9.2.6 Autre
   9.3 Evolution, prognostic, cause du décès
   9.4 Description analytique des signes cliniques
      9.4.1 Cardio-vasculaires
      9.4.2 Respiratoires
      9.4.3 Neurologiques:
      9.4.4 Gastro-intestinaux
      9.4.5 Hépatiques
      9.4.6 Urinaires
         9.4.6.1 Rénaux
         9.4.6.2 Autres
      9.4.7 Système endocrinien et de la reproduction
      9.4.8 Dermatologiques
      9.4.9 Yeux et sphère ORL
      9.4.10 Hématologiques
      9.4.11 Immunologiques
      9.4.12 Métaboliques
         9.4.12.1 Troubles acido-basiques
         9.4.12.2 Troubles hydro-électrolytiques
         9.4.12.3 Autres
      9.4.13 Réactions allergiques
      9.4.14 Autres signes cliniques
      9.4.15 Risques particuliers: grossesse, allaitement, déficits enzymatiques: Inconnu
   9.5 Autres
10. TRAITEMENT
   10.1 Principes généraux
   10.2 Maintien de fonctions vitales et traitement symptomatique
   10.3 Décontamination
   10.4 Epuration
   10.5 Antidote
      10.5.1 Adulte
      10.5.2 Enfant
   10.6 Discussion des modalités thérapeutiques
11. ILLUSTRATION PAR DES CAS CLINIQUES
   11.1 Cas cliniques issus de la littérature
12. INFORMATIONS COMPLEMENTAIRES
   12.1 Mesures spécifiques préventives
   12.2 Autres
13. REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES
14. AUTEUR(S), DATE(S), ADRESSE COMPLETE



    Glycyrrhiza glabra

    International Programme on Chemical Safety
    Poisons Information Monograph 249
    Plant

    1.  NOM

        1.1  Nom scientifique

             Glycyrrhiza glabra L.

        1.2  Famille

             Légumineuses, papilionacées
             Leguminosae, papilionoideae

        1.3  Nom(s) commun(s) et synonyme(s)

             Réglisse; Liquorice (anglais)

    2.  RESUME

        2.1  Principaux risques et organes cibles

             La réglisse, consommée à doses excessives de façon
             prolongée, entraine une inhibition de la 11-béta-
             hydroxystéroide déshydrogénase rénale et hépatique qui
             catalyse la transformation du cortisol en cortisone. Ce
             blocage est le point de départ d'un pseudo-
             hyperaldostéronisme primaire avec apparition d'une
             hypertension artérielle (HTA), d'oedèmes, d'une hypokaliémie
             souvent menaçante, d'une inversion du rapport
             sodium/potassium urinaire et d'une alcalose métabolique. Un
             effondrement de la rénine et de l'aldostérone plasmatique
             complètent le tableau. Des complications peuvent survenir
             telles qu'accidents vasculaires lors d'à-coups tensionnels,
             rhabdomyolyse hypokaliémique avec tétraparésie.

        2.2  Résumé des signes cliniques

             Le pseudo-hyperaldostéronisme primaire induit par la
             consommation chronique de réglisse se traduit par une
             hypertension artérielle en général peu élevée, permanente,
             mais dont le traitement classique est le plus souvent
             inefficace voire dangereux. Cette HTA est associée à des
             oedèmes, et à des signes cliniques relatifs à l'hypokaliémie.
             Cette hypokaliémie peut être la manifestation prédominante
             voire exclusive de l'intoxication par la réglisse chez les
             sujets alcooliques chroniques. Elle peut favoriser
             l'apparition de troubles du rythme cardiaque.

        2.3  Diagnostic

             Le diagnostic est basé sur l'anamnèse et sur
             l'apparition de signes de pseudo-hyperaldostéronisme:
             hypertension artérielle, oedèmes, crampes, paresthésies,
             faiblesse musculaire. Biologiquement on retrouve une
             hypokaliémie constante; une hypernatrémie, reflet de la
             rétension hydro-sodée, peut être associée de façon
             inconstante, ainsi qu'une alcalose métabolique. L'activité
             rénine plasmatique est effondrée, les taux de cortisol
             restent normaux avec un respect du rythme circadien et
             l'aldostérone est le plus souvent basse. L'augmentation des
             enzymes musculaires (créatine phosphokinase) révèle une
             rhabdomyolyse d'origine hypokaliémique.
             Dans les urines on note une diminution de la natriurèse et
             une fuite potassique. L'aldostéronurie est en revanche
             augmentée.

        2.4  Premiers gestes et principes de traitement

             L'arrêt de l'intoxication détermine un retour à la
             normale de la tension artérielle dans le mois qui suit.
             Le traitement d'une hypokaliémie doit être effectué dès que
             possible par une recharge prudente en sels de potassium.
             Un traitement symptomatique par une spironolactone peut
             améliorer les troubles hydro-électrolytiques.

        2.5  Parties toxiques

             Racines.

        2.6  Toxines principales

             Glycyrrhizine: association de sels de calcium, potassium
             de l'acide glycyrrhizinique (Delbarre, 1956; Lutomski et al.,
             1991).

    3.  CARACTERISTIQUES

        3.1  Description de la plante

             3.1.1  Caractéristiques essentielles permettant
                    l'identification

                    Plante herbacée arbustive de 1 à 2 m de haut,
                    vivace par une longue racine cylindrique traçante,
                    émettant des stolons pouvant atteindre 1,5 à 1,8 m.
                    Les feuilles sont alternes, constituées par 4 à 8
                    paires de folioles de couleur vert jaunâtre. Les
                    fleurs sont en grappes de 10 à 15 cm de long, pourpres
                    ou violettes, mesurant environ 10 mm. Les fruits sont

                    des gousses linéaires, oblongues, aplaties, de 15 à 30
                    mm de long, parfois hérissées de poils, contenant 2 à
                    4 graines réniformes (Morton, 1977).

             3.1.2  Habitat

                    On peut la rencontrer dans les prairies, les
                    bois, sur le bord des fossés, les milieux humides;
                    cependant la plante préfère les biotopes secs, comme
                    la garrigue.

             3.1.3  Aire de répartition géographique

                    Sud et centre de l'Europe, pourtour
                    méditerranéen
                    Moyen Orient
                    Introduite en Afrique du Nord, Australie et Amérique
                    du Nord
                    (Morton, 1977).

        3.2  Parties toxiques de la plante

             Racines.

        3.3  Toxine(s)

             3.3.1  Nom(s)

                    La glycyrrhizine, présente dans la réglisse à
                    raison de 5 à 20 %, est responsable de ses effets
                    toxiques (Delbarre, 1956; Morton, 1977).

             3.3.2  Description, structure chimique, stabilité

                    La glycyrrhizine (ou acide glycyrrhizinique)
                    est un glucoside saponine-like qui libère par
                    hydrolyse deux molécules d'acide glucuronique et une
                    molécule d'acide glycyrrhétinique (ou acide
                    glycyrrhétique).
                    L'acide glycyrrhétinique est un triterpène dont les
                    effets sont proches de la désoxycorticostérone et de
                    l'aldostérone (Morton, 1977).

             3.3.3  Autres caractéristiques physico-chimiques

                    La glycyrrhizine possède un pouvoir sucrant
                    équivalent à 50-200 fois celui du saccharose (Lutomski
                    et al., 1991).

        3.4  Autres substances chimiques

             Flavonoides: liquiritine, liquiritigénine,
             isoliquiritine et isoliquiritigénine, responsables de la
             couleur jaune de la glycyrrhizine.
             Dérivés coumariniques: herniarine et umbelliférone.
             Glycosides: liquiritoside et isoliquiritoside.
             L'ensemble de ces trois types de substances participerait à
             l'activité anti-ulcéreuse (Morton, 1977).

    4.  UTILISATIONS/CIRCONSTANCES DE L'INTOXICATION

        4.1  Utilisation

             4.1.1  Utilisations

             4.1.2  Description

                    La racine de réglisse est volontiers mâchée
                    pour son goût sucré à l'arôme caractéristique. Les
                    utilisations les plus fréquentes se font sous la forme
                    de racines (tisanes dans les dyspepsies), d'extrait
                    aqueux (édulcorant, aromatisant des médicaments,
                    fabrication du pastis avec ou sans alcool), de poudre
                    soluble (boissons, bonbons, pastilles en renfermant de
                    5 à 22 %, chewing-gums, tabac à mâcher).
                    En thérapeutique, la réglisse entre dans la
                    composition de sirops antitussifs pour ses propriétés
                    expectorantes et antiinflammatoires, et dans la
                    préparation de médicaments anti-ulcéreux (Morton,
                    1977).

        4.2  Facteurs de risque de l'intoxication

             Les circonstances d'intoxication sont le plus souvent
             involontaires et résultent d'un usage prolongé de réglisse.
             Cette surconsommation est favorisée chez certains individus
             interrompant volontairement une toxicomanie tabagique ou
             éthylique. Ces sujets consomment quotidiennement des
             confiseries à base de réglisse ou des boissons dites « pastis
             sans alcool », édulcorées à la réglisse (Jouglard, 1977).
             Enfin des boissons au goût de réglisse sont souvent
             consommées dans les pays méditerranéens
             (Antésite(R)).

        4.3  Zones géographiques à risque

             Essentiellement dans les pays où pousse la réglisse ou
             dans les pays importateurs de produits à base de
             réglisse.

    5.  VOIES D'ENTREE

        5.1  Voie orale

             C'est la voie exclusive de cette intoxication chronique.
             Les manifestations cliniques apparaissent en général après
             une ingestion chronique d'au moins 2 à 7 g d'acide
             glycyrrhizinique par jour pendant plusieurs mois (Jenny et
             al., 1961). Mais des signes infra-cliniques ont été décrits
             lors d'une consommation de glycyrrhizine allant de 100 à 200
             g par jour pendant une semaine (Epstein et al., 1977).

        5.2  Inhalation

             Pas de données.

        5.3  Contact cutané

             Pas de données.

        5.4  Contact oculaire

             Pas de données.

        5.5  Voie parentérale

             Pas de données.

        5.6  Autres

             Pas de données.

    6.  TOXICOCINETIQUE

        6.1  Absorption selon la voie d'administration

             Dans une étude rapportée par Terasawa et al., (1986) le
             pic plasmatique de la glycyrrhizine est atteint à la 4°
             heure, après l'ingestion d'une décoction de réglisse
             contenant 113 mg de glycyrrhizine; chez certains sujets, le
             pic plasmatique de l'acide glycyrrhétique est atteint en 24
             heures.
             Dans une autre étude, le pic plasmatique est atteint en 8 à
             14 heures (Lutomski et al., 1991). L'absorption et
             l'excrétion de la glycyrrhizine sont sujets à de grandes
             variations interindividuelles (Terasawa et al., 1986).

        6.2  Distribution selon la voie d'administration

             L'acide glycyrrhétique est lié aux proteines
             plasmatiques (Lutomski et al., 1991).

        6.3  Demi-vie selon la voie d'administration

             Pas de données.

        6.4  Métabolisme

             Chez l'homme, la glycyrrhizine est métabolisée par la
             flore intestinale. L'acide glycyrrhizinique libère par
             hydrolyse deux molécules d'acide glucuronique et une molécule
             d'acide glycyrrhétinique (Lutomski et al., 1991).

        6.5  Elimination selon la voie d'administration

             Chez le rat, l'acide glycyrrhétinique est excrété
             principalement dans la bile et éliminé dans les fécès
             (Lutomski et al., 1991).
             Pour Terasawa et al. (1986), l'excrétion urinaire de l'acide
             glycyrrhétinique représente seulement 2 % de la dose ingérée;
             elle est totale en 48-96 heures.

    7.  TOXICOLOGIE

        7.1  Mode d'action

             L'intoxication par la réglisse entraine un pseudo-
             hyperaldostéronisme primaire qui se manifeste par une
             hypertension artérielle avec une hypernatrémie, une
             hypokaliémie, une activité rénine plasmatique effondrée et
             une hyperaldostéronurie.
             L'acide glycyrrhizinique et son dérivé hydroxylé, l'acide
             glycyrrhétinique entrainent une freination globale du système
             rénine-angiotensine-aldostérone par un mécanisme d'inhibition
             enzymatique de la 11-béta-hydroxystéroide déshydrogénase
             hépatique et rénale (Epstein et al., 1977; Farese et al.,
             1991).
             Cette enzyme fait partie du complexe enzymatique de la 11-
             béta-hydroxystéroide-déshydrogénase, et agit de concert avec
             la 11-oxoréductase pour catalyser la transformation des 11-
             corticostéroïdes (cortisol et corticostérone) en 11-
             oxostéroides (cortisone et 11-déhydrocorticostérone) (Monder
             et al., 1989).
             Le résultat de l'inhibition élective de la 11-béta-
             hydroxystéroide déshydrogénase rénale est une accumulation de
             cortisol dans le rein, qui a une action stimulante sur les
             récepteurs de type I de l'aldostérone (Stewart et al.,
             1987).
             L'acide glycyrrhétinique a certes une affinité pour les
             récepteurs minéralocorticoides mais celle-ci est de 10-4 par
             rapport à l'aldostérone. Par ailleurs l'intégrité de la
             glande surrénale est nécessaire à l'activité de la réglisse,
             et son utilisation thérapeutique dans la maladie d'Addison
             n'est efficace qu'en association avec de la cortisone ou de

             l'hydrocortisone. La dexaméthasone exerce une activité
             antiminéralocorticoïde chez les sujets prenant de l'acide
             glycyrrhétinique.
             Ces éléments semblent confirmer l'action inhibitrice de la
             réglisse au niveau de la 11-béta-hydroxystéroide
             déshydrogénase rénale plutôt qu'une activité directe
             minéralocorticoide (Farese et al., 1991).
             L'acide glycyrrhétinique possède des propriétés
             antiinflammatoires, estrogéniques, antibactériennes et
             antivirales (Lutomski et al., 1991).

        7.2  Toxicité

             7.2.1  Données chez l'homme

                    7.2.1.1  Adulte

                             Le seuil toxique généralement admis
                             serait de 1 g de glycyrrhizine par jour
                             pendant plusieurs mois (Lutomski et al.,
                             1991). Cependant certains auteurs ont décrit
                             des effets toxiques pour des doses comprises
                             entre 350 et 500 mg de glycyrrhizine par jour
                             (Jouglard, 1977; Cereda et al., 1983).
                             Dans une étude expérimentale menée sur 14
                             volontaires sains, recevant des doses
                             quotidiennes de 100 à 200 g de réglisse
                             (concentration en glycyrrhizine non précisée)
                             sur une durée d'une à quatre semaines, la
                             kaliémie de 11 sujets avait chuté dans un
                             intervalle de 0,7 à 1,4 mEq/L (Epstein et
                             al., 1977).
                             Aux Pays Bas, le Bureau d'Information sur la
                             Nutrition recommandait en 1988 de ne pas
                             dépasser la dose de 150 mg par jour, ceci
                             correspondant à la consommation de 20 à 60 g
                             de réglisse (Lutomski et al.,
                             1991).

                    7.2.1.2  Enfant

                             Un déficit congénital en 11-béta-
                             déshydrogénase entraine chez l'enfant une
                             forme rare d'hypertension avec aldostéronémie
                             effondrée (AME: Apparent Mineralocorticoid
                             Excess) (Ulick et al., 1979), avec des
                             symptômes identiques à ceux notés dans
                             l'intoxication chronique à la réglisse
                             (Monder et al., 1989).

             7.2.2  Données chez l'animal

                    Les études faites sur le rat montrent le mêmes
                    effets que chez l'homme, sauf chez les animaux
                    surrénalectomisés chez qui l'acide glycyrrhétinique
                    n'a pas d'effet toxique.
                    Monder et al (1989) ont montré grâce à des études
                    faites sur des rats, que l'acide glycyrrhizinique est
                    environ 200 fois plus inhibiteur de la 11-béta-
                    déshydrogénase rénale que son dérivé hydroxylé,
                    l'acide glycyrrhétinique. Des concentrations
                    nanomolaires sont suffisantes pour bloquer l'oxydation
                    de la corticostérone (Monder et al., 1989).

             7.2.3  Données in vitro

                    Pas de données

        7.3  Carcinogénicité

             L'administration prolongée de glycyrrhizinate de sodium
             chez la souris à la dose de 0,3 % dans l'eau de boisson n'a
             pas montré une augmentation de la mortalité ni de l'incidence
             des cancers (Lutomski et al., 1991).

        7.4  Tératogénicité

             Pas de données

        7.5  Mutagénicité

             Pas de données

        7.6  Interactions

             Pas de données

    8.  ANALYSES TOXICOLOGIQUES ET EXAMENS BIOCHIMIQUES

        8.1  Echantillonage

             8.1.1  Prélèvement de spécimens et d'échantillons

                    8.1.1.1  Analyses toxicologiques

                             Les racines de réglisse peuvent être
                             prélevées sans précaution particulière.

             8.1.2  Stockage des spécimens et échantillons de laboratoire

                    8.1.2.1  Analyses toxicologiques

                             Les racines peuvent être séchées.

             8.1.3  Transport des spécimens et échantillons de laboratoire

                    8.1.3.1  Analyses toxicologiques

                             Le transport de racines séchées ne
                             nécessite pas de précaution particulière.

        8.2  Analyses toxicologiques et interprêtation

             8.2.1  Test sur le(s) élément(s) toxique(s) des échantillons

             8.2.2  Tests sur les spécimens biologiques

        8.3  Examens biomédicaux et interprêtation

             8.3.1  Analyse biochimique

                    8.3.1.1  Sang, plasma ou sérum

                             Une étude de l'équilibre hydro-
                             électrolytique est nécessaire pour
                             diagnostiquer une hypokaliémie, constante et
                             importante, et une hypernatrémie non
                             obligatoire.
                             L'activité rénine plasmatique est effondrée,
                             les taux de cortisol restent normaux avec un
                             respect du rythme circadien et l'aldostérone
                             est le plus souvent basse.
                             L'étude des enzymes musculaires (créatine
                             phospho kinase) doit rechercher une possible
                             rhabdomyolyse, surtout chez l'alcoolique.

                    8.3.1.2  Urine.

                             Le dosage des électrolytes urinaires
                             montre une diminution de la natriurèse et une
                             fuite potassique freinée par l'administration
                             de spironolactones.
                             L'aldostéronurie est augmentée.

             8.3.2  Analyse des gaz du sang artériel

                    Il existe souvent une alcalose métabolique
                    associée aux troubles ioniques.

             8.3.3  Analyse hématologique

             8.3.4  Interprétation des examens biochimiques

        8.4  Autres examens biochimiques (diagnostiques) et interprétation

        8.5  Interprétation globale de l'ensemble des analyses et
             examens toxicologiques

        8.6  References

    9.  SIGNES CLINIQUES

        9.1  Intoxication aigue

             9.1.1  Ingestion

                    Pas de données

             9.1.2  Inhalation

                    Pas de données

             9.1.3  Contact cutané

                    Pas de données

             9.1.4  Contact oculaire

                    Pas de données

             9.1.5  Voie parentérale

                    Pas de données

             9.1.6  Autre

                    Pas de données

        9.2  Intoxication chronique:

             9.2.1  Ingestion

                    L'absorption d'ingrédients à base de réglisse,
                    à raison d'au moins 2 g de glycyrrhizine par jour
                    pendant plusieurs mois, réalise un tableau de pseudo-
                    hyperaldostéronisme primaire (Jenny et al., 1961).
                    Celui-ci se manifeste en premier lieu par une
                    hypertension artérielle et des oedèmes et se poursuit
                    par des manifestations d'hypokaliémie (paresthésies,
                    crampes, voire rhabdomyolyse, syndrome polyuro-
                    polydipsique par néphropathie kaliopénique, troubles
                    de la repolarisation).
                    Chez l'alcoolique chronique les manifestations
                    neurologiques liées à l'hypokaliémie peuvent
                    apparaitre au premier plan.

             9.2.2  Inhalation

                    Pas de données

             9.2.3  Contact cutané

                    Pas de données

             9.2.4  Contact oculaire

                    Pas de données

             9.2.5  Voie parentérale

                    Pas de données

             9.2.6  Autre

                    Pas de données

        9.3  Evolution, prognostic, cause du décès

             L'évolution est généralement favorable en un mois après
             l'arrêt de l'intoxication. Cependant la suppression de
             l'activité de l'axe rénine-aldostérone peut persister
             plusieurs mois après l'arrêt de l'intoxication (Farese et
             al., 1991).
             L'hypokaliémie peut être assez importante et brutale pour
             mettre en jeu le pronostic vital avec des troubles du rythme
             cardiaque.

        9.4  Description analytique des signes cliniques

             9.4.1  Cardio-vasculaires

                    L'hypertension artérielle est en général peu
                    élevée, permanente, et touche à la fois la maxima et
                    la minima. Elle peut être rarement paroxystique et
                    engager le pronostic vital. Le retentissement est
                    souvent minime mais le traitement classique est le
                    plus souvent inefficace et les diurétiques peuvent
                    être dangereux en augmentant la fuite potassique
                    urinaire induite par l'intoxication.
                    Une prise de poids et des oedèmes (notamment au niveau
                    du visage et des malléoles) dus à la rétention hydro-
                    sodée, accompagnent volontiers l'hypertension
                    artérielle.
                    Des signes cardiaques relatifs à l'hypokaliémie
                    peuvent aggraver le pronostic de l'intoxication, avec
                    des troubles de la repolarisation (aplatissement de
                    l'onde T, élargissement de l'espace QT), des
                    extrasystoles ventriculaires ou des torsades de
                    pointe.

             9.4.2  Respiratoires

                    Pas de données

             9.4.3  Neurologiques:

                    Ils sont en relation avec une kaliopénie et
                    réalisent des crampes, des crises tétaniques, des
                    paresthésies pouvant évoluer vers la paralysie
                    notamment chez l'alcoolique chronique; une
                    rhabdomyolyse peut également apparaitre.

             9.4.4  Gastro-intestinaux

                    Pas de données

             9.4.5  Hépatiques

                    Pas de données

             9.4.6  Urinaires

                    9.4.6.1  Rénaux

                             Un syndrome polyuro-polydipsique
                             peut apparaitre, lié à une néphropathie
                             kaliopénique.

                    9.4.6.2  Autres

                             Pas de données

             9.4.7  Système endocrinien et de la reproduction

                    Le tableau réalise un "pseudo-syndrome de Conn"
                    mais avec un effondrement de la rénine et de
                    l'aldostérone.

             9.4.8  Dermatologiques

                    Pas de données

             9.4.9  Yeux et sphère ORL

                    Pas de données

             9.4.10 Hématologiques

                    Pas de données

             9.4.11 Immunologiques

                    Pas de données

             9.4.12 Métaboliques

                    9.4.12.1 Troubles acido-basiques

                             Une alcalose métabolique survient
                             conjointement aux troubles métaboliques et
                             participe à l'hypokaliémie.

                    9.4.12.2 Troubles hydro-électrolytiques

                             Ils sont dominés par une
                             hypokaliémie constante, quelquefois
                             menaçante, avec une fuite urinaire de
                             potassium. Il peut également exister une
                             hypernatrémie, inconstante, qui est le reflet
                             de la rétention hydro-sodée. Elle est
                             associée à une diminution de la
                             natriurèse.

                    9.4.12.3 Autres

                             Une élévation des enzymes
                             musculaires peut être le reflet d'une
                             rhabdomyolyse.

             9.4.13 Réactions allergiques

                    Pas de données

             9.4.14 Autres signes cliniques

                    Pas de données

             9.4.15 Risques particuliers: grossesse, allaitement, déficits
                    enzymatiques: Inconnu

                    L'hypertension induite pourrait menacer le
                    déroulement de la grossesse.

        9.5  Autres

             Les alcooliques chroniques développent plus fréquemment
             des signes neurologiques d'hypokaliémie que les non-buveurs.
             L'hypertension artérielle peut, chez ces sujets, passer au
             second plan sur le plan de la symptomatologie.

    10. TRAITEMENT

        10.1 Principes généraux

             L'arrêt de l'intoxication détermine un retour à la
             normale de l'hypertension artérielle dans le mois qui suit.
             Dans le cas contraire, une autre étiologie à l'hypertension
             est à rechercher.

             Un traitement symptomatique par une spironolactone peut
             améliorer les troubles hydro-électrolytiques.

        10.2 Maintien de fonctions vitales et traitement symptomatique

             Le traitement d'une hypokaliémie menaçante doit être
             effectué par une recharge prudente en sels de potassium.
             Un traitement symptomatique par une spironolactone peut
             améliorer les troubles hydro-électrolytiques.
             En cas d'insuffisance rénale aiguê secondaire à la
             rhabdomyolyse, une alcalinisation des urines doit être
             entreprise sous couvert d'une recharge potassique (Mourad et
             al., 1979).

        10.3 Décontamination

             Arrêt de la consommation

        10.4 Epuration

             Non applicable

        10.5 Antidote

             10.5.1 Adulte

                    Pas de données

             10.5.2 Enfant

                    Pas de données

        10.6 Discussion des modalités thérapeutiques

             Pas de données

    11. ILLUSTRATION PAR DES CAS CLINIQUES

        11.1 Cas cliniques issus de la littérature

             Massari et al (1986) rapportent le cas de deux anciens
             alcooliques qui ont présenté une intoxication au pastis sans
             alcool (riche en réglise) à la dose de 200 et 350 mg d'acide
             glycyrrhizinique respectivement. Tous deux ont présenté dans
             les deux mois qui suivirent une HTA avec des manifestations
             neurologiques et cardiaques d'hypokaliémie, une alcalose
             métabolique, une rhabdomyolyse. La rénine et l'aldostérone
             plasmatique étaient effondrés. Le traitement substitutif et
             l'arrêt de l'intoxication ont permis une guérison en moins de
             trois semaines.
    

             Sundaram & Swaminathan (1981) rapportent un cas de myopathie
             sévère après ingestion de 500 g de réglisse par semaine
             pendant plusieurs années. Une femme de 33 ans est admise à
             l'hopital pour des douleurs et une faiblesse musculaire
             croissantes évoluant depuis 4 semaines. Deux semaines avant
             l'admission, elle note l'apparition d'un oedème des chevilles
             pour lequel elle reçoit un diurétique (bendrofluazide). A
             l'admission, la patiente est incapable de se tenir debout, ni
             de lever la tête, les bras ou les jambes. Les réflexes
             ostéotendineux sont absents. La tension artérielle est à
             180/100 mm Hg. Les examens biologiques révèlent une
             hypokaliémie, une alcalose et une augmentation des CPK. L'ECG 
             est normal; l'électromyogramme confirme la myopathie. Le
             déficit total de l'organisme en potassium est estimé à 20 %.
             La patiente reçoit 64 mEq de potassium par jour. La force
             musculaire s'améliore dès les 48 premières heures de
             traitement, malgré l'hypokaliémie persistante. L'aldostérone
             plasmatique mesurée 2 mois plus tard est normale. Les auteurs
             soulignent que la sévérité de la faiblesse musculaire n'est
             pas corrélée au degré d'hypokaliémie.

    12. INFORMATIONS COMPLEMENTAIRES

        12.1 Mesures spécifiques préventives

             La consommation de ce produit devrait être contre-
             indiquée chez les sujets souffrant d'une insuffisance
             hépatique ou rénale.

        12.2 Autres

             Une mise en garde devrait figurer sur les produits
             contenant de la réglisse.

    13. REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES

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    14. AUTEUR(S), DATE(S), ADRESSE COMPLETE

        Auteurs:               R Bédry, J Jouglard
                               Centre Anti-Poisons de Marseille, Hopital
                               Salvator
                               249 Boulevard de sainte Marguerite, 13009
                               Marseille, FRANCE
                               21 octobre 1991
    

        1° Groupe de révision: R Bédry, R Merad, J Pronczuk, V Murray
                               13 novembre 1991
    
        2° Groupe de révision: L de Haro, J Jouglard, H Persson
                               24 février 1994
    
        Edition finale:        MO Rambourg Schepens
                               Novembre 1997